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Confluences Méditerranée

2012/3 (N°82)

  • Pages : 212
  • ISBN : 9782336002118
  • DOI : 10.3917/come.082.0189
  • Éditeur : L'Harmattan

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Dix-huit mois se sont écoulés depuis que Zine El Abidine Ben Ali s’est envolé vers l’Arabie Saoudite. Pendant les neuf premiers, la Tunisie a eu droit à trois gouvernements provisoires puis à des élections (23 octobre 2011), une concentration inhabituelle d’expériences inédites. Les élections, organisées pour la première fois par une Commission indépendante [2][2] Instance supérieure indépendante des élections (ISIE),... ont drainé plus de quatre millions d’électeurs (sur un total de 10,5 millions de Tunisiens) sans soulever de contestation quant au déroulement ni aux résultats. Le scrutin a enfin permis de remplacer les taux ahurissants autour de 90 %. Des urnes est sortie une Assemblée Nationale Constituante (ANC) comprenant 217 députés dont 89 (soit 41 %) représentent le parti Ennahdha, la nouvelle loi électorale paritaire ayant permis d’élire 58 députées dont 39 appartenant au parti majoritaire, une majorité nette, confortable mais pas écrasante. En attendant des études de sociologie électorale pour lesquelles s’ouvre un champ d’enquêtes nouveau [3][3] Cf. le programme Processus électoraux et territoires..., on note que ce score remet au premier plan les persécutés des régimes de Bourguiba puis de Ben Ali qui ont vécu trois décennies environ entre prison, clandestinité et exil. Le parti arrivé en tête a dû s’allier à deux autres formations – également opposantes à Ben Ali –, pour conduire la phase postélectorale : le Congrès pour la République (29 sièges) et Ettakatol (20 sièges). Le trio s’est réparti les trois présidences du quatrième gouvernement provisoire : Hamadi Jebali (Ennahdha), chef du gouvernement, Moncef Marzouki (CPR), président de la République et Mustapha Ben Jaâfar (Ettakatol), président de l’Assemblée Nationale Constituante.

D’une organisation interdite à l’entrée en scène politique

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La courte expérience de pouvoir exercé par cette majorité est à replacer dans une perspective temporelle plus large. On dispose de références sur l’évolution politique du mouvement [4][4] Voir notamment Alaya Allani, Al harakat al islamiyya... mais celle-ci reste à intégrer à une histoire sociale et culturelle de la Tunisie pour mieux comprendre les itinéraires des hommes qui le composent. Les noms les plus en vue sont peu connus de la société tunisienne, des médias comme des milieux politiques, sans parler de la recherche en sciences sociales. Confinés dans les cercles fermés de l’activisme, ils sont classés dans la nébuleuse « opposition » sous l’étiquette « islamiste », aussi vague qu’opacifiante. Fourvoyés en quelques mois dans la spirale du pouvoir, ils se frottent aux difficultés d’une double dévitalisation : celle de leur mouvement comme celle du champ politique dans lequel la plupart d’entre eux jouent une partition inattendue.

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Le mouvement Ennahdha est né à l’épreuve de l’autoritarisme de Bourguiba puis de la dictature de Ben Ali. Il apparaît en Tunisie en 1979, sous le nom de Mouvement de la Tendance Islamique[5][5] L’appellation MTI est officialisée comme nom de parti... (MTI) et dans la mouvance des Frères Musulmans égyptiens. Utilisé d’abord contre les partis gauchistes qui le précèdent, le MTI, se structure par rapport aux deux pôles du champ politique qui le voient naître, avant d’être interdit puis persécuté, comme ses devanciers [6][6] Michael Béchir Ayari, S’engager en régime autoritaire.....

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Liée au FIS algérien et colorée par l’influence pakistanaise, égyptienne puis soudanaise, la culture de cette mouvance intègre dans la rhétorique religieuse qui empreint son discours, l’inspiration wahabite. L’activisme saoudien se fraye un accès facile vers l’islam tunisien, majoritairement sunnite et malékite. Après deux siècles et demi de hanéfisme officiel exercé par la dynastie hussaynite sous le « toit de l’empire ottoman », le sunnisme malékite reste dominant au sein de la population musulmane [7][7] Il existe des familles et des régions hanéfites, un.... Transposés en dialecte tunisien, les termes ikhouanjiyya, salafiyya…, désignent des réalités sociales et politiques locales qui vont aller en se complexifiant, alimentant le flou des appellations « islamistes », « intégristes », « fondamentalistes »...

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En arrière-plan de cette mouvance politique existe un soubassement intellectuel : la génération qui porte le mouvement est instruite ; remontée contre le « laïcisme » bourguibien [8][8] Mohamed Dhifallah, « Etudiants et religion dans les..., elle cherche les voies d’un retour aux racines religieuses de la société. Un périodique témoigne d’un travail de formulation et de diffusion des idées d’un groupe qui s’élargit à l’université [9][9] Il passe des associations de lecture du Coran (1971)... : Al ma’rifa (La connaissance) est une revue « reprise » en 1972 et dirigée par H’mida Ennaïfar jusqu’en 1977 puis par Slaheddine Jourchi [10][10] Entretien avec H’mida Ennaïfar, Après l’indépendance.....

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Trois ou quatre leaders se détachent : Salah Karkar, Abdelfattah Mourou, Rached Khriji dit Ghannouchi. Cette aile passe à la violence : les attentats à Sousse et à Monastir en août 1987 – villes touristiques réputées choyées par la nomenklatura bourguibienne – puis le projet de complot contre le régime de Bourguiba s’inscrivent dans un contexte politique de fin de règne et une compétition pour succéder au Président affaibli.

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Zine El Abidine Ben Ali double les comploteurs du MTI et d’autres prétendants à la succession de Bourguiba ; il précipite le putsch à la date du 7 novembre 1987. Il ménage dans un premier temps ces concurrents dangereux et déterminés à qui cette trêve permet d’évoluer en s’adaptant à l’adversaire. Le MTI se rebaptise Ennahdha, accepte de signer le Pacte National du nouveau régime et participe aux élections législatives de 1989. Les résultats officiels les créditent de 14 % des suffrages, mais on pense qu’ils en avaient le double. Ennahdha conteste les résultats officiels, puis s’engage dans un rapport de forces avec le pouvoir. En février 1991, un commando attaque une permanence du RCD [11][11] Rassemblement Constitutionnel Démocratique, appellation... à Bab Souika. L’attentat est grave : il provoque une division interne (Abdelfattah Mourou démissionne) et entraîne une répression qui ne va plus cesser. Les principaux responsables sont emprisonnés.

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Une partie des militants fuit et une résistance se fixe entre Londres et Paris. Celle-ci n’est pas toujours raccordée à la fraction restée dans le pays, d’où certaines tensions actuelles entre les « exilés » et ceux qui sont restés au pays. Après les attentats de septembre 2001, cette organisation briguant le pouvoir national, trouve un écho auprès des conseillers de la Maison Blanche effrayés par les ambitions déterritorialisées d’Al Qa’ida. Ces stratèges inventent la catégorie d’« islamisme modéré » pour désigner des mouvements qui, comme Ennahdha, sont rattachés à leurs territoires nationaux. Comme ils visent la prise de pouvoir dans leurs pays, on pense qu’ils peuvent faire rempart contre les mouvements, souvent plus extrémistes, nés à leur suite.

La montée en puissance après janvier 2011

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Alors que la société tunisienne penche vers un culte musulman plus apparent (les phénomènes de jeûne du Ramadan, de prière et de hajj se répandent dans les années 1990), la politique sécuritaire de Ben Ali traque la diaspora, les militants restés au pays, les pratiques du voile et autres signes de religiosité. Dans les flux migratoires des jeunes, à côté des harragas qui se dirigent vers les côtes européennes, l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan et la Palestine attirent des recrues. Sur le terrain des revendications sociales – tout aussi harcelé par la répression – Ennahdha est absente des actions, de leur encadrement comme de leur formulation. Les chefs vivent en Europe et les militants sortis de prison sont quadrillés et mis au ban de la vie civile [12][12] Ennahdha parle de 30.000 militants emprisonnés par.... Malgré l’islamisation contenue mais continue de la vie sociale (un phénomène socio-culturel qui appelle des études fines), on ne note pas de signes d’organisation ni d’intégration d’Ennahdha aux mouvements sociaux divers qui secouent le régime de Ben Ali. C’est ainsi que les nahdhaouis ne jouent aucun rôle dans le cours des événements du bassin minier de Gafsa (janvier-Juillet 2008) ni dans les troubles qui secouent le pays entre décembre 2010 et janvier 2011. Chefs et militants sont invisibles, les rares têtes qui s’expriment (sur El Jazeera notamment) pensent que l’affaiblissement du régime peut constituer une faille à utiliser pour négocier avec ZABA. Les déclarations sont prudentes alors que le pays s’enflamme. Dans les manifestations qui grossissent et dans les médias sociaux qui transmettent l’information et relaient le mouvement insurrectionnel, aucune prise de position des partisans d’Ennahdha. Ils ne se manifestent pas plus dans les mouvements Kasbah I (janvier 2011) et Kasbah II (février 2011) qui sculptent le vide soudain de l’État. Un mois après le retour de Londres de Rached Ghannouchi (30 janvier 2011), le parti est légalisé (1er mars 2011) et des représentants siègent à la Haute Instance pour la Réalisation des Objectifs de la Révolution, de la Réforme Politique et de la Transition Démocratique (HIRORRPTD), laboratoire « parlementaire » où s’élaborent les premières mesures transitionnelles. Ennahdha fait en somme une entrée légale et autorisée sur la scène politique et son avance épouse les premiers pas de l’après Ben Ali : adoption de loi électorale, vote de la parité, élection de l’ISIE... Tout en se retirant de l’HIRORRPTD, le parti signe avec 11 autres l’accord de septembre 2011 acceptant un État civil et la reconduction du 1er article de la Constitution tunisienne de 1959 [13][13] L’article stipule que « La Tunisie est un État indépendant,.... On devine des divisions internes mais rien ne transparaît de l’appareil discipliné et, dans cette marche conquérante, les troupes se rangent derrière les mots d’ordre de la hiérarchie. Ennahdha tire le meilleur parti d’une prise de pouvoir légaliste rapide sur un champ politique tunisien démembré, après la dissolution du RCD (3 mars 2011) et face à une opposition émiettée et non expérimentée.

Choix des urnes et légitimité « carcérale » : un effet de génération ?

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Après l’euphorie du vote inaugural, la place est à la reprise en main des affaires par la nouvelle équipe dirigeante. La formation gouvernementale est longue à se mettre en place (décembre 2011), les tractations prennent plus de deux mois avec les premiers partis classés : Ennahdha choisit le CPR et Ettakotl et exclut El Aridha Echa’biyya[14][14] Parti arrivé troisième (26 sièges) et dirigé par Hechmi.... La direction est pléthorique (80 ministres et conseillers environ) ; les critères de « militance » et le nombre d’années de prison pèsent sur le choix des premiers responsables. Les problèmes de gestion s’avèrent rapidement trop compliqués pour des hommes (trois femmes seulement) ayant vécu pour la plupart, hors du pays et de l’arène politique. L’hiver rude de 2012 met à nu les pénuries et la pauvreté dans le nord et le centre, inondés et coupés du monde, les régions défavorisées ressentent et expriment leur colère. Le gouvernement doit affronter sit-in, blocages et grèves qui le mettent devant son impréparation et son inexpérience. Gouverner sans vrais alliés n’est pas facile d’autant qu’Ennahdha se concentre sur l’occupation de l’exécutif, rétive à partager les postes, craignant de négocier et impatiente de passer aux élections suivantes (législatives, municipales ou présidentielles ?) qui lui assureraient plus de temps et de moyens.

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L’article 1 de la Constitution et la question de la violence sont les deux terrains qui mettent à l’épreuve Ennahdha dans l’exercice de la réalité du pouvoir. Le débat sur la laïcité émerge et Ennahdha laisse libre cours à cette pente idéologique. Test de terrain ou tentative de diversion ? Face aux forces démocrates, la polémique est close en mars 2012 après avoir fait son travail de division : les violences reprennent, notamment envers les femmes, les intellectuels et les artistes. En avril 2012, la répression étatique se déploie envers victimes de la Révolution, manifestants et jeunes chômeurs, semant inquiétude et trouble. Dans la recomposition du jeu politique, Ennahdha flotte et manœuvre mais semble également prise dans un écheveau difficile à démêler. On ne sait pas ce que « pensent » l’armée et la police, l’opacité des appareils étant cependant fêlée par des manifestations ou des déclarations inhabituelles d’indépendance. On a du mal à distinguer les effets de divisions internes, les réticences d’appareils (administration ou sécurité) ou les sabotages d’anciens RCDistes et/ou nostalgiques de l’ancien régime. Le parti majoritaire traversé par des courants opposés présente les traits de ses concurrents : l’âge avancé des dirigeants, un vocabulaire politique dépassé assorti des nouvelles entrées du lexique « révolutionnaire » (liberté, dignité [15][15] Une commission de l’ANC a statué pour introduire ce...…), une communication indigente et l’absence de programme économique et social [16][16] En tiennent lieu les annonces pour encourager l’exercice....

L’épreuve de la parole critique

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L’Assemblée Nationale Constituante, élue pour établir en un an la nouvelle constitution, peine à se concentrer sur cet objectif primordial. Le Président de la République aux pouvoirs limités cherche ses marques tandis que l’exécutif se presse d’occuper le maximum de postes de commandement (ministres, PDG, directeurs d’administration centrale, ambassadeurs…). Lenteurs et indécisions multiplient les moments et lieux de crise ; le pays semble instable et livré aux flottements d’une classe politique écrasée par la tâche et victime d’un sentiment de persécution qu’alimente un phénomène inconnu : la liberté d’expression. Depuis janvier 2011, la parole est en effet lâchée, sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels, dans les réunions de partis et dans les échanges privés, dans la rue comme dans les lieux de travail et jusque dans l’hémicycle. Avec les erreurs d’aiguillage, la profondeur des problèmes et des frustrations, le gouvernement semble dépassé, prisonnier de considérations partisanes. Passer de l’opposition (interdite ou autorisée) au pouvoir n’est pas aisé. L’armée et la police sont sérieusement ébranlées, ces deux corps autrefois tout puissants ont du mal à s’accorder, se jalousent, l’armée s’étant forgée une popularité tandis que la police traîne une réputation de collaboration avec l’ancien régime. Entre les revendications corporatistes et les nouvelles attentes des citoyens, policiers et soldats ont du mal à faire régner la sécurité, voire à se faire respecter, d’autant que leurs appareils affrontent leurs propres « transitions ». Les demandes sociales restent insatisfaites, les conflits envahissent la scène politique et sociale et mettent à mal le sentiment de confiance des citoyens, des investisseurs et des acteurs politiques. Prise dans une « tectonique des plaques » générale et dans ses contradictions internes, Ennahdha, étourdie par son score majoritaire, le brandit comme la recette « légaliste » de toute décision. Accrochée à la légitimité du vote, elle clame sa représentativité sans mesurer l’urgence des obligations de résultats. Passer d’un fonctionnement en off shore (y compris en termes de financement) à un parti au pouvoir, passible du regard des autres est difficile. Dans cette mutation de nature, on peut inclure le laxisme qui caractérise le traitement de bandes « salafistes » qui imposent les imams de mosquées [17][17] Sur les 5000 mosquées du pays, 400 environ échapperaient..., font la loi dans certains villages (Sejnane), admonestent des femmes, s’attaquent à des débits de boisson (Kasserine, Jendouba) et menacent des artistes. L’hiver et le printemps 2012 voient monter la violence contre les personnes, l’augmentation du sentiment d’insécurité dans la population, la persistance de la corruption, des menaces d’attaques armées. Le 3 juin, dans un pays apeuré et non maitrisé, l’armée décrète un couvre-feu alors que le Ministre de l’Intérieur est en audition à l’ANC.

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Sur plusieurs plans, on note amateurisme et recours aux solutions « benaliennes », faute de moyens (les aides internationales tardent à venir), de règlementations nouvelles, de prises de position claires envers le monde des affaires, lui-même gâté par les anciennes pratiques et hésitant. L’absence de négociation avec les factions politiques (partis et société civile) et la tendance à vouloir tout régenter alors qu’un processus est entamé (d’autres élections, une justice transitionnelle, une réforme de la magistrature) montrent les limites d’Ennahdha : sa pérennité ne peut compter indéfiniment sur l’exploitation d’une sensibilité religieuse à cran et le pays attend des signaux politiques et économiques clairs.

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La recomposition du paysage politique, sous la houlette de cette majorité hyperactive et dans une tension continue, laisse apparaître des poches de « résistance » dont on ignore encore la puissance et l’efficacité. La légitimité des urnes prônée par Ennahdha et l’action qu’elle mène pour investir la bureaucratie se frottent à un impératif de l’exercice de la politique, la nécessité de relancer la roue économique, de signifier sa maîtrise de la situation par des résultats tangibles.

Formes et lieux de résistance

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Malgré l’exploitation intensive du principe de majorité, Ennahdha est loin d’avoir les coudées franches. Un an et demi après le clash de janvier 2011, la société civile reste réactive, d’autant qu’elle est désarçonnée par le style « religieux » d’Ennahdha, argument électoraliste maintenu dans son attitude envers les franges « salafistes ». Spontanées, commandées ou déguisées, les actions violentes de ces groupes sont encouragées par le désordre de l’État, où les têtes changent mais non les mentalités. Des manifestations de rue se mobilisent contre les excès et les dérobades des responsables, tandis que d’autres signes protestataires se font sentir. À côté du débat public, une opposition multiforme se dresse contre l’hégémonisme d’Ennahdha sur l’appareil administratif ; au sein du monde judicaire, dans l’entreprise, chez les fonctionnaires, parmi les enseignants, une résistance à des décisions ou des pratiques s‘exprime au quotidien. À partir d’exemples récents, pris dans la sphère syndicale, le monde universitaire et les médias, on peut avoir une idée sur des comportements de résistance institutionnelle, après 9 mois de gouvernement d’Ennahdha.

Le champ syndical, entre pluralisme et arbitrage

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Le site de résistance le plus net est certainement l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT) [18][18] Quelques repères : 1924, Syndicat de Mohamed Ali ;..., une institution liée à l’histoire de l’indépendance de la Tunisie et forte d’une légitimité qui lui a fait déjà affronter les régimes de Bourguiba et de Ben Ali. Même si Abdeslem J’rad, le secrétaire général sortant a été fortement compromis sous Ben Ali, la participation de l’UGTT aux événements insurrectionnels de janvier 2011 lui a redonné un lustre passablement terni. En même temps que le champ syndical éclate en plusieurs organisations, et que le monopole de l’UGTT est ébranlé (certainement un des prochains défis de la mutation politique en cours), la centrale syndicale est l’objet d’une série d’attaques et de provocations diverses. Plusieurs épisodes visant à contrer des résistances ont agité divers secteurs professionnels : hôpitaux, écoles primaires, mairies, etc. Des communiqués se croisent mais les forces de sécurité ne réagissent pas de façon nette et rapide. Le bras de fer se durcissant, le gouvernement propose à l’UGTT de rédiger un pacte social qui devrait être prêt en janvier 2013. Dans la succession des crises politiques [19][19] L’extradition précipitée de Baghdadi Mahmoudi en Libye,..., l’organisation se pose en recours et joue un rôle de stabilisateur ; de même qu’elle poursuit sa vocation ancienne de foyer de proposition, notamment sur le plan constitutionnel.

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Le syndicalisme étudiant constitue un second indicateur significatif de l’importance de cet espace de contestation et de formulation. La jeunesse, déçue par le cours des choses et la « confiscation de la Révolution » par des forces qui n’y ont pas participé, s’est largement abstenue de voter aux élections d’octobre 2011. Cependant, en mars 2012, on note le succès massif de l’Union Générale des Etudiants tunisiens (UGET) devant l’UGTE, proche d’Ennahdha.

L’Université : une résilience ancienne

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Autre baromètre du climat politique, les événements de la faculté des Lettres des Arts et des Humanités de la Manouba où l’année universitaire 2011/2012 a été très difficile [20][20] Nous renvoyons aux nombreux textes et articles autour.... Le doyen, le conseil scientifique, le corps enseignant, l’administration et les étudiants ont été mis à rude épreuve par une action apparemment limitée à quelques cas au départ mais qui a pris une ampleur démesurée, jusqu’à empoisonner les cours et pousser à leur suspension. Des étudiantes en niqab se présentent aux inscriptions, aux cours puis aux examens, refusant de se soumettre aux règles en usage dans l’enceinte de l’université. Les étudiants rejoints par des personnes étrangères à la faculté et à l’université occupent les locaux, exigeant l’intégration des filles voilées et des salles de prière dans l’enceinte du campus. Des intimidations musclées visent enseignants et personnel administratif, un sit-in occupe le bureau décanal pendant plusieurs semaines, le doyen est pris à partie physiquement et parfois violenté. Grâce à une résistance interne (les forces de l’ordre ayant faiblement contré l’occupation illégale des locaux de la faculté), l’année universitaire a pu être sauvée. Mais aucun des meneurs n’a été arrêté. Les violences verbales et parfois physiques, envers les enseignants, les ouvriers, les étudiants et surtout le doyen ont culminé avec l’affaire du drapeau en mars 2012 [21][21] Cf « La femme et le drapeau », La Presse de Tunisie,..., où une étudiante a affronté un jeune barbu (non étudiant) qui a arraché le drapeau tunisien dressé sur la grille d’entrée de la faculté pour le remplacer par un drapeau noir. L’émotion créée par cet incident qui a soulevé l’ensemble du pays et la classe politique n’a pas arrêté la plainte concoctée contre le doyen, accusé d’avoir agressé deux étudiantes en niqab, rentrées par la force dans son bureau et l’ayant dévasté, sous l’œil de témoins. Le procès entretient la menace : malgré un large soutien national et international, le doyen passe en jugement le 5 juillet et voit le motif de sa condamnation modifié en vue d’allonger la peine [22][22] Le procès est reporté à la date du 25 octobre 2012.

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Les événements autour de la Zitouna (mai 2012) sont une autre facette de la prise à partie des institutions du savoir à des fins d’activisme et de propagande idéologiques [23][23] « À propos de la récente ‘réouverture’ de la Zitouna »,.... En présence de trois ministres, Houcine Laâbidi, imam autoproclamé de la mosquée tunisoise [24][24] Outre que le rôle du mufti est mis en veilleuse, les..., crée un imbroglio en organisant une « réouverture officielle » des cours dans l’enceinte de l’établissement. Bourguiba avait en effet fermé la Zitouna en 1958 et créé une faculté de théologie en 1960. Mais la mise en scène « réhabilitant » une institution ancestrale qui, en son temps, a cherché à sortir des carcans de son enseignement scolastique, prouve une ignorance de l’histoire des institutions du pays, un manque de repères et de contrepoids au sein de l’équipe dirigeante. Il faut ajouter à cette précipitation maladroite le désir probable de mimer l’image d’El Azhar, lieu actif en proclamations de fetwas, un moyen propice de fabriquer une légitimité.

Orage sur les médias

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On peut supposer une certaine résilience au sein de ces instances, y compris au sein du secteur le plus endommagé par le régime de Ben Ali, celui des médias. Touchés de plein fouet par le cataclysme du 14 janvier 2011, ces derniers manquent de moyens et de professionnalisme, doivent se débattre avec la rapidité des changements et les désirs de la nouvelle majorité. Manquant d’organes propres, celle-ci se plaint d’être mal traitée par les journaux et surtout par la télévision nationale. Les médias sont accusés de manquer aux règles morales et/ou de perpétuer l’esprit « mauve et novembriste » : l’affaire du film Persépolis en dialectal tunisien (qui a valu deux procès et une amende au directeur de la chaîne Nessma TV) est l’épisode le plus connu de l’affrontement avec la sphère médiatique. On peut y ajouter l’affaire du journal At-tounisiyya (dont le directeur a été emprisonné pour avoir publié une photo de nu). Plus que les organes privés, la guerre vise les établissements publics menacés même de « privatisation » : le sit-in de la télévision nationale (mars 2012) a été un des moments du coup de force ; le limogeage cavalier de deux journalistes de la chaîne de radio nationale (juin 2012) est un des derniers [25][25] Affaire des deux émissions Chocolat chaud (Najoua Zouhaier).... La bataille de la liberté d’expression est d’autant plus difficile à mener que le niveau du journalisme est intellectuellement démuni et ne peut s’adosser à des textes juridiques qui garantissent l’exercice du métier [26][26] Le tableau général est en expansion : 12 radios, 5 télés.... En attendant de sortir la profession des limbes du parti-État, et devant la vague des nominations arbitraires, le syndicat des journalistes se structure face aux bévues du gouvernement et aux invectives des militants d’Ennahdha pour plus de visibilité. Si la télévision, média populaire et porteur, peine à maintenir une ligne rédactionnelle neutre [27][27] Le rédacteur en chef du JT de la télévision nationale..., la radio (une douzaine de stations environ) forte de son statut de média de proximité, assure un suivi critique, souvent moqueur, des activités et déclarations gouvernementales [28][28] Une exception de taille : Iqbal al Gharbi nommée à.... L’impertinence volatile des journalistes et animateurs entretient la méfiance envers Ennahdha[29][29] Au Congrès d’Ennahdha (9-14 juillet 2012), les médias..., mais le courant est difficile à stopper. Cette parole sur les ondes contribue à oxygéner le pays « profond » non connecté sur Internet. La loi tardant à se prononcer, l’Instance Nationale de la Réforme de l’Information et de la Communication (INRIC) créée en mars 2011 se saborde le 4 juillet 2012 en signe de protestation contre le gouvernement, dénonçant notamment les agressions régulières contre les journalistes, réclamant une évolution des décrets 41, 115 et 116 du Code de la presse et l’instauration d’une structure indépendante pour la régulation des médias [30][30] HAICA : Haute autorité pour la Communication Audio....

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Dernier exemple de la tendance moralisante et à connotation religieuse de la guerre menée contre la liberté d’expression, sur la base du dispositif juridique préexistant : le procès intenté - sur plainte d’un avocat- contre deux jeunes internautes, lourdement condamnés pour avoir partagé des dessins sur le prophète Mohamed [31][31] Condamnés à 7 ans de prison ferme (jugement confirmé.... La caricature, un art en plein essor depuis un an et demi, reste confinée dans la sphère médiatique francophone [32][32] Exemples : Willis de Tunis, les BokBok de Lotfi Ben... alors que le graffiti prend de l’ampleur partout dans le pays et reflète la naissance d’un mode d’expression plus informel [33][33] Cf. la « bataille » des graffitis qui se déroule sur....

Énergie sociale, manœuvres de division et blocages institutionnels

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Les différentes formes de résistance qui se profilent dans ces lieux puisent leur énergie dans la société. Celle-ci est certes mal organisée, en partie parce que le tissu associatif était quadrillé par le RCD ; Ennahdha a très vite remplacé le parti déchu, notamment au niveau local. L’opportunisme ordinaire côtoie la méfiance envers les nouveaux venus. Le souvenir des exactions du régime est encore vif, et la société aspire à un mode de vie plus égalitaire. Les classes moyennes ont banalisé, depuis plus de deux générations, des transformations, en famille et en public : la scolarisation et le travail des femmes, leur présence dans l’espace public, les habitudes de consommation sont autant de conquêtes partagées et convoitées partout. Sans nier un retour vers la religiosité, on constate des aspirations aux libertés individuelles (comme les conversions par exemple, les mariages interconfessionnels, l’homosexualité) qui s’expriment de manière discrète mais qui infiltrent les façons de vivre et les relations. Le débat politique est coupé depuis longtemps de la dynamique sociale, prisonnier d’un langage inadapté et d’enjeux identitaires exprimés de façon tranchée et à des fins démagogiques. Les affrontements politiciens mettent en avant deux Tunisie, opposent ou trahissent deux modèles de vie et de pensée etc. Les débats sur la laïcité [34][34] L’initiative de Nida Tounès (menée par Béji Caïd Essebsi,... ont encouragé et envenimé cette binarité ; pour Ennahdha dont le message subliminal aux électeurs est construit sur l’imagerie religieuse, c’est un argument favorable. Cependant, après ce court passage aux affaires, on commence à entendre les insatisfaits. On demande des comptes à l’équipe dirigeante envers laquelle on perçoit les premières méfiances. La « légitimité carcérale », souvent raillée est assimilée à une déconnexion des réalités du pays ; les marques d’allégeance sont assimilées à celles du régime précédent et le passé violent des débuts du mouvement (attentats contre les hôtels en 1987 et à Bab Souika en 1991) plane comme un point noir et faible dans la mémoire du parti Ennahdha.

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Les partis politiques semblent dépassés par l’invasion de l’exécutif par Ennahdha tandis que le CPR et Ettakatol s’avèrent impuissants dans la coalition gouvernante (Troïka). Cette expérience de construction du politique, dans un champ ruiné et appauvri par des décennies de régime autoritaire, montre des acteurs aux prises avec un déficit général, bouleversés par les recompositions des rapports entre religion, société et politique, congelés par des années d’autoritarisme. Les « affaires » qui se succèdent à folle allure sont les gaffes d’un pouvoir débutant : l’extradition inexpliquée de Baghdadi Mahmoudi, l’indépendance en question de la Banque Centrale [35][35] Déficit de concertation au sein de la « Troïka », cafouillages..., le sort non clarifié de la « justice transitionnelle » (confiée à un ministère des Droits de l’homme), le blocage d’une réforme autonome de la magistrature mettent l’équipe dirigeante devant des épreuves. Le traitement hésitant et contradictoire de ces questions délicates et significatives dans le processus de transition politique rejaillit sur l’actualité et contribue à retarder l’écriture de la Constitution, pourtant objectif primordial des élections d’octobre 2011. Une quarantaine de projets de constitution existent mais l’ANC est prisonnière de sa posture : seule détentrice de la légitimité des urnes, elle est paralysée dans son fonctionnement, souvent dévié vers des questions imprévues et non maîtrisées par les politiciens. Tel un vaisseau dans la tempête, l’ANC lourde et inexpérimentée est ballottée, car si Ennahdha écrase ses « alliés » de convenance, elle est trop faible pour imposer sa vision des choses [36][36] Une motion de censure contre le gouvernement a réuni 74 signatures (juillet 2012) ;.... Même si l’arithmétique des voix est favorable à Ennahdha, les outils « techniques » pour entériner les décisions prises dans l’ombre des cabinets ministériels ou des réunions partisanes, dominées par Rached Ghannouchi manquent [37][37] Le limogeage de Mustapha Kamel Ennabli, gouverneur.... Ce dernier, fort du simulacre de sa non participation au gouvernement, n’en continue pas moins d’exercer une influence acquise à Londres, à l’ombre des pourvoyeurs de fonds. Il s’est habilement mis en dehors de l’appareil navigant, ce qui le rend d’autant plus puissant qu’il ne paie pas pour les erreurs de conduite. Ainsi, dès lors que les conflits révèlent le rapport de force immédiat entre sa formation et le champ politique environnant, peut-il trancher d’un tour de main [38][38] Comme il l’a fait en déclarant en mars 2012 que l’article 1 de.... Le nouveau débat qui se profile pour le choix du régime parlementaire, présidentiel ou mixte aura-t-il besoin d’un référendum ou d’une intervention nette de Rached Ghannouchi, pour être clarifié ?

Conclusion

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À l’heure où ces pages sont bouclées, le congrès d’Ennahdha se termine après 5 jours ( !), une couverture médiatique pour le moins « contrôlée » et aucune surprise. Le prochain est fixé pour 2014 : Ennahdha se donne deux ans pour s’adapter. La distinction entre « mouvement » et « parti » est probablement un rail destiné à canaliser les divergences internes, encore opaques et à temporiser les relations avec les ailes extrémistes. Celles-ci sont pour le moment « consolées » par leur représentation au sein du majliss ach-choura (i.e comité central et bureau politique). Ayant élu Rached Ghannouchi, le congrès adoube celui qui a mené le premier acte de l’arrivée au pouvoir. Mais l’unitarisme de façade est en train de se fissurer et Ennahdha aux affaires de l’État ne peut sortir indemne de la transformation de la religion dans la société tunisienne. La tendance à la religiosité influence la recomposition du champ politique, mais elle n’est ni nouvelle ni le monopole d’Ennahdha. Les références arabo-musulmanes qui ont structuré le nationalisme tunisien sont-elles en voie d’aller vers un autre horizon avec la phase nahdhaouie ?

25

Pour l’instant, Ennahdha « parle RCD » avec un lexique de « catéchisme » musulman teinté du vocabulaire « révolutionnaire ». Jusqu’à quand ? ?

26

Hammam-Lif, le 30 juillet 2012

Notes

[1]

Cet article est à l’origine une conférence prononcée à Bruxelles le 9 juillet 2012 dans le cadre de l’Université Libre de la Méditerranée organisée par l’iRéMMO et l’Université Libre de Bruxelles. Répondant au thème « Les islamistes à l’épreuve du pouvoir » (d’où le titre de cet article), une version de cette conférence a été publiée sur le site de l’ULM. Voir lien. Je remercie Pierre Blanc de me donner l’occasion de présenter ici une version revue et augmentée de cette communication.

[2]

Instance supérieure indépendante des élections (ISIE), créée par décret-loi n° 27-2011 du 18 avril 2011.

[3]

Cf. le programme Processus électoraux et territoires en Tunisie, coordonné par Alia Gana et Gilles Van Hamme et les premiers résultats des travaux du séminaire IRMC/IRD/IREMAM : Processus électoraux, révolutions et transitions en Tunisie coordonnée par Sarah Ben Néfissa, Tunis, 24 avril 2012.

[4]

Voir notamment Alaya Allani, Al harakat al islamiyya fil watan al arabi : il mithal at-tounisi namoudhajan 1970-2000 [Les mouvements islamistes dans le monde arabe. Exemple de la Tunisie1970-2000], 2005, 269p.

[5]

L’appellation MTI est officialisée comme nom de parti en 1981.

[6]

Michael Béchir Ayari, S’engager en régime autoritaire. Gauchistes et islamistes dans la Tunisie indépendante, Thèse sous la direction de Michel Camau, Université Aix-Marseille/IEP Aix-en-Provence, 2009, 453 p.

[7]

Il existe des familles et des régions hanéfites, un culte bahaï (Myriam Achour Kallel, Les convertis à la foi baha’ie en Tunisie vers des identifications transnationales, 2008, 616 p.), en plus des juifs (en baisse) et des chrétiens (en recul aussi), depuis l’indépendance.

[8]

Mohamed Dhifallah, « Etudiants et religion dans les années soixante », Après l’indépendance. Parcours et discours. Textes réunis par Michaël Béchir Ayari et Sami Bargaoui, Tunis, Diraset/Arabesques, 2011, pp. 83

[9]

Il passe des associations de lecture du Coran (1971) à l’université (1979) à travers des personnalités comme Karkar, Ellouze etc… La Révolution irannienne de 1979 a un impact certain sur le mouvement.

[10]

Entretien avec H’mida Ennaïfar, Après l’indépendance. Parcours et discours. Textes réunis par Michaël Béchir Ayari et Sami Bargaoui, Tunis, Diraset/Arabesques, 201, pp.152-179.

[11]

Rassemblement Constitutionnel Démocratique, appellation nouvelle du PSD de Bourguiba.

[12]

Ennahdha parle de 30.000 militants emprisonnés par Ben Ali. Un chiffre établi : 1100 emprisonnés selon la loi antiterroriste 2003. Cf. MB Ayari, S’engager…, op.cit.

[13]

L’article stipule que « La Tunisie est un État indépendant, dont le régime est la République, la religion est l’islam et la langue est l’arabe ».

[14]

Parti arrivé troisième (26 sièges) et dirigé par Hechmi Hamdi, un ancien nahdhaoui, originaire de Sidi Bouzid et vivant à Londres où il dirige une chaîne de télévision.

[15]

Une commission de l’ANC a statué pour introduire ce terme dans la Constitution et les armoiries de l’État.

[16]

En tiennent lieu les annonces pour encourager l’exercice et les études de finance islamique, d’organiser une zakat et d’appeler à la « solidarité » communautaire.

[17]

Sur les 5000 mosquées du pays, 400 environ échapperaient au contrôle de l’État.

[18]

Quelques repères : 1924, Syndicat de Mohamed Ali ; 1946 : naissance de l’UGTT ; 1948 : L’UGTT assure le service d’ordre de l’enterrement du bey nationaliste Moncef Bey ; 1952 : Farhat Hached qui a assuré la coordination du mouvement national pendant l’exil de Bourguiba à Jalta est assassiné.

[19]

L’extradition précipitée de Baghdadi Mahmoudi en Libye, le 24 juin 2012 représente un événement accélérateur de tensions au sein de la « Troïka », dont l’unité est surtout de façade.

[20]

Nous renvoyons aux nombreux textes et articles autour de cette campagne.

[21]

Cf « La femme et le drapeau », La Presse de Tunisie, 14 mars 2012, http://www.lapresse.tn/14032012/46835/la-femme-et-le-drapeau.html

[22]

Le procès est reporté à la date du 25 octobre 2012.

[23]

« À propos de la récente ‘réouverture’ de la Zitouna », La Presse de Tunisie, 4 juin 2012, http://wwww.turess.com/fr/lapresse/50778.

[24]

Outre que le rôle du mufti est mis en veilleuse, les imams en titre de la Zitouna ont été congédiés.

[25]

Affaire des deux émissions Chocolat chaud (Najoua Zouhaier) et Café noir (Nadia Haddaoui) sur RTCI (Radio Tunis Chaîne Internationale), juin et juillet 2012.

[26]

Le tableau général est en expansion : 12 radios, 5 télés dont 2 publiques et 3 privées, plus 5 créations récentes de satellitaires : Tunisie Télévison 1 ; Tounès el Youm ; El Hiwar At-tounisi, Ettounsiyya ; Tounesna.

[27]

Le rédacteur en chef du JT de la télévision nationale dénonce en juillet les pressions continues.

[28]

Une exception de taille : Iqbal al Gharbi nommée à la tête de la radio Zitouna (à vocation théologique) n’a pas pu rejoindre son bureau à ce jour.

[29]

Au Congrès d’Ennahdha (9-14 juillet 2012), les médias sont empêchés de rentrer. Ils ont droit après coup à des excuses officielles.

[30]

HAICA : Haute autorité pour la Communication Audio-visuelle.

[31]

Condamnés à 7 ans de prison ferme (jugement confirmé en appel le 25 juin 2012) : Ghazi Béji est réfugié politique, en Roumanie, Jaber Mejri est en prison.

[32]

Exemples : Willis de Tunis, les BokBok de Lotfi Ben Sassi, dessins de Hatem Belhaj.

[33]

Cf. la « bataille » des graffitis qui se déroule sur les murs de Gafsa au début du mois de Ramadan.

[34]

L’initiative de Nida Tounès (menée par Béji Caïd Essebsi, premier ministre du 3e gouvernement provisoire), front de rassemblement en cours de constitution face à Ennahdha, conforte le schéma binaire. Tactique de bataille électorale dans laquelle on ne peut enfermer ni la diversité sociale ni la méfiance envers le vote.

[35]

Déficit de concertation au sein de la « Troïka », cafouillages et contre vérités, explications d’experts culminent avec l’épisode de la nomination de Chédli Ayari le 11 juillet alors que Mustapha Kamel Nabli est limogé le 18 juillet…

[36]

Une motion de censure contre le gouvernement a réuni 74 signatures (juillet 2012) ; elle a été suspendue de justesse. Le Président de l’ANC accumule les désaveux des députés de l’opposition.

[37]

Le limogeage de Mustapha Kamel Ennabli, gouverneur de la Banque Centrale lance une polémique autour du qualificatif « République bananière ».

[38]

Comme il l’a fait en déclarant en mars 2012 que l’article 1 de la Constitution de 1959 serait reconduit, alors que le principe avait été accepté depuis septembre 2011.

Résumé

Français

Cet article résume l’histoire du parti Ennahdha, neuf mois de son arrivée au pouvoir en Tunisie à la faveur des élections d’octobre 2011. Après une vingtaine d’années de coupure forcée des sphères de la politique active, le parti se trouve au défi de piloter une transition politique qui l’oblige à composer avec plusieurs forces. Si la religiosité de la société tunisienne et son statut de victime de la dictature ont favorisé son score de 38 %, liberté de parole, floraison des partis et vitalité de la société civile sont une épreuve inédite pour lui.
Trois champs (le syndicat, l’université et les médias) sont aux premières loges (avec la magistrature) pour résister aux mesures hégémoniques d’une formation qui table sur la légitimité carcérale et le résultat des urnes pour asseoir son retour aux affaires. À côté de ces résistances, Ennahda doit aussi faire face aux difficultés économiques et sociales du pays qui sont d’autant moins maîtrisées par ce parti qu’il a été absent des luttes sociales et que le libéralisme économique – à l’origine de la crise persistante – est le seul horizon d’une équipe gouvernementale inexpérimentée.

Plan de l'article

  1. D’une organisation interdite à l’entrée en scène politique
  2. La montée en puissance après janvier 2011
    1. Choix des urnes et légitimité « carcérale » : un effet de génération ?
    2. L’épreuve de la parole critique
  3. Formes et lieux de résistance
    1. Le champ syndical, entre pluralisme et arbitrage
    2. L’Université : une résilience ancienne
    3. Orage sur les médias
    4. Énergie sociale, manœuvres de division et blocages institutionnels
  4. Conclusion

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