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Confluences Méditerranée

2012/3 (N°82)

  • Pages : 212
  • ISBN : 9782336002118
  • DOI : 10.3917/come.082.0009
  • Éditeur : L'Harmattan

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L’observateur extérieur de la scène politique tunisienne et égyptienne, suite aux révolutions de l’année 2011, ne peut s’empêcher d’opposer les deux expériences de transition. La Tunisie semble suivre la voie relativement paisible de la transition politique. Après une courte période d’incertitude, la rupture symbolique et politique avec l’ancien système a été décidée, avec principalement le passage par une Assemblée Constituante. Cette dernière a été élue au suffrage universel direct le 23 octobre 2011 dans des conditions de transparence et de sincérité reconnues sur le plan international. De plus, elle a donné lieu à l’arrivée au pouvoir du courant islamiste Ennahdha, perçu comme le plus « modéré » à l’échelle de la région. Enfin, ce dernier gère la deuxième période transitoire dans le cadre d’une « Troika » avec des formations politiques dites « civiles », le Congrès pour la République et Ettakatol [1][1] Le Forum Démocratique pour le Travail et les Liber....

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La scène transitionnelle égyptienne est autrement plus compliquée. En l’espace d’une année et demie, l’Égypte post-Moubarak aura connu pas moins de quatre consultations électorales. Ce pays tend à démontrer que le « passage aux urnes » n’est pas une condition suffisante de pacification des relations politiques et de « passage à la démocratie », ces multiples consultations électorales n’ayant pas arrêté les mobilisations politiques de la « rue ».

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Aujourd’hui, le président Morsi a mis fin à la gestion par les militaires de la période transitoire et au mythe de leur toute-puissance [2][2] Les décisions de M. Morsi ont été prises à la suite.... Mais il a surtout voulu signifier la fin de la légitimité de la Révolution de 1952 [3][3] Ce qui est certain c’est que l’on assiste actuellement... pour la remplacer par la légitimité démocratique des urnes, celle qui l’a porté au pouvoir au mois de juin 2012. Cette décision est intervenue comme une réponse au « coup de force » de la Déclaration Constitutionnelle Additionnelle de la Direction de l’armée qui s’est octroyé le pouvoir législatif [4][4] À la suite de la dissolution de l’Assemblée du Peu..., a diminué les pouvoirs du Président de la République sur les forces armées et s’est également réservé la possibilité de former une nouvelle Commission en charge de rédiger la constitution, dans le cas où la seconde serait empêchée de terminer ses travaux [5][5] La première commission a été dissoute le 10 avril .... Désormais, c’est le Président Morsi qui cumule l’ensemble de ces pouvoirs [6][6] Nouvelle Déclaration Constitutionnelle du 12 Aout ....

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Sommes-nous dès lors dans le cadre de reformulations successives de l’autoritarisme en Égypte alors que nous sommes dans le cadre d’une transition démocratique en Tunisie ? Le présent article n’a pas pour objectif de répondre à cette question. Il n’y a pas de voie idéale de « passage à la démocratie » et la transition n’est pas conditionnée par des « lois » ou des étapes nécessaires [7][7] M. Dobry, « Les processus de transition à la démocratie »,.... Elle est caractérisée principalement par l’incertitude [8][8] R. Banégas, Les transitions démocratiques, mobilisations.... Les rôles et les stratégies des acteurs s’inscrivent dans le cadre de « structures », elles-mêmes en pleine transformation et fluidité [9][9] M. Dobry, « Les processus de transition à la démocratie »,... et ces dernières influencent leurs perceptions du possible et de l’improbable [10][10] Michel Dobry, « Les causalités de l’improbable et du....

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L’objectif du présent article est plus limité. Il vise à montrer que les caractéristiques des deux trajectoires transitionnelles peuvent éclairer certaines dimensions des résultats électoraux dans les deux pays, outre celles mises en exergue par les articles qui composent le numéro.

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Les systèmes politiques de ces pays ne se ressemblent pas et, en Tunisie, l’armée a toujours été sous la domination des « civils ». De même, les consultations électorales, tunisiennes et égyptiennes, ne présentent pas les mêmes enjeux et ne sont pas de même nature. Toutefois, force est de constater que les courants politiques islamistes l’ont emporté sur les forces politiques « civiles » aux élections qui pourraient être comparées : les élections de la constituante en Tunisie et les élections législatives en Égypte. Ces deux élections étaient chargées d’élire des députés en vue de rédiger les nouvelles constitutions, soit directement soit indirectement.

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L’article posera l’hypothèse que les logiques politiques qui sous-tendent ces deux victoires sont sensiblement différentes malgré certaines dimensions communes. Si pour la Tunisie le vote islamiste peut être analysé comme un vote de rupture avec l’ancien système, pour l’Égypte, le vote islamiste aux législatives comporte une forte dimension légitimiste à cause du rapprochement entre la direction de l’armée et celle des Frères Musulmans durant la première étape du processus transitionnel égyptien [11][11] S. Ben Néfissa, « Le temps électoral, le temps révolutionnaire.... Cela n’a plus été le cas, comme on le verra, pour les élections présidentielles de juin 2012.

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Dans la mesure où les consultations électorales égyptiennes ont été plus nombreuses, l’article portera principalement sur l’Égypte. La Tunisie fournira les éléments qui permettront de dresser un regard comparatif à même de mieux éclairer les processus politiques en cours dans les deux pays [12][12] Pour la Tunisie, l’article se basera sur l’expérience....

Des trajectoires différentes

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Une différence fondamentale sépare l’Égypte et la Tunisie en ce qui concerne le processus politique qui a succédé au départ des deux ex-présidents de la république. Le départ de Ben Ali a provoqué un « vide du pouvoir » que le gouvernement du dernier Premier ministre de Ben Ali, Mohamed Ghanouchi, a tenté vainement de remplir. La « rue » a continué à se mobiliser avec principalement les deux sit-in de Kasbah 1 et Kasbah 2 et la création, le 11 février 2011, du Conseil National de Protection de la Révolution, formé de l’ensemble des partis politiques en dehors de ceux qui ont accepté de participer au gouvernement de Ghanouchi, notamment Ettajdid et le Parti Démocrate Progressiste (PDP). Ce comité formé notamment par Ennadha, le CPR, Ettakatol, l’UGTT et par l’Ordre des avocats [13][13] Éric Gobe et Michaël Béchir Ayari, « Les avocats dans... exigeait le départ de Mohamed Ghanouchi, l’élection d’une Assemblée Constituante, la dissolution du RCD et la formation d’un gouvernement provisoire composé de technocrates. La nomination de Béji Caid El Sebsi à la tête d’un nouveau gouvernement a permis de « calmer la rue » car il a en effet répondu à l’ensemble de ces demandes. Mais il a surtout été accompagné de la « Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, la réforme politique et la transition démocratique », présidée par Yadh Ben Achour. Cette structure a intégré l’ensemble des forces politiques du Conseil National de Protection de la Révolution tout en faisant preuve d’autonomie vis-à-vis du gouvernement « Sebsi », comme l’analyse Michael Lieckefett dans ce numéro. Ce compromis historique, d’une très grande importance entre les « Modérés » et les « Ultras » de l’opposition politique, a eu pour conséquence de faire, partiellement du moins, « entrer la révolution dans l’État » et d’opérer le choix de « la rupture dans l’ordre » selon les formules de Sadri Khiari [14][14] Sadri Khiari, Tunisie : commentaires sur la révolution.... Cela n’a pas été le cas pour l’Égypte.

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En Égypte, le lieu du pouvoir n’a jamais été vide. Avant de partir, Hosni Moubarak a remis le pouvoir au Haut Conseil des Forces Armées (HCFA). C’est donc bien la direction de l’armée qui a été l’acteur principal de la scène transitionnelle égyptienne, même si cette dernière a été affectée par les décisions et les choix d’autres acteurs, aussi bien politiques que juridictionnels. La nomination du gouvernement de Issam Charaf « choisi » en mars 2011 par la Place Tahrir, n’a pas été suffisante pour « faire entrer la révolution dans l’État ». Cette dernière est précisément restée en dehors comme l’atteste la poursuite des mobilisations de la rue, à l’initiative notamment des « jeunes de la révolution » tout au long de l’année 2011 et 2012.

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Le rôle politique de l’armée sur le plan interne a toujours été de l’ordre du « non-dit » voire du « tabou » en Égypte [15][15] Béchir Abdel Fattah, « Le président et l’armée dans.... Ainsi les constitutions égyptiennes de l’après révolution de 1952 ne traitent pas du rôle politique de l’armée même si Sadate et Moubarak ont fait appel à plusieurs reprises à elle pour des questions de politique interne. Il a fallu attendre la révolution du 25 janvier 2011 et le mythe de l’armée qui a défendu la révolution pour que le rôle politique de celle-ci soit consacré par des textes qui ont une valeur constitutionnelle : principalement la Déclaration Constitutionnelle de mars 2011 et la Déclaration Constitutionnelle additionnelle de juin 2012.

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Cette dernière déclaration est intervenue entre les deux tours des élections présidentielles. Elle a été interprétée comme signalant la reprise en main du politique par la direction de l’armée en prévision de la victoire du premier président « civil » démocratiquement élu, Mohamed Morsi, contrairement à son concurrent, Ahmed Chafik, issu des Forces Armées. Pourtant, cette interprétation ne semble pas totalement vérifiée. La direction de l’armée, aurait souhaité, il est vrai, un président « militaire » mais habillé en civil, pour reprendre l’expression de T. Aclimandos [16][16] T. Aclimandos, L’armée égyptienne, Défense et sécurité.... La révolution du 25 janvier 2011 lui a permis d’accéder partiellement à ce désir en mettant fin définitivement au projet successoral de Gamal Moubarak à son père. Mais il semble plutôt que cette élite militaire vieillissante, sans expérience politique, souhaitait préserver aux Forces Armées une place à part dans le nouvel équilibre des pouvoirs et qu’elle a réalisé, tardivement, que l’arrivée d’un « civil » doté de la légitimité des urnes, allait perturber l’équilibre civil/militaire de la période précédente [17][17] Pour une analyse du coup de force de Morsi contre la.... Sa gestion chaotique de la période transitoire subissait également des critiques de plus en virulentes sans compter la revendication de son passage en justice pour les massacres de manifestants, de la part notamment de la jeunesse révolutionnaire. En réalité, le contenu de la Déclaration Constitutionnelle Additionnelle de juin 2012 se trouvait en filigrane dans le projet avorté de l’adoption d’une charte de Principes Supra-constitutionnels, dite « Charte El Selmi [18][18] Du nom de Ali Selmi, vice président du conseil des... », proposée en novembre 2011. Cette dernière, tout en reprenant la référence à la loi islamique comme source principale de la législation, consacrait l’égalité des citoyens sans discrimination religieuse (art 1 et 2) mais accordait également à la direction de l’Armée une autonomie dans la gestion de l’institution militaire et de son budget (art 9, art 10) [19][19] A. Selmi, la Transition démocratique et la question.... Cette charte a été refusée principalement par les courants islamistes et également par les « jeunes de la révolution » [20][20] .

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Suite au remplacement d’Issam Charaf par Kamal Ganzoury à la tête du gouvernement, la direction de l’armée a créé le 8 décembre 2011 un Bureau Consultatif formé de personnalités politiques de toutes les tendances. Un de ses objectifs était de fixer les critères devant présider à la nomination des personnalités en charge de rédiger la constitution. Il s’agissait notamment d’éviter que la Commission de Constituante ne soit dominée par le courant islamiste. Finalement, les travaux de ce Conseil n’ont pas abouti à cause notamment des manœuvres des Frères Musulmans, des divisions des forces « civiles » et également, semble-t-il, des contradictions au sein de la direction de l’armée [21][21] Après avoir accepté d’intégrer le Bureau Consultatif,....

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Partie prenante et solidaire de l’ancien ordre politique, la direction de l’armée a tenté, dans la réalité, de le préserver ou de le reproduire tout en lui apportant certains correctifs : criminalisation des grèves et des sit-in[22][22] Loi n°34 de l’année 2011 du 12 avril 2011 ; loi n°..., comparution des civils devant les tribunaux militaires, campagne de presse contre les jeunes révolutionnaires et notamment ceux du « 6 avril » accusés d’appliquer un agenda étranger, campagne de presse contre le financement étranger des organisations des droits de l’homme et violation de leurs locaux [23][23] La question du financement de l’organisation des Frères..., répression violente des manifestants, etc. Les médias publics et privés ont également été soumis à sa volonté de contrôle : suppression d’émissions de TV critique, comparution de patrons de presse devant les tribunaux, pressions contre les journalistes et animateurs de Talk-show, etc.

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Une analyse des décisions politiques positives prises durant l’année 2011 montre comment certaines d’entre elles ne l’ont été que sous la pression des mobilisations de la rue, notamment celle de passer en jugement Hosni Moubarak et son entourage. Il est également significatif de noter que la dissolution du Parti National Démocratique et la suppression des Conseil Populaires locaux ont été prises par des décisions de justice.

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Apparemment pressée d’en finir avec un soulèvement politique d’une ampleur inattendue et dont elle n’a pas compris les significations, la direction de l’armée s’est rapprochée, dans un premier temps, de la direction des Frères Musulmans car perçue par cette dernière comme l’interlocuteur le plus valable et le mieux organisé pour « tenir la rue » et également peut-être pour accepter les compromis nécessaires à la sortie de la « crise ». Il est vrai que les Frères Musulmans avaient déjà montré leur volonté de négocier avant même le départ de Moubarak [24][24] S. Ben Néfissa, « Ces 18 jours qui ont changé l’Égypte..... Ce sont donc ces deux acteurs [25][25] C’est ainsi que les Frères Musulmans étaient le seul... qui décideront des étapes du processus transitionnel qui montrera ses impasses ultérieurement, avec notamment le choix de faire rédiger la nouvelle constitution du pays par une commission choisie par les futurs députés et sénateurs du pays. Un tel choix garantissait en effet aux Frères Musulmans, conscients de leur poids électoral, une liberté importante pour rédiger cette dernière et explique leur refus de la charte de Principes Supra-constitutionnels dont il a été question plus haut.

Le référendum du 11 mars 2011 en Égypte : une alliance « sacrée »

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Le processus transitionnel choisi par les militaires et les Frères Musulmans a fait l’objet du référendum du 19 mars 2011. Désireux de changer d’abord la constitution avant d’organiser des élections, les jeunes de la révolution et les forces « civiles » ont alors appelé à voter non aux réformes constitutionnelles. Ces dernières, conscientes de leur faible poids électoral par rapport aux forces islamistes, estimaient aussi qu’il fallait laisser le temps nécessaire à la reformulation de la nouvelle carte politique et partisane du pays et aux « jeunes de la révolution » de comprendre et d’intégrer le politique « institutionnel ».

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Ainsi quelques semaines à peine après le départ de Moubarak, près de 18 millions d’Égyptiens se sont rendus aux urnes [26][26] Al Ahram Hebdo du 22 au 29 mars 2011.. Cette première sortie en masse vers les lieux de vote exprimait d’abord une sorte d’acquiescement populaire à la révolution du 25 janvier et d’approbation générale et euphorique aux promesses d’un avenir meilleur, par-delà le contenu des réformes constitutionnelles. Le Oui au référendum l’a emporté à plus de 77 %. Cette victoire exprimait également la confiance populaire dans la direction de l’armée et reflétait le prestige dont elle disposait encore dans la société égyptienne. Mais il est vrai également que les Frères Musulmans ainsi que les Salafistes avaient mis leurs capacités de mobilisation électorale au service de ce vote d’adhésion. De plus, comme l’a mis en exergue, Samer Soliman dans ce numéro, les caractéristiques de la campagne électorale lors du référendum présageaient déjà de la campagne des élections législatives, avec notamment une tonalité religieuse et confessionnelle et des accusations de mécréance à l’encontre de ceux qui appelaient à dire non au référendum, à savoir les forces dites libérales et « civiles ».

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Si en Tunisie, il y a bien eu un compromis entre les modérés et les ultras de l’élite politique oppositionnelle en accord avec les fractions marginalisées de l’ancienne élite politique [27][27] Caid El Sebsi est un destourien de la première heure..., pour l’Égypte, on a assisté plutôt à un premier compromis entre les élites militaires et les élites islamistes.

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Il est possible de poser l’hypothèse que le rapprochement entre ces deux acteurs permet également de comprendre les résultats des élections législatives de la fin de l’année 2011 et 2012 qui ont donné la victoire aux forces islamistes.

Victoires islamistes et logiques politiques différentes

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Les élections législatives, traitées dans ce numéro par T. Aclimandos et par C. Steuer, ont débuté quelques heures à peine après les affrontements sanglants entre les « jeunes de la révolution » d’une part et les forces de police et l’armée d’autre part, qui se sont déroulés autour de la rue « Mohamed Mahmoud » le 19 novembre 2011.

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Alors que l’ensemble de l’opinion publique interne et internationale s’attendait à un report des élections dans une situation aussi tendue, les militaires, en accord avec les Frères Musulmans et les Salafistes, décidèrent du contraire. Ces derniers savaient que ce qui se jouait dans « la rue » était loin des préoccupations de la majorité de la population. La population égyptienne et notamment les catégories sociales défavorisées étaient fatiguées des manifestations et des « jeunes de la révolution ». La majorité de la population ne comprenait plus très bien les incessantes demandes des jeunes révolutionnaires sans compter les énormes problèmes de sécurité, dus au fait que le ministère de l’Intérieur traînait les pieds pour assurer l’ordre. Or ce sont principalement les quartiers populaires et les régions éloignées qui souffraient le plus de cette situation.

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Si le Oui au référendum a signalé l’adhésion à la fois à la Révolution, à l’Armée et aux Forces islamistes, le vote aux législatives a surtout signifié une volonté de retour à l’ordre, symbolisée par ceux qui se sont associés à l’ordre militaire et sécuritaire, autrement dit les Frères Musulmans [28][28] Le ministre de l’Intérieur a assisté à l’inauguration... et également des Salafistes du parti el Nour [29][29] L’analyse de l’étonnante victoire du Parti El Nour....

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De ce point de vue la comparaison avec la Tunisie peut être éclairante. Il est clair aussi bien en Tunisie qu’en Égypte que les deux révolutions ont provoqué une politisation générale et un nouvel intérêt pour la chose publique et pour le politique. Dans les deux pays, les citoyens parlent désormais « politique ». De plus, sur le plan électoral, la plus grande transparence des scrutins a fait prendre conscience aux citoyens des deux pays de l’importance de leur voix et de leur participation électorale. En ce qui concerne l’Égypte, le « printemps des partis politiques », traité ici par C. Steuer, a fait du vote égyptien aux législatives un vote pour des « idées politiques ». L’emprise de la domination économique, sur le vote semble ainsi atténuée. À titre de simple indicateur, la proportion de députés élus qui se sont déclarés « homme d’affaires » a baissé [30][30] M. Catusse, Une tentative manquée de conversion politique..., passant de 18, 9 % en 2010 à 13 % en 2012 [31][31] Amr Hachem Rabiaa, (dir) Les Elections de l’Assemblée.... Comme le montre T. Aclimandos dans ce numéro, la principale nouveauté des élections législatives de 2012 réside dans leur déroulement sans intervention directe de l’appareil d’État [32][32] Lire article dans le numéro.. C’est ainsi que le nombre des anciens officiers de police qui briguent des mandats de députés a diminué. S’ils étaient 40 députés en 2010, ils ne sont plus que 7 en 2012 [33][33] Ibidem.. Mais de telles mutations ne remettent pas en cause le fait que le vote islamiste égyptien de 2012 comporte également une tonalité légitimiste de rapprochement avec ceux que les électeurs présageaient comme étant les futurs dominants politiques. Cette attitude favorisait auparavant les candidats, officiels ou « indépendants » du Parti de l’État, le Parti National Démocratique. En 2011-2012, elle a favorisé les courants islamistes.

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En Tunisie, la victoire des islamistes d’Ennahda aux élections d’octobre 2011 ne semble pas souscrire à la même logique politique et peut être analysée comme un « vote de rupture » avec l’ancien système [34][34] O. Lamloum, intervention au séminaire organisé par.... Si la logique transitionnelle tunisienne est une logique de « rupture dans l’ordre », les islamistes d’Ennahda sont probablement ceux qui ont été perçus comme incarnant le plus cette rupture.

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Un des éléments qui corrobore cette hypothèse se réfère à l’histoire politique des courants islamistes tunisiens et égyptiens. Les islamistes tunisiens sont arrivés à gagner la première place aux élections du 23 octobre 2011, alors même qu’ils avaient été écartés de toute participation électorale sous la dictature de Ben Ali. Faire du vote islamiste tunisien une reconversion des ressources clientélistes ne semble pas davantage pertinent, comme le constate Myriam Catusse dans ce dossier. Ils ne pouvaient pas se constituer dans un laps de temps aussi court des « bases sociales » similaires à celles des Frères Musulmans égyptiens [35][35] Marie Vannetzel, « Les voies silencieuses de la contestation :.... Ces derniers ont en effet une tradition de participation électorale. Sur un total des 507 députés élus à l’Assemblée du Peuple de 2012, 95 l’avaient été auparavant et, parmi ces derniers, 52 appartiennent aux Frères Musulmans [36][36] Amr Hachem Rabiaa, (dir) Les Elections de l’Assemblée....

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La logique politique du vote islamiste tunisien semble par conséquent différente. Les caractéristiques de la première période transitoire permettent de l’éclairer. L’opposition politique non islamiste, légale sous Ben Ali, qui a accepté de faire partie du gouvernement de Ghanouchi [37][37] Principalement Al-Tajdid (Renouveau) et également le..., a payé cher cette participation comme l’atteste la faiblesse de son score électoral. La logique de la rupture avec l’ancien, symbolisée par le Conseil National de Protection de la Révolution, a principalement bénéficié au Mouvement Islamiste Ennahda mais également à Ettakatol et au Congrès pour la République.

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De plus, le parti Ennahda s’est singularisé par son attitude « critique » par rapport à la Haute Instance de Yadh Ben Achour qu’il a quittée au moment de la discussion sur le financement des partis politiques. Or cette Haute Instance a été assimilée aux « modérés » de l’opposition politique car, à l’origine, elle est issue de la Commission Nationale pour la Réforme politique, formée sous le gouvernement de Mohamed Ghanouchi, pour réformer la constitution tunisienne.

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Cette analyse du vote Ennahda comme vote pour la « vraie rupture » a été également corroborée par le fait que deux éléments ont semble-t-il revêtu une importance lors du scrutin : le retour d’exil de leur direction et la sortie de prison de leurs militants. Les militants islamistes tunisiens ont ainsi représenté pour les électeurs ceux qui avaient été le plus rejetés par le système Ben Ali. Leur volonté de se construire une image de « rupture » a été confortée également par leur discours de rejet des anciennes élites du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) [38][38] Toutefois sur le plan local, ce discours a coexisté....

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Cette identification aux anciens « dominés », n’est toutefois pas contradictoire avec une image de la puissance que le parti Ennahda a développée, notamment sur le plan local. Elle s’est exprimée par l’ouverture en un temps record de locaux et de sièges dans les quartiers et les villages et les villes [39][39] Leur site Internet mentionne l’existence de 163 locaux.... Les islamistes tunisiens venaient en « gagnants » et quelques caractéristiques de leur campagne électorale le suggèrent. Dans certaines circonscriptions, ils se contentaient de rappeler leur présence par des sorties en motos dans les principales artères des villes ou des quartiers [40][40] Discussion de l’auteur avec un participant de la campagne....

Les présidentielles égyptiennes et le score de Mohamed Morsi

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Si le rapprochement entre la direction de l’armée et celle des Frères Musulmans durant la première étape du processus de transition a pu bénéficier à ces derniers lors des législatives égyptiennes, il est peut être possible de poser l’hypothèse que ce sont les signaux de sa remise en cause qui ont peut être joué en sens inverse, lors des élections présidentielles de juin 2012.

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Une des principales questions posées par le scrutin présidentiel est la faiblesse du score de Mohamed Morsi, par rapport à son concurrent Ahmed Chafik, outre évidemment le score inattendu de Hamdine Sabahi, considéré par Lamiss Azab [41][41] Voir article dans ce numéro. comme l’une des voix de la Révolution. Rappelons qu’au premier tour des élections, M. Morsi n’a obtenu que 24,78 % des voix exprimées. La candidature d’Abdel Monem Abou Al Foutouh a évidemment contribué à affaiblir le score de M. Morsi [42][42] Lire l’article de Lamiss Azab dans le numéro.. Mais il semble toutefois que cette hypothèse est insuffisante. La rédaction d’un article sur les élections législatives égyptiennes de l’année 2011-2012 est une gageure, constate avec raison T. Aclimandos [43][43] Discussion avec T. Aclimandos.. Ce constat est autrement plus accentué en ce qui concerne les élections présidentielles. Il s’agit bien de la première fois que les Égyptiens ont à opérer ce type de choix électoral d’une très grande importance symbolique pour les citoyens de ce pays, habitués depuis des décennies à l’importance de l’institution présidentielle. Cette dernière a toujours été interdite d’accès au suffrage universel, à l’exception peut-être des premières élections présidentielles « pluralistes » qui se sont déroulées en 2005. Malgré leurs limites, ces dernières avaient toutefois donné lieu à une surprise politique : l’arrivée d’Aymen Nour en seconde position, bien après Moubarak mais tout de même avant Nooman Gomaa, le représentant de l’opposition politique bien côté par le pouvoir [44][44] S. Ben Néfissa, « Ca suffit ? », « le haut » et le....

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De manière générale, les significations politiques des élections présidentielles sont sensiblement différentes des élections législatives. Pour l’Égypte, la fonctionnalité locale du député, sorte de « supra-maire » de sa circonscription [45][45] S. Ben Néfissa « Les Mahaliats en Égypte : le refus... renforce cette remarque. Le score électoral de Mohamed Morsi, suggère que la confiance accordée aux forces islamistes sur le plan « local », semble diminuer quand les enjeux sont nationaux. Les électeurs qui votent islamiste sur le plan local, peuvent voter autrement sur le plan national.

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Mais d’autres hypothèses peuvent être convoquées pour tenter de comprendre la faiblesse du score de Mohamed Morsi. Ces dernières sont précisément liées à ce qui s’est passé en Égypte entre les élections législatives du début de l’année 2012 et le déroulement des élections présidentielles du mois de juin de la même année.

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Les électeurs semblent avoir été déroutés par les propos contradictoires de la direction des Frères Musulmans sur le fait de présenter ou non un candidat. La participation et non la domination, tel a été l’adage développé par ces derniers pour ne pas effrayer les détenteurs du pouvoir effectif, Moubarak en son temps, et la direction de l’armée, après la Révolution du 25 janvier. Leur prudence semble avoir été remise en cause pour des raisons qui tiennent à leurs perceptions et analyses de la nouvelle conjoncture politique, liée aux rumeurs concernant les risques de dissolution de l’Assemblée du Peuple. Il leur fallait donc aller à la conquête de l’institution présidentielle [46][46] C’est également dans ce sens qu’il importe de comprendre....

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La seconde hypothèse a trait à la candidature d’Ahmed Chafik, perçu comme le candidat de l’armée, ce qu’il n’est pas forcément. Mais ce dernier a surtout été identifié comme le candidat du retour à l’ordre et à la sécurité. Sa campagne électorale a été axée sur ce mot d’ordre. La fatigue de la révolution et des révolutionnaires de la part des citoyens s’était en effet accentuée depuis les élections législatives. La volonté de retour à l’ordre a été identifiée à Ahmed Chafik et ne pouvait plus être incarnée par le candidat des Frères Musulmans à cause des conflits apparus entre ces derniers et la direction de l’Armée. Ainsi donc, le vote islamiste aux présidentielles n’avait plus la tonalité « légitimiste » qu’il avait lors des législatives et les décisions de justice qui ont influé sur le processus électoral ont renforcé cette donnée. Deux d’entre elles ont été spectaculaires : celle de la Haute Cour Constitutionnelle autorisant finalement Ahmed Chafik à se présenter aux élections et l’invalidation de la loi qui a organisé les élections législatives et qui a entraîné la dissolution de l’Assemblée du peuple. Comme le dit Nathalie Bernard-Maugiron dans ce numéro, les juges égyptiens, durant cette période transitoire, ont autant été des acteurs du politique que des victimes de sa gestion chaotique. Ils se sont trouvés instrumentalisés dans la lutte pour le pouvoir entre les Frères Musulmans, la direction de l’armée et les autres acteurs politiques.

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Ces décisions de justice ont eu des impacts sur le processus transitionnel et sur le processus électoral. Il est possible de poser l’hypothèse qu’elles ont eu également pour impact de modifier la perception des électeurs faisant des Frères Musulmans des alliés de la direction de l’armée. L’ensemble de ces décisions ont été perçues comme signalant la fin de leur « rapprochement » car leurs contenus ont infligé aux forces islamistes des échecs d’autant plus retentissants que leur « temporalité a été hautement politique » pour reprendre l’expression de Amr Choubaki [47][47] Amr Choubaki, le 17 juin 2012, El Masry el Youm..

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Si ces deux décisions ont frappé l’opinion internationale, elles ont, a fortiori, frappé l’opinion interne et notamment celle des électeurs.

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Comme dernière hypothèse permettant d’analyser le score au premier tour de l’actuel Président de la République, il est important de signaler que le candidat des Frères Musulmans, était également l’homme du « bilan politique ». Les députés « Frères Musulmans » dominaient l’Assemblée du Peuple jusqu’à sa dissolution. Or leur gestion de cette dernière a d’abord montré leur incapacité à créer un consensus autour de la composition de la Commission en charge de rédiger la nouvelle constitution [48][48] Les forces politiques « civiles », présentes au sein....

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Pourtant les députés du Parti Liberté et Justice ont pris au sérieux leur travail parlementaire. De l’avis des fonctionnaires de l’Assemblée du Peuple [49][49] Entretien avec un fonctionnaire de l’Assemblée du Peuple..., jamais cette instance n’aura connu une aussi intense activité de la part des députés [50][50] Dr. Saad Ketatni, Les réalisations de l’Assemblée du.... Mais de manière apparemment paradoxale, cette intense activité politique nationale a, semble-t-il, nui aux habituelles activités locales des députés des Frères Musulmans. Ils ont été accusés par leurs électeurs d’avoir abandonné leurs circonscriptions et de ne plus répondre aux demandes de services individuels et collectifs [51][51] « Leurs téléphones portables ont été fermés durant....

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Les forces politiques « civiles », minoritaires au sein de l’Assemblée, ont également utilisé leur forte présence médiatique pour dénoncer la volonté des islamistes de « tout contrôler ». Ils ont été aidés en cela par les « intellectuels organiques » de l’ancien système dont on a noté le retour à la même période. Les forces dites civiles ont ainsi mis en lumière certains aspects de l’activité de la majorité islamiste au sein de l’Assemblée du Peuple. C’est ainsi qu’ils ont fait connaître des propositions de lois de certains députés, Salafistes notamment, sur l’abaissement de l’âge du mariage des jeunes filles, sur la suppression du Khul, sur la remise en cause de l’interdiction de l’excision etc. [52][52] Aucune de ces propositions de lois n’a été adoptée....

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Mais plus profondément, l’activité législative de l’Assemblée du peuple contrôlée par les Frères Musulmans a montré que ces derniers étaient plus préoccupés de conforter leur poids politique [53][53] Ils ont ainsi modifié la loi électorale sur les élections... que de changer véritablement le système politique hérité de Moubarak. Il est vrai qu’ils étaient pris dans une « sorte de course contre la montre » dans leur combat avec la direction de l’armée et avec leurs opposants politiques qui utilisaient les ressources dont ils disposaient à savoir les ressources médiatiques et juridictionnelles. Les Frères Musulmans ont notamment refusé d’adopter le texte de loi sur les libertés syndicales visant à les élargir au sein des entreprises [54][54] Al Ahali, 9 mai 2012., de même qu’ils se sont alignés sur la position de la direction de l’armée en ce qui concerne la proposition d’amender la loi sur les tribunaux militaires afin d’interdire la comparution des civils devant ces juridictions, [55][55] Al Badil 22 avril 2012. etc.

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D’une certaine manière, c’est peut être cette activité législative, bien en deçà de la demande de changement issue de la Révolution du 25 janvier, qui a ouvert la voie à la candidature de Hamdine El Sabahi, comme l’un des porte-parole de la voix de la Révolution.

Conclusion

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Les premiers scrutins électoraux post-révolution ont constitué un prétexte pour mettre en exergue certaines caractéristiques des trajectoires transitionnelles tunisiennes et égyptiennes. Ces scrutins ont eu également des effets sur la dynamique des transitions avec la recomposition en cours du paysage politique et partisan dans les deux pays. Pour l’Égypte, le dernier scrutin présidentiel a non seulement légitimité l’éviction de la direction de l’armée du processus transitoire mais il a, provisoirement peut-être, mis fin au rôle politique de l’institution militaire sur le plan interne.

45

Le second objectif de l’article était d’éclairer les différences entre les logiques politiques de la victoire des forces islamistes dans les deux pays malgré leur nature religieuse commune. Mais pour l’observateur extérieur, le résultat est le même. Les forces islamistes dans les deux pays sont arrivées au pouvoir [56][56] La victoire islamiste en Tunisie a été allégée par... à la suite de révolutions dont elles n’ont été ni les initiateurs ni même des acteurs principaux voire secondaires. Ainsi cet article pose l’importance de bien distinguer entre le moment électoral et le moment de la révolution. D’une certaine manière, ces premières consultations électorales ont confirmé les analyses des historiens du vote [57][57] Alain Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les Français.... Le suffrage universel a été institué pour pacifier et domestiquer l’expression politique violente et révolutionnaire de la « rue », voire même du « fusil ». La souveraineté populaire qui s’exprime dans les urnes permet de délégitimer le recours à la Place Tahrir ou à la place de la Kasbah. De même, le vote populaire est généralement plus conservateur que révolutionnaire.

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La morale religieuse des dirigeants contre le vol et la corruption, tel pourrait être le message commun à ces deux votes. Les urnes ont montré que le religieux est toujours porteur d’espoir pour les citoyens qui souhaitent donner leur chance à ceux qui n’ont jamais géré le pouvoir politique, ce qui ne signifie pas forcément l’imposition d’un État religieux. De plus, dans les deux pays, le langage religieux semble être le seul langage disponible pour de nombreuses couches sociales écartées de toute expression politique et le langage « civil » devient l’apanage de couches sociales minoritaires. Le dilemme des « forces civiles » analysé par Samer Soliman [58][58] Voir article dans ce numéro. se retrouve d’une certaine manière en Tunisie. Cette hypothèse est d’autant plus vraie qu’en Tunisie notamment, les élites « civiles » semblent payer le prix des « laïcités autoritaires » des périodes précédentes. Il est significatif de noter que les listes électorales qui ne se sont pas opposées au langage religieux du Parti Ennahda, comme Ettakatol, le Congrès pour la République et également la Pétition Populaire ont obtenu les plus forts résultats.

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Mais, peut-on dire pour autant que la « norme » islamiste l’a emporté sur la norme démocratique. Ce n’est pas certain. Les citoyens de ces pays sont devenus des électeurs [59][59] A. Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les Français... et comme le dit, Olivier Dabène, ils se souviendront que voter « peut servir à quelque chose » [60][60] O. Dabène, l’acte de vote en situation de crise. L’Amérique....

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Ce qui est certain également, c’est que les citoyens des deux pays sont également en train d’expérimenter les limites de la démocratie représentative et la difficulté d’exprimer institutionnellement ce qu’ils dénomment « Révolution ». Si les causes sociales et régionales à la base de la révolution tunisienne n’ont pas encore trouvé leur traduction politique comme le note Cherif Ferjani dans ce numéro, pour l’Égypte, les analystes parlent de « révolution volée » sous le coup de boutoir des militaires et des islamistes à la fois [61][61] Baha Edine Hassen, les deux coups d’État contre la....

49

52 % des Tunisiens n’ont pas voté après une révolution inaugurale pour les pays de la région [62][62] Il y a en Tunisie 7.569.824 électeurs en âge de voter,.... L’importante analyse élaborée par Alia Gana, Gilles Van Hamme et Maher Ben Rebah de la répartition territoriale du vote, montre que, d’une certaine manière, l’électorat des islamistes et des « modernistes » tendent à se ressembler, même si le vote islamiste est caractéristique des espaces géographiques moyens et défavorisés. Seule la Pétition Populaire fait exception et cette « mauvaise surprise » tout en exprimant la face honteuse de la « cuisine » électorale, met en réalité l’accent sur les limites de l’expression politique par les urnes. De même, la trajectoire transitionnelle exemplaire de la Tunisie montre actuellement ses limites. La constitution tunisienne n’a pas encore été adoptée et la date des prochaines élections n’a pas encore été fixée par les dirigeants islamistes. Mais aussi bien en Tunisie qu’en Égypte, les forces islamistes sont arrivées au pouvoir dans le cadre de sociétés qui ont pris goût à la liberté, comme l’attestent la poursuite des mouvements sociaux et la résistance des élites civiles, intellectuelles et médiatiques dans les deux pays. ?

Notes

[1]

Le Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés

[2]

Les décisions de M. Morsi ont été prises à la suite de l’attentat terroriste du 5 août dans le Sinaï qui a provoqué le décès de 16 jeunes militaires. Tout en provoquant une grande émotion populaire, cet évènement a mis l’accent sur les carences de l’armée.

[3]

Ce qui est certain c’est que l’on assiste actuellement à une reformulation du rôle de l’armée dans le système politique, liée notamment au renouvellement générationnel de sa direction.

[4]

À la suite de la dissolution de l’Assemblée du Peuple.

[5]

La première commission a été dissoute le 10 avril 2012.

[6]

Nouvelle Déclaration Constitutionnelle du 12 Aout 2012.

[7]

M. Dobry, « Les processus de transition à la démocratie », Cultures & Conflits, n° 17, 1995, pp. 3-8.

[8]

R. Banégas, Les transitions démocratiques, mobilisations collectives et fluidité politique. Cultures et conflits, 1-2 hiver 1993.

[9]

M. Dobry, « Les processus de transition à la démocratie », Cultures & Conflits, n° 17, 1995, pp. 3-8.

[10]

Michel Dobry, « Les causalités de l’improbable et du probable : Notes à propos des manifestations de 1989 en Europe centrale et orientale », Cultures & Conflits, 17, printemps 1995, [En ligne], mis en ligne le . URL : http:// conflits.revues.org/index322.html

[11]

S. Ben Néfissa, « Le temps électoral, le temps révolutionnaire et l’idiome islamiste en Égypte » in La gouvernance en révolution(s), Chroniques de la Gouvernance 2012, ECLM, Paris, 2012.

[12]

Pour la Tunisie, l’article se basera sur l’expérience personnelle de l’auteur concernant la campagne électorale d’octobre 2011 et sur des entretiens menés avec des candidats, des électeurs et des personnalités politiques. Pour l’Égypte, il se basera sur une expérience ancienne de recherche sur le vote en Égypte, sur le suivi des élections législatives de la première étape et sur des entretiens avec des candidats et des médiateurs locaux.

[13]

Éric Gobe et Michaël Béchir Ayari, « Les avocats dans la Tunisie de Ben Ali : une profession politisée ? », L’Année du Maghreb, III | 2007, 105-132.

[14]

Sadri Khiari, Tunisie : commentaires sur la révolution à l’occasion des élections. http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=1510. ,

[15]

Béchir Abdel Fattah, « Le président et l’armée dans la deuxième république en Égypte », La Démocratie, n° 47, 93-98. Al Ahram, le Caire (en arabe).

[16]

T. Aclimandos, L’armée égyptienne, Défense et sécurité internationale, avril 2011.

[17]

Pour une analyse du coup de force de Morsi contre la direction de l’armée, lire : H. Mourad, « Relève au sein de l’armée », in Al Ahram Hebdo du 21-28 aout 2012.

[18]

Du nom de Ali Selmi, vice président du conseil des ministres en charge du développement politique et de la transition démocratique au moment du gouvernement de Issam Charaf. La Charte a été présentée le 1er novembre 2011.

[19]

A. Selmi, la Transition démocratique et la question de la charte des principes constitutionnelles. Dar el Kitab el masrya, le Caire, en arabe, 2012 pp 175 -176.

[21]

Après avoir accepté d’intégrer le Bureau Consultatif, les Frères Musulmans se sont retirés. Entretien avec Oussam Bourhan, El Watan, du 29 Aout 2012 ; Entretien avec Charif Zahran, Al Watan du 27 aout 2012.

[22]

Loi n°34 de l’année 2011 du 12 avril 2011 ; loi n° 10 du 11 mars 2011.

[23]

La question du financement de l’organisation des Frères Musulmans, pas contre, n’a pas été évoquée.

[24]

S. Ben Néfissa, « Ces 18 jours qui ont changé l’Égypte. Révolution civile et politique », Revue Tiers Monde, Hors Série 2011, pp 227-236.

[25]

C’est ainsi que les Frères Musulmans étaient le seul courant politique représenté au sein du Comité de la Réforme constitutionnelle chargé de rédiger les amendements proposés au référendum du 19 mars 2011.

[26]

Al Ahram Hebdo du 22 au 29 mars 2011.

[27]

Caid El Sebsi est un destourien de la première heure et un bourguibiste notoire. Il a fait partie des élites destouriennes qui ont réclamé des réformes politiques dans les années 1970. Bien que député et président de la chambre des députés sous Ben Ali, il n’a plus occupé de fonctions politiques depuis 1994.

[28]

Le ministre de l’Intérieur a assisté à l’inauguration du siège du Parti des Frères Musulmans au mois de mai 2011.

[29]

L’analyse de l’étonnante victoire du Parti El Nour est en train de se faire au CEDEJ sous la direction de Bernard Rougier. Il est toutefois possible de poser l’hypothèse qu’une partie du mouvement salafiste a été encouragée à se développer ces dernières années pour contrer l’assise sociale des Frères Musulmans. De même, certains groupements salafistes ont été l’un des bras armés du ministère de l’Intérieur pour « tenir les quartiers ». Le responsable du parti el Nour au Sénat a déclaré que son parti souhaitait devenir la branche politique du ministère de l’Intérieur (El Tahrir, 26 aout 2012).

[30]

M. Catusse, Une tentative manquée de conversion politique au Maroc. L’échec électoral de l’ancien « patron des patrons » (2001-2007), Politix 2008/4, n° 84, p. 91-113.

[31]

Amr Hachem Rabiaa, (dir) Les Elections de l’Assemblée du Peuple 2011- 2012, Centre des études politiques et stratégiques d’Al Ahram, 2012, le Caire, En arabe, pp. 403-433.

[32]

Lire article dans le numéro.

[33]

Ibidem.

[34]

O. Lamloum, intervention au séminaire organisé par l’IREMAM : Égypte, Tunisie, un an après. De la rue aux Urnes. 12 janvier 2012, Aix en Provence.

[35]

Marie Vannetzel, « Les voies silencieuses de la contestation : les Frères musulmans égyptiens, entre clientélisme et citoyenneté alternative », Raisons politiques, n° 29, février 2008, p. 23-37.

[36]

Amr Hachem Rabiaa, (dir) Les Elections de l’Assemblée du Peuple 2011- 2012, Centre des études politiques et stratégiques d’Al Ahram, 2012, le Caire, En arabe, pp. 403-433.

[37]

Principalement Al-Tajdid (Renouveau) et également le Parti Démocratique Progressiste.

[38]

Toutefois sur le plan local, ce discours a coexisté avec une stratégie de séduction des responsables locaux du RCD dissous, afin de les récupérer du fait de leur connaissance du terrain et des électeurs. Discussion de l’auteur avec 3 ancien responsables du RCD dans la région du grand Tunis et à Siliana. Lire à propos A. Allal, Tunisie : Le Bal des prétendants, CERI/Alternatives internationales-octobre 2011.

[39]

Leur site Internet mentionne l’existence de 163 locaux régionaux. http:// www.ennahdha.tn/

[40]

Discussion de l’auteur avec un participant de la campagne électorale du Takatull dans la circonscription de Ben Arous.

[41]

Voir article dans ce numéro.

[42]

Lire l’article de Lamiss Azab dans le numéro.

[43]

Discussion avec T. Aclimandos.

[44]

S. Ben Néfissa, « Ca suffit ? », « le haut » et le « bas » du politique en Égypte » Politique Africaine, n° 108, 2008, p. 5-24.

[45]

S. Ben Néfissa « Les Mahaliats en Égypte : le refus du politique et ses causes politiques », in V. Battesti et F. Ireton (dirs), L’Égypte au présent. Inventaire d’une société avant révolution. 20011, Paris. Sindbad-actes Sud, 343-366.

[46]

C’est également dans ce sens qu’il importe de comprendre leur polémique avec la direction de l’armée autour de leur droit de former un gouvernement en remplacement de celui de Kamel Ganzouri, au moment où ils dominaient l’Assemblée du Peuple.

[47]

Amr Choubaki, le 17 juin 2012, El Masry el Youm.

[48]

Les forces politiques « civiles », présentes au sein de l’Assemblée du Peuple, ont quitté cette commission pour signifier leur opposition à sa coloration fortement islamiste. Cette dernière, formée le 17 mars 2012, a été dissoute le 10 avril 2012, par la Haute Cour Administrative du Conseil d’État. Là également cette solution juridique à l’impasse politique infligea un revers aux Frères Musulmans.

[49]

Entretien avec un fonctionnaire de l’Assemblée du Peuple le 26 juillet 2012. Le Caire.

[50]

Dr. Saad Ketatni, Les réalisations de l’Assemblée du peuple en 100 jours. 10 pages. (En arabe).

[51]

« Leurs téléphones portables ont été fermés durant les 4 mois qui ont précédé les présidentielles et ils ne répondaient plus aux demandes locales de ceux qui avaient voté pour eux ». Entretien avec un partisan de Abdel Monem Abou el Foutouh et ayant participé à sa campagne électorale dans le gouvernorat de Menoufia.

[52]

Aucune de ces propositions de lois n’a été adoptée. Lire Al Wafd du 5 avril 2012, El Youm el Sabaa du 8 avril 2012, Akhbar el Youm 18 mai 2012, Al Nahar 15 mars 2012.

[53]

Ils ont ainsi modifié la loi électorale sur les élections présidentielles pour imposer le décompte des voix au sein des bureaux de vote primaires afin d’éviter les possibilités de fraudes.

[54]

Al Ahali, 9 mai 2012.

[55]

Al Badil 22 avril 2012.

[56]

La victoire islamiste en Tunisie a été allégée par le mode de scrutin qui a été une bénédiction pour les partis « civils » selon les analystes. Avec un mode de scrutin majoritaire à un tour ou à deux tours, Ennahda aurait gagné la quasi-totalité des sièges de la Constituante. Voir Par Hatem M’RAD, « Analyse des résultats des élections du 23 octobre de la Constituante », La Presse du 31-10-2011.

[57]

Alain Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les Français sont-ils devenus électeurs ?, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1992, 288 pages. Michel Offerlé, Un homme, une voix ? Histoire du suffrage universel. Découvertes Gallimard Histoire, 1993, 160 pages.

[58]

Voir article dans ce numéro.

[59]

A. Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les Français sont-ils devenus électeurs ?, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1992, 288 pages. M. Offerlé, Un homme, une voix ? Histoire du suffrage universel. Découvertes Gallimard Histoire, 1993, 160 pages.

[60]

O. Dabène, l’acte de vote en situation de crise. L’Amérique Centrale. Politix, Volume 6 n° 22 deuxième trimestre 1993, pp. 84-92.

[61]

Baha Edine Hassen, les deux coups d’État contre la Révolution, Al Chourouk du 29 juillet 2012.

[62]

Il y a en Tunisie 7.569.824 électeurs en âge de voter, 4.123.602 d’entre eux seulement se sont inscrits. Parmi les inscrits, seuls 3.702.627 d’entre eux se sont déplacés pour voter le 23 octobre en vue de distribuer démocratiquement les 217 sièges de l’Assemblée constituante.

Résumé

Français

Suite aux révolutions de l’année 2011, les Tunisiens et les Égyptiens sont passés aux urnes. L’article propose d’inscrire l’analyse de ces premières élections dans le cadre des caractéristiques des trajectoires transitionnelles des deux pays. Il met en exergue la différence des logiques politiques à la base des victoires électorales islamistes dans les deux pays. Si la rupture avec le passé est une dimension fondamentale du vote pour Ennahda, en Égypte la victoire islamiste aux élections législatives a emprunté une dimension légitimiste à cause du rapprochement entre la direction de l’armée et la direction des Frères Musulmans. Cela n’a plus été le cas pour les élections présidentielles. L’article propose des hypothèses pour comprendre le score relativement faible de Mohamed Morsi au premier tour des élections présidentielles.

Plan de l'article

  1. Des trajectoires différentes
  2. Le référendum du 11 mars 2011 en Égypte : une alliance « sacrée »
  3. Victoires islamistes et logiques politiques différentes
  4. Les présidentielles égyptiennes et le score de Mohamed Morsi
  5. Conclusion

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