Accueil Revue Numéro Article

Confluences Méditerranée

2012/3 (N°82)

  • Pages : 212
  • ISBN : 9782336002118
  • DOI : 10.3917/come.082.0091
  • Éditeur : L'Harmattan

ALERTES EMAIL - REVUE Confluences Méditerranée

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 91 - 105 Article suivant
1

Les partis politiques jouent un rôle clef en Égypte depuis les débuts de la phase de transition. En effet, et bien qu’ils aient été largement discrédités dans les années qui ont précédé la révolution, ils ont fait l’objet d’un véritable engouement dans les mois qui ont suivi le départ de Moubarak. Du fait du nouveau contexte juridique issu de cette révolution, ils ont en outre été amenés à jouer un rôle inédit au cours des élections législatives de 2011-2012, notamment en matière de sélection des candidats et de mobilisation des électeurs. Mais les partis politiques égyptiens n’ont pas été les seuls acteurs de ces élections, et ont dû composer avec d’autres formes d’organisations, porteuses de logiques différentes, ce qui les a conduits à adapter leurs stratégies afin de tirer le meilleur parti possible desdites logiques.

2

Cet article repose sur des observations faites essentiellement au Caire au printemps et à l’automne 2011 – directement auprès des partis politiques, mais également de syndicats et d’associations, ainsi que dans différentes manifestations –, et sur trois enquêtes de terrain d’une durée de deux semaines chacune, menées dans trois circonscriptions électorales au cours des élections à l’assemblée du peuple de 2011-2012 : Qasr Al-Nîl (centre-ville du Caire), Suez, et la première circonscription de Gharbiya, dans le Delta du Nil (Tanta et ses environs).

Le printemps post-révolutionnaire des organisations partisanes

3

La floraison de nouveaux partis est un phénomène somme toute banal dans les périodes de transition démocratique [1][1] Voir par exemple le dossier « Partis politiques et.... Il est cependant particulièrement remarquable dans l’Égypte de 2011 pour deux raisons : le discrédit qui frappait la forme partisane avant la révolution [2][2] Sur ce point, voir Steuer Clément, « L’apparent épuisement..., et l’hostilité traditionnelle de certains acteurs politiques parmi les plus importants à l’égard de ce mode d’organisation. Le nouveau contexte politique et juridique né de la révolution a néanmoins suscité une effervescence autour de la création de nouveaux partis.

Le discrédit frappant la forme partisane à la veille de la révolution

4

Les symptômes et les causes de la faiblesse des partis politiques égyptiens sont bien documentés depuis désormais une quinzaine d’années [3][3] Ben Nefissa Sarah, « Les partis politiques égyptiens... : déficit organisationnel et manque de moyens humains et financiers étaient causés par les règles autoritaires encadrant leurs activités et par le caractère clientéliste des transactions électorales. Ainsi, la création d’un parti devait obtenir l’approbation de la commission des partis, dont la majorité des membres était nommée directement ou indirectement par le président de la République. Cette commission pouvait également à tout moment suspendre l’activité d’un parti existant, en vertu de la loi n° 40 de 1977 sur les partis politiques, dont le flou des dispositions garantissait dans les faits un pouvoir quasi-discrétionnaire aux dirigeants du régime sur la vie partisane. Par ailleurs, l’application de l’état d’urgence – sans cesse renouvelé depuis 1981 – permettait à l’exécutif d’interdire aux partis politiques d’organiser toute manifestation publique.

5

Ainsi, à la veille de la révolution, il n’existait en Égypte que 24 partis d’opposition légaux, dont la plupart n’avaient pas d’existence réelle hormis leur reconnaissance par le régime, qui pouvait parfois se traduire par quelques sièges dans l’une ou l’autre des deux assemblées élues (assemblée du peuple et assemblée consultative). En effet, la puissance économique et sociale des notables ralliés au parti national démocratique (PND), l’ampleur des fraudes et – à partir de 2000 – le recours de plus en plus répandu à la violence électorale, assuraient au pouvoir une maîtrise presque totale sur la composition des deux chambres du Parlement. Dans les faits, la véritable concurrence se jouait davantage entre les candidats du PND eux-mêmes qu’entre ces derniers et ceux des partis de l’opposition [4][4] Ben Nefissa Sarah et Alâ’ Al-Din Arafat, Vote et démocratie....

6

Les principaux partis de l’opposition légale (Wafd, Tagammu‘ et parti nassérien) étaient en effet progressivement rentrés dans un rapport asymétrique avec le régime dont ils avaient accepté les règles du jeu clientéliste [5][5] Sur ce point, voir Kassem May, In the Guise of Democracy..... De l’ensemble de ces facteurs découlait le fait que ces partis disposaient non seulement de peu de ressources humaines, financières ou légales, mais qu’ils étaient en outre largement discrédités aux yeux d’une grande partie de la population, et en particulier des opposants au régime. Enfin, la crise de la représentation politique induite par cette faiblesse des partis de l’opposition était encore aggravée par l’exclusion des islamistes hors du jeu politique légal.

7

Durant la première décennie du XXIe siècle, le discrédit qui frappe les partis d’opposition égyptiens s’étend progressivement à la forme partisane elle-même. Parmi les différentes organisations de l’opposition dépourvues de statut légal, seuls le Wasat et Karâma [6][6] Ces deux partis ont été fondés au milieu des années 1990 par... cherchent encore à se constituer en partis politiques légaux. Et encore les dirigeants de Karâma se satisfont-ils, à partir de 2004, de l’absence de reconnaissance légale, qu’ils utilisent comme argument de légitimation leur permettant de se présenter comme des adversaires résolus du régime, suffisamment représentatifs pour être considérés comme dangereux, et dès lors interdits.

8

Cette situation s’explique en partie par le fait que l’expérience militante de cette décennie a démontré l’efficacité – en termes de mobilisation – de formes alternatives d’organisation : comité populaire de soutien au peuple palestinien en 2001, Hamla Sha‘abiya et Kefaya en 2004-2005, « mouvement du 6 avril » en 2008, Association nationale pour le changement en 2010. Toutes ces organisations, et de nombreuses autres moins connues, ont en commun le refus de se positionner sur le spectre idéologique, d’être créées autour d’un projet, d’être structurées en réseau, et enfin d’attirer – toujours davantage – de jeunes militants [7][7] Sur ce sujet voir (en arabe) l’ouvrage collectif dirigé.... Durant la période 2009-2010, ces nouvelles organisations commencent visiblement à inquiéter les partis d’opposition les mieux établis (Wafd, Tagammu‘ et parti nassérien), et la presse se fait l’écho des débats qui opposent leurs dirigeants à des intellectuels engagés dans ces organisations [8][8] Pour un article interrogeant la pertinence de la forme.... Ces partis d’opposition ont néanmoins pris part – même si avec un temps de retard – aux mobilisations de janvier-février 2011 [9][9] Sur l’attitude des partis politiques égyptiens durant....

L’effervescence du printemps 2011

9

Dans les mois qui suivent le départ de Moubarak, la forme partisane opère un retour en grâce spectaculaire auprès de l’ensemble des acteurs politiques, du fait des nouvelles conditions juridiques et politiques, éminemment plus favorables à la forme partisane, qui s’impose tout naturellement comme la forme privilégiée pour conquérir le pouvoir d’État, et ceci malgré la multiplication tout aussi spectaculaire des « coalitions de jeunes de la révolution », davantage perçues comme des instruments permettant de veiller sur le respect des principes de la révolution, au moyen de mobilisations ponctuelles dans les rues et sur les places du pays.

10

Dès le 19 février 2011, le Wasat est le premier parti à bénéficier des nouvelles conditions politiques, puisque le tribunal des partis du Conseil d’État lui accorde enfin son imprimatur en cassant la dernière décision de la commission des partis le concernant, concluant ainsi une bataille juridique longue de quinze années. Mais le véritable coup d’envoi à la création de nouvelles organisations partisanes est donné le 28 mars 2011 par le Conseil supérieur des forces armées, qui promulgue à cette date une nouvelle loi des partis. Cette loi abolit en effet certains obstacles mis en place par la précédente législation (obligation d’originalité par exemple). Surtout, elle supprime le lien organique qui reliait le pouvoir exécutif à la commission des partis, désormais uniquement composée de juges indépendants. La nouvelle loi durcit l’ancienne législation sur un seul point : le nombre minimal de membres requis, qui passe de 2 000 à 5 000. Mais il est sans doute plus facile de réunir 5 000 membres pour un parti en avril 2011 que 2 000 un an plus tôt.

11

Cette situation donne lieu à un véritable appel d’air, qui initie une quatrième vague de création de partis politiques en Égypte. Les deux premières vagues, dans les premières années du XXe siècle puis dans l’entre-deux guerres, constituaient une réaction à la mainmise britannique sur les affaires de l’Égypte [10][10] Cf. notamment (en arabe) Shukr ‘Abd Al-Ghafâr et al.,.... En effet, les premiers partis égyptiens, créés à partir de 1907 jusqu’aux lendemains de la Première Guerre mondiale, étaient tous des partis indépendantistes, libéraux et constitutionnalistes [11][11] Le Wafd, fondé en 1919, est la seule organisation témoignant.... Mais si l’Égypte a obtenu en 1922 son indépendance formelle, l’ingérence britannique dans les affaires intérieures du pays n’a pas cessé pour autant, suscitant à terme une opposition plus radicale, qui a donné naissance à l’organisation des Frères musulmans à la fin des années 1920, et au parti Jeune Égypte en 1937. La troisième vague de création de partis, a au contraire été initiée par le haut, sous la pression de l’agenda néo-libéral . En effet, suite aux réformes économiques de l’infitâh et au ralliement de l’Égypte au camp occidental qu’il avait initiés, le président Sadate introduit entre 1976 et 1978 une dose de multipartisme au sein du système politique égyptien, à travers la loi des partis de 1977. Dès 1978, on assiste à une renaissance du Wafd et de Jeune Égypte (sous la forme du parti socialiste du travail, hizb al-‘amal al-ishtirâkî), mais aussi à une autonomisation de l’aile socialiste de l’ancien parti unique, sous la forme du Tagammu‘. Une vingtaine de partis sont créés sous l’empire de cette loi, dont le parti nassérien (1992), le Ghad (2004) et enfin le Wasat (2011). Il semble que la quatrième vague de création de partis en Égypte soit aujourd’hui le résultat d’une combinaison des deux facteurs précédemment évoqués : une pression internationale en faveur de la « bonne gouvernance » rencontrant l’aspiration de larges secteurs de la société à participer à la vie politique. Cet affaissement des contraintes légales mises en place par un régime autoritaire désormais soumis à la double pression de la rue et de ses alliés occidentaux explique sans doute le revirement de nombreux acteurs jusque là hostiles ou indifférents à la forme partisane : les Frères musulmans hésitaient depuis trente ans à créer un parti, du fait évidemment des contraintes autoritaires, mais aussi de la condamnation de la forme partisane par Hassan Al-Banna, le fondateur du mouvement, dont les textes sont toujours étudiés par les membres de la confrérie dans le cadre des mécanismes de formation interne [12][12] Sur les débats internes qui ont agité la confrérie.... Les Frères sont cependant les premiers à bénéficier de la nouvelle loi des partis, avec l’autorisation qui leur est rapidement accordée de créer le parti de la Liberté et de la Justice (PLJ).

12

La création du parti de la Lumière (hizb al-nûr) intervient peu de temps après, en juin 2011. Basé sur l’organisation de Prédication salafiste (al-da‘wa al-salafiya), dont l’attitude envers la politique avait auparavant toujours oscillé entre l’indifférence et la condamnation comme activité impie, ce parti constitue le signe tangible d’un revirement spectaculaire de la majorité de la mouvance salafiste sur ce sujet. Dans le nouveau contexte né du soulèvement de janvier, les gains politiques désormais à portée de main valent bien une légère entorse à la pureté idéologique. De la même manière, alors que les Églises coptes avaient adopté depuis trois décennie une attitude extrêmement prudente à l’égard de la politique, la plus importante d’entre elle – l’Église orthodoxe – se rallie presque ouvertement à l’initiative du milliardaire chrétien Naguib Sawiris, qui crée un parti politique libéral, le parti des Égyptiens libres (hizb al-masriyîn alahrâr). Fort du soutien de l’Église et des importantes entreprises du secteur privé détenues par son fondateur, ce parti rassemble plus de 100 000 membres en seulement quelques mois. Quant aux « jeunes de la révolution », leur socialisation politique s’est faite bien souvent en opposition à la logique partisane, au sein des nouveaux mouvements contestataires évoqués précédemment. En 2011, cependant, les partis issus de cette mouvance se multiplient. Enfin, jusqu’en 2010, les soutiens du régime se satisfaisaient de la structure lâche que représentait le PND, sorte de fédération de réseaux clientélistes implantés localement. La dissolution de celui-ci le 16 avril pousse ses anciens membres à créer eux aussi leurs propres partis – tels que le parti national de l’Égypte (hizb masr al-qawmî) et le parti de la liberté (hizb al-huriya) – ou à se rallier à de petits partis pré-existants tels que le parti des conservateurs (hizb al-muhâfizîn) ou encore le plus important des partis « fulûl »[13][13] Le terme fulûl, pluriel de fall, est apparu dans les..., le parti de la Réforme et du Développement (hizb al-islâh wal-tanmiya). À cela s’ajoutent enfin des initiatives sans lendemains électoraux, particulièrement à gauche, où des partis s’organisent autour de centres de recherche, de syndicats indépendants, de coopératives agricoles, etc.

Les partis dans la bataille des législatives

La sélection des candidats et la mobilisation des électeurs

13

Outre ce foisonnement de nouveaux partis, il faut compter avec les effets des nouvelles lois électorales, qui ont permis aux partis politiques de jouer au cours des élections législatives de 2011-2012 un rôle plus important que jamais.

14

La loi organisant les élections a favorisé les partis politiques, d’abord en prévoyant de réserver deux tiers des sièges au scrutin proportionnel. Si la possibilité existait de former des listes indépendantes, dans les faits la grande majorité des listes défendaient la couleur d’un parti (Wafd, Wasat, ‘Adl [14][14] « Parti de la Justice ». Fondé par des proches de l’ancien...), même si ce parti pouvait en fait représenter une coalition (le PLJ et le parti de la Lumière représentaient respectivement « la coalition démocratique » et « l’alliance pour l’Égypte » [15][15] « La coalition démocratique » avait au départ vocation...). Inversement, l’étiquette d’une coalition pouvait en réalité désigner une liste mono-partisane. Ainsi, les partis du Bloc égyptien s’étaient répartis les différentes circonscriptions entre eux. De ce fait, leurs listes pouvaient être selon les circonscriptions une liste du parti des Égyptiens libres, une liste du parti égyptien social-démocrate, ou encore une liste du Tagammu‘. La seule coalition à présenter ses listes comme telles était celle de « la révolution continue » [16][16] Rassemblant cinq partis socialistes ou libéraux, ainsi.... Les partis et les coalitions de partis disposent en effet d’une couverture médiatique nationale, ce qui les rendait plus intéressants pour les candidats potentiels que la possibilité de constituer des listes indépendantes. À défaut de décrocher l’investiture d’un parti, la meilleure stratégie alternative consistait ainsi à se rabattre sur une candidature individuelle.

15

Or, les circonscriptions individuelles se sont au final révélées immenses, deux fois plus grandes qu’initialement prévu dans l’avant-projet de loi de juin 2011, qui projetait de réserver deux tiers des sièges au scrutin individuel. Après trois mois de tractations avec les partis, les proportions se sont en effet inversées, et l’Égypte a été divisée en seulement 83 circonscriptions pour les sièges pourvus au scrutin individuel, chacune élisant deux députés, dont l’un au moins devait appartenir à la catégorie « ouvriers et paysans ». De ce fait, ces circonscriptions sont devenues beaucoup moins abordables pour les petits notables locaux, dont les ressources et la notoriété ne leur permettaient pas d’espérer conquérir une circonscription de près d’un million d’habitants, d’autant que l’expérience du référendum de mars 2011 laissait présager un taux de participation bien supérieur à celui que l’on pouvait enregistrer avant la révolution.

16

Les partis ont ainsi joué un rôle crucial dans ces élections, et les candidats potentiels se sont vus contraints de rechercher leur investiture. Ces élections ont ainsi constitué le cadre d’une sorte de recyclage des notabilités, sous la bannière de divers partis. Les notables locaux avaient en effet le choix entre deux types de stratégies. Pour les petits notables, les deux alternatives étaient soit de faire campagne seuls, en indépendants, sans aucune chance de succès, dans une stratégie d’augmentation de leur visibilité sociale, en vue notamment d’échéances futures, soit de concourir sur la liste d’un parti, plusieurs d’entre eux cherchant à recruter des notables dans différents quartiers de chaque circonscription, dans le but d’étendre leur ancrage local. Pour les notables disposant de davantage de moyens (hommes d’affaires, chefs de tribus), le choix consistait à se présenter seuls, de préférence avec le soutien d’un parti afin de légitimer leur candidature, ou à prendre la tête d’une liste, afin de maximiser leurs chances d’êtres élus, et éventuellement de servir de locomotive à cette liste. Enfin, les candidats les plus compromis avec l’ancien régime devaient se résigner à se présenter seuls, ou à rechercher le soutien d’un des partis issus de l’ancien PND.

17

L’investiture accordée par les partis permettait en effet de bénéficier des retombées des campagnes médiatiques menées au niveau national, de donner un vernis de légitimité idéologique à des notables jusqu’alors étrangers à ce type de considérations, et de profiter des capacités de mobilisation de ces partis. Outre leur rôle dans la campagne électorale, ceux-ci sont en effet parfois allés jusqu’à mobiliser physiquement les électeurs, en affrétant des microbus pour les conduire jusqu’aux bureaux de vote. De fait, les candidats indépendants ont été balayés au cours de ces élections : 23 députés indépendants sur 498, alors que lors des précédentes élections, la majorité des députés étaient des indépendants, qui ne se ralliaient au PND qu’une fois élus [17][17] Ben Nefissa Sarah et Alâ’ Al-Din Arafat, op. cit..

La relative autonomie des organisations partisanes

18

Bien qu’ayant joué un rôle-clef durant les élections législatives, les partis politiques égyptiens présentent encore un certain nombre de faiblesses. Notamment, les plus récemment créés ne sont encore naturellement que très faiblement autonomisés par rapport à leurs milieux partisans respectifs. Le PLJ, pour commencer, a été créé par décision du conseil consultatif (majlis al-shûrâ) des Frères musulmans, qui a également élu ses dirigeants. Pendant la campagne, et jusqu’au jour même du vote, des voitures surmontées d’un mégaphone circulaient dans les rues pour rappeler que le PLJ est le parti des Frères musulmans. Pour contourner la loi interdisant le recours à des slogans religieux, la confrérie imprimait des affiches aux couleurs du parti, mais sans faire explicitement mention de celui-ci, et qui proclamaient que « l’islam est la solution ». Dans les mosquées, les imams de la Prédication salafiste appelaient à voter pour le parti de la Lumière, et à se joindre à ses manifestations. Dans les quartiers majoritairement chrétiens, l’Église donnait des instructions aux cadres du parti des Égyptiens libres, notamment concernant le choix des candidats à soutenir au second tour. Les anciens du PND, de leur côté, n’hésitaient pas à mobiliser leurs ‘asabiya ou à faire voter leurs employés, recourant eux aussi – lorsqu’ils en avaient les moyens – aux microbus pour convoyer les électeurs jusqu’aux bureaux de vote. Enfin, concernant les jeunes de la révolution, si « le mouvement du 6 avril » ne donnait officiellement pas de consignes de vote, ses membres, et ceux d’autres coalitions de jeunes, participaient souvent à la campagne à titre individuel, la plupart du temps pour les candidats de « la révolution continue » lorsqu’il y en avait. Ces derniers pouvaient d’ailleurs être des membres du « 6 avril » s’étant retirés de leur mouvement le temps de la campagne. Ainsi, si les circonstances historiques et les règles du jeu politique ont mis les partis au centre de ces élections, elles n’ont néanmoins pas fait d’eux les seuls maîtres du scrutin, et les cadres et militants des partis ont dû frayer avec différentes puissances sociales porteuses de logiques concurrentes.

19

Le rôle catalyseur des élections dans la construction et l’implantation locale des organisations partisanes est bien connu et documenté [18][18] Voir notamment Rokkan Stein et Seymour M. Lipset, Structures... : les campagnes électorales fournissent à ces dernières une occasion de recruter cadres et militants au sein des milieux sociaux plus ou moins organisés qui leurs sont favorables, et de se faire connaître et reconnaître au sein de ces milieux comme porte-paroles politiques et représentants légitimes et crédibles des intérêts du groupe au sein de l’arène parlementaire. Dans le cas de l’Égypte, nous l’avons vu, ce processus n’en est qu’à ses balbutiements, et prend appui sur des logiques et des organisations pré-existantes extrêmement variées : tribalisme, clientélisme, affairisme, charité, prédication religieuse, militantisme révolutionnaire, etc [19][19] Pour un aperçu de ce phénomène à l’échelle du monde.... Dans ces conditions, la fiction d’un champ politique autonome – au sein duquel s’affrontent des politiciens professionnels seuls maîtres de l’offre politique – a dû composer avec le poids réel et symbolique de ces diverses organisations. Le succès remporté par les partis lors de ces élections ne repose donc pas essentiellement sur une logique politique qui leur serait propre, mais plutôt sur leur capacité à capter et à mobiliser à leur profit des légitimités issues de l’extérieur du champ politique : la religion, la tradition, le poids économique et social des candidats ont donc été utilisés par différents partis comme autant de ressources mobilisables dans l’arène électorale, tout comme la légitimité révolutionnaire ou la compétence technique, voire l’appartenance au champ académique.

20

Dans ces conditions, les partis qui ont le mieux réussi sont ceux qui étaient les plus à même de mobiliser des logiques extérieures au champ politique, notamment en présentant comme candidats des notables qui ne soient pas des ralliés de dernière minute. Le PLJ a ainsi pu profiter de l’appareil caritatif de la confrérie et de sa capacité à s’engager avec les électeurs dans une « logique du don et du contre-don » [20][20] Vannetzel Marie, « “Ils nous ont déjà essayés !” Clientélisme..., les bénéficiaires des services sociaux fournis par les Frères musulmans « récompensant » ces derniers en portant leurs voix sur leurs candidats. Le caractère « total » de l’organisation frériste lui permettait en outre de présenter partout des candidats ayant accumulé un capital considérable dans différents champs : politique (anciens députés [21][21] Les Frères musulmans avaient obtenu 17 députés en 2000 et 88 en 2005 au... ou élus locaux), religieux (sheikh prestigieux [22][22] Sayyid Al-‘Askar, candidat du PLJ pour le siège « ouvriers...), économique (hommes d’affaires), social (médecins connus pour soigner les pauvres), etc. De son côté, le parti de la Lumière a su tirer un avantage politique de l’implantation à large échelle de la Prédication salafiste, qui lui fournissait cadres et militants, mais aussi des candidats disposant d’une assise économique parfois considérable [23][23] La doctrine salafiste exerce une incontestable séduction..., ainsi qu’une tribune religieuse, grâce à ses prêcheurs dans les nombreuses mosquées sous son contrôle. En effet, au cours de la dernière décennie, la Prédication salafiste s’est considérablement développée dans tout le pays depuis son bastion alexandrin, encouragée discrètement par l’appareil d’État, qui y voyait un instrument à même d’éroder la base sociale des Frères musulmans, ainsi qu’un moyen de maintenir à moindre frais un semblant d’ordre dans les quartiers et les campagnes les plus défavorisés. Ces liens avec l’administration ont sans doute également contribué à leurs succès électoraux [24][24] Cf. Ben Nefissa Sarah, « Temps électoral, temps révolutionnaire.... Du fait de ces différents atouts, le PLJ et le parti de la Lumière ont pu obtenir respectivement 44,6 % et 22,5 % des sièges à l’assemblée du peuple.

21

Le Wafd, ce vieux parti de la bourgeoisie terrienne implanté à l’échelon local, a pu de son côté obtenir une troisième place (7,8 % des sièges) grâce à son maillage territorial et à la réputation bien ancrée de son nom et de son image, qui lui assurent encore aujourd’hui une capacité à attirer à lui de nombreux notables. Le succès le plus intéressant, en termes de sociologie électorale, reste cependant celui du Bloc égyptien (6,2 % des sièges), adossé au parti des Égyptiens libres. Fondé par un milliardaire chrétien, ce parti a su attirer une partie de la bourgeoisie d’affaires, de ses cadres et de ses philanthropes. L’expérience entrepreneuriale et/ou caritative de ses cadres, couplée avec le soutien officieux de l’Église, lui a permis de créer rapidement une armature organisationnelle présente dans l’ensemble du pays. Le parti a su ensuite recruter des petits notables locaux en provenance de différents quartiers, afin non seulement de profiter de leur potentiel de mobilisation électorale, mais aussi de s’implanter dans ces quartiers et d’y faire connaître rapidement le nom, le programme et les symboles du parti. Cette stratégie d’instrumentalisation des logiques clientélistes au profit d’une logique partisane a permis à ce parti de se structurer et de s’implanter en un temps record, et laisse espérer à ses cadres qu’ils seront en mesure de se passer de l’appui des notables lors des prochaines échéances électorales, et d’accéder ainsi eux-mêmes à des charges électives.

Conclusion

22

À la faveur des règles juridiques mises en place pour encadrer ce scrutin, les partis égyptiens ont montré leur capacité à remplir les fonctions centrales qui leur sont habituellement dévolues dans les systèmes démocratiques : agrégation des intérêts (à travers la rédaction des programmes électoraux), sélection des candidats et mobilisation des électeurs. Cet indéniable succès remporté par les organisations partisanes égyptiennes ne doit cependant pas amener l’analyste à conclure à un brusque triomphe de la logique partisane, selon laquelle seule l’offre programmatique guide le choix d’individus-électeurs décidant en leur âme et conscience. Les partis politiques égyptiens sont encore très faiblement institutionnalisés et autonomisés, et se sont montrés très dépendants, lors de la campagne électorale des législatives, des diverses organisations sur lesquelles ils se sont appuyés pour mobiliser les électeurs.

23

Cette faiblesse persistante des organisations partisanes égyptienne s’est encore illustrée lors de l’élection présidentielle, qui a largement été menée hors des partis, par des « campagnes » directement organisées autour des principaux candidats. Même si ces derniers pouvaient parfois être soutenus par des partis (Wasat et parti de la Lumière pour ‘Abd Al-Mun‘im Abûl-Futûh, Karâma pour Hamdîn Sabâhî), leurs noms et logos n’étaient pas très visibles dans la campagne de ces candidats. Cela est notamment vrai pour le PLJ dont le candidat Muhammad Mursî (pourtant son ancien président) a été choisi par le conseil consultatif (majlis al-shûrâ) des Frères musulmans. Dans sa campagne, le matériel ad hoc cohabitait avec les habituels symboles de la confrérie, tandis que ceux du PLJ se faisaient extrêmement discrets. Enfin, son rival malheureux, l’ancien premier ministre Ahmad Shafîq, n’était officiellement soutenu par aucun parti, ce qui ne l’a pas empêché de rassembler sur son nom près d’un quart de l’électorat lors du premier tour du scrutin, et d’obtenir plus de 48 % des suffrages lors du second.

24

Par ailleurs, l’idée selon laquelle les partis ne sauraient légitimement s’arroger le monopole de la représentation populaire demeure largement répandue en Égypte, y compris au sommet de l’appareil judiciaire. Ainsi, la Haute Cour constitutionnelle, dans un arrêt du 14 juin 2012 portant sur la constitutionnalité de la loi électorale, interprète l’article 3 de la déclaration constitutionnelle [25][25] « La souveraineté n’appartient qu’au peuple, qui est... de la manière suivante : « [cet article] ne lie pas la souveraineté à une catégorie à l’exclusion d’une autre et n’impose pas le contrôle d’un groupe sur les autres » [26][26] Voir le texte de l’arrêt (en arabe) sur le site officiel.... En conséquence, la Cour invalide le tiers des sièges pourvus au scrutin individuel [27][27] Le Conseil supérieur des forces armées décide alors..., considérant que l’autorisation faite aux partis de présenter des candidats à ces sièges est inconstitutionnelle, puisque avantageant les partis politiques au détriment des candidats indépendants. Cette interprétation montre que le juge constitutionnel égyptien envisage les partis politiques comme « un groupe », ou « une catégorie » à part de la population dans son ensemble, et qui doit partager la faculté de représenter la volonté du peuple avec d’autres groupes et catégories, et donc dans les faits avec les notables traditionnels et les hommes d’affaires. ?

Notes

[1]

Voir par exemple le dossier « Partis politiques et changement de régime », coordonné par Myriam Aït-Aoudia et Jérôme Heurtaux dans Critique internationale, n° 30, 2006.

[2]

Sur ce point, voir Steuer Clément, « L’apparent épuisement de la forme partisane », in Lavergne Marc (dir.), Chroniques égyptiennes 2009-2010, Éditions du Cedej, Le Caire, 2012, pp. 189-218.

[3]

Ben Nefissa Sarah, « Les partis politiques égyptiens entre les contraintes du système politique et le renouvellement des élites », Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée, 1998, pp. 55-87. Et plus récemment, Abdul Rahman Amr, “The Opposition Parties Crisis or the Crisis of Liberal Democracy”, in Klaus Enrique et Chaymaa Hassabo (dir.), Chroniques égyptiennes 2006, Éditions du Cedej, Le Caire, 2007, pp. 143-174.

[4]

Ben Nefissa Sarah et Alâ’ Al-Din Arafat, Vote et démocratie dans l’Égypte contemporaine, IRD-Karthala, 2005.

[5]

Sur ce point, voir Kassem May, In the Guise of Democracy. Governance in Contemporary Egypt, Ithaca Press, 1999.

[6]

Ces deux partis ont été fondés au milieu des années 1990 par des militants dissidents des Frères musulmans (pour le Wasat) et du parti nassérien (pour Karâma). Les fondateurs de ces deux partis sont issus de la même génération militante, née du mouvement étudiant des années 1970. Ils reprochaient aux dirigeants plus âgés de leur organisations-mères respectives aussi bien leurs œillères idéologiques que leur incapacité à agir de concert avec les autres forces de l’opposition. La commission des partis a refusé à plusieurs reprises la création de ces deux partis, qui ne disposaient toujours pas, au moment où a éclaté la révolution, de statut légal.

[7]

Sur ce sujet voir (en arabe) l’ouvrage collectif dirigé par Dînâ Shahâta, Le retour de la politique. Les nouveaux mouvements contestataires en Égypte, Le Caire, Éditions du Centre d’études politiques et stratégiques de Al-Ahrâm, 2010.

[8]

Pour un article interrogeant la pertinence de la forme partisane, voir par exemple El-Shobaki Amr, “Parties, Movements, and Prospects for Change in Egypt”, AlMasry AlYoum English Edition, 23 mai 2010. Pour un point de vue défendant les partis politiques et critiquant les nouveaux mouvements protestataires, voir l’interview accordée par le secrétaire général du Wafd Munîr Fakhrî ‘Abd Al-Nûr à Al-Masrî Al-Yûm, publiée le 22 avril 2010.

[9]

Sur l’attitude des partis politiques égyptiens durant la révolution, voir les chapitres qui y sont consacrés (en arabe), dans Rabî‘ ‘Amrû Hâshim (dir.), La révolution du 25 janvier. Une première lecture et une prospective, 3e éd., Le Caire, Éditions du Centre d’études politiques et stratégiques de Al-Ahrâm, 2011.

[10]

Cf. notamment (en arabe) Shukr ‘Abd Al-Ghafâr et al., Les partis politiques et la crise de la diversité en Égypte, Le Caire, Éditions du Centre de recherches arabes et africaines, 2010.

[11]

Le Wafd, fondé en 1919, est la seule organisation témoignant encore de cette première vague.

[12]

Sur les débats internes qui ont agité la confrérie ces trente dernières années autour de l’opportunité de créer ou non un parti, voir par exemple (en arabe) Sâmî Ibrâhîm Al-Dalâl ‘Abdallah, Les islamistes et la démocratie en Égypte. Une tempête et un débris, Maktaba Madbûlî, 2007. Pour une analyse plus en profondeur des contradictions internes de la principale organisation islamiste égyptienne, voir (toujours en arabe) Tammam Hussam, L’évolution des Frères musulmans. La dislocation de l’idéologie et la fin de l’organisation, Le Caire, Maktaba Madbûlî, 2006, et Al-Shûbakî Amrû (dir.), La crise des Frères musulmans, Le Caire, Éditions du Centre d’études politiques et stratégiques de Al-Ahrâm, 2009.

[13]

Le terme fulûl, pluriel de fall, est apparu dans les mois qui ont suivi le soulèvement de janvier pour désigner les partisans de l’ancien régime. Ce terme signifie originellement « les restes d’une armée en déroute ».

[14]

« Parti de la Justice ». Fondé par des proches de l’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique et prix Nobel de la Paix Muhammad Al-Baradei, ce parti libéral centriste s’est par la suite éloigné de ce dernier et a présenté dans tous le pays des candidats issus de la jeunesse révolutionnaire.

[15]

« La coalition démocratique » avait au départ vocation a devenir un rassemblement des principales forces politiques du pays. Le retrait du Wafd, puis des salafistes et du Wasat, en ont fait une alliance électorale dominée par les Frères. Outre ces derniers, ses principaux membres étaient Karâma et le parti du Travail, parti islamo-nationaliste et socialiste, résurgence de l’organisation de l’entre-deux guerre Jeune Égypte. Si le Wafd et le Wasat ont décidé de concourir seuls – devenant respectivement la troisième et la cinquième forces représentées au Parlement – les salafistes (parti de la Lumière et parti de la Vertu) se sont rassemblés au sein de « l’alliance pour l’Égypte », à laquelle se sont joints les anciens jihadistes des Gama‘ât Islamiya, réunis au sein du parti de la Construction et du Développement.

[16]

Rassemblant cinq partis socialistes ou libéraux, ainsi que « la coalition des jeunes du 25 janvier ».

[17]

Ben Nefissa Sarah et Alâ’ Al-Din Arafat, op. cit.

[18]

Voir notamment Rokkan Stein et Seymour M. Lipset, Structures de clivages, systèmes de partis et alignement des électeurs : une introduction, Éditions de l’université de Bruxelles, 2008.

[19]

Pour un aperçu de ce phénomène à l’échelle du monde arabe, consulter l’ouvrage collectif dirigé par Myriam Catusse et Karam Karam, Returning to Political Parties ?, Lebanese Center for Policy Studies, 2010.

[20]

Vannetzel Marie, « Ils nous ont déjà essayés !Clientélisme et mobilisation politique frériste dans les élections législatives de 2005 en Égypte », Politique africaine, n° 108, décembre 2007, pp. 47-66 ; « Les voies silencieuses de la contestation : les Frères musulmans égyptiens, entre clientélisme et citoyenneté alternative », Raisons politiques, n° 29, février 2008, pp. 23-37.

[21]

Les Frères musulmans avaient obtenu 17 députés en 2000 et 88 en 2005 au sein de l’assemblée du peuple, en les présentant sous l’étiquette « indépendants », puisque la confrérie ne disposait d’aucune reconnaissance légale.

[22]

Sayyid Al-‘Askar, candidat du PLJ pour le siège « ouvriers et paysans » dans la première circonscription de Gharbiya, était à la fois un ancien député Frère musulman, et un sheikh réputé dont la carrière l’avait conduit à occuper un poste dirigeant au sein de l’université islamique Al-Azhar. Il a remporté l’élection dès le premier tour...

[23]

La doctrine salafiste exerce une incontestable séduction sur une large partie des commerçants et des hommes d’affaires égyptiens. Ainsi, à Suez, la tête de liste salafiste, ‘Abd Al-Khâliq Muhammad, est un richissime responsable d’une compagnie pétrolière (Voir la narration de sa rencontre avec le candidat par François Pradal, dans « Suez entre salafisme et révolution », Le Monde diplomatique, janvier 2012). Il est vrai que le mode de vie wahhabite n’est nullement incompatible avec la réussite dans les affaires, comme le montre à l’envi l’exemple des pays du Golfe. Le volume des échanges économiques avec l’Arabie saoudite voisine explique d’ailleurs sans doute dans une large mesure la popularité du salafisme dans les milieux d’affaires égyptiens...

[24]

Cf. Ben Nefissa Sarah, « Temps électoral, temps révolutionnaire et idiome islamiste en Égypte », Chroniques de la gouvernance, 2012.

[25]

« La souveraineté n’appartient qu’au peuple, qui est la source des pouvoirs. Le peuple pratique et défend cette souveraineté, et il préserve l’unité nationale ». Voir le texte (en arabe) sur le site officiel de la République arabe d’Égypte : http://www.egypt.gov.eg/arabic/laws/constitution/default.aspx (consulté le 21 juillet 2012). Une traduction (non-officielle) en anglais peut être trouvée sur le site du Carnegie Endowment for International Peace : http://egyptelections.carnegieendowment.org/2011/04/01/supreme-council-of-the-armed-forces-constitutional-announcement (consulté le 21 juillet 2012).

[26]

Voir le texte de l’arrêt (en arabe) sur le site officiel de la Haute Cour constitutionnelle : http://www.hccourt.gov.eg/Rules/getRule.asp?ruleId=3752&searchWords= (consulté le 21 juillet 2012). Une traduction (non-officielle) en anglais peut être trouvée sur le site de la Egyptian-American Rule of Law Association : http://www.earla.org/userfiles/file/Case%20No_%2020%20of%20the%2034th%20Judicial%20Year.pdf (consulté le 21 juillet 2012).

[27]

Le Conseil supérieur des forces armées décide alors de dissoudre l’assemblée du peuple dans son ensemble en application de cet arrêt de justice.

Résumé

Français

À la faveur de la nouvelle législation encadrant les organisations partisanes et les opérations électorales, les partis politiques égyptiens ont dominé les premières élections législatives post-révolutionnaires, au détriment notamment des élites locales traditionnelles et des hommes d’affaires. Le système partisan égyptien ne s’est néanmoins pour l’instant que partiellement autonomisé. Durant la campagne, les partis se sont révélés extrêmement dépendants de toute une variété d’organisations leur préexistant : clientèles, tribus, entreprises, syndicats, mouvements révolutionnaires, Églises, et surtout confrérie des Frères musulmans et organisation de la Prédication salafiste. Ce manque d’institutionnalisation ne doit cependant pas masquer le fait que les partis ont joué un rôle central dans ces élections, à tel point que cette situation a motivé l’arrêt de la Haute Cour Constitutionnelle qui a entraîné la dissolution de l’Assemblée du peuple en juin 2012.

Plan de l'article

  1. Le printemps post-révolutionnaire des organisations partisanes
    1. Le discrédit frappant la forme partisane à la veille de la révolution
    2. L’effervescence du printemps 2011
  2. Les partis dans la bataille des législatives
    1. La sélection des candidats et la mobilisation des électeurs
    2. La relative autonomie des organisations partisanes
  3. Conclusion

Article précédent Pages 91 - 105 Article suivant
© 2010-2017 Cairn.info