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Courrier hebdomadaire du CRISP

1961/21 (n° 111)

  • Pages : 22
  • Affiliation : État de collection : du n° 0 (1958) au dernier numéro paru.
  • DOI : 10.3917/cris.111.a
  • Éditeur : CRISP

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1

Hebdomadaire qu’on ne cite jamais (ou presque) dans la presse, mais qui alimente néanmoins bien des échos de presse, hebdomadaire lu dès le mercredi à 9 heures par les Cabinets ministériels et les cercles politiques bruxellois, PAN constitue un étrange phénomène psycho-social qu’il y a intérêt à examiner car cet hebdomadaire exerce une forme particulière d’influence à travers son public, influence qui n’est pas comparable à celle d’un organe de mouvement ou à celle d’un cénacle politique mais qui tient son existence à la fois du caractère du journal et de l’establishment bruxellois qui en fait sa lecture.

Fiche technique

Historique

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PAN hebdomadaire a été fondé en janvier 1945 par trois directeurs-rédacteurs, plus chansonniers et humoristes que journalistes : Léo Campion, Jean Leo et Marcel Antoine.

3

En 1948, l’hebdomadaire périclitait (le tirage était tombé de 28.000 exemplaires en 1945 à moins de 5.000, ce qui représente un reflux sensiblement supérieur à celui que connurent les hebdomadaires après 1946) en raison notamment des divergences entre ses fondateurs. PAN fut alors repris par Jacques Gevers [1][1] Jacques Gevers est actuellement attaché à l’Echo de... et Ivan du Monceau [2][2] I. du Monceau était substitut du Parquet de Bruxelles..., la collaboration des trois fondateurs se faisant de moins en moins régulière. En 1951 encore, la situation de PAN, n’était pas redressée. A ce moment, I. du Monceau en devint le seul directeur-rédacteur en chef et du même coup, l’hebdomadaire se trouvait engagé dans une conception tendant à le rendre plus "indiscret", plus "mordant", à développer les chroniques ou échos, sur matières sérieuses et à lui assurer un apport publicitaire dans un style conforme au journal.

Collaborateurs

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Les Echos (Pan dans l’Oeil, Pandectes, Pan dans le Blanc,..) sont recueillis chaque semaine dans leur presque totalité par I. du Monceau mais celui-ci n’écrit pas une ligne dans le journal dont il est seul responsable : le principal rédacteur des Echos est Henri Vellut qui collabore également à "Europe-Magazine".

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Les Fantaisies sont de toute évidence de diverses plumes et de qualité inégale. Certaines sont écrites par Henri Vellut.

6

Les "100 lignes" sont rédigées par Pierre Fontaine qui fonda La Lanterne puis le Phare, hebdomadaire et quotidien, et qui, aujourd’hui, collabore également à "Europe-Magazine".

7

La rubrique du cinéma (Sacripan) fut confiée à divers collaborateurs dont le plus connu est André Falk et Pan d’Art à Georges Marlier. D’autres chroniqueurs, pour des raisons personnelles, préfèrent garder l’anonymat [3][3] N’ayant pas l’indiscrétion de PAN, nous respecterons....

Diffusion

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Le tirage de PAN se situe entre 17 et 19.000 exemplaires dont, d’après nos estimations, 20 % sont écoulés sous forme d’abonnements ; trois quarts des ventes se font à Bruxelles et l’hebdomadaire compte quelques centaines de lecteurs à l’étranger, surtout parmi les Belges "en poste". PAN est acheté dans les milieux politiques et administratifs, dans la bourgeoisie aisée, dans les milieux d’affaires, artistiques et mondains, dans les professions libérales et chez les jeunes universitaires.

Gestion

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PAN fournit au lecteur l’équivalent, en papier, d’une feuille du SOIR et vend ces 15 grammes de papier au prix de 5 francs. Le coût de revient à l’impression "à plat" d’un journal comme PAN doit rester inférieur à 1 franc, y compris les nombreux clichés de dessins "traits" publiés chaque semaine ; le volume publicitaire y est relativement important (assurant une rentrée moyenne qu’on peut estimer à 8 à 9.000 francs par numéro). Sur base des chiffres cités, en tenant compte d’une marge normale d’invendus et déduction faite de la remise de 40 % aux Messageries de la Presse, l’hebdomadaire apparaît comme une excellente affaire commerciale.

Le contenu et le style de PAN

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A très peu d’exceptions près, la totalité de la matière présentée chaque semaine par PAN peut être répertoriée sous l’une des cinq catégories reprises ci-dessous :

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1) L’actualité traitée sur le mode humoristique occupe la totalité de la première page dont les dessins signés Alidor prennent la plus grande part.

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Cette première page est un commentaire humoristique et irrespectueux d’évènements qui occupent l’avant-plan de l’actualité (sujets récents : la campagne électorale en Belgique, le retour de M. P.H. Spaak à la vie politique belge, les grèves de décembre-janvier, l’Algérie, le Gouvernement Lefèvre-Spaak.

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2) Les Echos occupent la deuxième page et débordent sur la troisième page.

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Ils sont constitués d’informations originales concernant la dynastie et son entourage, les milieux politiques et mondains, la magistrature, etc…….

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Le nombre de ces échos a augmenté dans une importante proportion depuis 1951. A l’époque, ils ne dépassaient jamais la douzaine. Il arrive actuellement qu’ils dépassent la trentaine.

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Cette augmentation du nombre des Echos est sans nul doute à l’origine de la progression du tirage, mais sans les dessins d’Alid, l’hebdomadaire perdrait sans doute le plus clair de son succès.

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Les Echos consistent en des révélations ou des indiscrétions que la grande presse dédaigne ou qu’elle renonce à publier, étant donné leur caractère personnel. Mais il arrive également que PAN devance simplement les quotidiens et les autres hebdomadaires, principalement dans le domaine de l’information politique (C’est ainsi qu’en août 1960, PAN fut le premier à parler de la tentative de constitution d’un "gouvernement d’affaires" ; c’est ainsi encore qu’il annonça, avant tout autre organe de la grande presse, la création de l’hebdomadaire socialiste wallon "Combat", lancé par André Renard)

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Les informations sont communiquées à la direction de PAN par un réseau d’informateurs très important. Par définition, il est quasi-impossible de préciser de manière sûre, le nombre exact d’informateurs de PAN. Nous ne croyons pourtant pas nous tromper de beaucoup en faisant l’estimation suivante : 150 informateurs pour les questions politiques, une quarantaine pour le Congo, une vingtaine pour le Palais de Justice et sans doute autant pour les milieux artistiques. Si elle était publiée, la liste des informateurs de PAN ferait apparaître des noms très importants et provoquerait sans doute des surprises.

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Ces informateurs ne sont pas rétribués. On peut dès lors se demander pourquoi ils informent ce journal. Des raisons nombreuses et variées doivent exister ou coexister : tout d’abord, l’intérêt personnel, l’informateur prenant ainsi une assurance contre les sarcasmes du journal mais ce serait trop sommaire de tout expliquer par ce seul mobile. D’autres facteurs jouent: chez beaucoup d’hommes politiques, le sentiment prévaut de contribuer, en informant PAN qui est très lu dans les milieux politiques, à donner une expression aux tendances et positions de leur parti ou de leur groupe. En outre, on ne peut perdre de vue que dans les représentants des cinq cents familles du monde politique, mondain, artistique, etc…, il y a souvent un sceptique ou un "anarchiste" qui sommeille et qui sympathise de manière plus ou moins avouée avec un journal satirique et irrespectueux comme PAN. D’autres motivations existent sans doute, plus personnelles.

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PAN est donc rédigé sur base des informations recueillies chaque semaine, mais ces informations sont ensuite enregistrées sur fiches.

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3) Des articles qui constituent un commentaire critique des évènements et des moeurs ("Les 100 lignes du Vilain Coco", les articles signés "Buffalo Bile"). Le temps paraît avoir usé certains effets du "Vilain Coco" qui conserve cependant un public de fidèles.

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4) Des chroniques intellectuelles et artistiques (cinéma, lettres, théâtre, expositions, musique).

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5) Des textes et des dessins publicitaires, adaptés quant à leur présentation à l’allure générale de l’hebdomadaire.

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Le ton général de PAN est celui de la satire, de l’humour, du non-conformisme.

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Le style des échos est léger et irrespectueux [4][4] Il importe de remarquer ici que les articles, rares... : les rédacteurs ne se soucient guère de ménager les personnes citées. Ce style contribue, autant que l’originalité des informations, au succès de ces pages du journal : de nombreux lecteurs craignent d’y voir apparaître leur nom tout en se réjouissant du sort qui y est réservé à certaines personnes de leur connaissance.

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Le style des articles de critique politique ou sociale s’intègre parfaitement à l’ensemble.

La tendance de PAN

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Si on devait se baser sur l’origine sociale et politique des directeurs de PAN ou encore sur les publications auxquelles collaborent régulièrement les principaux rédacteurs de PAN, on devrait situer ce journal très nettement à droite, voire à l’extrême droite.

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Or, il faut le noter, ?A? adopte souvent des attitudes qui tranchent très nettement sur les positions de la droite et des organes de presse conservateurs : ainsi, dans la question du Congo, dans celle des grèves de décembre-janvier ou au sujet de la répartition de la charge fiscale, PAN a adopté des positions ou une orientation "progressistes" et son récent portrait de M. Théo Lefèvre était loin de ressembler à ceux que publieraient "La Libre Belgique" ou "Europe Magazine".

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En fait, l’adjectif qui définirait le mieux la tendance de PAN est le terme REACTIONNAIRE s’il était possible de lui restituer un sens plus conforme à l’étymologie qu’à l’usage. PAN se situe en effet très souvent en réaction contre les tabous ou les réflexes conformistes des milieux traditionnels. Cette réaction s’exprime souvent avec un parti-pris de dérision. De toute manière, la nature satirique du journal, le parti-pris de non-conformisme, l’irrespect volontaire rendent le journal rebelle à toute classification proprement politique.

Situation de PAN dans la presse belge

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Cette situation se distingue de tout autre à plusieurs points de vue :

  • originalité du ton humoristique ; Il n’y a plus guère, depuis la disparition de L’Ane Roux qu’un seul périodique belge quelque peu comparable à ?A? : il s’agit de "’t Pallleterke", publié à Anvers et plus important au point de vue volume comme au point de vue tirage. PAN se singularise cependant par rapport à cet hebdomadaire d’expression néerlandaise par le rôle qu’il joue et que nous analyserons plus loin. Les autres hebdomadaires qui consacrent une proportion plus ou moins importante de leur surface imprimée à des rubriques humoristiques ne font pas cependant – comme c’est le cas de PAN – de l’humour à propos d’évènements de l’actualité [5][5] A l’étranger, il faut surtout signaler Le Canard Echaîné....

  • originalité du ton non-conformiste. Sans reprendre ici à notre compte les reproches de conformisme parfois formulés [6][6] Reproches auxquels même un organe universitaire international... à l’égard de la presse belge dans son ensemble, il faut bien faire remarquer qu’il n’est point d’autre exemple en Belgique d’un journal qui s’impose de ne témoigner aucun respect à aucune institution, ni à aucune organisation idéologique [7][7] Voir cependant en annexe nos remarques sur la "prudence"....

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Cette double originalité de ton jointe au rôle original – politique et psycho-social – joué par le journal, autorise, semble-t-il, à distinguer PAN de l’ensemble des autres hebdomadaires et à lui consacrer cette étude particulière, notre rôle n’étant pas d’en faire un éloge ou une critique, mais une étude qu’il appartient au lecteur de conclure en émettant à son propos un jugement de valeur.

Le rôle et l’influence de PAN

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Le rôle de PAN est à la fois d’ordre politique et d’ordre psycho-social.

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Au point de vue politique, il s’agit de :

  • un rôle d’information (et nous avons vu que ce rôle est remarquable, d’une part, par la rapidité de l’information ; d’autre part, par la nature souvent personnelle de l’information) ;

  • un rôle d’influence : les Echos, où des personnalités en vue sont nommément citées, sont à la base du succès de PAN, à la base également de la puissance qu’il possède et des craintes qu’il inspire. Ce rôle est cependant limité, étant donné qu’il s’agit généralement d’une influence exercée à propos de personnes et non de tendances mais, dans certains cas, le journal exercé une véritable pression sur le pouvoir (ainsi, récemment, par des échos sur la fiscalité) ;

  • un rôle de critique, qui se situe à un plan plus général, mais la portée des articles et dessins par lesquels il s’exerce est généralement réduite à cause de leur gratuité et de l’absence de point d’application précis ; on peut relever, au cours des derniers mois, certaines publications qui apparaissent comme faisant exception à cette règle (on peut citer, par exemple, la page intitulée "Le Jeu de l’Oie Martiale", qui, davantage qu’une simple utilisation humoristique de l’actualité, peut être considérée comme l’expression – certes humoristique – d’une certaine attitude d’esprit).

  • PAN n’apparaît jamais comme le défenseur d’un système de valeurs mais cependant ses rubriques culturelles – dont la qualité est généralement reconnue, spécialement celle de critique littéraire signée PANGLOSS – constituent des critiques habituellement sévères mais nettement inspirées par des exigences de qualité au plan propre des arts auxquels elles se rapportent, laissant toute fois place à certains "articles d’humeur".

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Au point de vue psycho-social, le rôle de PAN peut se définir comme :

  • un rôle de divertissement (commun à toutes les publications humoristiques ou qui font quelque place à l’humour) ;

  • un rôle de compensation du fait, d’une part, du caractère à la fois indiscret [8][8] Il arrive que le caractère indiscret de certaines informations... et irrespectueux des textes concernant des personnalités. Ce phénomène de "compensation" joue sur un publie qui, dans la vie courante, se sent peu informé des "dessous des cartes" ou se trouve engagé, en partisan, dans une action. PAN suscite chez le lecteur l’impression de pénétrer des secrets importants [9][9] Pour que l’illusion soit complète, il faut évidemment.... D’autre part, le non-conformisme de PAN lui fait également jouer un rôle de compensation, donnant à ses lecteurs diversement situés ou engagés l’illusion de se dégager de tout parti-pris, l’hebdomadaire paraissant partager équitablement ses critiques entre les diverses tendances.

35

(Un facteur psycho-social, dans le chef de son public, intervient également dans le succès actuel de PAN. Il s’agit d’un certain snobisme : il est de "bon ton" dans certains cercles Bruxellois de lire PAN.)

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Cet examen du rôle – politique et psycho-social – de PAN va nous permettre de définir son influence et de tenter de la mesurer.

37

L’influence de l’hebdomadaire sur son public se situe à trois niveaux différents : celui de l’information, celui de l’opinion, celui de la psychologie.

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L’apport informatif de PAN doit être considéré en tenant compte, d’une part, de la "prudence" de la grande presse (voire parfois de son retard dans l’information) et, d’autre part, du problème de déontologie que poserait de toute évidence le caractère indiscret et irrespectueux de certains échos, n’était la forme humoristique sous laquelle ils sont présentés.

39

PAN ne participe guère à la formation et à l’orientation des grands courants qui divise l’opinion. Son refus – ou l’impossibilité où il se trouve – d’afficher une tendance lui permet seulement d’influencer son public dans son attitude à l’égard de certaines personnalités.

40

On ne peut citer qu’un nombre très limité de cas où l’influence de PAN s’exerça de façon visible. L’un ou l’autre cas est cependant révélateur de la nature de cette influence. Par exemple, lors d’une élection au bâtonnat, une candidature fut mise en échec peu après la publication d’échos mettant en cause le candidat. On voit ici que l’hebdomadaire agit sur l’opinion d’un public sociologiquement déterminé.

41

Il convient cependant de remarquer que, dans le domaine politique, les échos, même très précis, relatifs à des personnes, ne portent pas toujours à conséquence. C’est ainsi que PAN fit allusion, dans ses numéros datés des 26 mars et 2 juillet 1958, à des difficultés à prévoir à la société SOCOGA, à laquelle était lié M. De Vleeschauwer. Au moment où cette affaire devint publique et entraîna la démission du Ministre de l’Agriculture, l’hebdomadaire rappela ses avertissements vieux de deux ans et dont nul n’avait tenu compte. On voit ici que l’influence politique possible, qui peut assez fréquemment toucher des personnes, atteint rarement l’opinion en tant que telle.

42

Enfin, PAN a une influence critique à l’égard de certaines moeurs traditionnelles et de certains comportements acquis.

43

Mais, au total, il importe de constater que l’influence de PAN, sous son triple aspect, ne peut être ni très profonde (à cause du type de lecture, facile et rapide, propose au lecteur), ni très étendue (du fait d’un public recruté dans des milieux socialement et culturellement privilégiés, mais souvent en marge par rapport aux opinions de masse).

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Et ce n’est sans doute pas l’objectif poursuivi par ses promoteurs. Les remarques concernant l’influence de PAN ne peuvent toutefois faire oublier le fait que, dès le mercredi matin, PAN est lu dans les milieux politiques de la rue de la Loi ; et qu’il laisse une empreinte au moins momentanée dans l’esprit de ses lecteurs.

45

C’est sans doute par rapport à la grande presse (dont le public est davantage représentatif de l’ensemble de la population, sans l’être parfaitement) que PAN exerce l’influence la plus importante : en publiant des informations de nature personnelle que la grande presse craint ou refuse de publier, en assurant une critique permanente des attitudes communes aux quotidiens et aux grands hebdomadaires (ceci fut constamment vérifié tout au long de la crise congolaise) et en les "compensant" auprès de son propre public.

46

Un parallèle avec un hebdomadaire comme Pourquoi Pas ? pour lequel on possède des points de comparaison valables [10][10] La diffusion de ces deux hebdomadaires n’étant toutefois... confirmerait l’originalité du rôle et de l’influence de PAN.

47

Ces journaux s’adressent, tous deux, à un public de type comparable (majorité "bruxelloise" et "bourgeoise"). Ils ne veulent l’un et l’autre, indépendants à l’égard des partis mais Pourquoi Pas ? ne s’interdit pas de prendre des positions politiques, même générales, et de définir sa propre tendance. Pourquoi Pas ? en vient ainsi à participer aux débats politiques de la grande presse, dans lesquels PAN ne s’engage pas (bien qu’il les alimente par de multiples "révélations"). Pourquoi Pas ? adopte également les attitudes générales communes à la grande presse et majoritaires dans l’opinion publique, alors que le non-conformisme de PAN lui en inspire une critique permanente.

48

* * *

49

Cette première analyse consacrée à une publication occupant une situation originale dans l’ensemble de la presse belge et y exerçait une influence limitée mais intéressante à considérer du fait de sa nature, devra être insérée dans une étude plus complète des diverses fonctions effectivement exercées – dans le domaine de l’information du public comme de la formation et de l’orientation des courants d’opinion ou encore dans la psychologie du lecteur, par les principaux quotidiens et hebdomadaire.


Annexe

PAN ET LE MONDE DES AFFAIRES

50

Certaines rumeurs font parfois état d’une appartenance de PAN à la "chaîne de Launoit". (De semblables rumeurs circulent d’ailleurs à propos d’autres journaux).

51

Il n’existe en tout cas pas de lien de dépendance de notoriété publique comme dans le cas des journaux édités par les sociétés anonymes "Imprimerie et Journal La Meuse" à Liège et "S.A.B.E.D." à Anvers [11][11] PAN est actuellement édité par une S.P.R.L. qui fut..., et PAN se défend d’être lié à un quelconque groupe financier. Commercialement, sa position est solide, nous l’avons indiqué. En pratique, PAN semble appliquer la même politique envers tous les dirigeants de groupes financiers, qu’il s’agisse du Comte De Launoit, de MM. Gillet, Lambert ou Collin.

52

Le fait que l’hebdomadaire ne publie pas d’échos relatifs aux milieux économiques et financiers serait dû à la "prudence" qui, fût conseillée à I. du Monceau par diverses personnes qu’il consulta en 1948 au moment où il reprit PAN avec Jacques Gevers. Cette "prudence" aurait particulièrement été conseillée par M. Paul Jourdain, de La Libre Belgique.

53

En tout état de cause, cette attitude particulière adoptée à l’égard des échos et informations d’ordre économique et financier, et radicalement différente de celle adoptée dans le domaine politique (et même à l’égard des plus hautes autorités officielles du pays) prouve au moins le souci de l’hebdomadaire de ménager davantage les susceptibilités du monde des affaires, voire sa crainte de susciter des réactions de nature à porter atteinte à son indépendance ou même à son existence.

54

Cette attitude est d’ailleurs largement répandue dans la presse belge qui a tendance à considérer que ses activités d’ordre économique ou financier no constituent pas un secteur de la vie publique au même titre que les activités d’ordre politique (que celles-ci soient exercées au sein d’organismes officiels ou au sein de diverses organisations). La "prudence" de PAN en ce domaine est particulièrement frappante du fait de l’audace de ses échos relatifs à la dynastie, au monde politique, à la diplomatie, à la magistrature, etc…

55

L’hebdomadaire ne parle de groupes ou de personnes du monde des affaires que lorsque ces groupes ou personnes sortent de leur sphère spécifique et se trouvent impliqués dans des affaires non-économiques (ainsi, à l’occasion d’infractions pénales, comme ce fut le cas lors do l’affaire Olivier Gérard – Sofina).

Notes

[1]

Jacques Gevers est actuellement attaché à l’Echo de la Bourse ; il collabore encore à PAN où il a gardé le titre de co-directeur.

[2]

I. du Monceau était substitut du Parquet de Bruxelles avant la guerre. Il fut suspendu puis démis d’office après la guerre. En 1956, l’arrêté fut annulé et I. du Monceau devint magistrat pensionné.

[3]

N’ayant pas l’indiscrétion de PAN, nous respecterons cet anonymat.

[4]

Il importe de remarquer ici que les articles, rares il est vrai, écrits dans un style différent (par exemple, un style de simple exposition des faits ou encore le ton de l’éloge – comme ce fut le cas récemment à propos du professeur Van Bilsen ou du Professeur Bordet -) rendent un ton inhabituel du fait de leur voisinage avec des textes et des dessins humoristiques.

[5]

A l’étranger, il faut surtout signaler Le Canard Echaîné dont les fondateurs de PAN se sont visiblement inspirés ainsi qu’un autre hebdomadaire français assez semblable qui existait avant la guerre "Le Merle blanc". D’autres hebdomadaires étrangers très connus comme Krokodil en Union soviétique, Simplicissimus en Allemagne occidentale ou encore La Codorniz ("La grive") en Espagne (qui, malgré la censure, exprime souvent des vues très irrespectueuses) s’apparentent plutôt, autant par leur présentation matérielle que par leur contenu, à un hebdomadaire belge tel que Pourquoi Pas ?. Rappelons encore l’existence en Belgique avant-guerre d’un hebdomadaire satirique anarchisant, Le Rouge et le Noir, dirigé à l’époque par Pierre Fontaine.

[6]

Reproches auxquels même un organe universitaire international comme "L’Enseignement du Journalisme" (édité par le Centre International d’Enseignement Supérieur du Journalisme à Strasbourg) a fait écho en publiant, dans son numéro 3 (octobre 1959) un article intitulé "Un jeune journaliste belge parle de son métier" et signé du pseudonyme PERCEVAL.

[7]

Voir cependant en annexe nos remarques sur la "prudence" de PAN en matière d’informations économiques et financières.

[8]

Il arrive que le caractère indiscret de certaines informations publiées préoccupe et inquiète certaines autorités. C’est ainsi que le Palais est attentif aux allusions à l’institution monarchique, à la dynastie et à son entourage (M. Claude de Valkeneer, Attaché de presse, remet chaque semaine PAN en lecture au Roi Baudouin). Aux dires de l’hebdomadaire lui-même (voir Echo en page 2 du n° 832 du 30 novembre 1960), les milieux gouvernementaux furent parfois inquiets de voir reproduits "textuellement" des propos tenus en Conseil. Dans les milieux judiciaires, enfin, on enregistre au fur et à mesure les textes concernant ces milieux et on s’attache à limiter les possibilités d’information de l’hebdomadaire en ce domaine. PAN est pourtant, sauf cas mineurs et exceptionnels, un journal qui n’a pas de procès.

[9]

Pour que l’illusion soit complète, il faut évidemment que le lecteur ignore le processus d’information de l’hebdomadaire. Il doit ignorer, par exemple, que la personne citée est parfois à l’origine de l’information. Il faut également que les échos relatifs à des personnes qui peuvent être favorables ou défavorables, s’intègrent tous, en fin de compte, au ton général de l’hebdomadaire : un écho favorable, de ton louangeur sans réserve ou un écho défavorable, visiblement écrit sous l’emprise de la passion détonneraient dans PAN et perdraient considérablement de leur efficacité propre.

[10]

La diffusion de ces deux hebdomadaires n’étant toutefois pas du même ordre (le tirage moyen de Pourquoi Pas ? est voisin de 100.000 exemplaires, celui de PAN inférieur à 20.000).

[11]

PAN est actuellement édité par une S.P.R.L. qui fut constituée en 1954 et dont les principaux associés étaient du Monceau et Jacques Gevers.

Plan de l'article

  1. Fiche technique
    1. Historique
    2. Collaborateurs
    3. Diffusion
    4. Gestion
  2. Le contenu et le style de PAN
  3. La tendance de PAN
  4. Situation de PAN dans la presse belge
  5. Le rôle et l’influence de PAN

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