CAIRN.INFO : Matières à réflexion

INTRODUCTION

1 Manifestations de masse surprenantes par leur ampleur, informations et débats dans la presse et ailleurs, nombreux sondages d’opinion … : la problématique paix-détente-désarmement prend une place de plus en plus importante dans le champ de l’opinion publique. Dont acte. Mais pourquoi ?

2 Ces divers signes sont en fait la partie visible d’une évolution dont nous avons tenté de percevoir le cheminement, découvrant ainsi ce que nous appellerons, par convention, un “mouvement de paix”, tout en sachant le terme équivoque, voire inadéquat. Équivoque, parce qu’il risque d’induire l’idée d’un mouvement structuré : si mouvement il y a, il est fait en réalité de convergences multiples – rassemblant d’authentiques et souvent modestes “mouvements de paix”, mais aussi nombre d’autres acteurs parfois inattendus – et ne prend forme plus ou moins vérifiable et quantifiable qu’à l’occasion des grandes manifestations. Inadéquat, parce que l’implication et la mobilisation que représente le phénomène vont au-delà du simple désir de paix pour s’engager dans des revendications bien précises.

3 C’est à l’émergence et à l’expansion de ce mouvement de la partie francophone du pays que nous nous attacherons dans ce Courrier Hebdomadaire. D’où vient l’impulsion ? Quels en sont les éléments cristallisants ? Comment se jouent et nouent les multiples ralliements, couvrant un éventail large et disparate ?

4 Notre examen ne portera donc pas sur le fond du problème (armement-désarmement) ni sur le contexte politico-stratégique, national et international, dans lequel il se pose.

5 Ainsi limité, notre sujet par l’enchevêtrement des actions et la profusion des instances porteuses du projet, a néanmoins de très nombreuses entrées. Des choix se sont donc imposés. Aussi avons-nous été amenés à adopter dans l’exposé des rythmes différents, optant pour une analyse en profondeur de l’année 1983, examinant le reste plus rapidement.

6 Par ailleurs, cette profusion ne permettait guère de traiter tous les thèmes et tous les acteurs de manière exhaustive et avec une abondance de détails précis ; la précision et le détail nous ont cependant paru nécessaires lorsqu’il s’agissait du principal mouvement promoteur et animateur des grandes manifestations, le CNAPD. Celui-ci est souvent nommé mais son organisation interne généralement peu connue. Il nous a paru qu’une approche de son origine, de son mode de fonctionnement et du cheminement de son action était susceptible de faire apparaître les raisons de son efficacité mais surtout d’éclairer, sans pourtant l’expliquer totalement, la nature réelle du “mouvement de paix” tel qu’il s’est récemment exprimé.

I – SURVOL HISTORIQUE

7 Dès l’immédiat après-guerre, des mouvements pacifistes ou mouvements de paix, qui sont en fait des branches belges d’organisations internationales, émergent dans notre pays : le MIR (Mouvement international de la réconciliation) et l’IRG (Internationale des résistants à la guerre), tous deux résolument adeptes de la non-violence, qui dès 1968 publient un bulletin commun ; Pax Christi, qui devient rapidement un mouvement soutenu par l’Église catholique ; l’UBDP (Union belge pour la défense de la paix), à l’époque branche belge du Conseil mondial de la paix (CMP), créée en 1949 à l’initiative du Parti communiste belge auquel se sont jointes des personnalités indépendantes, et qui prend son essor lors de l’“Appel de Stockholm” (1950). Chacune de ces organisations a une branche, ou un homologue flamand. Vers la fin des années 50 naît la branche belge du MCP (Mouvement chrétien de la paix) et un peu plus tard sa branche “Jeunesse”, le MJP [1].

8 Dès les années 60 ont lieu diverses tentatives de coordination en vue d’actions sur différents plans. Ainsi en 1961, le Mouvement du 8 mai, préoccupé du péril atomique, et dont l’initiative revient à la Ligue des familles nombreuses, rallie à son manifeste ou recueille l’adhésion d’un certain nombre d’organisations sociales appartenant à différentes familles idéologiques, politiques ou syndicales et s’oriente vers ce qu’il appelle l’“action massive” : appels, pétitions, affiches, arrêts symboliques de travail, et en 1963, manifestations dans 13 villes du pays.

9 Une première marche anti-atomique avait eu lieu sur l’itinéraire Mol-Anvers le 10 avril 1960. L’idée faisant son chemin, on vit se créer un Comité national de la marche anti-atomique. C’est au départ un comité de notables, mais qui mobilise particulièrement les représentants de mouvements de jeunesse. Peu structuré, son activité était sporadique. Il joua cependant un rôle non négligeable dans l’organisation des marches qui, de 1963 à 1970, rassemblèrent chaque printemps à Bruxelles des manifestants dont le nombre, fluctuant semble plafonner autour de 10.000. Sa dernière action, l’organisation en commun avec le Comité national Vietnam d’une “marche Vietnam” le 26 avril 1970, recueillit peu de succès, nombre de mouvements de jeunesse ayant fait défection au comité d’organisation de la marche.

10 La fin des années 60 semble marquer un tournant dans l’évolution du mouvement pour la paix. En ce qui concerne les marches, c’est l’essoufflement. Certains en attribuent la cause à la nature à la fois trop vaste, trop vague et trop peu politique des objectifs proclamés. Par ailleurs des divergences d’appréciation se font jour entre responsables, des francophones ressentant la nécessité d’une concertation plus vigoureuse et plus volontariste. Le Comité national de la marche anti-atomique se sépare dès lors – pour des raisons qui ne semblent pas trouver leur origine dans le “conflit communautaire” – en deux commissions. La commission francophone, qui compte au départ quatre ou cinq personnes, va peu à peu donner naissance au Comité national d’action pour la paix et le développement (CNAPD).

II – LES MOUVEMENTS ET GROUPES SPECIFIQUES

1 – Le Comité national d’action pour la paix et le développement (CNAPD)

a – Naissance et premières orientations

11 L’idée qui préside à la constitution du CNAPD est la création d’un vaste regroupement qui, par une action suivie et coordonnée, animerait ou réanimerait le mouvement pour la paix. Le souci tiers-mondiste étant très vif à l’époque, les problèmes de développement et le soutien aux luttes de libération sont parmi les objectifs déclarés, ceux-ci ayant une connotation nettement progressiste. L’intention est d’ailleurs de créer – à partir de ces problèmes de paix et de développement – une sorte de “regroupement des jeunes progressistes”. L’impulsion vient essentiellement des mouvements de paix (le MCP y joue un rôle particulièrement actif) et de mouvements étudiants (principalement le MUBEF, Mouvement unifié des étudiants francophones), et appel est fait à des organisations de jeunesse (JOC, Jeunesses communistes, Jeunesses socialistes, …). L’assemblée constitutive se tient à Bruxelles le 19 septembre 1970 ; des jeunes y participent mandatés par leur organisation. Le secrétaire du MUBEF sera le premier secrétaire du CNAPD. Si René Marchandise, du MCP, est dès le début la cheville ouvrière du mouvement, c’est une équipe comprenant également Jean Van Lierde (du MIR-IRG) et Jean Dubosch (de l’UBDP) qui est à la base de son développement et de sa structuration. Le CNAPD se dote en effet de structures de fonctionnement interne et se lance rapidement dans des campagnes. On retiendra, pour ses débuts, la contestation de l’“Opération 11.11.11.”, mettant en cause la politique d’aide au tiers monde. Sur le thème “11.11.11., oui mais … le pillage systématique du tiers-monde continue”, un million de tracts sont distribues pendant le week-end où se déroule l’opération ce qui ne va pas sans créer une vive tension entre CNAPD et le Centre national de coopération au développement (CNCD), tension qui n’a cessé que depuis peu. L’arrivée de Pierre Galand au CNAPD comme représentant d’Oxfam, dont il était (et est toujours) permanent, va renforcer les options tiers-mondistes et concrétiser la volonté d’“action permanente”. Issu de milieux chrétiens, progressiste, n’appartenant à aucune organisation liée aux familles politiques, il deviendra rapidement président et bénéficiera dès le départ, du centre à la gauche, de la confiance des différents courants idéologiques.

b – Structures et fonctionnement

12 Le CNAPD a un statut d’association de fait (et il tient à cette similitude avec les syndicats). Il se réunit deux à trois fois par an en assemblée générale où chaque organisation membre est invitée à envoyer un délégué (le CNAPD n’a pas d’adhérents individuels). Le nombre d’organisations membres a légèrement fluctué au cours du temps. On observe aujourd’hui qu’il est en augmentation et a conservé un assez large noyau stable. On peut, schématiquement, distinguer cinq types d’adhérents :

  • des mouvements de jeunesse : jeunes de différents partis et syndicats mouvements chrétiens (JOC, JEC …), etc.
  • des mouvements pacifistes (prônant la non-violence et le refus de toute guerre) ;
  • des mouvements ayant pour objectif essentiel la paix et/ou la détente ;
  • des mouvements préoccupés des problèmes de développement ;
  • des mouvements idéologiques divers (antiracistes, droits de l’homme, comités de solidarité, etc.).

13 Chaque mouvement membre du CNAPD (voir liste en annexe 1) a sa spécificité. Le nombre et le degré d’implication de ses membres sont variés : certains ont des liens avec une institution politique ou sociale, d’autres sont totalement indépendants ; certains ont le combat pour la paix comme priorité et selon leurs modalités propres, d’autres inscrivent celui-ci dans leur problématique globale.

14 Élu chaque année par l’assemblée générale statutaire avec le souci d’y pondérer les tendances, le Bureau est, avec le secrétariat permanent, la cheville ouvrière du mouvement. Il se réunit une fois par mois. Chaque décision importante prise par l’assemblée générale est suivie d’un travail réalisé par le Bureau et le secrétariat : des propositions, des notes concernant tant les objectifs que les moyens sont soumises aux organisations membres et l’élaboration d’une plate-forme ou d’un plan d’action se fait ainsi par étapes successives, la responsabilité politique en incombant au CNAPD et à ses membres.

15 Formé en général de personnalités fortement impliquées et dynamiques, ayant entre elles des relations très amicales qui n’excluent pas les débats parfois virulents, le Bureau s’appuie, pour son travail, sur des “experts”.

16 Lorsque le principe d’une action a été adopté par l’assemblée, une organisation membre n’a pas la possibilité de bloquer une décision de mise en œuvre : le projet définitif est présenté à chaque organisation, qui y adhère en payant sa participation aux frais à engager … et éventuellement n’y adhère pas si elle est en désaccord.

17 En ce qui concerne le secrétariat, le CNAPD a franchi progressivement le cap du bénévolat. En 1975, René Marchandise, permanent à plein temps du MCP, était mis à sa disposition pour une partie de son temps et il lui était adjoint un secrétariat administratif à mi-temps. Actuellement, le CNAPD, dont le président est toujours Pierre Galand bénéficie d’un secrétariat permanent appointé, composé d’une petite équipe de trois personnes (jeunes) où se reflète le pluralisme qui est une de ses options essentielles.

c – Objectifs et évolution

18 L’adhésion au CNAPD implique l’accord avec une “déclaration de principe” qui a connu au fil des ans quelques modifications, tout en gardant les mêmes visées (annexe 2). Trois thèmes en tracent les lignes de force : la lutte pour la paix, la lutte pour le développement du tiers monde, la lutte pour les libertés démocratiques. En ce qui concerne la “lutte pour la paix”, qui nous intéresse plus particulièrement ici, le CNAPD entend promouvoir “la détente et le démantèlement des blocs militaires”, ce qui signifie aujourd’hui concrètement pour lui :

  • la lutte contre la course aux armements, pour un contrôle démocratique réel de la politique de défense ainsi que du commerce des armes (…) ;
  • la volonté de créer en Europe une zone dénucléarisée associant des pays du pacte de Varsovie et de l’OTAN. Dès à présent, le refus d’installer des missiles nucléaires en Europe et le retrait des armes nucléaires orientées vers le théâtre européen ;
  • la lutte contre toute politique d’intervention ou d’ingérance des grandes puissances ou de quelque pays que ce soit (…) ;
  • la lutte en faveur de l’objection de conscience et des alternatives civiles et populaires à la défense armée.

19 L’objectif est de réaliser autour de ces thèmes un rassemblement de type pluraliste, traversant les clivages traditionnels, et allant du centre à la gauche, Jeunesses communistes incluses. Notons que le CNAPD et les mouvements fondateurs ont toujours manifesté une grande prudence vis-à-vis des groupes d’extrême-gauche ; peut-être faut-il en voir la cause dans le souvenir des affrontements violents qui, lors des manifestations des années 60, opposaient les groupes d’extrême-gauche aux Jeunesses communistes généralement responsables, à l’époque, du maintien de l’ordre.

20 Le CNAPD a connu en son sein des affrontements, sur des thèmes tels que les prises de position vis-à-vis des luttes de libération. Un premier grand débat fut celui qui opposa non-violents et partisans de la solidarité avec les mouvements de lutte armée pour la libération de pays du tiers monde. Un deuxième se noua autour d’Israël et de la Palestine à propos du soutien à l’OLP. Mais l’affrontement eut souvent pour objet l’attitude vis-à-vis des pays de l’Est. Le mouvement a en effet longtemps manifesté envers le monde soviétique une certaine indulgence (sans toutefois adopter la ligne du CMP) ; celle-ci ne relevait pas d’une inféodation, mais plutôt d’un parti pris idéologique qui, à l’époque, était commun à la plupart des sensibilités de gauche.

21 En 1978, à l’occasion d’un débat qui semblait s’enliser, on chercha le moyen de ressouder un consensus fort compromis et on opta pour le principe d’une limite d’âge pour les membres du Bureau (fixée à quarante ans) : cette mesure avait pour effet d’écarter du Bureau des personnes dont les positions maintenaient le débat dans l’impasse. Ceux qui visaient cette décision étaient par ailleurs actifs au sein de la Concertation Paix et Développement (voir infra) et le restèrent. Exception fut faite pour Pierre Galand qui, étant donnés son expérience et son crédit – en ce qui concerne l’organisation des grandes actions notamment – semblait irremplaçable dans l’immédiat.

22 Notons que ces dernières années le CNAPD s’est ouvert à des thèmes nouveaux : les libertés et les droits de l’homme : la prise en compte et la défense des pacifistes (non officiels) de l’Est ; les jeunes et l’emploi, cette dernière préoccupation prenant de plus en plus d’ampleur à mesure que se développait la crise économique.

d – Les modalités de financement

23 Dans les premiers temps de son existence, le CNAPD a fonctionné avec des moyens financiers dérisoires, pour ne pas dire inexistants, et sans secrétariat permanent. À la recherche d’aide, il a sollicité en 1973, puis obtenu la reconnaissance comme organe de coordination d’organisations de jeunesse ; il s’est vu attribuer à ce titre des subsides par le Ministère de la Culture française (relevé par la Communauté française), cette source de financement lui paraissant la moins ambiguë. Par ailleurs, chaque organisation membre contribue aux ressources par le payement d’une cotisation de fonctionnement dont le montant est le même pour chacune, quels que soient ses effectifs.

24 Le budget ordinaire du CNAPD s’élevait pour 1983 à FB 3 millions. Il approche les FB 4 millions pour 1984, les recettes provenant pour environ la moitié de subventions publiques, pour l’autre moitié des cotisations des organisations membres (environ 12 %) ; des dons et soutiens, généralement des sommes modiques, parmi lesquelles les abonnements à son bulletin Feuille de Liaison (environ 12 %) ; du bénéfice sur la vente du matériel de propagande (environ 7 %) ; de la rentabilisation du matériel technique, celui-ci étant utilisé contre payement par d’autres organisations (environ 6 %) et de subventions occasionnelles pour certaines opérations internationales … Le budget ordinaire est en équilibre, voire en léger boni, grâce à la compression des frais de personnel et de fonctionnement et à la recherche de coûts de revient modiques pour les diverses publications. Le CNAPD a constitué, au fil du temps, une réserve sur laquelle il prélève une partie de son fonds de roulement et qu’il reconstitue à chaque exercice.

25 Un budget spécial est prévu pour le financement d’une campagne et un autre, commun avec le mouvement flamand VAKA (Vlaams Aktiekomitee tegen Atoomwapens), pour celui des grandes manifestations, sur lesquels nous reviendrons plus loin.

e – Les modalités de l’action

26 Les modes d’action du CNAPD n’ont pas fondamentalement changé depuis sa création, mais se sont développés et multipliés. Coordonnant et stimulant les prises de position et mobilisations des associations membres et des comités locaux (voir infra), il se fonde à son tour sur ceux-ci lors de ses campagnes.

27 Il assure, dans les deux cas, la communication, non seulement par de nombreuses réunions et assemblées, mais par différentes publications. Une Feuille de Liaison, aujourd’hui mensuelle, diffusée à 1.500 exemplaires environ, sert à la fois de tribune aux mouvements désireux de s’exprimer, de lieu de débat, de revue de presse et surtout d’information sur les objectifs et les modalités pratiques d’une action. Il édite en outre depuis 1981, et surtout à l’occasion des campagnes, le Journal de la Paix (5 numéros depuis 1981), dont le tirage oscille entre 30.000 et 50.000. Imprimé et de présentation plus soignée que la Feuille de Liaison, il est adressé aux mêmes destinataires, distribué par les organisations membres et lors de conférences et débats. Son objectif est d’informer et de mobiliser un public plus vaste, le ton et la présentation s’adaptant à cet objectif.

28 Il produit et/ou diffuse du matériel de propagande : affiches, autocollants, dossiers, films, vidéo-cassettes, montages audio-visuels, tracts (plate-forme et mots d’ordre d’une campagne, etc.). Dans les moyens classiques d’action, l’affiche et le tract occupent une place déterminante.

29 Il assure le contact avec des Comités locaux ou en stimule la création, soutient ou anime nombre de leurs réunions par la présence active d’un de ses permanents ou militants ou d’une personne compétente dans un domaine particulier. Il tente, avec des résultats encore faibles, des “mobilisations sectorielles”, essayant d’engager comme tels dans leur action des milieux professionnels divers : médecins, juristes, artistes, etc. Ce sont les peintres et plasticiens qui ont le mieux répondu ; certains d’entre eux, ainsi que des chanteurs et des comédiens, ont collaboré à la “Nuit des missiles” (octobre 1982) ; des expositions ont eu lieu sur le thème de la paix.

30 S’adressant, le plus souvent par contacts personnels – mais aussi par une politique de présence à diverses réunions – à des responsables de grandes organisations politiques ou autres (partis, syndicats, Église, etc.) ou à des animateurs de leur “périphérie”, il tente, depuis plusieurs années avec des succès encore limités, la création de groupes de pression destinés à lui assurer un meilleur ancrage au sein de celles-ci.

31 Il assure l’organisation concrète des manifestations.

32 Il maintient le contact avec les mouvements de paix flamands et étrangers, participe aux initiatives et réunions internationales dont les objectifs recoupent ses préoccupations.

2 – La Concertation Paix et Développement (CPD)

33 Concertation Paix et Développement est le fruit d’un long processus. Après le “Mouvement du 8 mai”, on avait assisté à une efflorescence de “Comités de paix” locaux [2], préoccupés entre autres par la guerre du Vietnam, qui rassemblaient des adultes appartenant à des familles politiques et idéologiques différentes. Sous l’impulsion de ces comités et de dirigeants d’organisations diverses (Équipes populaires, FGTB-Liège, UBDP, Pax Christi…) réunis en une Commission de coordination des actions pour la paix, était créé, en 1965, un Centre d’études et de documentation de l’action pour la paix (CEDAP) éditant un bulletin mensuel d’information. Quelques personnes ayant appris à se connaître et à travailler ensemble mirent peu à peu sur pied un regroupement pluraliste soucieux d’approfondir, de coordonner et de promouvoir la réflexion sur les problèmes de paix et de développement. Une première rencontre, qui réunissait Isabelle Blum (de l’UBDP) et des chrétiens aboutit à la création de la Concertation Paix et Développement, qui se voulait résolument pluraliste, s’efforça d’intéresser des socialistes et acquit rapidement la participation de responsables de mouvements partageant leurs préoccupations (Jean Van Lierde, du MIR-IRG, Pierre Galand, d’Oxfam, etc.). La Concertation organisa divers colloques, dont l’un fut consacré à l’élaboration d’une “base d’action”. Y étaient invitées des personnes de milieux divers dont on pressentait l’intérêt pour les thèmes abordés.

34 En 1971 eut lieu une importante mutation. La Concertation passa d’un rassemblement d’individus à un rassemblement de personnes représentatives – et siégeant comme telles – de divers mouvements et organisations. Ainsi le MOC y était présent par le biais de sa section Solidarité mondiale, Ernest Glinne y représentait le Mouvement socialiste pour la paix récemment créé, la mouvance communiste y était représentée par l’UBDP. Notons que ni les partis politiques ni les syndicats ne furent jamais invités à siéger comme tels. Une délégation belge participa pour la première fois au Congrès des peuples à Moscou en 1973 et y défendit notamment le droit à l’objection de conscience dans tous les pays.

35 Le second acte public de cette nouvelle Concertation fut le Memorandum adressé le 27 mai 1977 à M. Tindemans, alors formateur, et aux présidents de partis. Il abordait les thèmes de la sécurité et de la coopération européennes, du désarmement, de la coopération au développement, etc. Les signataires s’y présentaient comme des “délégués représentatifs des grands courants démocratiques de la communauté de Wallonie et de Bruxelles” et à cette occasion la Concertation Paix et Développement précisa sa composition [3]. Plus tard s’intégrera parmi les organisations membres, dans le souci d’assurer une représentation du parti, Solidarité socialiste ; celle-ci est peu présente et peu active en la matière – ses préoccupations et actions premières étant le développement et le tiers monde – mais elle accepte de cosigner, après examen, la plupart des “appels” et autres prises de position de la Concertation. On y verra aussi la “FGTB-Charleroi”, cette présence étant liée aux préoccupations et aux engagements de plusieurs de ses dirigeants.

36 En mars 1978, la Concertation organise ses premières Assises du désarmement dans le cadre de la campagne de soutien à la Session spéciale des Nations Unies pour le désarmement. En 1979, elle assure la publication de l’ouvrage Le droit au travail utile, portant sur la reconversion des industries d’armement. Et sur ce même thème elle tient à Charleroi, en présence de nombreux syndicalistes, de nouvelles Assises du désarmement. En juin 81, ce seront les Assises du développement et, en mars 1982, une journée d’étude nationale préparatoire à la conférence internationale des ONG. L’action en 1983 aura pour thème “Désarmer pour développer”.

37 À ces différentes rencontres, où ont lieu débats, exposés, réflexions et propositions d’actions, sont invités des militants et responsables d’organisations ou de partis dont on présuppose l’ouverture aux thèmes abordés. Elles sont suivies de la publication de brochures, de rapports et/ou d’appels disponibles pour le public et adressées à des hommes politiques, à des dirigeants de grandes organisations et aussi, évidemment, à la presse, qui y fait très modestement écho.

38 À ces actions dont la liste n’est pas exhaustive s’ajoutent des contacts avec des parlementaires (et la tentative, au succès fluctuant, de créer au Parlement un groupe d’influence), des rencontres avec des mouvements pacifistes étrangers, des démarches auprès d’hommes politiques sur des points précis, et de constants contacts avec le CNAPD dont la Concertation soutient – mais pas inconditionnellement – l’action.

39 En schématisant, on peut dire que la Concertation Paix et Développement a surtout contribué à informer et à sensibiliser le monde des dirigeants. Ceci est particulièrement vrai pour le MOC où, au fil des années, les instances dirigeantes se montrèrent de plus en plus attentives et réceptives aux problématiques de la Concertation.

Fonctionnement interne

40 Chaque organisation membre est redevable d’une contribution destinée à financer les frais du secrétariat, dont le siège est à Bruxelles à la Maison des Huit heures, les socialistes ayant concrétise leur contribution en offrant des locaux. Chaque organisation est représentée au Bureau, où les décisions se prennent à la majorité simple, ce qui évite l’exercice d’un droit de veto paralysant. Lorsqu’une organisation est en désaccord avec une action ou une prise de position, elle peut s’abstenir de participer et ne pas figurer parmi les signataires (voir liste des membres en annexe 3).

41 La principale tension qu’ait connue la Concertation concerne l’attitude vis-à-vis de l’URSS. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les problèmes ne vinrent pas de l’UBDP, qui a nettement pris ses distances par rapport à la ligne soviétique (elle allait d’ailleurs quitter le Conseil mondial de la paix en 1982) et même par rapport au PCB, mais plutôt du CNAPD, avec lequel la Concertation est en relation étroite, et dont l’évolution en ce domaine fut plus lente. Il semble que si la Concertation a toujours été vigilante sur ce point (pas de complaisance envers l’URSS), se préoccupant d’affirmer clairement ses positions, c’est non seulement pour des raisons idéologiques, mais aussi par souci de ne pas se marginaliser par rapport aux personnes et au public qu’elle espère toucher et convaincre.

3 – Les Journées universitaires de la paix

42 L’association Journées universitaires de la paix est née le 11 mars 1978 ; elle est animée par des personnalités appartenant à toutes les universités et à de nombreux centres universitaires. Initiative belge, elle a eu le souci de s’étendre à d’autres pays et est devenue une association internationale ayant son siège à Bruxelles. L’objectif est de tenir, chaque année à la même époque, (les premiers jours de mars), au sein des universités, des journées de réflexion et d’action pour la paix. La communauté universitaire dans son ensemble est invitée à s’y associer ; les préoccupations sont aussi pédagogiques. Conférences d’experts ou de compétences de diverses disciplines, participation de représentants de mouvements spécifiques, débats, animations (films, spectacles, marches, etc.), les programmes et thèmes sont variés. Entre les “journées”, les responsables poursuivent un travail d’organisation et d’expansion de l’action.

43 Pour la partie francophone, le budget (modeste) de l’association est alimenté par des subsides du ministère de la Communauté française et de la Commission française de la Culture de l’Agglomération de Bruxelles, ainsi que par des cotisations : celles des institutions membres (1.000 FB minimum) et les individuelles (laissées à l’appréciation de chacun). L’association est membre de la Concertation Paix et Développement.

4 – Dans le monde juridique : recherches et actions

44 Diverses initiatives ont vu le jour qui manifestent le souci d’intégrer la notion de droit au débat sur l’armement.

45 a) Le Groupe Jacques Leclercq, réunissant des professeurs de différentes disciplines de l’UCL, se trouve sensibilisé au problème posé par les euromissiles. Des juristes en particulier s’inquiètent qu’aucun aspect juridique n’ait été examiné lors de la “double décision” de l’OTAN, puis du gouvernement belge en 1979. Une première intervention est, en 1980, l’envoi par deux professeurs de droit international et de droit pénal d’une lettre à Ch.-F. Nothomb, ministre des Affaires étrangères. La réponse reçue (en bref : les charges des Cruise sont limitées et nous ne les utiliserions en représailles contre les cités qu’en ultime recours) les incite à rester vigilants.

46 Le groupe Jacques Leclercq élargit le débat aux plans moral et scientifique et va se donner pour tâche de poursuivre systématiquement l’étude du problème. De concert avec les mouvements Justice et Paix et Pax Christi, il entreprend d’y sensibiliser les milieux politiques, en particulier le PSC et d’approcher son président G. Deprez. Après plusieurs mois d’interventions, ce dernier décide que le problème sera étudié avec les délégués des deux mouvements et du groupe Leclercq dans le cadre de la Commission de politique étrangère du CEPESS dont P. Harmel a été nommé président. Les réunions débutent en mars 1983. Les premiers débats sont laborieux : il s’avère difficile d’être pris au sérieux lorsqu’on introduit des questions de droit et de morale dans la problématique des euromissiles. Juristes et moralistes font notamment part de leur vive préoccupation à l’endroit du contenu d’une motion que le Comité directeur du PSC s’apprête à adopter au moment du débat parlementaire de novembre 1983. Devant leur insistance, le débat au sein du Comité directeur aboutit à un compromis : s’il refuse toujours de condamner l’arme nucléaire, le Comité reconnaît l’existence de limites impératives à son emploi. Ce sont les quatre principes que rappellera le sénateur G. Lutgen au nom de son groupe lors de la séance du 7 décembre 1983 et au sujet desquels le député J.-L. Thys demandera à plusieurs reprises au ministre des Relations extérieures (notamment lors du débat sur le budget des Affaires étrangères en février 1984) si le gouvernement dans son ensemble y a effectivement adhéré (il ne recevra pas de réponse précise). Il s’agit des quatre principes élémentaires suivants :

  1. Même pour un État victime d’agression, le choix des moyens et méthodes de guerre n’est pas illimité ;
  2. L’arme nucléaire n’échappe pas à l’interdiction frappant les bombardements de cités non défendues ;
  3. L’arme nucléaire n’échappe pas à l’interdiction frappant les représailles contre les cités non défendues ;
  4. À cet égard, des garanties doivent être fournies à l’État belge par ses alliés.

47 b) Le 1er mars 1983, les Journées universitaires de la paix donnent occasion à toutes les Facultés de droit du pays d’adresser au ministre des Relations extérieures et ministre de la Justice une déclaration commune demandant que soit hâtée la ratification des Protocoles additionnels de Genève signés par la Belgique en 1977 (l’article 51 du Protocole I rappelle explicitement l’interdiction de l’utilisation des armes à effets indiscriminatoires et l’interdiction des représailles sur les populations civiles) et que soit voté le projet de loi (datant de 1963) organisant la répression des violations des Conventions de Genève (une disposition de ce projet de loi déclare criminelle la préparation de crimes de guerre par fabrication, transport ou détention d’engins ou l’érection de constructions destinées à les commettre…).

48 Les ministres répondent que toutes les mesures sont prises pour hâter ces deux votes. En fait, à ce jour, aucun vote n’est intervenu. Bien plus, le 9 novembre 1983 à la Chambre, le ministre des Relations extérieures mettra expressément en doute l’applicabilité du Protocole de 1977 et même du droit antérieur à l’utilisation de l’arme nucléaire…

49 c) L’association belge des juristes démocrates (ABJD) organise en septembre 1983 un colloque – auquel participent des juristes français, américains, soviétiques et autres – qui aboutit à une déclaration : il y est notamment constaté que du point de vue du droit international et du droit pénal, l’usage de l’arme nucléaire est criminel.

50 Le colloque révèle en même temps que contrairement aux allégations du gouvernement, les travaux préparatoires de la loi du 11 avril 1962 (et notamment les déclarations de MM. Rolin et Van Hemelrijk au nom de leurs groupes) n’accordent pas au gouvernement la faculté d’autoriser des forces étrangères à implanter des missiles nucléaires en territoire belge.

51 Le gouvernement passe outre et affirme en novembre et décembre 1983 qu’il lui revient en propre de prendre pareille décision.

52 Amené à donner son avis sur une proposition de loi interprétative de la loi de 1962 présentée par M. Diericks (Agalev), le Conseil d’État, le 14 mars 1984, donne cependant tort au gouvernement sur ce point en relevant que “selon les travaux préparatoires de 1962, le gouvernement n’était pas autorisé à conclure des accords d’exécution permettant l’installation sur le territoire national, au service de forces étrangères, de rampes de lancement ou le stockage de munitions nucléaires” et suggérera dès lors une intervention du législateur actuel pour lever l’ambiguïté, “car la loi du 11 avril 1962 est susceptible d’être interprétée dans l’un ou l’autre sens” [4].

53 d) L’Union belge et luxembourgeoise de droit pénal organise par ailleurs le 19 décembre 1983 une réunion scientifique où sont largement débattues par des spécialistes du droit international pénal plusieurs questions juridiques relatives à l’armement et à la dissuasion nucléaires. Les rapports seront publiés notamment dans le numéro de janvier de la Revue de droit pénal et de criminologie. Ces textes étudient l’application de la qualification de crime de guerre à l’emploi d’armes nucléaires dans les conflits armés. Ce qui suppose que soient établis les effets spécifiques, juridiquement qualifiés, de cet emploi : ce thème est longuement analysé. On trouve encore dans ces documents, entre autres, une recherche et une réflexion sur la responsabilité pénale pour acte d’État, un rappel des interdictions internationales et de la législation nationale qui limitent les gouvernants et leurs agents même en période de crise, une analyse du caractère illicite de tels moyens de guerre et du caractère punissable de la préparation de l’infraction.

54 Les échos faits notamment en première page du journal De Morgen, aux conclusions de ces rapports scientifiques et à la qualité de magistrat militaire de l’un des rapporteurs émeuvent considérablement certaines autorités militaires qui vont jusqu’à parler de sanctions nécessaires.

55 e) Dans la foulée de la réunion scientifique de l’Union belge et luxembourgeoise de droit pénal, se constitue un groupe de neuf pénalistes qui rédigent une déclaration, datée du 1er mars 1984, et adressée au ministre de la Justice pour attirer son attention sur les conséquences pénales pouvant découler de toute autorisation accordée et de toute assistance apportée à la mise en place et à la préparation de moyens et méthodes de guerre prohibés par le droit belge. La déclaration porte la signature de professeurs de cinq universités belges et de l’École royale militaire.

56 f) Enfin, des Belges ont participés à un récent colloque tenu à Genève les 14 et 15 septembre 1984, organisé par le Bureau international de la Paix sous le présidence de Sean Mac Bride et portant sur “l’illégalité des armes de destruction massive”.

5 – Dans le monde médical : l’AMPGN

57 L’Association médicale pour la prévention des armes nucléaires (AMPGN) est la branche belge francophone (il existe un homologue flamand) d’une association internationale née en 1980, issue d’une action conjointe de trois médecins américains et de trois médecins soviétiques, et qui compte aujourd’hui des associations dans plus de trente pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique.

58 L’AMPGN regroupe 250 médecins ainsi que des étudiants en médecine. Placée sous le parrainage de personnalités scientifiques et académiques, elle n’a pas d’appartenance politique. Son but est d’informer le plus rigoureusement possible, avec un souci d’objectivité scientifique, sur les effets multiples de l’armement nucléaire. Dans cet esprit, elle rassemble et diffuse des informations émanant de périodiques spécialisés, de rapports d’organismes internationaux (ONU, OMS, OTAN …), etc. ; elle organise des conférences illustrées par des projections de diapositives, édite des brochures. Ne se prononçant pas sur les options stratégiques, elle entend, pour tout son travail, s’appuyer sur l’analyse de données expérimentales et sur l’acquis de disciplines comme la génétique, la médecine, la radio-biologie, la physique, etc.

59 Ses travaux sont également utilisés ou répercutés par les mouvements de paix. L’impact de ses déclarations sur le public est important, celui-ci étant sensible aux informations émanant de médecins.

6 – Le Groupe de recherche et d’information sur la paix (GRIP)

60 Conformément à son intitulé, le GRIP est voué uniquement à la recherche et à l’information. On peut dire cependant, sans nuire à sa crédibilité scientifique, qu’il s’inscrit dans la dynamique du mouvement de paix. Ses travaux, ses publications et les compétences acquises par ses chercheurs sont en effet largement utilisés par les différents mouvements de paix soucieux, dans leurs campagnes et prises de position, de développer des arguments, de diffuser une information reposant sur des bases solides, bref de dépasser le slogan. Ils sont aussi répercutés dans les médias et diffusés vers le public désireux de s’informer ou d’informer. Il n’est pas indifférent de noter que la date de sa création (1978) coïncide avec la montée des préoccupations et des mobilisations en matière de paix et de défense.

61 L’objectif déclaré du GRIP est “l’étude des mécanismes de la course aux armements replacés dans le contexte des nécessités de défense et de sécurité”. Ses critères d’analyse sont élaborés de manière à “rendre compte le plus rigoureusement possible des réalités étudiées”.

a – Fonctionnement interne

62 Le GRIP, qui comprend une équipe permanente de onze personnes dont six chercheurs, travaille de manière interdisciplinaire, en contact avec les acteurs directs (enquêtes, interviews dans les milieux politiques, militaires et diplomatiques) et les instituts de recherche internationaux (utilisation des données telles que celles de l’Institut international d’études stratégiques, IISS, Londres). Une collaboration régulière est assurée avec le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute).

63 Il est totalement indépendant, n’étant lié à aucun mouvement ou institution, et ses structures (équipe de permanents, conseil d’administration, comité de soutien, etc.) sont pluralistes.

64 Ses recettes se répartissent comme suite : un tiers en subventions, un tiers en ventes (publications et services), un tiers en dons. Il est reconnu depuis juillet 82 comme service d’éducation permanente par le Ministère de la Communauté française.

b – Travaux

65 Le travail du GRIP commença par une collecte d’informations, celle-ci aboutissant à la constitution d’un centre de documentation, d’un “service d’information rapide” destiné aux médias et servant également à la publication d’une revue de presse, puis de “Notes de synthèse”.

66 Le traitement des informations déboucha sur des analyses et études faisant l’objet de publications propres ou d’articles paraissant dans des organes de presse. On peut schématiser sa production comme suit.

  • Soixante dossiers Notes et documents, d’une vingtaine de pages, ont paru mensuellement d’avril 79 à juillet 82. Signalons, à ce titre exemplatif, quelques sujets traités : “Les armements chimiques et biologiques”, “La Belgique face à l’OTAN et à l’installation des missiles nucléaires”, “Les négociations internationales en vue du désarmement”, “Le pouvoir communal et les euromissiles” ;
  • En 1981 est réalisé et édité un ouvrage de 280 pages, Le dossier des euromissiles ;
  • Depuis septembre 82 ont paru quatre numéros de la revue Gyroscope dont le dernier (240 pages) présentait la traduction de l’“Annuaire de poche du SIPRI” consacré à la course aux armements et à leur contrôle.
  • Dans un souci pédagogique visant à informer un plus vaste public ont été produits cinq montages audio-visuels (présentés dans près d’un millier de séances d’information) et des dossiers pédagogiques dont, en septembre 83, le Memento des euromissiles présentant, en 28 pages et très clairement, les “25 questions essentielles pour comprendre le problème” et qui connut un large succès ;
  • À partir d’avril 84 est publiée une nouvelle revue trimestrielle, GRIP-informations, moins coûteuse et plus accessible que la revue Gyroscope, ce titre devenant celui d’une collection ayant à son programme la publication de livres. En outre le GRIP, a repris la publication des dossiers Notes et documents à partir de la fin 1983.

67 * * *

68 Nous intercalerons ici – interrompant notre cheminement au sein du mouvement de paix et avant d’analyser son essor – une rapide chronologie des décisions, déclarations et interventions au niveau du pouvoir. L’état des choses et son évolution au plan proprement politique sont en effet la toile de fond sur laquelle se joue et face à laquelle opère le mouvement qui nous occupe.

III – EUROMISSILES ET POUVOIRS : MEMENTO 1979-1984

69 12 décembre 1979

70 Des difficultés ayant surgi dans la plupart des partis constituant la coalition gouvernementale (PSC, CVP, PS, SP, FDF), il est décidé que la Belgique réservera son attitude sur l’implantation de missiles pendant six mois (moratoire).

71 Au Conseil atlantique du 12 décembre 1979, le gouvernement belge se rallie à la double décision de l’OTAN. Il précise qu’il se livrera, dès mai 1980, à sa propre analyse de la situation “afin de déterminer son attitude quant à la mise en œuvre ou non de la décision (OTAN)”. La double décision porte d’une part sur l’implantation en Europe de 108 missiles Pershing II et de 464 missiles de croisière Cruise et parallèlement sur une proposition de négociation avec l’URSS sur les armes nucléaires de portée intermédiaire. Selon le communiqué de l’OTAN, les ministres (Affaires étrangères et Défense) “ont conclu que la meilleure façon de servir les intérêts globaux de l’Alliance serait de suivre les approches parallèles et complémentaires de la modernisation des TNF (forces nucléaires de théâtre) et de la limitation des armements”.

72 13 décembre 1979

73 Dans un télex aux postes diplomatiques belges, le ministre des Affaires étrangères Henri Simonet affirme que “le gouvernement devra confirmer sa décision en matière de déploiement au terme d’un délai de six mois ; avant l’expiration de ce délai, le gouvernement belge procédera à une analyse de la réponse qui aura été donnée par l’URSS à l’appel lui adressé par l’OTAN (…)”. Pour le ministre, la position des Pays-Bas est “quasi identique” à celle de la Belgique, encore qu’il précise que l’examen de la réponse soviétique “sera effectué (aux Pays-Bas) endéans un délai de deux ans”. Toujours selon H. Simonet, la mise en œuvre du programme “comprenant également le déploiement se fera immédiatement en R.F.A., en Italie et en Grande-Bretagne”.

74 (19 décembre 1979 Manifestation internationale à Bruxelles)

75 26 juin 1980

76 Après une crise gouvernementale, le nouveau gouvernement Martens III (PSC, CVP, PS, SP, PRL, PVV) charge Ch.-F. Nothomb, ministre des Affaires étrangères, d’expliquer au Conseil atlantique d’Ankara que la Belgique n’a pas encore pu arrêter sa décision.

77 19 septembre 1980

78 Le gouvernement tripartite (sociaux-chrétiens, libéraux et socialistes) arrête sa position prévoyant une décision définitive en fonction de l’évolution des négociations américano-soviétiques sur les euromissiles. Le texte stipule que le gouvernement examinera l’état d’avancement des négociations tous les six mois. Le ministre des Affaires étrangères définit pour les postes diplomatiques belges “l’objectif idéal” et envisage deux autres hypothèses : en cas d’accord partiel fixant des plafonds pour l’Est et l’Ouest, la Belgique prendrait “proportionnellement la part qui lui reviendra” ; en cas d’échec des négociations, “nous accepterions, en solidarité avec nos Alliés, l’exécution intégrale en Belgique de notre part des mesures qui auront été adoptées entre partenaires de l’OTAN”.

79 Cette attitude est confirmée par les différents accords de gouvernements qui suivent :

  • 19 octobre 1980 : Martens IV (PSC, CVP, PS, SP) ;
  • avril 1981 : Eyskens (idem) ;
  • 16 décembre 1981 : Martens V (PSC, CVP, PRL, PVV).

80 (15 octobre 1981 Manifestation de masse antimissiles à Bruxelles)

81 30 novembre 1981

82 Ouverture à Genève des négociations américano-soviétiques relatives aux forces nucléaires à portée intermédiaire (INF).

83 18 décembre 1981

84 Déclaration de W. Martens à la Chambre : “Le gouvernement n’attendra pas la fin des négociations avant de passer à une évaluation si ces négociations durent plus de six mois. J’ai dit que ces premiers six mois commençaient le 1er janvier. Il est donc possible qu’à l’issue de cette première période, on ne fasse pas seulement une évaluation, mais aussi qu’une décision soit prise. Nous n’attendrons donc pas l’achèvement complet des négociations”.

85 31 mars 1982

86 Précision de F. Vreven, ministre PVV de la Défense nationale, au cours d’une conférence de presse et lors de réponses orales ou écrites à plusieurs parlementaires de janvier à mai 1982 :

  • Pas de décision avant le 30 juin 1982 ;
  • Les rumeurs concernant l’implantation à Florennes sont fausses ;
  • Seule la phase “sur papier” est entamée (il y a quatre autres phases étude sur le terrain, adjudication, construction, implantation).

87 3 mai 1982

88 Karel Van Miert, président du SP, déclare que la préparation du site de Florennes, aux fins de recevoir les euromissiles, a déjà commencé. Le ministre Vreven dément formellement que les travaux aient un rapport avec les euromissiles.

89 5 mai 1982

90 M. Knoops, secrétaire d’État à l’Énergie, estime que dans un petit pays comme la Belgique, les euromissiles ne procurent comme effet spécifique sur la région qui les accueille qu’“un certain profit économique”.

91 6 et 7 mai 1982

92 Réunion des ministres de la Défense de l’OTAN. On y parle des possibilités d’intervention hors zone, et des nécessités de soutenir un effort militaire élevé. M. Vreven précise qu’en cas de conflit, les euromissiles basés en Belgique seront dispersés sur plusieurs sites.

93 11 mai 1982

94 Comme K. Van Miert, Guy Spitaels, président du PS, déclare savoir de sources sûres que l’on prépare l’implantation des euromissiles à Florennes.

95 2 juin 1982

96 Le CVP, par la voix de son président, F. Swaelen, précise sa position sur les euromissiles : il n’y a pas d’éléments suffisants pour prendre maintenant une décision. Celle-ci ne devra pas nécessairement attendre la fin des négociations de Genève, mais “(…) le moment adéquat (…) peut-être dans quelques mois ou dans un an ou deux”.

97 4 juin 1982

98 W. Burgeon (PS) présente au Conseil régional wallon un texte incitant l’exécutif à ne pas accorder les permis de bâtir nécessaire à l’implantation des euromissiles. Après une discussion sur les compétences, le quorum nécessaire au vote n’est pas atteint.

99 10 juin 1982

100 À l’issue du sommet de l’OTAN, M. Martens annonce une évaluation des résultats des négociations de Genève pour le mois de juillet, en vue d’une décision sur l’installation des euromissiles.

101 16 juin 1982

102 Le vote de la proposition Burgeon (4 juin) a lieu. Elle est adoptée par une majorité PS-Ecolo-RW-PCB. Le PRL avait quitté la salle, le PSC s’abstient, sauf M. le Hardy de Beaulieu qui vote contre.

103 2 septembre 1982

104 Le général Rogers appelle les gouvernements belge et hollandais à se prononcer le plus rapidement possible pour l’installation des missiles eurostratégiques sur leur territoire.

105 30 novembre 1982

106 Au “Groupe des plans de défense” de l’OTAN, la Belgique et les Pays-Bas donnent une nouvelle fois leur accord de principe pour l’implantation des euromissiles, mais expriment les mêmes réserves quant à leur déploiement sur le territoire national.

107 2 décembre 1982

108 Suite aux réunions atlantiques de Bruxelles, M. Vreven réaffirme que, en cas d’échec des négociations, le déploiement des premiers missiles de croisière commencera en décembre 1983, mais “pour l’ensemble des pays concernés, et pas nécessairement pour la Belgique”. Quant au choix du site, Kleine-Brogel paraît le plus sûr, mais il faut encore vérifier “sur le terrain” les “rapports écrits”.

109 13 décembre 1982

110 K. Van Miert (SP) réaffirme l’opposition de son parti à l’implantation des euromissiles. Il confirme son affirmation sur le choix gouvernemental de Florennes, où les travaux commenceront en avril ou en mai 1983. Le gouvernement, dit-il, a déjà pris sa décision, “dans le secret et au mépris de ses promesses”.

111 12 janvier 1983

112 La Belgique signifie officiellement son rejet des dernières propositions soviétiques.

113 Avril 1983

114 Rencontre Gromyko-Tindemans. Le ministre belge se déclare partisan de l’option zéro et du refus occidental d’intégrer les systèmes français et anglais dans le calcul des forces. Selon L. Tindemans, Reagan veut réellement négocier et non seulement faire enregistrer l’échec de la négociation d’où sortirait forcément l’implantation des missiles.

115 (23 avril 1983 Manifestation au site de Florennes)

116 13 octobre 1983

117 Le président Mitterand en Belgique : “le pacifisme est à l’Ouest et les euromissiles sont à l’Est”.

118 20 octobre 1983

119 À la Commission du Sénat, L. Tindemans déclare : “J’accepte le débat parlementaire sur les INF. Le gouvernement devra prendre une décision et le Parlement aura la possibilité d’approuver ou de désapprouver cette décision”. C’est la définition et répartition des rôles, telles que l’exige le gouvernement.

120 (23 octobre 1983 Manifestation de masse antimissiles à Bruxelles).

121 Octobre 1983

122 Publication par les ministères de la Défense et des Relations extérieures de la brochure “La paix dans la liberté”.

123 8 et 9 novembre 1983

124 Débat à la Chambre sur l’implantation des missiles. Les oppositions affirment ne pas vouloir laisser le pouvoir de décision au seul gouvernement. La majorité, y compris les députés CVP qui avaient soutenu les thèmes de la manifestation du 23 octobre ou avaient participé à celle-ci, accepte la thèse gouvernementale, écartant du même coup toute résolution tendant à imposer un moratoire par voie parlementaire [5].

125 23 novembre 1983

126 Le jour même de la rupture des négociations américano-soviétiques à Genève, L. Tindemans à la RTBF : “L’espoir est toujours permis de voir les négociateurs soviétiques reprendre place à la table des négociations (…). Pour l’instant, nous examinons la situation et demain ou vendredi au plus tard, le négociateur (américain) Paul Nitze sera à Bruxelles pour nous expliquer ce qui est arrivé et son opinion.”

127 7 décembre 1983

128 Débat au Sénat (à ce moment, l’installation des premiers Pershing II et Cruise a commencé en RFA, en Grande-Bretagne et en Italie). Malgré de profondes divergences (notamment sur l’importance de fixer un moratoire ou sur les risques que présente cette option, le Sénat adopte, à l’unanimité des 144 votants et 3 abstentions, une résolution insistant sur une reprise et un aboutissement rapide des négociations “de manière à rendre superflu le déploiement d’euromissiles” et préconisant une offensive diplomatique belge dans la ligne de la doctrine Harmel (défense ET détente), l’initiative étant prise “conjointement avec d’autres petits États européens”.

129 8 décembre 1983

130 L. Tindemans propose au Conseil de l’OTAN de procéder à une évaluation approfondie des relations Est-Ouest, exercice qu’il définit comme “parallèle” à celui confié à P. Harmel en 1967. (Document soumis à la session ministérielle de l’OTAN à Washington, 29-31 mai 1984).

131 30 décembre 1983

132 Dans un communiqué, le gouvernement belge déclare avoir pris acte de l’absence de résultats concrets à la négociation de Genève. Le programme de déploiement des 48 missiles devrait donc “se poursuivre selon le rythme et le calendrier prévus”, c’est-à-dire en 1985. Aucune allusion n’est faite à la proposition du Sénat en faveur d’une initiative conjointe de petits États européens.

133 28 mars 1984

134 Au Sénat, L. Tindemans réaffirme que les gouvernements successifs ont réellement pris la décision au sujet de l’implantation et précise que “les modalités pratiques du déploiement sont donc du ressort exclusif du ministre de la Défense nationale et (que) cela comprend la date des premiers déploiements en Belgique”.

135 (29 avril 1984 “Chaine humaine” au site de Florennes)

136 Mai-juin 1984

137 Campagne pour les élections européennes : les positions de l’automne 1983 sont confirmées, le FDF-CFE ayant tendance à se rapprocher de la thèse gouvernementale.

138 13 juillet 1984

139 Le ministre L. Tindemans présente au Conseil des ministres un nouveau rapport d’évaluation sur l’état des négociations relatives aux forces à portée intermédiaire. Sur base de ce rapport, le Conseil estime que la Belgique n’a d’autre choix que de continuer à préparer l’implantation de missiles de croisière, selon le rythme et le calendrier prévus. Cette situation n’est cependant pas jugée irréversible. Le Conseil appelle de ses vœux une négociation conduisant à des résultats concrets, positifs.

IV – LES EUROMISSILES ET L’ESSOR D’UN “MOUVEMENT DE PAIX” (1979-1982)

1 – Coup d’envoi et premières grandes actions

140 En mai 78 – année où se déroule la première session spéciale des Nations Unies pour le désarmement – est tentée une première mobilisation massive, sur le thème “Désarmer pour survivre”, qui rassemble à Bruxelles quelque 10.000 manifestants et donne lieu à un premier débat parlementaire. Mais la double décision de l’OTAN du 12 décembre 1979 (déploiement de missiles nucléaires en Europe et proposition de négociations avec l’URSS sur les armes nucléaires à portée intermédiaire) va servir aux mouvements de paix de catalyseur d’une action qu’ils entendent développer et pour laquelle ils cherchent un objectif clair et mobilisateur.

141 Fruit d’une concertation entre mouvements flamands, francophones et étrangers, une manifestation est organisée à Bruxelles le 9 décembre 1979 (trois jours avant que soit connue la décision officielle de l’OTAN) sur les thèmes “Désarmer pour développer” et “Non aux missiles nucléaires” ; C’est le coup d’envoi de la campagne antimissiles qui va se développer au cours des années suivantes. Selon les estimations émanant de milieux francophones, la manifestation rassemble quelque 50.000 participants ; les Flamands sont nettement plus nombreux que les francophones et l’on compte plus de 10.000 étrangers. Ernest Glinne y prend la parole, au nom des socialistes, contre le déploiement des missiles et contre la décision de l’OTAN. Cette position avait été adoptée la veille par le Conseil général du PS votant contre un texte de H. Simonet, par ailleurs ministre des Affaires étrangères. Le 12 décembre, les socialistes ayant décidé de voter non et des difficultés ayant surgi dans la plupart des partis gouvernementaux, W. Martens est obligé de poser la question de confiance pour obtenir la décision de la Belgique, tandis que H. Simonet se trouve à l’OTAN pour y donner une réponse positive.

142 Signalons aussi, bien que son objectif ne soit pas directement lié au mouvement de paix mais parce qu’elle n’est pas sans incidence sur la mobilisation des francophones, la manifestation du 20 octobre 1980 contre la montée du racisme qui, à l’appel d’André Cools, président du PS, et avec la collaboration de divers partis et organisations – dont le CNAPD qui y prend une part active – réunit à Bruxelles quelque 100.000 Personnes, dont 80 % de francophones.

143 C’est au cours d’une réunion internationale de tous les mouvements de paix d’Europe occidentale que la décision est prise de faire coïncider les grandes actions dans les différents pays et que date est fixée à cette fin : ce sera celle de la “Semaine des Nations Unies pour le désarmement”, en octobre. Si la République fédérale d’Allemagne attire l’attention par l’ampleur qu’y prennent les démonstrations des pacifistes, ce sont cependant les Pays-Bas (ils se sont notamment affirmés contre la bombe à neutrons) qui font figure de “locomotive”. En Belgique, le CNAPD sera l’élément moteur, côté francophone, de la manifestation d’octobre 81, en liaison avec les mouvements VAKA et OCV qui agissent pour la partie flamande.

144 Le 25 octobre 1981, le nombre des participants surprend les organisateurs eux-mêmes (200.000 personnes dans les rues de Bruxelles, alors qu’ils en escomptaient quelque 100.000) et son impact au niveau de l’opinion publique et des médias peut être perçu comme un événement. La présence des francophones est évaluée à 20 % du total, ce qui représente, en pourcentage et en nombre absolu, un progrès sérieux par rapport aux précédentes manifestations pour la paix. La FGTB a appelé à la participation et G. Debunne a tenu à être présent “à la tête de ses troupes”. Le Parti socialiste a marqué son accord, assorti d’un appel en octobre et sera représenté en tête de la manifestation par G. Spitaels et de nombreux parlementaires.

145 La CSC ne se mobilise pas comme telle, mais le MOC est présent, avec ses diverses composantes ; seule la COB (coopératives) ne se manifeste pas, tandis que les Mutualités chrétiennes sont réticentes.

146 Les mots d’ordre pour la manifestation d’octobre 1981, communs au CNAPD et aux mouvements flamands VAKA et OCV, sont :

147

“– Pas d’armes nucléaires en Belgique ni en Europe ;
– Bombe à neutrons, Pershing II, Cruise : non ;
– Démantèlement des SS 20 ;
– Démantèlement des armes nucléaires existantes ;
– Zone dénucléarisée en Europe ;
– Politique de paix indépendante et active de la Belgique ;
– Pas de missiles : un pas vers le désarmement.”

148 Le bond réalisé en 1981 au niveau de l’opinion publique est le fruit d’un travail qui ira se développant et dont nous observerons de plus près les méthodes dans le chapitre consacré à la préparation de la manifestation d’octobre 1983. Une certaine dynamique est enclenchée, empruntant des voies multiples. Nous en évoquerons deux, très différentes par leurs points d’émergence dans le champ social, et qui pourtant se recoupent : les Comités locaux et l’action “communes dénucléarisées”.

2 – Les Comités locaux

149 Dans la dynamique de l’action et de la mobilisation du mouvement de paix, les Comités locaux ont joué des 1981 un rôle important depuis lors, un rôle capital. Le terme recouvre en fait des réalités fort diverses et mouvantes et leur existence même a des origines variées.

150 Nés le plus souvent à la faveur d’une “campagne” et en particulier celle de 1981, sous l’impulsion du CNAPD, ils ne répondent pas à un schéma préétabli. L’initiative sur place en revient généralement à quelques militants (parfois à un seul) qui s’attachent à créer un regroupement de différents mouvements ou associations existant au niveau local, susceptibles de se mobiliser sur les thèmes d’une campagne et d’engager ses membres dans l’action. Le pluralisme le plus large possible est une règle de base de ces comités. On y retrouve évidemment, là où elles existent, les sections locales des mouvements membres du CNAPD (et de la Concertation), mais appel est fait très largement aux groupes les plus divers et aux individus. Incitant à la création de ces comités, le CNAPD conseille de contacter : les sections locales de partis politiques, les élus locaux et parlementaires, les organisations de jeunesse, les sections syndicales, les Maisons de jeunes, les groupes paroissiaux, de handicapés, de femmes, d’immigrés, de quartiers, les groupes écologistes, les mouvements alternatifs, coopératifs, les maisons médicales, les associations d’étudiants et de parents, les écoles, les enseignants, les artistes, les associations culturelles, sportives, etc.

151 On comptera en 1983 près d’une centaine de Comités locaux, répartis dans toutes les provinces francophones, dans le Brabant wallon et dans l’Agglomération bruxelloise. Le Journal de la Paix, la Feuille de liaison et d’autres documents du CNAPD en publient régulièrement la liste, avec l’adresse des responsables.

152 Les Comités locaux organisent sur place des réunions et débats, utilisant le matériel et les conférenciers de leur choix (souvent sur base de listes fournies par le CNAPD) ; ils prennent l’initiative d’actions, d’animations ou de pétitions diverses ; ils assurent la diffusion des tracts, affiches, motions d’adhésion à la campagne et tout autre matériel de mobilisation.

153 Lors des assemblées générales, les Comités locaux sont invités à la deuxième partie de la réunion, l’après-midi leur étant généralement consacrée. Cas particulier – et récent –, le Comité de Florennes est invité au Bureau dès que le sujet porte sur la lutte antimissiles.

154 Comités locaux et CNAPD ont cependant une relative indépendance. Ainsi les comités ne participent pas à l’élaboration des plates-formes (la situation à ce niveau n’étant pas comparable à ce qui se passe au VAKA en Flandre), et ils organisent à leur guise leur mobilisation : ainsi peuvent-ils, pour tenir compte de la sensibilité du milieu où ils agissent, mettre l’accent sur l’un ou l’autre thème faisant partie des mots d’ordre d’une campagne – sans pouvoir toutefois se désolidariser de l’ensemble. Cela se concrétise notamment lors de la distribution des tracts du CNAPD, dont le verso reste libre afin qu’ils puissent y imprimer un texte de leur choix.

155 Notons qu’il existe aussi des coordinations à des niveaux régionaux, la plus active étant de loin la coordination bruxelloise qui assume notamment un travail important à l’occasion des manifestations se déroulant à Bruxelles.

3 – L’action “communes dénucléarisées”

156 Au début de 1982, sur la lancée du succès remporté par la manifestation du 25 octobre 1981, à Bruxelles, le CNAPD a décidé d’entreprendre en Belgique francophone une action “communes dénucléarisées”, dans la foulée du mouvement “Zones dénucléarisées en Europe” qui avait déjà porté des fruits en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en République fédérale d’Allemagne, en Flandre … [6]. Il s’agissait de promouvoir – le plus souvent par l’intermédiaire des Comités de paix locaux – le vote, par le plus grand nombre possible de conseils communaux, d’une motion dont l’orientation était donnée comme suit.

157 Une commune se déclare “zone dénucléarisée” par le vote au conseil communal d’une motion par laquelle sont rejetés le stationnement d’armes nucléaires sur son territoire et le transport de pièces détachées de ces armes (les conseils communaux peuvent aussi agir en demandant aux autorités nationales de ne pas installer d’armes nucléaires en Belgique, ou en invitant le gouvernement à prendre des initiatives pour faire avancer les négociations de Genève).

158 À la mi-1984, on comptera une soixantaine de communes francophones ayant voté, avec des majorités politiques variées et parfois à l’unanimité, une motion de ce sens ; parmi celles-ci, des entités importantes comme Liège, Charleroi, Mons, Namur, Tournai, Mouscron, Bruxelles et plusieurs communes de l’Agglomération. Ajoutons que la Députation permanente de la province de Namur a également voté une motion, approuvée par l’ensemble des groupes du conseil provincial à l’exception des représentants du PRL et de l’UDRT. Le 16 juin 1982, le Conseil régional wallon adoptait une résolution s’opposant à toute implantation et à tout transit de fusées nucléaires sur le territoire wallon et demandant au Conseil de ne pas délivrer de permis de bâtir (voir supra).

159 Il va de soi que ces motions n’ont qu’une valeur symbolique. L’action “communes dénucléarisées” s’inscrit cependant dans la dynamique du mouvement de paix dans la mesure où elle suscite des débats à un niveau proche de la population, attire l’attention sur le problème des armes nucléaires et incite des personnes engagées dans la politique à le prendre en compte et à s’y impliquer. La publicité donnée au niveau local tant aux débats qu’aux décisions lorsqu’elles sont prises, jointes aux répercussions de l’information par la presse, sont supposées jouer un rôle dans l’entreprise de “conscientisation” de la population. Cette action se pose par ailleurs comme un jalon vers l’instauration d’un débat politique public sur les problèmes de défense et en particulier sur celui des missiles, débat qui est une préoccupation constante de nombreux mouvements de paix.

160 Certaines communes (Auderghem, Florennes, Jette, Pepinster, Tubize, Watermael-Boitsfort) allaient faire un pas de plus en votant un règlement de police interdisant le passage et le séjour de missiles nucléaires sur leur territoire, un règlement type ayant été élaboré par des juristes proches du CNAPD, basé sur la compétence de la commune en matière de sécurité de salubrité et de tranquillité publique. Ce type de décision devait cependant poser des problèmes institutionnels et provoquer des remous. Ainsi, par exemple, le règlement adopté le 25 mars 1983 par la majorité PS-PRL (plus Ecolo) du conseil communal de Pepinster (Ecolo ayant fait du vote de ce règlement une condition de son soutien à la majorité) allait être suspendu par un arrêté du gouverneur de la province de Liège le 28 avril 1983. Par ailleurs, en vertu des règles de tutelle, le ministre A. Damseaux disposait de 40 jours à dater du 1er juin pour annuler la délibération du conseil communal. Mais l’arrêté de fonctionnement de l’exécutif permettant à tout ministre d’exiger une délibération collégiale, et une majorité (4 ministres sur 6) étant nécessaire pour annuler le règlement, le conseil communal de Pepinster, soutenu par divers groupes, tenta une campagne en vue d’infléchir la décision. Dans ce cadre, des lettres furent adressées aux députés et aux sénateurs élus directs dans la Région wallonne les conviant à intervenir auprès des membres de l’exécutif, tandis que d’autres étaient directement adressées aux membres PS et PSC du même exécutif. Finalement, il n’y eut pas de décision de l’exécutif mais le règlement fut annulé par le gouverneur de la province.

161 À Florennes même, zone choisie pour l’implantation des missiles, un premier texte vague, portant sur la paix dans le monde et le désarmement, avait été voté à l’unanimité du conseil communal peu après le référendum organisé en juin 1982 sous l’impulsion du Comité florennois et auquel avait participé 41,55 % de la population, 75,7 % des votants se prononçant contre l’implantation de missiles et 80,1 % contre les expropriations. C’est seulement le 1er juillet 1983, après les élections communales, que le conseil vota par 13 voix et 6 abstentions, une motion contre les missiles, mais il la complétait le 11 août par un règlement de police adopté par 9 voix (6 PSC/RW/indépendant, 3 PS) et 8 abstentions (1 PS, 4 PRL, 3 PSC). Ce règlement, interdisant le passage de convois transportant des missiles nucléaires sur le territoire de la commune, prévoit une sanction de un à sept jours d’emprisonnement et de 1 à 25 francs d’amende ainsi que la confiscation du matériel faisant l’objet de l’infraction : un acte politique sans doute, mais à valeur surtout symbolique.

162 À noter que le Parlement était saisi d’un projet de loi, celle-ci étant présentée comme une loi technique, dont l’effet était de dénier aux communes toute compétence en matière de transport de substances radioactives. La loi fut votée le 14 juillet 1983 (avec l’appui de certains mandataires ayant voté un règlement communal). Elle entrait en vigueur le 16 août : ainsi le règlement, de Florennes, qui datait du 11, ne fut pas cassé par la loi.

163 Cependant se créait un Comité belge des bourgmestres des villes et communes dénucléarisées, comptant au départ trois bourgmestres flamands, trois bruxellois et trois wallons. À savoir, du côté francophone : L. Defosset (Etterbeek, FDF), F. Guillaume (Evere, PS), J.-P. Detremmerie (Mouscron, PSC), A.-M. Lizin (Huy, PS), J.-L. Thys (Jette, PSC) et J.-Cl. Van Cauwenberghe (Charleroi, PS). Ce comité allait inviter à une rencontre internationale, en avril 1983, des représentants des cinq pays concernés par les missiles. La rencontre fut suivie par des délégués de villes et communes des cinq pays et se termina par un appel rendu public à l’occasion d’une conférence de presse à Bruxelles.

164 Deux publications du GRIP, les dossiers Le pouvoir communal et les euromissiles et L’Exécutif régional wallon et les euromissiles, ont étudié les implications juridiques de ces problématiques, notamment à la lumière des modifications récentes de la Constitution belge et tenant compte des majorités politiques nouvelles. C’est par exemple sur la base du deuxième de ces dossiers que le Conseil régional wallon a voté sa motion sur les permis de bâtir.

165 Notons que l’action “communes dénucléarisées” ne fait pas l’unanimité auprès des militants des mouvements de paix. S’ils sont nombreux à considérer comme important ce premier pas vers une politisation du débat, d’aucuns estiment néanmoins que cette action engage les Comités locaux dans un déploiement d’énergie trop grand par rapport à l’efficacité escomptée, ou qu’elle risque de les entraîner dans un engrenage politique auquel ils sont peu préparés et pouvant créer en leur sein des tensions superflues.

V – PREPARATION DE LA MANIFESTATION D’OCTOBRE 1983

166 Le 23 octobre 1983 avait lieu à Bruxelles une manifestation “antimissiles” rassemblant, selon diverses sources, 300.000 personnes (400.000 selon les organisateurs). Elle était assortie de nombreuses prises de position émanant de grandes organisations du pays et largement répercutée dans la presse. Le principe et la date de l’action avaient été fixés lors d’une réunion internationale des mouvements de paix [7] – qui sont en plein essor dans de nombreux pays [8]. Comment est-on passé de l’intention à la réalisation ? Quel était précisément l’objectif visé ? Quelles sont les méthodes du mouvement porteur du projet – à savoir, pour la partie francophone du pays, le CNAPD ?

167 Depuis octobre 1981, on avait tenté d’entretenir l’esprit militant et de tenir autant que possible l’opinion en alerte par divers moyens : notamment les Comités locaux et l’action “communes dénucléarisées” animés par le CNAPD, mais aussi des publications et initiatives émanant d’autres groupes. Le 23 octobre 1982 était organisée une “Nuit des missiles” rassemblant dans la salle de Forest-National environ 5.000 personnes. À cette occasion était annoncée officiellement une manifestation prévue à Florennes (lieu choisi par le gouvernement pour l’implantation des missiles) pour le 23 avril 1983, et c’est à Florennes qu’est donné le coup d’envoi pour la manifestation d’octobre. Le travail, cependant, avait commencé bien plus tôt.

1 – Objectifs : la plate-forme, les mots d’ordre et leur élaboration

168 Le 23 novembre 1982 a lieu une première réunion du Bureau du CNAPD. L’heure est encore aux questions (quel message ? quel public ? quelles priorités ?), voire aux hésitations, mais des propositions sont faites. Le 4 décembre 1982 a lieu à Namur une assemblée générale (des organisations membres et des comités locaux) qui sera suivie d’un communiqué de presse annonçant déjà l’organisation, avec le VAKA, d’une manifestation nationale à Bruxelles le 23 octobre 1983.

169 Mais il importait de préciser les objectifs, d’élaborer une plate-forme qui ait l’accord des organisations membres (les divers acteurs qui s’engagerons ne devront marquer leur accord que sur les mots d’ordre). Un projet s’élabore, qui sera soumis pour discussion aux organisations membres. Une rencontre avec le VAKA, visant un accord sur un texte commun, a lieu le 17 mai. Des amendements et des versions remaniées vont et viennent, un groupe de travail spécifique se penche sur la question et le texte définitif de la plate-forme (annexe 4) est adopté le 4 juin 1983 par l’assemblée générale et ensuite communiqué aux Comités locaux.

170 Cette plate-forme considère que “la modernisation des missiles soviétiques (SS 20) tout comme le déploiement des missiles (Cruise et Pershing II), tous destinés à l’Europe, constituent une nouvelle étape extrêmement dangereuse de la course aux armements”, refuse “la logique des blocs”, qui consiste à “faire de l’Europe le théâtre potentiel d’une troisième guerre mondiale” et estime que “les négociations (entamées à Genève) doivent aboutir à la non-installation des euromissiles et à une réduction significative de l’arsenal nucléaire à l’Est et à l’Ouest”. Faisant le point de la situation internationale sur le plan politico-militaire mais aussi au niveau des mouvements de paix, le CNAPD précise sa position : “L’évolution des doctrines stratégiques militaires qui visent à remplacer la dissuasion par la théorie de la guerre nucléaire gagnable ne peut être acceptée, tout comme doit être combattue toute nouvelle doctrine prônant le combat offensif et accordant une place de choix à la modernisation des armes conventionnelles”. Il lance ensuite un appel en sept points – dont on retrouvera l’essentiel synthétisé dans les “mots d’ordre” – et se prononce pour une politique qui “sans mettre en cause le principe d’une défense nationale, repose sur une vision de la justice sociale tant intérieure qu’internationale”.

171 La mise au point des mots d’ordre – par nature très synthétiques – de la manifestation et qui feront l’objet d’une large diffusion, sera beaucoup plus rapide que celle de la plate-forme. La discussion se fait au Bureau. Les mots d’ordre reprennent les six premiers points de la manifestation de 1981, le septième étant remplacé par les nouveaux points 7 et 8 :

172

“– Pas de nouvelles armes nucléaires, ni en Belgique ni en Europe ;
– Bombe à neutrons, Pershing II, Cruise : non ;
– Démantèlement des SS 20 ;
– Démantèlement des armes nucléaires existantes ;
– Zone dénucléarisée en Europe ;
– Politique de paix indépendante et active de la Belgique ;
– USA – URSS : gel de la course aux armements nucléaires ;
– Désarmer pour développer.”

173 Une question, mineure en apparence, a fait l’objet d’un sérieux affrontement. Certains préconisaient la réunion en un seul point des points 2 (Bombe à neutrons, Pershing II, Cruise : non) et 3 (démantèlement des SS 20), ce qui fut finalement refusé par la majorité. Par ailleurs, l’objectif étant d’avoir des mots d’ordre communs pour la manifestation, la mise au point s’est faite en contact et en discussion avec le VAKA – qui imposa l’ajout du septième point (sur le gel). La décision prise, le CNAPD précisa que les 8 mots d’ordre formaient un tout et étaient à considérer dans leur ensemble.

2 – La campagne de mobilisation

174 Comme nous allons le voir, la campagne de mobilisation a pour originalité d’engager l’action à tous les niveaux, obéissant à une stratégie assortie cependant d’une grande souplesse : stratégie de la convergence, l’objectif étant de stimuler à la fois la base et le sommet avec l’espoir que la volonté de l’une et de l’autre se conforteront mutuellement ; stratégie de la progression, l’effort entrepris tant vers l’opinion publique que vers ses leaders étant supposé les amener à prendre le plus largement possible connaissance du problème, ensuite à prendre parti et enfin à manifester leur opinion.

175 Si ce travail est loin de s’accomplir sans méthode, on a affaire cependant à des cheminements complexes, croisés et progressifs et c’est un peu arbitrairement que pour la clarté de l’exposé nous nous risquons à compartimenter l’action, quitte à bousculer quelque peu la chronologie.

a – Les réunions

176 Les assemblées générales du CNAPD s’ouvrent plus largement. Consacrées le matin aux discussions internes avec les membres, elles accueillent l’après-midi les représentants des Comités locaux, puis ceux des organisations associées à mesure que celles-ci s’engagent. Il y en eut trois consacrées à la préparation de la manifestation (en décembre 1982, juin et septembre 1983) suivies d’une réunion d’évaluation en novembre.

177 Le CNAPD organise par ailleurs le 10 septembre 1983, une “Journée de formation”, largement ouverte et portant sur deux thèmes :

  1. “Le dossier des euromissiles : mieux le comprendre pour mieux le défendre” ;
  2. “La mobilisation dans les régions : comment susciter la participation d’un maximum de personnes à la manifestation”.

178 Certains groupes y tiennent des stands, un film y est présenté… On compte environ 150 participants et cette réunion semble avoir marqué le coup d’envoi de la mobilisation. Suivront des réunions de travail, en nombre plus restreint, où celle-ci prendra forme de plus en plus concrète.

b – Le matériel de propagande

179 Un abondant matériel de propagande est produit par le GNAPD et mis gratuitement à la disposition des groupes engagés :

  • Des “motions d’adhésion” affirmant le soutien à la manifestation du 23 octobre 1983 et l’accord avec les mots d’ordre (de 1981, les nouveaux mots d’ordre n’ayant pas encore été arrêtés avec le VAKA) et sollicitant une participation financière sont imprimés et mis en circulation ; elles sont proposées à la signature tant d’individus que de groupes et organisations ;
  • Une affiche dont le graphisme utilise entre autres une photo de la manifestation de 1981 et portant les mentions “Bruxelles, dimanche 23 octobre 1983. Pas de missiles – un pas vers le désarmement. Organisé par CNAPD, VAKA, OCV.”, est tirée à 92.000 exemplaires pour la partie francophone, la même affiche étant par ailleurs éditée en flamand ;
  • Une réduction de cette affiche au format Din A 4, au verso de laquelle seront imprimés successivement, et selon les lieux, des appels, conseils et consignes pratiques, est tirée à 300.000 exemplaires puis à nouveau tirée à 200.000 ;
  • Des affiches “La manifestation commence dans les trains” seront collées dans les gares, à la suite d’un accord négocié avec la SNCB ;
  • Des bandeaux reprenant le slogan de l’affiche sont imprimés en différentes dimensions (63.000) et des petits tracts, 10 × 5, sont tirés à 64.000 exemplaires ;
  • Le Journal de la paix consacré à la manifestation est tiré à 60.000 exemplaires (financé par le budget ordinaire) et un journal spécial, du même format, réalisé avec le CJEF (voir infra) est consacré à la mobilisation des lycées ;
  • La Feuille de liaison devient bimensuelle (tirage : 1 500 exemplaires), la deuxième livraison du mois portant essentiellement sur les informations et consignes pratiques.

180 Tout ce matériel a été distribué dans sa quasi-totalité – en tous cas vers les groupes relais qui se chargent de la diffusion – par l’intermédiaire de bons de commande.

181 Par ailleurs, est produit un matériel de propagande (badges et 25.000 autocollants) qui sera mis en vente pendant la campagne, suivi d’un autre destiné à la vente pendant la manifestation (dont 50.000 autocollants), les bénéfices devant contribuer au financement de l’une et de l’autre.

182 Les grandes organisations et les Comités locaux sont invités à produire leur propre matériel de propagande : ainsi verra-t-on des appels et slogans multiples sur des supports divers portant les sigles FGTB, MOC, PS, etc.

c – Action vers les Comités locaux

183 Les contacts sont renforcés avec les Comités locaux déjà existants, avec les nouveaux qui se créent. Ces Comités sont invités à intensifier leur action, à multiplier les contacts avec les groupes locaux – par lesquels vont transiter les “motions d’adhésion” et le matériel de propagande –, avec les mandataires publics, la presse locale, les radios libres … Affiches, badges, autocollants, cassettes avec messages pour radio-libres, etc. leur sont proposés à un prix inférieur au prix de vente public, la différence devant leur permettre de financer leur action au niveau local, et on les incite à produire du matériel de propagande qui leur soit propre. Il leur sera demandé très tôt d’organiser concrètement le déplacement vers Bruxelles pour la manifestation et de prévoir une présence originale dans le cortège (calicots, déguisements, etc.).

184 Le CNAPD leur propose, pour alimenter ou amorcer réunions et débats, une liste de dossiers et documents, de vidéo-cassettes, de films ou de montages divers, émanant de ses membres mais aussi du GRIP, de la Concertation Paix et Développement, voire de la RTBF. On y trouve même des jeux (pour adultes) ou des montages pour enfants. Dans cet ensemble proposé, le ton est tantôt à l’information rigoureuse plus ou moins vulgarisée, sur un thème général ou plus particulier, tantôt à l’humour (dénonciateur) ; parfois il s’agit de films de fiction. Certains laissent des questions en suspens, d’autres se veulent démonstratifs ; certains visent à éveiller l’intérêt, d’autres à stimuler l’engagement. Par ailleurs, les Comités locaux peuvent faire appel au CNAPD pour trouver des conférenciers spécialisés. Ces derniers, “experts” à des degrés divers, ont souvent avec le CNAPD des liens informels mais celui-ci – secrétariat et organisations membres – est lui-même sur la brèche (notons que son seul président a fait, pendant la “campagne” de 1983, quelque 150 exposés, devant des auditoires tantôt vastes, tantôt restreints). Le GRIP, de son côté, a été fortement sollicité pour présenter l’un de ses montages audio-visuels analysant le rapport des forces Est-Ouest et la problématique “euromissiles” (plus de 300 passages en moins de deux mois).

185 Ainsi ont lieu, à travers toute la Wallonie et à Bruxelles, des “animations” de natures fort diverses qui ont contribué à la mobilisation pour la manifestation d’octobre mais qui s’inscrivent dans une ambition plus large d’éveil de la population aux problèmes paix-défense-armement-missiles.

d – Action vers les grandes organisations

186 Parallèlement se déroule un travail en direction des responsables des grandes organisations ou institutions. Par un télex du 4 janvier, selon une coutume déjà établie, Pierre Galand, au nom du CNAPD, avait adressé à ceux-ci ses vœux pour 1983, leur présentant le programme d’action (les mots d’ordre de 1981 y sont rappelés) et les invitant à y souscrire ; il exprimait enfin son désir de les rencontrer en vue d’une concertation. Dans les premiers mois de 1983, le président ou une délégation (dont on veille à assurer le pluralisme) du CNAPD rencontre personnellement les dirigeants des syndicats, du MOC, et des partis qui acceptent l’entrevue : ainsi il ne put y avoir de rencontre officielle avec le PSC, mais seulement quelques contacts informels. Après une lettre de rappel adressée le 21 mars, on note, en avril, parmi les réponses positives (avec des nuances), celles de la FGTB, de Willy Thys, président du SEP, Louis Van Geyt, président du PCB, Henri Mordant, président du RW, Marie-Thérèse Martin, secrétaire générale des Femmes prévoyantes socialistes, Philippe Moureaux, président de l’Exécutif de la Communauté française, Guy Spitaels, président du PS. G. Spitaels rappelle que sont parti “ne pourra accepter que le feu vert soit donné aux préparatifs d’un éventuel déploiement des euromissiles alors qu’un large débat démocratique n’a pas encore eu lieu au parlement” et signale que le PS “désire être associé” aux actions prévues pour 1983. La suite montre que ces premières réactions positives ne sont pas toujours le signe d’un engagement immédiat et inconditionnel. Lucien Outers, président du FDF signale que “le bureau de son parti va être consulté sur cette question” et Gérard Deprez, président du PSC, annonce “une position de son parti incessamment”.

187 À mesure que se préciseront, comme nous le verrons plus loin, les engagements et les prises de position des grandes organisations, mais aussi ceux de nombreux autres groupes, le CNAPD organise avec ceux qu’il dénomme “les organisations et mouvements associés” (voir annexe 5) des réunions de travail visant la mise au point progressive, et de plus en plus concrète, de la manifestation. Notons que parmi ces mouvements “associés” on trouve outre les grandes organisations comme le MOC, la FGTB, le PS, ou une institution comme le CJEF, une quarantaine hétérogène allant du groupuscule local ou sectoriel à des regroupements plus vastes et traversant le monde chrétien, comme le monde laïc. Des représentants des grandes organisations participent à ces réunions dûment mandatés.

188 Par ailleurs, de nombreuses lettres sont adressées à des personnalités : tous les parlementaires, notamment, et même au Roi auprès de qui le CNAPD sollicite – sans succès – une audience.

e – Action vers la presse

189 Dès le début de 1983, mais de manière plus intensive à mesure qu’approche l’échéance d’octobre, le CNAPD – qui croit peu à l’efficacité des conférences de presse et les organise avec parcimonie – envoie à la presse non seulement de nombreux communiqués, mais surtout des dossiers portant aussi bien sur le fond de la question que sur les étapes et l’organisation de la manifestation. Il dispose dans certains journaux de relais privilégiés, à savoir l’un(e) ou l’autre journaliste intéressé(e) par sa problématique et soucieux de la répercuter – parfois à côté d’opinions divergentes – dans les supports auxquels il a accès. Il va de soi que des organisations engagées, ou des groupes de recherche comme le GRIP, agissent de leur côté.

190 La couverture du sujet et de l’action en cours dépasse de loin en 1983 ce qu’on a pu observer les années précédentes. Tous les quotidiens – et en particulier Le Soir, mais aussi La Cité, Vers l’Avenir… – font écho largement. Pour la seule période du 15 septembre au 15 novembre, on relève la publication, dans la presse francophone, de plusieurs centaines d’articles ou notes d’information. La plupart des journaux “ouvrent le débat”, certains s’engagent cependant dans un sens ou dans l’autre, à des degrés divers, conformément à ce que peut laisser présumer leur tendance. La note la plus négative et la plus virulente est apportée par l’hebdomadaire Pourquoi Pas ? qui, dans ses numéros du 19 et du 26 octobre, aborde la question des missiles et consacre au mouvement pacifiste un ensemble d’articles (assortis d’un sondage, voir infra) où le ton est, pour le moins, au dénigrement.

f – La manifestation de Florennes : un jalon

191 Le 23 avril 1983, une manifestation réunit à Florennes quelque 10.000 personnes (selon les organisateurs), avec les mots d’ordre suivants :

“– Non aux missiles, ni à Florennes, ni en Belgique, ni à l’Est, ni à l’Ouest ;
– Non aux expropriations ;
– Non au départ des militaires florennois et de leur famille ;
– Non à l’installation de militaires extérieurs”.
Si le CNAPD lui apporte son appui actif, le type de l’action menée dans cette commune est cependant décidé par le comité du lieu (Comité de lutte pour la sauvegarde de la région florennoise), qui tient compte de la sensibilité de la population : ainsi a-t-il par exemple, toujours estimé non souhaitable l’installation de “camps” de protestation avec présence permanente de militants venant de l’extérieur, comme cela s’est vu dans d’autres pays. La manifestation n’en a pas moins un caractère national (voire international, des militants étrangers s’étant joints aux participants). On y note la présence de parlementaires, de divers responsables politiques ou syndicaux, tandis que d’autres envoient un message de soutien. Quant à la population de Florennes, elle s’était montrée réticente, craignant des heurts et incidents. Le caractère pacifique et non-violent de la manifestation a rassuré les habitants et un courant de sympathie à l’égard du Comité local de Florennes est né dès ce moment ; il sera confirmé lors de la manifestation d’avril 1984.

g – L’organisation de la journée du 23 octobre

192 L’organisation concrète de la manifestation du 23 octobre s’est faite en fonction d’un programme arrêté en commun par le CNAPD et le VAKA-OCV. Parmi les tâches dont s’acquittèrent les organisateurs, énorme travail sur lequel nous ne nous étendrons pas, relevons la négociation d’un accord avec la SNCB aux fins d’obtenir trains spéciaux et tarifs modérés pour les déplacements vers Bruxelles et retour. L’accord suivant fut obtenu pour les voyages en groupe : gare de départ fixe, heures de départ et de retour fixes ; une soixantaine de trains spéciaux sont prévus ; tarif préférentiel. Les voyageurs individuels peuvent bénéficier d’une réduction de 50 % selon la formule “Un beau jour à …”. Localement les dispositions pour le voyage sont prises par les Comités locaux et/ou par des organisations participantes ; ceux qui frétèrent des cars étant plus nombreux que prévu, des trains réservés restèrent en gare ou voyagèrent quasiment vides.

193 Un service d’ordre est évidemment prévu. Relevons que la responsabilité en est confiée à des animateurs et militants de mouvements ayant la non-violence dans leurs principes.

3 – Le financement de la campagne et de la manifestation

194 Au CNAPD, les campagnes et manifestations d’une certaine importance font l’objet d’un budget extraordinaire. L’objectif visé (et pratiquement atteint) est que ces budgets soient autofinancés, les réserves du budget ordinaire permettant le préfinancement des frais de lancement.

a – De la campagne

195 Pour la campagne de mobilisation en 1983, le budget fut d’environ FB 1 million ; il fut exécuté à peu près au niveau prévu et en équilibre. Les ressources sont les suivantes :

  • cotisations spéciales de campagne (de l’ordre de FB 3 000) versées par les organisations membres (environ 8 %) ;
  • soutien des organisations non membres, les principaux étant ceux de la FGTB et du MOC, chacun ayant versé (environ 35 %) ;
  • soutiens (modestes) d’individus et de groupes locaux (environ 6 %) ;
  • vente de matériels de propagande (environ 22 %) ;
  • subvention extraordinaire de la Communauté française, les activités de la campagne étant considérées comme travail d’éducation permanente (FB 225.575, soit environ 22,5 %).

196 Quant aux dépenses, elles concernent principalement la production de matériel de propagande (plus de 60 %) et les frais spéciaux de secrétariat : timbres, téléphone, déplacements, rémunération de personnel supplémentaire (environ 25 %).

b – De la manifestation

197 Le budget de la manifestation (journée du 23 octobre 1983) fut commun au CNAPD et au VAKA et de l’ordre de FB 600.000. Lui aussi a été pratiquement exécuté au niveau prévu et en équilibre. Les recettes proviennent essentiellement de la vente des autocollants (près de FB 400.000), de la location de stands (FB 2.000 le stand) à des organisations (environ FB 50.000) et de la vente des boissons et sandwiches. Les dépenses concernent essentiellement l’animation de la journée : sono et lumières (le poste le plus important, décors et panneaux, prise en charge des frais de déplacement des artistes qui se produisent gratuitement, quelque FB 40.000), etc. Elles comprennent aussi l’impression d’autocollants spécifiques, la restauration et un poste “assurances”. Notons que le CNAPD n’intervient en aucune manière dans les frais de déplacement des militants et des manifestants et que tous les vendeurs et responsables divers sont – hormis la petite équipe de permanents et les quelques supplétifs occasionnels – des bénévoles.

c – Payés par Moscou ?

198 En 1981 déjà, M. Luns, secrétaire général de l’OTAN, dans un entretien accordé à un journaliste de l’AFP le 24 septembre, avait déclaré : “Nous disposons de suffisamment d’informations pour affirmer que les mouvements soi-disants pacifistes en Europe sont financés par l’URSS, dont les arguments sont exactement les mêmes”. Cette déclaration avait été reproduite dans la presse et le CNAPD ainsi que le CJEF avaient immédiatement réagi en mettant M. Luns en demeure d’apporter publiquement les preuves de ses affirmations. Sans suite.

199 En 1983, à la veille de la manifestation de Florennes du 23 avril, des accusations – plus insidieuses – sont revenues, La Libre Belgique et La Dernière Heure publiant le même jour en première page des articles de nature, pour le moins, à éveiller la suspicion. Sous le titre “De l’argent soviétique pour les pacifistes belges ?”, La Libre Belgique rapportait que, selon une information émanant des services de sécurité de l’OTAN, quelques mois plus tôt un professeur de l’Allemagne de l’Est avait été expulsé des Pays-Bas où il avait été trouvé porteur de 250.000 dollars (douze millions et demi de francs belges) et d’une liste de pacifistes hollandais et belges auxquels l’argent devait être livré. L’article enchaînait sur la manifestation de Florennes : “on en vient évidemment à se poser des questions sur l’aide éventuelle apportée par l’URSS à des manifestations antimissiles en Belgique et notamment à celle de Florennes ce samedi, fût-ce à l’insu des organisateurs” et faisait état de la présence, à la conférence de presse tenue à Florennes le lundi précédent, de trois journalistes soviétiques dont un correspondant de la Pravda et d’une voiture de l’ambassade d’URSS dont le numéro d’immatriculation avait été relevé. Évoquant “la connivence entre l’URSS et des mouvements contestataires occidentaux”, il estimait la récente découverte hollandaise “de nature à inciter davantage à la réflexion”.

200 Le lendemain, le journal Le Soir, affirmant s’être informé auprès des ministères hollandais concernés et de la Sûreté aux Pays-Bas, apportait sur l’affaire un éclairage différent. La valise du professeur contenait en fait une somme de 60.000 gulden (1.150.000 FB) sur laquelle celui-ci ne put s’expliquer, et les milieux officiels hollandais ne pouvaient confirmer la découverte d’une “liste de pacifistes”, allégation qu’ils tenaient pour fantaisiste. Quant à l’OTAN, il avait, selon Le Soir, formellement démenti l’information émanant, selon La Libre Belgique, de ses services de sécurité.

201 La Dernière Heure, de son côté, titrait le 22 avril : “La manifestation antimissiles de Florennes : que faisait une auto de l’ambassade d’URSS parmi celles des organisateurs ?” Dans son numéro du 23-24 avril, Le Soir faisait également écho à l’incident, qu’il qualifiait de “piège” pour les organisateurs.

202 Les faits qui avaient servi de base à ces échos étaient les suivants. Lors de la conférence de presse tenue à Florennes le lundi 18 avril, on nota effectivement la présence de plusieurs journalistes soviétiques et d’une voiture de l’ambassade, et cette présence causa une certaine agitation sur place, parmi les représentants de la presse notamment. Si cette présence de soviétiques peut s’expliquer par un intérêt pour l’événement dont il n’est pas difficile d’imaginer les motifs, ceux-ci n’avaient cependant pas fait l’objet d’une invitation particulière. Ils se trouvaient sur les listes qu’utilise le CNAPD lorsqu’il invite la presse internationale, à savoir celle des journalistes accrédités auprès de la CEE.

203 Dans les jours suivants, un certain nombre de journaux s’exprimèrent, en sens divers, sur les deux “affaires” certains publiant le communiqué du CNAPD, s’insurgeant contre les procédés employés pour “tenter de jeter le discrédit sur les pacifistes belges”.

204 Face à ce qu’il percevait comme une accusation injuste – ou, à tout le moins comme des insinuations de nature à porter préjudice au mouvement de paix – le CNAPD prit la décision de faire vérifier sa comptabilité par un expert comptable chargé de mission par trois personnalités politiques. Cette vérification eut lieu, portant sur la période du 1er juillet 1980 au 30 juin 1983 et sur le budget ordinaire ; les ministres d’État Pierre Vermeylen, Pierre Harmel et Robert Henrion acceptèrent de vérifier le rapport et les conclusions de l’expert. Le 4 octobre 1983 était rendu public un “Rapport sur les finances du CNAPD” où l’expert Fernand Maillard et les trois ministres affirment notamment : “L’association vit de ressources provenant en grande partie du ministère de la Communauté française et ce sur base d’une convention intéressant l’ensemble des organisations de jeunesse francophones belges d’une part, et pour le reste d’associations membres ou de sympathisants belges. Aucun subside, même de peu d’importance, en provenance d’organismes étrangers ou d’associations à orientation politique n’existe dans les comptes de l’association. Le niveau de vie de l’association apparaît par ailleurs conforme aux dépenses et recettes figurant dans la comptabilité”.

205 Ce rapport eut certes un effet positif sur l’image du CNAPD et du mouvement de paix en général, mais n’empêcha pas certains milieux de maintenir des accusations, directes ou insidieuses, de “manipulation” par l’URSS.

4 – Le CNAPD et les Soviétiques

206 Bien qu’il ne fasse pas partie de la “campagne”, nous mentionnerons ici un voyage du CNAPD : il eut en effet sur elle des effets indirects mais non négligeables.

207 En mars 1983, une délégation du mouvement conduite par Pierre Galand se rend à Moscou à l’invitation du Comité de défense de la paix, organisation officielle soviétique fondée en 1949 ; l’invitation date de plusieurs mois : la décision d’y répondre positivement a été en effet longuement pesée.

208 Cette délégation comprend quatre représentants de mouvements de jeunesse (socialiste, social-chrétien, communiste et Mouvement des jeunes pour la paix). Le CNAPD a réussi après de difficiles tractations avec les Soviétiques, à imposer la présence d’un journaliste qui, après son retour, rendra compte dans le quotidien Le Soir des longues discussions qui ont eu lieu avec des représentants soviétiques de divers milieux ; dans les mois qui suivront, l’intérêt de ce journaliste pour les problèmes de paix, détente, missiles, etc. ayant été stimulé, il consacrera de nombreux articles à la question, dans le contexte de la campagne.

209 Les discussions ont porté sur les problèmes de fond concernant la course aux armements et sur la politique internationale, mais aussi sur la nature des mouvements de paix à l’Est et à l’Ouest. Si la rencontre se voulait courtoise, la délégation belge, qui avait soigneusement préparé ses dossiers, n’y mâcha pas ses mots, considérant par ailleurs qu’aucun sujet n’était tabou. Interrogeant ses interlocuteurs sur le mouvement pacifiste indépendant (et interdit) existant depuis 1982 en URSS, elle reçut une réponse dans la ligne de l’habituelle “langue de bois” et qui jetait aux oubliettes ces “dissidents”.

210 Le 13 octobre, le CNAPD s’indignant contre l’arrestation du fondateur du groupe “pour l’instauration de la confiance entre l’URSS et les USA”, Oleg Radzinsky, envoyait aux autorités soviétiques un télégramme de protestation, cet envoi faisant l’objet d’un communiqué de presse.

5 – Prises de position : ralliés et sympathisants

a – La FGTB

211 À la suite de l’appel lancé par le CNAPD, l’engagement de la FGTB est rapidement clair. Sa participation à la manifestation de 1981 avait déjà été importante. Depuis lors, il semble que l’attention portée à la problématique internationale – en dehors du champ proprement syndical – se soit développée. Son président André Vanden Broucke, lors d’interventions à des réunions de la CISL ou de la Confédération européenne des syndicats, avait manifesté plus d’une fois son engagement dans le mouvement de paix. Lorsque commence la campagne de 1983, il rencontre les responsables du VAKA et du CNAPD pour discuter avec eux des mots d’ordre. Puis le Bureau va se pencher sur la question ; au début septembre, il annonce officiellement la participation du mouvement à la manifestation et assure les organisateurs de son appui total.

212 La FGTB “appelle tous ses membres à participer activement aux Comités locaux et à venir en masse à Bruxelles le 23 octobre”, et fait sa propre campagne : affiches, autocollants, informations et instructions précises dans l’hebdomadaire du mouvement Syndicats, lettre aux permanents et militants des centrales et des régionales répercutant les directives du CNAPD, etc. L’initiative cependant ne vient pas que du sommet. Ainsi des conférences et débats sont organisés par des sections ; ainsi, par exemple, la Centrale des métallurgistes, qui a pris l’initiative d’un travail sur le désarmement, sort un numéro spécial de sa publication CMB-Inform sur le thème “Faire la guerre à la guerre”. De leur côté, les Jeunes FGTB (membres du Bureau du CNAPD) déploient une activité intense et publient du matériel adapté aux jeunes syndicalistes. Il est probable que l’engagement rapide de la FGTB n’ait pas été sans incidence sur les prises de position ultérieures du MOC et du PS.

213 Alors que le CNAPD avait organisé les déplacements vers Bruxelles par trains, localement – le Bureau ayant décidé de prendre en charge les frais de transport – la FGTB a réservé des cars, parfois des trains spéciaux, où le trajet est gratuit pour ses affiliés.

214 Le 23 octobre, on notera en tête de la manifestation la présence de G. Debunne, président de la Confédération européenne des syndicats, d’André Vanden Broucke, président, de H. Carpentier, secrétaire national, de J.-L. Stalport, ainsi que de Jean-Marie Collignon, qui représente la FGTB au sein de la Concertation Paix et Développement.

215 Après la manifestation, la FGTB allait signifier au CNAPD sa volonté d’être plus étroitement associée à la campagne pour le désarmement. Notons que dans ce cadre, des formations sont prévues, avec l’aide du CNAPD, dans certaines centrales syndicales.

b – Le Mouvement ouvrier chrétien

216 C’est très progressivement que le MOC, par l’intermédiaire de sa section Solidarité mondiale et de sa participation à Concertation Paix et Développement, par l’influence de quelques personnes en son sein et de mouvements de paix extérieurs, a pris en compte les problèmes de paix, de défense, d’armement. Il apparut peu à peu aux dirigeants que ses options fondamentales – qui contenaient déjà un prise de position en faveur du désarmement multilatéral et négocié – l’obligeaient à s’exprimer sur la question de l’armement nucléaire en général et sur celle des missiles. La manifestation de 1981 avait fait l’objet d’une prise de position, et la participation du mouvement n’avait pas été négligeable. En 1983, les préoccupations se précisent.

217 Il existe au sein du MOC une Commission défense nationale, qui longtemps s’occupa essentiellement des problèmes sociaux au sein de l’armée, mais qui aujourd’hui inscrit ses réflexions dans une perspective internationale de solidarité avec les classes et peuples opprimés ; elle se préoccupe désormais des problèmes de défense et de course aux armements.

218 Face à l’appel lancé par le CNAPD, c’est au sein du Bureau cependant – où l’unanimité était loin d’être acquise –, et avec les secrétaires de fédérations, que des discussions s’instaurent en vue d’élaborer une position. Le débat est large et sérieux, il ne s’ouvre guère cependant à des instances, groupes ou compétences extérieurs.

219 Dès le début de la campagne, des mouvements comme Vie féminine ou les Équipes populaires sont déjà actifs au sein des concertations locales. Cependant, fait nouveau, dès le début juin, la présidente Janine Wynants si elle n’annonce pas d’emblée au CNAPD l’appui du MOC, donne une consigne précise : que le sujet – et notamment la position du MOC – soit débattu dans toutes les sections et toutes les composantes du mouvement. Cette consigne sera largement suivie (en exemple, un secteur de pointe : on compte, pour Bruxelles, une quarantaine de réunions locales de Vie féminine sur la question.

220 C’est en septembre qu’une position est prise ; la motion adoptée est présentée au Conseil central, organe très large [9], et la réaction quasi unanime des participants est un accord complet … assorti du reproche de ne pas avoir été consultés. À la base même, l’opinion est souvent divisée, mais il semble que la dynamique de paix l’emporte.

221 La position, que les instances supérieures vont avoir le souci de peaufiner, est accompagnée d’un appel rédigé en ces termes : “Le Mouvement ouvrier chrétien adhère aux objectifs de la manifestation du 23 octobre et appelle ses membres à y participer dans la perspective de la mise hors la loi des armes nucléaires et du refus des SS 20, des missiles Cruise et des Pershing II”. Le 15 septembre est diffusée la version définitive et officielle : “Position du MOC sur les euromissiles”, texte qui est résumé dans un communiqué destiné à la presse. Dans ce communiqué, où les mots ont été minutieusement pesés, le MOC exprime un accord avec les principaux objectifs. Il précise qu’il exige une décision de l’OTAN de reporter d’un an le déploiement des Pershings et des Cruise, décision “liée, sous la forme d’un accord, à un début d’exécution par l’URSS des dernières propositions Andropov (destruction d’une partie des SS 20)”. Il insiste par ailleurs sur la nécessaire “fidélité aux conquêtes ouvrières de libertés démocratiques, politiques, économiques et sociales” et “tient à affirmer son opposition claire au régime soviétique, à son rôle d’oppression dans le monde et son désaccord formel avec la politique américaine – inhérente à son système économique – d’exploitation et de domination dans de nombreux pays du monde, notamment en Amérique latine”. Il réclame un débat parlementaire.

222 Le 10 octobre encore, les instances supérieures veillent à “préciser le sens” de la participation du mouvement, répondant ainsi, comme le dit la présidente, à un “devoir de clarté”. Jules Pollé, secrétaire de Solidarité mondiale, appuyé notamment par le secrétaire politique Georges Liénard, souligne les exigences du MOC, et en particulier les conditions mises à la décision du report d’un an.

223 Cependant le MOC dont les dirigeants ont clairement exposé le point de vue au cours de discussions avec le CNAPD, va participer à l’organisation de la campagne et de la manifestation : contribution financière, envoi d’une personne dûment mandatée aux réunions préparatoires (mais d’autres représentants moins officiels y seront nettement plus actifs). Tous les organes internes des différentes composantes du MOC (ce qui représente près d’un million d’exemplaires), publient la position du mouvement et s’engagent à des degrés divers. Les mutualités s’engageront après la “clarification”. Notons que le 18 octobre, le Comité de la CSC dans un communiqué, appelle tous les travailleurs à participer massivement à la manifestation.

224 Le 23 octobre, on notera en tête de celle-ci la présence de Janine Wynants, présidente du MOC, de Jef Houthuys et de Robert D’Hondt, respectivement président et secrétaire général de la CSC, et des responsables des autres organisations du mouvement (à l’exception des coopératives).

225 En ce qui concerne le voyage vers Bruxelles, le mouvement n’est pas intervenu comme tel. Certaines fédérations syndicales ont organisé des transports par cars, gratuits pour les affiliés ; d’autres groupes locaux (ainsi Vie féminine) ont frété des cars, mais sans proposer la gratuité.

c – Le Parti socialiste

226 En 1981 déjà, le PS avait appelé ses militants à manifester le 25 octobre et de nombreux mandataires socialistes, dont Guy Spitaels, s’étaient trouvés en tête du cortège.

227 En 1983, dès janvier, G. Spitaels chargeait l’un de ses proches collaborateurs de rester en liaison avec le président du CNAPD. À son initiative, un groupe de travail avait été créé en novembre 1982, au départ de membres des commissions “Militaire” et “Affaires étrangères” du parti (mandataires politiques et techniciens), groupe placé sous la coprésidence de Guy Cudell et d’Ernest Glinne et dont la mission était de suivre tout spécialement le dossier des euromissiles et de préparer la participation du PS aux réunions de Scandilux [10]. Le 4 janvier 1983, le groupe remettait un rapport sur ces deux thèmes au Bureau du parti, rapport rendu public lors d’une conférence de presse qui suivit. Face à l’appel du CNAPD, ce groupe est amené à donner un avis, quant au fond, à l’usage du président G. Spitaels.

228 Les bases effectives de la participation du PS à la manifestation d’octobre 1983 sont jetées lors d’un entretien entre le président du PS et le président du CNAPD début juillet. La seule condition que le PS met à sa participation à la manifestation est que, tout comme en 1981, celle-ci soit précédée d’une conférence de presse durant laquelle son président aura la possibilité d’exposer les vues du parti en la matière. De son côté, le CNAPD demande que le PS ne mette pas trop l’accent sur les quelques divergences et adhère à l’ensemble des mots d’ordre de la manifestation.

229 Le 29 août, Guy Spitaels présente la question au Bureau et une décision officielle est prise ce même jour, sans grand débat et à l’unanimité. Le parti appelle ses membres “à participer à la manifestation en faveur du désarmement” et invite ses militants à participer aux Comités locaux. Des réserves sont émises concernant les zones dénucléarisées en Europe et le PS choisit son propre thème pour sa campagne : “Il n’y a pas de bons missiles”. S’il est probable que la position du parti soit le résultat d’un compromis entre les plus radicaux et ceux qui freinent leur élan, il semble aussi que sont président ait été sensible à la dynamique d’un mouvement social dont il pressentait l’ampleur, à son aspect catalyseur d’un rassemblement de progressistes, voire à des résultats de sondages (voir infra). Des mouvements de l’Action commune comme les Femmes prévoyantes socialistes, les Jeunes socialistes, Présence et action culturelles ou le GSARA (Groupe socialiste d’action et de réflexion sur l’audio-visuel) sont résolument engagés dans la campagne ; ils influeront sur les positions du Bureau, des sections et fédérations. Au niveau des Mutualités socialistes, il faut noter le rôle important joué par la MJJ (Mutualité des jeunes travailleurs) comme groupe de pression.

230 Le PS entre donc en “campagne”. Dans un but de sensibilisation et d’information, des personnes (généralement un “technicien” et un “politique”) sont envoyées dans les fédérations pour y parler des euromissiles ; mais nombre de militants, cependant, n’ont pas attendu cette initiative pour agir, notamment dans les Comités locaux. Guy Spitaels, de son côté, organise à Ath autour de ce thème une conférence débat qui rassemble quelque 500 personnes.

231 Le PS édite ses propres affiches et autocollants, participe officiellement aux réunions préparatoires. Le 5 octobre, sa publication hebdomadaire En direct consacre cinq pages à un “Dossier missiles” et précise la position du parti. Il y est rappelé que la position définie à l’occasion du Conseil général du 8 décembre 1979 (exprimant le souhait que tout soit mis en œuvre afin que les négociations aboutissent à une solution acceptable qui rendrait inutile le déploiement …) est toujours la position officielle, encore qu’elle ait été réactualisée. Il y est notamment affirmé qu’“un échec des négociations de Genève n’impliquerait pas automatiquement l’acceptation par le PS du déploiement (…)” et qu’en tout état de cause une décision ne pourrait être prise qu’après un vaste débat parlementaire ; quant à la plate-forme du CNAPD, le parti se dit “d’accord, à quelques nuances près”. Par ailleurs, toujours en octobre, Directives et Action, bulletin de liaison des Comités fédéraux, s’ouvre par un appel pressant du secrétaire général “pour une présence socialiste massive” et “perçue comme telle”, le PS étant “le seul grand parti francophone à engager toutes ses forces dans le combat”. Invitation est faite aux fédérations et sections d’organiser les déplacements collectifs et de se mobiliser en nombre avec drapeaux et calicots.

232 Notons que le 27 octobre, Henri Simonet, en désaccord avec les positions de son parti sur le thème des missiles, cessera d’être membre du groupe PS de la Chambre – tout en restant provisoirement membre du Bureau.

d – Le Parti communiste belge

233 Le PSB se rallie à l’appel dès le début de 1983 et participe aux réunions préparatoires. Le 14 octobre, il fait connaître sa double proposition qui consiste :

“– à demander formellement, via ses parlementaires, à la Belgique d’ajourner de six mois ou d’un an, au-delà du 31 décembre, toute décision concernant l’implantation des 48 missiles Cruise qui lui sont destinés et de proposer à l’OTAN qu’il en soit de même pour les Pershing II et les autres Cruise, destinés aux autres pays membres concernés ;
– à proposer parallèlement au Parti communiste de l’Union soviétique que l’URSS fasse connaître quel début d’application elle est disposée à donner à la proposition Andropov du 27 août dernier. Le PCE estime que l’URSS pourrait neutraliser un nombre à définir de SS 20, en réponse à un ajournement significatif de l’implantation des nouveaux missiles de l’OTAN. Le Bureau politique du PCB a demandé au PCUS l’organisation d’une rencontre appropriée à cette fin”.
Un délégation du PCB conduite par son président Louis Van Geyt se rendra effectivement fin octobre à Moscou où elle rencontrera des personnalités du régime soviétique pour défendre cette position.

e – Ecolo

234 Depuis 1981, le mouvement Ecolo (dans ses 90 propositions), avait pris position contre l’implantation des missiles. Il se rallie dès le début 83 au mots d’ordre lancés pour la manifestation et participe à la campagne. Après s’être réuni en congrès d’étude le 15 octobre, le 21, le mouvement Ecolo rend publique une prise de position ; il y développe les arguments guidant son choix et les effets positifs que doit, selon lui, entraîner le refus des missiles. Parallèlement à la présence à la manifestation, il organise une action particulière : depuis Evere (siège de l’OTAN), en direction des pays de l’Est (le jour où la météo aura estimé les vents favorables), un lancement de ballonnets porteurs de messages en plusieurs langues dont le russe.

f – Divers

235 Se sont associés à l’appel et soutiennent les objectifs et mots d’ordre de la manifestation : le SEP (Solidarité et participation, mouvement se voulant politiquement pluraliste lancé à l’initiative du MOC), le Rassemblement wallon et le Rassemblement populaire wallon, ce dernier préconisant une consultation des populations avant toute implantation militaire en Wallonie et estimant que le référendum doit être utilisé dans les matières de défense.

Le Conseil de la Jeunesse d’expression française

236 Le CJEF, qui regroupe près de cent organisations de jeunesse de toutes tendances politiques, philosophiques et religieuses, a rapidement marqué son accord sur les mots d’ordre, à l’exception des mouvements de tendance libérale (une huitaine). Il fait un pas de plus lorsque le CNAPD – qui déjà envoyait des conférenciers aux écoles qui en faisaient la demande – décide de tenter une mobilisation des lycéens et estime judicieux de solliciter pour cette tâche le CJEF. Un membre du Bureau du CJEF qui par ailleurs siège au Bureau du CNAPD (y représentant les Jeunesses communistes), avec l’appui du Conseil de la Jeunesse catholique (CJC), de la Confédération des Jeunes socialistes et de certains membres de la Confédération des Organisations de Jeunesse (COJ, neutre), obtient du CJEF cet engagement spécifique.

237 Une publication commune CNAPD-CJEF (8 pages grand format) est éditée et diffusée largement vers les écoles et les mouvements de jeunesse. Elle s’adresse directement aux lycéens, reprend les thèmes de la campagne, suggère de nombreux types d’action dans et via les écoles, proposant des méthodes pratiques pour les mettre en œuvre et du matériel pour les alimenter, invite enfin à participer aux Comités locaux dont la liste est fournie.

238 Si la distribution de cette publication contribue à mettre le sujet à l’ordre du jour au sein de nombreuses écoles, son impact sera faible en termes de mobilisation pour la manifestation.

Au sein de l’Église catholique

239 Dès le 19 juillet 1983 est rendue publique et présentée à la presse par le cardinal Danneels une Déclaration des évêques de Belgique portant pour titre “Désarmer pour construire la paix”. Il semble que ce soit la lettre des évêques américains, suivie d’une pression de certains milieux catholiques belges qui ait incité les évêques à s’exprimer.

240 Après avoir rappelé la position de Vatican II qui réprouvait absolument “tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants”, la déclaration estime que dans les situations complexes (parmi lesquelles se range l’implantation de missiles en Europe), “à l’intérieur de certaines limites, il peut y avoir place pour des options différentes”. Après avoir souligné quelques exigences évangéliques, brossé un rappel historique de l’attitude de l’Église et cité de récentes paroles pontificales, le texte s’associe “aux plus hautes autorités…” et au “bon sens populaire” pour rejeter catégoriquement les armes nucléaires.

241 Alors survient la question, qui rejoint l’actualité : “Peut-on justifier encore le maintien de l’arsenal atomique, à plus forte raison son continuel développement ?” Réponse : “Il est certain que la stratégie actuelle de dissuasion ne peut être considérée comme une voie sûre pour une paix stable et véritable. Elle est tout au plus un moindre mal, une solution de détresse, strictement provisoire …” “(Les nations) devraient s’engager dans la voie du désarmement”, longue marche qui doit être “simultanée”. Le texte prône dès lors “la volonté persévérante d’obtenir le règlement politique des conflits”, encourage les “petits pas” et insiste sur le rôle des petites et moyennes nations.

242 Abordant enfin la question précise de l’implantation des missiles, jugée “complexe” et face à laquelle les chrétiens sont “perplexes”, une double consigne est donnée :

  • à ceux qui estiment l’implantation inévitable : “Avant la décision, il faut explorer toutes les voies possibles pour éviter d’en arriver là et en chercher d’inédites” ;
  • à ceux qui la jugent inutile : “Obligation de s’appliquer aussi à promouvoir la sécurité commune”.

243 Ces deux approches, dit le texte, s’enracinent dans une commune conviction, et c’est la tâche de l’Église d’encourager et de promouvoir rencontres et dialogues. Suit un appel aux “dispositions d’esprit et de cœur”, à une attitude des médias qui puisse “promouvoir la compréhension” et l’exhortation des catholiques à être “de bons ouvriers de la paix”.

244 Ce document pouvait être interprété de différentes manières, surtout si l’on isolait certaines propositions de leur contexte ou en oubliait la forme souvent interrogative. Il le sera. Et les réactions dans la foulée, seront également diverses, certains relevant le pas franchi dans l’engagement par rapport à de précédentes déclarations, beaucoup parlant de “nuances”, mais aussi de “compromis”, voire de “dérobade”.

245 Il permet cependant aux chrétiens de s’engager dans l’action en cours sans se sentir en désaccord avec la hiérarchie. Un passage du texte, que la presse n’a généralement pas relevé mais que certains mouvements, comme Pax Christi, ne manquent pas de pointer, permet particulièrement aux catholiques engagés, ou disposés à le devenir, de prendre appui sur la Déclaration. Il y est dit clairement : “Certains font valoir la précision technique des armes les plus récentes. Une attaque atomique pourrait détruire la force de frappe de l’ennemi et rester limitée dans ses conséquences. Mais, et tout d’abord, c’est redoubler la tentation de s’en servir. C’est aussi ne pas compter avec les retombées effroyables à court et à long terme (…). C’est proclamer devant l’adversaire une volonté de maîtrise et de domination qui ne peut que l’inciter à chercher des ripostes et à relancer la course aux armements”.

246 Pax Christi et la Commission Justice et Paix – ce qui ne surprend pas, étant donné leurs objectifs et leur activité au sein de la Concertation Paix et Développement – prennent part activement à la campagne de 1983. Mais les engagements s’étendent au-delà des groupes ayant la paix dans leurs préoccupations prioritaires.

247 Le Conseil général de l’Apostolat des laïcs (CGAL), organisme de rencontre et de concertation voulu par la Conférence épiscopale et travaillant en liaison avec un de ses représentants, regroupe des chrétiens engagés dans des organismes et mouvements divers. Parmi ceux-ci, plusieurs, mouvements membres de Concertation Paix et Développement qui, au sein du Conseil, se montrent actifs et stimulants dans le domaine de la paix.

248 En 1981 déjà, le CGAL avait manifesté ses préoccupations en matière de course aux armements, mais il n’avait pris position que le jour même de la manifestation d’octobre.

249 Le 24 septembre 1983, l’assemblée générale du CGAL consacre au problème un débat et décide à l’unanimité de ses membres moins trois abstentions, de soutenir l’appel du CNAPD et de mettre au point une déclaration qui lui soit propre, précisant ses motivations. Rendez-vous est donné à ses membres pour la participation à la manifestation du 23 octobre. Cinq pages de son bulletin Antenne CGAL sont consacrées au désarmement et aux euromissiles (information et prise de position) ; les mots d’ordre de la campagne et la plate-forme y sont intégralement reproduits.

250 Au Conseil de la Jeunesse catholique (CJC), qui regroupe 23 mouvements de jeunesse, certains d’entre eux qui sont membres du CNAPD (ainsi la JOC) répercutèrent les positions et l’appel dont ils sont partie prenante. Réuni en assemblée générale, le CJC se prononce à la quasi unanimité (ainsi les Guides catholiques se sont abstenues) pour la participation active à la manifestation et à sa préparation ; qualifiant le déploiement des euromissiles de “sommet de l’irrationalité”, il fait campagne sur le thème “Oser la paix”.

251 Certains ordres religieux se prononcent “pour le démantèlement des SS 20 et le non-déploiement des missiles en Europe”. L’Association des supérieurs majeurs de Belgique et l’Union des religieuses de Belgique organisent une réunion de “prière pour la paix” le 23 octobre à 11 heures à la Basilique de Koekelberg.

252 Le Comité des Instituts missionnaires invite les membres des 172 instituts, ordres et congrégations missionnaires à participer au “cortège bruxellois” derrière une banderolle “Missionnaires pour la paix”, ainsi qu’à la réunion de prière de Koekelberg.

253 Le 20 septembre, Mgr Daelemans, directeur général du secrétariat de l’Enseignement catholique, dans une lettre aux pouvoirs organisateurs et aux chefs d’établissement, fait notamment les recommandations suivantes : “Il paraît indiqué d’autoriser dans les écoles la diffusion de l’appel à participer à la manifestation nationale pour la paix (…)”. “(…) nous engageons nos écoles à organiser une réflexion où seront invités tous ceux qui se préoccupent de la paix”. “Nous voulons aussi saisir cette occasion de recommander chaudement à nos écoles l’éducation à la paix (…), à la solidarité avec le tiers monde et à la compréhension internationale (…)”. Ces recommandations “ne veulent nullement porter atteinte à la liberté et à la responsabilité propres des communautés scolaires locales” à l’égard de la manifestation et expriment le souci “d’empêcher les mots d’ordre de cette manifestation d’être dans l’école une cause de division”.

Au sein de l’Action laïque

254 Le Centre d’Action laïque (CAL), qui regroupe les associations laïques de la Communauté française (une vingtaine d’inégale importance), adopte le 12 octobre une motion consacrée au désarmement. Après avoir rappelé “son attachement fondamental à la Paix et aux valeurs démocratiques”, le devoir laïque de l’engagement après un “examen critique”, ainsi que son exigence d’une “paix qui ne repose ni sur l’équilibre de la terreur, ni sur la course effrénée aux armements”, le CAL y invite à “considérer l’importance des enjeux et le péril que courrait chacun si l’opinion publique se laissait manipuler par l’un ou l’autre camp”.

255 Parmi ses membres, deux associations, la FAML et le Libre Examen, vont prendre nettement position.

256 La Fédération des Amis de la morale laïque (FAML), dont le but est la promotion de l’idéal laïque par tous les moyens appropriés (entre autres la promotion du cours de morale non confessionnelle et la formation de ses enseignants) et “la recherche de positions non dogmatiques face aux problèmes actuels”, compte une centaine d’associations organisées sur le plan local. Elle avait déjà participé à la manifestation d’octobre 1981. En 1983, à l’occasion de l’appel lancé par le CNAPD, les problèmes en jeu sont évoqués lors d’assemblées générales élargies et son conseil d’administration, de qui relève statutairement ce genre de décision, se prononce clairement. La FAML déclare qu’elle “soutient l’action du CNAPD et s’y associe”, qu’elle “sera présente à la manifestation du 23 octobre et souhaite que de nombreux laïques se joignent à elle pour dire, tant à l’égard de l’Est que de l’Ouest, leur volonté de ne pas être les jouets de politiciens ou d’experts militaires irresponsables”. Son périodique Morale laïque et le bulletin de liaison destiné aux responsables font écho de ces positions, reproduisent les mots d’ordre et fixent rendez-vous pour le jour de la manifestation. L’éditorial du numéro de décembre de Morale laïque, sous le titre “Missiles et laïcité”, va revenir sur la question, se féliciter du succès de la manifestation, souligner les raisons de son engagement et évoquer certaines oppositions, l’“implication” de la FAML n’ayant pas rencontré que des approbations “au sein de ce qu’il est convenu d’appeler la laïcité”. Poursuivant dans cette voie, la FAML va préparer et publier en 1984 un opuscule de 74 pages qui, sous le titre “Fichez-nous … la paix”, propose quelques axes de réflexion autour de la paix et des missiles, où une large place est faite à l’enfance.

257 Le deuxième mouvement engagé est le Cercle du Libre examen de l’Université libre de Bruxelles qui, depuis lors, est devenu membre du CNAPD.

258 Mentionnons encore le Groupement des enseignants de morale laïque (GEML, Liège), qui n’est pas membre du CAL et a participé à l’action.

Le Centre national de coopération au développement (CNCD)

259 Le CNCD, qui a choisi pour thème de sa campagne 11.11.11. de 1983 “Paix et développement”, lance dans son organe mensuel un appel en faveur de la manifestation.

6 – Prises de position : réticents et opposants

a – Le PSC

260 Au PSC, les premières discussions importantes sur la position à prendre face à l’appel du CNAPD ont lieu en septembre au Comité directeur, sur base d’un texte élaboré à cette fin par le CEPESS. Ce texte fait l’objet d’une vive controverse, Jean-Louis Thys, député-bourgmestre de Jette, contestant une bonne part de son contenu et ses interventions étant à leur tour critiquées, en particulier par José Desmaret, ancien ministre de la Défense. Quant à la lettre adressée par le CNAPD aux présidents de parti, elle reste sans réponse.

261 Le 18 octobre, le PSC, par la voix de son président Gérard Deprez, rend publique, dans un long développement, sa position sur l’installation des missiles. Il y confirme sa loyauté envers l’OTAN : “Nous ne souhaitons pas de missiles sur notre territoire, dit-il, car il n’y a pas de bons missiles. Politiquement (…), nous estimons qu’il faut éviter un déséquilibre des forces”. Contrairement à ce qui s’était passé en 1981, ou le PSC avait apporté son appui in extremis, G. Deprez déclare que le PSC en tant que tel ne participera pas à la manifestation du 23 octobre et n’invitera pas ses membres à y participer. “Si certains de nos membres estiment en conscience devoir y aller précise-t-il, ils le feront à titre individuel”. La directive est la même en ce qui concerne les parlementaires. Le PSC se distingue ainsi du CVP : il est établi que les jeunes CVP marcheront avec les pacifistes et le CVP “comprend que beaucoup de membres et de groupes constitués à l’intérieur du parti participeront à la manifestation afin de donner libre cours à leur volonté de paix”. Dans une “Tribune libre” confiée au PSC par le journal Le Soir et publiée le 20 octobre, Jean-Louis Thys, qui était parmi les membres fondateurs du Comité belge des bourgmestres des villes et des communes dénucléarisées, avait de longue date manifesté son intérêt pour le mouvement de paix et avait annoncé sa présence le 23, fait part de sa décision de ne pas participer à la manifestation. Il s’y déclare “partisan du gel des armements nucléaires, et même plus largement des armements conventionnels” mais justifie sa décision par “l’utilisation qui serait faite par nos adversaires militaires de la présence de représentants de la nation …”, se conformant ainsi à la ligne du parti.

262 Notons que trois semaines auparavant, Gérard Deprez, au terme d’une longue note, envisageait la participation, sur base de la déclaration du PSC en ce qui concerne la paix et le développement. Mais des consultations et des contacts avec différentes personnalités du parti, puis une discussion assez houleuse au Comité directeur ont mis en évidence nombre de réticences ; le président étant soucieux de trancher, on aboutit à une décision nette de non-participation.

263 À ce moment la Démocratie chrétienne de Wallonie et de Bruxelles est toujours membre du CNAPD (un de ses représentants siège au Bureau), de même que le groupe des Jeunes PSC qui, lui, n’adhère pas aux campagnes “Désarmement”.

b – Le PRL

264 Le PRL, restant fidèle sur le fond à la double déclaration de décembre 1979, a clairement affirmé sa désapprobation et certaines de ses déclarations prennent un ton nettement polémique.

265 À la lettre adressée par le CNAPD aux présidents de parti, Louis Michel répond qu’il “comprend les idéaux qui peuvent inspirer certains participants…”, évoque la menace que représentent les SS 20 et conclut : “Le pacifisme n’a pas empêché Adolf Hitler et les nazis de nous envahir. Je crains qu’il ne puisse empêcher de la même façon l’expansionnisme soviétique”.

266 Dans un discours prononcé le 21 octobre à Izel-sur-Semois (où il était invité par la fédération luxembourgeoise du parti) et qui est répercuté en tout ou en partie par la presse, Jean Gol, vice-premier ministre, déclare : “Dimanche aura lieu une vaste opération de désinformation et de propagande au seul profit de l’URSS, et avec comme victimes l’Europe et la paix”, estimant que “les pacifistes marchent pour Andropov” et évoquant “l’esprit de Munich”. Il ajoute “Une grande partie de ceux qui marcheront dimanche sont généreux et la plupart sont trompés”. De son côté, Etienne Knoops, secrétaire d’État à l’Énergie et aux Classes moyennes, prenant la parole au cours d’une réunion à Fontaine-l’Évêque, rappelle la position unanime du PRL sur les missiles, considérant comme un danger les pacifistes en qui il voit “quelques milliers de gogos manipulés par quelques dizaines de cocos”.

267 Quant aux Jeunes Réformateurs libéraux, ils ont tenu une conférence de presse lançant un appel aux jeunes afin qu’ils ne participent pas à la manifestation : y prendre part, c’est “faire le jeu du totalitarisme”.

c – Le FDF

268 Au FDF, où il n’y a pas unanimité sur les problèmes de défense et d’armement, on déclare officiellement s’en tenir à la position adoptée par le gouvernement en 1979 ; le parti ne prend pas d’engagement particulier, laissant toutefois ses mandataires et adhérents libres d’opter ou non pour la participation à la manifestation.

269 Les Jeunes FDF, qui sont de longue date membres du CNAPD, ont été sollicités comme tels et ont adressé la réponse suivante : “(…) Quoique partageant les sujets politiques de cette action, les Jeunes FDF ont décidé de ne pas y participer, dans la mesure où il s’agit d’une organisation nationale, et non d’une manifestation organisée au niveau de la Communauté française. Si évidemment cette manifestation recouvrait une dimension internationale, nous serions disposés à y participer”.

d – L’UDRT

270 L’UDRT réprouve la manifestation et qualifie les pacifistes d’“aventuriers irresponsables”.

e – Les incidents avec le bourgmestre Nols

271 Au début d’octobre, Roger Nols, bourgmestre de Schaerbeek, adresse aux citoyens de sa commune – et plus particulièrement à ceux habitant “une artère qui sera parcourue…” – une lettre dans laquelle, épinglant quelques points de la plate-forme, il qualifie la manifestation de “défi au bon sens” et de “soutien apporté à ceux qui voudraient vous opprimer”. Ajoutant qu’il aurait pu légitimement interdire la manifestation sur le territoire de sa commune, mais que “notre démocratie entend laisser à chacun le droit de s’exprimer pacifiquement”, il invite les propriétaires d’un véhicule à ne pas le laisser en stationnement dans la rue le 23 octobre. Les conseillers communaux PS et Ecolo répliquent par une lettre rappelant les objectifs de la manifestation et contestant la manière dont ils sont présentés, invitant par ailleurs ceux qui “habitent une artère parcourue” à marquer leur sympathie aux manifestants.

272 Après la journée du 23 octobre, la commune de Schaerbeek réclamera au CNAPD la somme de FB 900.580 pour “frais occasionnés par la manifestation ‘Pas de missiles’, service d’ordre”. Le CNAPD ayant demandé à l’autorité de tutelle de la commune, le ministre de la Région bruxelloise P. Hatry (PRL), de se prononcer sur la validité de cette “facture”, celui-ci, développant des arguments juridiques et administratifs, affirmera que la décision communale “ne saurait être fondée”.

f – Le fascicule distribué par le Ministère de la Défense

273 Au début d’octobre, également, un fascicule de 16 pages, intitulé La paix dans la liberté, est édité par les services des Ministères de la Défense nationale et des Relations extérieures. Tiré à 250.000 exemplaires, il est distribué gratuitement, par lots, vers des écoles, des organisations sociales, des mouvements de jeunesse, mais aussi, comme le mentionne une lettre d’accompagnement, vers ceux qui font partie “d’un important groupe à responsabilité au sein de la communauté belge” – et bien entendu vers la presse, qui lui fera très modestement écho.

274 Selon les termes de son avant-propos, il a pour but de “montrer comment les partenaires de l’Alliance ont sauvegardé la paix dans la liberté et quelle est la tâche qui les attend aujourd’hui (…et) l’importance capitale de la double décision prise par l’OTAN en décembre 1979, qui constitue une réponse à la nouvelle menace que représentent les missiles soviétiques à portée intermédiaire”. L’accent est mis sur “la suprématie militaire soviétique”, sur la stratégie de la dissuasion dont les armes nucléaires “constituent un élément indispensable”, et le fascicule s’emploie à répertorier quelques “illusions” et à les réfuter.

7 – Les sondages d’opinion

275 Depuis 1979, différents sondages ont porté sur la question de l’implantation des missiles, l’échantillon couvrant l’ensemble du pays. Le phénomène en lui-même est révélateur de la prise en compte du problème hors du champ proprement politique, et à son tour vient renforcer l’attention du débat au sein de l’opération publique. Bien que les résultats de ces sondages doivent être pris avec les réserves d’usage (notamment en ce qui concerne le niveau d’information des personnes interrogées et la formulation des questions), ils peuvent être considérés comme un certain indicateur de l’état de l’opinion. En voici une très schématique analyse, non exhaustive.

276 • En novembre 1979, un sondage qui sera publié le 12 décembre par De Morgen donnait :

277 Pour l’implantation : 20,2 %. Contre : 64 %. Sans avis et sans réponse : 15,8 %.

278 On peut penser qu’à ce moment, quelques semaines avant la réunion de l’OTAN qui devait définir la position de l’Alliance, l’opinion était fort sensibilisée au problème, qu’évoquaient de nombreux médias.

279 • En septembre 1980, un sondage de l’UNISOP publié dans L’Événement le 18 octobre donnait :

280 Pour : 41,7 %. Contre : 25,8 %. Sans avis et sans réponse : 32,5 %.

281 Dans ce cas, la question rappelait la menace soviétique et demandait d’en tenir compte. Notons le nombre élevé de “sans réponse”.

282 • En octobre 1981, un nouveau sondage de l’UNISOP pour L’Événement donnait :

283 Pour : 25,9 %. Contre : 50,2 %. Sans avis et sans réponse : 23,9 %.

284 Ici la question était unique, sans mention des missiles soviétiques.

285 • En octobre 1981 (rappelons que la manifestation contre les missiles a lieu le 25 octobre), un sondage réalisé par l’IAO entre le 14 et le 18 pour De Standaard donnait :

286 Pour : 18,5 %. Contre : 65,9 %. Sans avis et sans réponse : 15 %.

287 • En octobre 1981, un sondage plus complexe réalisé entre le 24 et le 26 par Sobemap et publié dans L’Événement du 3 décembre donnait, sur le seul principe de l’installation des missiles en Belgique :

288 Pour : 8,2 %. Contre : 88,9 %. Ne se prononcent pas : 2,9 %.

289 Mais une autre question : “Si des missiles sont installés en Europe de l’Est … êtes-vous pour l’implantation de ces missiles en Belgique”, donnait :

290 Pour : 34,1 %. Contre : 57,8 %. Ne se prononcent pas : 8,1 %.

291 • En juin 1983, un sondage qui allait faire l’objet de nombreux commentaires était réalisé par l’Institute for Marketing Research à la demande du magazine Panorama. Il comportait 26 questions. L’échantillon représentatif – au niveau national – comprenait 1 376 personnes de 15 à 99 ans. À la question : “Êtes-vous pour ou contre l’installation de missiles en Belgique”, les réponses étaient :

292 Pour : 17 %. Contre : 79 %. Pas de réponse : 4 %.

293 Relevons le faible taux de “sans opinion”.

294 En réponse à la question : “Êtes-vous pour ou contre l’augmentation de l’arsenal des missiles en Europe ?”, on constate :

295 Pour : 18 %. Contre : 77 %. Pas de réponse : 5 %.

296 Sur base des intentions de vote déclarées, un croisement opéré avec cette question donne les résultats suivants (les “sans avis” faisant la différence) :

tableau im1
Parti Pour (en %) Contre (en %) PSC/CVP 16,4 78 PS/SP 8,9 87,6 PRL/PVV 34,6 60,4 VU 15,8 80,7 FDF 50 50 RW 16,7 83,3 UDRT/RAD 35,7 64,3 Ecolo/Agalev 5,9 94,1 Gauche 7,1 92,9

297 La question : “Quelles sont vos réactions aux mouvements de paix” donne les résultats suivants :

  • Négatives : 11 %. Positives : 63,2 %. Sans avis : 23 %.
  • Négatives : 8,3 % des femmes, 14,4 % des hommes.
  • Positives : 67,3 % des femmes, 59,4 % des hommes.
  • Sans avis : 23,4 % des femmes, 23,7 % des hommes.

298 • Le 3 octobre 1983, La Dernière Heure publiait les résultats d’un sondage effectué par Marketing Unit à la demande de l’Agence de Publicité nouvelle et le journal précisait que celui-ci avait été réalisé “après le mitraillage par un chasseur soviétique d’un avion civil coréen”.

299 Opinion sur l’installation des missiles :

300 Pour : 24 %. Contre : 58 %. Ne sait pas/sans réponse : 18 %.

301 • Le 19 octobre 1983, l’hebdomadaire Pourquoi Pas ? publiait les résultats d’un sondage réalisé en juin en collaboration avec l’ICSOP. L’hebdomadaire signale que l’enquête a été menée avec un maximum d’objectivité et selon des critères scientifiques et précise que le questionnaire a été proposé à un “échantillon sélectionné possédant un minimum d’informations”, sans autre indication de méthode ; il ne mentionne pas les questions posées. Cependant l’article consacré à ce sondage sous le titre “Missiles : d’accord”, peut nous donner une indication à ce sujet ; il y est dit : “Nous savions qu’une importante fraction de l’opinion, celle qui est informée, était favorable au renforcement de la défense européenne, fût-ce au prix de l’installation de ces armes, de la nécessité que sont les Pershing en Belgique”. (On peut dès lors s’interroger sur l’“objectivité” d’une enquête dont les promoteurs connaissent d’avance les résultats). L’enquête a révélé, poursuit le texte, “qu’en fait une large majorité de la population – soit 62 % de celle-ci – partageait le même sentiment”.

302 Les résultats se partagent entre “favorables” et ‘défavorables” et sont présentés en quatre tableaux. Le premier donne les réponses par tranche d’âge, les trois autres par parti et par région (Bruxelles, Flandre, Wallonie). Comparés aux résultats obtenus dans l’enquête de Panorama (menée à la même époque) sur base des intentions de vote déclarées et ne ventilant pas par région, on peut dire que, globalement, les chiffres de Pourquoi Pas ? donnent une proportion nettement plus importante de “favorables”, non sans ménager quelques surprises : ainsi, en Flandre, le SP compterait 63,3 % de “favorables” au déploiement des missiles et en Wallonie le parti communiste en compterait 27,3 %.

303 L’hebdomadaire Le Vif va riposter à Pourquoi Pas ? et démonter cette enquête en organisant une table ronde avec les “sondeurs”.

VI – LA MANIFESTATION DU 23 OCTOBRE 1983

304 La manifestation préparée de longue date a donc lieu à Bruxelles le 23 octobre 1983. Les participants ont été priés de se répartir, selon leur province d’origine mais flamands et francophones mêlés, entre trois lieux de concentration et de départ. Ainsi trois cortèges se mettent peu à peu en place et convergent vers la plaine du World Trade Center : un podium y a été dressé, destiné aux artistes chargés de l’animation et aux responsables du CNAPD, du VAKA et de l’OCV qui y tiendront des discours.

305 La presse est unanime dès le lendemain, à relever l’importance numérique de la manifestation, avec des estimations divergentes. Les organisateurs, qui avaient confié le comptage à des équipes de la FGTB et de l’ACW – toutes deux obtenant la même estimation avec des méthodes différentes – avancent le chiffre de 400.000 participants, qui sera repris par La Wallonie. Pour Le Peuple, ils sont plus de 300.000, pour Le Soir, 300.000, pour La Cité et La Libre Belgique plus de 200.000 et en tout cas plus nombreux qu’en 1981. Pour la gendarmerie, ils sont 120.000 (en 1981 ? elle en avait compté 50.000). Officieusement, la police de Bruxelles, à la fin de la journée, situait son estimation entre 300 et 350.000. Pour certains témoins, il s’agit de la plus grande manifestation qu’ait connue la Belgique (dépassant en ampleur celle liée à la question scolaire). La presse de tous bords parle de “mer humaine”, de “déferlement”, de “raz-de-marée”.

306 À de rarissimes exceptions près, les slogans clamés par haut-parleurs et porte-voix ou écrits sur banderolles et calicots s’inscrivent dans les huit mots d’ordre officiels, sans nécessairement en reprendre la totalité.

307 Les observateurs s’accordent pour affirmer une nette supériorité numérique de la présence flamande (confirmée par les organisateurs), pour souligner le caractère pacifique, festif, bigarré du cortège où, à côté des panneaux officiels et des drapeaux des grandes organisations de très nombreux groupes ont tenu à apporter une note personnelle (chants, calicots, chars, ballons, costumes, etc.). On note aussi la présence en grand nombre de femmes et de jeunes et, malgré la non-participation du PSC, celle de groupes très divers du monde chrétien. Des délégations de mouvements de paix étrangers sont également présentes.

308 Les responsables du CNAPD, du VAKA et de l’OCV ouvrent le défilé, entourés de nombreuses personnalités. En tête du cortège, ou dans ses rangs, on note en tous cas la présence des président(e)s de la FGTB, de la CSC, du MOC, de l’ACW, des présidents des principaux partis d’opposition (PS, PCB, RW, RPW, Ecolo, SP, VU), de quasi tous les ministres régionaux et communautaires des deux partis socialistes, de nombreux parlementaires des partis ralliés mais aussi, très remarquée, celle de représentants du CVP : Karel Blanckaert, chef du groupe à la Chambre, les anciens ministres D’Hoore et De Backer, une quarantaine de parlementaires et M. Vanhecke avec les CVP Jongeren. Mgr. Van Cauwelaert, seul évêque présent, se trouve à la tête des missionnaires. Comme prévu, on ne voit pas de parlementaires PSC mais cependant, dans la foule, des mandataires communaux, notamment de Jette et de Bruxelles Ville. PRL, PVV et UDRT sont évidemment absents.

309 Avant le départ de la manifestation, à l’initiative du VAKA-OCV et du CNAPD, une conférence de presse a réuni, autour de journalistes belges et étrangers et de porte-parole de mouvements pacifistes de nombreux pays, les responsables des partis et organisations ayant adhéré au mouvement. Ces derniers précisent les raisons de leur présence et exposent, avec ses nuances, leur position. Ainsi Guy Spitaels rappelle que son parti n’est pas favorable à un désarmement unilatéral et à une politique de neutralité mais que, selon lui, les négociations de Genève peuvent et doivent aboutir, tandis qu’André Vanden Broucke estime que tout armement perturbe le dialogue Nord-Sud et que seul un désarmement intégral permettra le développement du tiers monde ; “Nous voulons du travail, pas des missiles”, affirme le leader syndical. Il y a convergence parmi les orateurs pour réclamer la poursuite des négociations, pour exiger un débat parlementaire avant toute décision gouvernementale, ainsi qu’un moratoire : ultime, de six mois, pour le PS ; d’un an, sous conditions, pour le MOC… De son côté Pierre Galand, au nom du CNAPD, après avoir rappelé l’essentiel des positions et revendications communes et évoqué les moyens concrets qui selon lui pourraient faire progresser des négociations en vue du désarmement, précise : “Nous ne voulons pas nous laisser enfermer dans un quelconque calendrier pour les négociations de Genève. Il faut les poursuivre jusqu’à ce qu’il y ait une solution positive. La seule date fatidique serait pour nous le déclenchement d’une guerre nucléaire”.

310 La manifestation se termine par les discours des responsables flamands et francophones de la journée, évoquant l’avenir et la volonté de poursuivre l’action.

311 Rappelons que ce même week-end des manifestations similaires se déroulent dans plusieurs pays européens : 1,3 millions de personnes selon les organisateurs, 600.000 selon la police en RFA ; plusieurs centaines de milliers à Rome et à Londres ; des dizaines de milliers à Stockholm, Vienne, Paris (les Pays-Bas manifesteront un peu plus tard : quelque 500.000 personnes). On manifeste aussi en de nombreux lieux des États-Unis contre le déploiement de missiles en Europe, et au Canada pour exiger que le pays devienne zone dénucléarisée. Il semble que ce soit la Belgique (ou les Pays-Bas) qui ait battu le record de présences par rapport au chiffre de la population.

312 Le dimanche 23 octobre, la RTBF programme une émission de “faire le point” (enregistrée le vendredi) où s’expriment quatre présidents de parti, MM. Michel, Deprez, Spitaels et Outers, dans un débat où les options des pacifistes sont vertement critiquées et modérément défendues. Le lendemain soir, le débat de “L’écran témoin” verra s’affronter Mme. Lizin (PS), MM. Herman (PSC), Close (PRL), Deleuze (Ecolo) et Galand (CNAPD) en présence d’un historien français, M. Rageau, qui tient un langage très critique envers le pacifisme.

VII – LES DEBATS PARLEMENTAIRES DE NOVEMBRE-DECEMBRE 1983

313 Après décembre 1979 et spécialement depuis la coalition CVP-PSC-PRL-PVV au lendemain des élections législatives du 8 novembre 1981, les interpellations, questions parlementaires et déclarations gouvernementales n’ont pas manqué sur la question des missiles, de leur implantation, de ce qui conditionnerait une éventuelle décision positive à quel moment, sur le choix du site et des dépôts, sur les procédures de consultation avant l’emploi éventuel des armes nucléaires, etc.

314 En octobre 1983, les organisateurs de la manifestation, les groupes et organisations associés ont réclamé un réel débat parlementaire sur le fond, à ce moment particulièrement sensible où ils pouvaient craindre que le gouvernement ait déjà entamé le processus d’implantation ou encore qu’un échec – même provisoire – des négociations à Genève fournisse l’occasion de précipiter la mise en œuvre, sans que l’idée d’un moratoire complémentaire puisse être réellement prise en compte.

315 Le 2 novembre, le texte d’une motion publiée par le CNAPD était adressé aux parlementaires ainsi qu’à la presse.

316 La FGTB, suivie par la Centrale chrétienne des Métallurgistes, appelle les travailleurs à montrer leur volonté de voir se dérouler un débat parlementaire qui tienne compte des aspirations de la population exprimées le 23 octobre. Cet appel se concrétise le 8 novembre par de très nombreux arrêts de travail de 15 minutes.

317 Trois jours avant la manifestation – le 20 octobre 1983 – M. Tindemans s’était dit prêt à accepter le débat parlementaire sur les INF, (forces nucléaires de portée intermédiaire), avec l’importante précision-restriction suivante : “le gouvernement devra prendre une décision et le Parlement aura la possibilité d’approuver ou de désapprouver cette décision”. Cette attitude comporte bien des ambiguïtés, liées au système belge de décision : il n’y a pas d’une part un gouvernement de coalition et d’autre part des assemblées parlementaires ; la réalité du pouvoir réside dans l’existence d’un couple “gouvernement de coalition” (avec un rôle renforcé par les pouvoirs spéciaux) et “majorité parlementaire”, le rôle principal – sinon exclusif – de celle-ci étant de voter la confiance et de la confirmer, selon les circonstances et les matières, au gouvernement de coalition.

318 Au début novembre, aucun parti n’était indifférent à l’ampleur de la manifestation du 23 octobre. Certaines positions étaient claires (contre l’implantation, prévision d’un moratoire plus ou moins long) : ainsi le SP, Ecolo-Agalev, le PS, le RW, le PCB et la Volksunie. Étaient claires aussi les positions du PRL, du PVV, de l’UDRT et de quelques personnalités (R. Nols, H. Simonet), mais la clarté consistait dans ces groupes à ne céder en rien à l’action des pacifistes, à n’accepter du Parlement qu’un assentiment sur une décision gouvernementale. Le PSC modulait son attitude (notamment par l’élu bruxellois J.-L. Thys), sans se distancer réellement par rapport à la coalition tandis que le CVP – dont une quarantaine de parlementaires étaient présents à la manifestation – fortement traumatisé par les récents reculs électoraux de leur parti, cherchaient une voie qui concilierait des attitudes diverses et ne constituerait pas en soi le désaveu de MM. Martens et Tindemans.

319 À la Chambre, le débat pouvait ne pas paraître joué d’avance. La coalition y compte 113 membres sur 212, soit 6 voix de plus que le quorum ou la majorité de 107. Sans doute avait-elle sur cette question des chances d’être soutenue par les 3 UDRT, par H. Simonet et par R. Nols. Par contre, comment les élus CVP solidaires de l’action du 23 octobre vont-ils se comporter ? Ils peuvent constituer la marge à l’intérieur de laquelle sera tranché le débat [11], dans un sens ou l’autre.

320 En fait, l’orientation initiale du débat à la Chambre – avec les interpellations de V. Anciaux (VU) et de L. Van den Bossche (SP) – conduit à un affrontement juridiquement intéressant mais sans assurer une réelle chance pour l’opposition de mettre en cause la conception du gouvernement [12]. S’agissant de l’implantation des missiles, le Parlement a-t-il le droit et le pouvoir de prendre une décision en la matière et de la fixer comme ligne obligatoire pour le gouvernement, ou au contraire son rôle consiste-t-il à être dans un premier temps une tribune où peuvent s’exprimer des tendances diverses mais à laisser ensuite le pouvoir de décision au gouvernement, quitte à ce qu’un vote au Parlement précise après coup que la majorité des Chambres donne son assentiment ou désapprouve la décision ? Dans le système belge, c’est la deuxième hypothèse qui semble se vérifier et le désaveu de la coalition gouvernementale risque bien d’être sans effet réel. La Chambre, le 9 novembre 1983, n’a pas vraiment voté sur les propositions de résolution formulées à partir des interpellations : elle s’est prononcée d’abord sur l’ordre du jour pur et simple de confiance au gouvernement et les parlementaires ayant affirmé leur opposition aux missiles n’ont pas réellement exigé que soit cassée la coutume – d’autant que les jeux étaient faits en termes d’arithmétique parlementaire. La majorité bénéficiera de l’appui de MM. Simonet et Nols et de l’UDRT. Aucun député CVP n’invoquera un motif, de conscience ou autre, pour se désolidariser du vote de groupe.

321 À travers cette procédure – “l’ordre du jour pur et simple ayant la priorité de droit”, comme le précise le président de la Chambre – aucune chance pour les opposants et aucun risque pour la majorité n’existaient en fait, sinon de faire apparaître que les partisans d’un moratoire, d’un pouvoir réel de décision par le Parlement, étaient des élus de partis (PS, SP, Ecolo-Agalev, PCB, Volksunie, FDF, RW) représentant près de 45 % de l’électorat de novembre 1981. Par contre, le vote favorable à la thèse Martens-Tindemans émanait d’élus relativement majoritaires mais sans qu’on puisse enregistrer sur eux l’impact réel de la manifestation à laquelle certains élus (CVP) avaient participé tandis que quelques autres en avaient été empêchés (PSC) pour des raisons liées à la stratégie de leur parti.

322 Au Sénat, le débat eut lieu le 7 décembre 1983 [13]. À ce moment, les négociations de Genève étaient interrompues et les premiers missiles étaient acheminés, ou installés en République fédérale d’Allemagne, en Italie et en Grande-Bretagne. Le chef du groupe PS, M. Delmotte, estimait que la Chambre n’avait connu qu’une “parodie de débat”. Ce ne fut pas aussi formellement le cas au Sénat où les problèmes de fond furent assez sérieusement abordés et parfois même rigoureusement traités. Le Sénat ne s’englua pas dans de longues polémiques juridico-constitutionnelles. Il semble avoir tenu compte d’une conjoncture internationale particulièrement inquiétante (rupture ou suspension des négociations USA-URSS sur les armes de portée dite intermédiaire ; ignorance des possibilités de dialogue futur à la Conférence de Stockholm).

323 Le Sénat adopta finalement – à l’unanimité des 144 votants et 3 abstentions – une “résolution demandant la reprise des pourparlers sur les missiles de moyenne portée à ogive nucléaire”, en escomptant des résultats rendant “superflu le déploiement d’euromissiles”. Le Sénat estima, à l’unanimité des votants, que la Belgique “conjointement avec d’autres petits États européens” avait un rôle à jouer, dans la ligne de la doctrine Harmel (défense-détente), “en vue de faire reprendre à Genève les négociations sur les missiles de moyenne portée”. Le gouvernement ne renonçait pas pour autant à son rôle de décideur en la matière.

324 On peut estimer toutefois que la résolution du Sénat, prise dans un contexte de dramatisation des relations Est-Ouest, reflète, sinon traduit, plus que le vote à la Chambre, le mouvement d’opinion exprimé par la manifestation du 23 octobre. On doit également noter que, traitant d’action conjointe avec d’autres petits États européens, le Sénat n’a pas explicitement fait référence aux Pays-Bas dont la décision sur l’implantation de missiles était alors à la fois malaisée et hésitante, menaçante même pour la coalition gouvernementale et très mal jugée par Washington et l’OTAN. La résolution du Sénat englobait, dans l’esprit de certains, des petits pays de l’Est dont le poids n’est pas déterminant par rapport à l’URSS mais dont on peut croire qu’il n’est pas forcément ou notablement moindre que celui de la Belgique à l’Ouest.

VIII – LE TEMPS DES BILANS ET DE LA RELANCE

325 À la fin 1983, pour les plus engagés dans le grand rassemblement d’octobre, l’heure est à la réflexion. Satisfaits du succès remporté par la manifestation, ils se retrouvent déçus par le déroulement et le dénouement du débat parlementaire.

326 Le CNAPD et ses diverses instances connaissent une grande activité qui s’étend à l’occasion à des réunions élargies : il s’agit de faire le bilan de la journée du 23 et du débat parlementaire qui l’a suivi, de faire le point de la situation, de s’interroger sur les perspectives.

327 Ainsi des réflexions menées au sein d’un groupe spécifique de l’assemblée générale et au sein du Bureau font l’objet d’un texte “Perspectives et alternatives”. Celui-ci repère un certain nombre de questions de fond posées par la situation du moment, tant au niveau national qu’international, en amorce l’analyse et avance des propositions. Il y est question du “fonctionnement démocratique de la prise de décision en matière de défense”, de “l’évolution des théories “européennes” en matière de défense et de politique industrielle”, des “implications pour l’emploi d’une réduction de la production d’armement”, de la nécessité de vivre “un pacifisme pour deux” (“quelle prise avons-nous sur le bloc de l’Est ?”), des possibilités de débloquer les différentes négociations, etc.

1 – Premier projet d’un nouveau plan d’action

328 Le 20 décembre, une réunion de quelques membres du Bureau du CNAPD suivant elle-même une assemblée générale propose un premier projet de plan d’action pour 1984. Au niveau national, il prévoit la poursuite et l’approfondissement de l’action (Comités locaux, communes dénucléarisées, formation et information, contacts avec les organisations et mouvements associés en 1983 et avec l’étranger, etc.). Un accent nouveau est mis sur la nécessité d’améliorer l’influence sur le monde politique (il y est question de “lobbying”), le débat parlementaire de novembre ayant montré qu’il y avait “relatif échec” en la matière. Un moyen d’amorcer un contact efficace avec les parlementaires consiste en un premier temps à faire aboutir une “proposition déterminée”, celle visant la création d’un Fonds belge pour la Paix et d’un Institut de Recherche pour la Paix.

329 En ce qui concerne la coordination du mouvement de paix européen, la relance est préconisée dans le cadre d’un axe Belgique-Hollande. Au niveau international, il importe de mener “une réflexion devant aboutir à une action” sur les moyens de concrétiser le mot d’ordre “Démantèlement des SS 20” et dans cette perspective, de ne négliger aucun contact dans les pays de l’Est, et en particulier avec les mouvements indépendants de ces pays, mettant en évidence “la liaison entre le combat contre les missiles et celui pour la sauvegarde de la paix et des libertés”. Il faut aussi expliquer aux Américains de l’important mouvement de paix Freeze “notre volonté d’une autre politique de sécurité et de défense de l’Europe liée à notre exigence de dépassement des blocs (refus de l’interventionnisme américain)”.

330 Cette note est accompagnée d’un “échéancier” pour contacts et actions en 1984.

2 – Contacts avec personnalités et responsables

331 Le 21 décembre, le président du CNAPD adresse ses traditionnels vœux aux personnalités politiques et autres. Évoquant le gouvernement belge (dont on attend qu’il “annonce clairement qu’il laisse un nouvel espoir dans la recherche d’une solution négociée”), parlant de la prochaine conférence de Stockholm sur le désarmement en Europe, des élections européennes prévues pour juin, il émet le vœu que ses correspondants se montrent vigilants dans ces différents contextes. Dans une version destinée à ceux qui ont soutenu l’action de 1983, la lettre rappelle les mots d’ordre de la manifestation et le président précise aux responsables qu’il reste à leur disposition pour approfondir avec eux “les moyens de faire aboutir ces objectifs”.

332 Le 30 décembre, le premier ministre confirme aux délégués du CNAPD et du VAKA que la décision relative au déploiement n’est pas prise et que le gouvernement belge, tout en adhérant à la double décision de l’OTAN, se réserve le droit d’évaluer la nécessité du déploiement de missiles sur le territoire belge. Il déclare toutefois que les travaux d’aménagement de la base de Florenne seront entrepris en présence d’experts militaires américains, des mai 1984, afin que le pays soit prêt au cas où une décision positive interviendrait en 1985. La décision elle-même, est-il dit, dépendra de la situation internationale et du progrès dans les négociations Est-Ouest.

IX – L’ACTIVITE EN 1984

333 En 1984, les divers groupes poursuivent leur action, dans la ligne et avec les moyens que nous avons évoqués. Les juristes élaborent une nouvelle déclaration. La Concertation Paix et Développement porte ses efforts sur la création de l’Institut belge de Recherche pour la Paix (IBRP) et du Fonds belge pour la Paix (FBP) [14] ; il s’emploie – mais sans y parvenir jusqu’aujourd’hui – à organiser des réunions avec les parlementaires signataires d’une proposition en la matière, espérant déboucher sur ce qu’elle appelle également “un travail de lobbying”. Le CNAPD maintient sa liaison avec le VAKA et s’active sur divers fronts. Nous en donnerons deux exemples d’inégale importance.

1 – La “chaîne humaine” de Florennes

334 Le dimanche 29 avril 1984, une manifestation rassemble à Florennes 15 à 20.000 personnes (rappelons qu’en avril 1983, Florennes en avait mobilisé quelque 10.000). Une “chaîne humaine” de 17 kilomètres est formée suivant le tracé de la future base américaine prévue pour l’implantation des 48 missiles Cruise destinés à la Belgique. Organisée par le Comité de lutte pour la sauvegarde de la région florennoise, en liaison directe avec le CNAPD et le VAKA, cette manifestation se veut une nouvelle pression sur le gouvernement. Ses mots d’ordre sont :

335

“Pas de missiles, ni à Florennes, ni ailleurs ;
Pas de militaires étrangers ;
Arrêt des travaux et du financement”.

336 Ce qui frappe les observateurs, c’est le caractère composite, familial voire folklorique, de ce rassemblement. Certains mouvements ont mobilisé leurs membres, des personnalités des partis d’opposition sont là – et notamment des candidats aux prochaines élections européennes –, mais l’ensemble présente moins qu’en octobre 1983 le caractère de “coalition” de grandes organisations. Les Flamands y sont encore très nombreux, des délégations de pacifistes étrangers se sont déplacées parmi lesquelles une importante délégation du mouvement américain Freeze et des pacifistes du Nord de la France ; on note aussi la présence de différents groupes d’immigrés.

337 Précisant leurs objectifs, les organisateurs florennois ont mis l’accent sur l’aspect régional. “Nous assistons en ce moment, disent-ils, à une campagne de la Défense nationale, des États-Unis et de l’OTAN visant à nous faire croire que l’implantation des missiles va apporter une réelle solution aux problèmes économiques profonds de notre région”. Ainsi s’emploient-ils à montrer que cette prétention est non fondée. Le CNAPD et le VAKA, de leur côté, estiment que l’arrêt des travaux à la base de Florennes constituerait un geste, de la part d’un petit pays en vue de rétablir la détente dans les relations Est-Ouest et aurait un effet positif sur une réouverture des négociations. Pour eux, le fait que la décision formelle d’installer 48 missiles en Belgique n’ait pas encore été prise par le gouvernement doit être considérée comme le résultat de la forte pression de l’opinion et comme une victoire du “large mouvement de paix dans notre pays”.

2 – À propos des élections européennes

338 À l’occasion des élections européennes, le CNAPD édite une affiche invitant à voter “Pour une Europe sans armes nucléaires” et, avec le VAKA, adresse aux candidats des différents partis un questionnaire les invitant à préciser leur position sur le déploiement des missiles et sur la sécurité européenne. Ont répondu, côté francophone 7 candidats socialistes, 4 PSC, 3 FDF, 6 PCB, 4 RW, 6 Ecolo (qui ont en outre envoyé une réponse collective).

339 Les réponses sont publiées avant les élections dans la Feuille de Liaison et communiquées à la presse. Dans l’ensemble, les candidats confirment les positions prises par leur parti en 1983 ; des nuances, voire des divergences s’expriment cependant au sein de certains partis ce qui doit permettre aux électeurs pour lesquels la question des missiles est majeure, d’éclairer leur choix.

X – COMMENT LE CNAPD VOIT L’AVENIR

340 Comment le “mouvement de paix” se dessine-t-il pour l’avenir ? Nous nous en tiendrons ici à l’analyse que fait le CNAPD et à ses déclarations d’intention ; on ne peut cependant préjuger des capacités mobilisatrices de celles-ci, ni du rôle “catalyseur” que pourrait jouer quelque événement survenant sur la scène nationale ou internationale.

341 Depuis quelque temps, les Américains semblent avoir abandonné l’essentiel de leurs attaques contre le mouvement de paix, pour se consacrer de manière plus soutenue à l’encadrement des “décideurs” européens. Ne sont-ce pas ces mêmes Européens, le chancelier Schmidt en tête, qui ont plaidé pour un rééquilibrage en centre-Europe, disent les Américains, qui ont par ailleurs trouvé en la personne du président Mitterand un allié de poids ? Aucun des pays ayant fermement accepté la décision en 1979 n’ayant regimbé devant l’arrivée, fin 1983 des premières batteries de Pershing et de Cruise, restent les Pays-Bas et la Belgique, où tout n’est pas joué ; aussi entend-on de plus en plus souvent les promoteurs des euromissiles insister non seulement sur le danger soviétique, mais sur la cohésion de l’Alliance.

342 Ce danger soviétique, le CNAPD affirme ne pas vouloir l’escamoter : “Moins de missiles à l’Est comme à l’Ouest, c’est plus de sécurité pour tous les Européens, mais aussi à terme plus de liberté pour tous”. Il acte que si l’URSS a fait nombre de propositions intéressantes afin d’obtenir le non-déploiement des euromissiles, elle n’a fait aucun geste concret et qu’à l’Est, ceux qui veulent exprimer publiquement une vision de société pacifiste non conforme à la thèse officielle paient cher leur combat.

343 Par ailleurs, il entend alerter sur des préparations en cours en matière d’armement conventionnel ou d’armes bactériologiques ou chimiques. Le débat doit donc s’inscrire dans une perspective globale des choix de défense et des implications stratégiques et économiques de ces choix tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. La vigilance continue à s’imposer face à la “course aux armements”. Les porte-parole de l’“après-déploiement” planifient en fait de nouvelles étapes en Europe, principalement en amenant la discussion sur le terrain du conventionnel avec le plan Rogers et la doctrine “Airland Battle”. Et le projet de l’OTAN mis en place en décembre 1979 qui vise une négociation en situation de force, a lui-même abouti à un surarmement : il y a désormais davantage d’armes nucléaires, plus performantes et de “first strike” en Europe, à l’Est et à l’Ouest.

344 Le combat contre l’ordre établi par les superpuissances, estime le CNAPD, passe par un travail important auprès des populations. Il faudra aux mouvements de paix “beaucoup de détermination et d’intelligence pour aller à la rencontre de ceux qui sont déçus par les échecs de leurs actions en Europe” afin qu’ils organisent eux-mêmes les solidarités et les résistances.

345 Les responsables européens souhaitent aujourd’hui présenter le déploiement des euromissiles comme un fait accompli. Le CNAPD refuse de considérer le débat comme clos. L’alignement des responsables européens sur la politique américaine doit faire place à une nouvelle exigence : que l’on discute de la sécurité des Européens avec les Européens. Un thème avancé comme ligne de force pour le mouvement de paix est la “réversibilité” (entendez : forcer les États, tant à l’Est qu’à l’Ouest, à revenir sur le déploiement, actuellement acquis ou en cours, des armes nucléaires à moyenne portée). C’est le sens du “Stop and withdraw” (gel et retrait) en discussion au sein de l’International Peace Coordination Centre (IPCC), qui regroupe les organisateurs de manifestations d’Europe Occidentale, du Canada et des États-Unis.

346 En ce qui concerne la Belgique et les Pays-Bas, il faut présenter le non-déploiement comme un premier pas significatif de la “réversibilité”, pouvant servir de base à de nouvelles entreprises diplomatiques, en tout cas comme un progrès vers la détente et le désarmement.

347 À l’issue d’une assemblée générale tenue à Florennes le 8 septembre 1984, le CNAPD a annoncé son plan d’action pour l’année à venir. Il insiste sur le fait qu’en Belgique la décision politique d’installer les missiles n’est pas prise – encore que la préparation du site d’implantation à Florennes soit avancée. Il prévoit une nouvelle grande mobilisation pour le 20 octobre 1985, à Bruxelles. D’ici là, il entend organiser une campagne d’information de l’opinion valorisant les acquis du mouvement de paix, mais aussi ses propositions politiques susceptibles de sortir de l’impasse les négociations sur le désarmement. Selon lui, des initiatives doivent être prises à ce sujet par le gouvernement belge ; de son côté, il présentera “à l’ensemble des forces sociales et politiques des propositions d’initiatives concrètes”.

348 Tels sont les projets. Des inconnues, au demeurant, subsistent. Le mois de mars 1985 est généralement cité comme date d’implantation des missiles en Belgique, et nul ne sait encore comment joureront divers rapports de force pouvant conduire à une modification de ce programme. Quant à la manifestation prévue pour octobre 1985, quels pourront en être précisément les objectifs ? Une chose semble certaine : la condition première d’une grande action est qu’elle soit portée – et portable – par un large consensus au sein de la population.

QUELQUES REFLEXIONS

349 Ce que nous avons convenu d’appeler “mouvement de paix” s’avère un mouvement protéiforme, fait de multiples convergences, dont l’unité n’apparaît que lors de grands rassemblements autour de mots d’ordre précis. Encore le ralliement à ces mots d’ordre n’est-il pas totalement dépourvu d’ambiguïté – même si dans l’ensemble il présente une solide cohésion. Ainsi de la double exigence proclamée : “Pershing, Cruise : non” et “Démantèlement des SS 20”, qui laisse dans le flou le rapport entre ces deux objectifs, certains groupes ralliés faisant de la mise en œuvre du deuxième la condition du premier, d’autres s’accommodant de ces simples affirmations couplées. Les promoteurs de ces rassemblements font d’ailleurs preuve d’une relative souplesse : ils précisent que les mots d’ordre sont à prendre dans leur ensemble puis, confrontés aux réactions de certains, acceptent que tel ou tel groupe rallié prenne quelque distance par rapport à l’un ou l’autre thème ou en privilégie certains au cours de la campagne pour mieux “rassembler ses troupes”.

350 À propos des mots d’ordre et de l’ensemble du mouvement, les détracteurs ou opposants avancent divers arguments. Passons sur les plus virulents affirmant ou insinuant que ses animateurs sont à la solde de l’URSS : cette accusation ne résiste pas à l’examen. D’autres lui reprochent de faire le jeu des Soviétiques ou, à tout le moins, de faire la preuve d’une grande naïveté en jumelant leurs exigences concernant le camp occidental à des exigences vis-à-vis de l’Est, sur lequel ils n’ont aucune prise. À quoi les animateurs répondent que toutes leurs options doivent être exprimées et que par ailleurs ils font – et feront – le maximum pour soutenir les vraies “forces de paix” à l’Est – effort dont on peut estimer la portée à tout le moins limitée. Un autre argument souvent avancé est que leur action compromet la défense et la sécurité du pays. À quoi ils rétorquent, notamment en affirmant la conviction que le non-déploiement des euromissiles contribuerait à la détente et serait un frein à la course aux armements, le déploiement conduisant par ailleurs à une escalade dangereuse pour tous. Il ne nous appartient pas de porter ici un jugement sur le bien-fondé de leur thèse ni de peser sur une improbable balance le degré de candeur qui, sur certains points, peut leur être attribué.

351 Mais revenons à la dynamique du “mouvement de paix” tel que l’ont révélé des manifestations de masse. Il est fait essentiellement avons-nous dit, de convergences. Celles-ci semblent se nouer, en Belgique francophone, par le travail de coordination et de stimulation opéré par un mouvement – qui est lui-même un rassemblement de forces et de volontés diversement implantées dans le corps social : le Comité national d’action pour la paix et le développement (CNAPD).

352 Certes, partis politiques, syndicats et autres organisations n’ont pas attendu l’action du CNAPD pour débattre des problèmes d’armement – et des euromissiles en particulier –, pour ébaucher ou arrêter des positions. Celles-ci, cependant, n’exercent leurs effets – quand elles les exercent – que dans le champ propre de chaque institution. C’est par diverses actions, et en particulier celle du CNAPD, que s’instaure une dynamique de rassemblement et de consensus sur des objectifs précis.

353 Le CNAPD lance des “appels”. Pourquoi ces appels trouvent-ils écho dans la population – ou plus généralement dans la population déjà tant soit peu organisée au sein de quelque association, fût-elle modeste et d’implantation locale ? Pourquoi de grandes institutions prennent-elles la peine d’y répondre, de définir une position face aux mots d’ordre proposés et, dans de nombreux cas, de s’intégrer à l’action ? Une part de l’explication réside certes dans l’originalité du travail auquel s’attelle le CNAPD et de ses méthodes : jouant sur deux plans, visant à la fois la stimulation d’un militantisme à la base et l’influence sur les instances responsables au sommet (aidé dans ce dernier cas par la Concertation Paix et Développement), il crée ou active une mouvance, un chassé croisé d’initiatives et d’activités où il n’est guère facile de faire le partage entre ce que d’aucuns aiment appeler une volonté populaire et ce qui fait figure de décision et de consigne à un niveau institutionnel. Mais on peut avancer que base et sommet se confortent mutuellement.

354 Ce travail, cependant, ne pourrait porter ses fruits s’il ne rencontrait un terrain fertile. Le désir de paix – et la crainte de la guerre avec ce qu’implique l’existence des armes de destruction massive faisant aujourd’hui partie de l’arsenal militaire – est très largement, pour ne pas dire unanimement, partagé. Mais il ne suffit sans doute pas à inciter une frange importante du corps social à s’exprimer et à revendiquer. La décision visant l’implantation des euromissiles est venue donner à la question une actualité à la fois proche la Belgique est directement impliquée – et précise. Elle a servi de catalyseur et donné à ceux qui de longue date militent “pour la paix” l’occasion d’alerter l’opinion sur le danger que fait courir, selon eux la course aux armements. Et au-delà des pacifistes à proprement parlé, elle a suscité des inquiétudes qui se sont traduites par la création ou l’intensification de recherches, de débats et d’actions dans des milieux divers, portant sur une question claire – même si son contexte politico-stratégique s’avère très complexe.

355 Sur le thème des euromissiles et de leur contexte politico-stratégique, l’information a circulé, avec un effet “boule de neige” – effet bien connu mais qui s’est particulièrement manifesté dans ce cas. La presse a été loquace sur le sujet, elle le fut de plus en plus à mesure que les promoteurs du “mouvement de paix” agissaient, suscitant des prises de position répercutées dans les médias et principalement dans la presse écrite, à mesure surtout qu’il créaient l’événement par l’organisation de manifestations de masse et des vastes campagnes qui les préparaient. L’existence d’initiatives parallèles dans les autres pays européens concernés a contribué à focaliser l’intérêt. De son côté, la population, davantage alertée – si pas nécessairement informée en profondeur – se montrait plus réceptive, exprimait ses sentiments lors de sondages et, pour une part d’entre elle augmentant au fil des années, s’engageait dans l’action militante ou gonflait de sa présence les grands rassemblements. Notons que l’importance numérique de ceux-ci doit beaucoup à la participation flamande, où la dynamique a joué de manière assez différente.

356 Le “mouvement de paix” présente aussi une caractéristique qui mérite d’être relevée : son aspect pluraliste. Si le pluralisme fait partie des options de base et des méthodes d’action des mouvements promoteurs, il se vérifie dans les faits et le phénomène fut relevé par la plupart des observateurs. Au-delà du pluralisme, ira-t-on jusqu’à dire qu’on se trouve en présence d’un nouveau type de mouvement social charriant des volontés issues des couches profondes de la population ? Ce qu’on peut avancer, en tous cas, c’est que les grandes manifestations traversent un certain nombre de clivages ancrés dans notre société ; à ce titre et dans leurs limites, elles peuvent être perçues comme un événement socio-politique.

357 Il reste que l’on peut s’interroger sur l’efficacité du relais politique à cet important mouvement d’opinion. Les partisans du non-déploiement sont-ils prêts à faire de cette option un objectif prioritaire guidant leur choix électoral ou autre ? Et au niveau des partis, peut-on imaginer que ne joue pas la discipline imposée aux parlementaires, ni surtout que des considérations de politique interne ou de politique générale, avec les rapports de force qu’elles impliquent, ne viennent pas mettre en veilleuse ou infléchir des prises de position nettement affichées au moment des vastes consensus ?

358 Ces derniers se renouvelleront-ils ? Le mouvement ne va-t-il pas s’effilocher par usure, ou par manque d’objectifs clairs lorsque sera réglée la question de l’implantation des missiles – et ce malgré la volonté et le dynamisme de ses animateurs qui ne semblent pas près de se croiser les bras ?

359 Ce sont là quelques questions ouvertes proposées à l’observateur.

Annexe 1

Organisations membres du CNAPD (1984)

360

  • Assemblée générale des étudiants de Louvain-la-Neuve et Louvain-en-Woluwe (AGL)
  • Association belge des juristes démocrates (ABJD)
  • Association belgo-palestinienne
  • Cercle du Libre-examen de l’Université libre de Bruxelles
  • Comité contre le colonialisme et l’apartheid
  • Comité du 1er mai
  • Comité Europe-Amérique latine (CEAL)
  • Démocratie chrétienne de Wallonie et de Bruxelles
  • Centre national de coopération au développement (CNCD), francophone Jeunes CSC
  • Jeunesse communiste (JC)
  • Jeunesse étudiante chrétienne (JEC)
  • Jeunesse étudiante chrétienne/Supérieur (JEC/Sup)
  • Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC)
  • Jeunes socialistes (JS)
  • Jeunes sociaux-chrétiens (JSC)
  • Jeunes FDF
  • Jeunesse rurale catholique
  • Jeunes syndicalistes FGTB
  • Mouvement chrétien pour la paix (MCP)
  • Mouvement international de la réconciliation – Internationale des résistants à la guerre (MIR-IRG)
  • Mouvement des jeunes pour la paix
  • Magasins du Monde-Oxfam
  • Mouvement socialiste pour la paix et le développement (MSDP)
  • Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX)
  • Oxfam-Belgique
  • Union nationale des étudiants communistes
  • Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB)
  • Rassemblement des femmes pour la paix
  • Rassemblement Paix et développement (RPD)
  • Solidarité étudiants étrangers
  • Union belge pour la défense de la paix (UBDP)
  • Service civil international (SCI)

Annexe 2

Déclaration de principe (actuelle) du CNAPD

361 Le CNAPD, qui existe depuis 1970, coordonne d’une manière permanente l’action des organisations progressistes de jeunesse, de paix et de développement sur la base des thèmes suivants :

362 LA LUTTE POUR LA PAIX, la détente et le démantèlement des blocs militaires.

  • la lutte contre la course aux armements, pour un contrôle démocratique réel de la politique de défense ainsi que du commerce des armes, pour la reconversion des industries d’armement en industries civiles.
  • la volonté de créer en Europe une zone dénucléarisée associant des pays du pacte de Varsovie et de l’OTAN. Dès à présent, le refus d’installer des missiles nucléaires en Europe et l’exigence du retrait des armes nucléaires orientées vers le théâtre européen.
  • la lutte contre toute politique d’intervention ou d’ingérence des grandes puissances ou de quelque pays que ce soit — et notamment celle résultant de la logique des blocs — dans les affaires des pays tiers.
  • la lutte en faveur de l’objection de conscience et des alternatives civiles et populaires à la défense armée.

363 LA LUTTE POUR LE DÉVELOPPEMENT DU TIERS MONDE et le soutien aux luttes de libération.

  • la lutte contre les formes de domination s’exerçant à l’intérieur ou à partir de pays industrialisés solidairement avec les peuples auxquels ces pays imposent leur relation de domination, en particulier les peuples du Tiers Monde, et le soutien à tout ce qui assure la libération et le développement des communautés humaines où qu’elles se situent. Ceci implique la lutte contre le pouvoir incontrôlé et les exactions des sociétés transnationales notamment par des actions de boycott.

364 LA LUTTE POUR LES LIBERTÉS DÉMOCRATIQUES indissociables d’une société progressiste qui développe la justice sociale, économique, politique et rejette toute forme de normalisation. Ceci implique en particulier la lutte contre

  • le fichage politique des citoyens ;
  • l’espace judiciaire européen ;
  • la militarisation de la société ;
  • toute discrimination envers les jeunes, les femmes et les minorités, et les conditions qui engendrent leur dépendance, notamment par leur exclusion du circuit économique.

365

  • la lutte contre le racisme et la xénophobie et contre toute forme de glissement vers un État autoritaire et de renaissance du fascisme.
  • la lutte pour l’égalité des droits entre Belges et immigrés.
  • la lutte pour la protection de l’environnement et pour le contrôle démocratique de l’énergie.

366 Pour les organisations membres du CNAPD, toutes ces luttes impliquent un vaste effort de conscientisation et de mobilisation des jeunes – travailleurs, étudiants et sans emplois – pour l’abolition de leur dépendance entretenue et la promotion de leurs droits de citoyens à part entière et pour leur plein accès aux responsabilités, tant sur le plan régional ou national que sur le plan international. En effet, pour le CNAPD, les luttes pour la paix, le développement et le droit des peuples, les libertés individuelles, les droits économiques et sociaux sont indissociables et inséparables du combat des travailleurs, des démocrates et des jeunes liés à leurs préoccupations quotidiennes.

Annexe 3

Organisations membres de Concertation Paix et Développement (1984)

367

  • Association belge des juristes démocrates (ABJD)
  • Comité belge de la sécurité et coopération européennes
  • Commission justice et paix (francophone)
  • Entraide et fraternité (francophone)
  • Journées universitaires de la paix (JUP)
  • Ligue belge du droit des peuples
  • Mouvement chrétien de la paix (MCP)
  • Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX)
  • Mouvement international de réconciliation – Internationale des résistants à la guerre (MIR-IRG)
  • Mouvement socialiste pour la paix et le développement (MSPD)
  • Oxfam-Belgique
  • Pax Christi (francophone)
  • Rassemblement pour la paix et le développement (RPD)
  • Solidarité mondiale (du MOC)
  • Solidarité socialiste
  • Union belge pour la défense de la paix (UBDP)
  • Université de paix (UP)

Annexe 4

Plate-forme du CNAPD pour manifester à Bruxelles, le 23 octobre 1983

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Nos objectifs Depuis sa création en 1970, le CNAPD a pour objectifs : – la paix, la détente dans la perspective du démantèlement des blocs militaires – le développement du Tiers Monde et le soutien aux luttes de libération – la défense et l’approfondissement des libertés démocratiques. Voilà maintenant plus de trois ans que le premier de ces objectifs est plus particulièrement à l’ordre du jour depuis que l’OTAN, invoquant la modernisation des missiles soviétiques, a pris la décision de déployer dans cinq pays d’Europe Occidentale dont la Belgique des missiles de croisière et des fusées Pershing II. Nous sommes conscients que la modernisation des missiles soviétiques (SS 20) tout comme le déploiement des missiles (Cruise et Pershing II), tous destinés à l’Europe constituent une nouvelle étape extrêmement dangereuse de la course aux armements. Nous refusons d’accepter la logique des blocs, de faire de l’Europe le théâtre potentiel d’une troisième guerre mondiale et de cautionner un accroissement continuel des dépenses militaires contraires aux besoins sociaux des travailleurs victimes de la crise économique et des masses populaires du Tiers Monde victimes du sous-développement. Suite à la pression de l’opinion publique, des négociations sur les euromissiles ont été entamées à Genève. Ces négociations doivent aboutir à la non installation des euromissiles et à une réduction significative de l’arsenal nucléaire à l’Est et à l’Ouest. Notre action Dans un climat international de plus en plus tendu, lié à la décision de l’OTAN et à la poursuite de l’installation des SS 20, mais aussi détérioré par l’intervention soviétique en Afghanistan, la guerre au Moyen Orient, la pression américaine en Amérique Centrale, nous lancions un appel à manifester le 25 octobre 1981 à Bruxelles. Des fractions de plus en plus larges de l’opinion publique comprenaient que la modernisation des missiles soviétiques tout comme la décision d’implanter des missiles américains en Europe, accroissent le risque d’une guerre en Europe. Et nous étions 200.000 à nous retrouver dans la rue pour repousser cette éventualité. À la même époque, dans d’autres capitales, de Rome à Amsterdam, de Londres à Bonn, des centaines de milliers de manifestants se rassemblaient dans le même but. Le CNAPD fait partie intégrante de ce vaste mouvement européen antimissile. Celui-ci s’est amplifié en Allemagne occidentale, en Grande Bretagne, en Italie, pays qui ont pourtant accepté dans un premier temps le stationnement des missiles ; il a aussi trouvé de plus en plus d’échos dans d’autres pays européens, notamment en Espagne, au Danemark et dans des initiatives originales en RDA et en Hongrie. Aux États-Unis, un million de personnes ont réclamé en juin 1982 à New York la fin de la course aux armements. La situation en 1983 Entre-temps l’armée soviétique s’enlise en Afghanistan dans une guerre toujours plus meurtrière, les luttes de libération en Amérique centrale se heurtent directement aux États-Unis qui soutiennent les oligarchies au pouvoir (Salvador, Guatemala) ou avides de revanche (Nicaragua). Israël a mis le Liban à feu et à sang en expérimentant de nouveaux armements, l’Iran et l’Irak s’épuisent dans une guerre oubliée, plus près de nous la Pologne reste sous le contrôle de l’armée et le syndicat indépendant est interdit, la Turquie sous régime militaire condamne à mort pour délits d’opinion. Chez nous la crise économique s’aggrave, le racisme s’accroît. Dans le Tiers Monde la crise accentue le sous-développement. Des déclarations de plus en plus nombreuses d’experts militaires et de diplomates occidentaux qui réaffirment que le déploiement des euromissiles rendrait possible une guerre nucléaire limitée en Europe doivent être combattues. Une telle guerre dépasserait les limites du continent européen.
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L’évolution des doctrines stratégiques militaires qui visent à remplacer la dissuasion par la théorie de la guerre nucléaire gagnable ne peut être acceptée, tout comme doit être combattue toute nouvelle doctrine prônant le combat offensif et accordant une place de choix à la modernisation des armes conventionnelles. Notre appel Devant cette situation, le CNAPD : 1. Réaffirme son opposition totale au déploiement même partiel des euromissiles Cruise et Pershing II en Europe Occidentale et notamment en Belgique et exige le démantèlement des SS 20 soviétiques. Refuser ces missiles est une étape vers une Europe sans armes nucléaires. 2. Demande au Gouvernement belge de maintenir sa position initiale du 12 décembre 79, comme celle arrêtée par les Pays-Bas, de ne pas prendre de décision concernant les euromissiles tant que des négociations sérieuses ne s’engagent pas entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie afin de rendre superflu le déploiement des euromissiles en Europe. En conséquence, les préparatifs en cours à Florennes et ailleurs doivent être arrêtés. 3. Exige que les négociations de Genève, où nous déplorons l’absence des Européens, soient menées sans atermoiement. Toutes les solutions permettant d’aboutir à une véritable réduction des armes nucléaires doivent y être examinées. La Belgique si possible en accord avec d’autres gouvernements d’Europe doit apporter son soutien à toute initiative visant à dépasser les options de départ lancées par les deux superpuissances. 4. Refuse que l’Europe et la Belgique en particulier continuent à être considérées comme un échiquier, notamment nucléaire, sur lequel les États-Unis et l’Union soviétique manifestent leur volonté de puissance. 5. Demande que la Belgique, par une politique étrangère active et indépendante, prenne des initiatives marquées par le refus de la logique des blocs et ayant pour objectif le désarmement. Une telle politique doit être négociée avec les partenaires européens afin de permettre la création d’une Europe “Zone de sécurité dénucléarisée”. 6. Appelle la population, dans les régions et les communes, à promouvoir toutes initiatives en faveur de la paix et du désarmement et à donner un nouvel essor à la campagne “Communes Dénucléarisées” visant à interdire sur le territoire des communes tout transport ou stationnement d’armes nucléaires. 7. Rappelle que le débat actuel sur les euromissiles est fondamentalement lié aux aspects juridiques de la question. Que la Belgique a signé des conventions et protocoles précis en droit international, desquels il ressort clairement “que l’emploi de l’arme nucléaire est un crime de guerre”. La lutte contre la course aux armements et en particulier contre l’installation des euromissiles nous concerne tous : femmes, hommes, jeunes immigrés, travailleurs, chômeurs… Nous devons refuser de déléguer nos pouvoirs aux experts militaires. Il ne peut être question qu’une décision soit prise en dehors des instances démocratiques de notre pays. C’est à l’opinion publique toute entière qu’il appartient par son action sur le parlement de décider la politique de sécurité des citoyens. Nous devons refuser de faire les frais de la politique des blocs dans laquelle on tente de nous enfermer. En la refusant, nous voulons mettre sur pied un autre type de société rejetant les profits de l’armement et créant des emplois utiles, stables et créatifs. Cette politique, sans mettre en cause le principe d’une défense nationale, repose sur une vision de la justice sociale tant intérieure qu’internationale. À cet égard, il n’y a pas de paix sans l’établissement d’un dialogue Nord-Sud promoteur des droits des peuples à un développement équitablement réparti. Refuser les missiles de l’OTAN et du Pacte de Varsovie en Europe, c’est poser un jalon dans le processus de désarmement et de paix en Europe et dans la Monde.
Annexe 5

Organisations et mouvements associés à l’action du CNAPD en 1983 (outre ses propres membres)

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  • Les organisations membres de Concertation Paix et Développement (voir Annexe 3)
  • Association médicale pour la prévention de la guerre nucléaire (AMPG)
  • Atelier de recherche et d’action urbaines (ARAU)
  • Centrale nationale des employés (CNE)
  • Cercle du Libre-examen de l’ULB
  • Chrétiens pour le socialisme
  • Comité contre le colonialisme et l’apartheid
  • Commission européenne immigrés
  • Confédération des organisations de jeunesse indépendantes et pluralistes
  • Conseil de la jeunesse catholique (CJC)
  • Conseil de la jeunesse d’expression française (CJEF)
  • Conseil général de l’apostolat des laïcs (CGAL)
  • Équipes rurales
  • Fédération des amis de la morale laïque (FAML)
  • Fédération générale du travail de Belgique (FGTB)
  • Femmes prévoyantes socialistes
  • Jeunes CSC (Confédération des syndicats chrétiens)
  • Jeunesse et santé (des Mutualités chrétiennes)
  • Jeunesse étudiante chrétienne/Supérieur (JEC/Sup)
  • Mouvement Ecolo
  • Mouvement ouvrier chrétien (MOC)
  • Parti communiste de Belgique (PCB)
  • Parti socialiste (PS)
  • Rassemblement populaire wallon (RPW)
  • Rassemblement wallon (RW)
  • Régionale de Bruxelles des Équipes populaires
  • Solidarité et participation (SEP)
  • Université de paix (UP)
  • Union des pionniers de Belgique
  • Union des progressistes juifs de Belgique
  • Vie féminine (du MOC)
  • … et une quinzaine de petits groupes d’implantation régionale et aux objectifs divers.

Notes

  • [1]
    Sur les mouvements de paix “historiques” et sur l’historique des mouvements de paix, voir notamment : “Les mouvements de paix en Belgique”, Courrier Hebdomadaire du CRISP, n° 240, 24 avril 1964 ; “Les mouvements de paix en Belgique francophone”, in La Revue Nouvelle, n° 3, 1971.
  • [2]
    Certains existent encore, et font parfois partie des actuels Comités locaux.
  • [3]
    Composition de la Concertation en juin 1977 : Commission Justice et Paix, Entraide et Fraternité, Ligue belge du droit des peuples, Mouvement chrétien de la paix, MRAX, MIR-IRG, Mouvement socialiste pour la paix et le développement, Oxfam-Belgique, Pax Christi, Solidarité mondiale (du MOC), UBDP.
  • [4]
    Chambre des Représentants, 784 (1983-1984) n° 2, 13 juillet 1984.
  • [5]
    Voir infra le chapitre : “Les débats parlementaires de novembre et décembre 1983”.
  • [6]
    Une zone dénucléarisée est une zone comprenant des États ayant souverainement décidé que sur leur territoire, il n’y aurait pas de fabrication, de stockage ou d’utilisation d’armes nucléaires. Dans le cadre d’un accord international, un système de contrôle doit garantir l’application de ces engagements. Les États voisins de la zone dénucléarisée devront s’engager à ne pas utiliser l’armement nucléaire contre les États de la zone dénucléarisée.
  • [7]
    Il s’agit de la Coordination des mouvements de la paix d’Europe occidentale (IPCC International Peace Commission and Coordination Center).
  • [8]
    Y compris aux États-Unis où a lieu notamment, en juin 1982, une très imposante manifestation prônant le gel des armements nucléaires.
  • [9]
    C’est le plus important organe représentatif, où siègent des responsables de tous les comités fédéraux et de toutes les organisations, permanents ou volontaires.
  • [10]
    Scandilux est un groupe à caractère informel qui réunit, environ quatre fois par an, des représentants des partis socialistes et sociaux-démocrates des petits pays de l’OTAN (Danemark, Norvège, Belgique, Pays-Bas et Grand-duché de Luxembourg), auxquels se sont joints au titre d’observateurs, encore qu’ils y jouent parfois un rôle très important, des représentants du SPD et du Labour Party tout d’abord, du PS français ensuite.
  • [11]
    Pour rappel, la majorité compte à la Chambre : 18 PSC, 43 CVP, 24 PRL et 28 PVV. La Chambre comprend 121 élus flamands et 91 francophones.
  • [12]
    À la Chambre, les 8 et 9 novembre 1983, interpellation et interventions ont été faites par V. Anciaux (VU), L. Van den Bossche (SP), H. Mordant (RW), H. Simonet (PS en rupture avec son parti), L. Tobback (SP), Ch. Poswick (PRL), L. Dierickx (Agalev), B. Risopoulos (FDF), J. Desmaret (PSC), K. Blankaert (CVP), J.-L. Thys (PSC), Th. Delahaye (UDRT), D. Fedrigo (PCB), F. Swaelen (CVP), A. Vander Biest (PS), E. Beysen (PVV), O. Deleuze (Ecolo). Compte-rendu analytique – Chambre, 8 et 9 novembre 1983.
  • [13]
    Au Sénat, les interventions dominantes furent celles du ministre Tindemans, de F. Delmotte, chef du groupe PS, de J. Wyninckx (SP), de H. Lahaye (PVV), de R. Close (PRL). Compte-rendu analytique – Sénat, 7 décembre 1983.
  • [14]
    Mais celui-ci ne sera plus retenu par la proposition de loi de Mme. W. De Meester à la Chambre, le 1er juin 1984 (Doc. 386 n° 2).
  1. INTRODUCTION
  2. I - SURVOL HISTORIQUE
  3. II - LES MOUVEMENTS ET GROUPES SPECIFIQUES
    1. 1 - Le Comité national d’action pour la paix et le développement (CNAPD)
      1. a - Naissance et premières orientations
      2. b - Structures et fonctionnement
      3. c - Objectifs et évolution
      4. d - Les modalités de financement
      5. e - Les modalités de l’action
    2. 2 - La Concertation Paix et Développement (CPD)
      1. Fonctionnement interne
    3. 3 - Les Journées universitaires de la paix
    4. 4 - Dans le monde juridique : recherches et actions
    5. 5 - Dans le monde médical : l’AMPGN
    6. 6 - Le Groupe de recherche et d’information sur la paix (GRIP)
      1. a - Fonctionnement interne
      2. b - Travaux
  4. III - EUROMISSILES ET POUVOIRS : MEMENTO 1979-1984
  5. IV - LES EUROMISSILES ET L’ESSOR D’UN “MOUVEMENT DE PAIX” (1979-1982)
    1. 1 - Coup d’envoi et premières grandes actions
    2. 2 - Les Comités locaux
    3. 3 - L’action “communes dénucléarisées”
  6. V - PREPARATION DE LA MANIFESTATION D’OCTOBRE 1983
    1. 1 - Objectifs : la plate-forme, les mots d’ordre et leur élaboration
    2. 2 - La campagne de mobilisation
      1. a - Les réunions
      2. b - Le matériel de propagande
      3. c - Action vers les Comités locaux
      4. d - Action vers les grandes organisations
      5. e - Action vers la presse
      6. f - La manifestation de Florennes : un jalon
      7. g - L’organisation de la journée du 23 octobre
    3. 3 - Le financement de la campagne et de la manifestation
      1. a - De la campagne
      2. b - De la manifestation
      3. c - Payés par Moscou ?
    4. 4 - Le CNAPD et les Soviétiques
    5. 5 - Prises de position : ralliés et sympathisants
      1. a - La FGTB
      2. b - Le Mouvement ouvrier chrétien
      3. c - Le Parti socialiste
      4. d - Le Parti communiste belge
      5. e - Ecolo
      6. f - Divers
        1. Le Conseil de la Jeunesse d’expression française
        2. Au sein de l’Église catholique
        3. Au sein de l’Action laïque
        4. Le Centre national de coopération au développement (CNCD)
    6. 6 - Prises de position : réticents et opposants
      1. a - Le PSC
      2. b - Le PRL
      3. c - Le FDF
      4. d - L’UDRT
      5. e - Les incidents avec le bourgmestre Nols
      6. f - Le fascicule distribué par le Ministère de la Défense
    7. 7 - Les sondages d’opinion
  7. VI - LA MANIFESTATION DU 23 OCTOBRE 1983
  8. VII - LES DEBATS PARLEMENTAIRES DE NOVEMBRE-DECEMBRE 1983
  9. VIII - LE TEMPS DES BILANS ET DE LA RELANCE
    1. 1 - Premier projet d’un nouveau plan d’action
    2. 2 - Contacts avec personnalités et responsables
  10. IX - L’ACTIVITE EN 1984
    1. 1 - La “chaîne humaine” de Florennes
    2. 2 - À propos des élections européennes
  11. X - COMMENT LE CNAPD VOIT L’AVENIR
  12. QUELQUES REFLEXIONS
Andrée Gérard
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 06/09/2014
https://doi.org/10.3917/cris.1053.0001
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