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Critique internationale

2012/1 (n° 54)


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Depuis le début du soulèvement populaire en Tunisie provoqué par l’auto-immolation en décembre 2010 de Tariq (Muhammad) Bouazizi, le désormais épitomique marchand ambulant diplômé de Sidi Bouzid, la vie politique de l’ensemble des pays arabes a changé bien plus qu’au cours du demi-siècle qui avait suivi l’avènement des régimes « révolutionnaires » dans les années 1950 et 1960. Après plusieurs décennies de stagnation politique faussement interprétée comme une période de stabilité, les présidents apparemment inamovibles de la Tunisie et de l’Égypte ainsi que leur homologue libyen ont été déchus, tandis que ceux du Yémen et de la Syrie affrontent aujourd’hui encore une contestation qui ne faiblit pas. À chaque fois, le départ du leader a entraîné des changements considérables aux niveaux des personnels dirigeants, des réseaux et des coalitions qui les soutiennent, des choix politiques et des institutions. Même au Qatar et dans les Émirats arabes unis (EAU), où le calme continue à régner, le vent de la contestation a soufflé sur les rapports entre gouvernants et gouvernés, poussant les régimes à offrir de nouvelles prestations sociales et à redéfinir certaines libertés.

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Face à ces bouleversements, les analyses, ou plutôt les commentaires à chaud, se multiplient, comme il se doit à une époque où le « spécialiste » est censé interpréter l’événement avant même qu’il se soit produit. Le plus souvent, ces analystes et commentateurs mettent l’accent sur le changement, qu’ils qualifient sans trop d’hésitation de « révolution ». Ce faisant, ils s’attardent peu sur les continuités, qui, dès lors, apparaissent comme les simples survivances d’un ordre voué à disparaître à plus ou moins long terme. Or l’analyse systématique des « révolutions » nassérienne et baathistes du milieu du siècle dernier révèle les limites de telles attentes [1][1] Alain Roussillon, « Republican Egypt Interpreted :....

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Bien que les transformations en cours n’en soient peut-être qu’à leurs débuts, le moment est venu de prendre un peu de recul et de se livrer à une (première) évaluation systématique non seulement de l’étendue et des limites des changements intervenus à ce jour, mais aussi de leurs implications pour les savoirs constitués relatifs aux régimes politiques arabes.

Les changements : entre limites et promesses

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Pour nombre d’observateurs, l’aspect le plus étonnant des événements récents a précisément été leur début : des manifestations populaires, qui très vite ont pris l’allure de protestations de masse mobilisant des dizaines, puis des centaines de milliers de personnes. Certes, les défilés et les rassemblements à Sidi Bouzid, à Tunis, au Caire ou à Suez défiaient les autocrates en place, mais ils défiaient en même temps les idées reçues selon lesquelles les gouvernés arabes sont résignés à leur impuissance politique au point de n’exprimer les frustrations accumulées au fil des ans qu’à travers des révoltes occasionnelles, violentes, peu organisées et promptement matées. Sans avoir obéi à des plans préparés à l’avance et traduits en actes par un leader, un groupe ou une instance précise, la contestation a été coordonnée, ou plutôt elle s’est coordonnée elle-même, de manière décentralisée, par le biais de la réactivité d’acteurs inspirés par des objectifs, des approches et des méthodes semblables. Rhizomatique et autorégulateur, ce mode de coordination rappelle en partie les recommandations qui, en management, préconisent des structures d’organisation horizontales, fondées sur la compétence, plutôt que verticales, fondées sur les rapports hiérarchiques. Aucun mouvement de masse non orchestré par les gouvernants d’une pareille envergure n’avait eu lieu dans les pays arabes depuis des décennies. Sauf si l’on considère les défilés qui, en Égypte, suivirent la démission (très provisoire) de Gamal ‘Abd al-Nasser après la défaite de 1967 et sa mort trois ans plus tard, il faut remonter à la révolution irakienne de 1958 et à la période de la décolonisation pour trouver des antécédents ou des parallèles. Rétrospectivement, les nombreuses grèves (mobilisant parfois des dizaines de milliers d’ouvriers pendant plusieurs semaines comme à Mahalla al-Kubra en Égypte en 2007-2008 et dans le bassin minier de Gafsa en Tunisie en 2008), manifestations (comme celles du mouvement Kifaya contre l’interminable règne de Hosni Moubarak et ses tentatives d’introniser son fils Gamal) et autres actes de protestation qui ont émaillé l’histoire de la Tunisie et de l’Égypte au cours de ces dix dernières années [2][2] Joel Beinin (ed.), Justice for All. The Struggle for... peuvent apparaître comme des signes précurseurs. Pourtant, le plus souvent, ces actions étaient restées géographiquement circonscrites, peu coordonnées avec l’expression d’autres griefs et vite maîtrisées, terminées ou réprimées par les dirigeants et leurs forces de l’ordre.

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L’autre aspect étonnant a été la propagation rapide de la contestation tunisienne non seulement à l’Égypte mais aussi à l’Algérie, à la Jordanie, à Oman, au Yémen, au Soudan, au Bahreïn, à la Libye, au Maroc et à la Syrie. De manière plus ponctuelle, cette contestation a eu également un écho en Irak, au Koweït et en Arabie Saoudite. Si le nombre et la « sociologie » des personnes mobilisées de même que les formes d’action, leur durée et leur intensité n’étaient pas identiques et tournaient parfois à la violence, cette propagation démontre que les pays arabes forment toujours (ou à nouveau) un espace de communication et d’échanges au sein duquel circulent les idées et les modèles. La langue commune qui, mieux que tout autre élément, permet de partager des expériences historiques semblables, notamment les épreuves vécues à l’époque de l’impérialisme européen et de la décolonisation (situation qui, si l’on fait abstraction du facteur linguistique, rappelle celle des anciens pays communistes de l’Europe orientale à la fin des années 1980), favorise la recherche de solutions semblables pour répondre à des griefs socioéconomiques et politiques également semblables. Autre marqueur d’identité générateur potentiel de solidarités, la religion commune à la majorité des acteurs ne peut que renforcer cette tendance. Certes, il ne s’agit pas là d’un changement qualitatif par rapport aux périodes précédentes, mais force est de reconnaître qu’au cours de ces dernières années ni le soutien aux Palestiniens ni la propagation des idées islamistes ne se sont manifestées aussi rapidement et avec autant de force. Au demeurant, cette simultanéité ne présage pas plus l’avènement de l’union politique des pays arabes qu’à l’époque des « révolutions » du milieu du 20e siècle ou de la montée des islamismes une vingtaine d’années plus tard.

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À ce jour, les dynamiques déclenchées par la contestation ont entraîné la transformation majeure de deux régimes politiques et la fin d’un troisième. En Libye, l’ancien régime a complètement disparu en tant que dispositif de l’exercice du pouvoir ; à moins d’être réintégrés par le biais d’une réconciliation « nationale », les anciens dirigeants, leurs réseaux et probablement une partie de leur base sociale ont été évincés des postes d’influence. En Tunisie, le régime est en train d’être revu de fond en comble, mais au niveau des personnels et de leur ancrage dans la société la rupture n’est pas complète. Ayant pris leurs distances avec Ben Ali, les forces armées et certains néo-destouriens historiques commme Beji Caid Essebsi ont copiloté la transition. Si ces derniers pèsent peu à l’Assemblée constituante élue en octobre 2011, la continuité des personnels et des modes de fonctionnement paraît plus importante aux étages inférieurs de la bureaucratie, de la police et de la justice. C’est en Égypte que le changement est le moins radical (ce qui ne veut pas dire le moins prometteur). Le nouveau dispositif de l’exercice du pouvoir – même s’il est sans doute plus participatoire que l’ancien – s’y construit en effet autour du Conseil suprême des forces armées. Or les militaires, bien plus puissants que ne le sont leurs homologues tunisiens, formaient l’un des principaux piliers de l’ancien régime, et depuis le début de la contestation ils jouent un rôle de premier plan. Constatant que Moubarak était incapable d’apporter une réponse réformatrice limitée à la contestation, les forces armées et quelques autres composantes de l’ancien régime ont lâché le Président, lui-même ancien officier, et les caciques du Parti national démocrate (PND) pour sauver ce qui pouvait encore l’être et bâtir, à terme, une nouvelle coalition plus en phase avec la défense de leurs intérêts sur le long terme. Tout en célébrant l’unité avec le « peuple », les officiers chercheront probablement à conserver un pouvoir de veto, à l’instar des officiers turcs après le coup d’État de 1980 (pouvoir entamé seulement par les réformes du Parti Justice et Développement (AKP) au cours de la dernière décennie) ou de leurs confrères chiliens au moment du retour à la démocratie. Lors des premières élections législatives libres qui se sont tenues entre novembre 2011 et janvier 2012, les militaires ont d’ailleurs insisté sur le caractère limité des prérogatives de la nouvelle assemblée, y compris dans la rédaction de la future Constitution. Parallèlement, ils ont nommé un Conseil dit consultatif pour contrebalancer l’influence des élus. Dans un premier temps du moins, le nouveau régime en Égypte risque fort de ressembler à une « démocratie déficiente » et de rester contesté.

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Comme pour d’autres transitions antérieures, nous ne saurions dire si, en ce début de processus, l’équilibre des forces s’apparente à celui de l’Allemagne après la chute de l’Empire ou à celui de l’Allemagne après la chute des nazis (ce qui n’implique nullement que nous considérions les autocraties arabes déchues comme des régimes fascistes). Dans le premier cas, celui de la République de Weimar, les survivants de l’autoritarisme étaient suffisamment forts pour provoquer la destruction de la démocratie ; dans le second, celui de la République fédérale, un renouveau plus profond a permis la consolidation de la démocratie, dans une large mesure cependant grâce aux alliés de la seconde guerre mondiale. En plus, en Tunisie et en Égypte, les forces moralement conservatrices comme les Frères musulmans et al-Nahda ont réalisé des scores importants aux dernières élections, sans parler des salafistes dont le rapport à la démocratie demeure ambigu. Les « libéraux » et la « gauche » restent minoritaires. En Égypte, les listes et candidats directement issus de la contestation n’ont obtenu qu’un faible pourcentage des voix et des sièges à pourvoir ; certains se demandent s’ils n’ont été que les catalyseurs d’une recomposition de l’ancien régime. Des avancées comme la nouvelle parité entre hommes et femmes sur les listes électorales en Tunisie pourraient être remises en question.

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Ailleurs, l’orientation et la transformation des régimes politiques en place sont plus incertaines encore, voire hypothétiques. Cela est vrai notamment pour les pays dont les dirigeants ont opté pour la répression violente, répression dont l’issue ne sera pas nécessairement la même qu’en Libye, ne serait-ce qu’à cause de l’absence d’intervention étrangère. Au Yémen, le départ annoncé du Président Ali Abdallah Salih ne se traduira pas ipso facto par la paix intérieure qui faciliterait la construction d’un nouvel ordre politique. En Syrie, la contestation incessante, portée depuis mars 2011 par des manifestations régulières de dizaines de milliers de personnes dans plusieurs villes, continue à être réprimée dans le sang par un groupe au pouvoir qui, pour l’instant, ne montre ni faille ni signe d’épuisement. Toujours suivies de nouveaux actes de répression, les « réformes » telles que la fin de l’état d’urgence, la récente législation sur les partis politiques légèrement moins répressive que l’ancienne et l’annonce d’élections parlementaires pour février 2012 (reportées à 2014) servent, dans le meilleur des cas, à encadrer l’aggiornamento de l’autoritarisme pour le jour où l’opposition aura été décimée. Au Bahreïn, la répression violente des manifestations menée en coordination avec les forces saoudiennes est plutôt un mauvais présage en matière de changements d’envergure, même si une commission d’enquête a pu critiquer l’action des forces de l’ordre. Dans ces trois pays, comme en Libye, des solidarités identitaires infra-étatiques d’ordre familial (y compris « tribal »), régional et parfois religieux donnent aux conflits entre gouvernants et gouvernés des allures de guerre « civile » qui ne disparaîtront pas automatiquement avec la chute des régimes. Comme en Irak après la chute de Saddam Hussein, l’« état de nature » hobbésien peut s’installer à la place de la démocratie, ou du moins la précéder, retardant ainsi son avènement de plusieurs longues années.

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Dans les pays où les gouvernants cherchent à enrayer la contestation par des réformes qui ne se réduisent pas au seul embellissement de la répression, les changements risquent fort de se limiter à la simple adaptation de l’exercice autoritaire du pouvoir aux exigences des temps modernes. Au Maroc, la récente modification de la Constitution ne renforce que peu le Parlement et le gouvernement. Certes, à l’avenir, le roi devra nommer, en fonction du résultat des élections, le président du Conseil des ministres, désormais responsable devant l’Assemblée, mais cette disposition est une avancée modeste si on la lit à la lumière de la fragmentation de l’échiquier politique, qui, de toute manière, renforce la position du roi. De plus, le président du Conseil ne présidera les délibérations que tant qu’elles ne concernent ni la sécurité nationale ni des questions d’orientation stratégique. Enfin, et surtout, le roi demeure le « Commandeur des croyants », titre qui lui permet de contourner la Constitution en toute constitutionnalité. Quant au roi Abdallah de Jordanie, les modifications de la Constitution qu’il a proposées ne le soumettront pas davantage à une véritable séparation des pouvoirs ; ni la nouvelle Cour suprême ni la redéfinition des prérogatives législatives parallèles (plus que résiduelles) dont il est le dépositaire n’affaibliront sa position. Dans les deux cas, la modification de la Constitution ne signifie pas la création d’une monarchie constitutionnelle, et tout risque d’un « glissement démocratique » reste étroitement circonscrit.

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Enfin, n’oublions pas que dans les Émirats arabes unis et au Qatar aucune véritable contestation n’a eu lieu, et qu’en Algérie, en Arabie Saoudite, en Oman, au Koweït et au Soudan le calme a vite été rétabli. Tout en prenant des mesures pour améliorer la situation matérielle de certaines catégories sociales « sensibles », les dirigeants de ces pays ont parfois décrété de nouvelles restrictions des libertés. À terme, l’écart croissant entre les attentes des gouvernés et les moyens budgétaires disponibles nécessitera sans doute des arbitrages contestés, certes moins douloureux qu’ailleurs mais néanmoins politiquement explosifs [3][3] Tarik Yousef, Eberhard Kienle (eds), The Transformation.... Les principaux États producteurs d’hydrocarbures restent bel et bien un laboratoire pour tester les hypothèses concurrentes relatives aux rapports entre rente et autoritarisme [4][4] Hazem Beblawi, Giacomo Luciani (eds), The Rentier State,.... Précisions encore que le Liban, l’Irak et la Palestine sont des cas à part, bien qu’ils aient été touchés, eux aussi, par la vague de contestation. Malgré de nombreuses restrictions des libertés, le Liban et l’Irak sont plus marqués par le pluralisme politique que les autres États arabes. Toutefois, dans ces deux pays, les clivages entre groupes de solidarité infra-étatiques tendent à entraver toute mobilisation populaire généralisée. La seule exception a été le soulèvement qui a suivi l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafiq Hariri en 2005. Ce mouvement, qui a chassé du Liban les forces syriennes, a d’une certaine manière préfiguré les contestations récentes. La Palestine, quant à elle, reste sous occupation et domination israélienne, ce qui change entièrement la donne.

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En résumé, rien n’empêche les changements intervenus depuis la fin de l’année 2010 de se transformer en de véritables révolutions, ce qui implique au moins le remplacement complet des anciens régimes et ainsi celui de leurs institutions et dirigeants. L’histoire, y compris celle de la France, a montré combien ce processus pouvait être long et tortueux. Les chemins que les divers pays ont parcourus depuis novembre 2010, fortement tributaires de leurs passés respectifs, ne mènent pas nécessairement à une « Rome démocratique », ni même aux gîtes d’étape qui en jalonnent le trajet. En outre, l’avenir des nouveaux régimes, comme celui des survivants, dépendra non seulement de leur input legitimacy, leur caractère participatoire, mais aussi de leur output legitimacy, leur capacité à répondre aux attentes des gouvernés. À ce jour, la principale révolution est la transformation de sujets en citoyens, c’est-à-dire de victimes en acteurs qui prennent en main leur histoire et leur destin.

Nos savoirs face aux changements

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En principe, les soulèvements évoqués ici, notamment les mouvements pacifiques qui ont entraîné le départ des présidents Ben Ali et Moubarak, devraient porter le coup de grâce aux interprétations essentialistes fondées sur une dichotomie imaginaire entre « Occident » et « Orient ». Réservant la rationalité et l’histoire aux « Occidentaux », celles-ci considèrent les « Orientaux » arabes et musulmans comme incapables de réagir à la répression autrement que par la révolte spontanée, émotive et dépourvue de toute réflexion stratégique ; parfois, ces interprétations postulent même qu’ils manifestent un penchant naturel pour l’autoritarisme. Plutôt que de recourir à l’hypothèse d’un exceptionnalisme arabe ou musulman à fondement culturel [5][5] Asef Bayat, Life as Politics : How Ordinary People..., il convient d’analyser ces soulèvements dans les mêmes termes que d’autres actions collectives et mouvements sociaux. Comme les grèves, manifestations et autres protestations qui se sont multipliées ces dernières années, le « printemps arabe » dément également un autre argument de type culturaliste, pas tout à fait compatible avec le précédent, selon lequel les musulmans ne sauraient exprimer leurs griefs qu’en termes religieux et que, par conséquent, il suffirait de s’intéresser aux groupes, organisations et nébuleuses islamistes. Les débuts de la contestation en Tunisie et en Égypte prouvent le contraire, même si, par la suite, les acteurs islamistes ont gagné beaucoup de terrain.

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Cela dit, l’angle sous lequel on continue le plus souvent d’aborder l’action collective ne facilite pas l’analyse de la contestation dans les pays autoritaires, qu’ils soient de langue arabe ou non. Défini selon les termes proposés par Juan Linz [6][6] Juan J. Linz, Totalitarian and Authoritarian Regimes,... ou autrement, l’autoritarisme limite toujours le pluralisme politique, l’autonomie d’action des acteurs autres que les gouvernants et, de manière plus générale, les libertés positives et négatives des gouvernés. Aux yeux de beaucoup, l’autoritarisme semble ainsi limiter les possibilités des acteurs à exploiter les « structures d’opportunités politiques » réelles ou perçues. Or ces opportunités se trouvent au cœur du paradigme des contentious politics qui, malgré de nombreuses critiques, domine toujours la réflexion sur l’action collective. Bien que révisé et remis à jour, ce paradigme peine à saisir les opportunités d’action dans les États autoritaires [7][7] Olivier Fillieule, Éric Agrikoliansky, Isabelle Sommier... dont les stratégies de survie comprennent pourtant, outre la répression, la cooptation et la recherche de légitimité [8][8] Wolfgang Merkel et al., « Diktatorendämmerung in Nordafrika....

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Parallèlement, l’autoritarisme affaiblirait également le deuxième pilier sur lequel repose ce paradigme, à savoir les ressources dont disposeraient les contestataires ; il empêcherait notamment ces derniers de créer des organisations (définissables en tant que ressources accumulées permettant de générer de nouvelles ressources) capables d’articuler les griefs et le mécontentement. Certes, on constate dans les pays arabes une faiblesse de la société civile conçue en termes d’organisations formellement constituées, lesquelles comprennent notamment les associations et les syndicats indépendants [9][9] M. Bennani-Chraïbi, O. Fillieule (dir.), Résistances.... Mais qui dit absence d’organisations ne dit pas forcément absence de capacité d’organisation, ni de ressources plus diffuses. Les manifestants qui se sont rassemblés sur la place Tahrir ne répondaient pas à l’appel d’organisations « physiques », même si beaucoup d’entre eux étaient passés et avaient été formés par certaines d’entre elles (d’autres ayant évidemment acquis leurs compétences ailleurs). Nonobstant cela, ils ont fait preuve d’une impressionnante capacité à s’organiser, capacité efficacement relayée par des ressources aussi simples que les téléphones portables et des couteaux et fourchettes qui, frappés contre le mobilier urbain métallique, permettaient de prévenir les amis de l’approche de forces hostiles. Tout en étant des ressources cruciales pour les manifestants, les téléphones portables, la télévision par satellite et les réseaux sociaux n’ont pourtant pas été à l’origine de la contestation. La technologie a été et demeure un ensemble de moyens utilisés par des gens qui, au cours de ces dix dernières années, ont tissé des liens de solidarité non virtuels au cours de nombreuses manifestations et actions plus limitées. C’est donc bien la société civile, « diffuse » mais néanmoins « réelle », qui était à l’œuvre. Enfin, même le troisième pilier du modèle dominant, à savoir la construction des cadres de perception (framing) des situations vécues comme points de départ légitimes de la contestation, paraît à première vue fragilisé dans le contexte autoritaire. On pourrait prétendre par exemple que l’absence d’un véritable pluralisme a tendance à créer l’unanimité autour des visions hégémoniques promues par les dirigeants. Or ce serait encore une fois oublier les failles de l’autoritarisme et les opportunités qu’il peut offrir de temps en temps. Ainsi, les manifestants se sont approprié les symboles et les discours mobilisés par la propagande officielle. Les drapeaux nationaux flottent sur les manifestations au Caire comme à Homs ou à Hama, et les évocations « creuses » de la démocratie par Moubarak et par Ben Ali servent de justification à des demandes concrètes de participation politique. Il va sans dire que cette brève critique de l’utilisation souvent faite du paradigme dominant n’exclut pas une critique plus vaste qui viserait le paradigme en tant que tel. Pour expliquer le mécontentement populaire, on a beaucoup mis l’accent sur la pauvreté en général ou sur certaines de ses causes présumées directes comme le taux de chômage élevé des jeunes, l’augmentation du prix des denrées alimentaires depuis 2008 ou les effets de la crise financière mondiale à peu près contemporains. Dans nombre de pays arabes, une grande partie de la population est pauvre en effet, et bien plus pauvre que les statistiques officielles ne le donnent à penser. En Égypte, la pauvreté frappe 40 à 50 % de la population selon les modes de calcul conservateurs, 70 % selon les estimations plus réalistes. Ces chiffres sont plus préoccupants encore si l’on prend en compte tous ceux qui ont perdu relativement aux plus aisés, décrochage qui se traduit facilement par des pertes en termes absolus. Au cours des deux dernières décennies, l’écart en revenus et en patrimoine entre les quelques catégories aisées et les autres n’a cessé de se creuser dans la plupart des pays arabes, comme d’ailleurs dans de nombreux autres pays [10][10] Ragui Assaad, « Preface », dans R. Assaad (ed.), The....

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Il est vrai qu’une partie des ouvriers et des jeunes chômeurs, tous pauvres, ont joué un rôle important dans les soulèvements récents. Il est vrai également que les anciennes classes moyennes, de plus en plus déclassées, notamment les employés de la fonction publique, étaient bien représentées, de même que les étudiants sans autre perspective que le chômage ou la surqualification. Pourtant, aux côtés des « perdants » de vingt-cinq ans de réformes économiques d’inspiration néoclassique et néolibérale, bon nombre de « gagnants » se sont mobilisés parce qu’ils n’acceptaient plus que leur ascension économique et politique soit bloquée par le capitalisme politique et l’autoritarisme des gouvernants. Rappelons au passage que les indicateurs de pauvreté absolue et relative sont souvent moins préoccupants dans les pays arabes que dans d’autres parties du monde.

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Plus que le reflet de la seule pauvreté, les soulèvements apparaissent comme le résultat de griefs économiques divers et parfois contradictoires que les mécontents ne pouvaient articuler de manière efficace dans un contexte politique autoritaire, et auxquels ils pouvaient encore moins remédier. Cette lecture restera cependant toujours imparfaite si l’on ne prend pas en compte d’autres facteurs comme la coexistence difficile dans de nombreux pays de groupes de solidarité infra-étatiques dont certains étaient ou semblaient plus favorisés que d’autres en termes d’accès au pouvoir et aux ressources. Non moins importante était l’atmosphère de fin de régime qui régnait en Tunisie, en Égypte, en Libye et au Yémen, où la succession des dirigeants âgés demeurait incertaine. La crainte des courtisans face à cette incertitude ne pouvait qu’exacerber la corruption et l’immobilisme politique ; les tentatives des dirigeants visant à introniser leurs fils ne calmaient en rien l’appréhension des gouvernés.

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Venons-en enfin à la littérature académique non essentialiste qui a cherché à comprendre la longévité des régimes autoritaires arabes, déchus et survivants, et que l’on a accusée, un peu vite, de ne pas avoir anticipé les « révolutions » arabes. Liant ladite longévité à des facteurs « structurels », cette littérature très diversifiée a mis l’accent sur des variables comme la formation historique des États et les dynamiques sociologiques, économiques et internationales afférentes, y compris les tentatives de rattrapage économique et les effets de la rente pétrolière et gazière, entre autres [11][11] Eva Bellin, Stalled Democracy : Capital, Labor, and.... Elle a parfois mobilisé des explications pluricausales complexes, fondées sur les spécificités des régimes politiques, de l’organisation économique, des sociétés et des relations internationales des pays en question [12][12] O. Schlumberger, Autoritarismus in der arabischen Welt :....

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L’objectif premier de cette littérature, de loin plus analytique que spéculative, n’était point de postuler une « fin de l’histoire » marquée par la victoire définitive des autocraties. Il s’agissait plutôt d’expliquer pourquoi les régimes autoritaires en place avaient réussi à éviter toute libéralisation politique ou démocratisation substantielle avant, pendant et après la célèbre troisième vague de démocratisation [13][13] E. Bellin, Stalled Democracy : Capital, Labor, and.... La longévité des régimes en question justifiait amplement la question : si Ben Ali et Moubarak ne sont restés aux commandes qu’une bonne vingtaine ou trentaine d’années, les régimes qu’ils chapeautaient remontaient, eux, aux années 1950. Or, au cours de son histoire, aucun des régimes autoritaires contemporains dans les pays arabes n’a dépassé le niveau de la libéralisation politique cosmétique ou extrêmement sélective ; certains, comme celui de Moubarak, ont même renforcé la répression et les restrictions des libertés pendant de longues années. Puis, force est de constater que plusieurs régimes ne sont pas encore ouvertement contestés, que la plupart des régimes contestés depuis 2010 sont encore debout, et qu’à ce jour ce n’est qu’en Tunisie qu’un nouvel ordre politique démocratique semble se dessiner. Ainsi, le « printemps arabe » soulignera peut-être non seulement la fragilité mais aussi la capacité d’adaptation de l’autoritarisme [14][14] Steven Heydemann, Reinoud Leenders, Comparing Authoritarianisms :.... C’est sans aucun doute une adaptabilité relative qui a contribué à la pérennité des régimes autoritaires aujourd’hui contestés. Permettant d’absorber les demandes ou pressions émanant de groupes et d’acteurs influents ou potentiellement nuisibles parmi les gouvernés, elle s’est traduite par des mesures telles que la libéralisation économique sélective, qui permet à ses bénéficiaires de s’enrichir, ou l’autorisation de nouveaux partis politiques, dont les activités sont toutefois étroitement circonscrites (mesures qui, évidemment, rassurent en même temps l’Union européenne et les États-Unis). Pourtant, cette adaptabilité relative peut également se manifester par des transformations plus vastes comme la reconfiguration des coalitions dominantes. Les régimes égyptien et syrien issus des « révolutions » des années 1950 et 1960 avaient amorcé une telle évolution dès les années 1970. Précisément par le biais de la libéralisation économique, ils avaient commencé à créer une nouvelle classe affairiste, politiquement dépendante et dont le soutien a remplacé en partie celui de leurs constituencies traditionnelles composées d’ouvriers, de paysans et de petits propriétaires de capitaux [15][15] S. Heydemann, « Social Pacts and the Persistence of.... L’avenir dira si le lâchage de Moubarak et du PND par les militaires au profit d’autres acteurs sera limité à une telle reconfiguration de la coalition dominante.

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Grâce notamment au soutien étranger et à la rente (l’exportation d’hydrocarbures et les transferts de fonds des travailleurs expatriés jouent un rôle important dans l’économie égyptienne surtout), les régimes de Moubarak et de Ben Ali ont pu éviter les réformes économiques et politiques qui auraient permis un développement économiquement plus durable et socialement plus équilibré. Même les néoconservateurs de l’administration Bush ne sont pas parvenus à imposer des réformes politiques, bien qu’ils aient probablement offert un ballon d’oxygène aux (futurs) contestataires. L’envergure des changements en 2010-2011 reflète sans doute l’absence d’ajustements appropriés qui auraient pu limiter le mécontentement et éviter son explosion. Sur le plan politique, la « réélection » incessante de Ben Ali et les élections législatives de 2010 en Égypte, plus que jamais truquées, ont démontré cette fatale continuité. Évidemment, un revirement digne de ce nom, qui aurait exigé de réelles concessions, n’aurait pas non plus garanti aux gouvernants de pouvoir sauver leur mise. Quoi qu’il en soit, au début de l’année 2010, ceux-ci continuaient à prétendre que l’ancien « contrat social », supposé fournir aux gouvernés un certain bien-être matériel en échange de leur quiétude politique, était toujours en vigueur. Or les réformes économiques « libérales » mises en œuvre par ces mêmes dirigeants depuis la fin des années 1980 avaient progressivement vidé de sa substance le fameux contrat en lésant les uns et en favorisant les autres. Dans ces circonstances, les perdants cherchaient à peser sur les politiques publiques pour enrayer leur déclassement et leur déclin, tandis que les gagnants n’acceptaient plus que les décisions politiques et les marchés les plus lucratifs soient dominés par un petit groupe de dirigeants autosélectionnés et leurs amis. L’érosion du contrat social a fragilisé les arrangements corporatistes qui le sous-tendaient [16][16] E. Bellin, Stalled Democracy : Capital, Labor, and... et, ne serait-ce que par ricochet, les coalitions dominantes dont les fissures ont facilité au moins le début d’une « transition de l’autoritarisme » [17][17] Guillermo O’Donnell, Philippe Schmitter, Laurence Whitehead....

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L’évolution de la Tunisie et de l’Égypte n’est pas sans rappeler certains thèmes mis en avant dans les écrits communément associés à « la » théorie de la modernisation. Les soulèvements populaires dans un contexte d’autoritarisme et de croissance économique sans distribution équitable, voire de récession temporaire (relative), peuvent démontrer l’incompatibilité des institutions existantes avec la croissance de demandes sociales qu’elles sont incapables de gérer [18][18] Samuel P. Huntington, Political Order in Changing Societies,.... Ils peuvent également être lus comme l’expression des nombreuses contradictions sociétales créées par le processus de « state modernization » [19][19] Steven C.A. Pincus, « Rethinking Revolutions », dans.... De ce point de vue, les réformes économiques « libérales » en phase avec la globalisation provoqueraient l’action collective contestataire par le biais de la croissance économique, de la diversification sociale, de l’exacerbation des inégalités ainsi que des clivages sociaux et identitaires, et de l’apparition de nouveaux types de richesses plus mobiles que les anciens [20][20] C. Boix, Democracy and Redistribution, Cambridge, Cambridge.... Elles déclencheraient des révolutions là où ces transformations n’auraient pas été suivies d’ajustements appropriés et progressifs, notamment en termes de libéralisation politique. Comme les ajustements progressifs, l’avènement, plus soudain, de soulèvements populaires dépendrait de l’émergence de centres de pouvoir suffisamment forts pour défier l’ordre en place [21][21] Dietrich Rueschemeyer, Evelyne Huber Stephens, John.... Évidemment, cette interprétation ne valide pas ipso facto la théorie de la modernisation en tant que telle (qui de toute manière se décline en plus d’une seule variante), avec ses tentations téléologiques et la distinction, non moins problématique, entre tradition et modernité. Enfin, les événements en Tunisie et en Égypte rappellent en partie le paradoxe de Tocqueville [22][22] Alexis de Tocqueville, Œuvres complètes d’Alexis de..., indépendamment de toute tentative de rapprocher son auteur de la théorie susmentionnée. À l’instar de la bourgeoisie française sous l’Ancien Régime, dont les ressources matérielles et intellectuelles égalaient de plus en plus celles de l’aristocratie, une masse critique de Tunisiens et d’Égyptiens ressentaient de plus en plus les barrières qui les séparaient des dirigeants autoritaires et de leurs entrepreneurs favoris. Autrement dit, la disparition progressive des inégalités a rendu inacceptable la persistance d’autres inégalités, y compris sur le plan du respect des personnes et de leur dignité [23][23] Asya El-Meehy, « Transcending Meta-Narratives : Unpacking.... Même si la dimension tocquevillienne ne s’applique qu’aux gagnants parmi les mécontents, on est loin d’une explication des événements exclusivement centrée sur la pauvreté.

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L’évolution aux accents révolutionnaires assez limités des divers pays arabes depuis 2010 reflète la spécificité de l’histoire propre à chacun, au-delà de certains aspects communs. Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, la transformation des régimes politiques est la plus avancée en Tunisie et en Égypte. Dans ces deux pays, la formation des États contemporains, tributaire de stratégies explicites de state et de nation building, remonte bien plus loin dans l’histoire que dans la plupart des autres pays arabes. Au Maroc, les effets d’une semblable épaisseur historique se conjuguent avec ceux de la nature monarchique du régime pour limiter la contestation et ses effets politiques. Fort d’une position et d’une légitimité qui ne dépendent pas du verdict des urnes, Hassan II avait ouvert le jeu politique bien plus que ne pouvaient le faire les présidents des républiques autoritaires, d’autant qu’il pouvait toujours rendre le gouvernement élu responsable de tout échec éventuel. Ce n’est pas un hasard non plus si la répression a été la plus violente en Syrie, en Libye, au Bahreïn et au Yémen. Plutôt que des États-nations, ces pays sont des États territoriaux profondément divisés en groupes de solidarité identitaires infra-étatiques qui se trouvent en concurrence pour le pouvoir et certaines ressources [24][24] Bahgat Korany, « Alien and Besieged Yet Here to Stay :.... Ajoutons qu’à la différence de la monarchie marocaine, assez sensible à la question berbère, la monarchie du Bahreïn n’a pas su transcender ces divisions sociétales. Enfin, si les États rentiers ont largement échappé à la contestation ou à sa pérennisation, c’est surtout grâce à leur capacité à acheter la paix sociale. La seule exception à cet égard est le Bahreïn où non seulement la majorité des rentes provient des voisins mais aussi où les divisions internes séparent une dynastie et une minorité sunnites d’une majorité chiite marginalisée.

Notes

Cet article a été achevé en janvier 2012

[1]

Alain Roussillon, « Republican Egypt Interpreted : Revolution and Beyond », dans Martin Daly (ed.), The Cambridge History of Egypt, vol. 2, Modern Egypt, from 1517 to the End of the Twentieth Century, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, p. 334-392.

[2]

Joel Beinin (ed.), Justice for All. The Struggle for Worker Rights in Egypt, Washington, D.C., The Solidarity Center, 2010 ; J. Beinin, « Egypt at the Tipping Point ? », The Middle East Channel, 31 janvier 2011 ; J. Beinin, « Egypt’s Workers Rise Up », The Nation, 7-14 mars 2011 ; Joel Beinin, Frédéric Vairel (eds), Social Movements, Mobilization, and Contestation in the Middle East and North Africa, Stanford, Stanford University Press, 2011 ; Vincent Geisser, Éric Gobe, « Des fissures dans la “MaisonTunisie” ? Le régime de Ben Ali face aux mobilisations protestataires », L’Année du Maghreb, Edition 2005-2006, Paris, CNRS Éditions, 2007, p. 353-414 ; Larbi Chouikha, Vincent Geisser, « Retour sur la révolte du bassin minier : les cinq leçons politiques d’un conflit social inédit », L’Année du Maghreb, VI, 2010, p. 415-426.

[3]

Tarik Yousef, Eberhard Kienle (eds), The Transformation of Rentier States and the Future of Distributional Policies, à paraître (2012).

[4]

Hazem Beblawi, Giacomo Luciani (eds), The Rentier State, New York/Londres, Croom Helm, 1987 ; Michael Herb, « No Representation without Taxation ? Rents, Development, and Democracy », Comparative Politics, 37 (3), 2005, p. 297-316 ; Michael L. Ross, « Does Oil Hinder Democracy ? », World Politics, 53 (3), avril 2001, p. 325-361.

[5]

Asef Bayat, Life as Politics : How Ordinary People Change the Middle East, Stanford, Stanford University Press, 2010, p. 3-4 ; Mounia Bennani-Chraïbi, Olivier Fillieule (dir.), Résistances et protestations dans les sociétés musulmanes, Paris, Presses de Sciences Po, 2002, p. 22 et p. 25 ; Quintan Wiktorowicz, Islamic Activism : A Social Movement Theory Approach, Bloomington, Indiana University Press, 2003, p. 3-4 ; J. Beinin, F. Vairel (eds), Social Movements, Mobilization, and Contestation in the Middle East and North Africa, op. cit..

[6]

Juan J. Linz, Totalitarian and Authoritarian Regimes, Boulder, Lynne Rienner Publishers, 2000.

[7]

Olivier Fillieule, Éric Agrikoliansky, Isabelle Sommier (dir.), Penser les mouvements sociaux : conflits sociaux et contestations dans les sociétés contemporaines, Paris, La Découverte, 2010 ; Sidney Tarrow, Charles Tilly, Contentious Politics, Boulder, Paradigm Publishers, 2006.

[8]

Wolfgang Merkel et al., « Diktatorendämmerung in Nordafrika und dem Nahen Osten : von der Schwäche autokratischer Regime und der Stärke einer neuen Oppositionsbewegung », Berlin, Wissenschaftszentrum, WZB Mitteilungen, 2, 2011.

[9]

M. Bennani-Chraïbi, O. Fillieule (dir.), Résistances et protestations dans les sociétés musulmanes, op. cit. ; E. Kienle, « Civil Society in the Middle East », dans Michael Edwards (ed.), The Oxford Handbook of Civil Society, New York, Oxford University Press, 2011, p. 146-158.

[10]

Ragui Assaad, « Preface », dans R. Assaad (ed.), The Egyptian Labor Market Revisited, Le Caire, American University in Cairo Press, 2009, p. XV-XVIII ; Sara Sabry, « Poverty Lines in Greater Cairo : Understanding and Misrepresenting Poverty », Londres, International Institute for Environment and Development, 2009 ; The World Bank, Arab Republic of Egypt : A Poverty Assessment Update. Report No.39885, Washington, D.C., 2007 ; Daniela Marotta et al., « Was Growth in Egypt between 2005 and 2008 Pro-Poor ? », World Bank Policy Research Paper n? 5589, Washington, D.C., The World Bank, 2011.

[11]

Eva Bellin, Stalled Democracy : Capital, Labor, and the Paradox of State-Sponsored Development, Ithaca, Cornell University Press, 2002 ; Steven Heydemann, Authoritarianism in Syria : Institutions and Social Conflict in Syria, 1946-70, Ithaca, Cornell University Press, 1999 ; S. Heydemann, « Social Pacts and the Persistence of Authoritarianism in the Middle East », dans Oliver Schlumberger (ed.), Debating Arab Authoritarianism : Dynamics and Durability in Non-Democratic Regimes, Stanford, Stanford University Press, 2007, p. 21-38 ; E. Kienle, A Grand Delusion : Democracy and Economic Reform in Egypt, Londres, I.B. Tauris, 2000 ; T. Yousef, E. Kienle (eds), The Transformation of Rentier States and the Future of Distributional Policies, à paraître (2012).

[12]

O. Schlumberger, Autoritarismus in der arabischen Welt : Ursachen, Trends und international Demokratieförderung, Baden-Baden, Nomos, 2007.

[13]

E. Bellin, Stalled Democracy : Capital, Labor, and the Paradox of State-Sponsored Development, op. cit. ; Michel Camau, Vincent Geisser, Le syndrome autoritaire : politique en Tunisie de Bourguiba à Ben Ali, Paris, Presses de Sciences Po, 2003 ; Jean-Noël Ferrié, L’Égypte entre démocratie et islamisme, Paris, Autrement/CERI, 2008 ; E. Kienle, A Grand Delusion : Democracy and Economic Reform in Egypt, op. cit..

[14]

Steven Heydemann, Reinoud Leenders, Comparing Authoritarianisms : Governance and Regime Resilience in Syria and Iran, Stanford, Stanford University Press, 2012 (sous presse).

[15]

S. Heydemann, « Social Pacts and the Persistence of Authoritarianism in the Middle East », cité ; E. Kienle, A Grand Delusion : Democracy and Economic Reform in Egypt, op. cit. ; Clement Henry Moore, « Money and Power : Dilemma of the Egyptian Infitah », Middle East Journal, 40 (4), 1986, p. 634-650.

[16]

E. Bellin, Stalled Democracy : Capital, Labor, and the Paradox of State-Sponsored Development, op. cit. ; S. Heydemann, « Social Pacts and the Persistence of Authoritarianism in the Middle East », cité.

[17]

Guillermo O’Donnell, Philippe Schmitter, Laurence Whitehead (eds), Transitions from Authoritarian Rule, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1986.

[18]

Samuel P. Huntington, Political Order in Changing Societies, New Haven, Yale University Press, 1968.

[19]

Steven C.A. Pincus, « Rethinking Revolutions », dans Carles Boix, Susan C. Stokes (eds), The Oxford Handbook of Comparative Politics, Oxford, Oxford University Press, 2007, p. 397-415.

[20]

C. Boix, Democracy and Redistribution, Cambridge, Cambridge University Press, 2003.

[21]

Dietrich Rueschemeyer, Evelyne Huber Stephens, John D. Stephens, Capitalist Development and Democracy, Chicago, University of Chicago Press, 1992.

[22]

Alexis de Tocqueville, Œuvres complètes d’Alexis de Tocqueville, Paris, Gallimard, 1964.

[23]

Asya El-Meehy, « Transcending Meta-Narratives : Unpacking the Revolutions in Egypt and Tunisia », 2011 (http://www.e-ir.info/?p=8616).

[24]

Bahgat Korany, « Alien and Besieged Yet Here to Stay : The Contradictions of the Arab Territorial State », dans Ghassan Salamé (ed.), The Foundations of the Arab State, New York/Londres, Croom Helm, 1987, p. 44-75 ; E. Kienle, Ba’th v. Ba’th : The Conflict between Syria and Iraq, 1968-1989, Londres, I.B. Tauris, 1990.

Résumé

English

The Arab « Revolutions » Since late 2010 large-scale non-violent uprisings and their ripple effects have transformed the politics of the Arab countries to an extent not seen in decades. The autocratic rulers of Tunisia, Egypt, and Libya were pushed aside while most of their counterparts elsewhere continue to face various forms and degrees of contestation. However, serious challenges to these authoritarian regimes have not (yet) entailed their complete and definite demise, with the possible exception of Tunisia. Developments on the ground illustrate that contestation from below, responses from above, and the transformation of individual political regimes closely reflect the history and the « nature » of each of the states concerned. At the same time they pose additional challenges to much critiqued but common assumptions about collective action in general and in Arab contexts in particular. On the other hand, the limited extent to which political regimes have been transformed so far partially supports recently contested assumptions about the resilience and longevity of authoritarian rule in Arab states. Whether or not developing into revolutions, recent change selectively echoes arguments about modernization and points to the continued topicality of Tocquevillian ideas.

Plan de l'article

  1. Les changements : entre limites et promesses
  2. Nos savoirs face aux changements

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