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« Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires » (George Orwell).

1 1938 : c’est évidemment une date pivot pour comprendre les rapports complexes des écrivains français à la sphère politique, la façon dont ils se transforment et se dramatisent dans l’entre-deux-guerres. C’est un moment clé où se perçoit, aux yeux de tous, une accélération de l’histoire — un moment qui prend de vitesse chaque itinéraire personnel. La catastrophe en cours contraint à raffermir une posture ou à rendre une crise intérieure plus ou moins visible. L’esquive est de plus en plus difficile. Les volte-face sont rares, car chacun est tributaire de son âge, de sa foi ou de son scepticisme, de ses antécédents (14-18, profession de foi, engagement, désengagement, désillusion, etc.), mais aussi de ses mythologies et de ses fantasmes, que la conscience historique tantôt affermit, tantôt infléchit.

2 À partir de l’observation des manifestations les plus visibles (sur le plan éditorial et militant), je tenterai une typologie des postures, pour tâcher d’aborder ce qui fait, dans ce kaléidoscope, la spécificité de l’écrivain, qu’il soit projeté sur la scène de l’histoire ou au contraire en retrait, à savoir : le fantasme, l’imaginaire obsessionnel, voire, la perversion.

PAYSAGE

3 Il faut d’abord décrire un minimum le paysage littéraire de l’époque, ses mouvances et ses tropismes. Les attitudes diversifiées des écrivains français en 38-39 sont incompréhensibles si l’on ne prend pas la mesure d’un horizon qui leur est commun : le syndrome hexagonal Proust-Gide-Valéry, soit, depuis le début du siècle, une imago de l’écrivain en France encore forte et prestigieuse, un milieu littéraire autonome avec tendance forte à la littérature pure. Mais dans l’entre-deux-guerres, et particulièrement dans les années trente, le bras de fer auquel on assiste, entre d’une part l’obsession de la littérature et d’autre part le souci du politique, commence à bouleverser la donne. La montée des périls vise en somme l’exercice de la littérature lui-même tel qu’il se concevait dans un imaginaire collectif de la littérature française.

4 En dehors des ralliements ou des adhésions, soit, les signes les plus visibles d’une politisation galopante — ainsi, au PC (Aragon et Nizan puis Romain Rolland), ou au PPF « le seul parti fasciste authentique que la France ait produit [1] » (Drieu mais aussi Jouhandeau, Ramon Fernandez et quelques autres) —, les écrivains sont jetés de bien d’autres façons sur la scène politique. Voici un premier indice : il n’est pas rare que leur nom apparaisse dans le sommaire des revues qui se livrent bataille. D’un côté Candide, le premier hebdomadaire politico-littéraire français (fondé par Fayard en 1924), Gringoire et Je suis partout (créés en 1930), de l’autre Marianne (financé par Gallimard en 1932) et Vendredi (fondé en 1936 par Emmanuel Berl). Or ces revues sont loin d’être confidentielles, comme en témoignent les tirages de novembre 1936 : Gringoire, 640 000 exemplaires, Candide, 340 000, Marianne, 120 000, Vendredi, 100 000 [2].

5 Un autre signe encore, c’est évidemment la prolifération des écrits politiques ou pamphlétaires, en particulier : Jouhandeau, Le Péril juif (1937), Céline, Bagatelles pour un massacre (1937) et L’École des cadavres (1938), Giono, Précisions (le seul livre de Giono entièrement consacré à l’actualité politique est publié chez Grasset en janvier 1939), Drieu la Rochelle, Socialisme fasciste et Avec Doriot, chez Gallimard, en 1934 et 1937. Revues et livres : autant de tribunes offertes à la veine polémique des écrivains et des intellectuels publicistes, à l’antisémitisme, aussi, toujours délirant, mais particulièrement vociférant dans ces temps-là.

6 En même temps, cette place des écrivains dans les grands journaux ne contredit pas la position dominante de la littérature dans le champ culturel. En un sens, pour un temps du moins, elle la conforte. Emmanuel Berl rappelait dans son entretien avec Modiano : « Qu’il s’agisse de Marianneou même de Candide, la littérature était pour ces hebdomadaires la valeur suprême. Elle était presque plus importante que la politique… Voilà ce qui fait la différence avec les hebdomadaires actuels, où la littérature ne tient pas une très grande place. Les lecteurs achetaient Marianne pour lire le nouveau roman de Simenon ou de Colette…  [3] » (mais aussi : Duhamel, Maurois, Morand, Martin du Gard, Giraudoux, James Cain…).

7 Bref « la trahison des clercs », cette expression par laquelle Julien Benda, dès 1927, voulait exprimer une incapacité des intellectuels à se hisser au-dessus des passions politiques, cette trahison est largement consommée. La situation manifeste une sorte de contamination du littéraire par le politique et l’idéologique. L’aura de la littérature comme sanctuaire et comme citadelle protégée du temps est mise à mal par la fascination des idéologies. L’heure n’est plus du tout à la « primauté du spirituel » revendiquée par Maritain. Maurice Sachs décrivit ainsi un effet de génération : « Cette génération aime Maurras ou Marx, comme nous aimions Proust ou Gide. Et les idées majeures l’occupent comme nous occupaient des personnages de fiction [4] ». Avec la passion politique se conjugue au mieux le vertige du messianisme, au pire, la passion de l’audience. Et lorsque se combinent l’adhésion à un parti et des contributions régulières au journaux, la situation est idéale. « Avec mes articles, déclare Drieu, je touche toutes les semaines des centaines de milliers de personnes qui ne me liraient jamais si je n’étais pas au parti [5] ».

POSTURES

8 Si l’on tente une typologie politique des écrivains en 1938-1939, on s’aperçoit de sa complexité. Le spectre des postures ne peut se réduire à celui des positions affichées, munichoises et antimunichoises, de droite ou de gauche. D’abord parce que les motivations sont aussi embrouillées que celles décrites par Proust à propos des dreyfusards et des antidreyfusards. Ensuite parce qu’un écrivain pourra participer de plusieurs figures contradictoires. Enfin et surtout parce qu’un auteur reste un auteur jusque dans ses errances ou ses engagements, soit : une singularité.

9 On pourrait faire une première distinction assez simple : d’une part les écrivains enrôlés à divers degrés, les militants, les prosélytes, les prophétiques ou les imprécateurs, ceux qui participent aux journaux communistes, ou aux brûlots que sont en particulier les revues d’extrême-droite (Gringoire…) ; d’autre part les tenants de la littérature pure, pour lesquels la politique reste comme une région maudite qu’il ne faut pas approcher. De ce point de vue, on trouverait à un bout du spectre les figures déjà enrôlées dans l’Histoire, Céline, Giono, Bernanos, Drieu La Rochelle. À l’autre bout, la figure du Sartre d’avant-guerre côtoierait celle de Michaux.

10 Une telle distinction, comme on le verra, a tendance sinon à s’effacer, du moins à se nuancer, et parfois à s’estomper. C’est pourquoi si l’on veut rendre au spectre quelques-unes de ses nuances, il semble préférable de s’en remettre à un certain impressionnisme : toute taxinomie a sa part d’arbitraire. Il faudrait aussi à chaque fois tenir compte de la génération : la réaction d’un benjamin tel que Camus (vingt-cinq ans en 1938) ne peut de ce point de vue être mise sur le même plan que celle d’un aîné comme Gide (soixante-neuf ans la même année). On peut cependant repérer les catégories suivantes : les repliés, les négociateurs modérateurs, les mutants, les hyperémotifs versatiles, les amoureux de Hitler, les obsessionnels inébranlables. Avec des conversions, des passages, des mutations lentes, et des obstinations.

11 1) Les repliés ont fait le choix du bunker. Pour eux, la mise au premier plan de l’Histoire est un camouflet. C’est qu’à leur yeux, la montée des périls viserait la littérature elle-même, son image et son autonomie. Le replié a tendance à considérer l’imminence d’une guerre comme l’ébauche d’une attaque personnelle à son égard. Son intuition de la catastrophe anticipe et intériorise un scénario-cauchemar : une menace pèse aussi et peut-être d’abord sur ses propres manuscrits, sur leur publication, sur son devenir écrivain, éminemment individuel, mis en danger par le nous grégaire du conflit.

12 Il pressent d’ailleurs que, du point de vue de l’individualité littéraire, l’occupation a commencé : l’obsession de la crise n’est-elle pas en train de mettre en veilleuse, plus que jamais, les pouvoirs et le crédit de la littérature ? À sa façon, l’écrivain français replié, en 1938, fait de la résistance.

13 Les repliés pratiquent pourtant des littératures très différentes. À la fin de cette année-là, Michaux resté à Paris regrette qu’on ne parle « que de politique et de fascisme ». Il aimerait pouvoir continuer à se tenir dans son île à lui. Mais Simenon, son compatriote d’un genre très différent, voudrait lui aussi dans ces circonstances (il sera comme Michaux assigné à résidence en tant que Belge) préserver la condition de l’homme de lettres. En décembre, il écrit à Gide : « J’avoue, honteux, que je suis plus anxieux de votre avis que du communiqué [6] ». Pierre Assouline montre dans sa biographie comment Simenon reste un romancier replié sur son œuvre encore après le 3 septembre 1939.

14 Gide est à cette époque précisément un autre cas de replié, le replié par lassitude, autrefois littéraire pur (rappelons-nous sa réflexion lorsque Bernard Lazare est venu le trouver au sujet de Dreyfus : « voilà quelqu’un qui met quelque chose au-dessus de la littérature »), puis temporairement engagé et désormais fatigué. Car Gide est las de ses engagements anciens. Ainsi, après Retour d’URSS et Retouches, il a quasiment abandonné la politique. Désormais, il se veut plutôt observateur en retrait. Ce pourquoi il écrit le 8 octobre : « À quoi bon redire à mon tour ce qu’on lit dans tous les journaux. Ma voix très incertaine ne peut que se perdre en se fondant dans ce concert. S’il me paraît indécent de parler d’autre chose, mieux vaut se taire. Et pourtant le domaine où mon esprit retrouve sa valeur reste inenvahissable ; et je n’ai même pas à chercher à le mettre à l’abri. Je n’ai pas à m’y réfugier ; c’est tout naturellement que j’y vis, que j’y respire [7] ». Ou encore le 30 octobre 1939 : « les journaux déjà contiennent assez d’aboiements patriotiques… Je ne veux pas avoir à rougir demain de ce que j’écrirais aujourd’hui »  [8].

15 En même temps, malgré un sentiment d’impuissance, Gide garde de ses années d’engagement une sorte de conscience morale : « Depuis le 22 septembre, nous avons traversé des jours d’angoisse dont “on” pourra s’étonner de ne trouver aucun reflet ici. Mais celui-là se tromperait grandement, qui, de mon silence, conclurait à certaine indifférence pour la chose publique ». D’ailleurs il ne veut pas encore croire à la guerre. Dans une lettre à Martin du Gard, il garde son optimisme, malgré un message adressé par Jeff Last qui voit dans les entretiens de Munich une « défaite honteuse ». « L’Allemagne, commente Gide, eût-elle cédé devant une attitude plus ferme, ou du moins devant une fermeté plus tardive ? Une guerre eût-elle assuré le triomphe de la justice ? ou seulement celui de la force brutale [9] ? »

16 Autre cas assez particulier de replié transitoire, Queneau, qui participa de 1931 à 1933 à La Critique sociale, organe du Cercle communiste démocratique de Boris Souvarine. Quelques jours avant d’être mobilisé, il écrit dans son Journal à la date du 22 août 1939 :

17

Lectures anglaises, grec, géométrie. Travaillé dans les 10, 12 heures, mais pas de GDP [Gueule de Pierre]. L’annonce de la signature d’un pacte de non-agression germano-russe, le rappel de permissionnaires troublent les populations. Je continue à me refuser à l’emprise de ces incidents, à collaborer au mensonge politique. Que si la guerre éclatait, je trouverais personnellement (vis-à-vis de moi-même ; en tant que petit individu) assez drôle qu’il en soit ainsi au moment où, couronnant 6 ans de psychanalyse (6 ans avec interruption), je vais enfin « gagner ma vie » — et où la publication de mon roman dans la NRF peut ressembler à une reconnaissance. Qu’une modeste réussite m’échappe grâce à une guerre, serait assez réjouissant. / Il ne faut pas subir le destin comme moutons allant à l’abattoir. Cela manque de dignité. Mais il ne faut pas se laisser corrompre par la fermentation du mensonge. Et tout de même voir la « réalité ». / La paix de l’esprit conciliable avec l’état de guerre ? / Je fais du grec, de la géométrie ; je regarde les étoiles ; et ne lis guère les journaux [10].

18 On voit bien qu’entre d’une part Simenon et Michaux, d’autre part Gide ou Queneau, le repli n’a pas la même signification. Il faudrait sans doute distinguer le replié en quelque sorte congénital (Michaux), le replié par scepticisme, traversé par des crises spirituelles qui l’éloignent de la politique et de l’histoire (Queneau), et le replié par impuissance (Gide).

19 D’ailleurs, l’écrivain retranché dans son bunker pourra, sécrétant des velléités napoléoniennes, se rêver grand stratège. Le commandant Queneau, par exemple, échafaude une théorie de la victoire (guerre, révolution) basée sur la trahison. Le général Michaux (dans une lettre à Paulhan datée du 30 mai 1940), prône la guerre des nerfs, et les grandes manœuvres parapsychiques :

20

Tu me demandes ce que je pense. La colère pense en nous. Et elle pense juste. Elle pense que le style des alliés est gentil et classique. / Mais s’ils veulent gagner la guerre : 1 haine 2 imagination. Ne parlons pas du courage, puisqu’il est là. […] Si Coblence et quelques autres villes rhénanes ont été détruites, qu’on nous le fasse savoir. Ça nous fera du bien. / Quant au 2, remarque que les victoires d’Hitler depuis des années sont des victoires d’un imaginatif sans passion. Lui aussi a dû vaincre ses bureaucrates et commander à ses techniciens. / Le mauvais peintre a-t-il plus d’imagination que nous ? Quand aurons-nous en « affectation spéciale » des inventeurs libres avec ingénieur à leurs ordres ? Je prétends pouvoir porter trente divisions en Bavière et sur le Rhin sans perdre mille hommes. / Wells et quelques autres le pensent aussi, employés convenablement. / Qu’on nous laisse faire la guerre des nerfs aux Allemands et je leur fais 20 millions de névrosés en trois mois. / Abandonnera-t-on éternellement aux autres les nouvelles armes ? [...] Je ne comprends pas cette manière de passéistes. S’il n’y avait que des coalitions de moutons pour éloigner les tigres…  [11]

21 Aux repliés de ce temps-là, il faut associer Sartre, encore écrivain sur le modèle dominant, voué à la littérature pure. Sartre, dont la torpeur n’a pas été secouée par un séjour à Berlin en 1933-1934 (après l’incendie du Reichstag), transporte trois musettes de manuscrits lorsqu’il est fait prisonnier, le 21 juin 1940 : la vie de garnison a été utilement mise à profit. Après L’Âge de raison et L’Être et le néant, de 1941 à 1944, il écrira Le Sursis où il évoque (à la fin du roman) le retour de Daladier au Bourget (car le sursis, c’est aussi Munich). Le 16 mai 1940, six jours après le déclenchement de l’offensive allemande, le souci de Sartre reste de « finir au plus vite » son roman. Aussi n’est-il pas mécontent du sursis obtenu. Il écrit à Louise Védrine, fin août 1939 : « Je ne crois pas vraiment à la guerre [12] ».

22 2) Les négociateurs. Ils s’imaginent qu’on peut encore, du moins en tant que grantécrivain, converser avec Hitler ou Staline, et surtout agir sur eux. Exemples divers, dans tous les camps : Camus, Romain Rolland, Giono, Malraux. Romain Rolland (sympathisant du PC depuis 1933, il a abandonné le pacifisme, se séparant d’Alain et de Giono) envoie un télégramme à Daladier. Camus sous le pseudo de Vincent Capable dans Alger Républicain du 1er janvier 1939 : « Faut-il converser avec Hitler ?… Je suis plutôt pour les conversations, à condition qu’elles ne s’arrêtent jamais [13] ». Giono de son côté va jusqu’à envisager sérieusement une entrevue avec le dictateur nazi [14]. Quant à Malraux, il propose à Beucler d’aller rendre visite à Staline, dans le plus grand secret naturellement [15] (il était déjà parti à Berlin avec Gide, en 1934, pour intercéder auprès de Goebbels en faveur de Dimitrov).

23 3) Les mutants : ce sont ceux qui commencent à en rabattre sur le sacerdoce littéraire, ceux que l’Histoire rattrape et qui assistent à un changement en eux-mêmes. Munich, ou la politique entre dans mon existence. Mais il s’agit le plus souvent d’une lente et sourde conversion.

24 Sartre, encore replié (il évoque lui-même son « apolitisme réfractaire à tout engagement [16] »), est aussi un mutant. Dès 1938, il commence sans doute à comprendre à quel point le salut par la littérature (ce qu’il appellera plus tard à propos de Flaubert et Mallarmé l’engagement littéraire) est une utopie obsolète. D’ailleurs, le politique a déjà fait irruption dans son œuvre : il est en train de travailler à L’Enfance d’un chef, où il montre, à partir du personnage de Lucien Fleurier, comment on devient antisémite. Et il adresse à Simone de Beauvoir une lettre exceptionnellement politique (constatant le dégonflage de la France et, à l’inverse de sa famille, le déplorant), tout en gardant un ton assez désinvolte. « C’est ici qu’il faudrait peut-être, mon charmant Castor, glisser quelques renseignements sur la situation ». […] « Victoire d’Hitler sur toute la ligne » […] « C’est une véritable victoire du fascisme [17] ». Il déclarera plus tard à Michel Contat : « J’étais déchiré entre mon pacifisme individualiste et mon antinazisme [18] ».

25 À propos des mutations qui s’affichent comme des conversions, gardons-nous cependant de croire sur parole les récits rétrospectifs. Le récit de Simone de Beauvoir (qui travaillait à L’Invitée au cours du printemps 1939) évoque avec précaution, dans ses mémoires, les circonstances de sa propre conversion :

26

Il n’est pas possible d’assigner un jour, une semaine ni même un mois à la conversion qui s’opéra alors en moi. Mais il est certain que le printemps 39 marque dans ma vie une coupure. Je renonçai à mon individualisme, à mon anti-humanisme. J’appris la solidarité. [...] En 1939, mon existence a basculé d’une manière [aussi] radicale : l’histoire m’a saisie pour ne plus me lâcher ; d’autre part, je m’engageai à fond et à jamais dans la littérature. Une époque se fermait. Cette période que je viens de raconter m’a fait passer de la jeunesse à la maturité [19].

27 4) Les hyperémotifs versatiles. Ils sont susceptibles de changer de point de vue en quelques mois ou en quelques jours, Gide toujours capable de s’indigner, « vibrant comme un disque de microphone [20] », est enthousiasmé en 1940 par un premier discours de Pétain, et indigné quelques jours après par le second discours [21]. François Mauriac, lui, est ému jusqu’aux larmes par les discours du 23 et du 25 juin 1940 de Pétain, mais il va bientôt changer d’avis et d’émotion.

28 Faut-il rattacher la branche des transfuges à celle des hyperémotifs versatiles ? Cocteau qui avait été éditorialiste à Ce Soir sous la houlette d’Aragon, antifasciste, anti-franquiste, auteur d’un article sur Guernica, va se rallier au pétainisme, écrire à La Gerbe et à Comœdia, pour redevenir compagnon de route du PC après la guerre. À vrai dire, Cocteau est une espèce à lui tout seul. De même que Montherlant, antimunichois virulent dans L’équinoxe de printemps.

29 5) Les amoureux de Hitler. Queneau écrit dans son journal : « Depuis septembre 38, il n’est que trop clair que les Français sont amoureux d’Hitler ; et je ne parle pas des traîtres patentés dont quelques-uns sont au pouvoir [22] ». Rares sans doute sont en 1938 les écrivains français amoureux inconditionnels de Hitler, moins rare est l’attitude compréhensive, voire admirative. Certains pour ne pas avoir lu Mein Kampf, d’autres pour l’avoir lu. Gide en 1934 : « Excellent discours de Hitler au Reichstag. Si l’hitlérisme ne s’était jamais fait connaître autrement, il serait mieux que simplement acceptable ». Giraudoux (cinquante-sept ans, nommé par Daladier commissaire général à l’Information) en 1939, dans Pleins pouvoirs : « Nous sommes pleinement d’accord avec Hitler pour proclamer qu’une politique n’atteint sa forme supérieure que si elle est raciale ». Et jusque dans la NRF (encore celle de Paulhan), Chardonne, en février 1939 : « L’effort de régénération prendra chez l’Allemand la forme d’une révolte contre le Juif. Cette victoire sur soi-même, opposée à l’esprit juif, est incarnée par Hitler ». Sans compter Rebatet, Jouhandeau, Céline, Brasillach, Montherlant, Morand, Drieu…

30 La collaboration, en un sens, a déjà commencé avant l’occupation. Bernanos, en octobre 1940, écrivait de sa fazenda brésilienne, visant Maurras et quelques autres : « Il y a en France un parti allemand. Je ne dis pas seulement une opinion favorable à l’Allemagne, je dis un parti allemand, je pourrais presque écrire une foi allemande [23] ».

31 Cependant chez les amoureux de Hitler, la situation en 1938 est plus compliquée. Aux Munichois d’extrême-droite, tels Maurras, s’opposent les antimunichois d’extrême-droite, tel Drieu La Rochelle.

32 5bis) Il faut faire un sort particulier à Drieu la Rochelle. Il est une catégorie, ou une espèce zoologique à lui tout seul.

33 Dès 1934, Drieu l’anglophile avait rencontré à Berlin des jeunes SA et des jeunes SS, au cours d’une visite organisée par le Comité d’entente de la jeunesse pour le rapprochement franco-allemand. L’année suivante, en 1935, il assistait avec enthousiasme au congrès de Nuremberg : « Que d’élan, de force de joie ici. […] Il y a une espèce de volupté virile qui flotte partout, qui n’est pas sexuelle mais très enivrante. Il y a une générosité dans cette foule qui se donne entièrement. Mon cœur tressaille, s’affole. Ah ! ce soir je meurs, je meurs de passion ». Il voit des défilés de cinquante mille jeunes gens : « Une tragédie antique : c’était écrasant de beauté ». Ailleurs, il compare cela aux ballets russes. Drieu est évidemment fasciné par cette « esthétisation de la vie politique » à laquelle selon Benjamin tend tout naturellement le fascisme [24]. Il a visité dans la foulée le camp de Dachau le 14 septembre 1935 [25] (avant de se rendre en URSS avec les recommandations de Malraux et Nizan).

34 Plus que Drieu et Hitler, sans doute, Drieu et le fascisme à la française. Drieu, ou la haine de soi de l’intellectuel qui cherche dans le peuple son chef : militant du PPF à partir de 1936, on le voit dans les meetings en bras de chemises aux côtés de Doriot en bretelles. Et cette année-là, dans une brochure de propagande, Doriot ou la vie d’un ouvrier français, aux Éditions populaires françaises, il écrit : « Doriot est grand, gros et fort ; il sue beaucoup. Il a des lunettes, ce qui est regrettable ; mais quand il les retire on voit qu’il sait regarder. […] Quand on le voit, on se dit qu’il y a encore des Français costauds et qui peuvent dominer la situation [26] ». Drieu qui déplore la décadence, la dégénérescence d’un pays où « l’apéro est absolument assuré tous les soirs jusqu’à la mort [27] » est en fait attiré par un socialisme national, un fascisme socialiste qui ouvre la voie au communisme. Fasciné par l’idée d’une Europe qui serait une grande Sparte, régie par un ordre religieux, une aristocratie nazie, il sera cependant antimunichois. Le 14 octobre 1938, dans L’Émancipation nationale, hebdomadaire du PPF, il adressera une lettre ouverte à Daladier : « Vous êtes revenu de Munich couvert de honte ». Et peu après, le 6 janvier 1939, il enverra sa lettre de démission à Doriot, rompant avec le PPF promunichois de Doriot (auquel il adhèrera à nouveau en 1943).

35 6) Dans la dernière fournée, mettons ceux qui persistent, les inébranlables prosélytes, les pacifistes invétérés. Les obstinés, les prophétiques apocalyptiques. Giono, le prophète de la paix de Contadour, inapte à se faire traverser et transformer par l’événement, obsédé par le passé (14- 18), ne prêtant guère attention, à la différence de Romain Rolland, à l’histoire en train de se faire.

36 À l’opposé, Bernanos, le prophète de la défaite, brocardant le « Te deum des lâches » et la politique de la « paix à tout prix, c’est-à-dire de la lâcheté [28] », ulcéré de la « joie » ignoble des Français (le « lâche soulagement »). Pour cet exilé volontaire, parti pour le Paraguay puis le Brésil avant septembre 1938, Munich est « une date hideuse dans l’histoire de notre peuple ».

FANTASMES

37 Il a été jusqu’à présent question des écrivains comme s’ils n’avaient que des positions. Or leur rapport à l’histoire et au politique est toujours singulier, essentiellement émotionnel, fantasmatique, cannibale, ou allégorique. Chaque écrivain se réapproprie les convulsions de l’histoire et les annexe à l’idiosyncrasie de sa mythologie mentale. Chacun fait de la guerre un épisode de son propre combat. Dans la guerre, chacun imagine une autre guerre : la sienne, où se perpétuent les obsessions d’une paranoïa galopante ou d’un exil intérieur, et où se prolonge l’hiatus entre un imaginaire purement poétique, anhistorique, et l’histoire dans toutes les têtes. Ainsi le fantasme de Drieu semble s’exténuer, se nourrir de la situation historique : « Je ne veux plus vivre que dans l’extrême. Comment ai-je pu patienter de si longs moments ? [29] » De même le fantasme de Giono qui invoque dès 1935 le « danger paysan ». Cette croyance irrationnelle en une révolte paysanne à venir qui inaugurerait une période de « terreur et de destruction culturelle [30] » participe évidemment chez lui d’un mythe littéraire.

38 D’ailleurs l’un comme l’autre, Drieu et Giono, tout engagés qu’ils soient en apparence, ne renoncent jamais vraiment à ce qui faisait en eux un corps d’écrivain inaliénable, un corps en un sens apolitique. Ils ne cessent d’éprouver la nostalgie du retirement, et même le sentiment de l’horreur du politique. Mais c’est une sorte de défi, et une autre horreur, celle d’un « système clos, immuable » de la littérature, qui les pousse en sens inverse. Drieu note dans son Journal, le 3 novembre 1939 : « Plus de politique. Non, plus de politique. Je me suis parfois dit cela. C’est ce qu’il y a en moi de plus facile. Mais par modestie, sagesse, tact, n’aurais-je pas dû m’en tenir à ma facilité. C’était ce qui risquait de moins rater en moi [31] ». Et en 1937 : « Seulement certains jours la politique est la plus forte ». Quant à Giono, il écrit dans son Journal, en octobre 1938 : « Fini aujourd’hui Précisions sur les événements du mois passé. Quel que soit le bruit que cela fera, ni attaques ni rien ne m’empêcheront de laisser désormais tout le social de côté. Hâte de me sortir de là. Mais enfin, c’était honnête [32] ».

39 Voici trois autres exemples : Bataille, Sartre, Michaux.

40 Dans un texte qui s’intitule « La menace de la guerre », Bataille écrit : « Le combat est la même chose que la vie. La valeur d’un homme dépend de sa force agressive [33] » Et dans un texte posthume (s’appuyant sur une citation de Nietzsche : « Le don de soi comme bénéfice certain du religieux, du révolutionnaire et du soldat ») : « Les guerres sont pour le moment les plus forts stimulants de l’imagination [34] ». En un sens, l’état de guerre selon Bataille serait providentiel. Point de vue qui n’est pas sans rapport avec la « Déclaration du Collège de sociologie sur la situation internationale » signée avec Caillois et Leiris, sans doute rédigée par Caillois : « Le collège de Sociologie voit son rôle propre dans l’appréciation sans complaisance des réactions psychologiques collectives que l’imminence de la guerre a suscitées […]. Le spectacle donné fut celui du désarroi, immobile et muet, d’un triste abandon à l’événement, c’était l’attitude immanquablement apeurée et consciente de son infériorité d’un peuple qui refuse d’admettre la guerre dans les possibilités de sa politique en face d’une nation qui fonde sur elle la sienne. […] Le Collège de Sociologie regarde l’absence de réaction vive devant la guerre comme un signe de dévirilisation de l’homme [35] ».

41 Sartre dans les Carnets de guerre, esquissait une phénoménologie de l’état de guerre, perçu comme un état de guerre intérieur (« la guerre ne fait pas seulement l’objet de mes pensées, elle en est l’étoffe ») :

42

Qu’est-ce qui a changé en moi depuis le 3 septembre ? Je me suis étonné de ce changement dès le premier jour. Je craignais qu’il ne résultât d’une tension intérieure que je ne pourrais pas toujours continuer. Mais un mois vient de passer sans fatigue, sans cafard. En réalité il n’y a pas tension, c’est-à-dire lutte de moi contre moi, mais changement de ce que je suis. C’est-à-dire que l’état de guerre est devenu mon état naturel. C’est vraiment une preuve et une manifestation de ma liberté, ces métamorphoses. Car personne ne pouvait être moins indifférent que moi à un changement de cette espèce. Personne n’était plus âprement attaché à sa vie. Il y avait certainement en moi de quoi partir désespéré si précisément je n’avais pas changé par rapport à ma vie. C’est-à-dire que ce qui a changé, j’y reviens, c’est mon être-dans-le-monde. Mon caractère est resté le même mais il s’applique à des situations neuves. Le caractère reste le même sur un fond de situation modifié. C’est-à-dire que je suis d’autres possibilités. Et je ne puis regretter ma vie passée que comme on regrette des époques anciennes : presque en rêve [36].

43 Michaux, de son côté, éprouvant le sentiment de la catastrophe imminente, écrivit en 1938 un texte exceptionnellement daté par la circonstance qu’il intitula « Dragon » :

44

C’était parce que tout allait si mal, c’était en septembre (1938), c’était le mardi, c’était pour ça que j’étais obligé pour vivre de prendre cette forme si étrange.
Ainsi donc je livrai bataille pour moi seul, quand l’Europe hésitait encore, et partis comme dragon, contre les forces mauvaises, contre les paralysies sans nombre qui montaient des événements, par dessus la voix de l’océan des médiocres, dont la gigantesque importance se démasquait soudain (à nouveau) vertigineusement [37].

45 L’Histoire semblait entrer de plain pied dans le texte poétique. En fait, elle s’intériorisait. Le dragon, c’était la métamorphose du sujet traqué. Michaux poussait à l’extrême, jusqu’à l’ironie, l’héroïsme solitaire d’un fantasme personnel.

46 Bientôt, après Munich, ce sera la Grande culbute, la panique générale, la débâcle des écrivains. Bientôt (le 27 mai 1940) André Billy dans une chronique du Figaro littéraire se demandera si « nous n’avons pas trop aimé la littérature ». Bientôt (encore dans l’année 1940), Claudel va écrire son poème « Paroles au maréchal ». Bientôt, Drieu va prendre la direction de la NRF sous la censure nazie, à la place de Paulhan. Bientôt Morand, Colette, Mac Orlan, d’autres, vont écrire dans le Journal de la Milice, dans Combats. Bientôt Montherlant, antimunichois virulent dans L’Équinoxe de printemps écrira Le Solstice de juin en hommage au vainqueur. Mais bientôt aussi, certains laisseront pour un temps l’exercice de la littérature, et combattront dans la résistance. Ainsi Gary et Char.

47 Et cependant, après ce cataclysme qui semblait introduire une faille irrémédiable, dans une après-guerre marquée par l’épuration et la création du CNE, malgré une volonté affichée ici et là, en particulier du côté des Temps Modernes, de mettre la littérature en prise directe avec l’histoire en marche, la République des Lettres aura sans doute finalement survécu à la guerre. Déjà, en 1953, à travers la profession de foi de Paulhan et de la Nouvelle NRF, ne semblait-elle pas commencer à se relever, cette République autonome, même si c’était pour partager un espace plus étriqué qu’autrefois, et revivre, dans ce camp retranché, comme par-delà l’événement ? Face à Sartre, porteur d’une sorte de culpabilité historique, Paulhan, résistant intellectuel, défenseur après la guerre, à nouveau, de la littérature pure, remettait sur la table des écrivains tout ce qu’avait commencé à balayer le programme de l’engagement : la spécificité du champ littéraire, l’héritage et la tradition de l’individualité littéraire, une forme de résistance à toute emprise de l’actualité. Quant à Camus et Char, ils ne semblaient pas être vraiment, dans cette partie nouvelle, du côté de Sartre…

48 Comme s’ils avaient entendu, Paulhan, Camus et Char, dans toutes ses conséquences totalitaires, dans ses contradictions et ses leurres, et, pire, dans toutes ses terribles promesses, à la fois nazies et staliniennes, la phrase de Drieu, qu’on pourrait attribuer à bien d’autres qu’à lui : « C’est le rôle de l’intellectuel […] de se porter au-delà de l’événement, de tenter des chances qui sont des risques, d’essayer les chemins de l’Histoire. Tant pis, s’ils se trompent dans le moment. Ils ont assuré une mission nécessaire, celle d’être ailleurs qu’est la foule [38] ».

Notes

  • [*]
    Université Lumière Lyon II.
  • [1]
    D’après Jean Plumyène et Raymond Lassierra, Les Fascistes français (1923-1963), Plon, 1963, p. 110, cité par Joseph Jurt, « L’engagement de Drieu et la structure du champ littéraire de l’entre-deux-guerres », in Drieu la Rochelle écrivain et intellectuel, textes réunis par Marc Dambre, Presses de la Sorbonne nouvelle, 1995, p. 15-38.
  • [2]
    Voir Régis Debray, Le Pouvoir intellectuel en France (1979), Gallimard, « Folio essais », p. 117.
  • [3]
    Voir Emmanuel Berl, Interrogatoire par Patrick Modiano, Gallimard, 1976.
  • [4]
    Maurice Sachs, Le Sabbat, Gallimard, 1979, p. 187.
  • [5]
    Cité par Pierre Andreu et Frédéric Grover, Drieu la Rochelle, Hachette littérature, 1979, p. 366.
  • [6]
    Georges Simenon à André Gide, décembre 1939, cité par Pierre Assouline, Simenon, Gallimard, 1996, p. 378.
  • [7]
    André Gide, Journal 1889-1939, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1951, p. 1323.
  • [8]
    André Gide, Journal 1939-1949, op. cit., 1954, p. 11.
  • [9]
    André Gide, Journal 1889-1939, op. cit., p. 1323.
  • [10]
    Raymond Queneau, Journal, Gallimard, 1986, p. 31.
  • [11]
    Henri Michaux à Jean Paulhan, 30 mai 1940, IMEC.
  • [12]
    Lettre citée par Jean-François Sirinelli, Sartre et Aron, deux intellectuels dans le siècle (1995), Hachette, Littératures, Pluriel, p. 147-148.
  • [13]
    Voir Olivier Todd, Camus, Une vie, Gallimard, 1996, p. 196.
  • [14]
    Voir la notice de Pierre Citron sur Précisions dans Jean Giono, Récits et essais, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1989, p. 1182-1188.
  • [15]
    Voir Curtis Cate, Malraux, Flammarion, 1994, p. 339-340.
  • [16]
    Jean-Paul Sartre, Situations IV, Gallimard, 1964, p. 182.
  • [17]
    Jean-Paul Sartre, Lettres au Castor 1926-1939, Gallimard, p. 210-216.
  • [18]
    Jean-Paul Sartre, Situations X, Gallimard, 1976, p. 178.
  • [19]
    Simone de Beauvoir, La Force de l’âge (1960), Gallimard, « Folio », p. 409.
  • [20]
    Martin du Gard, cité par Michel Winock, Le Siècle des intellectuels (1997), Le Seuil, « Points », p. 272.
  • [21]
    André Gide, Journal 1939-1949, op. cit., p. 29.
  • [22]
    Raymond Queneau, Journaux, Gallimard, 1996, p. 490 (à la date du 25 juillet 1940).
  • [23]
    Bernanos, Le Chemin de la croix des âmes, in Essais et écrits de combat, t. II, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1995, dir. Michel Estève, p. 264.
  • [24]
    Voir Walter Benjamin, Poésie et révolution, Denoël, 1971, p. 208.
  • [25]
    Voir Pierre Andreu et Frédéric Grover, Drieu La Rochelle, éd. cit.
  • [26]
    Pierre Drieu La Rochelle, Avec Doriot, Gallimard, 1937, p. 20 (cité par Joseph Jurt, in Drieu la Rochelle écrivain et intellectuel, op. cit.).
  • [27]
    Pierre Drieu La Rochelle, Journal 1939-1945, Gallimard, coll. « Témoins », 1992, p. 320.
  • [28]
    Voir Bernanos, Lettre aux anglais (1940), in Essais et écrits de combat, t. II, op. cit.
  • [29]
    Cité par Pierre Andreu et Frédéric Grover, op. cit., p. 341.
  • [30]
    Voir lettres à André Gide et Jean Guéhenno, citées par Pierre Citron, in Giono, Récits et essais, op. cit., p. 1052.
  • [31]
    Pierre Drieu la Rochelle, Journal 1939-1945, op. cit., p. 113.
  • [32]
    Cité par Pierre Citron, in Giono, Récits et essais, op. cit., p. 1188.
  • [33]
    Georges Bataille, Œuvres complètes, t. I, Premiers écrits, 1922-1940, Gallimard, 1970, p. 550.
  • [34]
    Georges Bataille, Œuvres complètes, t. II, Écrits posthumes 1922-1940, Gallimard, 1970, p. 392 et sq.
  • [35]
    Georges Bataille, Œuvres complètes, t. I, op. cit., p. 538-540.
  • [36]
    Jean-Paul Sartre, Carnets de la drôle de guerre, dans Les Mots et autres écrits autobiographiques, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2010, p. 179.
  • [37]
    Henri Michaux, Peintures, in Œuvres complètes, t. I, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », p. 713-714.
  • [38]
    Pierre Drieu La Rochelle, Journal, op. cit., p. 503.
Jean-Pierre Martin [*]
  • [*]
    Université Lumière Lyon II.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 02/06/2010
https://doi.org/10.3917/rhlf.102.0397
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