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Revue d’histoire moderne & contemporaine

2009/2 (n° 56-2)

  • Pages : 258
  • ISBN : 9782701151069
  • DOI : 10.3917/rhmc.562.0007
  • Éditeur : Belin

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Parmi les modernistes spécialistes d’histoire institutionnelle (Verfassungsgeschichte), le système féodal de l’Empire a toujours eu mauvaise presse  [1][1] Ce texte est la version française modifiée d’un article.... Ils y ont longtemps vu une survivance moyenâgeuse dépourvue de réelle signification politique. L’un d’entre eux écrit ainsi : « Depuis la fin du Moyen Âge, les règlements féodaux de l’Empire ont évolué vers un système de formalités symboliques, et le plus souvent, à peu près vides de tout contenu » [2][2] Citation de Jean-François NOËL, « Zur Geschichte der.... Le Dictionnaire historique du droit allemand indique pour sa part que les investitures féodales, « vidées de tout contenu juridique, s’étaient sclérosées en de pures cérémonies extérieures, respectées avec minutie » [3][3] Volker RÖDEL,« Lehnsgebräuche », in Handwörterbuch.... Si les contemporains accordaient manifestement autant d’importance à ces cérémonies de pure forme, c’est sans doute parce que leur vanité les y poussait : « En définitive, le fait que le vassal soit obligé de solliciter le renouvellement de son fief devait flatter le suzerain » [4][4] Rüdiger Freiherr VON SCHÖNBERG, Das Recht der Reichslehen.... En outre, certains historiens des institutions de l’Empire ont actuellement tendance à minimiser l’importance de la vassalité impériale, qui leur semble peu susceptible d’insérer l’histoire allemande dans un modèle européen, et à privilégier l’Empire plus étroitement « allemand », politiquement ressoudé par les nouvelles institutions issues de la réforme de 1495, face à l’Empire vassalique qualifié de « médiéval ». On peut par exemple lire que « le pouvoir de l’Empire découle, en tant que pouvoir de l’Empereur, de la constitution impériale et non des linéaments du droit féodal » [5][5] Georg SCHMIDT, « Das frühneuzeitliche Reich – komplementärer....

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Tous ces efforts pour établir une distinction conceptuelle entre la constitution de l’Empire à l’époque moderne et les institutions vassaliques du Moyen Âge se heurtent à une objection de taille :« l’Empire », fondamentalement, ne se prête pas à une définition très stricte. Il n’a jamais établi formellement la liste de ses membres, même sa taille n’était pas fixe mais adoptait au contraire des contours variables selon l’angle sous lequel on le considérait ou selon les prérogatives auquel il prétendait. C’est même précisément ce qui caractérise ce corps politique :ses structures anciennes et nouvelles se chevauchent et parfois se contredisent. Pour comprendre l’Empire tel qu’il était, les historiens auraient tort de s’essayer à plus d’exactitude que ce qu’autorise leur objet.

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On peut surtout trouver parmi les contemporains de prestigieux témoins à décharge pour invalider le piètre jugement porté plus tard sur le système féodal en général et sur le rituel d’investiture qui en est la clef de voûte. Johann Stephan Pütter, un des plus grands juristes du droit d’Empire, écrit à une date aussi tardive que 1787 :

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« Une des circonstances les plus solennelles par lesquelles se manifeste aux yeux de tous, à Vienne, l’unification des membres si divers de l’Empire sous un seul et auguste chef, se déroule à l’occasion de l’investiture féodale que chaque possesseur d’un fief d’Empire est tenu de recevoir » [6][6] Johann Stephan PÜTTER,Historische Entwickelung der....

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Jusqu’en plein XVIIIe siècle, on considérait ces investitures du trône (Thronbelehnung) comme les «firmissima totius Imperii anchora» [7][7] Johann Christoph VON UFFENBACH,Tractatus singularis..., comme « le point le plus essentiel des institutions d’Empire et le lien qui noue entre eux le chef et les membres » [8][8] Rapport du vice-chancelier d’Empire Colloredo :« Act.25..... Au fond, les catégories les plus élémentaires du droit d’Empire – la « supériorité territoriale » sur laquelle se fondait le pouvoir des princes, comtes ou villes libres; l’« Ordre princier » formant l’un des trois collèges au sein de la Diète d’Empire, la « dignité électorale » dont jouissaient ceux qui choisissaient l’Empereur – trouvaient toutes leur source dans le système vassalique; et chaque changement important de statut affectant un membre de l’Empire s’effectua, jusqu’au XVIIIe siècle, dans les formes prescrites par le droit féodal [9][9] Voir R. VON SCHÖNBERG,Das Recht der Reichslehen…, op.cit.,.... C’est ce gouffre entre l’interprétation des contemporains et celle des historiens ultérieurs qui m’amène à m’interroger sur la fonction véritable des investitures du trône à l’époque moderne, sur l’évolution qu’elles ont connue entre le XVIe et le XVIIIe siècle, et sur ce que tout cela nous apprend des caractéristiques de la constitution de l’Empire.

L’INVESTITURE : UN RITUEL QUI ACTUALISE L’EMPIRE

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Mon approche consiste à écrire l’histoire des institutions comme une histoire des symboles, car je crois frayer ainsi un chemin vers une meilleure compréhension des aspects les plus étranges et les plus hermétiques de la constitution de l’Empire. Toutefois, cette histoire des symboles n’est pas ici l’histoire traditionnelle des objets symboliques, axée sur l’évolution des couronnes et des sceptres, des bannières et de l’héraldique – mais bien plutôt une tentative pour décrire les institutions impériales, profondément, comme un ensemble de pratiques rituelles et symboliques [10][10] Je me permets de renvoyer à quelques réflexions de.... Je pars du principe que les structures politiques et sociales ne constituent pas un donné objectif, qu’elles reposent au contraire toujours sur le sens que leur attribuent ceux qui y participent – il s’agit, pour reprendre les catégories du temps, d’entia moralia et non d’entia physica[11][11] Samuel PUFENDORF, Acht Bücher vom Natur- und Völcker-Rechte,... – et qu’elles sont reproduites par un comportement symbolique et rituel. En choisissant cette approche, je vais à contre-courant des historiens des institutions cités plus haut, qui considèrent au fond les rituels comme des formalités sans contenu et la pratique symbolique comme le contraire de la « vraie politique ». Je pose le présupposé inverse :l’unité politique et l’ordre social ne peuvent fondamentalement se passer d’une activité symbolique et rituelle. Dans le cas du Saint-Empire et de ses structures pré-modernes, il est particulièrement clair que le bon ordonnancement de l’ensemble devait nécessairement être construit en permanence par des mises en scène symboliques et ostentatoires, puisque la validité des principes présidant à cet ordonnancement n’était pas consacrée par une Constitution écrite et systématique. Cette situation comportait toutefois trois corollaires :la cœxistence durable de prétentions inconciliables parmi ceux qui participaient au système impérial; la fréquente incapacité à trancher les conflits qui résultaient de cette concurrence; la conservation, au moyen d’anciennes formes symboliques, de normes qui étaient constamment enfreintes de facto.

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Le rituel des investitures du trône effectuées par l’Empereur se prête bien à une analyse de ces caractéristiques des institutions d’Empire. L’investiture d’un fief impérial en faveur d’un prince peut en effet être appréhendée comme un rituel, c’est-à-dire une succession d’actions formalisée, détachée du quotidien, publique, chargée de symbolisme, et entraînant un changement de statut ou l’établissement d’une obligation [12][12] Le concept de « rituel » tel que je l’emploie ici est.... Son rôle essentiel consistait non seulement à conférer ses prérogatives au prince investi et à établir un lien de fidélité entre lui, l’Empereur et tout l’Empire, mais aussi à poser un signe symbolique, au-delà de l’acte lui-même, de la majesté de l’Empereur et de l’Empire vue comme un tout [13][13] Hagen KELLER, « Die Investitur. Ein Beitrag zum Problem.... Le rituel ancrait la relation individuelle dans le cadre de la communauté globale et procurait à ses valeurs fondamentales ainsi qu’à ses catégories ordonnatrices non seulement l’occasion de s’exprimer à nouveau, mais bien une refondation nouvelle et solennelle – pars pro toto – faisant ainsi en sorte que l’ordre institutionnel soit inscrit dans la durée [14][14] Voir André HOLENSTEIN,Die Huldigung der Untertanen.....

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Le système féodal formait un réseau enchevêtré qui, non sans entraîner des chevauchements concurrentiels, tissait des liens de fidélité personnelle entre tous ceux qui disposaient, à chaque échelon du corps politique et social, de droits permettant l’exercice du pouvoir. Idéalement, tous ces liens se rejoignaient en la personne de l’Empereur, suzerain suprême, et en recevaient leur légitimité. Chaque rituel d’investiture, à quelque niveau que ce soit, construisait une relation similaire à celle qui existait entre le sommet impérial et les princes, conférant ainsi à la pyramide féodale une structure homogène jusque dans ses subdivisions les plus modestes. L’investiture du trône quant à elle était à l’époque moderne l’acte constitutif établissant un contact personnel entre chaqueprince vassal d’Empire et chaque Empereur – telle était du moins la norme. Les autres vassaux de l’Empereur, d’un rang inférieur, recevaient leurs fiefs du Conseil Impérial Aulique (une institution mise en place à la fin du XVe siècle et constituant, outre son rôle féodal, celui des deux tribunaux d’Empire qui était le plus étroitement contrôlé par l’Empereur) au cours d’un rituel nettement moins imposant [15][15] À propos de ces fiefs, appelés « fiefs du Conseil Impérial.... De cette manière, l’acte d’investiture avait une double fonction :mettre en scène la position de l’Empereur; mais aussi marquer les différences de statut parmi les vassaux d’Empire. Bien que la revendication par les princes d’un droit héréditaire sur leurs fiefs ait été reconnue de facto depuis le Moyen Âge, la nécessité demeurait intacte de renouveler l’investiture à chaque fois que le suzerain ou le vassal décédait afin de fonder à nouveau la relation vassalique sous la forme d’une loyauté personnelle [16][16] Sur le système féodal au Moyen Âge :Karl-Friedrich....

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Pourtant, les princes exerçaient, dès la mort de leur prédécesseur, l’intégralité de leur pouvoir sur les territoires qu’ils héritaient ainsi que de leurs droits à participer aux institutions d’Empire. Quel pouvait donc bien être le poids juridique du rituel d’investiture ? Les hommes de loi de l’époque se sont penchés sur la question et se sont opposés sur la réponse à lui apporter. Carl Andreas Seyfert, un juriste de Halle, affirma par exemple en 1685 que les vassaux d’Empire avaient en propre une potestas autocratica dans leurs territoires – au moment où son prince, l’électeur de Brandebourg, proclamait d’autant plus sa légitimité sui generis qu’il avait obtenu en 1657 le statut de souveraineté dans son duché de Prusse, situé pour sa part hors de l’Empire. La seule conséquence de la dévolution du fief résidait selon Seyfert dans l’obligation de loyauté envers l’Empire. Quant à l’acte d’investiture, il ne formerait pas la base légale du lien vassalique ni celle du droit de propriété sur le fief mais représenterait uniquement un signe solennitatis causa de la transmission du fief :«hic ritus essentialis non est». Les cérémonies de l’investiture auraient pour seule fonction d’illustrer la dignité du fief et de fournir un témoignage public de l’opération [17][17] Carl Andreas SEYFERT (Resp.), Peter MÜLLER (Praes.),....

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Johann Jakob Moser, un des plus célèbres et des plus prolifiques spécialistes du droit d’Empire au XVIIIe siècle, était d’un tout autre avis : « L’investiture est un acte solennel au moyen duquel le suzerain confère au vassal le droit de posséder un fief et d’en jouir, ou bien le confirme dans la possession effective de son fief ». Moser souligne que même si l’exercice du pouvoir territorial ne dépend pas du rituel,

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« l’investiture n’est pas qu’une cérémonie sans contenu, comme le prétendent quelques auteurs récents; mais elle est selon le cas un témoignage ou un aveu solennel que le fief même, avec toutes ses prérogatives, vient de l’Empereur et de l’Empire vers le vassal et n’est pas la pleine propriété du vassal mais, comme tous les autres fiefs, est lié à l’Empereur et l’Empire par une obligation particulière » [18][18] J.-J.MOSER,Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit.,....

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Les conférences pour l’instruction du futur empereur Joseph II rédigées par Christian August von Beck, juriste de la cour des Habsbourg, comprennent une formulation plus lapidaire : « L’investiture est un acte solennel au cours duquel le suzerain transmet effectivement le fief au vassal contre sa promesse d’être loyal et de fournir les aides féodales. C’est par elle que le vassal obtient le droit de posséder le fief » [19][19] Christian August VON BECK,« Kurzer Inbegriff des deutschen....

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Ainsi, ceux qui faisaient porter l’accent sur le lien féodal voyaient dans l’investiture un rituel performatif instaurant la relation d’obligation qui en constituait la caractéristique. Ceux qui cherchaient au contraire à minorer le lien féodal au bénéfice du pouvoir territorial ramenaient l’investiture au rang d’une « cérémonie sans contenu » voire, comme Bogislav Philipp von Chemnitz, à un «simulacrum potius quam ius majestatis» [20][20] Hippolithus A LAPIDE [Bogislav Philipp VON CHEMNITZ.... Enfin, on rencontre déjà une explication historisante : le rituel serait une relique de ces temps anciens où l’on n’avait pas encore coutume de conclure des contrats écrits. Le lien féodal se fonderait sur un contrat réciproque, et ce contrat consisterait en l’investiture : «Feudum per solam investituram constitui». L’action symbolique solennelle aurait pour fonction de permettre l’expression de la ferme volonté («seria voluntas») des contractants. Elle aurait été instaurée lorsque le secret de l’écriture n’avait pas encore été découvert et parce que les cérémonies et les signes étaient de meilleurs témoins du sérieux et de l’engagement que les mots, et s’inscrivaient plus profondément que ceux-ci dans les mémoires [21][21] Cette thèse a été avancée par Georg Ludwig Boehmer,....

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La question de savoir si cet acte fondait un droit ou n’était qu’une pure formalité, question si volontiers débattue par les historiens des institutions, posait toutefois dès le XVIIIe siècle un problème anachronique. Elle découle en effet d’une appréhension positiviste du droit et elle jette sur la constitution d’Empire les oripeaux d’une structure qu’on ne trouvera que dans les dispositifs normatifs systématisés. En fait, c’est une question à laquelle on ne peut pas apporter de réponse tranchée car l’investiture était le lieu où s’affrontaient, précisément au XVIIIe siècle, différentes conceptions du droit. C’est vers une autre interrogation qu’il convient de se tourner :comment les acteurs eux-mêmes se sont-ils comportés envers ce rituel, et quel fut leur succès dans leurs tentatives pour faire valoir, au plan symbolique, leurs prétentions respectives ?

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La forme du rituel connut d’importantes mutations au cours de l’époque moderne. Les relations imprimées rédigées par les hérauts d’armes à la fin du XVe et au XVIe siècle nous donnent à voir dans les investitures du trône des cérémonies somptueuses qui ne se déroulaient que lorsque l’Empereur et les princes d’Empire étaient réunis en public pour une occasion solennelle [22][22] Des relations très précises ont été en particulier.... Le scénario en est bien connu :le rituel était fermement inscrit dans l’espace – par des haies d’hommes en armes – et dans le temps – par des cymbales et des trompettes – si bien que « chacun prêtait d’autant plus d’attention » [23][23] [J. VON FRANCOLIN ], Kurtzer Bericht…, op.cit. (non.... Sur une estrade richement décorée et dressée en plein air, l’Empereur apparaissait in majestate, c’est-à-dire revêtu de tous les attributs impériaux, accompagné des princes-électeurs qui, conformément à la Bulle d’Or qui avait fixé leur nombre et leur rôle en 1356, faisaient le service de leurs offices auliques. Les textes mentionnent toujours la présence d’un grand concours de peuple. Ceux qui sollicitaient l’investiture s’avançaient alors, entourés de ceux qu’ils avaient choisis pour intercesseurs et des centaines d’hommes de leur suite, tous à cheval et portant sur leurs bannières comme sur leurs habits les couleurs de leur maître. Cette troupe commençait par faire trois fois le tour, au galop, du trône impérial – un ritus circumequitandi attesté depuis le temps de l’Empereur Sigismond (1410-1437) [24][24] U. VON RICHENTHAL,Chronik…, op.cit., p.103 sq.; K.-H.SPIEß,« Kommunikationsformen…»,.... Plusieurs descriptions signalent explicitement qu’il s’agissait de mettre en scène la puissance militaire du vassal, comme lors d’un tournoi :des centaines de chevaliers, tous « guerriers de bonne noblesse, vaillants et bien entraînés » se pressaient autour de la bannière rouge,« comme ils ont coutume de le faire sur le champ de bataille » [25][25] [J. VON FRANCOLIN ], Kurtzer Bericht…, op.cit.; C..... Les amis les plus proches de l’impétrant, intercédant pour lui, portaient en s’agenouillant trois fois la requête d’investiture à l’Empereur. Celui-ci rassemblait les princes-électeurs pour une courte délibération rituelle qui mettait en scène le caractère consensuel de l’exercice du pouvoir dans l’Empire [26][26] À ce moment du rituel pouvaient survenir des protestations.... L’archevêque-électeur de Mayence, en sa qualité d’archichancelier de l’Empire, portait l’acquiescement de l’Empereur aux intercesseurs qui remerciaient et transmettaient la réponse à l’impétrant, jusqu’ici demeuré à l’écart. Ce n’est en effet qu’après cette séquence de dialogue ritualisé que le vassal entrait lui-même en scène, s’agenouillait devant le trône et tendait à l’Empereur les bannières de ses fiefs – une pour chacun de ses territoires avec les armes correspondantes et en outre la « bannière sanglante » rouge qui symbolisait le droit de haute justice, cœur de la puissance territoriale [27][27] J.-C.LÜNIG,Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol.2, p.939,.... Le vassal prêtait à genoux le serment vassalique que lui dictait l’archichancelier, en posant les doigts sur les Évangiles, ouverts sur le giron de l’Empereur (cet usage est attesté depuis 1530) [28][28] La teneur de ce serment fit dès le départ l’objet d’une.... Aussitôt après, l’Empereur lui rendait une à une les bannières que le vassal, à son tour, tendait à sa suite, et dont le peuple cherchait alors à s’emparer, ce qui avait généralement pour effet de les déchirer [29][29] Sur l’élément rituel de la spoliation des bannières.... Pour finir, le vassal baisait le pommeau de l’épée d’Empire et, toujours à genoux, faisait un discours de remerciement; alors seulement, il était autorisé à se relever et à repartir à cheval avec sa suite vers le lieu de sa résidence.

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Au cours d’un rituel aussi solennel, c’est en quelque sorte la présence réelle de la majesté de l’Empire ainsi que de son ordre hiérarchique qui était donnée à voir. Les contemporains qualifiaient cette situation de repræsentatio identitatis. Selon la doctrine des théoriciens favorables au Concile à la fin du Moyen Âge, l’Empereur entouré des princes-électeurs assurait, aux deux sens du terme, la représentation de l’Empire [30][30] Hasso HOFMANN, Repräsentation. Studien zur Wort- und... :au cours des actes solennels, accomplis par l’Empereur et les électeurs en public et dans une forme déterminée, il ne s’agissait pas seulement de rendre accessible à la vue et aux sens la majesté de l’Empire, il s’agissait aussi de créer les conditions juridiques de l’unité impériale; ce qui advenait dans ces formes consacrées avait valeur d’acte accompli par tout le corps politique de l’Empire,pars pro toto. La solennité de la cérémonie donnait en effet une image non du seul pouvoir de l’Empereur, mais aussi de la part que prenaient les princes-électeurs au système impérial – ce qui se traduisait par la procédure, les attributs et le vêtement comme par le dialogue gestuel et verbal ou les allers-retours très normés des joyaux d’Empire, des mains de l’Empereur à celles des électeurs, et, surtout, par la délibération rituelle. L’acte, enfin, rendait également présent l’ordonnancement tout entier de l’Empire par le fait que le vassal, à genoux, se soumettait et recevait de l’Empereur approuvé par ses électeurs son statut de membre de l’Empire et de dépositaire du pouvoir.

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La plus-value symbolique du rituel était donc, on le voit, au bénéfice des deux parties en présence. Elles profitaient toutes deux du prestige et de la splendeur d’un spectacle qui évoquait le pouvoir de légitimer que les Empereurs romains germaniques avaient accumulé au cours des siècles et qui s’incarnait dans de multiples éléments concrets. Le rituel offrait à l’Empereur et aux électeurs la possibilité de se présenter comme le sommet du corps politique, répandant la légitimité. En reconnaissant la majesté de l’Empire comme source de son propre pouvoir, le vassal recevait de son côté sa part de cette légitimité, fondée sur une tradition vénérable, et du rang insigne qu’elle occupait. Il y trouvait en outre l’occasion de déployer tout son capital social et de mettre en scène sa puissance militaire.

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Le cérémonial d’investiture revêtait une efficacité performative plus grande encore lorsque l’on opérait à cette occasion des changements dans la constellation des statuts au sein de l’Empire. Ce fut le cas par exemple lors de l’érection du Wurtemberg en duché en 1495 [31][31] Stefan MOLITOR (éd.),1495 :Württemberg wird Herzogtum...., en 1548 avec l’investiture de Maurice comme électeur de Saxe – son cousin Jean Frédéric ayant été déchu de la dignité électorale après sa défaite dans la guerre de la Ligue de Schmalkakde [32][32] N.MAMERANUS, Investitura regalium…, op.cit.; le déficit... – et en 1623 pour l’octroi controversé à Maximilien de Bavière de la dignité électorale dont l’Empereur considérait qu’elle était vacante depuis la mise au ban de l’Empire de l’électeur Palatin [33][33] Walter GOETZ (éd.),Die Politik Maximilians I. von Baiern.... Dans ces deux derniers cas, le caractère totalement novateur du procédé rendait d’autant plus nécessaire la légitimation rituelle, et l’Empereur avait tout autant intérêt que le vassal à ce que la cérémonie ait lieu dans le respect des formes et en la présence du plus grand nombre possible de princes de l’Empire, puisque chacun de ceux qui participaient à un rituel public faisait ainsi savoir qu’il en reconnaissait la validité [34][34] Une réflexion générale à ce sujet :Gerd ALTHOFF,« Inszenierung.... C’est pour cette raison que ceux qui étaient hostiles à l’élévation de la Bavière à l’électorat en 1623 décidèrent ostensiblement de ne pas venir, refusant ainsi de participer par leur présence à la légitimation de l’acte. Les deux investitures électorales firent l’objet d’un grand nombre de publications et, en vertu de leur caractère exceptionnel, furent mises en parallèle :l’investiture de Maximilien de Bavière en 1623 n’eut pas seulement lieu le même jour que celle de Maurice de Saxe en 1548, le 23 février; elle bénéficia également du même traitement iconographique, la légitimité de l’une étant ainsi étayée sur l’exemple de l’autre. Matthäus Gundelach peignit pour l’hôtel de ville d’Augsbourg, entre 1622 et 1624, la cérémonie d’investiture électorale de Maurice de Saxe; ce tableau servit de modèle pour la représentation de l’investiture électorale de Maximilien de Bavière qui se trouve dans la série des princes Wittelsbach effectuée pour l’église collégiale du monastère de Scheyern en 1624-1625 [35][35] Voir les catalogues d’exposition suivants :Wolfram.... Il est remarquable que sur ces images aucun des princes-électeurs ne manque à l’appel alors qu’en fait en 1623 seuls les archevêques-électeurs de Cologne et de Mayence étaient personnellement présents. Autant dire que les représentations iconographiques avaient une visée plus normative que descriptive et qu’elles dépeignaient l’idéal, et non la réalité, de l’acte d’investiture.

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En effet, dès la fin du Moyen Âge, toutes les investitures étaient loin de ressembler à ce que nous avons décrit – une lourde cérémonie célébrée en plein air avec les bannières. Dans la première moitié du XVIe siècle, cette forme devint même l’exception – mais c’est paradoxalement cette exception qui est alors érigée en norme. Sans entrer dans le détail, les principales modifications affectant alors le rituel sont les suivantes [36][36] Une énumération plus précise dans J.-J. MOSER, Von....

L’INVESTITURE COMME SISMOGRAPHE DE L’EMPIRE

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En premier lieu, les opérations se déroulèrent de plus en plus non pas en plein air, mais entre quatre murs, là où l’Empereur avait pris résidence, et plus tard à sa propre cour – ce qui correspond à l’évolution concomitante des Diètes d’Empire [37][37] Les princes ecclésiastiques avaient toujours été investis.... Le fait que chaque vassal devait de plus en plus aller à la cour de l’Empereur pour recevoir son fief contribua d’ailleurs fortement à faire de celle-ci un centre visible et vivant pour tous ceux qui constituaient l’Empire. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les investitures du trône occupèrent une place importante dans le quotidien de la cour impériale [38][38] Elles sont en particulier très présentes dans le journal....

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Par voie de conséquence – et deuxième modification – le spectacle de la chevauchée avec les bannières, similaire au tournoi, fut abandonné. La dernière investiture solennelle par don des bannières et en plein air fut organisée pour le prince-électeur Auguste de Saxe en 1566 à Augsbourg [39][39] J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…,.... La cérémonie beaucoup plus sobre par laquelle un prince recevait en personne son fief dans la résidence de l’Empereur était toutefois considérée comme une investiture au rabais.À partir de 1577 en tout cas, le prince-évêque de Wurtzbourg demanda à l’Empereur de lui certifier par écrit, à chaque fois qu’il fut investi de sa principauté, que l’investiture en chambre avait la même valeur que celle « en ornements impériaux sur un trône placé en plein air et avec les bannières » [40][40] Friedrich MERZBACHER, « Der Lehnsempfang der Baiernherzöge »,.... Il faisait ainsi allusion à la troisième modification :l’apparition de l’Empereur «in majestate»,«habitu Augustali», c’est-à-dire en tenue d’apparat avec tous les joyaux de l’Empire, était également tombée en désuétude [41][41] J.-C.LÜNIG,Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol.2, p.941.... Les différents acteurs de la cérémonie se montraient en manteau de type espagnol; le seul joyau d’Empire qui continuait à être présent était l’épée, puisqu’il était nécessaire d’embrasser son pommeau. Quatrième évolution :la chorégraphie à l’intérieur de la chambre impériale fit en revanche l’objet d’un raffinement croissant, chaque pas et chaque geste étant soigneusement codifiés – la nécessité pour le vassal de quitter la pièce en s’agenouillant à nouveau trois fois et sans tourner le dos à l’Empereur, le moment où ce dernier ôtait sa coiffure ou la remettait, par exemple [42][42] « Ceremoniale deren Reichs-Fürstliche Belehnungen […]....

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Le cinquième changement concerna le caractère public de l’opération. Le petit peuple des villes d’Empire n’en était plus le spectateur. Il y avait cependant toujours un public :les sources mentionnent constamment « différents cavaliers, les envoyés étrangers et les spectateurs » qui emplissaient la chambre. Les huissiers, nous dit-on par exemple, avaient ordre « de laisser entrer tous les cavaliers; les autres en revanche sont introduits dans la salle des gardes jusqu’au début de la cérémonie, et alors ils en laissent entrer un grand nombre » [43][43] J.-C.LÜNIG, Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol. 2,....À la place des hérauts d’Empire et de leurs relations, ce sont désormais des périodiques comme Der Europäische Herold ou Reichs-Fama qui s’emparent de l’événement. Celui-ci se déroule donc indirectement devant le public aulique de l’Empire et de toute l’Europe [44][44] Pour autant que je sache, aucune investiture ne fit....

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Les démarches liées aux investitures – c’est la sixième modification – passèrent de plus en plus par l’écrit et obéirent à une codification normative croissante, à commencer par la vérification de toutes les pièces justificatives nécessaires, et jusqu’aux taxes et contributions qu’il fallait payer [45][45] Sur cette vérification et sur ses tarifs : C.A. VON.... L’ordonnance réglant en 1654 le fonctionnement du Conseil Impérial Aulique en fournit un bon exemple :elle précise le statut exigé des agents et représentants (il est interdit de charger de simples chambellans d’Empire de recevoir le fief); elle menace ceux qui ne demandent pas leur investiture dans les délais requis d’une saisine du procureur de l’Empire (Reichsfiskal); elle impose la tenue d’un registre bien ordonné des fiefs, etc. [46][46] « Reichshofratsordnung Ferdinands III. vom 16.3.1654 »,.... Depuis 1652, les différentes investitures étaient consignées par écrit non plus dans le seul registre des fiefs, mais aussi dans ceux du cérémonial de la cour de Vienne où « chaque cérémonie d’investiture du trône donne lieu à un procès-verbal particulier et circonstancié fait par les services du grand-maître de cour, afin qu’on puisse s’en servir et s’en inspirer dans les temps et les cas futurs » [47][47] J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…,....

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Le septième et dernier changement est le plus important, puisqu’il concerne les acteurs de la cérémonie. Tout ce que l’on observe à propos des Diètes d’Empire vaut également pour les investitures. Les princes-électeurs ne viennent plus en personne – à quelques rares exceptions près, comme la transmission de la dignité électorale à la Bavière en 1623 – et même les titulaires des charges auliques héréditaires de l’Empire furent remplacés à partir du règne de Ferdinand Ier (1558-1564) par des dignitaires de la cour impériale. Seul le vicechancelier d’Empire, représentant de l’archevêque-électeur de Mayence à la cour de l’Empereur, continuait à être le plus souvent là. La participation des officiers auliques viennois n’alla pas sans controverses : les détenteurs des charges d’Empire héréditaires pouvaient en effet prétendre à d’importants dédommagements financiers pour leur prestation lors des investitures et ces revenus menaçaient désormais de leur échapper. Avec l’appui de leurs maîtres, les princes-électeurs, ils parvinrent finalement à obtenir une confirmation écrite et imprescriptible de leurs droits dans la capitulation électorale (un document que chaque Empereur devait négocier au moment de son élection) de Ferdinand II (1619-1637), alors même qu’ils n’exerçaient plus leurs fonctions [48][48] Une présentation détaillée de cette affaire dans Friedrich.... Enfin, et surtout, les vassaux étaient de moins en moins présents en personne, tandis que l’Empereur continuait à effectuer lui-même toutes les investitures du trône.

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Les modifications que nous venons de décrire ne s’effectuèrent pas de manière linéaire, ni dans l’harmonie. Le rituel de l’investiture formait au contraire comme une balance où, aux yeux de tous, l’Empereur et chacun de ses vassaux jaugeaient les équilibres de leur relation. Il ménageait aux deux parties une certaine marge de manœuvre, mais les soumettait également à une dépendance. L’Empereur pouvait compter sur la force d’inertie acquise par les traditions, ainsi que sur la puissance de l’institution « Empereur » en tant que source de légitimité. Sous cet angle, l’investiture était une grâce qui appelait la gratitude des vassaux. Par ailleurs, l’Empereur était chez lui et avait la haute main sur la mise en scène du rituel; il pouvait en partie en fixer les règles formelles et contraindre les vassaux à respecter les formes qu’il désirait. En fin de compte, nous dit Johann Jakob Moser, à l’occasion de sa nouvelle investiture chaque vassal « la requérait comme un bienfait de la part de son suzerain, de telle sorte que le vassal est tenu de se conformer dans ce domaine à la volonté de son suzerain » [49][49] J.-J.MOSER, Einleitung…, op.cit., p.15.. Ainsi, l’Empereur pouvait soumettre les envoyés d’un vassal à une pénible attente ou même refuser de les recevoir tant que quelque chose contrevenait aux normes [50][50] Léopold Ier refusa par exemple en 1658 l’investiture.... Mais la médaille avait son revers. En effet, l’Empereur dépendait à son tour du bon vouloir de ses vassaux :ils pouvaient tout aussi bien se dispenser, sous un quelconque prétexte, des formalités traditionnelles, et la capacité réelle qu’avait l’Empereur de les y contraindre était extrêmement limitée. Au XVIIe siècle, le Conseil Impérial Aulique déplora de plus en plus souvent un mauvais respect des règles et en particulier un mépris des délais imposés pour la vérification des titres et l’investiture. Or, une part non négligeable des revenus de la cour impériale en dépendait, des taxes féodales et des frais de chancellerie jusqu’aux pourboires des huissiers. L’ordonnance de 1654 sur le Conseil Impérial Aulique prévoyait bien que le procureur de l’Empire se montrerait sans merci contre les vassaux négligents, mais les juristes multipliaient les procédures et personne, en fait, ne craignait les sanctions possibles :certes, le vassal qui négligeait de faire vérifier ses titres dans un délai d’un an et un jour pouvait en principe perdre son fief (ou tout au moins était censé payer une amende), mais selon Johann Jakob Moser le procureur de l’Empire, en cas de non respect des délais, n’engageait des poursuites que contre les vassaux petits et moyens, « et même là ça ne sert souvent à rien » [51][51] J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…,.... Le rituel de l’investiture offrait donc de nombreuses possibilités pour traduire au plan symbolique le rapport de force entre l’Empereur et les princes d’Empire. Par principe, l’Empereur ne pouvait que tenir à ce que ses vassaux viennent en personne à sa cour pour recevoir l’investiture, tandis que les vassaux cherchaient de plus en plus à se soustraire à cette obligation. Le déplacement du rituel vers la cour plaça donc l’Empereur dans une situation structurellement difficile :il désirait de ses vassaux quelque chose qu’ils étaient en mesure de lui refuser [52][52] Sur la cour de Vienne comme lieu des investitures :.... Dans certains cas, cette difficulté est particulièrement bien visible, comme lors de l’investiture en 1559 des princes saxons de la branche ernestine – celle qui avait été privée de la dignité électorale en 1548 [53][53] C.G.BUDER, art.cit., p.12 sq.. L’Empereur n’était pas assez puissant pour empêcher que les princes se fissent rares lors des investitures. Ceux qui vinrent encore en personne recevoir leurs fiefs aux XVIIe et XVIIIe siècles étaient soit des princes ecclésiastiques, soit les membres de dynasties de moindre importance, étroitement liées aux Habsbourg, qui en récompense de leur venue étaient reçus avec un cérémonial particulièrement bienveillant – celui qui accompagna par exemple l’investiture de l’archevêque-électeur de Mayence Johann Philipp von Schönborn en 1654 [54][54] HHStA, Oberhofmeisteramt, Ältere Zeremonialakten, carton... ou, plus tard encore, celle de Charles Joseph de Lorraine comme prince-évêque d’Osnabrück en 1706 [55][55] « Exempla, wo Reichs- und Chur-Fürsten die Reichs-Lehen...; ces événements furent soigneusement consignés à Vienne. Il est en revanche symptomatique que même la dignité électorale nouvellement érigée en 1692 au bénéfice du Brunswick-Lunebourg (désormais électorat de Hanovre) ne fut reçue que par des délégués du prince, en dépit du vœu explicite de l’Empereur [56][56] J.-C.LÜNIG, Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol. 2,....

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La représentation du vassal par des plénipotentiaires posait de nombreux problèmes. En effet, c’est précisément la présence des parties concernées qui conférait aux rituels leur efficacité :chaque participant, en étant présent, portait témoignage de son accord avec ce que le rituel mettait en scène. Il fut donc nécessaire de s’assurer de manière formelle que la prestation de serment créait la même obligation quand celui qui le prêtait n’était pas celui qui était censé le tenir. On y parvint par la transmission formelle par le prince à son plénipotentiaire du pouvoir de « prêter le serment vassalique en son âme » (jurare in eius anima) [57][57] J.-J.MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit.,.... Pour attester de ce transfert, une simple lettre de créance ne pouvait suffire; il fallait en outre que le prince ait signé de sa propre main les justificatifs que l’envoyé était tenu de présenter [58][58] Ibidem, p.256-257..

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L’absence du vassal lors de la cérémonie même de l’investiture créait une asymétrie de la relation aux dépens de l’Empereur; il devenait ainsi manifeste que c’était le suzerain qui tenait à ce que ses vassaux soient personnellement présents, et non l’inverse. Somme toute, le lien féodal revenait à une relation de loyauté personnelle entre l’Empereur et son vassal, construite par un serment et au travers de paroles et de gestes performatifs.À partir du moment où un seul des deux acteurs de ce lien contractuel, c’est-à-dire l’Empereur, était présent en personne, la logique de la hiérarchie dans la société d’Ordres était renversée – puisque la marque du rang et de la supériorité d’un personnage résidait (et réside toujours) dans la rareté et donc le prix de son temps et de sa disponibilité. Par conséquent, si les princes accordaient moins d’importance que l’Empereur à une rencontre personnelle, chacun pouvait constater l’existence d’une structure asymétrique en complète contradiction avec la signification du rituel.

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C’est pour cette raison que l’Empereur s’en tenait strictement à la fiction qui voulait que la venue du vassal en personne soit la norme (même si elle n’avait jamais été le cas de figure le plus fréquent). Un élément particulièrement ritualisé de la procédure permettait d’atteindre cet objectif. En effet, l’Empereur exigeait que chaque prince, pour chaque investiture, présente pour son absence « exceptionnelle » des excuses formelles, exprimées d’abord par écrit dans les lettres de créance, puis par la bouche de l’envoyé lorsqu’il formulait la requête d’investiture [59][59] Ibidem, p.251 sq., insiste encore sur la nécessité,.... Ces excuses rituelles avaient pour fonction de maintenir la norme quand bien même les faits la contredisaient – autrement dit : d’immuniser la norme contre la réalité. Voilà qui est particulièrement symptomatique du fonctionnement plus général du Saint-Empire :les formalités symboliques et rituelles bien établies contribuaient à stabiliser les normes pour elles-mêmes, alors qu’en fait elles étaient fréquemment transgressées. Mais les princes disposaient eux aussi de nombreux moyens de contourner la norme imposée par l’Empereur en usant de subtiles variations dans la forme. La manière dont les excuses étaient exprimées permettait par exemple de livrer des messages subliminaux sur le rapport de force entre le prince et l’Empereur – le choix de justifier l’absence de manière lapidaire, ou au contraire avec un grand luxe de détails, n’était jamais le fruit du hasard [60][60] J.-J.MOSER,Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit.,.... L’envoyé pouvait également, en présentant la requête d’investiture, donner à son mandant une titulature telle que la différence de rang entre lui et l’Empereur s’en trouve singulièrement réduite. Le statut personnel du plénipotentiaire constituait en outre un message symbolique lourd de sens. Dans la mesure où la distinction entre la personne et sa charge n’était pas encore complète, il allait de soi qu’un envoyé censé représenter au sens plein du terme la personne du prince se devait d’être lui-même du plus haut rang possible [61][61] Barbara STOLLBERG-RILINGER, « Die Wissenschaft der.... L’Empereur se vit donc contraint, entre autres en 1688, d’édicter un décret stipulant que les envoyés pour une investiture devaient être au moins d’ancienne noblesse ayant rang de seigneur ou de chevalier; tout le reste, précisait le texte, « ne sied point à l’autorité de l’Empereur et au respect qui lui est dû » [62][62] W. SELLERT (éd.), Die Ordnungen…, op.cit., vol. 2,....

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Pour toutes ces raisons, le rituel de l’investiture n’était pas pour les princes non plus dépourvu de toute valeur, et ce jusqu’en plein XVIIIe siècle. C’est ce que montre bien le prologue cérémoniel ayant lieu avant le rituel :la splendeur avec laquelle les plénipotentiaires s’avançaient vers la cour intérieure de la Hofburg, le palais impérial à Vienne. Dans les années 1690, les princes firent de cette coûteuse cérémonie le théâtre sur lequel se jouaient leurs prétentions en matière de rang. On sait que les princes mettaient toute leur énergie à aplanir la dénivellation qui séparait leur statut de celui des princes-électeurs, ce qui contraignait ceux-ci à inventer de nouveaux signes de distinction. Il en résulta une dynamique de surenchère cérémonielle, qui débuta avec le droit de venir dans une voiture à six chevaux; puis ce furent deux, et bientôt trois voitures. La querelle se déplaça alors vers le droit de rouler en carrosse jusque dans la cour intérieure du palais – et l’on poussa enfin la spirale des distinctions jusqu’à débattre du droit de suspendre des glands de passementerie à la couverture des chevaux [63][63] « Von den Fiocchi und vom Auffahren » (1729), HHStA.... Ces conflits honorifiques se déroulaient sans l’intervention de l’Empereur; mais il ne faisait rien pour les empêcher car, comme le dit un mémoire du Conseil Impérial Aulique,

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« il est profitable pour l’accroissement du respect et de l’honneur dus à Sa Majesté Impériale que les plénipotentiaires des princes, lorsqu’ils se rendent à l’acte solennel d’investiture, viennent en grande pompe et en grand apparat, et que nonobstant cela ils soient obligés de témoigner en public et devant le trône, en s’agenouillant, de leur soumission envers Sa Majesté Impériale » [64][64] « Von den Fiocchi…», voir note précédente, f.8 v..

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En d’autres termes :tant que les électeurs et les princes étaient engagés dans cette compétition de prestige, la valeur du rituel de l’investiture et donc la splendeur de la majesté impériale ne pouvaient qu’en bénéficier.

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On voit donc bien que l’agenouillement demeurait le cœur du cérémoniel – d’autant que, grâce aux excuses rituelles, il passait pour l’agenouillement du prince lui-même. Les Empereurs Habsbourg ne permirent jamais que l’on porte atteinte à cet élément. Le cas de l’envoyé de Modène en est une bonne illustration. En 1695,« il a omis de s’agenouiller lors des trois révérences avant et après l’acte d’investiture et il s’est aussi permis de se placer non pas devant la large estrade et sur le sol de la pièce […] mais de se mettre sur le coin ou le bord même de cette large estrade ». Cette erreur suscita l’irritation de LéopoldIer :il exigea de l’envoyé de Modène

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« qu’il fournisse une déclaration écrite, destinée à être jointe au compte-rendu, et expliquant que cela s’était produit par défaut d’une information suffisante et non […] sur l’ordre de son mandant, ni par intention d’introduire une innovation » ou même « d’acquérir ou de dérober par ruse, pour le futur, une prérogative à laquelle il ne peut prétendre » [65][65] Ibidem, f.9 v-10 r, Beilage Lit. A :Hofratsprotokoll....

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On en resta là jusqu’au règne de CharlesVII (1742-1745), un Wittelsbach disposant de beaucoup moins de moyens et d’autorité que les Habsbourg pour s’opposer aux entreprises des princes. C’est lui qui inaugura le dernier acte de l’histoire des investitures en dispensant Frédéric le Grand, roi de Prusse et prince-électeur du Brandebourg, de l’agenouillement et des excuses rituelles en échange de sa voix lors de l’élection impériale; il lui promit en outre que son envoyé recevrait les fiefs dans les appartements privés de l’Empereur, ce qui était jusqu’alors réservé à l’archiduc d’Autriche en vertu du privilegium majus – un faux forgé au milieu du XIVe siècle mais authentifié en 1453 par l’Empereur FrédéricIII au bénéfice de la dynastie des Habsbourg dont il était issu. Cela déclencha un engrenage de refus parmi les électeurs et les princes, selon une dynamique que nous ne raconterons pas ici en détail [66][66] Une présentation détaillée dans J.-F. NOËL, art. cit.,.... En tout cas, même si l’Empereur FrançoisIer de Habsbourg-Lorraine (1745-1765) fit tout son possible pour éviter toute autre altération du cérémoniel de l’investiture, la faute originelle commise par Charles VII ne pouvait plus être effacée. Ce rituel fut pris dans les tourbillons du conflit d’étiquette qui opposait les têtes couronnées – les électeurs qui avaient acquis un titre royal hors de l’Empire, comme celui du Brandebourg en Prusse, celui du Hanovre en Angleterre et celui de Saxe en Pologne – aux autres. Cette nouvelle hiérarchie des statuts scindait le collège des princes-électeurs et suscita les mêmes controverses que la prééminence des électeurs sur les autres princes. Toutes les parties prenantes à cette querelle avaient la même ambition en tête :se faire reconnaître, en droit des gens, comme membre du cercle des souverains. Et comme aucun d’entre eux ne désirait concéder aux autres un avantage en termes de cérémoniel, chacun attendait que l’autre se découvre et évitait donc de faire le premier pas en venant recevoir ses fiefs – en dépit de l’intense activité diplomatique déployée par la cour impériale. Seuls les archevêques-électeurs de Mayence et de Trèves se laissèrent encore convaincre en 1748 – ce furent les dernières des investitures électorales. Par la suite, les seuls à envoyer des plénipotentiaires à Vienne pour faire renouveler leur investiture furent ceux qui espéraient obtenir un avantage particulier de la faveur impériale, qui faisaient partie de sa clientèle la plus proche, ou qui souhaitaient faire la démonstration de leur attachement aux anciens liens unissant tout l’Empire – c’était en particulier le cas des princes-prélats [67][67] Un autre exemple de théâtre cérémoniel où les princes....

Il devint manifeste qu’en s’obstinant à réclamer des vassaux qu’ils viennent recevoir leurs fiefs, l’Empereur s’était pris à son propre piège. Car il ne pouvait se permettre de mettre en pratique les sanctions dont il agitait constamment la menace. Plus il s’efforçait de faire venir les électeurs et les princes pour leur investiture, plus il attirait l’attention sur sa propre impuissance. On s’en rendit compte dès 1749, lorsque fut envoyée aux représentants des territoires de l’Empire une circulaire qui – comme s’il s’agissait de conjurer le danger – affirmait qu’en renonçant à l’investiture on dénouait tout lien d’obligation entre la tête et les membres et on s’acheminait vers une « séparation et dislocation » générale de l’Empire. L’Empereur, disait littéralement ce texte, ne pouvait pourtant pas souffrir « que la prérogative de l’autorité royale qui est maintenue par l’investiture et qui est pour ainsi dire la seule, soit amoindrie » [68][68] « General-Gründe, so samtliche hohe Fürsten und Stände,.... Autant dire que l’Empereur était nu. Il en appelait donc à la solidarité des princes pour lui éviter le camouflet qu’il s’apprêtait à recevoir au su de toute la société princière de l’Europe.

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Je renonce à détailler ce qui suivit :des décennies de négociations, de concessions cérémonielles et de menaces de sanctions d’un côté, d’atermoiements, de surenchères et de manœuvres dilatoires de l’autre [69][69] Colloredo : « Referat…», document cité note 20; mémoire.... Notons en passant que seuls les comtes d’Empire cherchèrent à retirer un capital symbolique de l’opération et à consolider leurs prétentions – jusqu’alors tenues en échec – à être assimilés à l’Ordre des princes en proposant à l’Empereur de venir, eux, être investis de leurs fiefs en personne, ce que le suzerain d’ailleurs refusa [70][70] En 1742, les comtes de Hohenlohe réclamèrent une investiture.... Toute cette agitation ne prit fin qu’après que l’Empereur Joseph II (1765-1790) eut interdit en 1787 de se mettre à genoux devant quelque être humain que ce soit – ce signe de révérence ne devant s’adresser qu’à Dieu [71][71] Le décret du 10 janvier 1787 interdisait de s’agenouiller,.... D’un coup, toutes les raisons de refuser l’investiture s’envolaient et la querelle autour du privilège de ne pas s’agenouiller perdait son objet. Mais il s’avéra aussi que cette concession était désormais inutile [72][72] Voir [ANONYME ],Über die Irrungen…, op.cit., p.11 sq.et.... L’Empereur s’épargna donc de nouvelles défaites en levant brusquement en 1788 toute menace de sanction contre ceux qui refusaient l’investiture.

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Quels enseignements pouvons-nous tirer de l’histoire du rituel d’investiture ? J’en retiendrai, pour finir, quatre conclusions récapitulatives.

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L’unité de l’Empire comme lien personnel entre ses membres reposait depuis la fin du Moyen Âge sur le rituel solennel de l’investiture du trône qui mettait en scène, à chaque fois, l’intégralité de l’Empire pars pro toto. Ce rituel donnait à voir la majesté de l’Empereur et de l’Empire, source du pouvoir légitime. Il parvenait à donner consistance à la fiction juridique qui voulait que chaque prince tienne de l’Empereur et de l’Empire le pouvoir qu’il exerçait, ne possède pas ses territoires en biens propres, et soit tenu à la loyauté envers le système impérial. En l’absence d’une constitution formalisée, l’architecture de l’Empire ne pouvait reposer que sur ces fondations symboliques, sur ce genre de rituels « solennels », distingués par la splendeur des cérémonies et affectés d’une fonction représentative.

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En se déplaçant des Diètes et des couronnements impériaux vers la cour de Vienne, le rituel changea de caractère. Il devint le champ clos où l’Empereur et les princes jaugeaient et rejaugeaient leurs rapports de forces. Le pouvoir de l’Empereur n’avait pour étendue que celle que les princes voulaient bien lui reconnaître – et celle dont ils pouvaient tirer profit. Certes, l’Empereur était à sa cour le metteur en scène du rituel, mais il devait veiller à ce que les vassaux ne se soustraient pas à sa direction. Les princes, quant à eux, avaient la possibilité de modifier la fonction des détails de la cérémonie pour en faire la caisse de résonance de leurs propres prétentions en matière de rang et de statut. Finalement, les marges de manœuvre de l’Empereur se rétrécirent – ceux qui restèrent maîtres du jeu furent les plus puissants des princes, dont le statut de vassaux d’Empire était en contradiction avec leur volonté de faire leur entrée sur la scène internationale des souverains. Plus l’Empereur s’entêtait à faire la démonstration de sa majesté et de celle de l’Empire, plus il révélait son impuissance à imposer ses vues. D’une mise en scène du pouvoir impérial, l’investiture se métamorphosa en démonstration publique de l’impuissance de l’Empereur.

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Ceci démontre a contrario que la concession du fief n’était pas un « rituel vide », mais bien le sismographe exact des relations entre l’Empereur et les princes. On ne peut donc que donner raison aux contemporains lorsqu’ils disaient : « Il faut bien reconnaître qu’il est impossible qu’un seul prince d’Empire se dispense de l’investiture sans que le lien se rompe entre la tête et les membres et sans que tout l’édifice de l’Empire en soit ébranlé » [73][73] J.A.REUß (éd.), Teutsche Staatskanzlei…, op.cit., Theil....

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Traduit de l’allemand par Christophe Duhamelle (EHESS)

Notes

[1]

Ce texte est la version française modifiée d’un article à paraître dans un recueil collectif : Grete KLINGENSTEIN (éd.), Kaiser – Hof – Kaiserhof.

[2]

Citation de Jean-François NOËL, « Zur Geschichte der Reichsbelehnungen im 18. Jahrhundert », Mitteilungen des Österreichischen Staatsarchivs, 21,1968, p. 106-122, p. 106. Un autre exemple chez Karl Otmar Freiherr VON ARETIN, Das Alte Reich (1648-1806), 3 vol., Stuttgart, Klett-Cotta, 1993-1997, vol. 1, p. 11 :« Tous les princes de l’Empire […] étaient vassaux de l’Empereur, qui était leur plus haut suzerain. En ce sens, l’Empire fut jusqu’en 1806 un système féodal. Toutefois, cet état de fait n’avait quasi aucune signification pratique »; voir aussi p.79-81. Le ton est déjà différent dans Volker PRESS,« Die kaiserliche Stellung im Reich zwischen 1648 und 1740 – Versuch einer Neubewertung », in ID.,Das Alte Reich. Ausgewählte Aufsätze, hg.von Johannes Kunisch, Berlin, Duncker & Humblot,1997, p.189-222, p.198,205, 210,217; Albrecht Pius LUTTENBERGER, « Pracht und Ehre. Gesellschaftliche Repräsentation und Zeremoniell auf dem Reichstag », in Alfred KOHLER (éd.), Alltag im 16. Jahrhundert, München, Oldenbourg, 1987, p. 290-326, p. 301-302; Helmut NEUHAUS, Das Alte Reich in der Frühen Neuzeit, München, Oldenbourg,1997, p.3. Sur le système féodal dans la partie de l’Italie qui relevait de l’Empire : Matthias SCHNETTGER, «De vasallo non statu imperii. Les fiefs impériaux en Italie à l’époque moderne », in Christine LEBEAU (éd.),L’espace du Saint-Empire du Moyen Âge à l’époque moderne, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2004, p. 51-66. Voir également ID., « Rang, Zeremoniell, Lehnssysteme. Hierarchische Elemente im europäischen Staatensystem der Frühen Neuzeit », in Ronald G. ASCH, Johannes ARNDT et Matthias SCHNETTGER (éd.), Die frühneuzeitliche Monarchie und ihr Erbe. Festschrift für Heinz Duchhardt zum 60. Geburtstag, Münster, Waxmann,2003, p.179-195; Thomas FRÖSCHL,« Das organisierte Chaos. Lehnswesen und Feudalsystem als Ordnungsprinzipien im Heiligen Römischen Reich », in Erwein H.ELTZ et Arno STROHMEYER (éd.),Die Fürstenberger.800 Jahre Herrschaft und Kultur in Mitteleuropa, Kronenburg, Überreuther, 1994, p. 39-44; Heinhard STEIGER, « Rechtliche Strukturen der europäischen Staatenordnung 1648-1792 », Zeitschrift für ausländisches Öffentliches Recht und Völkerrecht,59,1999, p.609-647, en particulier p.634-643.

[3]

Volker RÖDEL,« Lehnsgebräuche », in Handwörterbuch der deutschen Rechtsgeschichte, vol.2, Berlin, Schmidt,1978, col.1712-1714, col.1713.

[4]

Rüdiger Freiherr VON SCHÖNBERG, Das Recht der Reichslehen im 18. Jahrhundert. Zugleich ein Beitrag zu den Grundlagen der bundesstaatlichen Ordnung, Heidelberg et Karlsruhe, Müller, 1977, p. 127. Malgré des jugements parfois erronés, cet ouvrage reste une référence fondamentale sur les aspects juridiques du système féodal du Saint-Empire.

[5]

Georg SCHMIDT, « Das frühneuzeitliche Reich – komplementärer Staat und föderative Nation », Historische Zeitschrift,273,2001, p.371-399, p.377. Des conclusions inverses dans R. VON SCHÖNBERG, Das Recht der Reichslehen…, op.cit., p. 110. Sur les défauts que présenterait l’Empire médiéval au regard d’un modèle européen :Georg SCHMIDT,« Das Reich – Sonderweg und Modell für Europa oder Staat der deutschen Nation ?», in Matthias SCHNETTGER (éd.), Imperium Romanum – irregulare corpus – Teutscher Reichs-Staat, Mainz, Philipp von Zabern,2000, p.247-277, p.272.

[6]

Johann Stephan PÜTTER,Historische Entwickelung der heutigen Staatsverfassung des Teutschen Reichs, 3 vol., Göttingen, Vandenhoeck,1786-87, vol. 3, p.219. Voir aussi vol.2, p.360-361.

[7]

Johann Christoph VON UFFENBACH,Tractatus singularis et methodicus de excelsissimo consilio caesareoimperiali aulico, Vom Kayserlichen Reichs-Hoff-Rath, Frankfurt am Main, Zunner,1700, p.113.

[8]

Rapport du vice-chancelier d’Empire Colloredo :« Act.25. April 1766 die Kayl. Thron Belehnung und derselben Ceremoniel betr. », Haus-, Hof- und Staatsarchiv de Vienne (désormais HHStA), RHR Gratialia et Feudalia, Thronbelehnungen und Zeremonialanstände, carton 2, f.28-49, citation f.36r.

[9]

Voir R. VON SCHÖNBERG,Das Recht der Reichslehen…, op.cit., p.110 :« Les grands territoires, la supériorité territoriale, les principales prérogatives impériales ainsi que les dignités électorales montrent pourtant bien que les institutions les plus importantes de l’Empire trouvaient leur fondement dans le droit féodal ».

[10]

Je me permets de renvoyer à quelques réflexions de méthode sur ce point :Barbara STOLLBERG - RILINGER, « Die zeremonielle Inszenierung des Reiches, oder :Was leistet der kulturalistische Ansatz für die Reichsverfassungsgeschichte ?», in M.SCHNETTGER (éd.),Imperium Romanum…, op.cit., p.233-246; EAD.,« Zeremoniell als politisches Verfahren. Rangordnung und Rangstreit als Strukturmerkmale des frühneuzeitlichen Reichstags », in Johannes KUNISCH (éd.),Neue Studien zur frühneuzeitlichen Reichsgeschichte, Berlin, Duncker & Humblot,1997, p.91-132.

[11]

Samuel PUFENDORF, Acht Bücher vom Natur- und Völcker-Rechte, Frankfurt am Main, Knoch, 1711, p.5 :entia moralia, les « choses morales », sont selon lui « certaines catégories que les êtres raisonnables adjoignent aux choses physiques […] dans le but principal d’ordonner selon elles la liberté qu’ont les hommes de faire et de faire faire arbitrairement ».

[12]

Le concept de « rituel » tel que je l’emploie ici est présenté dans Barbara STOLLBERG-RILINGER, « Symbolische Kommunikation in der Vormoderne. Begriffe – Forschungsperspektiven – Thesen », Zeitschrift für Historische Forschung,31,2004, p.489-527, p.502-503; un tour d’horizon plus général des différentes théories sur le rituel :Andrea BELLIGER et David KRIEGER (éd.),Ritualtheorien. Ein einführendes Handbuch, Opladen, Westdeutscher Verlag, 1998; Pierre BOURDIEU,Ce que parler veut dire, Paris, Fayard, 1982; ID.,Leçon sur la leçon, Paris, Minuit,1982. Une référence essentielle concernant le Moyen Âge :Gerd ALTHOFF,Spielregeln der Politik im Mittelalter, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft,1997; plus récemment ID., Die Macht der Rituale, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 2003. Mon approche doit beaucoup à la théorie des institutions développée par Karl-Siegbert REHBERG, « Weltrepräsentanz und Verkörperung. Institutionelle Analyse und Symboltheorien – Eine Einführung in systematischer Absicht », in Gert MELVILLE (éd.),Institutionalität und Symbolisierung. Verstetigungen kultureller Ordnungsmuster in Vergangenheit und Gegenwart, Köln, Böhlau,2001, p.3-52.

[13]

Hagen KELLER, « Die Investitur. Ein Beitrag zum Problem der “Staatssymbolik” im Hochmittelalter »,Frühmittelalterliche Studien,279,1993, p.51-86, p.56.

[14]

Voir André HOLENSTEIN,Die Huldigung der Untertanen. Rechtskultur und Herrschaftsordnung 800-1800, Stuttgart, Fischer,1991, qui parle à propos de l’hommage des sujets de « constitution en actes ». Selon André KIESERLING,Kommunikation unter Anwesenden. Studie über Interaktionssysteme, Frankfurt am Main, Suhrkamp,1999, p.444-445, la « logique ancienne de représentation dans les sociétés différenciées selon leurs stratifications » se caractérisait par la mise en représentation de l’Ordre, pars pro toto, à travers des interactions singularisées. On peut ajouter que ces interactions étaient distinguées par leur caractère rituel et qualifiées de « solennités ».

[15]

À propos de ces fiefs, appelés « fiefs du Conseil Impérial Aulique » (Reichshofratslehen), voir Johann Jakob MOSER,Von der Teutschen Lehens-Verfassung, Nach denen Reichs-Gesezen und dem Reichs-Herkommen, wie auch aus denen Teutschen Staats-Rechts-Lehrern, und eigener Erfahrung […], Frankfurt am Main et Leipzig, s. éd., 1774, p. 318-319,328-329. À l’époque moderne, la ligne de partage entre investiture du trône et investiture en Conseil Impérial Aulique passait entre les princes et les comtes d’Empire; au XVIII e siècle, ces derniers prétendirent à une investiture du trône personnelle – en vain; voir à ce sujet la note 70. L’ancienne distinction entre fiefs de bannière pour les princes laïcs et fiefs de sceptre pour les princes ecclésiastiques n’était plus en usage à l’époque moderne, voir Julius BRUCKAUF, Fahnlehen und Fahnbelehnung im alten deutschen Reiche, Leipzig, Quelle & Meyer,1907.

[16]

Sur le système féodal au Moyen Âge :Karl-Friedrich KRIEGER,Die Lehnshoheit der deutschen Könige im Spätmittelalter 1200-1437, Aalen, Scientia-Verlag,1979, p.426 sq. Selon lui,« Au milieu du XV e siècle encore, les conceptions juridiques » voulaient « que les prérogatives du vassal ne soient transmises dans leur plénitude à son héritier qu’au moment où celui-ci est investi du fief » (p.429, note 219). Johann Jakob Moser était toujours de cet avis, voir note 18. Sur la nécessité plus générale de ces actes itératifs dans les sociétés pré-modernes, une analyse précise dans Helmuth BERKING, Schenken. Zur Anthropologie des Gebens, Frankfurt am Main, Campus,1996, p.177 :Un contrat,« une fois conclu par les pères,[avait besoin] pour être valide d’être renouvelé et confirmé. Les droits sont en principe transmissibles par héritage, mais, en tant qu’ils constituent des relations inter-personnelles, ils ne peuvent être actualisés et reconnus aux acteurs que si l’acte fondateur de la relation et les mesures sanctionnant la confiance sont en permanence renouvelés ». Sur le rituel d’investiture médiéval :H.KELLER, art.cit.; pour le Moyen Âge tardif :Karl-Heinz SPIEß,« Lehn(s)recht, Lehnswesen », in Handwörterbuch der deutschen Rechtsgeschichte…, op.cit., vol. 2, col. 1725-1741; ID., « Lehnserneuerung », in Ibidem, col. 1708-1710; ID., « Kommunikationsformen im Hochadel und am Königshof im Spätmittelalter », in Gerd ALTHOFF (éd.), Formen und Funktionen öffentlicher Kommunikation im Mittelalter, Stuttgart, Thorbecke,2001, p.261-290, en particulier p.277 sq.

[17]

Carl Andreas SEYFERT (Resp.), Peter MÜLLER (Praes.), De jure investiendi status Imperii Germanici-Romani, Von Reichs-Belehnungen, Jena, Bauhofer,1685, non paginé, Cap. I, thesis 3 et Cap. V, theses 1-2 :«tam ad illustrandam rei ipsius dignitatem, quam publicum rei sic revera gestae testimonium;[de même que la bénédiction par un prêtre ne fait que consacrer (consummit) le mariage], ita etiam per investituram solennem quasi traditur res feudalis,& per eam publicatur quasi & in externam componitur perfectionem».

[18]

J.-J.MOSER,Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p.313,341.

[19]

Christian August VON BECK,« Kurzer Inbegriff des deutschen Lehensrechts », in Hermann CONRAD (éd.),Recht und Verfassung in der Zeit Maria Theresias, Köln-Opladen, Westdeutscher Verlag,1964, p.609-643, p.634.

[20]

Hippolithus A LAPIDE [Bogislav Philipp VON CHEMNITZ ], Dissertatio de ratione status in Imperio nostro Romano-Germanico, Freystadt [en fait Amsterdam, Jansson],1647, p.290. Ce traité polémique, qui dans le contexte des négociations précédant la paix de Westphalie illustre la position des plus grands princes protestants, est sans doute le plus connu des textes consacrés à l’Empire à l’époque moderne (sa formule selon laquelle la constitution impériale est « semblable à un monstre » est abondamment citée), mais est loin de refléter la position majoritaire des nombreux ouvrages sur le sujet aux XVII e et XVIII e siècles. L’argument disant qu’il ne s’agissait lors de l’investiture que d’une cérémonie sans contenu et dont le système impérial ne dépendait pas fut surtout utilisé par les partisans des princes électeurs à l’occasion de la querelle des investitures qui les opposa à l’Empereur au XVIII e siècle (voir ci-dessous). Le conseiller impérial Colloredo, « Referat Act. 25. April 1766 die Kayl. Thronbelehnung und derselben Ceremoniel betr. », HHStA RHR Grat et Feud., Thronbelehnungen und Zeremonialanstände, carton 2, f. 37 r.-v., fait ainsi allusion au « principe néfaste, avancé dans certains écrits publics, selon lequel l’investiture consisterait en une cérémonie sans contenu ». Voir aussi J.-F.NOËL, art.cit., p.116.

[21]

Cette thèse a été avancée par Georg Ludwig Boehmer, professeur à l’université de Göttingen et conseiller aulique du prince-électeur de Hanovre, roi d’Angleterre :Georg Ludwig BOEHMER,De Indole et natura expectativae et investiturae feudalis et de huius renovatione, Göttingen, Schmidt, 1747, cap. II, p.45-79. Mais comme les symboles (bannières etc.) auraient souvent été détournés de leur fonction pour accroître le domaine utile, on leur aurait adjoint le serment sur les Évangiles (p.52);«Investitura […] solennem contractum feudalem denotat»(p.58);«Itaque symbolorum rationem in investitura in eo contineri apparet, ut, eis adhibitis, de seria utriusque contrahentis voluntate constet» (p.72).

[22]

Des relations très précises ont été en particulier publiées à l’occasion des Diètes d’Empire de 1495, 1530,1541 et 1566. Voir Rosemarie AULINGER, Das Bild des Reichstags im 16. Jahrhundert, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht,1980, p.287 sq.; pour la fin du Moyen Âge, voir K.-F.KRIEGER,Die Lehnshoheit…, op.cit., p. 428 sq.; K.-H.SPIEß, « Kommunikationsformen…», art. cit., p. 277 sq.; Johann Christian LÜNIG, « Vom Ceremoniel bey Reichs- und andern Lehns-Empfängnissen », in ID., Theatrum Ceremoniale Historico-Politicum oder Historisch- und Politischer Schau-Platz Aller Ceremonien […], 2 vol., Leipzig, Weidmann,1719-20, vol.2, p.936-996. Sur le concile de Constance en 1417 :Ulrich VON RICHENTHAL,Chronik des Constanzer Conzils 1414-1418, texte édité par Michael Richard BUCK, Tübingen, Laupp, 1882, p. 103 sq. Sur l’assemblée d’Empire à Francfort en 1486 :Heinz ANGERMEIER (éd.),Deutsche Reichstagsakten, Mittlere Reihe, Bd I. : Reichstag zu Frankfurt 1486, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1989, vol.2, n°915b, p. 913-945. Sur la Diète de Worms en 1495 :ID.(éd.), Deutsche Reichstagsakten, Mittlere Reihe, Bd. V :Reichstag von Worms 1495, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht,1989, vol.2, n° 1855, p.1689-1706, n° 1856, p.1707-1708. Sur la Diète d’Augsbourg de 1530, voir le fascicule du héraut d’Empire Caspar STURM, Warhafftig anzaigung, wie Kaiser Karl der fünft […]zu Augsburg im 1530.jar gehalten regalia und lehen unter dem fan gelihen […], Augsburg, s.éd., 1530; ID., Geschichts-beschreybung […], Augsburg, s.éd.,1530, p.138 sq.; avec une version ultérieure et corrigée : ID., Wiewol hievor […] beschriben […], wie die Römisch kaiserliche majestät […] anno 1530 zu Augspurg eingeritten, daselbs der küniglichen majestät zu Hungern und Behem etc.auch andern fürsten ire regalia und lehen […] gelihen […], s.l., s.d. Sur la Diète de Ratisbonne en 1541 :Lorenz LANDSBERGER, Churfürsten/Fürsten […] so auff dem Reychstag zu Regenspurg gewesen seind/im Jar MDXLI.Item des Hertzogen von Pomern Lehens empfahung […], Augsburg, Steyner, 1541. Sur la Diète de Spire en 1544 : Johann Michael CORNACHINI, Beschreibung der Stende des heiligen Rhömischen Reichs […] so auf den jetziogen reichstag zu Speier gewesen seind, mitsampt der lehen entpfahung […], Frankfurt am Main, Gülfferich, 1544. Sur la Diète d’Augsbourg de 1548 : Nicolaus MAMERANUS, Investitura regalium electoralis dignitatis […] Mauritii Ducis Saxoniae, Augsburg, Ulhard,1548. Sur la Diète d’Augsbourg de 1566 :Nicolaus MAMERANUS,Kurtze und eigentliche verzeychnus der Römischen Kayserlichen Mayestat […], Augsburg, Francken, 1566 (réimpression Neustadt an der Aisch, Degener,1985; c’est sur ce texte que se fonde pour l’essentiel la description faite par R.AULINGER,Das Bild des Reichstags…, op.cit., p.287 sq.);[Johann VON FRANCOLIN ],Kurtzer Bericht welcher gestalt […]Der Churfürst Hertzog Augustus von Sachssen […] Reichs Lehen und Regalien […] empfangen, Augsburg, Francken,1566.

[23]

[J. VON FRANCOLIN ], Kurtzer Bericht…, op.cit. (non paginé).

[24]

U. VON RICHENTHAL,Chronik…, op.cit., p.103 sq.; K.-H.SPIEß,« Kommunikationsformen…», art.cit., p.280-281; V.RÖDEL, art.cit., col. 1712-1713.

[25]

[J. VON FRANCOLIN ], Kurtzer Bericht…, op.cit.; C. STURM, Warhafftig anzaigung…, op.cit. (non paginé), par exemple, souligne qu’aucun simple fantassin ou garçon-piquier ne se trouvait parmi eux.

[26]

À ce moment du rituel pouvaient survenir des protestations publiques lorsque plusieurs concurrents prétendaient au même fief – ce que fit par exemple en 1530 l’électeur de Brandebourg lorsque son cousin le margrave Jörg de Brandebourg fut investi du duché de Poméranie :C.STURM,Warhafftig anzaigung…, op.cit.; J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p. 301 sq., mentionne l’existence de protestations écrites.

[27]

J.-C.LÜNIG,Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol.2, p.939, parlera plus tard de « la bannière de sang et des droits régaliens […] qui montre la supériorité, les prérogatives territoriales, le droit de guerre et de paix et le gouvernement souverain ».

[28]

La teneur de ce serment fit dès le départ l’objet d’une différenciation confessionnelle; voir J.-C. VON UFFENBACH, Tractatus singularis…, op.cit., p.116 :les protestants juraient sur « le saint Évangile », les catholiques sur « Dieu et tous les saints »; « Les constitutions de l’Empire ont été en outre pourvues d’une salutaire disposition :chacun est laissé libre selon la circonstance de sa religion de jurer au nom de Dieu et de tous les saints, ou bien sur le saint Évangile ».

[29]

Sur l’élément rituel de la spoliation des bannières par la foule du peuple, voir [J. VON FRANCOLIN ], Kurtzer Bericht…, op.cit.; N.MAMERANUS,Kurtze und eigentliche verzeychnus…, op.cit., p.139,147. Lorsqu’une des bannières restait intacte et revenait entre les mains du vassal, on y voyait un augure propice.

[30]

Hasso HOFMANN, Repräsentation. Studien zur Wort- und Begriffsgeschichte von der Antike bis zum 19. Jahrhundert, Berlin, Duncker & Humblot, 1974; ID., « Der spätmittelalterliche Rechtsbegriff der Repräsentation in Reich und Kirche », in Hedda RAGOTZKY et Horst WENZEL (éd.),Höfische Repräsentation. Das Zeremoniell und die Zeichen, Tübingen, Niemeyer, 1990, p. 17-42; Rudolf SPETH, « Die symbolische Repräsentation », in Gerhard GÖHLER (éd.), Institution – Macht – Repräsentation. Wofür politische Institutionen stehen und wie sie wirken, Baden-Baden, Nomos,1997, p.433-474.

[31]

Stefan MOLITOR (éd.),1495 :Württemberg wird Herzogtum. Dokumente aus dem Hauptstaatsarchiv Stuttgart zu einem epochalen Ereignis, Stuttgart, Hauptstaatsarchiv Stuttgart,1995, en particulier le document n° 12, p.86-87.

[32]

N.MAMERANUS, Investitura regalium…, op.cit.; le déficit de légitimité dont souffrait cette cérémonie est bien montré par le fait que Mameranus, pourtant historiographe de la cour des Habsbourg, ajoute à sa description officieuse un petit couplet sur les dangers qu’il y a pour chacun à outrepasser les bornes de son propre rang.

[33]

Walter GOETZ (éd.),Die Politik Maximilians I. von Baiern und seiner Verbündeten,1618-1651, partie II, vol.1, Leipzig, Teubner,1907, document n° 8, p.26-46. La promesse d’une dignité électorale, faite par lettre deux ans auparavant et tenue secrète, ne constituait pas un titre juridique suffisant; voir Dieter ALBRECHT, Die auswärtige Politik Maximilians von Bayern 1618-1635, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht,1962, p.69, qui qualifie le document de « dépourvu de toute valeur en droit public ». Voir aussi Jürgen STEINER, Die pfälzische Kurwürde während des Dreißigjährigen Krieges, Speyer, Pfälzische Gesellschaft zur Förderung der Wissenschaften,1985, p.77 sq.

[34]

Une réflexion générale à ce sujet :Gerd ALTHOFF,« Inszenierung verpflichtet. Zum Verständnis ritueller Akte bei Papst-Kaiser-Begegnungen im 12. Jahrhundert », Frühmittelalterliche Studien, 35,2001, p.61-84.

[35]

Voir les catalogues d’exposition suivants :Wolfram BAER, Hanno-Walter KRUFT et Bernd ROECK (éd.),Elias Holl und das Augsburger Rathaus. Eine Ausstellung der Stadt Augsburg, Regensburg, Pustet,1985, n° 28; Hubert GLASER (éd.),Um Glauben und Reich. Kurfürst Maximilian I. Katalog der Ausstellung in der Residenz in München 1980, München et Zürich, Hirmer,1980, n° 542,543.

[36]

Une énumération plus précise dans J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p.211-343, qui décrit ce qui se pratiquait au XVIII e siècle et néglige les formes les plus anciennes (ibidem, p.313). Une récapitulation des aspects formels en vigueur au XVIII e siècle :HHStA, RHR Grat.et Feud., Thronbelehnungen und Zeremonialanstände, carton 1 : « Ceremoniale deren Reichs-Fürstliche Belehnungen und Investituram wenn solche durch Gevollmächtigte empfangen werden, betr. » (anonyme et sans date); voir également J.-C. LÜNIG, Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol. 2, p. 936 sq.; J.-C. VON UFFENBACH,Tractatus singularis…, op.cit., p.118 sq.qui décrit l’investiture en prenant l’exemple de celle de l’électeur de Cologne en 1594; Johann Friedrich CRAMER, Manuale Processus Imperialis, Nürnberg, Michahelles & Adolph,1704, p.214 sq.; Julius Bernhard VON ROHR,Ceremoniel-Wissenschafft der Großen Herren (1728), Berlin, Rüdiger,1733 (réimpression Leipzig, Ed. Leipzig,1990), p.437-460.

[37]

Les princes ecclésiastiques avaient toujours été investis en chambre; certains princes laïques l’avaient également été, comme par exemple au cours de la Diète de Cologne en 1505, dans le bâtiment d’apparat de la ville, le « Gürzenich »; Christian Gottlieb BUDER, « De Investitura feudorum Imperii in camera », in ID., Amoenitates juris feudalis, Jena, Croeker,1741, p.10.

[38]

Elles sont en particulier très présentes dans le journal du grand-maître de la cour qui, après l’accession au trône de François Ier en 1745, note minutieusement toutes les investitures :Fürst Johann Josef KHEVENHÜLLER-METSCH, Aus der Zeit Maria Theresias (1742-1776), texte édité par Rudolf Graf KHEVENHÜLLER-METSCH et Hanns SCHLITTER, Wien, Holzhausen,1908, p.2,passim.

[39]

J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p. 313; C.G. BUDER, art. cit., p. 10.

[40]

Friedrich MERZBACHER, « Der Lehnsempfang der Baiernherzöge », Zeitschrift für bayerische Landesgeschichte, 41,1978, p. 387-399, p. 398; voir aussi Frank BÜTTNER, Giovanni Battista Tiepolo, die Fresken in der Residenz zu Würzburg, Würzburg, Popp, 1980, p. 60 sq. Cette insistance sur les formes anciennes tient cependant aussi au fait que l’évêque de Wurtzbourg, en vertu d’un privilège accordé par l’Empereur Frédéric Barberousse en 1168, était également investi du duché laïque de Franconie et voulait continuer à faire valoir ce droit alors même qu’il ne régnait en fait que sur le territoire attaché à son évêché.

[41]

J.-C.LÜNIG,Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol.2, p.941 (Tous les participants venaient « revêtus d’un vêtement à la vieille mode allemande en soie noire ou en drap, qu’on appelle aussi à Vienne habit de cour et manteau »); J.-J.MOSER,Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p.322, qualifie encore le manteau à l’espagnole de « vêtement habituel jusqu’à nos jours ». Joseph II fut le premier à paraître en uniforme militaire, ce qui déclencha de nombreux commentaires.

[42]

« Ceremoniale deren Reichs-Fürstliche Belehnungen […] betr. », HHStA Reichshofrat, Grat. et Feud. Thronbelehnungen und Zeremonialanstände, carton 1.

[43]

J.-C.LÜNIG, Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol. 2, p.937,942.

[44]

Pour autant que je sache, aucune investiture ne fit l’objet après 1566 d’une relation imprimée rédigée par un héraut d’Empire. Des descriptions continuèrent toutefois à être publiées de manière exceptionnelle, comme celle de l’investiture de l’archevêque-électeur de Mayence Johann Philipp von Schönborn – la dernière investiture électorale à être effectuée en la présence effective de l’électeur : HHStA, Oberhofmeisteramt, Ältere Zeremonialakten, carton 4, n° 21. Voir R. VON SCHÖNBERG, Das Recht der Reichslehen…, op.cit., p.131. Une référence plus générale sur l’évolution des media :Andreas GESTRICH, Absolutismus und Öffentlichkeit. Politische Kommunikation in Deutschland zu Beginn des 18. Jahrhunderts, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1994; plus récemment Volker BAUER,« Höfische Gesellschaft und höfische Öffentlichkeit im Alten Reich », Jahrbuch für Kommunikationsgeschichte,5,2003, p.29-68.

[45]

Sur cette vérification et sur ses tarifs : C.A. VON BECK, art. cit., p.640 sq.; J.-J.MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p.256 sq.,279 sq.

[46]

« Reichshofratsordnung Ferdinands III. vom 16.3.1654 », Tit. III, § 8-15, in Wolfgang SELLERT (éd.),Die Ordnungen des Reichshofrates,1550-1766,2 vol., Köln etc., Böhlau,1980-1990, vol.2, p.139-143.

[47]

J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op. cit., p. 327; Mark HENGERER, « Die Zeremonialprotokolle und weitere Quellen zum Zeremoniell des Kaiserhofs im Wiener Haus-, Hof- und Staatsarchiv », in Josef PAUSER, Martin SCHEUTZ et Thomas WINKELBAUER, Quellenkunde der Habsburgermonarchie (16.-18. Jahrhundert), Wien etc., Oldenbourg,2004, p.76-93.

[48]

Une présentation détaillée de cette affaire dans Friedrich Carl VON MOSER, « Bericht von dem Streit der Reichs-Erbämter mit denen Kayserlichen Hofämtern […] vom Jahr 1356 bis 1745 », in ID.,Kleine Schriften, vol. 4, Frankfurt am Main, Andreä, 1753, p. 1-176. Le conflit entre les titulaires des quatre offices héréditaires d’Empire et les dignitaires de la cour impériale débuta en 1559 et atteignit son apogée en 1613 à l’occasion de l’investiture du grand-maître de l’Ordre Teutonique. Les dignitaires, sûrs du soutien de l’Empereur, firent valoir que dans la chambre impériale l’investiture était de leur ressort, tandis qu’elle ne relevait de la compétence des officiers héréditaires que lorsqu’elle était faite dans l’espace public. Les princes-électeurs prirent fait et cause pour leurs titulaires des offices héréditaires et se référèrent à la Bulle d’Or. Le thème fut introduit dans toutes les capitulations électorales à partir de Ferdinand II (Art. 41). On confirma les officiers héréditaires dans leur préséance pour effectuer tous les services formant la prérogative des électeurs. S’ils devaient être remplacés « pour certaines raisons » par les dignitaires de la cour des Habsbourg, ils devaient malgré tout recevoir les « bénéfices retirés de telles cérémonies » (ibidem, p.159-160,174-175). Voir en outre J.-J. MOSER,Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p.322; ID., Einleitung zu dem Reichs-Hofraths-Prozeß, Frankfurt am Main et Leipzig, Stein, 1734, p. 11 sq.; J.-C.LÜNIG, Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol.2, p.942.

[49]

J.-J.MOSER, Einleitung…, op.cit., p.15.

[50]

Léopold Ier refusa par exemple en 1658 l’investiture à la délégation bavaroise parce qu’elle était composée non de nobles envoyés tout exprès de Bavière, mais de courtisans viennois; HHStA, Oberhofmeisteramt, Ältere Zeremonialakten 3, n° 37,« Bayerische Chur und Fürstl. Lehen ao.1658 p[ars] 1 f.836 », « Kurze Vermerkhungen aus denen Hof-Protocollis über die von einem halben Saeculo her, von Kay. Hoff empfangenen belehnungen, und wie es damit in curialibus observiret worden »: Les envoyés bavarois « ont prétendu être reçus, mais ont été refusés et on leur a signifié que quand ils auraient été nommés comme envoyés électoraux en-dehors de l’investiture et pourraient produire les lettres de créance sur ce point, alors on leur réserverait le traitement auquel ils prétendaient ».

[51]

J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p. 239,319; «Fere omnes Vasalli hunc terminum negligunt, sine ullo caducitatis metu». Voir W. SELLERT (éd.), Die Ordnungen…, op.cit., vol. 2, p.142-143 (Ordonnance de 1654 sur le Conseil Impérial Aulique, III,13).

[52]

Sur la cour de Vienne comme lieu des investitures : Friedrich B. POLLEROß, « Tradition und Recreation. Die Residenzen der österreichischen Habsburger in der frühen Neuzeit (1490-1780)», Majestas,6,1998, p.91-148.

[53]

C.G.BUDER, art.cit., p.12 sq.

[54]

HHStA, Oberhofmeisteramt, Ältere Zeremonialakten, carton 4, n° 21 (1653 – 1698): « Personal Mainzische Chur-Lehen,1654 Mai 4 », f.189-190 :« Mais le sire électeur, après avoir prêté le serment en posant les doigts sur le livre des Évangiles, n’a pas baisé l’épée, mais a simplement touché son pommeau du doigt, et aussi après l’investiture il n’a pas fait la révérence comme avant, et comme c’est la coutume, mais après avoir fait une nouvelle révérence il s’est mis un peu de côté et, après que Sa Majesté Impériale s’est levée de son trône, il l’a suivie dans ses appartements ».

[55]

« Exempla, wo Reichs- und Chur-Fürsten die Reichs-Lehen in persona genommen, und wie es darmit gehalten worden » (1653-1709), HHStA, Oberhofmeisteramt, Ältere Zeremonialakten, carton 4. Le duc de Lorraine, membre de la clientèle des Habsbourg, n’était guère en mesure de lui refuser d’apparaître en personne; en l’occurrence, l’investiture d’Osnabrück (une principauté ecclésiastique revenant depuis 1648 en alternance à un évêque catholique élu, et à un prince protestant de la maison de Brunswick) en présence du prince servit de démonstration de pouvoir en matière de politique ecclésiastique à l’encontre du Hanovre et du Brandebourg-Prusse. Sur ce point : Hubert WOLF, Die Reichskirchenpolitik des Hauses Lothringen,1680-1715, Stuttgart, Steiner,1994.

[56]

J.-C.LÜNIG, Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol. 2, p.966-967.

[57]

J.-J.MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p.255.

[58]

Ibidem, p.256-257.

[59]

Ibidem, p.251 sq., insiste encore sur la nécessité, en principe, de venir en personne pour l’investiture, même s’il reconnaît que c’est alors devenu très rare. C.A. VON BECK, art. cit., p.639, dit également que l’investiture doit « ordinairement » avoir lieu en présence du vassal.

[60]

J.-J.MOSER,Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p.256-257; On trouve des modèles de lettres d’excuse dans J.F. CRAMER, Manuale…, op.cit., p. 217 sq.; quelques exemples concrets dans J.-F. NOËL, art.cit., p.109-110. Selon J.-C.LÜNIG,Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol.2, p.936, les princesélecteurs de Saxe et de Bavière étaient dispensés de faire présenter leurs excuses à genoux et d’assortir leur prétexte du qualificatif obligatoire d’« absolument impérieux ».

[61]

Barbara STOLLBERG-RILINGER, « Die Wissenschaft der feinen Unterschiede. Das Präzedenzrecht und die europäischen Monarchien vom 16.bis zum 18. Jahrhundert »,Majestas,10,2002, p.125-150; voir également R. VON SCHÖNBERG, Das Recht der Reichslehen…, op.cit., p.132. L’Empereur Ferdinand Ier et les princes saxons de la branche ernestine avaient déjà eu maille à partir à propos du rang des plénipotentiaires, C.G.BUDER, art.cit., p.12 sq.

[62]

W. SELLERT (éd.), Die Ordnungen…, op.cit., vol. 2, p. 140-141, note 534. Dès 1659, un décret impérial avait stipulé que les différents états d’Empire étaient tenus de « requérir [leurs fiefs] par une délégation envoyée à cet effet » et non par n’importe quel chambellan de la cour de Vienne; voir l’exemple de 1658 donné en note 50. Aussi J.-C. LÜNIG, Theatrum Ceremoniale…, op.cit., vol. 2, p. 963; J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p.255-256. J.-B. VON ROHR, Ceremoniel-Wissenschafft…, op. cit., p. 446 mentionne toutefois un privilège impérial accordé à la Saxe électorale en 1603 et l’autorisant à envoyer pour l’investiture des plénipotentiaires roturiers.

[63]

« Von den Fiocchi und vom Auffahren » (1729), HHStA RHR, Grat.et Feud., Thronbelehnungen und Zeremonialanstände, carton 2; « Pro Memoria das Auffahren bey Empfahung der Reichs Lehen betreffend » (novembre 1729), HHStA RHR, Grat.et Feud., Fürstliche Thronbelehnungen, carton 3.

[64]

« Von den Fiocchi…», voir note précédente, f.8 v.

[65]

Ibidem, f.9 v-10 r, Beilage Lit. A :Hofratsprotokoll vom 20.5.1695, f.41-50.

[66]

Une présentation détaillée dans J.-F. NOËL, art. cit., p. 116 sq.; voir également Hans RALL, Kurbayern in der letzten Epoche der alten Reichsverfassung 1745-1801, München, Beck,1952, p.113 sq.; et plus succinctement K.O. VON ARETIN, Das Alte Reich…, op.cit., vol.3, p.51-52; Un bilan rétrospectif du vice-chancelier d’Empire Colloredo : « Referat…», document cité note 20, f. 28-49; voir en outre un mémoire anonyme :« Hergang und Stand deren Kur- und Fürstlichen Reichs Thronbelehnungen vom Jahr 1740 bis Ende 1787, verfasset im December 1787 », HHStA, RHR, Grat.et Feud., Thronbelehnungen und Zeremonialanstände, carton 1; enfin, quelques échos dans les ouvrages du temps consacrés à l’Empire : Johann August REUß (éd.),Teutsche Staatskanzlei, Ulm, Stettinische Handlung,1788-89, Theil XX, p.455-456, Theil XXII, p. 318-347, Theil XXIII, p. 218 sq.; [ANONYME ], Über die Irrungen, welche in Ansehung der Reichsbelehnungen überhaupt […] obwalten, Nürnberg, s.éd.,1791.

[67]

Un autre exemple de théâtre cérémoniel où les princes ecclésiastiques et les princes-prélats firent porter l’accent sur leur appartenance à l’ensemble impérial pour tenter de contrer le danger de sécularisation qui ne cessait de planer au-dessus d’eux :Barbara STOLLBERG-RILINGER,« Ordnungsleistung und Konfliktträchtigkeit der höfischen Tafel », in Peter-Michaël HAHN et Ulrich SCHÜTTE (éd.), Zeichen und Raum :Ausstattung und höfisches Zeremoniell in den deutschen Schlössern der Frühen Neuzeit, München, Deutscher Kunstverlag,2006, p.103-122. La scène d’investiture peinte dans la salle d’apparat (Kaisersaal) de la résidence princière de Wurtzbourg, qui montre le prince-évêque Carl Philipp von Greiffenclau (1749-1754) recevant son fief d’Empire en costume historisant, en constitue un exemple particulièrement spectaculaire :F.BÜTTNER, Giovanni Battista Tiepolo…, op.cit., p.64 sq.

[68]

« General-Gründe, so samtliche hohe Fürsten und Stände, so noch bißhero die Thron Belehnungen nicht genommen, allerdings vermögen sollten, sich hierzu zu bequemen », reproduit dans J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p.305 sq.

[69]

Colloredo : « Referat…», document cité note 20; mémoire anonyme « Hergang und Stand…», document cité note 66; J.A. REUß (éd.), Teutsche Staatskanzlei…, op. cit., Theil XXII, p. 343 sq.; J.-J. MOSER,Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p.296 sq.; J.-F.NOËL, art.cit., p.116 sq.

[70]

En 1742, les comtes de Hohenlohe réclamèrent une investiture du trône effectuée par l’Empereur; leur argumentation reposait sur le fait qu’au XV e siècle ils avaient encore eu droit, comme les princes, à une investiture solennelle avec bannières : [Christian Ernst HANSELMANN ], Beweis, daß die Reichslehnbaren immediaten Graf- und Herrschaften ohnzweifentliche Fahnen- und Thronlehen seyen, Oehringen, Holl, 1743; J.-J. MOSER, Von der Teutschen Lehens-Verfassung…, op.cit., p. 328; J. BRUCKAUF, Fahnlehen…, op.cit., p.104 sq. Cette démarche s’inscrit dans le contexte d’une stratégie plus vaste menée par les familles d’ancien statut comtal afin de marquer les distances envers les familles de nouveau statut comtal au moyen d’une assimilation cérémonielle aux princes – nivelant du même coup le seuil statutaire qui les séparait de ces derniers :Johannes ARNDT,Das niederrheinisch-westfälische Reichsgrafenkollegium und seine Mitglieder 1653-1806, Mainz, Philipp von Zabern, 1991, en particulier p. 256-264; Barbara STOLLBERG-RILINGER, « Der Grafenstand in der Reichspublizistik », in Heide WUNDER (éd.), Dynastie und Herrschaftssicherung in der Frühen Neuzeit. Geschlechter und Geschlecht, Berlin, Duncker & Humblot, 2002, p.29-54.

[71]

Le décret du 10 janvier 1787 interdisait de s’agenouiller, sauf devant Dieu (reproduit dans J.A. REUß (éd.),Teutsche Staatskanzlei…, op.cit., Theil XX, p.454-455); un nouveau décret du 7 janvier 1788 précisa que cette interdiction était également valable pour les investitures d’Empire (ibidem, XXII, 347).

[72]

Voir [ANONYME ],Über die Irrungen…, op.cit., p.11 sq.et annexe 3, p.43 sq. :une délibération du Conseil Impérial Aulique fixa aux princes de nouveaux délais, sans prolongation possible, pour la réception de leurs fiefs, car « même à ce moment le Conseil Impérial Aulique était toujours fermement décidé à s’imposer dans cette affaire ». Ce n’est qu’en septembre1788 que sur ordre exprès de l’Empereur cette institution suspendit toutes les procédures en matière d’investiture; J.A.REUß (éd.),Teutsche Staatskanzlei…, op.cit., Theil XXIII, p.260.

[73]

J.A.REUß (éd.), Teutsche Staatskanzlei…, op.cit., Theil XXII, p.321.

Résumé

Français

Le gouffre qui existe entre l’importance que les juristes du XVIIIe siècle continuaient à accorder au droit féodal et à ses cérémonies dans le Saint-Empire,et le peu d’attention qu’ont accordée par la suite les historiens à ces «formalités», incite à revenir sur le rituel d’investiture féodale des princes sous l’angle d’une histoire de la constitution symbolique des institutions.La cérémonie d’investiture refondait l’ordre institutionnel de l’Empire et la hiérarchie des rangs.Elle fit donc l’objet, tout au long de l’époque moderne,d’évolutions et de conflits qui sont autant de tentatives pour valider, au plan symbolique, les prétentions contradictoires de l’Empereur et des différents princes. L’article décrit précisément ces évolutions et montre en quoi elles constituent un véritable sismographe des mutations institutionnelles et hiérarchiques du corps politique impérial.

MOTS - CLÉS

  • Saint-Empire
  • époque moderne
  • droit féodal
  • rituel
  • investiture féodale
  • Habsbourg

English

There is an obvious gap between the importance jurists gave to the feudal rituals in the Holy Empire until the end of the 18th century,and the poor opinion historians hold upon these «mere formalities» today. This discrepancy gives reason to a closer look at the rituals of investiture by which imperial princes received their fiefs.It is argued in this paper that these rituals solemnly enacted the constitutional order of the Empire and its hierarchy of ranks.Throughout the Early Modern period,they gave rise to changes and conflicts resulting from the clashing pretensions of the Emperor and the imperial princes.The paper precisely describes these transformations taking them as a seismograph of the institutional and hierarchical changes within the political body of the Empire.

KEYWORDS

  • Holy Empire
  • Early Modern period
  • feudal law
  • ritual
  • feudal investiture
  • Habsburg

Plan de l'article

  1. L’INVESTITURE : UN RITUEL QUI ACTUALISE L’EMPIRE
  2. L’INVESTITURE COMME SISMOGRAPHE DE L’EMPIRE

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