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1 Alors que l’histoire environnementale a acquis dès les années 1990 une audience forte dans de nombreux pays, la France a tardé à reconnaître la légitimité de ce champ. Les critiques ne portaient pas tant sur la pertinence des objets historiques que sur la nouveauté réelle des recherches, et sur la robustesse des méthodes et des concepts. Pour une tradition historique sensible aux liens avec la géographie, un certain nombre de propositions, en particuliers étatsuniennes, ne semblaient pas si neuves. L’analyse comparée de la constitution de ce domaine de recherche montre qu’une partie des divergences vient de malentendus et d’ignorances entre des communautés scientifiques structurées de manière différente selon les pays. Les déplacements à l’œuvre lors du transfert de certains travaux d’une rive à l’autre de l’Atlantique ont achevé de brouiller les pistes. Mais l’heure n’est plus à ces divisions, et il est aujourd’hui possible de présenter un tableau historiographique convergent de l’histoire environnementale, tout en respectant les différences nationales.

2 Si en France, l’histoire environnementale est encore peu développée, ce décalage temporel est en un certain sens un atout, car plusieurs décennies de travaux ont montré que cette voie de recherche, loin de constituer un sous-champ spécifique et plus ou moins autonome, prend place au cœur de la discipline. L’un de nos souhaits principaux est ici d’adresser une invitation à la communauté des historiens, pour leur proposer de se pencher de manière attentive et critique sur ce nouveau chantier intellectuel et sur sa capacité potentielle à modifier les méthodes et approches de l’histoire [1].

LE CREUSET AMÉRICAIN

3 L’histoire environnementale s’est d’abord constituée aux États-Unis, plongeant ses racines dans les années 1960. Dans un climat fortement influencé par la new left history et par l’activisme politique, de jeunes historiens, Roderick Nash et Donald Worster en particulier, affirment qu’une classe d’opprimés est systématiquement oubliée : la terre, le biotope [2]. Il faut, disent-ils, écrire une histoire « from the bottom up », qui parte d’en-bas, de ce qui est ignoré, méprisé et n’a pas la parole [3]. Il s’agit de donner un rôle central aux éléments naturels, de les introduire dans tous les livres d’histoire, au lieu de dérouler la succession des rois, des guerres et des grandes idées [4]. Rappelons qu’au début des années 1960, outre-atlantique, l’histoire intellectuelle et politique domine encore très largement la profession [5].

4 On situe généralement la naissance de l’histoire environnementale en août 1972, avec un numéro spécial de la Pacific Historical Review et un article fameux de Roderick Nash [6]. Le choix de la revue marque la montée de l’environnementalisme sur les campus de la côte ouest. Initiée par la publication de Silent Spring par Rachel Carson en 1962, cette prise de conscience triomphe le 22 avril 1970 avec le premier Earth Day, l’une des plus grandes manifestations jamais organisées aux États-Unis, réunissant 20 millions de personnes [7]. Dans ce climat, John Opie édite en avril 1974 une lettre d’information en histoire environnementale, suivie de la création d’une revue, l’Environmental Review, à l’automne 1976 [8]. L’American Society for Environmental History est fondée en 1977 [9]. Ces dates de naissance sont cependant trompeuses. D’une part, ce nouveau champ mobilise des travaux antérieurs, par exemple ceux publiés par Samuel P. Hays sur l’histoire de la conservation ou les nombreuses publications sur l’histoire des forêts (qui dispose de sa propre revue depuis 1957)  [10]. D’autre part, l’histoire environnementale demeure une Église des catacombes jusqu’au milieu des années 1980, avec une revue qui manque de disparaître à plusieurs reprises, tandis que le nombre d’adhérents de la société est encore inférieur à 200 en 1987 [11]. Nul poste universitaire en histoire environnementale n’existe, et il faut se raccrocher à quelques campus accueillants, comme ceux de l’University of California et de l’University of Kansas pour développer ses recherches, malgré le succès des premiers parcours en environmental studies auprès des étudiants [12].

5 Si cette émergence reste fragile, elle est structurante, et ceci pour au moins trois raisons qui, même remises en cause, continuent à peser aujourd’hui. Le lien entre environnementalisme et histoire environnementale est très fort parmi la première génération, qui conçoit ses travaux comme un levier pour agir sur le présent [13]. Certains n’hésitent pas à s’engager publiquement, tel Roderick Nash écrivant la Santa Barbara Declaration of Environmental Rights pour protester contre la marée noire qui touche cette région en janvier 1969 [14]. Ensuite, la redécouverte des racines américaines du rapport à la nature conduit à la conviction que cette nation a inventé l’environnement et, par conséquent, l’histoire environnementale. Les travaux pionniers de Roderick Nash sur la wilderness (ou « sauvagerie ») permettent de réhabiliter des figures comme Aldo Leopold ou John Muir [15]. Troisième originalité, l’attention portée aux dégradations de la nature par l’action des hommes ouvre de nouveaux champs de recherche. Donald Worster est celui qui va le plus loin dans cette direction, jusqu’à incarner (selon Hal Rothman) « l’école tragique » de l’histoire environnementale, pointant la responsabilité du capitalisme [16]. Il inaugure ainsi un nouveau type de récit, celui de la chute, du déclin, en opposition à l’usage raisonné de la nature par les populations locales [17].

6 Les années 1980 voient surgir une deuxième génération, dont les œuvres sont aujourd’hui des classiques de l’histoire environnementale. La fragilité institutionnelle est compensée par l’extraordinaire dynamisme des chercheurs qui s’investissent dans ce champ en construction. Richard White et William Cronon réécrivent l’histoire de certaines régions américaines sous l’angle du changement écologique, avec une narration qui rend impossible la séparation entre les hommes et leur environnement [18]. Carolyn Merchant relit la révolution scientifique baconienne à la lumière de l’environnement, en affirmant qu’elle marque un tournant essentiel dans le rapport à la nature : celle-ci cesse d’être un tout vivant pour être sectionnée, fragmentée en morceaux privés de vie, qui pourront être objets de connaissance scientifique et de domination [19]. En affirmant le passage d’une conception féminine de la nature à une conception masculine, Carolyn Merchant propose très tôt d’écrire une histoire environnementale attentive au genre [20]. Stephen Pyne construit une histoire totale du feu, mêlant les caractéristiques physiques du phénomène, les valeurs, les institutions, les croyances [21]. Grâce à l’utilisation de nouvelles sources, il exhume la rationalité des modes traditionnels d’utilisation du feu qui, loin de détruire la nature, permettent de gérer les ressources. Enfin, certaines publications, à mi-chemin entre travail scientifique et journalisme, contribuent à structurer l’histoire environnementale et à lui donner une visibilité [22].

7 À cette liste d’objets nouveaux, il faut ajouter des objets préexistants à l’histoire environnementale mais revendiqués par ses théoriciens. Cette appropriation a d’ailleurs peu de conséquence pendant un certain temps, tant l’histoire environnementale est marginale. Dans un premier bilan bibliographique, en 1985, Richard White cherche explicitement à démontrer qu’un nouveau champ est en train de se constituer, à partir d’une série d’objets dispersés. Les très nombreuses références montrent qu’il peut s’appuyer sur des bibliographies fournies et antérieures sur la mise en valeur de l’Ouest américain : les mouvements de conservation et de préservation, l’histoire des forêts et des services forestiers, l’histoire intellectuelle de la wilderness et de ses grandes figures, l’histoire des parcs nationaux, l’étude des paysages et la géographie historique, la maîtrise de l’eau, la mise en valeur agricole [23]. En revanche, certains objets ne sont pas annexés, comme les risques, qui surgissent au même moment en sociologie et en anthropologie, probablement parce qu’ils sont trop assimilés aux risques technologiques [24]. Seuls les insecticides font exception, qui lient théories scientifiques, transformations environnementales et changement social [25]. Les répercussions de Silent spring expliquent un tel intérêt. La deuxième moitié des années 1980 propose de nouveaux objets, certains esquissés de manière programmatique : la pêche et la disparition des ressources en poisson, la pollution de l’air, les conséquences de l’expansion des banlieues, l’histoire du genre et l’environnement, l’histoire environnementale de l’industrie [26]. Les colonnes de l’Environmental History Review restent tenues essentiellement par les États-Unis. Et pourtant, ailleurs, les premiers travaux d’histoire environnementale sur des aires africaines et asiatiques commencent à émerger, par exemple sur la chasse en Afrique, les forêts en Inde, l’occupation des terres en Chine [27]. Ces études n’ont pas encore besoin de se définir comme relevant de l’histoire environnementale. Les travaux sur les animaux ont ainsi leur dynamique propre, qui s’est inscrite d’abord dans l’Angleterre des XVIIIe et XIXe siècles avec Keith Thomas et Harriet Ritvo, puis a gagné les colonies britanniques avec John MacKenzie [28].

8 Plusieurs leçons se dégagent de ce deuxième moment de l’histoire environnementale étatsunienne. Le champ s’est constitué par l’invention de nouveaux objets plus que par des méthodes, des concepts, une théorie de l’histoire. Cette inventivité répond pleinement aux intuitions des fondateurs : il faut mettre de la nature dans l’histoire, le plus possible, pour faire surgir des thèmes qui n’ont jamais été étudiés jusque-là. Cette expansion territoriale peut se traduire par l’annexion d’objets préexistants. Alors que la première conférence en histoire environnementale a lieu seulement en 1982 et que les forces demeurent très maigres, ces ambitions relèvent encore du vœu pieux [29]. Pourtant, peu à peu, les termes « nature » et « geographical » cèdent la place à « ecological » et « environmental », c’est-à-dire à un autre type d’inscription disciplinaire, alors que le contenu n’est pas nécessairement différent.

9 La deuxième leçon réside dans les limites d’un consensus théorique, même si l’Environmental Review consacre en 1987 un numéro spécial aux théories de l’histoire environnementale [30]. En 1990, le Journal of American History dédie un numéro entier à la définition de l’histoire environnementale [31]. Le débat est très embarrassé car il apparaît que les principaux acteurs du domaine ne partagent pas les mêmes positions théoriques sur la nature, tout en se reconnaissant une identité commune dans la pratique de l’histoire. Stephen Pyne le formule nettement, en affirmant qu’il aime les histoires de Donald Worster mais pas ses valeurs ; le désaccord est épistémologique et politique, l’accord empirique [32].

10 Lorsque commencent à paraître les premiers signes de reconnaissance de la part des historiens, à la fin des années 1980, l’histoire environnementale occupe une position ambiguë dans le champ de l’histoire. Historiquement, plusieurs praticiens se sentent proches de la vague des années 1960, pas seulement de la new left history mais aussi des women’s studies, de l’African-American history, de la Chicano history, de la gay and lesbian history[33]. Cependant, l’histoire environnementale n’a pas réussi à occuper les mêmes positions de pouvoir, à revendiquer la constitution d’un territoire distinct, qui passerait par le refus de s’intégrer dans les cours d’histoire générale [34]. Le sentiment que, dans la défense des opprimés, les non-humains passeront toujours après les femmes, les Afro-américains et les autres minorités, est explicitement formulé [35]. En 1995 encore, Alfred Crosby reprochera à l’histoire environnementale d’être une secte, avec son association, l’AAEH, et son journal, écrivant et parlant pour elle-même, sans influencer le cœur de la communauté historienne [36]. Cette marginalité institutionnelle préserve et entretient un certain nombre de décalages avec le tournant post-moderne de ces années 1980. L’histoire environnementale est plus attachée à la dimension éthique et militante qu’à la subjectivité des points de vue de l’historien, elle continue à affirmer qu’il existe une matérialité et des faits qu’il s’agit de reconstituer. En 1988, un des meilleurs tableaux de l’histoire américaine au XXe siècle peut se contenter d’une seule allusion à l’environnement, en le considérant comme un des nouveaux sujets de cette époque, investi par les jeunes historiens blancs libéraux qui se détournent des études afro-américaines [37]. Dans la décennie suivante, la fin de cette marginalité coïncide avec d’autres transformations profondes qui bousculent le champ.

INTERNATIONALISATION ET RECOMPOSITIONS

11 Dans les années 1990, la reconnaissance croissante de l’histoire environnementale par les historiens se conjugue avec l’internationalisation des objets de recherche, favorisant un certain nombre de recompositions. L’ouverture aux mondes non-américains prend deux visages, l’un externe et contestataire, l’autre interne et plus souple. En réalité, il faut souligner que, très tôt, des appels à une ouverture plus grande ont été lancés, en particulier par Donald Worster lors du premier colloque de 1982. D’une part, avance-t-il, l’histoire environnementale n’est pas une invention américaine, mais elle a émergé, sous d’autres noms et parfois plus tôt, dans d’autres pays (principalement la France et l’Angleterre) ; d’autre part, le cadre national réducteur des études américaines conduit à confondre environnementalisme et environnement, et doit laisser la place à une histoire comparée et transnationale [38]. Ces deux points ont mis longtemps à se concrétiser, faute de forces suffisantes et de liens entre communautés scientifiques.

12 La première attaque provient de l’histoire environnementale de l’Inde [39]. Ramachandra Guha développe une critique radicale de l’environnementalisme étatsunien à partir du point de vue décentré de l’Inde et du Tiers-Monde [40]. Véhiculé par l’histoire environnementale, le concept de wilderness, qui a une origine strictement nationale, aurait été injustement érigé en valeur universelle pour asseoir la domination américaine. Cette projection occidentale sur le monde serait passée par la construction mythique d’une pensée orientale traditionnelle, plus respectueuse de la nature, ne reposant en fait sur aucune source historique [41]. Côté européen, une autre critique forte est apportée par Richard Grove, à travers ses propres recherches et la création de la revue Environment and History en 1995 [42]. Le premier éditorial affirme que l’histoire environnementale étatsunienne est une tradition parmi d’autres, à côté de l’Inde (Subaltern Studies), de la France (Fernand Braudel, Emmanuel Le Roy Ladurie, Andrée Corvol) et de l’Angleterre (Henry Clifford Darby, Olivier Rackam, Victor Skipp, John Sheail). La revue souhaite donc apporter un triple décentrement par rapport à l’Environmental History Review et à la « forest and conservation history » : par les aires d’étude (Afrique, Asie, Australie, Amérique du sud, Europe), les disciplines engagées (l’histoire économique et sociale, et surtout la géographie historique, Carl Sauer et Clarence Glacken devenant les pères fondateurs de l’histoire environnementale), les pôles institutionnels (Cambridge, Canberra, New Delhi)  [43]. Le décalage entre les positions de Richard Grove et l’histoire environnementale étatsunienne s’accentue dans un texte postérieur qui accuse les historiens américains, Roderick Nash en particulier, de s’être emparés au début des années 1970 d’un terme utilisé avant eux par les géologues, les archéologues et la géographie historique [44]. L’acte de naissance de l’histoire environnementale, marqué par la création de l’Environmental Review en 1976, cacherait un point de vue myope et isolationniste, une sorte de coup d’État américain.

13 La mise en avant des débats théoriques constitue le deuxième tournant des années 1990. William Cronon donne le coup d’envoi avec un article devenu fameux, « The trouble with wilderness : or, getting back to the wrong nature », publié dans un volume aux fortes prétentions théoriques et repris dans Environmental History[45]. L’affirmation centrale – les environnementalistes s’appuient sur une wilderness imaginaire, alors que la nature est socialement construite – ne semble pas si iconoclaste. Elle déclenche pourtant des réactions extrêmement vives, accusant William Cronon de saper les fondements de l’histoire environnementale mais aussi de l’environnementalisme [46]. La textualisation du monde commence à toucher un champ qui, jusque-là, y avait échappé, ouvrant la voie au tournant culturel de l’histoire environnementale [47]. Le texte de William Cronon paraît à un moment stratégique, marqué par le succès d’autres pôles que les États-Unis et par les doutes sur le positionnement du champ à l’intérieur de la discipline historique. Grâce au découplage entre environnementalisme et histoire environnementale, les spécialistes du champ sont désormais recrutés dans leur propre spécialité et accèdent de plus en plus aux pages des revues historiques généralistes [48]. Pourtant domine un sentiment d’incomplétude et de relatif échec, car l’histoire environnementale n’a pas transformé la manière dont les historiens écrivent l’histoire et elle reste cantonnée dans son domaine, sans avoir réussi à occuper une section de toutes les histoires généralistes [49]. Pourquoi, se demandent ses tenants, l’histoire environnementale n’a-t-elle pas connu le même succès aux États-Unis que l’histoire du genre ? La faiblesse théorique et l’hétérogénéité des pratiques sont invoquées, entre autres.

14 De fait, l’histoire environnementale n’a jamais été unifiée par une même définition de la nature et de l’environnement, ni par une série de méthodes clairement identifiées [50]. Face à cette situation, une série des propositions théoriques sont faites. Richard White, prenant le contrepied de l’histoire environnementale globale, souligne l’importance historique de la nationalisation de la nature et la nécessité d’une réflexion spatiale, dans la lignée des travaux d’Henri Lefevbre [51]. Edmund Russel ouvre la voie d’une histoire de l’évolution qui historiciserait l’évolution des espèces non humaines [52]. Un consensus semble se dégager pour rompre l’autonomie du champ et installer l’environnement au cœur de la discipline historique, au nom de la convergence avec l’histoire sociale, de la prise en compte de la matérialité, ou encore d’une histoire du pouvoir [53]. Quant à Sverker Sorlin et Paul Warde, ils en appellent à poser le « problème du problème », c’est-à-dire à cesser de chercher un consensus définitif autour de la définition de l’histoire environnementale, pour interroger plutôt la constitution du savoir et de la science de l’environnement avec les outils de la théorie sociale et politique [54]. Des références nouvelles apparaissent et sont discutées, en particulier les textes de Bruno Latour autour de l’écologie et des politiques de la nature [55].

15 Ces doutes sont inséparables d’un troisième phénomène : l’explosion des effectifs en histoire environnementale et l’apparition de pôles multiples, issus de traditions scientifiques différentes. L’ouverture européenne, consacrée par la création de l’European Society for Environmental History (ESEH) en 1999, a dilaté la communauté, géographiquement certes, mais aussi thématiquement. L’histoire environnementale a été élargie à la géographie historique, à l’histoire rurale et agricole, à l’écologie historique et aux approches historiques des sciences de la nature [56]. Cette orientation était déjà sensible dans les colonnes d’Environment and History, revue qui a joué un rôle important de structuration du domaine en Europe. La masse de publications en jeu devient alors considérable : plus de 1000 références pour la Finlande et le Danemark entre 1994 et 2003 ; plus de 24 000 dans la base bibliographique sur l’histoire environnementale du Canada ; plus de 40000 dans la base bibliographique en histoire environnementale de la Forest History[57]. En 2006, la société américaine, l’ASEH, comptait 1000 membres, et l’ESEH 426 [58]. Longtemps peu développée, l’histoire environnementale du Canada bouscule elle aussi les frontières américaines, en se réclamant de l’histoire rurale et de la géographie historique [59]. En Allemagne et en Suisse, les racines proviennent plutôt de l’histoire économique et sociale, avec Franz-Joseph Brüggemeier, Joachim Radkau et Christian Pfister, ainsi que de l’histoire politique de l’Allemagne avec Christof Mauch [60].

16 L’éclatement du champ n’empêche pourtant pas de nouveaux objets de continuer à surgir. L’histoire de la consommation complète des approches jusque-là centrées sur les modes d’exploitation des ressources [61]. Répondant aux critiques portées contre une histoire environnementale séparant nature et travail, Christine Rosen et Christopher Sellers posent les bases d’une éco-histoire des entreprises [62]. L’histoire du corps fait son apparition dans un domaine qui, jusque-là, considérait l’homme comme une espèce parmi d’autres et s’interrogeait peu sur le type de naturalité qui lui est propre [63]. Ainsi, le lien s’établit avec les analyses sur les risques, mais essentiellement pour la période contemporaine, marquée par des menaces industrielles et toxiques de type nouveau [64]. Les catastrophes naturelles font elles aussi timidement leur apparition, plus facilement dans l’espace européen qu’américain, plutôt sous l’angle d’une étude des vulnérabilités que de la rupture introduite par l’événement catastrophique [65]. Les atlas environnementaux introduisent de nouvelles perspectives sur l’espace et les bio-régions [66]. Deux champs anciens, l’histoire diplomatique et les études sur la guerre, sont à leur tour gagnés par les nouvelles approches environnementales [67]. Dans un autre ordre d’idée, un certain « tournant culturel » de l’histoire environnementale favorise le développement des études sur le cinéma, la littérature et le paysage [68].

L’EXCEPTION FRANÇAISE

17 Dans ce tableau mondial, les historiens français sont particulièrement absents, très loin derrière l’Europe du Nord et l’Inde, mais aussi derrière l’Europe du Sud et la Chine [69]. La quasi-inexistence de l’histoire environnementale en France serait certes peu à peu corrigée par l’investissement de jeunes chercheurs [70]. L’éclatement de l’histoire environnementale et l’intégration récente de filiations diverses et distinctes permettent de poser le problème sous un autre angle, en distinguant trois questions différentes. L’histoire environnementale peut-elle se réclamer de « l’école des Annales », même si Lucien Febvre, Marc Bloch, Fernand Braudel n’ont exercé aucune influence directe sur sa naissance aux États-Unis ? L’absence de rattachement identitaire à l’histoire environnementale avant les années 2000 peut-elle être nuancée par la proximité de nombreux travaux français avec un certain nombre d’objets environnementaux ? Comment situer l’essor récent de l’histoire environnementale en France, par rapport à des approches qui ont eu peu d’héritiers chez les historiens, à savoir « l’histoire de l’environnement » (Emmanuel Le Roy Ladurie), « l’éco-histoire » (Robert Delort) et « l’histoire écologique » (Georges Bertrand) ?

18 La référence aux Annales est plutôt récente en histoire environnementale, et surgit dans la phase de questionnement identitaire des années 1990 [71]. À l’exception de Donald Worster, marqué par la filiation avec l’histoire économique et sociale, les fondateurs du domaine aux États-Unis n’ont pas été influencés par les historiens français [72]. Geneviève Massard-Guilbaud voit dans ces références aux Annales un malentendu dû aux effets de brouillage des transferts culturels, et une familiarité trompeuse due à l’interpénétration de l’histoire et de la géographie qui a, au contraire, empêché le développement de l’histoire environnementale en France [73]. Il y a là un véritable débat. Remarquons toutefois que les références aux Annales sont aujourd’hui suffisamment explicites pour ne pas relever du simple malentendu : ce n’est pas un hasard si Ramachandra Guha fait de Marc Bloch un modèle d’histoire écologique, et si diverses discussions récentes tournent autour des modèles temporels de Fernand Braudel [74].

19 Le terme « environnement » surgit dans la langue des historiens au début des années 1970. Jusque-là, en particulier par Lucien Febvre, il est vu comme un terme anglais marqué par le déterminisme, auquel il faut préférer une définition plus ouverte de « tout ce qui environne l’homme » au sens de Taine [75]. Cette acception très large est encore utilisée par Emmanuel Le Roy Ladurie en 1975 pour « l’écologie de Montaillou » qui comprend l’ensemble des facteurs et des conditions entourant les hommes, de la flore et de la faune jusqu’à la possession foncière et aux structures familiales. Diffusé par les organismes internationaux comme l’OCDE, le terme est intimement lié à l’institutionnalisation de l’environnement, marquée par la création en 1971 du premier ministère de la Protection de la nature et de l’environnement français [76]. Cette origine technocratique, et nullement environnementaliste comme aux États-Unis, suscite donc dès le départ la méfiance des historiens : alors que Pierre Georges, du côté des géographes, accepte l’extension pratiquement illimitée du terme, Emmanuel Le Roy Ladurie dénonce le danger de céder aux impératifs de la mode, thème promis à une longue postérité [77].

20 Les Annales sont une des premières revues d’histoire, dans le monde, à consacrer un article important à l’environnement en 1970, puis un numéro spécial en 1974 [78]. Remarquons cependant qu’aucun de ces textes ne définit un programme d’histoire environnementale, comparable à ce qui s’élabore aux États-Unis au même moment. L’article de 1970 ne milite que pour l’histoire du climat, tandis que la courte introduction de 1974 ne définit ni un champ, ni des méthodes, et énumère avant tout des objets. Ces approches novatrices ont été émoussées par des lectures rétrospectives donnant une importance exagérée à la filiation avec la géographie vidalienne, qui serait à l’origine de l’intérêt des historiens pour les paysages et l’histoire rurale, cet embryon d’environnement [79]. Il faut plutôt rappeler le regard critique d’un Marc Bloch sur des travaux de géographie vidaliens dans lesquels il ne se reconnaissait pas [80]. La géohistoire a été utilisée un peu facilement pour dénoncer les illusions d’un paradigme des Annales simplificateur par son déterminisme et sa globalité [81]. Les premières pages de l’Apologie pour l’histoire de Marc Bloch montrent comment la conception de l’histoire comme science des hommes dans le temps est appliquée aux phénomènes naturels, ici l’ensablement d’un golfe profond de la côte flamande, le Zwin, à partir du Xe siècle [82]. La nature n’intervient pas comme une cause extérieure, car les processus sont trop complexes, mêlés, indissociables. Elle est donc intégrée à l’histoire des hommes, le tout formant un assemblage.

21 Dans les années qui suivent, trois basculements sont à l’œuvre, qui limitent la portée des textes précurseurs des Annales. Emmanuel Le Roy Ladurie s’engage sur la voie d’une « histoire sans les hommes » qui met fin à l’histoire totale des Annales, englobant les hommes et l’environnement dans un même récit, une co-histoire faite de multiples interrelations. L’histoire du climat pose, d’un côté, une histoire sans les hommes, scientifique, objective, sérielle, de l’autre une histoire des hommes, interprétative, subjective, qualitative [83]. L’environnement est ainsi coupé en deux : aux historiens, la part de la nature dans l’outillage mental ; aux recherches pluridisciplinaires associant parfois des historiens, la reconstitution des facteurs naturels qui pèsent sur les sociétés humaines. Le projet reste cependant ambigu car « l’histoire sans les hommes » est en partie écrite à partir de sources produites par les hommes (mercuriales, livres de raison, etc.). Il s’agit surtout d’une volonté accrue de scientificité, d’une opération intellectuelle passant par la séparation des éléments.

22 Deuxième inflexion, le basculement géographique de l’histoire de l’environnement est thématisé par Georges Bertrand dans « Pour une histoire écologique de la France rurale »  [84]. Renversant le rapport de forces au profit de la géographie, ce programme s’appuie sur une définition intemporelle et physique de l’environnement appliquée à toutes les époques pour étudier les interrelations entre les milieux naturels et les hommes. Saisie au niveau micro des communautés, cette étude des relations réciproques n’est pas une histoire des médiations entre les hommes et l’environnement, telle que proposée par exemple par Donald Worster (faisant intervenir les structures de production, les acteurs sociaux, les représentations de la nature).

23 Enfin, troisième élément, le passage de l’histoire économique et sociale à une histoire anthropologique et des mentalités achève d’éloigner les historiens de l’environnement. En 1978, le volume consacré à la Nouvelle histoire entérine cet abandon : l’article « Environnement » se contente de renvoyer à l’entrée « Géographie historique »  [85]. Le caractère d’ethnologie intérieure de l’histoire se renforce, contribuant à rejeter un peu plus la nature du côté des invariants, des pesanteurs ayant forgé une civilisation millénaire. Le terme « écologie », qui ouvrait la porte à une histoire des facteurs et de leurs variations, laisse la place au mot « espace », chargé de lourdeurs, de permanences [86]. L’attachement à une civilisation rurale millénaire en train de disparaître pousse les historiens du côté des rapports harmonieux et stables entre les hommes et la nature, au moment où l’histoire environnementale américaine insiste sur une histoire heurtée des dégradations de la nature par les sociétés humaines.

24 Ces filiations montrent pourquoi il existe dans les années 1980 et 1990 des travaux historiques sur l’environnement en France, mais pris dans un sens plus restrictif que l’histoire environnementale. Trois groupes peuvent être identifiés. Le premier, issu des propositions de Georges Bertrand, étudie l’évolution des milieux bio-physico-chimiques avec lesquels l’homme est en relation, en prenant en compte la manière dont celui-ci intervient et transforme ces milieux [87]. Développées à travers plusieurs programmes du CNRS, ces perspectives sont prises en charge avant tout par les sciences de la nature, comprenant la section d’écologie du CNRS créée en 1976, tandis que les appels aux sciences de la société suscitent peu de réactions [88]. Un deuxième pôle, regroupant les chercheurs en sciences humaines investis dans les collaborations pluridisciplinaires précédentes, s’engage sur la voie d’une éco-histoire qui prend en compte la complexité physique de la nature et ses dynamiques propres, tout en affirmant ne pas la poser comme extérieure aux sociétés humaines, et faisant intervenir toutes les formes de médiations (structures économiques et sociales, aménagements, outillage mental)  [89]. Archéologues, géographes, écologues développent de nombreuses recherches, dans lesquelles les historiens se font rares [90]. Le troisième ensemble est extrêmement vaste et contient tous les travaux qui, dans d’autres pays, pourraient être identifiés comme relevant de l’histoire environnementale, même si peu d’entre eux revendiquent cette étiquette [91]. Certains ouvrages importants, pourtant, auraient aux États-Unis été classés dans ce domaine [92]. De manière plus localisée, il faudrait ajouter les travaux sur les forêts, les nuisances, les paysages, les épidémies ainsi qu’une partie de l’histoire rurale et de la géographie historique [93].

25 Il ne s’agit nullement de dire ici que les historiens français ont fait de l’histoire environnementale sans le savoir, ni de minimiser la portée des appels récents à une histoire environnementale française. Plusieurs remarques semblent toutefois nécessaires pour mettre en perspective sur le plan international les approches développées en France. L’absence de structuration d’un domaine de recherche appelé « histoire environnementale » dans les organismes de recherche, et plus encore dans les universités, se traduit par un manque de visibilité internationale, mais aussi et surtout par une faible dynamique collective. Le volume des travaux publié en France est donc très loin de celui atteint par nombre d’autres pays. L’inexistence d’une communauté se traduit par l’absence d’outils pour la recherche. La bibliographie en histoire environnementale, essentiellement anglophone, est mal connue et absente des bibliothèques françaises [94]. Rarement le cloisonnement des références a été aussi fort, rendant tout dialogue difficile [95]. L’étude fine des interrelations entre l’écosystème et les hommes à l’échelle locale s’articule mal avec les perspectives globales et de longue durée qui cherchent à déterminer l’avènement de l’anthropocène [96]. Loin de l’histoire totale environnementale, les rares synthèses françaises séparent l’histoire physique de l’environnement et l’histoire humaine, les faits et les représentations [97]. De très nombreux objets de l’histoire environnementale n’ont donc jamais trouvé leurs prolongements en France. Jusqu’aux travaux sur l’histoire des pollutions, les historiens français n’ont accordé aucune attention aux dégradations de la nature par les hommes, pivot des recherches étatsuniennes [98].

26 Ces réserves émises, notre conviction est celle d’une convergence souhaitable et fructueuse entre l’histoire environnementale anglophone et les travaux français. Dans un contexte de croissance et d’éclatement du champ, le temps est favorable à des lectures et à des traditions plurielles. Même si le mot environnement n’est pas toujours là, il est difficile de nier la fécondité de recherches marquées par la géographie historique, l’histoire rurale, les représentations de l’environnement, l’histoire des sciences, l’histoire économique et sociale.

L’HISTOIRE ENVIRONNEMENTALE : UN PANORAMA HISTORIOGRAPHIQUE

27 Parmi les vastes possibles de l’histoire environnementale, nous avons choisi de privilégier et de présenter quatre domaines pour illustrer ces échanges.

Conservation et préservation des ressources et des espaces naturels

28 L’étude de la conservation et de l’utilisation raisonnée des ressources, d’une part, celle de la préservation des espaces naturels, d’autre part, ont constitué l’un des premiers axes de développement de l’histoire environnementale. Ces recherches ont émergé tout d’abord au sein de l’historiographie étatsunienne.

29 Le livre de Samuel P. Hays Conservation and the Gospel of Efficiency (1959) est l’ouvrage fondateur des études sur les politiques « conservationnistes ». Hays y traite des initiatives que le gouvernement fédéral mène en ce domaine au tournant des XIXe et XXe siècles, notamment sous la présidence de Theodore Roosevelt [99]. Sa perspective est celle d’une histoire politique centrée sur les élites gouvernementales, savantes et administratives. Ce livre inaugure un demi-siècle d’études sur les législations, les programmes et les organismes de conservation et de valorisation des ressources nationales américaines [100]. À partir des années 1970, cette question de la conservation est explorée dans une perspective inspirée par l’histoire sociale et les approches « bottom up ». Dans un ouvrage influent, John Reiger a décrit la précocité et l’intensité de l’engagement des associations américaines de chasseurs dans la protection des ressources cinégétiques. Plus récemment, des auteurs comme Louis S. Warren et Karl Jacoby ont proposé une relecture de l’histoire de la conservation, analysée sous l’angle des effets de coercition – indexés sur la classe et la « race » – que celle-ci suscite : restriction de l’accès aux ressources, criminalisation des pratiques d’usage, disqualification de certains types de rapport aux milieux naturels [101].

30 Une forme particulière d’atteinte à l’environnement occupe par ailleurs une place à part dans l’histoire américaine. Il s’agit du Dust Bowl, ces tempêtes de poussière gigantesques qui touchent les grandes plaines dans les années 1930. Elles ravagent les fermes et les habitations et poussent trois millions de personnes sur les routes. Comme on l’a vu, c’est à propos de ce phénomène que Donald Worster signe en 1979 l’un des grands classiques de l’histoire environnementale : il s’y livre à une critique radicale du capitalisme et en appelle à un nouveau rapport à l’environnement, libéré de sa logique destructrice [102]. Le thème de la dégradation et de la protection des sols a suscité depuis une importante production historiographique, assez largement centrée sur ce second « âge d’or » de la conservation qu’a été le New Deal rooseveltien [103].

31 L’étude des pratiques de préservation, elle aussi, s’est surtout développée aux États-Unis, où sont créés les premiers parcs naturels (Yellowstone, 1872). Le travail séminal, sur cette question, est l’ouvrage de Roderick Nash, Wilderness and the American Mind, paru en 1967 [104]. Nash y analyse (en historien des idées) l’importance de la notion de wilderness dans la construction de l’identité nationale américaine. Cette « sauvagerie », c’est celle des grands espaces que Dieu a donnés en tribut aux colons partis à la conquête de l’Ouest. La conquête achevée, la préservation de parcelles de nature « sauvage » au sein des parcs naturels permet de conserver le témoignage de ce moment fondateur de la nation américaine. Dans le sillage de Nash, c’est un pan entier de l’histoire des idées et des représentations qui a travaillé la question de la construction des catégories de « sauvage » et de « naturel », en analysant l’influence du christianisme, du romantisme ou de grandes figures tutélaires comme Henry David Thoreau et Aldo Leopold. Les parcs naturels proprement dits ont également suscité des travaux nombreux et circonstanciés, qui se sont focalisés sur leur signification culturelle et symbolique, leur histoire politico-administrative [105], leurs pratiques de gestion écologique [106], leur dimension touristique [107]. Comme la conservation, la préservation a été analysée sous l’angle des effets de domination qu’elle peut susciter. La wilderness n’est pas seulement une construction culturelle : Mark D. Spence a montré par exemple que pour créer les parcs de Yellowstone, Yosemite et Glacier (et y fabriquer une nature « sauvage »), il avait d’abord fallu expulser et regrouper les indiens qui habitaient ces territoires et effacer les traces matérielles et mémorielles de leur présence [108]. Le cas n’est pas exceptionnel, et cette face cachée des pratiques préservationnistes est aujourd’hui de mieux en mieux connue.

32 L’histoire de la conservation et de la préservation a connu des développements très différents en Grande-Bretagne et en France, les deux autres pays les mieux connus de ce point de vue. La situation est très différente de celle des États-Unis : en effet, ici, les dynamiques à l’œuvre dans les espaces coloniaux ont été déterminantes. Or, l’étude des politiques de conservation/ préservation à l’œuvre dans l’empire français n’a émergé qu’assez récemment, avec les travaux de Caroline Ford, ceux de Frédéric Thomas sur la foresterie indochinoise et ceux d’Adel Selmi sur la genèse des parcs nationaux [109]. L’histoire des pratiques conservationnistes et préservationnistes métropolitaines est mieux connue. Les stratégies de conservation associées à certaines ressources ont suscité des travaux étendus : c’est le cas notamment pour les forêts, avec les travaux d’Andrée Corvol et du Groupe d’Histoire des Forêts Françaises (IHMC-CNRS). Les politiques préservationnistes, de leur côté, ont profité de travaux d’anthropologues et de sociologues : ainsi Isabelle Mauz et Sophie Bobbé ont récemment contribué à l’histoire des parcs naturels [110] et Florian Charvolin a analysé la genèse du ministère de l’Environnement [111].

Approche globale et (très) longue durée

33 L’une des caractéristiques majeures de l’histoire environnementale, et à notre sens l’un de ses grands intérêts, tient à ce qu’elle propose des cadrages spatiaux et temporels inhabituels par leur ampleur. Les situations historiques peuvent être analysées à l’échelle de la planète ou d’un continent, sur un siècle, un millénaire ou au-delà. Les recherches qui adoptent ce type d’approche constituent un sous-champ disciplinaire, celui de l’histoire environnementale globale, qui a fourni une imposante production savante mais aussi plusieurs succès de librairie.

34 Ce courant émerge à l’aube des années 1970, avec les travaux d’Alfred Crosby sur le Columbian Exchange[112]. Crosby désigne ainsi le transfert croisé de plantes, d’animaux et de maladies consécutif à la « découverte » de l’Amérique par l’Occident, et il en analyse pour la première fois tous les effets : effondrement des populations américaines (décimées par les maladies importées, ces puissantes alliées des conquérants), transformation des cultures alimentaires, explosion démographique européenne. Il généralise cette approche dans un second ouvrage, où il décrit les bouleversements écologiques qui créèrent les conditions du succès (ou de l’échec) de l’impérialisme européen aux Amériques, au Moyen-Orient et en Océanie, entre 900 et 1900 [113]. Ces travaux s’articulent avec un positionnement anti-impérialiste et environnementaliste nettement revendiqué. Ils font de Crosby l’un des pionniers de l’histoire globale, aux côtés de William McNeill – qui invente le mot et travaille lui aussi sur les inégalités et l’histoire des maladies à l’échelle de la planète, mais dans une perspective temporelle encore plus ample (du Néolithique à nos jours)  [114]. Ces recherches partagent un même style analytique, fécondé par les apports de l’écologie scientifique : l’Homme y est considéré globalement, comme une espèce aux prises avec des écosystèmes qu’il contribue en retour à façonner [115].

35 Dans les décennies 1980 et 1990, le climat intellectuel évolue et devient moins favorable à ce type de démarches, avec l’essor des approches « micro » et une nouvelle génération d’historiens qui raisonnent plus en termes de « construction sociale de la nature » qu’en terme d’écosystèmes ou d’espèce humaine [116]. L’approche globale/environnementale n’en continue pas moins d’inspirer des chercheurs issus de la génération précédente (comme J. Donald Hughes), ou qui se réclament de son héritage [117]. En 1992, John McNeill signe ainsi un livre remarqué sur l’histoire des sociétés montagnardes méditerranéennes depuis la préhistoire, considérées sous l’angle de leur rapport à l’environnement [118].

36 Mais à la fin des années 1990, la sortie du Guns, Germs and Steel de Jared Diamond marque le grand retour de l’histoire environnementale globale [119]. L’ouvrage – qui relève plus de la haute vulgarisation que d’un travail académique – est un immense succès commercial et critique (prix Pulitzer). Diamond est un écologue formé en physiologie, qui reprend ici la question qui était déjà celle de Crosby et McNeill : comment expliquer la domination de l’Occident sur le reste du Monde, ou – comme il l’écrit – pourquoi est-ce Francisco Pizarro González qui a conquis l’empire Inca et non pas Atahualpa le royaume d’Espagne ? Mû par une recherche des lois générales de l’histoire (qui évoque par moments Arnold J. Toynbee), Jared Diamond décrit une chaîne causale initiée il y a près de 9000 ans, au début du Néolithique. C’est la disponibilité différentielle des animaux et des végétaux domesticables qui aurait suscité des développements inégaux des sociétés en termes de résistance aux germes, de complexité sociale, de créativité technique. L’ouvrage mobilise l’archéologie, l’histoire, la génétique, la linguistique, l’écologie dans un récit au souffle indéniable, mais où des séquences historiques comme la révolution industrielle apparaissent comme des épiphénomènes, à peine analysés. Il y a peu, Diamond a connu un nouveau succès public avec son livre Collapse, dans lequel il propose une analyse des effondrements civilisationnels qu’ont provoqué, dans le passé, de mauvaises gestions des ressources environnementales [120].

37 La logique de Jared Diamond est inspirée par la systémique écologique, mais aussi par les théories évolutionnistes et la génétique des populations. Depuis ses débuts, l’histoire environnementale globale a emprunté des méthodes, des cadrages, des raisonnements aux sciences de la nature [121]. Avec l’essor des sciences du « système-Terre », ce sont de nouveaux objets comme l’oscillation climatique ENSO (dont El Niño est une composante) qui inspirent certaines de ses recherches [122]. C’est Mike Davis qui a fourni l’exemple le plus abouti d’une analyse intégrée des facteurs climatiques, sociaux, économiques et politiques, appliquée à un phénomène global : les famines qui frappèrent la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique entre 1876 et 1902, causant entre 30 et 60 millions de morts [123]. Il décrit l’impact catastrophique du phénomène ENSO sur des sociétés colonisées, déstabilisées par l’impérialisme occidental et/ou intégrées depuis peu à une économie-monde centrée sur Londres. Il propose dans la foulée une généalogie du « Tiers Monde » – dont ces gigantesques famines, analysées ici dans les termes de l’histoire environnementale, auraient fixé jusqu’à aujourd’hui l’état de domination économique et politique.

38 Depuis le début des années 2000, avec le succès de J. Diamond et le renouveau de l’histoire globale, les ouvrages proposant des histoires environnementales planétaires se sont multipliés. Donald Hughes a déployé une gamme impressionnante d’études de cas – empruntés aussi bien à l’ancienne Sumer qu’à l’administration Clinton – pour analyser les dynamiques, souvent délétères, de co-évolution des sociétés et de leurs écosystèmes [124]. John Richards, lui, se focalise sur une séquence historique particulière : l’essor des États et de leurs populations, entre 1500 et 1800 [125]. Il pointe le contraste entre des sociétés engagées dans une gestion raisonnée de leurs ressources (le Japon du XVIIIe siècle) et celles portées à étendre sans fin leurs fronts d’exploitation et d’occupation (les sociétés européennes). Kenneth Pomeranz fait des facteurs écologiques une donnée primordiale dans la « grande divergence » entre l’Orient et l’Occident au tournant des XVIIIe et XIXe siècles [126]. Avec John McNeill, c’est l’idée d’une rupture historique qui est centrale : pour lui, il y a eu « du nouveau sous le soleil » au XXe siècle [127]. Les interactions société-environnement se sont intensifiées jusqu’à provoquer des effets d’une telle ampleur qu’ils sont devenus le phénomène historique le plus important du siècle écoulé. C’est toute la vision de l’histoire qui en est changée. La pollution atmosphérique tue plus que les deux guerres mondiales ; Churchill ou Guillaume II s’effacent derrière Thomas Midgley, l’inventeur de l’essence au plomb et du premier gaz CFC [128].

39 Depuis ses débuts, on le voit, l’histoire environnementale globale a produit un nombre important d’ouvrages, qui ont connu une grande visibilité dans le monde anglo-saxon via l’enseignement et une diffusion « grand public »  [129]. Á l’intersection de l’histoire environnementale et de l’histoire globale, elle a joué un rôle moteur dans l’essor de ces deux secteurs de la recherche historique. En revanche, elle n’a suscité qu’un écho restreint chez les historiens français : la tendance à la focalisation sur le cadre national et une certaine méfiance vis-à-vis des récits englobants et de haute vulgarisation y ont certainement contribué.

Environnement, impérialisme, colonisation

40 L’étude des inégalités de niveau de vie et de puissance à l’échelle planétaire est l’une des questions séminales de l’histoire environnementale, et des approches comme celles de Crosby irriguent depuis les années 1970 l’étude de la « première colonisation ». Cependant, les recherches abordant la question coloniale sous l’angle de l’histoire environnementale ont surtout pris leur essor depuis la fin des années 1980.

41 Ces travaux ont tout d’abord permis de dresser un bilan environnemental du colonialisme, et de mesurer les effets écologiques souvent désastreux de la déstructuration des systèmes politiques et économiques d’avant la conquête [130]. Les autres transformations éco-systémiques suscitées par la colonisation ont aussi retenu l’attention, notamment celles liées au transport et à la mise en culture des espèces végétales à l’échelle du globe [131]. La botanique et l’agronomie tropicale – qui ont promu ou organisé cette circulation des espèces – ont été étudiées par des chercheurs venus des Science Studies, qui ont également analysé les outils de gouvernement que constituent les politiques d’ « amélioration » et de « modernisation » agricole [132]. Ces recherches ont aussi révélé l’importance du terreau colonial dans la naissance et le développement de l’écologie scientifique [133].

42 Par ailleurs, l’histoire environnementale a montré que les espaces coloniaux ont été des laboratoires pour l’émergence des préoccupations, des théories et des pratiques de protection environnementale. C’est notamment là que les puissances européennes ont expérimenté leurs politiques préservationnistes, aux XIXe et XXe siècles. Cela est apparu clairement (pour la Grande-Bretagne) à la suite d’un livre coordonné par Richard Grove et David Anderson, où ces politiques étaient résolument interprétées comme des produits et des instruments de la domination coloniale [134]. L’année suivante, John Mackenzie apportait une consistance supplémentaire à cette thèse, dans son livre sur les liens entre chasse, impérialisme et conservation [135]. Il y analysait toute la symbolique de la chasse au gros gibier – mise en scène comme le triomphe de l’homme blanc sur la nature sauvage – et les mesures de protection animalière mises en place pour en perpétuer l’existence. Il pointait les restrictions d’accès aux espaces et aux animaux imposées, dans le même mouvement, aux populations africaines et indiennes. Ces problématiques ont connu par la suite des développements importants, avec notamment de nombreux travaux sur le gibier et son management colonial et post-colonial [136].

43 Le cas de l’Afrique du Sud a beaucoup retenu l’attention : Jane Carruthers a consacré plusieurs livres au Kruger National Park, et William Beinart a proposé de réinterpréter l’histoire de ce pays en l’analysant comme une société coloniale aux prises avec une dégradation constante de son environnement (causée notamment par la prolifération des ovins)  [137].

44 Dans des travaux récents comme ceux de Beinart, sous l’effet du basculement historiographique provoqué par les travaux de Richard Grove [138], les pratiques de préservation ou de conservation ne sont plus vues comme de simples moyens de l’impérialisme, mais reliées à l’émergence de pensées et d’éthiques proto-écologiques, parfois inspirées par les cultures des colonisés. Les travaux de Grove ont été essentiels sur deux points. D’abord, il a montré que c’est dès l’époque moderne que les Européens ont réagi face aux conséquences écologiques désastreuses de l’économie de plantation, à l’œuvre dans leurs colonies insulaires. De plus, ses recherches l’ont amené à rejeter les interprétations qui faisaient de l’environnementalisme colonial un simple « faux nez » de l’impérialisme. Pour lui, il résulte aussi d’une rencontre créatrice avec la nature et les populations colonisées, dont les effets feront plus tard retour en Occident : c’est le sens de son concept de Green Imperialism.

45 Cette relecture des dynamiques centre/périphérie s’est également accomplie par l’importation de concepts et de méthodes d’analyse venus des Subaltern Studies. Le projet subalterniste émerge au départ comme une exploration des formes d’action et de résistance des paysans indiens [139]. Dès les années 1980, Ramachandra Guha importe cette problématique sur le terrain environnemental [140]. Il étudie le mouvement Chipko (alors en cours), où les villageois de la région de l’Uttarakhand s’opposent à l’exploitation commerciale de leurs forêts [141]. Il montre que ce phénomène s’inscrit dans une histoire longue, celle de la confrontation des populations locales aux administrateurs et aux praticiens de la foresterie scientifique, sous le Raj et au-delà. Cette analyse permet à Guha de restituer l’économie morale et cognitive complexe qui préside à la gestion des écosystèmes par les communautés villageoises. Ce qui apparaît nettement en regard, c’est la continuité entre les logiques coloniales et nationalistes/modernisatrices d’exploitation des ressources naturelles [142]. Guha prolongera cette réflexion avec une histoire écologique de l’Inde (publiée en collaboration), où il réinterprète les castes et les croyances hindouistes comme des systèmes socio-culturels organisant l’allocation et l’utilisation soutenable des ressources [143].

46 L’histoire environnementale coloniale s’est aujourd’hui structurée, dans le monde anglo-saxon, comme un sous-champ académique doté de cursus, de manuels et de rendez-vous savants [144]. Les historiens français, quant à eux, avaient investi ces questions dans les années 1990, avec des travaux venus surtout de l’histoire des sciences [145] et des études indianistes. Jacques Pouchepadass, notamment, a fait beaucoup pour importer et les Subaltern Studies et les approches de l’histoire environnementale (appliquées au sous-continent indien et/ou aux questions forestières)  [146]. Mais ces approches ont nettement marqué le pas dans les années 2000. Pourtant, l’étude des empires coloniaux français offre plus que jamais de riches perspectives en matière d’histoire environnementale, comme le montre la parution récente du livre de Diana Davis sur la colonisation algérienne – qu’elle aborde via l’analyse des discours et des représentations traitant de la nature et de son histoire [147].

Environnement urbain et inégalités environnementales

47 L’étude de l’environnement urbain est aujourd’hui une thématique centrale de l’histoire environnementale. Mais cette situation est récente. En effet, celle-ci a longtemps délaissé les villes, identifiées à de pures constructions humaines, pour se focaliser sur les interactions entre les groupes humains et une « Nature » souvent essentialisée [148].

48 La situation a évolué à partir du début des années 1990. En témoigne le retentissement du livre de William Cronon sur Chicago, paru en 1991 [149]. Il y analyse les processus d’interaction qui ont décidé à la fois de l’essor de cette métropole et d’une transformation radicale d’une vaste portion du territoire américain, allant des Grands lacs aux Rocky Mountains. Il montre que les besoins de Chicago en bois, en viande, en céréales ont suscité des transformations massives de cet espace, catalysées par l’usage de dispositifs techniques (élévateur à grains, camions-frigo) dont il souligne le rôle-clé. Le travail de Cronon marque une rupture historiographique : la « frontière intérieure » américaine est réinterprétée comme un front de transformation environnementale dont les villes sont le foyer ; l’opposition entre le « naturel » et l’urbain laisse place à une analyse des processus de co-construction des villes et de leurs hinterlands. L’ouvrage inaugure aussi un genre éditorial aujourd’hui florissant : les « éco-biographies » urbaines. Ces travaux proposent une relecture de l’histoire des grandes villes, vues sous l’angle des transformations environnementales, des conflits d’usage des ressources, des problèmes de nuisances qu’elles suscitèrent et qui contribuèrent à les façonner en retour [150]. Les fleuves ont particulièrement attiré l’attention des éco-biographes, qui ont analysé leurs rôles moteurs en matière de dynamiques environnementales urbaines (via l’alimentation en eau, les rejets, le transport) et la conflictualité associée à leurs usages [151].

49 La question des nuisances et des pollutions est un thème central de l’histoire environnementale urbaine, et l’importance sociétale prise par cette question a largement contribué à son développement. Les travaux sur les déchets, les pollutions industrielles, l’assainissement, l’alimentation en eau potable se sont multipliés dans la décennie 1990, en s’appuyant sur les études de chercheurs qui travaillaient de longue date sur ces sujets, mais dans une perspective d’histoire des techniques [152]. Parmi eux, Joel Tarr et Martin Melosi, qui sont restés les auteurs plus influents sur ces questions, en signant d’innombrables articles et plusieurs ouvrages de synthèse [153]. La régulation des nuisances urbaines met aux prises une grande variété d’acteurs : responsables municipaux, industriels, élites techniciennes, mais aussi groupes de citoyens mobilisés au nom de leurs intérêts ou d’un idéal collectif. L’histoire de ces mouvements sociaux a suscité de nombreux travaux, notamment axés sur les questions de genre. Suellen Hoy a ainsi analysé le triomphe, dans les années 1870-1930, d’une aspiration à la propreté (domestique mais aussi urbaine) chez les femmes de la middle class américaine, à l’origine d’un engagement massif en faveur des revendications néo-hygiénistes [154]. L’histoire des associations de propriétaires, qui sont devenues à partir des années 1960 une composante essentielle du mouvement environnementaliste américain, est elle aussi bien documentée : la revendication d’un cadre de vie « sain » et « naturel » y fait souvent cause commune avec une défense des intérêts patrimoniaux et un désir de ségrégation sociale et raciale [155].

50 La montée des préoccupations environnementales s’exprime, à partir du début des années 1970, par des mobilisations inédites suscitées par des problèmes de stockage des déchets (des mobilisations caricaturées par le fameux slogan NIMBY, Not in my backyard ! ). À la fin de la décennie, des mouvements sociaux issus de la communauté africaine-américaine se saisissent de ce problème, pour dénoncer les inégalités environnementales criantes subies par les populations noires. Ce mouvement, dit de l’environmental justice, parviendra peu à peu à imposer dans le débat public la thématique des inégalités environnementales (qui concernent l’exposition aux nuisances et aux risques, l’accès à un cadre de vie de qualité, la capacité d’agir sur ses conditions environnementales d’existence)  [156]. Dans la décennie 1990, les travaux d’inspiration sociologique se multiplient pour analyser ces inégalités subies par les pauvres et les populations « de couleur », théoriser le concept d’éco-racisme et produire une histoire du mouvement de l’environmental justice[157]. La recherche historique s’empare également de ces questions, avec la parution en 1995 du livre très influent d’Andrew Hurley sur la ville de Gary, Indiana [158]. Fondée en 1906 par la compagnie U. S Steel, Gary est tout au long du XXe siècle l’une des villes les plus polluées des États-Unis. Andrew Hurley analyse sur le long terme l’évolution des inégalités environnementales. Il montre que celles-ci restent limitées jusqu’en 1950 – la population, regroupée en habitat compact, subissant une exposition homogène aux pollutions – puis qu’elles explosent à la suite de la suburbanisation et du développement du travail en col blanc. L’un des grands apports du livre est de montrer les effets pervers de certaines formes de régulation environnementale : ainsi, à Gary, les restrictions imposées aux rejets dans l’air et l’eau intensifièrent la pollution des sols, accentuant les inégalités d’exposition au détriment des populations noires. La question des inégalités environnementales constitue aujourd’hui l’un des chantiers de recherche les plus prometteurs de l’histoire environnementale et, sans doute, de l’histoire sociale.

51 L’histoire environnementale urbaine est un secteur qui connaît un important développement en France depuis peu. Les travaux de Geneviève Massard-Guilbaud sur les pollutions industrielles, qui analysent l’histoire des mécanismes complexes de gestion administrative, de contrôle sanitaire, de traitement juridique des nuisances urbaines, dans un long XIXe siècle ont été précurseurs [159]. Les pollutions et les nuisances mobilisent aujourd’hui de nombreux historiens : Thomas Le Roux et Jean-Baptiste Fressoz en ont traité dans des thèses récentes [160] ; Estelle Baret-Bourgoin les a étudiées sous l’angle d’une histoire des sensibilités, dans le sillage des travaux d’Alain Corbin [161] ; Sabine Barles a utilisé la notion de « métabolisme urbain » pour analyser les villes en tant que des écosystèmes producteurs d’excrata, re-consommés ou érigés en « déchets » à éliminer [162] ; Laurence Lestel et André Guillerme ont traité, sur des modes différents, des formes de contamination induites par les activités industrielles urbaines et périurbaines [163].

52 Il peut sembler étonnant de consacrer de si longs développements à l’histoire environnementale urbaine et de ne pas plus insister sur l’histoire et la géographie rurales, dont le lien avec l’environnement paraît plus évident. Ces champs de recherche étant déjà constitués lorsque surgit l’histoire environnementale, ils sont restés en grande partie autonomes. En France, en particulier, la convergence est récente et se fait relativement facilement, sans obliger l’histoire et la géographie rurales à modifier leurs méthodes [164]. L’attention aux dégradations, aux inégalités et à la préservation de l’environnement est cependant moins prononcée. En revanche, de nombreuses études sont disponibles sur certaines des grandes questions de l’histoire environnementale, comme l’aliénation des communs et la gestion des ressources naturelles [165].

53 Ce dossier thématique se veut un reflet du dynamisme que connaît aujourd’hui l’histoire environnementale. Notre objectif est de donner à voir un ensemble de travaux récents que l’on peut considérer comme assez novateurs du point de vue de leurs objets d’étude et de leur méthodologie. Mais ces contributions partagent aussi d’importantes options historiographiques.

54 Tout d’abord, toutes refusent de considérer l’ « environnement » comme un déjà-donné, un macro-objet transhistorique avec lequel les sociétés humaines entretiendraient des rapports qui – aussi étroits soient-ils – seraient irréductiblement des rapports d’extériorité. Ce sont les médiations symboliques et matérielles qui façonnent, dans chaque situation historique, des assemblages hommes-nature particuliers et changeants qui sont ici au cœur des interrogations. Dans cette analyse des processus de co-construction des sociétés et de leur (s) environnement (s), on trouvera une attention particulière portée aux sciences et aux techniques. Les pratiques savantes et techniciennes, les stratégies d’objectivation, les modalités de production et d’usage des données seront analysées eu égard au rôle souvent essentiel qu’elles jouent dans ces dynamiques de co-construction.

55 Les contributions qu’on va lire manifestent deux autres caractéristiques d’importance. La première tient au souci de se départir d’une focalisation sur le seul XXe siècle, assez nette dans l’historiographie anglo-saxonne. Les travaux présentés, au contraire, reflètent un intérêt pour la longue durée, et l’analyse comparée des situations modernes et contemporaines y occupe une place importante. L’autre caractéristique que nous voudrions souligner est l’accent mis sur la recherche et l’exploitation de sources documentaires de tous ordres : archives militaires, policières, savantes, administratives ; productions imprimées (traités, journaux, bulletins…) ; corpus cartographiques et numériques. À cette richesse des sources correspond une réflexion sur leurs conditions de production et d’usage (par les acteurs, par l’historien) qui mobilise à la fois les outils de la réflexion historiographique et celles de l’histoire sociale et culturelle des savoirs, des discours et des représentations, mis au service de l’histoire environnementale.

56 Jean-Baptiste Fressoz examine les régimes de régulation des pollutions et des nuisances des XVIIIe et XIXe siècles. Il analyse d’abord l’action de la police d’Ancien Régime, en première ligne dans la prévention et la résolution des conflits environnementaux : les commissaires quadrillent les quartiers, recueillent les plaintes des riverains et poursuivent (ou font poursuivre) les responsables des nuisances industrielles ou artisanales. Ces pratiques participent d’une biopolitique à laquelle la théorie médicale des climats fournit sa logique intellectuelle : il faut agir sur tout ce qui façonne les corps et décide de la santé des populations. J.-B. Fressoz analyse le fossé qui sépare ces pratiques du nouveau régime de régulation, libéral et techniciste, qui s’impose au XIXe siècle. La pénalité et la police des « choses environnantes » disparaissent alors au profit d’une (dé) régulation administrative et juridique qui exonère largement les industries polluantes. Dans le même temps, la parole des élites savantes gagne en autorité et l’emporte de plus en plus sur celle des riverains et sur les jurisprudences inspirées par les savoirs pratiques. S’inaugure ainsi une ère de grande permissivité vis-à-vis des pollutions et de leurs conséquences sanitaires et sociales.

57 Fabien Locher s’intéresse pour sa part à une dimension inattendue de la révolution industrielle et informationnelle du second XIXe siècle : la transformation radicale qui affecte dans son sillage les savoirs, les pratiques et les représentations prenant pour objet l’atmosphère et le « temps qu’il fait ». Á partir des années 1860, les communautés scientifiques et les États mettent en place les premiers services de prévision du temps. Ils utilisent des réseaux d’observateurs reliés par le télégraphe et des méthodes inédites de cartographie et d’anticipation des états atmosphériques. C’est à l’Observatoire de Paris, sous le Second Empire, que ces méthodes sont tout d’abord expérimentées. Elles se fondent sur le suivi d’entités jusqu’alors inconnues, les dépressions, qui sont intronisées dans le même mouvement en tant que des phénomènes « naturels ». Les représentations profanes de l’atmosphère et du « temps qu’il fait » vont peu à peu se recomposer autour de l’existence de ces macro-météores, dont la presse donne chaque jour des nouvelles et des représentations. L’expertise scientifique sur le temps, quant à elle, s’impose par le biais de stratégies d’accréditation et de distinction qui doivent écarter l’amalgame avec les annonces des astrologues éditeurs d’almanachs. C’est une sorte d’archéologie de l’atmosphère moderne qui est proposée : cet atmosphère, ses météores, y apparaissent à la fois comme des reflets et des catalyseurs des transformations d’ensemble suscitées par l’industrialisation, l’essor des médias et la première mondialisation.

58 Frédéric Thomas analyse l’action des forestiers coloniaux en matière de protection des massifs indochinois, de la conquête à la Seconde Guerre mondiale. Dès les années 1860, la colonisation induit une dégradation des surfaces boisées. Les experts forestiers le constatent mais ils l’imputent aux populations locales, jugées incapables de gérer leur environnement [166]. Ce n’est que dans les années 1890 que certaines portions de forêt sont « mises en réserve », c’est-à-dire soumises à des coupes raisonnées. Mais comme le montre F. Thomas, ces réserves sont réduites et n’existent parfois que sur le papier. Les populations autochtones sont hostiles à des mesures limitant leurs droits d’usage, mais il n’existe pas de grands mouvements d’opposition comme en Inde. Frédéric Thomas cherche ici à mettre à l’épreuve les thèses de Richard Grove, qui dominent largement l’histoire environnementale coloniale. Ses conclusions sont sans appel : trop de travaux reprennent les arguments que Grove a mis en avant pour l’époque moderne en les appliquant sans discernement aux XIXe et XXe siècles. Or, F. Thomas montre que c’est un tout autre rapport à l’environnement qui s’impose dans le contexte colonial contemporain, sous le double signe de la technique et du capitalisme.

59 Ron Doel concentre son analyse sur les processus de co-construction des sociétés et de leur (s) environnement (s), et le rôle qu’y jouent les savoirs savants. En la matière, argumente-t-il, la recherche s’est abusivement focalisée sur l’histoire de l’écologie scientifique (et ses liens au militantisme environnementaliste). C’est un tout autre aspect des interactions entre savoirs scientifiques et rapport à l’environnement qu’il se propose d’explorer. Ici, ce n’est pas le Silent Spring de Rachel Carson qui est déterminant, mais les efforts des militaires étatsuniens pour se préparer à un conflit ouvert avec l’URSS. Dès la fin des années 1940, le Pentagone érige la connaissance de l’environnement physique de la Terre (globe, océans, atmosphère) au rang d’objectif stratégique. L’environnement planétaire doit être cartographié, sondé, modélisé pour être maîtrisé en tant qu’espace d’évolution des missiles balistiques et des sous-marins nucléaires. Cette situation suscite une formidable mobilisation scientifique et technique, orchestrée par les instances militaires nord-américaines. Elle débouche sur une véritable révolution intellectuelle et académique, avec l’émergence des approches contemporaines, intégratives, prenant pour objet le « système-Terre ». Ce sont ces pratiques et ces discours savants qui informent aujourd’hui une part importante des questionnements touchant aux atteintes environnementales globales. L’histoire qu’en livre R. Doel déplace notre regard : ainsi, ce n’est pas lors d’un Earth Day, mais au Pentagone, que la possibilité et les conséquences d’un changement climatique global furent discutées pour la première fois, un jour du printemps 1947. Il s’agissait alors d’évaluer ce que pourrait être son impact sur les glaces du Pôle nord, ce futur champ de bataille de la Troisième Guerre mondiale.

Notes

  • [1]
    Les auteurs tiennent à remercier Étienne Anheim, Frédéric Graber, Philippe Minard, Dominique Pestre et les rapporteurs du comité de rédaction de la RHMC, pour leurs réflexions et suggestions.
  • [2]
    Mark CIOC, Char MILLER, « Interview with Roderick Nash », Environmental History, 12-2, avril 2007, p. 399-407. En ligne
  • [3]
    Roderick NASH, « American environmental history : a new teaching frontier », Pacific Historical Review, 41-3, août 1972, p. 362-372. En ligne
  • [4]
    Donald WORSTER, « History as natural history : an essay on theory and method », Pacific Historical Review, 53-1, février 1984, p. 1. En ligne
  • [5]
    Robert DARNTON, « Intellectual and cultural history » in Michael KAMMEN (éd.), The Past before Us : Contemporary Historical Writing in the United States, Ithaca, Cornell University Press, 1980, p. 334. Peter NOVICK, That Noble Dream. The « Objectivity Question » and the American Historical Profession, Cambridge, Cambridge University Press, 1988, p. 421.
  • [6]
    R. NASH, « American… », art. cit., p. 362-372.
  • [7]
    Kirkpatrick SALE, The Green Revolution. The American Environmental Movement 1962-1992, New York, Hill and Wang 1993, p. 24.
  • [8]
    Elle se poursuit sous le nom Environmental History Review en 1990, et devient Environmental History en 1996.
  • [9]
    Carolyn COLUMN, « From the President’s desk », ASEH News, été-hiver 2001.
  • [10]
    Samuel P. HAYS, Conservation and the Gospel of Efficiency ; the Progressive Conservation Movement, 1890-1920, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1959. Fondée en 1957 par la Forest History Society, la revue Forest History devient le Journal of Forest History à partir de 1974.
  • [11]
    « Interview with Hal K. Rothman », Environmental History, 12-1, janvier 2007, p. 141-154.
  • [12]
    Mark HARVEY, « Donald Worster. Interview », Environmental History, 13-1, janvier 2008, p. 140-155. En ligne
  • [13]
    William CRONON, « The uses of environmental history », Environmental History Review, 17-3, automne 1993, p. 1-22. En ligne
  • [14]
    M. CIOC, C. MILLER, « Interview… », art. cit., p. 402.
  • [15]
    Roderick NASH, Wilderness and the American Mind (1967), New Haven, Yale University Press, 1982. Paradoxalement, l’histoire intellectuelle a exercé une grande influence, par la redécouverte de ces précurseurs.
  • [16]
    D. WORSTER, Nature’s Economy : A History of Ecological Ideas, San Francisco, Sierra Club Books, 1977 ; Hal ROTHMAN, « A decade in the saddle : confessions of a recalcitrant editor », Environmental History, 7-1, janvier 2002, p. 9-21. En ligne
  • [17]
    W. CRONON, « A place for stories : nature, history, and narrative », The Journal of American History, 78-4, mars 1992, p. 1347-1376. En ligne
  • [18]
    W. CRONON, Changes in the Land : Indians, Colonists, and the Ecology of new England, New York, Hill and Wang, 1983 ; Richard WHITE, Land Use, Environment, and Social Change : The Shaping of Island County, Seattle, University of Washington Press, 1980, et The Roots of Dependency : Subsistence, Environment, and Social Change among the Choctaws, Pawnees, and Navajos, Lincoln, University of Nebraska Press, 1983.
  • [19]
    Carolyn MERCHANT, The Death of Nature : Women, Ecology and Scientific Revolution, San Francisco, Harper & Row, 1980.
  • [20]
    C. MERCHANT (éd.), « Women and environmental history. Special issue », Environmental Review, 8-1, printemps 1984.
  • [21]
    Stephen PYNE, Fire in America. A Cultural History of Wildland and Rural fire, Princeton, Princeton University Press, 1982.
  • [22]
    John MCPHEE, The Control of Nature, New York, Farrar, Straus & Giroux, 1989 ; Marc REISNER, Cadillac Desert. The American West and its Disappearing Waters, New York, Penguin Books, 1986.
  • [23]
    R. WHITE, « American environmental history : the development of a new historical field », Pacific Historical Review, 54-3, août 1985, p. 297-335. En ligne
  • [24]
    Mary DOUGLAS, Aaron WILDAVSKY, Risk and Culture : An Essay on the Selection of Technological and Environmental Dangers, Berkeley, University of California Press, 1983.
  • [25]
    John H. PERKINS, Insects, Experts and the Insecticide Crisis : the Quest for New Pest Management Strategies, New York, Plenum Press, 1982. Thomas R. DUNLAP, DDT : Scientists, Citizens and Public Policy, Princeton, Princeton University Press, 1981. James WHORTON, Before Silent Spring : Pesticides and Public Health in pre-DDT America, Princeton, Princeton University Press, 1974.
  • [26]
    Arthur MCEVOY, The Fisherman’s Problem : Ecology and Law in the California Fisheries, 1850- 1980, New York, Cambridge University Press, 1986. Peter BRIMBLECOMBE, The Big Smoke. A History of Air Pollution in London Since Medieval Times, Cambridge, Methuen, 1987. Kenneth JACKSON, Crabgrass Frontier : The Suburbanization of the United States, Oxford, Oxford University Press, 1985. C. MERCHANT, Ecological Revolutions : Nature, Gender and Science in New England, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1989. Ted STEINBERG, « An ecological perspective on the origins of industrialization », Environmental Review, 10-4, hiver 1986, p. 261-276.
  • [27]
    John M. MACKENZIE, The Empire of Nature : Hunting, Conservation and British Imperialism, Manchester, Manchester University Press, 1988 ; Ramachandra GUHA, The Unquiet Woods. Ecological Change and Peasant Resistance in the Himalaya, Oxford, Oxford University Press, 1989 ; Peter C. PERDUE, Exhausting the Earth : State and Peasant in Hunan, 1500-1850 A. D., Cambridge (mass.), Harvard University Press, 1987.
  • [28]
    Keith THOMAS, Dans le jardin de la nature. La mutation des sensibilités en Angleterre à l’époque moderne (1983), Paris, Gallimard, 1985 ; Harriet RITVO, The Animal Estate : The English and Other Creatures in the Victorian Age, Cambridge, Harvard University Press, 1987 ; J. MACKENZIE, The Empire… , op. cit.
  • [29]
    Elle a lieu à l’University of California, Irvine en janvier 1982. Une sélection des communications est publiée dans Environmental Review, 6-2, automne 1982 et 7-1, printemps 1983.
  • [30]
    « Special issue : theories of environmental history », Environmental Review, 11-4, hiver 1987. Cf. aussi John OPIE, « Environmental history : pitfalls and opportunities », Environmental Review, 7-1, printemps 1983, p. 8-16.
  • [31]
    Journal of American History, 76-4, mars 1990, p. 1087-1187.
  • [32]
    S. J. PYNE, « Firestick history », The Journal of American History, 76-4, mars 1990, p. 1140.
  • [33]
    W. CRONON, « The uses… », art. cit., p. 1-2.
  • [34]
    P. NOVICK, That Noble… , op. cit., p. 496, 459.
  • [35]
    M. HARVEY, « Donald… », op. cit., p. 153-154.
  • [36]
    Alfred CROSBY, « The past and present of environmental history », American Historical Review, 100-4, octobre 1995, p. 1177-1190. En ligne
  • [37]
    P. NOVICK, That Noble… , op. cit., p. 489-490.
  • [38]
    D. WORSTER, « World without borders : the internationalizing of environmental history », Environmental Review, 6-2, automne 1982, p. 8-13. En ligne
  • [39]
    Ramachandra GUHA, Madhav GADGIL, « State forestry and social confl ict in british India », Past and Present, 123, mai 1989, p. 141-177 ; ID., This fissured Land. An Ecological History of India, Berkeley, University of California Press, 1992.
  • [40]
    R. GUHA, « Radical american environmentalism and wilderness preservation : a third world critique », Environmental Ethics, 11, 1989, p. 71-83. En ligne
  • [41]
    Il vise en particulier Lynn WHITE JR., « The historical roots of our ecologic crisis », Science, 155-3767, p. 1203-1207.
  • [42]
    Richard GROVE, « Conserving Eden : the (European) East India companies and their environmental policies on St. Helena, Mauritius and in Western India, 1660 to 1854 », Comparative Studies in Society and History, 35-2, 1993, p. 318-351. En ligne
  • [43]
    R. GROVE, « Editorial », Environment & History, 1995, 1-1, p. 1-2.
  • [44]
    R. GROVE, « Environmental History », in Peter BURKE (dir.), New Perspectives on Historical Writing, University Park, The Pennsylvania State University Press, 2001, p. 261-282.
  • [45]
    W. CRONON (éd.), Uncommon Ground. Toward reinventing Nature, New York, Norton, 1995. W. CRONON, « The trouble with wilderness : or, getting back to the wrong nature », Environmental History, 1-1, janvier 1996, p. 7-28. En ligne
  • [46]
    Environmental History consacre un numéro spécial (1-1, janvier 1996) à cet article, accompagné de critiques de Michael P. Cohen, Thomas R. Dunlap, Samuel P. Hays et d’une réponse de William Cronon.
  • [47]
    R. WHITE, « From wilderness to hybrid landscapes : the cultural turn in environmental history », The Historian, 66-3, automne 2004, p. 557-564. En ligne
  • [48]
    « Interview with Hal K. Rothman », art. cit., (supra, n.11).
  • [49]
    Ellen STROUD, « Does nature always matter ? Following dirt through history », History and Theory, 42-4, décembre 2003, p. 75-81. En ligne
  • [50]
    Douglas R. WEINER, « A death-defying attempt to articulate a coherent definition of environmental history », Environmental History, 10-3, juillet 2005, p. 404-420. En ligne
  • [51]
    R. WHITE, « The nationalization of nature », Journal of American History, 86-3, décembre 1999, p. 976-989. En ligne
  • [52]
    Edmund RUSSELL, « Evolutionary history : prospectus for a new field », Environmental History, 8-2, avril 2003, p. 204-228. En ligne
  • [53]
    Stephen MOSLEY, « Common ground : integrating social and environmental history », Journal of Social History, 39-3, printemps 2006, p. 915-933. E. STROUD, « Does nature… », art. cit., p. 75-81. Ted STEINBERG, « Down to earth : nature, agency, and power in history », American Historical Review, 107-3, juin 2002, p. 798-820 En ligne
  • [54]
    Sverker SÖRLIN, Paul WARDE, « The problem of the problem of environmental history : a re-reading of the field », Environmental History, 12-1, janvier 2007, p. 107-130. En ligne
  • [55]
    R. WHITE, « From wilderness… », op. cit. ; Kristin ASDAL, « The problematic nature of nature : the post-constructivist challenge to environmental history », History and Theory, 42-4, décembre 2003, p. 60-74. Jusqu’en 2009, vingt-trois articles d’Environmental History citent Bruno Latour, dont dix-sept depuis 2005, et sans privilégier pour autant l’ouvrage de Bruno LATOUR, Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie, Paris, La Découverte, 1999. En ligne
  • [56]
    Verena WINIWARTER, « Environmental history in Europe from 1994 to 2004 : enthusiasm and consolidation », Environment & History, 10-4, 2004, p. 502.
  • [57]
    Per ELIASSON, Poul HOLM, Timo MYLLINTAUS, « Finland, Sweden, Danemark », Environment and History, 10-4, 2004, p. 508. Pour la Environmental History Bibliography Database : http://www. foresthistory. org/research/databases.html et voir http://www.cieq.ca/fmi/xsl/fci_hec/fci_hec_biblio/ base_biblio.xsl, pour la base de données intégrée en histoire environnementale du Canada.
  • [58]
    S. MOSLEY, « Common ground… », art.cit., p. 918.
  • [59]
    Richard JUDD, « Approches en histoire environnementale : le cas de la Nouvelle-Angleterre et du Québec », Globe. Revue internationale d’études québécoises, 9-1, 2006, p. 67-92. Stéphane CASTONGUAY, « Faire du Québec un objet de l’histoire environnementale », Globe. Revue internationale d’études québécoises, 9-1, 2006, p. 17-49.
  • [60]
    Franz-Josef BRÜGGEMEIER, « A nature fit for industry. The environmental history of the Ruhr Basin 1840-1889 », Environmental History Review, 18-1, printemps 1994, p. 35-54. Peter BRIMBLECOMBE, Christian PFISTER (éd.), The Silent Countdown. Essays in European Environmental History, Heidelberg, Springer Verlag, 1990. Joachim RADKAU, Nature and Power. A Global History of the Environment (2000), Cambridge, Cambridge University Press, 2008. Christof MAUCH, Thomas ZELLER (éd.), The World Beyond the Windshield : Roads and Landscapes in the United States and Europe, Athens, Ohio University Press, 2008. En ligne
  • [61]
    Matthew W. KLINGLE, « Spaces of consumption in Environmental History », History and Theory, 42-4, 2003, p. 94-110. En ligne
  • [62]
    Christine MEISNER ROSEN, Christopher C. SELLERS, « The nature of the firm : towards an ecocultural history of business », Business History Review, 73-4, hiver 1999, p. 577-600. En ligne
  • [63]
    Greg MITMAN, Christophe SELLERS, Michelle MURPHY, « Introduction. Landscape of exposures. Knowledge and illness in modern environments », Osiris, 2nd series, 19, 2004, p. 1-17. C. SELLERS, « Thoreau’s body : towards an embodied environmental history », Environmental History, 4-4, octobre 1999, p. 486-514. En ligne
  • [64]
    Soraya BOUDIA, Nathalie JAS, « Introduction : risk and “risk society” in historical perspective », History and Technology, 23-4, décembre 2007, p. 317-331. En ligne
  • [65]
    S. CASTONGUAY, « The production of flood as natural catastrophe : extreme events and the construction of vulnerability in the drainage basin of the St. Francis River (Quebec) mid-nineteenth to mid-twentieth century », Environmental history, 12-4, octobre 2007, p. 816-840. Michael KEMPE, Christian ROHR (éd.), « Coping with the unexpected-natural disasters and their perception », Environment and History, 9-2, 2003. Les prix de l’AEHES ont distingué récemment plusieurs travaux sur les catastrophes : Louis A. PEREZ JR., Winds of Change : Hurricanes and the Transformation of Nineteenth-Century Cuba, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2001 (meilleur livre 2001) ; Joanna DYL, « Urban disaster : an environmental history of San Francisco after the 1906 earthquake », Ph. D., Princeton University, 2007 (meilleure thèse 2007).
  • [66]
    Char MILLER, The Atlas of US and Canadian Environmental History, New York, Routledge, 2003.
  • [67]
    Jacob DARWIN HAMBLIN, « Gods and devils in the details : marine pollution, radioactive waste, and an environmental regime circa 1972 », Diplomatic History, 32-4, septembre 2008, p. 539-560. Edmund RUSSELL, Richard P. TUCKER (éd.), Natural Enemy, Natural Ally : Toward an Environmental History of Warfare, Corvallis, Oregon State University Press, 2004. E. RUSSELL, War and Nature, Fighting Humans and Insects with Chemicals from World War 1 to Silent Spring, Cambridge, Cambridge University Press, 2001.
  • [68]
    Simon SCHAMA, Le paysage et la mémoire (1995), Paris, Seuil, 1999.
  • [69]
    John R. MCNEILL, « Observations on the nature and culture of environmental history », History and Theory, 42, 2003, p. 29 ; Environment & History, 10-4, 2004, p. 407-530.
  • [70]
    Geneviève MASSARD-GUILBAUD, « France », Environment & History, 10-4, 2004, p. 513-514. Le nombre de communications présentées par des chercheurs d’institutions françaises aux congrès de l’ESEH est passé de 3 en 2001 (St-Andrews) à 7 en 2003 (Prague), 9 en 2005 (Sienne), 10 en 2007 (à Amsterdam, contre 31 pour l’Angleterre, 27 pour l’Allemagne, 14 pour la Tchéquie), et enfin 17 en 2009 (Copenhague).
  • [71]
    W. CRONON, « The uses… », art. cit., p. 14 ; A. CROSBY, « The past… », art. cit., p. 1184-1185 ; R. GROVE, « Editorial », art. cit., p. 1-2.
  • [72]
    D. WORSTER, « World without… », art. cit., p. 8-13. Dans Environmental Review, entre 1976 et 1985, deux articles font référence à Lucien Febvre, trois à Marc Bloch, trois à Fernand Braudel.
  • [73]
    G. MASSARD-GUILBAUD, « De la “part du milieu” à l’histoire de l’environnement », Le mouvement social, 200-3, 2002, p. 66, et « Quelle histoire pour l’environnement ? », Annales des Mines, 48, octobre 2007, p. 30-37.
  • [74]
    R. GUHA, M. GADGIL, This fissured… , op. cit., p. 7. Richard C. HOFFMANN, Nancy LANGSTON, James C. MCCANN, Peter C. PERDUE, Lise SEDREZ, « AHR conversation : environmental historians and environmental crisis », The American Historical Review, 113, décembre 2008, p. 1431-1465. Dipesh CHAKRABARTY, « The climate of history : four theses », Critical Inquiry, 35, hiver 2009, p. 197-222. En ligne
  • [75]
    Lucien FEBVRE, La terre et l’évolution humaine (1922), Paris, Albin Michel, 1970, p. 43, 131.
  • [76]
    Florian CHARVOLIN, L’invention de l’environnement en France, Paris, La Découverte, 2003. En ligne
  • [77]
    Pierre GEORGE, L’environnement, Paris, PUF, 1971, p. 5-7 et 126 ; Emmanuel LE ROY LADURIE, « Histoire et environnement », Annales ESC, 29-3, mai-juin 1974, p. 537.
  • [78]
    Ibidem et E. LE ROY LADURIE, « Pour une histoire de l’environnement : la part du climat », Annales E. S. C., 25-5, septembre-octobre 1970, p. 1459-1470.
  • [79]
    Caroline FORD, « Landscape and environment in French historical and geographical thought : new directions », French Historical Studies, 24-1, 2001, p. 125-134. Les géographes aussi sont loin d’être étrangers à cette lecture : Paul CLAVAL, Histoire de la géographie française de 1870 à nos jours, Paris, PUF, 1995.
  • [80]
    Susan W. FRIEDMAN, Marc Bloch. Sociology and Geography. Encountering changing disciplines, Cambridge, Cambridge University Press, 1996. En ligne
  • [81]
    François DOSSE, L’histoire en miettes (1987), Paris, La Découverte, 2005, p. 128-138.
  • [82]
    Marc BLOCH, Apologie pour l’histoire ou métier d’historien (1949), Paris, Armand Colin, 1993, p. 81-83.
  • [83]
    E. LE ROY LADURIE, Le territoire de l’historien, Paris, Gallimard, 1973, p. 417 et 522.
  • [84]
    Georges BERTRAND, « Pour une histoire écologique de la France rurale », in Georges DUBY et Armand WALLON (éd.), Histoire de la France rurale, t. 1, Des origines à 1340, Paris, Seuil, 1975, p. 37-113.
  • [85]
    Jacques LE GOFF (éd.), La Nouvelle histoire, Paris, Retz, 1978.
  • [86]
    André BURGUIÈRE, Les Bretons de Plozevet, Paris, Flammarion, 1977.
  • [87]
    Corinne BECK, Robert DELORT (éd.), Pour une histoire de l’environnement, Paris, CNRS Éditions, 1991.
  • [88]
    Marc JOLIVET, « Un exemple d’interdisciplinarité au CNRS : le PIREN (1979-1989) », Revue pour l’histoire du CNRS, 4, mai 2001 ; Alain PAVÉ, « Deux programmes de recherche sur l’environnement dans les années 1990-1998 : le programme Environnement, puis le programme Environnement, Vie et Sociétés », Revue pour l’histoire du CNRS, 4, mai 2001.
  • [89]
    François WALTER, « L’historien et l’environnement. Vers un nouveau paradigme », Natures, Sciences, Sociétés, 2-1, 1994, p. 31-42.
  • [90]
    Pour un exemple récent, cf. Corinne BECK, Yves LUGINBHÜL, Tatiana MUXART (éd.), Temps et espaces des crises de l’environnement, Versailles, Éditions Quae, 2006. Ce volume ne compte que cinq historiens sur vingt-six contributions venant de la géographie physique, de l’anthropologie, de la sismologie, du droit, de l’économie, de l’archéologie.
  • [91]
    Colloque de l’Association française des historiens économistes de 1995, publié dans Histoire, économie et société, 1997-3, n° spécial : « Environnement et développement économique », p. 315-547 ; ou par exemple Elisabeth CROUZET, « Jalons pour une histoire de l’environnement vénitien : la lagune de Torcello », in Milieux naturels et espaces sociaux. Études offertes à R. Delort, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 1997, p. 85-93, et « Toward an ecological understanding of the myth of Venice », in Dennis ROMANO, John MARTIN (éd.), Venice reconsidered, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2000, p. 39-64.
  • [92]
    Sans aucun souci d’exclusivité, citons par exemple Pierre TOUBERT, Les structures du Latium médiéval. Le Latium méridional et la Sabine du IXe siècle à la fin du XIIe siècle, Rome, École française de Rome, 1973 ; Bernard PICON, L’espace et le temps en Camargue, Arles, Actes Sud, 1988 ; Alain CORBIN, Le miasme et la jonquille. L’odorat et l’imaginaire social (XVIIIe-XIXe siècles), Paris, Aubier, 1982 ; Serge BRIFFAUD, Naissance d’un paysage. La montagne pyrénéenne à la croisée des regards. XVIe-XIXe siècles, Toulouse, A. G. M Archives des Hautes Pyrénées CIMA CNRS, 1994.
  • [93]
    « Le sain et le malsain », Dix-huitième siècle, 9, 1977 ; Reynald ABAD, « Les tueries à Paris sous l’Ancien Régime ou pourquoi la capitale n’a pas été dotée d’abattoirs aux XVIIe et XVIIIe siècles », Histoire, économie et société, 1998-4, p. 649-676.
  • [94]
    Pour répondre à ce problème récurrent d’identification et de visibilité, le projet ANR Kindunos (responsable G. Quenet) est en train de construire une base de données bibliographique en histoire environnementale de la France. Notons par ailleurs qu’en juillet 2009, aucune bibliothèque française n’était abonnée à la revue de référence Environmental History (la version papier paraît depuis 1976).
  • [95]
    Considéré comme le fondateur de l’éco-histoire, Robert Delort est cité deux fois entre 1976 et 2009 dans Environmental History. Sur les difficultés de réception de l’histoire environnementale américaine, cf. Jean HEFFER, compte rendu de William Cronon, Nature’s Metropolis, Annales HSS, 48-4, juillet-août 1993, p. 966-968.
  • [96]
    Paul J. CRUTZEN, IGBP Newsletter 41, May 2000.
  • [97]
    C’est le principal reproche que l’on peut faire à R. DELORT, F. WALTER, Histoire de l’environnement européen, Paris, PUF, 2001.
  • [98]
    G. MASSARD-GUILBAUD, « Quelle histoire… », art. cit.
  • [99]
    S. P. HAYS, Conservation… , op. cit.
  • [100]
    Elmo E. RICHARDSON, Dams, Parks, and Politics : Resource Development and Preservation in the Truman-Eisenhower Era, Lexington, University of Kentucky Press, 1973 ; John ADAMS, Damming the Colorado : the Rise of the Lower Colorado River Authority 1933-1939, College Station, Texas A&M. University Press, 1990.
  • [101]
    John REIGER, American Sportsmen and the Origins of Conservation, New York, Winchester Press, 1975 ; Louis S. WARREN, The Hunter’s Game : Poachers and Conservationists in Twentieth-Century America, New Haven, Yale University Press, 1997 ; Karl JACOBY, Crimes against Nature : Squatters, Poachers, Thieves, and the Hidden History of American Conservation, Berkeley, University of California Press, 2001.
  • [102]
    D. WORSTER, Dust Bowl… , op. cit.
  • [103]
    Par exemple Tim LEHMAN, Public Values, Private Lands : Farmland Preservation Policy, 1933- 1985, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1995.
  • [104]
    R. NASH, Wilderness… , op. cit.
  • [105]
    Alfred RUNTE, National Parks : The American Experience, Lincoln, University of Nebraska Press, 1979.
  • [106]
    James A. PRITCHARD, Preserving Yellowstone’s Natural Conditions : Science and the Perception of Nature, Lincoln, University of Nebraska Press, 1999.
  • [107]
    Marguerite S. SHAFFER, See America First : Tourism and National Identity, 1880-1940, Washington, Smithsonian Institution Press, 2001. Les recherches sur l’histoire environnementale du tourisme se sont beaucoup développées au cours de la dernière décennie. Voir par exemple Blake HARRISON, The View From Vermont : Tourism and the Making of an American Rural Landscape, Burlington/Hanover, University of Vermont Press/University Press of New England, 2006 ; Connie Y. CHIANG, Shaping the Shoreline. Fisheries and Tourism on the Monterey Coast, Seattle, University of Washington Press, 2008.
  • [108]
    Mark D. SPENCE, Dispossessing the Wilderness : Indian Removal and the Making ok the National Parks, Oxford, Oxford University Press, 1999. Voir aussi Theodore CATTON, Inhabited Wilderness : Indians, Eskimos, and National Parks in Alaska, Albuquerque, University of New Mexico Press, 1997, et K. JACOBY, Crimes against Nature, op. cit.
  • [109]
    Cf. la contribution de F. THOMAS, dans ce n° ; Adel SELMI, Administrer la nature. Le parc national de la Vanoise, Paris, Éditions de la MSH-Quae Éditions, 2006 ; C. FORD, « Nature, culture and conservation in France and her colonies, 1840-1940 », Past & Present, 183, 2004, p. 173-198.
  • [110]
    Isabelle MAUZ, Histoire et mémoires du parc national de la Vanoise, 1921-1971 : la construction, Grenoble, Hors-série de la Revue de Géographie Alpine, « Ascendances », 2003. Voir aussi le travail en cours de Guillaume BLANC, « Logiques identitaires, logiques nationales : les territoires des parcs nationaux (Québec, France, Éthiopie) », Université Paris 1/Université du Québec Trois-Rivières (thèse en cours).
  • [111]
    F. CHARVOLIN, L’invention de l’environnement… , op. cit.
  • [112]
    A. CROSBY, The Columbian Exchange. Biological and Cultural Consequences of 1492, Wesport, Greenwood, 1972.
  • [113]
    A. CROSBY, Ecological Imperialism. The Biological Expansion of Europe, 900-1900, Cambridge, Cambridge University Press, 1986.
  • [114]
    William MCNEILL, The Rise of the West. A History of the Human Community, Chicago, University of Chicago Press, 1963. Cf. Caroline DOUKI, Philippe MINARD, « Histoire globale, histoires connectées : un changement d’échelle historiographique », RHMC, 54-4 bis, suppl. 2007, p. 7-21 (p. 9).
  • [115]
    W. MCNEILL, The Human Condition : An Ecological and Historical View, Princeton, Princeton University Press, 1980.
  • [116]
    Parmi eux, William Cronon, Donald Worster, Richard White.
  • [117]
    J. Donald HUGHES, Pan’s Travail : Environmental Problems of the Ancient Greeks and Romans, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1994. Hughes envisage l’essor et le déclin des civilisations antiques en considérant leurs liens avec les dommages infl igées aux environnements (déforestation, surexploitation des sols, destruction de la faune…).
  • [118]
    J. R. MCNEILL, The Mountains of the Mediterranean World : An Environmental History, New York, Cambridge University Press, 1992.
  • [119]
    Jared DIAMOND, De l’inégalité parmi les sociétés (1997), Paris, Gallimard, 2000.
  • [120]
    J. DIAMOND, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (2005), Paris, Gallimard, 2006.
  • [121]
    Ses praticiens ont souvent des formations hybrides. Ainsi J. Donald Hughes a-t-il eu à la fois une formation en génétique végétale, en histoire et en théologie. http://www.aseh.net/resources/ oralhists-fndrs (consulté le 29 mai 2009).
  • [122]
    Par exemple : Brian FAGAN, Floods, Famines, and Emperors, New York, Basic Books, 1999. L’étude du climat et de son histoire mobilise aujourd’hui de nombreux historiens de l’environnement. Héritiers des travaux pionniers d’Emmanuel Le Roy Ladurie, ils sont engagés dans un vaste travail de collecte et d’analyse des données climatiques anciennes. Rudolf BRÁZDIL, Christian PFISTER, Heinz WANNER, Hans Von STORCH, Jürg LUTERBACHER, « Historical climatology in Europe – the state of the art », Climatic Change, 70, 2005, p. 363-430.
  • [123]
    Mike DAVIS, Génocides tropicaux. Catastrophes naturelles et famines coloniales. Aux origines du sous-développement (2001), Paris, La Découverte, 2003.
  • [124]
    J. D. HUGHES, An Environmental History of the World : Humankind’s Role in the Community of Life, Londres, Routledge, 2001.
  • [125]
    John F. RICHARDS, The Unending Frontier : An Environmental History of the Early Modern World, Berkeley, University of California Press, 2003.
  • [126]
    Kenneth POMERANZ, The Great Divergence. China, Europe and the Making of the Modern World Economy, Princeton, Princeton University Press 2000 (trad. fr. à paraître en 2010 aux éditions Albin Michel). Pour une présentation synthétique, cf. K. POMERANZ, La force de l’empire : révolution industrielle et écologie, ou pourquoi l’Angleterre a fait mieux que la Chine, Alfortville, Éditions è®e, 2009.
  • [127]
    J. MCNEILL, Something New Under the Sun : An Environmental History of the Twentieth-Century World, New York, W. W. Norton & Co, 2000. Pour une recension récente, voir : Jean-François MOUHOT, « Du nouveau sous le Soleil. Une histoire environnementale du XXe siècle », Revue Internationale des Livres et des Idées, 11, 2009, p. 4-11.
  • [128]
    Rappelons que les gaz CFC sont les responsables du fameux « trou » dans la couche d’ozone atmosphérique.
  • [129]
    Citons également le livre de Joachim Radkau qui, à l’issue d’un macro-récit qui se déploie sur plus de 10 000 ans, pointe notre entrée récente dans une phase de globalisation et de non-soutenabilité radicale des activités économiques, d’abord expérimentée aux États-Unis. Publié en allemand en 2000, l’ouvrage a été traduit depuis peu et il connaît une « seconde vie » dans le monde anglo-saxon : Joachim RADKAU, Nature and Power : A Global History of the Environment (2000), Cambridge, Cambridge University Press, 2008.
  • [130]
    Par exemple : James L. GIBLIN, The Politics of Environmental Control in Northeastern Tanzania, 1840-1940, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1992.
  • [131]
    Christophe BONNEUIL, Marie-Noëlle BOURGUET, « De l’inventaire du globe à la mise en valeur du monde. Botanique et colonisation », Revue Française d’Histoire d’Outre-Mer, 86, 1999, p. 7-38.
  • [132]
    Richard DRAYTON, Nature’s Government : Science, Imperial Britain, and the « Improvement » of the World, New Haven, Yale University Press, 2000 ; C. BONNEUIL, « Development as experiment : science and state building in late colonial and postcolonial Africa, 1930-1970 », Osiris, 15, 2000, p. 258-281.
  • [133]
    Peder ANKER, Imperial Ecology : Environmental Order in the British Empire, 1895-1945, Cambridge Ma., Harvard University Press, 2001.
  • [134]
    David ANDERSON, Richard GROVE (éd.), Conservation in Africa : Peoples, Policies and Practice, Cambridge, Cambridge University Press, 1987.
  • [135]
    J. M. MACKENZIE, The Empire of Nature… , op. cit.
  • [136]
    Par exemple Roderick P. NEUMANN, Imposing Wilderness : Struggles over Livehood and Nature Preservation in Africa, Berkeley, University of California Press, 1998 (sur la Tanzanie).
  • [137]
    Le plus récent est Jane CARRUTHERS, Wildlife and Warfare : the life of James Stevenson-Hamilton, Pietermaritzburg, University of Natal Press, 2001 ; William BEINART, The Rise of Conservation in South Africa : Settlers, Livestock, and the Environment 1770-1950, Oxford, Oxford University Press, 2003.
  • [138]
    R. GROVE, Green Imperialism… , op. cit.
  • [139]
    Cf. Ranajit GUHA, Elementary Aspects of Peasant Insurgency in Colonial India, Delhi, Oxford University Press, 1983.
  • [140]
    R. GUHA, « Forestry and social protest in British Kumaun, c. 1893-1921 », in Ranajit GUHA (éd.), Subaltern Studies n° 4, Delhi, Oxford University Press, 1985, p. 54-101.
  • [141]
    R. GUHA, The Unquiet Woods… , op. cit.
  • [142]
    Le même constat a été fait en matière d’agriculture, Révolution verte comprise. C. BONNEUIL, « Development… », art. cit.
  • [143]
    M. GADGIL, R. GUHA, The fissured Land… , op. cit.
  • [144]
    À titre d’exemple, notons la parution récente d’un sixième volume de l’Oxford History for the British Empire consacré à ces questions : William BEINART, Lotte HUGHES, Environment and Empire, Oxford, Oxford University Press, 2007.
  • [145]
    En lien avec la problématique « Sciences et empire ». Yvon CHATELIN, C. BONNEUIL (éd.), Les sciences hors d’Occident au XXe siècle, t. 3 : Nature et environnement, Paris, Édition Orstom, 1995.
  • [146]
    Jacques POUCHEPADASS (éd.), « Outre-Mers coloniaux et environnement », numéro spécial de la Revue d’Histoire d’Outre Mer, 299, 1993 (avec des articles de Claire Bernard, Marlène Buchy, Guéhi Jonas Ibo et Anne Bergeret sur les forêts et les politiques coloniales de protection de la nature).
  • [147]
    Diana K. DAVIS, Resurrecting the Granary of Rome : Environmental History and French Colonial Expansion in North Africa, Athens (Oh.), Ohio University Press, 2007. Sur l’Algérie, voir aussi C. FORD, « Reforestation, landscape conservation, and the anxieties of empire in french colonial Algeria », American Historical Review, 113, 2008, p. 341-362.
  • [148]
    G. MASSARD-GUILBAUD, « Pour une histoire environnementale de l’urbain », Histoire urbaine, 18, 2007, p. 5-21. En ligne
  • [149]
    W. CRONON, Nature’s Metropolis. Chicago and the Great West, New York, W. W. Norton & Co, 1991.
  • [150]
    Parmi les plus récents, citons Matthew KLINGLE, Emerald City : An Environmental History of Seattle, New Haven, Yale University Press, 2007.
  • [151]
    Par exemple, pour la Nouvelle Orléans et le Mississipi : Ari KELMAN, A River and Its City : The Nature of Landscape in New Orleans, Berkeley, University of California Press, 2003, mais aussi Isabelle BACKOUCHE, La trace du fleuve. La Seine et Paris (1750-1850), Paris, Éditions de l’EHESS, 2000, qui relève en grande part d’une histoire environnementale.
  • [152]
    Martin V. MELOSI, Garbage in the Cities : Refuse, Reform and the Environment, 1880-1980, College Station, Texas A&M. University Press, 1981, constitue le premier ouvrage solide sur l’histoire des ordures et de leur gestion.
  • [153]
    M. V. MELOSI, The Sanitary City : Urban Infrastructure in America from Colonial Times to the Present, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2000 ; Joel A. TARR, The Search for the Ultimate Sink : Urban Pollution in Historical Perspective, Akron (Ohio), University of Akron Press, 1996.
  • [154]
    Suellen HOY, Chasing Dirt : The American Pursuit of Cleanliness, Oxford, Oxford University Press, 1995.
  • [155]
    Adam ROME, The Bulldozer in the Countryside : Suburban Sprawl and the Rise of American Environmentalism, New York, Cambridge University Press, 2001. Voir aussi : M. DAVIS, City of Quartz. Los Angeles capitale du futur (1990), Paris, La découverte, 2006, p. 137-203.
  • [156]
    Andrew SZASZ, Ecopopulism : Toxic Waste and The Movement for Environmental Justice, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1994.
  • [157]
    Robert D. BULLARD, Dumping in Dixie : Race, Class, and Environmental Quality, Boulder, Westview Press, 1990.
  • [158]
    Andrew HURLEY, Environnemental Inequalities : Class, Race, and Industrial Pollution in Gary, Indiana, 1945-1980, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1995.
  • [159]
    Synthèse dans G. MASSARD-GUILBAUD, « Une histoire sociale de la pollution industrielle dans les villes françaises (1789-1914) », Habilitation à diriger des recherches, Université de Lyon-II, 2003, à paraître.
  • [160]
    L’article de Pierre-Denis BOUDRIOT, « Essai sur l’ordure en milieu urbain à l’époque préindustrielle. Boues, immondices et gadoue à Paris au XVIIIe siècle », Histoire, économie et société, 5-4, 1986, p. 515-528, est longtemps resté un cas assez isolé. Ce n’est plus le cas avec Thomas LE ROUX, « Les nuisances artisanales et industrielles à Paris, 1770-1830 », doctorat d’histoire, Université de Paris 1, 2007 ; et Jean-Baptiste FRESSOZ, « La fi n du monde par la science », innovations, risques et régulations de l’inoculation à la machine à vapeur, 1750-1850 », doctorat d’histoire, EHESS, 2009.
  • [161]
    Estelle BARET-BOURGOIN, La ville industrielle et ses poisons. Les mutations des sensibilités aux nuisances et aux pollutions industrielles à Grenoble, 1810-1914, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 2005. Voir aussi, dans une perspective non exclusivement urbaine : Charles-François MATHIS, « L’émergence d’une pensée environnementale en Angleterre au XIXe siècle », doctorat en histoire, Université Paris 4, 2006.
  • [162]
    Sabine BARLES, L’invention des déchets urbains. France, 1790-1970, Seyssel, Champ Vallon, 2005.
  • [163]
    André GUILLERME, La naissance de l’industrie à Paris. Entre sueurs et vapeurs, 1780-1830, Seyssel, Champ Vallon, 2007 ; Laurence LESTEL, « Experts and water quality in Paris in 1870 », in Bill LUCKIN, G. MASSARD-GUILBAUD, Dieter SCHOTT (éd.), Urban Environment : Resources, Perceptions, Uses, Aldershot, Ashgate, 2005, p. 203-214.
  • [164]
    Cf. en particulier les revues Études rurales et Histoire et sociétés rurales : Gérard CHOUQUER, « Nature, environnement et paysage au carrefour des théories », Études rurales, 1.2-157.158, 2001, p. 235-251. Jean-Marc MORICEAU, « De l’environnement au territoire : regards croisés sur les sociétés rurales », Histoire et sociétés rurales, 16, 2001, p. 7-9.
  • [165]
    Parmi des publications récentes, cf. Alice INGOLD, « To historicize or naturalize nature : hydraulic communities and administrative states in nineteenth-century Europe », French Historical Studies, 32-3, été 2009, p. 129-153 ; Marie-Danielle DEMÉLAS, Nadine VIVIER (éd.), Les propriétés collectives face aux attaques libérales, 1750-1914 : Europe occidentale et Amérique latine, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2003.
  • [166]
    Ce discours – classique – ressortit du concept d’ « orientalisme environnemental » élaboré par Suzana SAWYER, Arun AGRAWAL, « Environmental orientalisms (sexuality, race, conservation) », Cultural Critique, 45, 2000, p. 71-108, et largement discuté depuis.
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Cette introduction au dossier « histoire environnementale » a plusieurs buts. Tout d’abord, dresser une généalogie de l’histoire environnementale en revenant sur les origines et les phases de développement de ce champ de recherche. Ensuite, analyser le contexte de réception et de production académique particulier que la France constitue en matière d’histoire environnementale, en réévaluant notamment le rôle qu’y jouent l’école des Annales et son héritage. Enfin, dresser un panorama analytique de ce sous-champ de recherche qui a pris de longue date son essor dans le contexte étatsunien, et plus récemment, en France.

MOTS-CLÉS

  • Histoire environnementale
  • historiographie
  • France
  • Annales
  • histoire globale
  • nature
Fabien LOCHER
Centre de Recherches Historiques UMR 8558, CNRS-EHESS 54 Boulevard Raspail 75006 Paris
flocher @ ehess.fr
Grégory QUENET
Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines 47 Boulevard Vauban 78280 Guyancourt
gregory.quenet@ free.fr
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/03/2010
https://doi.org/10.3917/rhmc.564.0007
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour Belin © Belin. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
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