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Revue de la BNF

2010/3 (n° 36)


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Le 21 mars 2009 a paru dans le supplément hebdomadaire du journal tchèque Lidové Noviny (« Journal populaire ») un compte rendu du troisième volume, non encore publié en tchèque, de l’Histoire humaine et comparée du climat d’Emmanuel Le Roy Ladurie [1][1] Paris, Fayard, 2009., volume consacré au « Réchauffement, de 1860 à nos jours ». Cet article, dont l’auteur est Zden?k Müller, est intéressant pour deux raisons au moins. La première, c’est qu’il donne un point de vue original sur les travaux d’E. Le Roy Ladurie et leur évolution : la République tchèque est, quant à la question climatique, une terre de contraste ; son président de la République, l’« eurosceptique » Vaclav Klaus, ne croit pas au réchauffement climatique [2][2] Vaclav Klaus, Planète bleue en péril vert. Qu’est-ce... ; pourtant le pays s’illustre aussi en matière d’histoire du climat par les travaux, notamment, de Rudolf Brázdil auxquels E. Le Roy Ladurie n’a pas manqué de faire référence.

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Voici la traduction de cet article intitulé « Le réchauffement dans l’histoire [3][3] Zden?k Müller, « Oteplování v d?jinách » (« Le réchauffement... » :

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Le réchauffement global est aujourd’hui un thème politique brûlant qui attire beaucoup de monde : beaucoup d’appelés, peu d’élus. Parmi les seconds, en France, l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie. Son immense projet de recherche Histoire humaine et comparée du climat vient d’être couronné par la publication du troisième tome. Comme par hasard, il est consacré au réchauffement de 1860 à nos jours…

Dans son ouvrage Histoire du climat depuis l’an mil, Le Roy Ladurie avait développé la thèse du changement cyclique global du réchauffement et du refroidissement du climat. Le Roy Ladurie avait alors donné à sa description le sens d’une tragédie avec un happy end

Au terme de sa remarquable vie de chercheur Le Roy Ladurie revient à ses premières amours. Dans le troisième tome de sa monumentale Histoire comparée, il va jusqu’aux temps présents. Cette fois-ci ce n’est pas le mauvais temps qui joue le rôle principal et qui provoque le renchérissement du pain et la colère du peuple. Ce sont les étés brûlants qui tiennent la vedette et qui non seulement donnent d’excellentes années pour le bordeaux, mais entraînent également un grand nombre de décès des seniors.

Le Roy Ladurie penche aujourd’hui vers la thèse pessimiste. L’âge y est-t-il pour quelque chose ? Cette année, le professeur honoraire au Collège de France atteint ses 80 ans. L’historien et son public changent-ils plus rapidement que le climat ? Dans les années 1960, quand il avait abandonné le marxisme, le passé lui a servi pour projeter une vision optimiste du modernisme. Lorsqu’en 1983 [4][4] La première édition française date de 1967., l’historien avait écrit sa première histoire du climat, on se trouvait au sommet de la prospérité française des Trente Glorieuses. Il n’est pas étonnant qu’elle ait marqué l’interprétation ladurienne de l’évolution de l’histoire. Le message était alors clair. L’homme est capable d’éviter la dictature du climat, et le progrès de l’histoire promet un avenir radieux.

Un quart de siècle s’est écoulé et tout est différent. Le modernisme a déçu. L’humanité n’a pas changé pour le meilleur. L’avenir n’est plus « enceint » d’une belle perspective. Au contraire l’avenir suscite des craintes. Et s’il en est vraiment ainsi, il faut justifier ce pessimisme. L’avenir, perçu auparavant brillant et joyeux, s’assombrit. Pourquoi ? Le pessimisme historique découvre dans le réchauffement global son argument central.

Vue du glacier de la Brenva (vallée d’Aoste, Italie)

Dans Horace Bénédict de Saussure (1740-1799), Voyages dans les Alpes, Neuchâtel, S. Fauche, t. iv, 1780-1786

BNF, Philosophie, Histoire, Sciences de l’homme, 8-M-15689 (4)
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On ne manquera pas d’observer que l’auteur de cet article fait entendre, par rapport à celle de son président de la République, une voix discordante. Elle témoigne évidemment de la vigueur de la démocratie tchèque, mais aussi de la difficulté de celle-ci à définir une orientation claire, univoque, efficace, quant à la question du climat notamment. Lidové Noviny, le plus ancien journal tchèque (il date des années 1880), plutôt à gauche, est très lu dans les milieux intellectuels et politiques tchèques ; interdit par les communistes entre 1948 et 1989, sauf pendant la période du Printemps de Prague de 1968-1969, il a du mal aujourd’hui à maintenir l’équilibre entre les positions de Havel et Klaus, entre une tendance intellectuelle, culturelle, pro-européenne incarnée par Havel, et une tentation économiste, anti-européenne et anti-américaine, qui est celle du président en exercice. Ce compte rendu de l’Histoire humaine et comparée du climat prend position par une lecture en partie politique ou subjective de l’itinéraire d’Emmanuel Le Roy Ladurie, historien du climat, une lecture en tout cas qu’informe une histoire, celle de son pays en particulier.

Vue du glacier de la Brenva dans les années 1960
Photographie de Madeleine Le Roy Ladurie

De l’optimisme au pessimisme ?

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La deuxième raison qui m’a fait choisir ce texte, c’est qu’il y est question d’une évolution sensible entre l’Histoire du climat depuis l’an mil et l’Histoire humaine et comparée du climat. De l’optimisme au pessimisme ? Il est vrai qu’Emmanuel Le Roy Ladurie évoquait bien, dès l’Histoire du climat, la « vue apocalyptique » – entre autres projections dans le futur, certaines étant moins alarmistes – liée aux conséquences de l’effet de serre. Emmanuel Le Roy Ladurie dit souvent qu’il n’est pas un « scientifique à part entière ». Et c’est en littéraire que je souhaite aborder cette évolution, par le biais de la présence de la subjectivité, qui engage, il me semble, un rapport au temps.

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L’introduction à l’Histoire du climat en 1967 s’achève sur un texte aux résonances subjectives, texte marqué, quant à la temporalité, par la fascination pour cette « histoire immobile » qui fera le sujet de la leçon inaugurale au Collège de France, le 30 novembre 1973 :

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[C]e que je découvrais dans mes pérégrinations d’archives et de bibliothèques, dans la littérature dendrologique [5][5] La dendrologie est l’étude des anneaux de croissance... et glaciologique, dans mes recherches sur les dates de récoltes, c’était un paysage étrange, presque inconnu, et que peu d’historiens avaient eu jusqu’à présent l’occasion ou le loisir d’observer longtemps. Ce paysage climatique paraissait presque immobile ; il était néanmoins animé de lentes fluctuations, perceptibles quand on les mesurait sur plusieurs siècles ; celles-ci, sans doute, importaient assez peu à l’histoire humaine, mais elles méritaient d’être observées pour elles-mêmes […]. J’abandonnai donc l’objet habituel de mes recherches et je me fis, pour quelque temps, l’historien désintéressé d’une pure nature, et le spectateur d’un devenir dont l’homme avait cessé d’être le centre.

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Voilà énoncé un programme braudélien – André Burguière, dans son ouvrage sur l’école des Annales, met en avant la prédilection de Braudel pour les « temporalités les plus lentes, les plus proches de l’inertie », aux « frontières de l’historicité [6][6] André Burguière, L’École des Annales, une histoire... ». Mais, même s’il est en quelque sorte « métatextuel », ce texte fait entendre aussi une première personne, qui n’est pas isolée dans l’ouvrage. Sans doute, le « je » renvoie parfois à d’autres locuteurs, comme Sébastien Münster en route pour la Furka. Son texte, que Le Roy Ladurie dit « charmant » et qu’il a traduit du latin, commence joliment ainsi :

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Le 4 août 1546 […] comme je me rendais à cheval à la Furka, je parvins à une immense masse de glace [7][7] Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire du climat depuis....

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Quelques lignes plus bas, l’historien du climat raconte son propre itinéraire sur ces mêmes lieux, et si la première personne est alors celle d’un enquêteur, le texte ne manque pas non plus de poésie :

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J’ai refait en 1962, et à nouveau en 1966, l’itinéraire de Sébastien Münster. La langue glaciaire actuelle […] est réfugiée très haut, dans les escarpements et les roches moutonnées, glissantes et très abruptes, d’un versant. Le torrent qui en sort coule d’abord, parfois invisible, dans une gorge sciée [8][8] Ibid., vol. 1, p. 159..

Une histoire plus « humaine » du climat

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Quoi qu’il en soit, et pour tenter de vérifier la lecture du journaliste tchèque, on peut en effet considérer la publication de l’Histoire humaine et comparée du climat (tome I, 2004 ; II, 2006 ; III, 2009) comme le développement de la « seconde étape » de l’histoire climatique, annoncée dans l’ouvrage de 1967. Dans l’Histoire du climat depuis l’an mil, Le Roy Ladurie entendait s’en tenir à « la constitution d’une histoire climatique pure, affranchie de toute préoccupation ou présupposition anthropocentrique ». « L’histoire climatique à incidence humaine » ne devait intervenir, disait-il alors, que « de façon “latérale” [9][9] Ibid., vol. 1, p. 28-29. ». Cet aspect était abordé rapidement dans le chapitre vii, « Conséquences humaines et causes climatologiques des fluctuations du climat », étant entendu que les conséquences humaines (le « lien entre telle fluctuation séculaire du climat et tel épisode majeur de l’histoire des hommes [10][10] Ibid., vol. 2, p. 100. », en aval de l’histoire « pure » du climat), sortait « un peu du cadre de [son] livre [11][11] Ibid., vol. 2, p. 95. ». À la formule de Marc Bloch (« Le bon historien […] ressemble à l’ogre de la légende. Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son meilleur gibier [12][12] Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Paris,... »), Le Roy Ladurie semblait préférer alors la voie ouverte par Michel Foucault, qu’il résumait dans une allusion aux Mots et les choses :

Que l’homme ne soit pas nécessairement l’objet du métier d’historien, c’est aussi ce qui ressort, indirectement au moins, des analyses plus générales de M. Foucault [13][13] Ibid., vol. 1, note 114, p. 146..

L’histoire du climat telle que E. Le Roy Ladurie la conçoit dans les premières années du troisième millénaire a toutes les apparences d’un retour à l’homme, d’un recentrage sur l’humain [14][14] « Il sera question dans le présent ouvrage d’une histoire.... Déjà, écrivait André Burguière, l’historien avait amorcé un « tournant anthropologique » (et non « anthropocentrique »), sans pour autant tourner le dos à l’histoire sérielle et l’histoire quantitative, avec des enquêtes collectives comme « l’anthropologie des conscrits [15][15] « Anthropologie de la jeunesse masculine en France... ». L’histoire du climat est devenue une histoire « humaine » du climat, partie prenante de l’histoire rurale, mettant l’accent sur l’agriculture et la viticulture d’abord, mais aussi sur « la santé, la mortalité, le tourisme [16][16] E. Le Roy Ladurie, entretien accordé à Sciences humaines,... ». Sans renier le « structural » et « la longue durée [17][17] E. Le Roy Ladurie, « Justification du titre », dans... » braudéliens, il entendait revenir à l’« événementiel » et adopter autant que possible dans le troisième volume un « découpage décennal [18][18] Ibid., p. 19. ». Chacun aura observé aussi que Le Roy Ladurie envisageait dans l’Histoire du climat depuis l’an mil, même s’il s’agissait de définir le champ propre à l’historien du climat [19][19] « Les conclusions de Demougeot concernent préhistoriens..., un temps plus long et un espace plus vaste que dans sa récente somme, centrée sur la période qui va du xiiie siècle à nos jours et pour l’essentiel sur l’Europe, voire la « France tempérée », qui « reste […] au premier plan [20][20] Avant-propos de l’Histoire humaine et comparée du climat,... », dans le cadre certes d’une histoire « comparée » du climat. Il est vrai que le geste de l’Histoire du climat depuis l’an mil était inaugural, fondateur, presque militant. Mais ce déplacement dans les années 2000 de l’axe de la discipline – qui, Le Roy Ladurie y insiste plus que jamais, n’existe que par l’interdiscipline – donne le sentiment d’une urgence qui le conduit, quoi qu’on ait pu dire, à l’expression personnelle d’une inquiétude face à l’avenir.

Kaspar Merian (1627-1686), Matthäus Merian (1593-1650), Le Glacier de Grindelwald dans le canton de Berne, 1642
BNF, Estampes et Photographie, Vg 1-fol (4)
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Si l’humain est au cœur de ses travaux récents d’historien du climat, l’écriture en est aussi plus évidemment subjective. Son style, osons le dire, en témoigne. Or, le style c’est l’homme, même si Buffon, l’auteur de la formule, redoutait pour sa part un refroidissement inéluctable de notre planète. Mais l’inquiétude face à l’avenir n’exclut pas ici l’humour ou une manière de création verbale. Le Roy Ladurie aime les étés « breughéliens » et les vendanges « septembrales ». Il appelle l’automne 1981 « saison Mitterrand » et prise les mots-valise ou composés (thanato-climatologie, météo-disetteux, bellico-famineux) : on y verra une touche d’espièglerie verbale, contrepoids probable au pessimisme, un peu sur le modèle du Moyne noir en gris dedans Varennes de Dumézil [21][21] Paris, Gallimard, 1985.. Mais la subjectivité affleure également dans les confidences, car l’émotion n’est plus interdite [22][22] Voir par exemple Damien Boquet et Piroska Nagy, « Émotions..., comme lorsque est évoqué l’appel à la mobilisation d’août 1939 :

En 1939, aux approches de l’automne, dans les villages, certains cultivateurs d’âges divers pleureront en lisant l’affiche de mobilisation. J’avais alors dix ans et m’en souviens comme d’hier [23][23] Histoire humaine et comparée du climat, III, op. cit.,....

L’homme est là, non seulement lorsqu’il convoque ses propres souvenirs, mais aussi ceux de témoins d’événements climatiques particuliers, comme l’agriculteur normand Marc Bocage évoquant la sécheresse de 1976. L’homme est là, lorsqu’il rappelle à notre mémoire collective, fût-elle principalement française, « ce mois d’avril 2007 ultra-chaud, presque inquiétant dans son genre [24][24] Ibid., p. 345. ». Oui, certaines dates, appelées « millésimes », font parfois exception, sortent du lot, et, tel « l’an 1976 », « date climatérique », elles sont désignées comme « à retenir » au même titre que Marignan ou Waterloo [25][25] Ibid., p. 356.. Subjectivité, donc, mais aussi sentiment d’une urgence, qui nous conduit au seuil de notre présent : le découpage décennal rend plus sensible encore les fluctuations, surtout l’augmentation d’intensité du réchauffement. Les graphiques de la fin du troisième volume de l’Histoire humaine et comparée du climat, qu’ils représentent l’évolution des glaciers ou celle des températures, ici volontiers mondiales, vont dans le sens d’une dramatisation. C’est vrai, l’histoire immobile semble avoir fait long feu. Ce n’est plus l’absence de variation « durable » des « associations forestières », des « diagrammes polliniques » qui, en dépit des fluctuations, fascinent Le Roy Ladurie, comme en 1967 : relisons le chapitre iii de l’Histoire du climat depuis l’an mil, pourtant consacré au « réchauffement récent » et notamment au recul des glaciers [26][26] Histoire du climat depuis l’an mil, op.cit., vol. 1,..., dont l’historien avait déjà pris la dramatique mesure.

Un personnage central : le glacier

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Alors, y aurait-il comme il y eut, disait-on, le Marx d’avant les Manuscrits de 1844 et celui d’après, un vrai et un faux Le Roy Ladurie historien du climat ? Non. C’est la continuité de ces deux histoires du climat, ou de ces deux moments, que je voudrais essayer de mettre en avant pour finir. La continuité, on la verra d’abord dans l’intérêt, constant celui-là, d’Emmanuel Le Roy Ladurie pour les fluctuations. Dans un autre domaine que l’histoire du climat, André Burguière y a vu la marque de son originalité, à condition de retenir que ce sont, disait-il à propos des Paysans de Languedoc, les « déséquilibres », les « décalages », les « déformations » qui y étaient pointés (il s’agissait alors du décalage entre le développement de l’État et « l’immobilisme socio-économique [27][27] A. Burguière, L’École des Annales, op. cit., p. 17... »).

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Cette hypersensibilité aux fluctuations n’a fait semble-t-il que s’accentuer au fil des années, au point que les figures, courbes et graphiques qui illustrent son dernier ouvrage, relèvent d’une sorte de sismographie climatique ultrafine, autre principe d’écriture du climat, réduite à une pure variabilité graphique. Ensuite, parce qu’il y a au cœur de l’histoire du climat ladurienne, entendue dans son unité vive, un personnage central, très imposant et peut-être en voie de disparition : c’est le glacier. Comme dans l’Histoire des paysans français qui, écrit encore A. Burguière, « reconstitue […] la synthèse des poussées et des reflux de la population [28][28] Ibid., p. 182. », ce sont les flux et reflux des glaciers qui sont un des centres du système d’historien du climat ladurien (l’autre étant les vendanges). Et il me semble que le glacier peut être considéré in fine comme la métaphore de l’histoire du climat à la Le Roy Ladurie : il est le modèle même de la longue durée, dans ses fluctuations parfois trompeuses (un temps de réponse lui est nécessaire pour réagir surtout aux variations de températures) ; il est aussi, du fait de son spectaculaire et peut-être inéluctable retrait, la preuve visible d’un événement de très grande ampleur et désormais perceptible à hauteur d’homme. Gigantesque appareil que nulle conscience humaine, nul individu isolé n’est capable d’appréhender dans sa totalité, le glacier est aujourd’hui considéré comme une sorte d’organisme vivant par certains scientifiques, historiens du climat (Nussbaumer, Zumbühl [29][29] S. U. Nussbaumer, H. J. Zumbühl, D. Steiner, « Fluctuations...), qui y appliquent un modèle de type neuronal, tout en insistant sur la nécessité d’une approche interdisciplinaire, par le recours notamment à l’iconographie. Le glacier n’est-il pas finalement, une des clefs de l’histoire du climat selon Le Roy Ladurie ? À travers la permanence de l’intérêt porté aux glaciers, l’histoire du climat, depuis l’An mil jusqu’à l’Histoire humaine et comparée, peut être lue aussi comme une sorte de confrontation épique entre temps long et espace vaste d’une part, et un petit sujet, omniprésent, témoin obstiné de changements qu’un homme seul, dans l’espace et dans le temps humains, ne pouvait mesurer. Ainsi, les croquis, dessins, gravures qui, aux xviiie et xixe siècles en particulier (Besson, Meyer, Hackert, William Pars, Jean-Antoine et Jean-Philippe Linck, Samuel Birmann…), représentent les glaciers de Grindelwald, du Rhône ou la Mer de glace avec un « petit sujet » au premier plan, mais aussi les photographies de ces glaciers alpins prises dans les années 1960 par Madeleine Le Roy Ladurie, quand bien même le sujet humain reste en retrait derrière l’objectif, sont l’image la plus juste de l’enquête inlassable d’Emmanuel Le Roy Ladurie, historien du climat.

Notes

[1]

Paris, Fayard, 2009.

[2]

Vaclav Klaus, Planète bleue en péril vert. Qu’est-ce qui est en danger aujourd’hui, le climat ou la liberté ? [2007], s. l., IREF, 2009 pour la traduction française. Voir aussi la conférence prononcée par V. Klaus à l’ONU le 4 mars 2008 : « L’alarmisme écologique est une menace pour la liberté ».

[3]

Zden?k Müller, « Oteplování v d?jinách » (« Le réchauffement dans l’histoire »), Lidové Noviny, supplément hebdomadaire Orientace, 21 mars 2009. Traduction de Karel Vasak.

[4]

La première édition française date de 1967.

[5]

La dendrologie est l’étude des anneaux de croissance annuelle des troncs d’arbres, dont la variation de l’épaisseur traduit les influences du climat sur le développement de l’arbre.

[6]

André Burguière, L’École des Annales, une histoire intellectuelle, Paris, Odile Jacob, 2006, p. 198.

[7]

Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire du climat depuis l’an mil, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1983, vol. 1, p. 158.

[8]

Ibid., vol. 1, p. 159.

[9]

Ibid., vol. 1, p. 28-29.

[10]

Ibid., vol. 2, p. 100.

[11]

Ibid., vol. 2, p. 95.

[12]

Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Paris, A. Colin, 1949, cité par E. Le Roy Ladurie, Histoire du climat depuis l’an mil, op. cit, vol. 1, p. 24.

[13]

Ibid., vol. 1, note 114, p. 146.

[14]

« Il sera question dans le présent ouvrage d’une histoire humaine, traitant aussi de l’impact des fluctuations climatiques et météorologiques sur nos sociétés, notamment par le biais des disettes et, dans certains cas, des épidémies » (Histoire humaine et comparée du climat, I, Canicules et glaciers, xiiie-xviiie siècles, Paris, Fayard, 2004, p. 7).

[15]

« Anthropologie de la jeunesse masculine en France au niveau d’une cartographie cantonale (1819-1830) », dans Le Territoire de l’historien II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1978. Première édition Annales ESC, juillet-août 1976, avec la collaboration de Paul Dumont et de Michel Demonet.

[16]

E. Le Roy Ladurie, entretien accordé à Sciences humaines, numéro spécial « Changer sa vie », juin 2009, p. 31.

[17]

E. Le Roy Ladurie, « Justification du titre », dans Histoire humaine et comparée du climat, III, Le Réchauffement de 1860 à nos jours, Paris, Fayard, 2009, p. 21.

[18]

Ibid., p. 19.

[19]

« Les conclusions de Demougeot concernent préhistoriens et protohistoriens. L’historien des climats, quant à lui, qu’il soit médiéviste ou moderniste […] » (Histoire du climat depuis l’an mil, op. cit., vol. 1, p. 153).

[20]

Avant-propos de l’Histoire humaine et comparée du climat, I, Canicules et glaciers, xiiie-xviiie siècles, op. cit., p. 7.

[21]

Paris, Gallimard, 1985.

[22]

Voir par exemple Damien Boquet et Piroska Nagy, « Émotions historiques, émotions historiennes », Écrire l’histoire, n° 2, automne 2008, p. 15-26.

[23]

Histoire humaine et comparée du climat, III, op. cit., p. 162.

[24]

Ibid., p. 345.

[25]

Ibid., p. 356.

[26]

Histoire du climat depuis l’an mil, op.cit., vol. 1, chapitre iii, « Un modèle : le réchauffement récent », p. 154.

[27]

A. Burguière, L’École des Annales, op. cit., p. 173.

[28]

Ibid., p. 182.

[29]

S. U. Nussbaumer, H. J. Zumbühl, D. Steiner, « Fluctuations of the Mer de glace (Mont Blanc area, France) AD 1500-2050. An interdisciplinary approach using new historical data and neural network simulations », Zeitschrift für Gletscherkunde und Glazialgeologie, vol. 40, 2007 (Innsbruck, Universitätsverlag Wagner).

Plan de l'article

  1. De l’optimisme au pessimisme ?
  2. Une histoire plus « humaine » du climat
  3. Un personnage central : le glacier

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