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Aristote, Topiques. Tome II. Livres V-VIII, texte établi et traduit par Jacques Brunschwig, Collection des Universités de France. Série grecque, 451, Paris, Les Belles Lettres, 2007, LXII + 472 pages dont 137 doubles

1L’événement que constitue cette publication par Jacques Brunschwig [J.B.] du second tome des Topiques d’Aristote a déjà été salué par plusieurs comptes rendus critiques [1], marquant chaque fois l’ampleur de l’intérêt philosophique que suscite cette nouvelle traduction, accompagnée d’un dossier philologique admirable constitué à la fois des notes sur le détail, des réflexions du philosophe sur la cohérence même de l’ensemble des Topiques, et de la discussion enfin rendue possible entre plusieurs aspects méthodologiques des deux tomes – qu’il s’agisse de l’écriture d’Aristote, du traitement des questions, ou de l’arrière-fond polémique sur lequel les objets discutés sont examinés. Grâce à l’ensemble de ces notes critiques (qui prennent en particulier la forme d’une relecture critique de la première Introduction de 1967, ayant à l’époque déjà vocation à « couvrir » l’ensemble des Topiques), à quelques choix nouveaux de traduction, ou à des interprétations repensées ou enrichies, ce tome II réussit le tour de force de donner à lire de manière inédite les livres V à VIII des Topiques mais aussi, par résonance, de redonner à lire le tome I, voire l’ensemble de la démarche dialectique des Topiques, à la lumière de ces nouveaux éclairages. Ce sont ces points surtout qui doivent être soulignés : d’emblée l’enjeu de l’écart entre les deux tomes est celui d’un bénéfice théorique possible donné par cet intervalle de temps.

2De l’aveu même de J.B., le premier bénéfice est celui d’avoir pu s’appuyer sur la grande quantité des travaux consacrés aux Topiques pendant les décennies qui séparent les deux ouvrages ; J.B. rend ainsi hommage d’abord au 3e Symposium Aristotelicum de 1968, et ensuite à toutes les traductions étrangères et aux articles qui, des années 1968 aux années 2000, n’ont cessé de démentir le « désintérêt » pour les Topiques que J.B. pensait devoir déplorer à l’époque du tome I. De manière décisive, certains modes d’interprétation et de compréhension générale du texte, de sa démarche et de son unité aussi, ont été remis en question ; au premier chef, le paradigme d’une problématique « génétique » dominant la lecture des Topiques et appliqué parfois à l’ensemble des œuvres d’Aristote [2] s’est révélé aux yeux de J.B. définitivement obsolète : la présupposition d’un sens chronologique pour résoudre des « contradictions » ou expliquer des difficultés du texte contribue bien évidemment le plus souvent à biaiser la saisie même du problème en question, et la délimitation stricte de la prétendue contradiction qu’il s’agirait de situer. On peut sans doute selon J.B. conserver l’idée que les livres centraux des Topiques (II à VII) sont chronologiquement antérieurs aux Analytiques tandis que les livres I et VIII seraient postérieurs ; mais il ne faut pas masquer pour autant une temporalité probablement discontinue d’écriture pour les livres II à VII, ni surtout ce que J.B. qualifie d’« anomalies textuelles » qu’il lui a fallu prendre en compte. De telles « anomalies » ne désignent pas forcément des « contradictions » théoriques, ni véritablement des changements de position philosophique attribuables à quelque « évolution » d’Aristote – ce ne sont pas davantage des accidents de « transmission » ou des travestissements anonymes des textes (tels que ceux nombreux, qui marquent le Livre V, partiellement inauthentique [3]. J.B. mobilise ici le concept particulièrement intéressant d’un questionnement « chrono-topologique », qui tente de comprendre des relations logiques et topologiques entre des passages ou segments de texte qui se suivent ou sont substitués l’un à l’autre sur une même question. C’est ainsi notamment tout un travail de reprise et de réflexion critique interne au cheminement même d’Aristote sur la question des « genres » (aux livres IV et VI) que J.B. nous permet de relire à nouveaux frais, travail de reprise entre plusieurs passages des livres IV et VI qui a supposé différentes ré-évaluations (par Aristote lui-même) des arguments avancés.

3Avant de revenir sur cet aspect parmi les plus passionnants de la lecture, on doit souligner ici le premier gain philosophique majeur d’une relecture de l’ensemble des Topiques, qui a permis d’interroger l’ordre même suivi par le texte dans l’examen et l’étude des « prédicables » : contrairement à l’ordre suivi au livre I, ch. 5, qui présente et annonce l’étude de la définition d’abord pour terminer par celle de l’accident, après avoir évoqué le propre et le genre, on comprend à partir des passages de VI, 1 et VII, 5 que ce n’est pas un hasard si l’étude dialectique détaillée des prédicables devait en réalité bien commencer par l’accident [4] – en effet dans la dynamique dialectique qui préside au traité l’accident représente justement et positivement ce qu’il est possible d’établir (pour un sujet par exemple, ou comme un état de fait) sans avoir à déterminer « comment » ni « pourquoi » telle ou telle chose « est le cas ». Aristote montre ainsi qu’on peut bel et bien s’appuyer sur une définition positive de l’accident, entendu comme « ce qui appartient » ou « est le cas » pour un sujet (selon la manière dont on traduit ????????) ; ce n’est certes là qu’un sens faible de « prédicable » (un accident, ce n’est que ce dont on peut affirmer véridiquement que tel sujet l’est) [5] comparé à d’autres prédicables plus déterminants pour l’essence – néanmoins un accident ne saurait être défini seulement « négativement », ou par défaut, comme ce qui n’est aucun des autres prédicables (genre, espèce, différence, propre). La lecture détaillée de VI, 1 et VII, 5 [6] montre donc que l’introduction de 1967, trop superficielle sur ces aspects, ignorait que la définition de l’accident est bien première dialectiquement : non seulement parce qu’elle est la plus facile à établir et la moins exigeante en termes de compréhension du « pourquoi » d’une prédication, mais également parce qu’il y a un ordre et un sens de lecture fondamentalement « inclusif » des différents prédicables. Ce qui est au moins accident peut éventuellement aussi être « plus » (un propre par exemple), et être davantage déterminant pour un sujet. Il serait fautif de privilégier seulement un sens exclusif des différentes attributions.

4C’est également la question philosophique centrale du « soubassement académique » sur lequel les Topiques se situent et dont ils se démarquent éventuellement qui se trouve mieux éclairée par cette traduction et par l’exploration pointue des « révisions » internes au texte aristotélicien. D’abord, l’enjeu est celui de mesurer dans ce que J.B. analyse comme une « chronotopologie » repérable de certains arguments, des « reprises » corrigées, des nuances dans la manière d’invoquer un même principe, et donc de réviser, d’un passage à l’autre, la valeur d’un argument – tout un travail interne d’objections et une trajectoire de pensée se donnent à lire. Ainsi, J.B. détaille l’analyse des rapports entre plusieurs passages des livres IV (2, 6) et VI sur cette question majeure de la possibilité pour une chose d’« appartenir à deux genres distincts » ; question majeure qui met en jeu les solutions aristotéliciennes (les catégories comme genres) liées au refus de considérer, avec les thèses académiques et platoniciennes, l’Être et de l’Un comme deux genres ultimes, distincts, séparés, et qui devraient « englober » toutes les choses qui sont. Le détail de ce débat, des difficultés examinées par Aristote, et la manière de construire les objections [7] sont des lieux décisifs de la pensée aristotélicienne, et des objets d’études passionnants pour tout lecteur qui veut mesurer les nuances de ce travail critique. Il s’agit moins ici de situer une évolution des thèses et/ou de la « rupture » avec le platonisme, que de voir à l’œuvre la réflexion sur une même question [8]. De la même manière, on notera l’importance de l’intérêt porté au vocabulaire employé par Aristote pour formuler les discussions « métatopiques », c’est-à-dire des discussions qui d’une manière générale paraissent renvoyer directement à une méthodologie de la définition, plus qu’à des « tenants » particuliers d’une thèse : c’est l’usage de l’impersonnel ????? et sa traduction qui, selon J.B., sont ici en jeu, selon que ????? signifie « X admet que (ceci ou cela) » avec un complément, et vise des tenants d’une thèse [9], ou qu’il est massivement utilisé, comme c’est le cas aux livres IV et VI, pour discuter méthodologiquement de la manière dont il convient d’articuler genre, différence, et espèce (?????) : J.B. formule l’hypothèse très pertinente que cet usage d’un ????? sans complément puisse manifester la position partagée au sein de l’école platonicienne et des successeurs, d’un « on admet » qui renvoie aux pratiques habituelles des chercheurs liés à l’Académie [10], en particulier dans les exercices réfutatifs. Pour la même raison, le terme ????? utilisé en ce sens est absent des livres sur le propre et l’accident, parce que sur ce terrain les concepts ne pouvaient être tirés d’un « patrimoine » académique : Aristote s’y engage davantage dans un travail de construction progressive [11].

5De même, lorsqu’il s’agit justement d’établir des définitions, et non plus seulement d’apprendre à les réfuter [12], la difficulté est plus grande (cf. VII, 5) : tâche la plus difficile de toutes les tâches dialectiques [13], couplée à une difficulté intrinsèque si l’on veut « démontrer » une définition ou la « déduire rationnellement » en un syllogisme (VII, 3). Sur ce point, on relèvera que le texte confirme à la fois des points critiques formulés dans les Seconds Analytiques[14], la référence à un autre traité où les questions sont traitées « avec plus d’exactitude », mais aussi la volonté aristotélicienne de montrer l’utilité véritable des Topiques pour établir une définition (cf. VII, 4). Le texte prétend bien qu’un syllogisme (dialectique ?) de la définition est « possible », mais se contente de renvoyer à d’autres travaux pour le montrer. Ce dernier point invite, avec on ne peut plus de justification, à réinterroger le sens même du projet dialectique aristotélicien tel qu’il semble lui-même le situer : quelle portée pense-t-il pouvoir reconnaître à son entreprise ? On sait qu’un passage des Réfutations Sophistiques invoque justement (ch. 34, 183 b 34-36, 184 b 1-3) pour tout « soubassement » de son entreprise théorique en dialectique, l’absence de tout devancier, de toute référence, de tout précurseur : alors qu’Aristote reconnaît l’importance de travaux nombreux sur l’art rhétorique qu’il avait compilés et répertoriés, il semble que rien avant lui n’ait été fait sur l’art dialectique [15]. Il y a là sans doute l’affirmation de la supériorité qu’Aristote pense pouvoir reconnaître à ses Topiques comparés à l’ouvrage de Speusippe (intitulé Sur les genres et espèces, exemples-types, d’après Diogène Laërce), dont les « paradigmes » n’étaient guère plus admirés par Aristote que les discours-types de Gorgias. Mais J.B. fait également l’hypothèse que Xénocrate lui-même, loin d’inspirer Aristote, a pu rédiger un ensemble de 14 livres en « réplique » à la lecture des Topiques d’Aristote [16].

6Quelques éléments, pour finir, concernent directement des choix de traduction, et de manuscrits. Ce second tome des Topiques marque l’exclusion de deux manuscrits (P et c) trop souvent fautifs ou lacunaires, et cet allégement de l’apparat critique s’accompagne d’une référence positive aux témoins de la leçon adoptée, au lieu des seules variantes présentées par les autres manuscrits. A et B ont été préférés le plus souvent, quitte à revenir à la leçon plus ancienne (Bekker et Waitz, contre Ross) [17]. On notera surtout les choix nouveaux de traduction du grec, outre ceux déjà évoqués autour de ????? : de manière décisive, « être le cas » pour ??????? a l’avantage de permettre des structures syntaxiques plus souples qu’avec « appartenir » (appliqué dans le tome I) ; en dépit de formulations qui sont parfois un peu lourdes en français [18] il est possible avec cette traduction de ne pas systématiquement ajouter un sens d’inhérence au verbe (lorsque S ??????? P), et de lui permettre de signifier par exemple qu’une proposition « est le cas ». Un autre choix peut ici être relevé : la notion de « contre-prédication » (?????????????????) a été préférée à la lourde périphrase qui dominait en 1967 [19]. D’autres changements traversent le texte, tels que « excellence » pour ?????, mais pour lequel les notes conservent parfois « vertu », ou encore pour le concept si central d’??????? qui est traduit par « idées admises », malgré la nécessité d’envisager finalement plutôt ces ?????? comme des idées ou des opinions « réputées », en somme des idées « qui font autorité » plus qu’elles ne sont « probables » en terme de degré intrinsèque de vérité [20].

7Si d’une manière générale le parti pris de la traduction a été d’essayer d’alléger autant que possible le texte de toutes les « paraphrases explicatives » inutilement « imbibées » d’interprétation, on saluera donc toutefois la capacité à maintenir une certaine « témérité » dans les efforts pour rendre la langue d’Aristote lisible dans sa difficulté même, pour nous. Conserver ainsi « l’essentiel de l’essence » pour le grec ?? ?? ?? ????? ne pouvait, en dépit des critiques toujours possibles, que manifester la continuité et l’unité entre les deux versants de cette œuvre majeure que constitue la traduction des Topiques.

8Véronique Brière

L’Andromeda di Euripide. Edizione e commento dei frammenti, par Vincenzo Pagano, avec une préface de Giuseppe Zanetto, Minima philologica. Collana di edizioni critiche e commenti. Serie greca, 6, Alessandria, Edizioni dell’Orso, 2010, XII + 270 pages

9Dans les Grenouilles d’Aristophane (v. 52-54), à la lecture de l’Andromède d’Euripide, Dionysos est saisi d’un désir (?????) irrépressible pour l’auteur de cette tragédie. Si la pièce ne nous est plus connue que de manière très fragmentaire, l’ouvrage érudit et rigoureux de Pagano, qui se situe dans le prolongement des nombreuses éditions récentes consacrées aux fragments d’Euripide, ne peut qu’alimenter notre propre ?????.

10La numérotation des fragments est celle de Kannicht (Tragicorum graecorum fragmenta, vol. VI, 1, Göttingen, 2004), même si l’ordre est sensiblement différent en raison de la reconstitution proposée. Le texte des fragments, traduits en italien, est pour l’essentiel conforme à celui proposé par Kannicht. On relèvera néanmoins quelques divergences : fr. 119, 7 : ??]µ?? (Carrara) ; fr. 136, 5 : ????? (†?????† Kannicht) ; fr. 141, 1 : <??> ??? (Mekler) ; fr. 147 : <?? ???????> (Fritzsche) ; fr. 152, 1 : <??> ?? ???µ????? ; fr. 152, 2 : µ???? ?<??> (Ellis : µ????<?> Grotius, Kannicht) ; fr. 154, 1 : ???? ??? (codd. : ???? ??? Boissonade, Kannicht) ; fr. 154, 2 : ???????? ????? (Musgrave : †??????? ?????† Kannicht).

11A côté de l’anthologie de Stobée, la parodie proposée par Aristophane dans les Thesmophories (v. 1015-1126) constitue l’une de nos sources principales pour la connaissance de l’Andromède. Si les scholies permettent d’attribuer de manière sûre certains vers à la pièce d’Euripide, l’attribution reste discutée pour d’autres. Sur ce point, l’édition de Pagano présente également quelques choix différents de ceux de Kannicht. Ainsi par exemple, le fr. 122, qui comporte dans l’édition de Kannicht les v. 1029-1042 des Thesmophories, est complété ici par les v. 1047-1055, même si les scholies n’établissent pas de lien explicite avec l’Andromède. Sur ce point, l’édition aurait gagné en clarté si les vers pour lesquels il n’y a pas de lien attesté avaient été imprimés en caractères plus petits, comme le fait Kannicht.

12D’autres problèmes de présentation, mineurs au demeurant, peuvent être ici mentionnés. On ne comprend pas l’usage des crochets dans les fr. 127, 2 (= Thesmophories, v. 1058) et 128, 2 (= Thesmophories, v. 1108) ; si l’éditeur considère que ces mots n’appartiennent pas à l’Andromède, pourquoi les retient-il dans son texte ? Sinon, pourquoi les met-il entre crochets ? Par ailleurs, la désignation de la persona loquens se trouve entre parenthèses ou non, selon le degré certitude de l’éditeur ; il aurait été plus clair d’utiliser les parenthèses chaque fois que l’attribution ne peut s’appuyer sur une désignation explicite, soit dans le contexte de citation, soit dans le fragment lui-même.

13Si l’éditeur a fait, avec raison, le choix d’un apparat critique allégé, dans certains cas cet apparat mériterait néanmoins d’être complété. Ainsi dans le fr. 122, dans les passages où la parodie a conduit Aristophane à s’écarter du texte d’Euripide, Pagano, contrairement à Kannicht, tente précisément de rétablir le texte de l’Andromède. Si ces conjectures sont explicitées dans le commentaire, il aurait été opportun de les mentionner comme telles dans l’apparat critique. De même pour le fr. 136, 1, l’apparat ne mentionne pas les différences de texte selon les sources.

14L’introduction vise avant tout à présenter les différentes versions de la légende. Le principal résultat de cette enquête est la mise en lumière de deux traditions : l’une essentiellement poétique, attestée déjà chez Hésiode (fr. 135 Merkelbach-West), mais qui trouve sa consécration dans la tragédie attique, et notamment dans la pièce d’Euripide ; l’autre, attestée en particulier chez le mythographe Conon, qui répond à une intention rationalisante, voire évhémériste. La première tradition est dénommée « éthiopienne », la seconde, qui situe l’intrigue à Ioppê, en Palestine, est dénommée « ioppica ». Cette distinction permet notamment de conclure que Phinée, l’oncle d’Andromède, à qui sa nièce était promise dans la seconde tradition, n’apparaissait pas dans la pièce d’Euripide. L’introduction comporte également une partie bien étoffée consacrée à la réception de la pièce dans l’Antiquité. On aurait en revanche attendu un développement mettant en perspective la dramaturgie et les thématiques de l’Andromède à la lumière du reste de la production euripidéenne.

15Le commentaire est riche et prend grand soin d’éclairer chaque fragment à partir de son contexte de citation. L’ouvrage se termine par une partie synthétique proposant une reconstitution de l’intrigue mise en scène, suivie d’un appendice bienvenu consacré aux représentations figurées de la légende.

16Pierre Voelke

La Bible d’Alexandrie. Deuxième livre d’Esdras, traduction du texte grec de la Septante, introduction et notes par Timothy Janz, LXX, 11.2, Paris, Cerf, 2010, 348 pages

17Voici donc présenté, traduit et commenté une sorte de parent pauvre des livres de l’Ancien Testament, qui « semble avoir été, de tout temps, parmi les œuvres les moins lues de la littérature biblique », comme le dit son éditeur Timothy Janz. Il n’en fait pas moins l’objet d’une longue introduction (178 pages pour 159 pages de traduction et notes). Le texte mérite cette attention en raison de ses traits particuliers. Le premier de ceux-ci, et le plus connu, fait que l’on éprouve toujours quelque difficulté au moment où l’on veut le situer par rapport au canon. Non seulement il correspond à un livre auquel la Bible hébraïque donne deux auteurs, sous la désignation Esdras-Néhémie, mais la Septante elle-même présente une sorte de doublet composé d’un Esdras I (ou plutôt aujourd’hui 1 Esdras) et de notre livre désigné comme Esdras II ou 2 Esdras. Timothy Janz effectue une mise en ordre nécessaire et suffisante : Esdras et Néhémie ont depuis longtemps tendu à s’unifier, ce que la Septante a intégré en donnant à l’ensemble un seul nom d’auteur. Quant à 1 Esdras, dont nous n’avons plus le texte hébreu, il a dans la Septante l’apparence d’une compilation regroupant des textes empruntés à Esdras-Néhémie et aux Chroniques (les Paralipomènes de la Septante). Savoir si le 1 Esdras hébreu était réellement cette compilation ou a au contraire précédé Esdras-Néhémie, c’est une question controversée, sans issue, dit T.J., qui s’abstient de s’y plonger en considérant que la réponse, quelle qu’elle soit, n’aurait pas d’impact sur l’édition du texte grec de 2 Esdras.

18Une autre particularité de 2 Esdras réside dans sa composition. Celle-ci se présente à la première lecture comme extrêmement chaotique. La chronologie des événements rapportés pose de multiples problèmes, que de nombreuses études ont tenté de résoudre. T.J. en résume les conclusions, et préfère orienter l’analyse du côté de la réalisation littéraire de l’œuvre. Il met ainsi en évidence un dispositif fondé sur deux récits successifs du retour des Juifs à Jérusalem et de la reconstruction des remparts et du Temple. Ces deux récits, le premier allant du début au chapitre 10 et le second du chapitre 11 à la fin (ch. 23), sont construits sur le même schéma narratif dont les motifs sont successivement les « débuts prometteurs d’une entreprise », puis un moment de crise qui bloque les travaux, puis la réalisation finale, enfin un épilogue qui met en valeur l’autorité d’Esdras dans le premier récit, de Néhémie dans le second. Par ailleurs, T.J. a pris le parti de superposer à la division en chapitres et versets une division en paragraphes numérotés qui est proposée par plusieurs manuscrits de la Septante, un système qui est encore une originalité de 2 Esdras. Les numéros de ces paragraphes sont indiqués en lettres grecques au long de la traduction, et le commentaire continu constitué par les notes est articulé selon ces paragraphes dont chacun reçoit un titre, car cette division a une pertinence thématique évidente.

19Dans les pages consacrées à la tradition manuscrite, T.J. indique qu’il a fondé sa traduction sur le texte établi par R. Hanhart dans l’édition de Göttingen (1993). L’adoption de ce texte ne l’empêche pas de noter les désaccords qu’il peut éprouver avec des interprétations proposées par cet éditeur dans une étude parue dans les Abhandlungen der Gesellschaft der Wissenschaften zu Göttingen, 253, en 2003. Le texte de Hanhart écarte les leçons proposées par un groupe de manuscrits influencés par ce qu’on appelle encore souvent la « recension lucianique », selon une terminologie que T.J. conteste en partie. T.J. approuve le choix éditorial de Hanhart, mais ne se résout pas à laisser le lecteur ignorer une tradition qui a eu son importance et qui constitue une donnée essentielle dans l’histoire du texte de la Septante en général, et de 2 Esdras en particulier. Il justifie ainsi son parti pris d’indiquer le plus souvent possible en note les variantes de la recension litigieuse. Le problème très compliqué des rapports entre le texte massorétique, le texte hébreu traduit dans 2 Esdras, le texte le plus répandu dans la tradition grecque, appelé parfois « texte canonique », et le texte très corrigé des manuscrits dits lucianiques est examiné de façon approfondie, détaillée et fondée sur une information aussi vaste que précise. En vertu de cet examen, la traduction grecque dont nous est proposée la traduction en français révèle sa nature quelque peu primitive, handicapée par une compréhension imparfaite du texte hébreu (lequel devait être, en bien des passages, incompréhensible, si l’on en juge par les nombreuses difficultés de compréhension que pose encore le texte massorétique), et consentant souvent à l’emploi de formulations grecques incorrectes du point de vue grammatical, aventurées du point de vue sémantique, et finalement à leur tour incompréhensibles, peut-on supposer, pour les hellénophones antiques.

20Traduire un tel texte grec relève du défi. T.J. l’a affronté avec succès en procédant à un examen méthodique de la langue de 2 Esdras. Cette étude révèle un nombre considérable de non-traductions lexicales, ce qui confirme que le traducteur a dû faire face à une entreprise qui dépassait un peu ses compétences. Il fournit ainsi à l’occasion non pas des traductions, mais ce que T.J. appelle translittérations ou transcriptions, sans bien les distinguer. En fait, il faudrait sans doute s’en tenir au concept de transcription, puisqu’en toute rigueur on ne peut constater une translittération que lorsque l’on a accès au graphisme du mot hébreu précisément traité par le traducteur. Ainsi, dans un exemple donné p. 103, le grec ??????? n’est pas à proprement parler une translittération du mot hébreu kutt?nèt. Les pages que T.J. consacre à ce problème sont riches d’information : il nous fait partager sa surprise de constater que l’hébreu ’?m?n est presque toujours traduit dans la Septante, sauf précisément dans 2 Esdras et dans les livres qui ne sont pas conservés en hébreu, où il est transcrit ?µ??.

21On ne peut qu’admirer la précision et la patience du travail de T.J. sur la signification conférée, sûrement ou vraisemblablement, par le traducteur à un certain nombre de mots grecs (qui sont regroupés en un index à la fin du livre). Il ne manque pas de renvoyer fréquemment à cette forte étude lexicale dans les notes de sa traduction, qui ajoutent encore des analyses du même type à propos de cas particuliers.

22Cela dit, il fallait traduire. La déontologie que T.J. s’est imposée est tout à fait justifiée. Il se refuse à présenter au lecteur, même averti de ce que le texte grec est défectueux, le faux-semblant d’un texte correct, clair et élégant. Ce serait effectivement une trahison. Avec finesse, T.J. respecte les hébraïsmes du traducteur, qui donnaient évidemment aux lecteurs grecs un sentiment d’étrangeté, et dont la traduction française retire une dimension poétique indéniable. Le tour de force dans ces conditions a consisté à fournir des phrases françaises pourvues d’un sens, et d’un sens établi méthodiquement. Lorsque décidément la lettre du texte grec s’y oppose, T.J. préfère, moyennant des hypothèses sur les intentions du traducteur, ne pas livrer une séquence à la fois agrammaticale et alogique, et l’on ne peut que l’approuver dans ce choix.

23L’annotation répond elle aussi à un choix net. Ce qui est présenté au lecteur n’est pas le livre 2 Esdras de l’Ancien Testament, mais sa version grecque, même si la référence au texte hébreu, connu ou reconstitué, est constante. Les éclaircissements historiques sont réduits au minimum. Le souci primordial est celui du sens, en toute littéralité. Les notes, nécessairement très abondantes étant donné la nature très particulière de cet objet littéraire, sont consacrées à la recherche de ce sens et au dévoilement des raisons et des étapes qui ont conduit du signifié au signifiant. Bien entendu, il faut connaître le grec pour suivre et apprécier cette démarche, mais la traduction même s’inscrit au niveau de qualité qui est celui de l’ensemble de la Bible d’Alexandrie, et elle permet à tout lecteur curieux de l’Ancien Testament de se plonger dans cette version de 2 Esdras et ses étrangetés comme s’il la lisait en direct, tant le traducteur, dans une entreprise savante et mûrement pesée, a su se faire à la fois discret et fidèle.

24Jean Bouffartigue

Damascius, Commentaire sur le Philèbe de Platon, texte établi, traduit et annoté par Gerd Van Riel, en collaboration avec Caroline Macé et Jacques Follon, Collection des Universités de France. Série grecque, 463, Paris, Les Belles Lettres, 2008, CCXXXIII + 299 pages dont 86 doubles

25Le Commentaire sur le Philèbe constitue un feuilleté exégétique : il n’est pas de la main directe de Damascius, mais de l’un de ses élèves (d’où la dimension parfois fragmentaire et discontinue du texte), et constitue plus un commentaire du commentaire (perdu) de Proclus au Philèbe qu’une exégèse directe du texte de Platon. En outre, la lecture de ce commentaire serait extrêmement ardue si elle n’était précédée de l’introduction lumineuse, précise et pédagogique à la fois, proposée par Gerd Van Riel. Il s’agit moins d’ajouter un commentaire au commentaire que d’éclairer la pratique même de l’interprétation propre au néoplatonisme, d’en restituer toute la subtilité et les choix doctrinaux qu’elle implique. De ce point de vue, les enseignements du Commentaire au Philèbe sont précieux : ce texte révèle comment se tisse le lien du platonisme au néoplatonisme, avec ses fidélités et ses ruptures. Il permet ainsi de mettre en lumière l’histoire interne du néoplatonisme, en illustrant par exemple les rapports complexes de Damascius à Proclus, tout en éclairant rétrospectivement le texte même de Platon : il est sans doute d’excellente méthode de lire Platon à partir de ses disciples néoplatoniciens, pour prendre conscience de l’extraordinaire fécondité éthique et métaphysique du Philèbe, mais aussi pour souligner tout ce que le tempérament spéculatif des néoplatoniciens surajoute à la lettre originelle de ce texte. Autrement dit, c’est en comprenant ce qui fait le propre du néoplatonisme que l’on peut restituer au mieux l’origine platonicienne.

26Ainsi que Gerd Van Riel le souligne dans l’introduction, deux grandes traditions exégétiques du Philèbe se font concurrence. La première met l’accent sur la lecture théologique et métaphysique du traité, en cherchant en quoi sa visée immédiate, qui est de déterminer ce qu’est le « bien pour nous », peut fournir des enseignements relativement aux premiers principes. Jamblique et Proclus font ainsi des catégories centrales du Philèbe, la cause, le mixte, la limite et l’illimité, des principes constitutifs de tout être, qui apparaissent dès les premiers niveaux de l’émanation. Dans cette perspective, les concepts du Philèbe fournissent des instruments pour répondre à la question centrale de la métaphysique néoplatonicienne : comment de l’Un peut venir le multiple ? La seconde lecture insiste plutôt sur l’aspect éthique du dialogue : l’interrogation se concentre sur le plaisir et ses différentes modalités. Les néoplatoniciens greffent sur la théorie platonicienne du plaisir différentes influences doctrinales : au premier chef celle d’Aristote, qui paraît pourtant au premier abord incompatible avec l’approche platonicienne, mais aussi celle des stoïciens ou des épicuriens.

27L’intérêt du Commentaire sur le Philèbe, outre qu’il soit le seul conservé sur ce dialogue de Platon, est qu’il combine les deux approches précédemment évoquées, celle qui privilégie la perspective métaphysique sur les principes, et celle qui insiste sur la méditation éthique concernant la nature du plaisir. G.V.R. souligne ce qui est novateur dans les positions de Damascius. Sur le premier point, auquel une portion relativement limitée du commentaire est consacrée (du § 97 au 135), Damascius soutient que l’on ne peut parler que « par suggestion » de la limite, de l’illimité et du mixte : ils ne constituent pas, comme ils l’étaient pour Proclus, des principes réellement distincts, mais seulement des aspects de cette réalité unique qu’est l’Unifié, principe qui succède immédiatement à l’Un dans l’ordre de la procession. Autrement dit, c’est en tant qu’ils sont les causes de la limite, de la multiplicité et du mélange de ces deux dimensions de l’être, que l’on peut repérer ?????, ??????? et µ????? dans l’Unifié, mais non en tant qu’ils sont des éléments véritablement distincts les uns des autres. Soulignons l’intérêt philosophique de ce langage « par suggestion » : le discours qui tente de signifier les principes ne peut véritablement les déterminer en eux-mêmes, mais il doit se contenter d’en produire un symbole qui ne les exprime, pour ainsi dire, qu’à distance. Nul dans l’Antiquité n’a exercé une vigilance aussi aiguë que Damascius vis-à-vis des contraintes que fait peser sur la pensée la langue de la métaphysique. Mais c’est sans doute sur le second point, le plaisir, que les audaces de Damascius sont les plus remarquables. Il s’agit, pour le dire vite, de rester en façade fidèle à l’enseignement platonicien, tout en reprenant en profondeur les intuitions maîtresses de l’aristotélisme. Comme le dit de façon très convaincante G.V.R. (p. CLXV-CLXVI de l’Introduction), il y a une ambiguïté fondamentale à la théorie du plaisir exposée par Platon : elle reste en effet tributaire de son ancrage physiologique, qui rattache le plaisir à la réplétion d’un manque. Damascius avance donc (en prenant implicitement appui sur Aristote) qu’il y a bien un plaisir pur, celui de l’Intellect, qui est un « repos », détaché de tout rapport au cycle platonicien du manque et de son comblement. Il accomplit ainsi le geste décisif que n’avaient osé faire ni Plotin ni Proclus : le plaisir n’est pas seulement lié au mouvement vers la « condition naturelle » du sujet (condition que Platon juge d’ailleurs en fait inaccessible), mais il accompagne l’accomplissement de cette condition : l’activité parfaite de l’intellect. Ce plaisir intellectuel apparaît désormais comme le plaisir pur et premier, modèle de tous les autres.

28Le travail proposé par G.V.R. pour rendre accessible la pensée de Damascius, à la fois riche et ardue, est remarquable à plus d’un titre. En premier lieu, il procède à une édition du texte qui, comme il le reconnaît lui-même, bénéficie grandement du travail préalable accompli par L.G. Westerink, il y a une cinquantaine d’années. Les principes généraux d’édition sont d’ailleurs les mêmes que ceux proposés par Westerink : il s’agit de se fier en premier lieu au manuscrit M (Marcianus gr. 196) qui date du IXe s. et qui commande tous les témoins du texte ; ce manuscrit faisait partie de la « collection philosophique », mais il a malheureusement été amputé. Pour ce qui concerne donc la deuxième partie du texte, à partir du § 156.4, la référence est d’abord le manuscrit V (Marcianus gr. 197, qui a été réalisé pour le cardinal Bessarion), plus fiable, puis le R (Vaticanus gr. 1106) qui sont deux copies directes de M. On peut noter toutefois que G.V.R. a tendance à être moins « interventionniste » que Westerink, et à préserver, autant que faire se peut, le texte originel des manuscrits (voir les exemples donnés p. 218 de l’Introduction ; à ces six exemples de dissension avec Wk, on peut en ajouter d’autres, signalés dans les notes : § 4, 6 ; § 41, 1 ; 97, 5-6 ; § 171, 2). La traduction, ensuite, a le grand mérite de respecter deux principes fondamentaux : la précision et une fidélité scrupuleuse au texte grec ; un souci d’élucidation et de clarté, quand le style très ramassé de l’élève de Damascius rend parfois la saisie du fil de l’argumentation pour le moins difficile. Enfin et surtout, cet ouvrage se signale par la grande qualité de l’introduction que G.V.R. propose au texte. Cette introduction, lue par elle-même, rendra d’immenses services aux lecteurs intéressés par l’histoire du néoplatonisme. Dans une première partie, elle passe en revue les différentes lectures du Timée dans l’Antiquité tardive, en insistant en particulier sur l’exploitation métaphysique des catégories du mixte, de l’illimité et de la limite : Plotin, Jamblique, Proclus et, bien sûr, Damascius sont ainsi convoqués tour à tour. La seconde partie, à nos yeux la plus passionnante, constitue un véritable traité sur l’histoire du plaisir dans l’Antiquité, en montrant comment les néoplatoniciens ont élaboré différentes stratégies pour préserver l’héritage platonicien, tout en exploitant implicitement l’analyse proposée par Aristote du rapport entre plaisir et acte.

29Signalons pour finir quelques broutilles : p. XXXVI : l’expression « le Premier comporte en soi tout en puissance » ne nous semble pas très heureuse pour désigner l’Un de Plotin. Ce dernier fait bien en effet la distinction entre la « puissance » de l’Un et l’état purement virtuel, « en puissance », de la matière ; p. CI « litéral » doit être corrigé ; p. CXXVII et p. CXXXIV-CXXXV : G.V.R. rend ????? par « substance », alors qu’il utilise généralement « essence » dans sa traduction ; de même, il traduit ???????? par « bien-être » chez Proclus (p. CXII) et par « félicité » chez Damascius (p. CXXXIII).

30Ces détails ne sauraient évidemment entacher la qualité d’un commentaire et d’une traduction qui constituent un instrument de travail extrêmement précieux pour qui s’intéresse non seulement à l’histoire de la tradition néoplatonicienne, mais aussi aux théories du plaisir dans la philosophie antique.

31Laurent Lavaud

Ernst-Richard Schwinge, Komplexität und Transparenz. Thukydides : Eine Leseanleitung, Bibliothek der klassischen Altertumswissenschaften, 121, Heidelberg, Universitätsverlag Winter, 2008, 182 pages

32Ce court volume se présente dès son avant-propos comme un guide de lecture destiné à rendre l’approche de Thucydide plus aisée et moins intimidante ; il aborde l’œuvre de façon analytique, afin de mettre en évidence le processus de construction de l’écriture de l’histoire. Dans sa courte introduction, l’auteur définit clairement le caractère problématique du récit historique qui ne peut que proposer une image reconstruite de la vérité, avant de rappeler que le récit thucydidéen cherche à montrer comment la Guerre du Péloponnèse est une guerre sans équivalent historique. E.R. Schwinge choisit de se focaliser sur les livres III à VII, excluant le livre I à cause de la singularité du récit des événements qui précèdent la guerre, et le livre VIII à cause de son inachèvement. La justification de l’exclusion du livre II de l’étude peut sembler plus surprenante ; en réalité, la raison principale tient au fait que l’auteur considère avoir traité la question dans un article paru en 1996. Il consacre ensuite un chapitre assez court qui constitue peut-être la véritable introduction aux passages importants du livre I où Thucydide définit plus ou moins sa conception de l’écriture de l’histoire (notamment des discours). Il montre aussi comment l’écriture du passé n’est conçue qu’en fonction de la mise en valeur du présent. Pour des raisons pédagogiques peut-être, il consacre ensuite un chapitre à chacun des livres de Thucydide, à l’exception des livres VI-VII qu’il traite comme un tout. Si ce découpage artificiel a l’avantage d’être clair pour le lecteur béotien, il fausse légèrement le point de vue thucydidéen, pour l’essentiel annalistique, même si l’auteur justifie son projet en se fixant la tâche de démêler les différents « Geschehenstränge » du récit. Il en identifie cinq dans le livre III (p. 45), et huit dans le livre IV (p. 73) ; dans chaque cas, il isole les différents « fils » du récit en insistant sur le caractère paradigmatique de certains événements (par exemple la stasis de Corcyre, p. 63-71) ou sur la mise en relief de tel ou tel récit (remarque intéressante sur la prise d’Amphipolis par Brasidas, p. 94) dans une perspective qui peut paraître parfois paraphrastique pour un lecteur plus aguerri. Le chapitre le plus court, consacré au livre V, choisit les éléments narratifs (laissant par exemple de côté le dialogue des Méliens) afin de montrer en quoi la conclusion de la paix de Nicias n’est pas la fin d’une guerre mais la continuation d’une guerre larvée sous des apparences de paix. Le chapitre consacré aux livres VI-VII souligne à juste titre le caractère spécifique du récit de l’expédition de Sicile et s’interroge sur les liens qu’il entretient avec le reste du récit historique ; le fil continu du récit n’est dans ce cas pas interrompu parce qu’il constitue l’élément principal de la démonstration historique de Thucydide sur l’importance de la guerre. Par suite, l’auteur lit l’expédition de Sicile étape après étape comme un récit orienté vers un « Pathosfinale » (p. 130). Une courte conclusion insiste sur les choix narratifs effectués par Thucydide, soucieux de toujours relier son « fil » narratif à l’ensemble du récit, dans une perspective souvent paradigmatique. La bibliographie qui complète le livre est une bonne introduction générale aux études thucydidéennes, même si elle privilégie logiquement les études allemandes. En résumé, ce livre est une introduction assez fidèle et claire à l’œuvre de Thucydide.

33Pierre Pontier

Michael Rathmann (dir.), Wahrnehmung und Erfassung geographischer Räume in der Antike, Mayence, Philipp von Zabern, 2007, 290 pages + 16 planches avec 90 images en noir et blanc (dont 12 cartes) et 12 images en couleurs (reprenant des images en noir et blanc déjà insérées dans les textes)

34Le spatial turn désigne le regain d’intérêt pour les rapports entre homme et espace dans les sciences humaines des dernières décennies. C’est le retour de la géographie, servante fidèle des études littéraires et sociales, qui en avait été bannie au XXe siècle, avec son érudition poussiéreuse et son potentiel idéologique dangereux. Pour les antiquisants, elle revit aujourd’hui surtout en Allemagne : elle y est étudiée dans des projets interdisciplinaires et enseignée dans les universités. Plusieurs publications illustrent cette renaissance. La dernière devrait devenir une référence obligatoire pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de la géographie antique.

35Fruit d’un colloque organisé en 2005 à l’université rhénane Friedrich-Wilhelm de Bonn, le volume coordonné par M. Rathmann est le meilleur bilan des connaissances actuelles sur la construction de l’espace dans l’Antiquité, ou, pour reprendre les concepts-clés du titre, sur la perception de l’espace (Raumwahrnehmung) et sur son appropriation (Raumerfassung). Les motifs principaux sont l’encodage des espaces parcourus (Periploi), l’espace comme domaine de pouvoir (Herrschaftsraum) et d’interaction entre nature et culture (Kulturlandschaft). L’espace surhumain retient donc toute l’attention : on ne trouvera pas ici d’étude de lieux particuliers. Ce choix s’imposait, pour un recueil qui traite du monde gréco-romain et de sa périphérie, depuis l’époque archaïque jusqu’à l’Antiquité tardive. La volonté de couvrir un champ disciplinaire aussi vaste, le souci de regrouper des synthèses complémentaires en trois séries, selon une logique thématique et chronologique, la présence d’index, d’une bibliographie générale et d’une riche illustration, montrent la visée didactique de l’éditeur. Cela ne nuit pourtant pas à la qualité des recherches des savants déjà reconnus. Les dix-sept articles ont été rédigés dans un souci d’exhaustivité, selon des plans raisonnés et dans un langage clair. Par conséquent, ils sont accessibles aussi bien à un public large que spécialisé ; ils offrent à la fois un état des connaissances et des prises de positions originales.

36L’utilisation des cartes dans l’Antiquité est une question majeure dans la recherche actuelle. Plusieurs textes y répondent et discutent des exemples cartographiques unidimensionnels et bidimensionnels, tout en marquant les limites de leur impact sur la société antique. L’introduction évoque d’autres problèmes connexes : la pénurie des sources, l’absence d’un progrès linéaire et d’un genre géographique, la séparation entre savoir scientifique et pratique, l’appropriation des grands espaces par la conquête et par la route.

37Le premier groupe d’articles concerne le rapport à l’espace dans les quatre grandes cultures lettrées de la Méditerranée archaïque, chez les Grecs (H.-J. Gehrke), les Perses (J. Wiesehöfer), les Carthaginois (K. Zimmermann) et les Hébreux (B. Janowski). Le deuxième offre un historique de la science gréco-romaine de l’espace, d’Hérodote (R. Bichler) à Ptolémée (K. Geus), en passant par les sources de Diodore (M. Rathmann), Ératosthène (E. Olshausen, K. Geus), Strabon (J. Engels), la carte d’Agrippa (Ch. Hänger) et la Forma Vrbis (G. Rosada). La troisième partie concerne les aspects « pratiques » de l’espace romain : on y étudie les itinéraires épigraphiques et littéraires (A. Kolb, B. Salway), la Table de Peutinger (R. Talbert), les signes du passage dans le désert oriental de l’Égypte (C. Adams) et l’espace des soldats et des pèlerins à l’époque tardive (L.-M. Günther).

38Le volume comprend quelques-unes des meilleures synthèses disponibles sur leurs sujets respectifs (e.g. H.-J. Gehrke, J. Wiesehöfer, R. Bichler, M. Rathmann, K. Geus, J. Engels, A. Kolb, B. Salway). Plusieurs idées originales méritent d’être mises en avant : la subtile correction apportée à la thèse de l’espace unidimensionnel, avec l’appui de la géométrie théorique archaïque (H.-J. Gehrke) ; la triple approche de l’espace – exploré, mesuré et imaginé – dans l’empire de Darius Ier (J. Wiesehöfer) ; les rapports entre temps, espace et divinité (B. Janowski) ; le géographe ératosthénien comme cartographe (K. Geus) ; l’importance de l’arithmétique dans la géographie ptoléméenne (K. Geus) ; la reconstitution de la Table de Peutinger, centrée sur Rome (R. Talbert). L’utilité des concepts modernes pour la compréhension des Anciens est prouvée par l’application des théories ethnographiques à l’Odyssée (H.-J. Gehrke), la classification des espaces en naturels, sociaux et symboliques (B. Janowski), la mise en évidence du vécu émotionnel du voyageur (C. Adams).

39La présentation est excellente, en dépit de quelques incohérences dans les renvois bibliographiques et de l’oubli de certaines références (comme la traduction partielle de Ptolémée par J.L. Berggren et A. Jones, citée p. 184 sq.). La disposition générale du texte sur deux colonnes peut être source de confusion, quand les textes anciens sont cités parallèlement à leur traduction (e.g. p. 232-233). Des désaccords apparaissent parfois entre textes et illustrations (e.g. p. 165-166 et fig. 2) ; la figuration de l’Italie comme une botte (p. 49 fig. 4) ne peut être antérieure au XIVe siècle.

40Alors que l’importance du volume a été remarquée, il est regrettable que son impact ne soit pas encore celui qu’il mérite. La langue allemande est devenue aujourd’hui un obstacle, même quand il s’agit de publications importantes des Altertumswissenschaften. On ne peut que souhaiter qu’au-delà de la barrière linguistique, ce voyage dans le temps et dans l’espace antique, à travers les yeux des Anciens, devienne la base de nouvelles réflexions.

41Anca Dan

Bénédicte Delignon et Yves Roman (dir.), Le Poète irrévérencieux. Modèles hellénistiques et réalités romaines. Actes de la table ronde et du colloque organisés les 17 octobre 2006 et 19 et 20 octobre 2007 par l’Université Lyon 3, l’Université Lyon 2 et l’ENSLSH, Paris, De Boccard, 2009, 434 pages

42Le but de ce livre, qui recueille les contributions de deux rencontres, est de dévoiler le discours poétique le plus irrévérencieux, explicite ou caché dans la célébration, ou même dans le dénigrement, de la poésie alexandrine jusqu’à Ausone. C’est un volume stimulant et riche en exemples, qui nous conduit au-delà des clichés de l’alignement et de la fronde, parce que la poésie est un jeu plus subtil que la célébration ou l’attaque ouverte. Cette vaste matière, à vrai dire, comprend même Tite-Live, qui n’était pas un poète mais qui utilisait des trames poétiques pas toujours apparentes, comme nous le montre Gérard Salamon. Ce travail nous fournit donc l’occasion de réfléchir sur de nombreux sujets et en plusieurs directions.

43Le sourire irrévérencieux est plus facile à comprendre si l’on examine le contexte politique d’où il dérive et qui le produit. Le rapport particulier entre les poètes et le pouvoir est étudié à travers la mesure des relations dans le milieu aristocratique, à Rome, par Philippe Le Doze, qui remarque les nuances entre protection et contrôle des poètes, mais nous indique aussi les bénéfices politiques que les mécènes en tiraient : un tel rapport permettait une liberté de choix et d’expression (et de l’irrévérence aussi). Le prince même est parfois tolérant, comme le précise Arnaud Suspène, et poète lui-même, mais il est surtout protégé par sa législation de maiestate, qui laisse peu de place à l’opposition et transforme donc l’irrévérence en jeu dangereux. C’est pourquoi Isabelle Cogitore concentre son attention sur la valeur poétique et politique de la libertas et de sa destructuration progressive. En effet, comme l’écrit Renaud Alexandre, dans la latinité tardive Sidoine Apollinaire agit dans une duplicité éthique, et non politique, par rapport au pouvoir, mais au nom de la libertas. On pourrait donc renverser l’irrévérence sur le concept même de libertas, qui est expropriée de sa puissance sémantique dans le domaine politique et réduite à une discussion de poétique et d’éthique personnelle.

44Certains exemples d’attaque explicite du pouvoir politique sont frappés sévèrement par la censure, avec la destruction même des œuvres incriminées, comme nous le rappelle Stéphane Benoist, qui fait le point sur les interventions du pouvoir pour limiter la licence. Le cas le plus singulier de poète poursuivi pour ses excès de licence est naturellement celui d’Ovide, qui nous permet des réflections ultérieures sur ce sujet, et sur lequel écrivent Pierre Cosme et Marie Ledentu. Le premier voit Ovide en équilibre instable entre les partis julien et claudien, pris dans le luttes familiales pour la succession et l’héritage politique du prince. M. Ledentu met en évidence un passage des Tristes où le poète marque la distance entre le prince bienveillant et des modèles de tyran, Bousiris et Phalaris. Le choix de ces vers est intéressant, surtout en considérant que le modèle des deux hommes cruels vient de Callimaque (Aitia, fr. 51-55 Massimilla) et qu’Ovide même avait déjà employé les deux figures en Ars 1, 647-656 : ici ses opinions claires sur la justice ne servent pas des fins politiques ou de célébration mais à punir la femina periura, et rendent donc encore plus irrévérencieux les vers plus tardifs des Tristes (et peut-être l’Ars même). En effet, les poètes augustéens semblent avoir une déesse qui pleure pour eux, une déesse de l’amour qui transforme la Rome politique en ville de l’amour : c’est Venus Érycine, décrite en ce rôle par Gilles Sauron.

45M. Ledentu remarque aussi l’assimilation d’Auguste à Jupiter lanceur de foudre, et l’irrévérence d’Ovide là où il écrit que Lara, la mère des Lares Compitales, liés au genius d’Auguste, fut punie par Jupiter pour l’excès de liberté de parole. Cette irrévérence est justement mise en évidence parce que dans le monde grec arracher la langue est une attitude tyrannique, même si Auguste, pour le poète, est différent des tyrans sanguinaires tels qu’Atrée et d’autres (et l’exemple d’Atrée, symbole de la lutte fratricide, fait allusion peut-être au Thyestes de Varius, représenté lors des célébrations d’Actium).

46Outre Ovide, Cornelius Gallus aussi – sur qui Francesca Rohr Vio nous fournit avec lucidité un cadre politique et chronologique – subit les conséquences d’une irrévérence politique mal cachée. Comme l’écrit Ovide, Gallus ne retint pas sa langue, qui lui fut métaphoriquement arrachée (comme celle de Lara), et précisément pour avoir trop bu : linguam nimio non tenuisse mero (Pont. 3, 6, 39-44). Ainsi s’exprime Ovide, avec une forme d’irrévérence envers l’irrévérencieux qui semble presque une excuse (de soi-même surtout), et donc un éloge, mais très dangereux. Il faut rappeler qu’une autre figure fut ruinée par le vin, à savoir Cléopâtre dans Properce, 3, 11, 56 (assiduo lingua sepulta mero), mais la voix du poète Gallus fut bien plus éloquente. On pourrait imaginer un écho d’irrévérence chez Virgile même, lorsqu’il se réfère aux prophéties de l’Apollon de Délos – lié à Auguste –, dans l’Aeneis, en nommant à sa place l’Apollon de Grynium, sujet d’une œuvre de Gallus tirée d’Euphorion (cf. Buc. 6, 72, qui précède la condamnation de Gallus).

47Quant à Properce, selon Johanne Lévy on peut dire que le poète, qui n’ose jamais trop, qui est toujours libre mais ne dépasse pas les bornes du licite, lui aussi devient irrévérencieux quand il considère les thèmes augustéens seulement comme des thèmes poétiques comme les autres, et surtout comme des motifs érotiques.

48À la cour ptolémaïque la tentation de l’irrévérence est très forte, et facilitée par le goût alexandrin du détail précieux et allusif ; au point que l’on peut arriver à la licence la plus déréglée, à condition d’en payer les conséquences. C’est le cas de Sotade de Maronée, qu’Évelyne Prioux insère dans un contexte d’irrévérence élevée au carré, en relation avec l’inceste du couple royal et au modèle mythique d’Héra et Zeus : elle en découvre des traces dans le plus modéré et insoupçonnable Callimaque, qui raconte les chastes amours d’Acontios et Cydippé (et le contexte est encore plus allusif si l’on pense que la cité d’Acontios, Ioulis, fut rebaptisée Arsinoé et qu’Acontios descendait de Zeus). Et la même forme d’irrévérence relative à l’inceste à travers la hiérogamie est retrouvée dans Théocrite, Machon et même, avec des remarques subtiles, dans Posidippe.

49Inattendu aussi le Théocrite que nous dévoile Christophe Cusset, qui aperçoit un élément anormal d’irrévérence dans l’explicite célébration de Ptolémée (Id. 14), qualifié par des adjectifs qui renvoient de manière ambiguë à un tyran, bien qu’éclairé (Hipparque, dans Aristote). Cusset trouve aussi des signaux irrévérencieux à l’égard d’Héraclès, l’ancêtre de la dynastie royale, et à ce propos Yannick Durbec nous fait remarquer que Callimaque aussi, qui n’épargne même pas les mystères de Samothrace – étroitement liés aux Ptolémées –, n’a pas de scrupules à ridiculiser Héraclès, engagé dans la lutte avec les rats (dans la maison de Molorchos) en lieu et place de la lutte avec le lion. Pire, le héros est rabaissé au niveau de Thersite dans son discours à Jason, tenté par les plaisirs de Lemnos et donc distrait de sa mission, dans Apollonios de Rhodes, exactement comme Agamemnon d’après Thersite dans l’Odyssée. Ces derniers passages sont intéressants non seulement pour la poésie de la cour alexandrine, mais aussi pour leurs conséquences dans la poésie virgilienne, comme nous le dit Séverine Clément-Tarantino, qui les analyse pour éclairer, à travers l’image de Fama, ce que le poète peut ou ne peut pas librement chanter. Seule la libera fama d’Ovide exalte la célébration d’Auguste, en dépit de la réserve du prince même, dans une curieuse forme d’irrévérence produite par la révérence.

50Parfois c’est la poésie même qui conduit le poète au-delà du licite, comme nous l’indique Philippe Heuzé dans le cas de Virgile, qui répète les conquêtes du prince à travers leur mise en scène poétique, se mettant ainsi au même niveau que le souverain qu’il célèbre.

51Bénédicte Delignon nous raconte comment l’exemple du passé ou le mélange de thèmes et de genres favorisent les attaques et mettent le poète à l’abri dans une tranquille ambiguïté, en équilibre entre insolence et prudence. En effet, Martial préfère parcere personis, dicere de uitiis, comme le remarque Jeanne Dion. Mais le temperamentum ne l’empêche pas d’insérer l’attaque parmi les éloges et même au comble de la célébration. De même, Étienne Wolff nuance la renommée de flatteur du poète en relation à son contexte en repérant des éléments de critique – éthiques surtout – contre l’hypocrisie du souverain. Dans l’antiquité tardive, même les panégyriques, bien qu’ils constituent un moyen de célébration et une expression alignés sur le pouvoir, montrent entre les lignes, et à l’intérieur des limites du genre, quelques failles qui ne peuvent être entièrement reconduites à un discours officiel. Claudien même donc, n’échappe pas à la tentation de l’irrévérence, selon Bruno Bureau et Florence Garambois-Vasquez.

52Le livre se conclut chronologiquement avec l’analyse de Marisa Squillante sur le discours poétique d’Ausone, qui s’éloigne de la tradition mais avec une élégance raffinée et recherchée, et fait donc de l’irrévérence révérencieuse.

53L’introduction de Bénédicte Delignon et les conclusions d’Yves Roman mettent en évidence les thèmes, les problèmes et les approches variés, dans le cadre général et dans les cas particuliers. Ils nous laissent cependant une interrogation, à propos d’une contribution sur Lucain qui n’est pas dans le volume : à suivre, donc ?

54Alessandra Coppola

Jean-Yves Guillaumin, Sur quelques notices des arpenteurs romains, Paris, Presses universitaires de Franche-Comté, 2007, 180 pages (avec illustrations)

55Un avant-propos présente succinctement l’objet d’étude de cet ensemble de notices ; l’A. présente ensuite le travail effectué par l’Institut des Sciences et Techniques de l’Antiquité et finit sur les difficultés présentes dans l’étude de la gromatique.

56« La notice Arretium du Liber coloniarum I » (p. 13-38) : L’A. présente d’abord les différentes éditions ainsi que les manuscrits et part de l’édition et du commentaire de Lachmann (L.) ; il en souligne les difficultés, dans les longueurs avancées et dans la différence notable avec les autres notices du livre. L’A. établit ainsi une première critique du commentaire de L. et pose la question de la constitution de l’édition. L’A. reprend alors la tradition manuscrite, dans une présentation nette, notamment par la présence d’un tableau comparatif. Cela permet à l’A. de signaler les modifications retenues, notamment pour les données chiffrées. L’A. envisage alors de resituer le texte dans l’ensemble des notices relatives à la Prouincia Tuscia, ce qui permet de critiquer certains choix de L. Dès lors, la notice est reprise pas à pas, avec des modifications proposées au fur et à mesure ; l’A. cherche à appuyer systématiquement les solutions proposées, au vu de l’ensemble des notices, au vu de la tradition manuscrite et d’une syntaxe qui semble ainsi mieux assurée. Enfin, quelques réflexions sur de possibles erreurs paléographiques sont avancées ; l’A. s’arrête alors sur l’établissement philologique du texte : même si certains résultats peuvent paraître plus satisfaisants, la prudence et une observation rigoureuse de la philologie amènent l’A. à ne pas adopter ces derniers résultats. En fin d’article, l’A. propose un texte définitif, accompagné de sa traduction.

57« Ager Spoletinus, ager Cingulanus, ager Potentinus et territoire d’Interamna dans les Libri coloniarum : les étapes de la détérioration d’une notice administrative » (p. 39-55) : « La notice ager Spoletinus dans le Liber I » : L’A. part du texte de L. qui ne présente pas de difficultés pour le début (il y est question des zones assignées et des zones non assignées). Un problème apparaît avec les subsécives et l’A. avance l’idée d’une reprise du texte de référence de Siculus Flaccus, ce qui peut expliquer le contresens constaté et expliqué : l’A. pose la question d’une volonté didactique qui peut se faire au détriment du contenu documentaire du texte d’origine, par l’insertion de gloses que la tradition (de datation malaisée) corrompt par des erreurs. De ce fait, la nature de l’information (des loca hereditaria) se trouve remise en question quant à sa véracité historique. Avec une autre citation, cette fois de Frontin, l’A. revient sur la validité des informations qui se voient préférer une réécriture sans doute motivée par la volonté d’offrir un enseignement gromatique d’ordre juridique. L’A. présente un problème de texte sur Paletino avant d’offrir une édition du texte accompagné de sa traduction. « La notice Cingulanus ager du Liber II » : L’A. signale plusieurs problèmes d’édition ; par exemple, problème de Potentinus, cas d’altérations (relictum : reliqua ; cesserunt : censuerunt…). Se trouve une reprise de la notice précédente mais avec une modification eius : earum que l’A. explique par une différence entre la notice « Spolète » qui ne traitait que de la respublica de cette cité, là où à partir de la notice Cingulanus ager, il est question de deux communautés (avec la similitude de statut affirmée entre Cingulanum et le Potentinus ager). « La notice Potentinus ager du Liber II » : l’A. explique comment le copiste est davantage redevable ici au texte du Cingulanus ager qu’à la notice ager Spoletinus. « La notice sur Interamna du Liber II (p. 259, l. 1-6 Lachmann) » : cette notice reprend certains éléments des trois notices vues précédemment, avec un état sans doute fort abîmé vu la modification subseciuis sub ipsius rei qui ne présente aucun sens. Enfin, l’A. propose une récapitulation où il souligne notamment l’usage de ces textes dans la formation de futurs arpenteurs.

58« Équivalences approximatives entre superficies de subsécives et superficies de centuries (Liber coloniarum I, p. 213 1. 1-3 Lachmann) » (p. 57-77) : l’A. part de la présentation du texte de la loi triumvirale lex agris limitandis metiundis, avec les indications techniques qu’il comporte. Il considère particulièrement la fin du texte qu’il étudie en détail. Le premier point étudié est le verbe procedere (pro) : son emploi est assez remarquable ici, et invite à un parallèle avec les Rust. 2, 2, 5 de Varron et la lex Iulia municipalis (ILS, II, 1, 6085, l. 89-92 notamment), textes tous trois techniques et contemporains, avec le sens de « équivaloir à, compter pour ». De ce fait, l’A. insiste sur la lecture syntaxique de la dernière phrase où subseciuum doit être entendu comme le sujet grammatical de procedito. L’A. présente ensuite de manière très claire et efficace l’arrière-plan de la lex agris limitandis metiundis, ce qui lui permet de poser notamment la question de la superficie d’une centurie triumvirale (« 200 jugères » ?). Sur cette question, sont évoqués des textes de Frontin et d’Hygin le Gromatique, l’étude de L. Bosio et enfin les conclusions actuelles de G. Tirologos : cet ensemble permet de s’interroger sur l’existence de deux types de modus triumviral, l’un de 200 jugères et l’autre de 50. Dès lors, au vu de la situation historique – l’attente des vétérans notamment – l’A. songe à une équivalence entre une centurie de 50 jugères (selon le modus « triumviral ») et un subsécive plus grand, selon un rapport de compensation de la qualité par la quantité (avec un rapport de modus possible du simple au double). L’A. reprend alors un passage attribué à Hygin (p. 110 l. 23 – p. 111 l. 2 Lachmann) pour voir comment il est possible d’y comprendre le modus pertinent dans le cas d’une assignatio maior, sans oublier l’intérêt juridique que présente ce même texte qui reprend la lex étudiée. L’A. traite enfin du subseciuum maius et du subseciuum minus qu’il présente comme des corruptions du texte d’Hygin (?) par son commentateur tardif chrétien : la littérature gromatique de référence ignore ces notions.

59« Note sur la notice gromatique Prouincia Lucania conservée dans le ms. de Reims 132 », p. 79-106 : après une présentation du ms. de Reims 132, l’A. introduit la notice gromatique que comprend ce même ms. (texte et figures). Suit une étude comparative du texte de Reims 132 avec l’Arcerianus A ; l’A. s’arrête alors notamment sur l’adj. Picinensis pour étudier la datation et la signification de cet adjectif. Enfin, l’A. étudie les termes techniques présents dans le ms., notamment pour certains problèmes de déformation des termes (cardo ; ebes ; arcae finium ; lacus ; epotenusa ; subdibal ; calafiones ; sepulturam finalem ; seria ; monumentum), en interrogeant la tradition manuscrite, la lecture des figures, les déformations graphiques, la compréhension des termes.

60« Un texte tardif du corpus gromatique latin : l’Expositio limitum uel terminorum », p. 107-135 : après une présentation des dénominations limites maritimi et limites Gallici, l’A. donne à voir l’érudition du rédacteur, qui doit ici composer un texte à portée didactique ; suit enfin la question de la référence à Babylone pour laquelle l’A. propose de voir la Babylone égyptienne, comprise ensuite comme désignation de Rome. L’A. poursuit son étude en passant aux signes placés sous les bornes ; cette partie permet de donner des indications sur la date et l’érudition du rédacteur et de préciser un cas de déformation d’un texte de Siculus (una certa ratio est devenant una certatio est, avec l’apparition d’un cas juridique !). Continuant son commentaire, l’A. propose cette fois une lecture parallèle avec un fr. du De terminibus de Latinus. Enfin, l’A. étudie les marques d’un trifinium, question délicate dans le texte proposé, qui offre différents termes complexes (samardacus, cihiamellus, siliqua, etc.) notamment lorsque l’on essaie de confronter d’autres notices gromatiques qui peuvent venir soutenir une meilleure compréhension de l’Expositio limitum uel terminorum. L’A. propose à chaque fois quelque réponse qu’il justifie. Il propose enfin une édition du texte, avec les solutions philologiques auxquelles il est parvenu.

61« Limes maritimus, limes montanus, limes Gallicus », p. 137-155 : l’A. s’intéresse à ces désignations en considérant tout particulièrement les grands noms de la gromatique. Pour ce faire, il considère l’enseignement des différentes traditions manuscrites, de différentes situations topographiques, les hypothèses avancées pour comprendre ces locutions. La prise en compte de maritimus et montanus comme antonymes est particulièrement intéressante dans le développement proposé. Répondant aux objections possibles, l’A. démontre l’idée qu’il posait déjà : la dénomination de maritimus ou de montanus se fait selon la localisation du site considéré, et il ne faut pas songer que maritimus et montanus définissent ensemble une description d’un même site. Ensuite, l’A. envisage l’emploi d’autres adjectifs qui qualifient les limites avec maritimi et montani : normales et surtout Gallici. Ce dernier adjectif, déjà traité dans l’ouvrage, est considéré avec attention. Surtout, on pourra songer au développement proposé sur l’emploi conjoint de maritimi et de montani pour décrire un même site : la question méritait effectivement d’être posée.

62« Les subseciua dans les textes gromatiques : sens du terme et références politiques et idéologiques », p. 157-171 : l’A. part d’une présentation morphologique et étymologique du terme avant de considérer ce qu’il présente comme un glissement d’un manque (« ce qui est retranché ») vers un excès (« ce qu’il y a en plus [de la terre assignée] »). L’emploi, d’abord donné comme propre à la gromatique, apparaît dès Cicéron dans un sens métaphorique pour désigner notamment quelque temps de loisir. Ensuite, l’A. propose de considérer les définitions (Frontin, Siculus Flaccus) ou commentaires (Hygin, Agrorum inspectio) du subsécive par les gromatiques, dans une présentation claire qui permet de considérer les reprises des textes, les problèmes philologiques et les différences conceptuelles. Enfin, un aperçu historique des politiques de Vespasien, Titus et Domitien sur les subsécives clôt l’étude. Sont à noter les deux annexes qui permettent d’avoir une vue synthétique sur les définitions en gromatique et sur les emplois métaphoriques.

63Pedro Duarte

Éric Foulon (dir.), Connaissance et représentations des volcans dans l’Antiquité, ERGA. Recherches sur l’Antiquité, 5, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2004, 330 pages

64L’ouvrage recensé constitue les actes d’un colloque qui s’est tenu, comme il se doit, à l’Université de Clermont-Ferrand, les 19 et 20 septembre 2002 ; il offre en quelque sorte un panorama du volcanisme antique vu depuis les monts d’Auvergne. Le titre retenu indique bien les deux axes autour desquels s’ordonne l’ouvrage, et rares sont les communications qui s’en affranchissent. Les volcans sont ainsi presque totalement absents de la communication de Lionel Mary (« Reconnaissance par les gouffres : métaphysique des séismes et poétique de l’histoire chez Ammien Marcellin », p. 171-190), qui s’intéresse au traitement des tremblements de terre et des raz-de-marée dans les Res gestae ; il montre qu’Ammien privilégie une lecture religieuse – l’auteur préfère dire métaphysique – et prophétique de ces événements et s’en sert comme d’un modèle analogique pour décrire les soubresauts de l’histoire et la tragédie de l’orbis Romanus ; le volcanisme n’apparaît qu’au détour d’une digression d’Ammien, consacrée à la typologie des tremblements de terre, sous les espèces des « séismes bouillonnants » (XXI, 1, 13). Les autres communications portent bien, en revanche, sur les deux questions connexes de la représentation des volcans et de la compréhension du volcanisme. Les dix-sept contributions composant cet ouvrage sont rangées sous trois rubriques, « Mythologie et poésie du volcan », « Le volcan dans l’historiographie » et « Science et philosophie du volcan ». Ce classement, qui privilégie le critère du genre littéraire, n’emporte pas totalement la conviction : on ne s’explique pas bien, par exemple, pourquoi la contribution relative à Lucrèce est rangée dans la troisième partie alors que celle portant sur le poème anonyme Aetna apparaît dans la première.

65Le premier problème affronté par les contributeurs est l’absence d’équivalents exacts du terme « volcan » en grec et en latin. Si « volcan » désigne dans l’usage courant une montagne ignivome, le volcanisme regroupe aussi des phénomènes plus discrets d’émission de matière en fusion. Comme le rappellent opportunément Éric Foulon (« Le volcan Chimère », p. 93-116) et Robert Bedon (« Montes flagrantes. Les volcans chez Pomponius Méla, Pline l’Ancien et Solin », p. 215-230), un volcan n’est au regard des Anciens qu’une montagne particulière, dont le sommet est le siège, un peu à la manière d’un phare, d’émissions de fumée ou de feu, sans qu’il soit clairement distingué entre les émissions de matière en fusion et les torches de gaz naturel. Il n’y a pas de terminologie spécifique pour le volcan, sauf peut-être l’emploi métaphorique du terme « cratère » (voir les p. 221 et 268). Quant aux autres phénomènes volcaniques, comme l’apparition ou la disparition d’îles dans la mer, ils sont souvent traités à part. La parenté qui unit entre eux les phénomènes relevant à nos yeux du volcanisme n’en était pas moins perçue, comme en témoignent d’une part les nombreux mythes associant les différentes manifestations ignées de la nature aux grands ennemis de l’ordre olympien, rebelles foudroyés et ensevelis, d’autre part les théories échafaudées pour rendre compte de ces phénomènes en termes de causalité physique. Brice Gruet (« Une pneumatique céleste : volcans et séismes chez Aristote [Météorologiques, 365b-369a] », p. 205-213) montre que la théorie aristotélicienne des météores ne fait que peu de place au volcanisme, lequel ne représente qu’un cas particulier des phénomènes sismiques, marqué par l’inflammation de l’exhalaison sèche ; B. Gruet décèle également dans la théorie aristotélicienne une « influence non consciente de l’astrologie orientale », point qui mériterait d’être mieux étayé. Les deux traits essentiels de la théorie aristotélicienne du volcanisme, le volcanisme comme cas particulier de l’activité sismique et le caractère secondaire du feu, se retrouvent dans les Naturales quaestiones de Sénèque, qui offrent cependant une théorie beaucoup plus élaborée et compréhensive du volcanisme, comme le montre Emmanuel Dupraz (« La représentation du volcanisme dans les Naturales quaestiones de Sénèque », p. 231-258) dans une contribution en tout point remarquable. Étudiant avec rigueur les explications successives des phénomènes volcaniques proposées dans les différents livres, il montre que cette diversité apparente s’explique à la fois par l’orientation doxographique de certains passages, par la propension de Sénèque à accepter une pluralité de causes pour un même phénomène et par la souplesse d’une théorie d’ensemble du volcanisme et de l’activité sismique qui n’en est pas moins unifiée et cohérente. Sénèque, après d’autres, accorde un rôle prépondérant à l’activité de l’air souterrain : « il existe sous terre un lieu pour l’air, dont les mouvements expliquent les séismes, l’apparition de montagnes et d’îles, et, par transmutation d’éléments terreux, l’apparition d’un feu que l’air excite et qui provoque les éruptions lorsqu’il parvient à la surface » (p. 256). E. Dupraz note très justement que Sénèque n’a pas totalement éliminé la représentation concurrente d’un feu souterrain et que sa théorie ne rend pas compte de la nature déroutante de la lave, qui reste la grande absente de la discussion : le volcanisme est pour lui une éruption de flammes, non une émission de lave. Ce dernier point est étayé par une comparaison judicieuse avec le poème de l’Aetna, qui ménage en revanche une place à la lave par l’intermédiaire de la pierre meulière. Ce poème de l’Aetna fait l’objet de la communication d’Étienne Wolff, qui en présente avec clarté et concision les principaux enjeux. Charles Guittard (« La représentation des volcans chez Lucrèce », p. 259-269) étudie les mentions de l’Etna dans le poème de Lucrèce, notamment le long développement du chant VI qui lui est consacré (v. 639-702). Au terme d’une analyse serrée, qui ne laisse de côté aucun des aspects du texte, l’auteur montre que l’originalité de Lucrèce, qui, après d’autres, attribue les phénomènes éruptifs aux déplacements violents des vents souterrains, est d’accorder un rôle déterminant aux mouvements de la mer, dont l’agitation violente, dans le détroit de Messine et dans le voisinage des îles Éoliennes, agirait un peu comme un soufflet, permettant à l’air de s’engouffrer dans les cavernes et les galeries situées dans les profondeurs de la montagne. Cette explication donne à mes yeux un relief nouveau à la mention conjointe, au chant I (v. 722), de Charybde, qui renvoie à l’agitation des eaux dans le détroit, et de l’Etna.

66On voit déjà par là la place centrale occupée par l’Etna dans toutes les discussions antiques sur le volcanisme. Comme l’écrit Michel Casevitz (« Volcans et séismes dans l’œuvre de Diodore et de Pausanias », p. 127-138), l’Etna est « le volcan-étalon », c’est lui qui a cristallisé le plus grand nombre de motifs, de récits et de légendes : il est à la fois la masse qui écrase le rebelle Typhon et la forge où les Cyclopes maîtrisent le feu d’Héphaïstos. L’Etna n’est pas mentionné dans les poèmes homériques, qui restent silencieux sur les phénomènes volcaniques. C’est à ce silence que Danièle Aubriot (« Entre Héphaïstos et Poséidon : cataclysmes homériques », p. 13-37) consacre sa communication ; elle défend une interprétation symbolique des cataclysmes homériques, qui sanctionnent la fin de l’âge héroïque, et entend montrer qu’entre les secousses brutales, les déferlements marins provoqués par Poséidon et le feu maîtrisé par l’art intelligent d’Héphaïstos, il n’y a pas de place pour les volcans ; on ne saurait donc affirmer, selon D. Aubriot, que la légende associant les Cyclopes à Héphaïstos et à l’Etna était inconnue à l’auteur du texte homérique, puisque ce dernier peut l’avoir tout aussi bien délibérément ignorée voire contredite, en inscrivant Polyphème dans le sillage non d’Héphaïstos, mais de Poséidon. On peut cependant regretter que l’auteur passe un peu vite sur l’expression « Lemnos la fumante (?µ???????????) » (Il. XXIV, 753), et qu’elle ne discute pas le passage du chant XII de l’Odyssée où Circé décrit les Roches Errantes à l’intention d’Ulysse : ???? ???µ?? ??????? ?? ???? ??? ??µ??? ?????/ ??µ??????? ???????? ????? ???????? ???????, « planches du navire et corps des matelots, tout est pris par la vague et par des tourbillons de feu dévastateurs » (Od. XII, 67-68, trad. V. Bérard). Dans la construction de l’image littéraire de l’Etna, un rôle déterminant revient à deux textes inspirés par la grande éruption de 479 av. J.-C., la première Pythique de Pindare et les vers 351-372 du Prométhée enchaîné attribué à Eschyle, lequel fut aussi l’auteur d’une tragédie perdue intitulée Etna. Danièle Berranger-Auserve leur consacre une étude attentive (« Pindare et Eschyle, deux visions d’une même éruption de l’Etna », p. 39-48) ; la contribution d’Alain Billault (« Volcanisme et esthétique : à propos du traité Du sublime 35, 4 », p. 193-203) s’y intéresse également, de façon à mettre en valeur l’originalité de l’auteur du Traité du sublime, qui écarte le merveilleux divin de la mythologie au profit d’une exaltation du sublime de la nature. S’ils s’accordent pour proposer une lecture politique de la première Pythique, les deux auteurs divergent sur son interprétation, glorification de Hiéron, qui a triomphé de ses ennemis et des barbares carthaginois pour la première, qui étend cette interprétation aux vers d’Eschyle, subtile mise en garde adressée au souverain guetté par l’hybris pour le second. Christophe Cusset (« Le Cyclope de Théocrite entre la force brute et le feu de la création », p. 49-56) étudie la réinterprétation théocritéenne de la figure de Polyphème. Conformément à une tradition attestée par le Cyclope d’Euripide, Polyphème est mis en relation de façon étroite avec l’Etna, mais cette relation, chez Théocrite, est équivoque, partagée qu’elle est entre similitude et contraste : si le Cyclope, d’un côté, apparaît comme le double de la montagne qui l’abrite, le feu intérieur qui l’habite est paradoxalement opposé à la fraîcheur des sources de l’Etna, lequel perd ainsi son statut volcanique ; « la force tellurique » est ainsi métamorphosée « en pulsion érotique et poétique ». Les poètes latins sont les héritiers de ces différentes traditions, comme le montre bien la communication de Virginie Leroux (« La représentation de l’Etna dans l’épopée latine », p. 57-78), consacrée à l’Etna comme paysage épique et comme allégorie morale et politique chez Virgile, Lucain et dans l’épopée flavienne. Le De raptu Proserpinae de Claudien aurait également pu donner lieu à une communication. Guy Kieffer (« À la recherche des sources de l’Atlantide », p. 85-92) reconnaît l’Etna jusque sur l’île de l’Atlantide. Il ne prétend pas retrouver l’Atlantide, mais seulement identifier l’une des sources d’inspiration de la description platonicienne. Il défend l’idée que la description que donne Platon du territoire de l’Atlantide doit beaucoup aux paysages siciliens et plus précisément à la région de l’Etna. Si les deux séjours siciliens de Platon, qui précèdent la composition du Timée et du Critias, rendent cette hypothèse plausible, son point de départ n’en reste pas moins fragile : on ne trouve pas trace, dans le texte de Platon, de la « haute montagne », « présentée comme un volcan avec des coulées de lave refroidies, noires et rouges » dont parle G. Kieffer (p. 86) ; il est juste question, dans le Critias, d’une part de montagnes escarpées dominant la mer (118a-b), d’autre part de la pierre blanche, noire ou rouge, extraite « de dessous la périphérie de l’île centrale et de dessous les enceintes » (116a), tandis qu’il est fait état, dans le Timée (25d), des tremblements de terre effroyables et des déluges, qui provoquèrent l’engloutissement de l’Atlantide. On hésitera également à prêter à Platon, comme le fait l’auteur, des curiosités et des compétences de paléontologue.

67Le Vésuve occupe une place beaucoup plus modeste non seulement dans le volume, mais surtout dans la culture antique. Cela tient au fait qu’avant l’éruption de 79 ap. J.-C. et mis à part un probable épisode éruptif autour de 217 av. J.-C. [21], le Vésuve n’avait pas été depuis longtemps le siège de manifestations spectaculaires, même si on connaissait sa nature volcanique (voir par ex. Vitr., II, 6, 2, D.S., IV, 21, 5 et Str., V, 4, 8). L’éruption de 79 fait l’objet de deux communications. Marie-Laure Freyburger-Galland (« Les phénomènes volcaniques chez Dion Cassius », p. 139-157) analyse le long développement consacré, à la fin du IIe siècle, à l’éruption du Vésuve dans l’Histoire romaine de Dion Cassius, tandis que Fabrice Galtier (« Tacite et Pline le Jeune : autour de l’éruption du Vésuve », p. 159-170) revient sur les célèbres lettres 16 et 20 du livre VI de la Correspondance de Pline le Jeune, en s’intéressant à la façon dont les réactions des différents personnages sont élevées au rang d’exempla. Si le Vésuve est représenté dans le volume, les Champs Phlégréens n’y ont reçu que peu d’attention et ne sont pas toujours distingués du Vésuve avec suffisamment de netteté dans certaines communications. Éric Foulon (« Le volcan Chimère », p. 93-116) s’est en revanche très justement intéressé au Mont Chimère et à la Vallée de Chimère, localisés l’un et l’autre en Lycie, qui tirent leur renommée de leur rencontre, à travers l’exégèse rationalisante, avec la Chimère mythologique. Quant à Jean-Yves Carrez-Maratray (« Les “soupiraux de Typhon” et l’imaginaire du Sinaï antique », p. 119-126), il montre que l’assimilation des marges sinaïtiques de l’Égypte aux « soupiraux de Typhon » s’inscrit dans un riche ensemble de traditions égyptiennes, hébraïques et grecques qui font de cette région le lieu de tous les dangers.

68On trouvera donc dans ce riche volume de bons développements tant sur l’image littéraire des volcans que sur les connaissances antiques en matière de volcanisme. On n’y cherchera pas en revanche des réflexions sur la façon dont les sociétés antiques faisaient face au risque volcanique.

69Jean Trinquier

Blossi Aem. Draconti, Orestis tragoedia, introduction, texte critique et commentaire par Antonino Grillone, Quaderno di « Invigilata Lucernis », 33, Bari, Edipuglia, 2008, 222 pages

70Cet ouvrage très dense et d’une rare minutie passe au crible l’histoire du texte manuscrit et imprimé de la Tragédie d’Oreste. Dracontius est un poète de la fin du Ve siècle qui eut fort à souffrir du roi vandale Gunthamund (484-496). Grâce à Cl. Moussy et à ses collaborateurs nous possédons aujourd’hui une excellente édition en quatre volumes parus dans la C.U.F. (1985-1996) qui permet d’apprécier à sa juste valeur le talent et la vigueur d’un poète de qualité. La Tragédie d’Oreste ne représente nullement un poème tragique, mais l’histoire tragique d’Oreste, un epyllion de 974 hexamètres. Le but du poème est de décrire avec force discours ou dialogues les crimes qui ont ensanglanté la famille des Atrides du meurtre d’Agamemnon à celui de Pyrrhus, en passant par ceux de Clytemnestre et d’Égisthe. Le problème moral et religieux est de distinguer le crime justifié : la vengeance que tire Oreste du meurtre de son père et de l’adultère criminel de Clytemnestre, personnage cynique et immoral, parlant haut et fort. Oreste, le héros malheureux, a été amené à assassiner aussi Pyrrhus qui lui a ravi sa fiancée Hermione et son honneur, mais dans des conditions frôlant le sacrilège, au cours d’une cérémonie religieuse. Comme dans Eschyle le meurtrier sera finalement disculpé. Dracontius use sans discrétion des figures de style et particulièrement de l’antithèse et de l’oxymore pour décrire le paradoxe de la situation : 1 gaudia maesta detestandosque triumphos, 2 uictoris pro laude necem, festiua cruenta, 8 impietate pium, reprobae probitatis, 10 insontemque reum, 12 fraude pia, 15 nefas probabile, etc.

71La langue de Dracontius (cf. les observations de Cl. Moussy, I, p. 78-86) est très caractéristique de l’époque : 287 Athenis (mouvement), 157 domo (id.), 587 magis quae dignior, 637 fortior (surcaractérisé), 232 aequali mente (cf. fr. également), 314 perdit (parf.), 392, 954 obit (parf.), 674 uenturus erit, 745 dici digne, 48 dum (+ subj.), 490 dubito quia, 129 credidit quod, 278 discite credere, 888 accusare de, les substituts de esse (cf. « je suis/j’étais ») : 472 stat, 67 extas, 573 existam (les altérations phonétiques : prosthèses, aphérèses, syncopes ont tendu à niveler les formes), jamais cité par les romanistes 262 testa « tête » ou plutôt « crâne » (ailleurs : 212-214 caput), rappelons dans l’argot français le flatteur « sorbonne » de Hugo à Druant ! Notons enfin les vigoureuses qualifications : 842 meretrix (Oreste : sa mère), 650 lupanar (Dorylas : le palais royal…).

72Manifestement, son plan le prouve, A. Grillone a pour but de présenter, comme le faisait Housman pour Lucain, une édition editorum in usum. Il étudie Dracontius depuis longtemps (cf. p. 166-167), une bonne douzaine de comptes rendus (e.g. Gnomon, 54, 1982, p. 528-537 ; RomBarb., 16, 1999, p. 209-239) et d’articles (AAPal., 5, 1984-1985, p. 133-146 ; RPL, 8, 1985, p. 93-98). Ici, il présente successivement le plan du poème, la tradition manuscrite : B (Berne, IXe s.) n’est pas la source directe de A (Milan, XVe s.) et des quatre florilèges, un texte satisfaisant doit être éclectique et tenir compte aussi des conjectures, car la transmission n’est pas sûre, la revue des éditions depuis le XIXe s. : de C.G. Miller à Peiper et Bährens, au XXe s. les deux excellentes éditions de Fr. Vollmer, un des piliers du Thesaurus, et celle, très complète, de J. Bouquet (C.U.F., III, 1995). Mention est faite aussi des meilleurs commentateurs : Rothmaler (1865), Rossberg (1888-1889) et de la traduction méritoire de Rapisarda (1964) Chacun reçoit son tribut d’éloges et parfois de critiques. Viennent ensuite le texte critique, le commentaire critico-exégétique, une ample bibliographie, un tableau des passages discordants (Vollmer, Bouquet, Grillone) au nombre de 94, huit indices : criticus, notabilium, fontium I (dans l’ordre du texte), II (chronologie des modèles), loci similes, personae et loca, auteurs antiques, auteurs modernes ; il ne manque que la traduction. Un travail énorme, présenté d’une façon lumineuse, car le risque était d’écraser le lecteur sous ces savantes enquêtes.

73En terminant, il faut revenir sur ces 94 leçons discutées. Les mérites de Vollmer et de J. Bouquet (cf. 617, 807, 909) ne sont pas niables mais, faisant flèche de tout bois, A. Grillone apporte un progrès décisif.

74Le débat est parfois mineur (phonétiquement du moins) : si / sic, an / at, arce / arte, sic / sed, et / sed, et / haec, quippe / quoque, ubi / ibi, etc., mais il y a maints changements importants : le refus de la transposition de 427-452, comme des prétendues lacunes après 94 et 309, 5 aurea / laurea, 11 Taurica / Thracia, 94 reduci / regi, 203 sterno / seruo, 200 indutus / imbutus, 310 defensas / defossas, 350 qua spe / qua (que Bouquet !) re, 383 exorsa / est orsa, 445 habere / auere, 507 praedo / erro, 610 nostri / uestri, 834 calcem / Chalybem, 962 repetuntur / replentur, etc. Je ne dirai pas que A. Grillone a toujours raison contre J. Bouquet, statistiquement c’est improbable, mais ses arguments sont solides et il demeure que le doute est parfaitement légitime ; c’est ainsi que la science progresse. Avis aux futurs éditeurs ou critiques de l’Orestis tragoedia !

75C’est une bonne idée d’avoir donné quelques illustrations ; j’aurais ajouté la rude stèle en marbre de Sparte où Oreste plonge son épée dans le corps de sa mère debout contre lui. Signalons encore quelques détails dans l’édition Bouquet ; lire 86 plectriferi, 767 sepulchrum, 920 nefas ; quelques traductions (outre les temps) à revoir : 146 poli (« cieux » non « dieux »), 320 monilia (« colliers » non « bracelets »), 333 emollit trucem per proelia Martem « amollit le farouche Mars par des joutes (amoureuses) », 516 altus (« nourri », pas « grand »), etc. Souhaitons enfin que Dracontius entre désormais dans les dictionnaires mythologiques.

76Pierre Flobert

Peter Riedlberger, Philologischer, historischer und liturgischer Kommentar zum 8. Buch der Johannis des Goripp nebst kritischer Edition und Übersetzung, Groningen, Egbert Forsten, 2010, 504 pages

77Post resides annos longo uelut excita somno… è, niente affatto casuale, la citazione claudianea in epigrafe scelta da Peter Riedlberger per presentare il proprio lavoro (Vorwort, p. 5), pubblicazione perfezionata della tesi di dottorato (diretta dal Prof. Th. Burkard e discussa nel novembre 2009 presso l’Università di Kiel).

78Il lavoro di Peter Riedlberger (da questo momento R.) si colloca tra le edizioni commentate ai singoli libri della Iohannis, curate negli anni da vari studiosi (M.A. Vinchesi, Flavii Cresconii Corippi liber primus, Napoli, 1983 ; V. Zarini, Berbères ou barbares ? Recherches sur le livre second de la Johannide de Corippe, Nancy 1997 ; Ch.O. Tommasi, Flavii Cresconii Corippi liber III, Firenze, 2001) [22]. Dal titolo stesso è già chiara la necessità che una lettura esegetica della Iohannis copra i differenti aspetti dell’opera : commento filologico innanzitutto, trattandosi di un’opera tràdita da un unico testimone fortemente mutilo ; commento storico, perché la Iohannis rimane fonte eccezionale e dettagliata dei fatti africani che ne hanno ispirato il racconto (e, pertanto, è senz’altro apprezzabile che già nell’Einleitung, p. 11-13 siano messi a disposizione del lettore i testi di Procopio, di Giordane e di Paolo Diacono, come fonti storiche alternative) ; commento liturgico, perché, in particolare nei v. 318-369, si descrive una messa sul campo bizantino con relativa dossologia, esaminata con opportuni riscontri con la trattatistica militare (soprattutto con lo Strategikon[23], delle cui citazioni R. fornisce la propria traduzione), con i testi biblici e patristici, con i canoni ecclesiastici e con l’antico Sacramentum Leonianum (cfr. p. 310-337 per le note esegetiche relative al Römischer Feldgottesdienst).

79Il commento vero e proprio, che rappresenta la parte più ricca dell’opera (p. 107-454), è preceduto da cinque capitoli di presentazione, in cui con acume ed efficacia si espone lo status di antiche questioni, sollevandone nuove e avanzando ipotesi originali.

80Il primo capitolo, dal titolo « Die handschriftliche Überlieferung der Johannis und ihre Editionen » (p. 15-27), è distinto in tre paragrafi, nel primo dei quali (« Der codex Trivultianus », p. 15-19) R. descrive puntualmente il codice di Milano, Biblioteca Trivulziana, 686 e ne riproduce le immagini in corrispondenza di luoghi di incerta lettura [24]. È tracciato il profilo del copista De Bonis e R. non si esime dal richiamare, quando necessario, le glosse al margine dei versi (cfr. ad esempio il v. 279, p. 279, con la ripresa petrarchesca), pronunciandosi a sfavore dell’ipotesi di una secunda manus, avanzata dal Partsch, di non semplice dimostrazione (cfr. p. 16-17, in particolare la nota 21). L’attenzione riservata al De Bonis mi sembra doverosa, perché, sulla scia delle ricerche della Vinchesi [25], sono persuasa che l’indagine sulla storia di questo copista possa portare a sapere di più sulla diffusione della Iohannis e, plausibilmente, sull’origine dell’antigrafo del T686. A tal riguardo, R. discute (p. 19) l’idea di Tandoi [26], secondo la quale l’antigrafo del T686 sarebbe di area toscana, e conclude con due domande retoriche, avanzando l’ipotesi che De Bonis abbia potuto vedere e trascrivere la Iohannis durante il suo periodo genovese. La questione, accattivante, rimane comunque aperta.

81Segue nel secondo paragrafo (« Testimonien zu verlorenen Handschriften », p. 19-23) una meticolosa descrizione della storia dei manoscritti perduti della Iohannis, mentre nel terzo (« Die Editionen », p. 23-27) sono passate in rassegna le edizioni critiche [27].

82Il secondo capitolo, dal titolo « Der historische Kontext » (p. 28-63), si apre con l’esposizione della grande novità del lavoro di R., già anticipata nel titolo. L’indagine prende le mosse dal nome (p. 29-33) e si discute se la forma corretta sia Gorippus o Corippus ; quindi, attraverso la valutazione di tre tipi di argumenta (la tradizione indiretta, la tradizione diretta, l’indagine onomastica), si motiva la scelta Gorippus. Il nome completo dell’autore è conservato da due citazioni umanistiche – quella di Giovanni Cuspiniano, che lo menziona come Fl. Cresconius Gorippus[28], e quella di Joachim Vadian (ritenuta da R. per varie ragioni meno autorevole), che scrive Crescen<i>ius Corippus poeta[29] – entrambi dipendenti, a quanto risulta, dal perduto Budensis. L’oscillazione ortografica Cor- / Gor- ricompare anche nel codice di Madrid, Biblioteca nacional, 10029, che trasmette per intero l’In laudem Iustini e conserva l’unica testimonianza diretta del terzo nome dell’autore della Iohannis. Serge Antès per primo segnala l’oscillazione grafica nel Matritense, ma legge erroneamente due volte Cor- e una volta Gor-[30], invertendo i dati reali, la cui evidenza è dimostrata da R. con immagini del manoscritto : in Matr. 10029, 21 r (incipit del libro I) si legge inequivocabilmente Corippi ; in Matr. 10029, 28 r (explicit del libro I) Gorppi ; in Matr. 10029, 36 r (explicit del libro II) Gorippi. Ricontrollando il manoscritto ho avuto modo di constatare che si legge Gorippi anche sul margine superiore di 27 v, in corrispondenza dell’explicit del libro I, e liber sul margine superiore di 28 r, in corrispondenza dell’incipit del libro II [31]. Ne risulta pertanto che la lettura Gorippus è prevalente nel codice Matritense (tre volte Gor- e una volta Cor-).

83Tuttavia, è lecito domandarsi se l’oscillazione g/c e c/g possa essere imputata alla pronuncia del latino nell’area in cui è stato copiato il ms. o se possa essere ritenuta un’esitazione frequente nei manoscritti in scrittura visigotica (com’è il caso del Matr. 10029) [32], finendo così per dubitare dell’affidabilità del codice di Madrid e dunque dell’autorevolezza della forma Gorippus, per quanto preminente nel manoscritto. A parità di condizioni fra tradizione indiretta e tradizione diretta, la conclusione di R. si affida giustamente all’indagine onomastica sulle attestazioni storico-letterarie dei due cognomina (Bilanz, p. 33) : se Corippus non è attestato, la forma Gorippus è accreditata nei nomi Aurelius Iulius Gorippus e Aurelius Gorippus Valentini in contesto militare al principio del III secolo, e risulta conservata anche in un graffito legato al culto mitraico [33].

84La proposta di R. si fonda dunque sull’autorevolezza di un codice perduto, il cosiddetto Budensis (del quale purtroppo sappiamo poco), e sulla testimonianza diretta del Matr. 10029 ; ma si sostanzia soprattutto dell’evidenza di fonti storiche che attestano la diffusione del nome Gorippus, rispetto al non attestato Corippus. Quest’ultimo argomento mi sembra significativo.

85Con il medesimo rigore nei successivi paragrafi della seconda sezione si affrontano problemi di contestualizzazione storica : in particolare, dopo aver vagliato questioni biografiche alla luce di fatti storici documentati (« Goripps Biografie im Africa des 6. Jh.s. », p. 34-45), in « Die Berber » (p. 45-54) si chiarisce la distinzione tra le differenti tribù berbere menzionate nella Iohannis, fornendo un’utile rubrica dei più importanti capi mauri ; segue in « Die römischen Offiziere und Truppen » (p. 54-60) un efficace lessico poetico militare bizantino, completato, in « Johannes und sein Stab » (p. 60-63), da una sintetica esposizione sulla figura di Giovanni e sul suo entourage, che chiari altresì la posizione e il ruolo problematico degli armigeri, più volte menzionati nell’opera [34].

86La terza sezione introduttiva (« Die Johannis », p. 64-96) contiene informazioni stilistico-letterarie e tratta di aspetti linguistici (« Sprache und Stil », p. 64-74), con particolare riguardo alla tecnica compositiva e alle caratteristiche metriche [35]. In particolare, parlando di « Imitation und Variation » (p. 68-74) si chiarisce il rapporto con l’epica virgiliana (p. 68, nota 268), lucanea e con i poeti successivi : R. parla di « Überbeanspruchung » [36] e di « Baukastenjunktur », per indicare l’impiego di iuncturae variate con sinonimi (cfr. p. 71, ad esempio latos / extensos / uastos - in / per - agros / campos). La Pharsalia (il libro V in particolare) è un modello importante per alcune scene del libro VIII della Iohannis (cfr. p. 146 Beginn der Revolte, con riprese da Lucan. 5,237-373 e p. 181 Rede des Johannes ispirato all’incipit del discorso cesariano di Lucan. 5,320-321) e, in linea di massima, la ripresa di espressioni lucanee non sembra meramente meccanica (ai casi segnalati da R. aggiungerei la giuntura mors saeua, del v. 79, che ricorre altre volte nella Iohannis, e che sembra richiamare, nella medesima sede, Lucan. 2,100 e 3,605 ; o l’espressione patuere doli di Ioh. 8,2 e 4,25, affine, per disposizione metrica e contesto, a Lucan. 4,746 e 5,141 e ricorrente anche in Val. Fl. 1,64).

87Non meno pregevole è la parte relativa alle innovazioni lessicali (p. 66), con particolare riferimento ai termini come cannae, gentes, fossae utilizzati numerose volte nel poema (non soltanto nel libro VIII), con accezione tecnica o metonimica (cfr. la bella nota al v. 39, di p. 136 sull’uso del plurale fossae, inteso nel senso di « das Lager », o la nota al v. 430, di p. 368 per un’utile sintesi sull’uso del termine militare cuneus). In particolare R. parla di « Etymologisierende Umdeutung und Wortschöpfung », citando Löfstedt [37], a proposito di voci come comptus, che ricorre in luogo di compositus nel senso di « wohlgeordnet » (cfr. la nota al v. 32, p. 129-130), properare in luogo di appropinquare (cfr. la nota al v. 226, p. 250), rumpere in luogo di ruere (cfr. la nota al v. 34, p. 131).

88Anche nella scelta del titolo dell’opera R. prende posizione rispetto agli editori precedenti, preferendo la forma Iohannis a De bellis Libycis, che pure risulta ben attestata, fondandosi principalmente sulla citazione di Cuspiniano, che riconosce in Iohannis il titolo dell’opera e in De bellis Libycis il soggetto (in « Formale Aspekte, Der Werktitel », p. 74-75). In conclusione, si riserva attenzione alla genesi, contestualizzazione, destinazione dell’opera (in « Der Sitz im Leben cfr. Die Vortragssituation der Johannis », p. 83-90), e alla discussa definizione di genere letterario (« Panegyrik und Propaganda », p. 90-96). Tutte le posizioni sono sempre ben argomentate.

89Segue la sinossi dei precedenti sette libri (p. 97-100), che non si limita a elencare i fatti, come dimostra la nota 373 di p. 100, in cui R. propone che in Ioh. 7,540-541 non si tratti, come vuole l’esegesi corrente, della crocifissione dei prigionieri, ma della loro impiccagione. Si apprezzano le osservazioni preliminari sui criteri di edizione (pp. 101-105) : si dà conto di incongruenze grafiche (ad esempio viene normalizzata l’oscillazione del ms. tra mixt- e mist-) e si operano scelte ragionate anche per quanto riguarda i nomi propri, che ricorrono a volte deformati nel testo, come nel caso di Ricinarius / Recinarius (su cui cfr. il commento ai v. 8,134,141,289,357,586,597 e la nota 383 di p. 103), o dell’alternanza Putzintile / Putzintulus / Putenzintculus (cfr. 8,370,474,479) e Camalus / Camarus (di 8,569).

90Si accolgono due congetture di Gärtner [38] : al v. 75, molto discusso, <per>edunt, correzione ben argomentata nel commento, e al v. 247, omne, in luogo di omni, che è lezione di T accolta consensualmente dagli editori. Secondo un criterio piuttosto inconsueto, il testo latino è riportato per brevi sezioni, con apparato critico e relativa traduzione in alto sul recto, preceduto e seguìto dalle note esegetiche, corredate talvolta da immagini del manoscritto o di altro (per le quali sarebbe stato forse apprezzato un indice analitico delle immagini).

91Il commento è senz’altro la parte più ricca del lavoro di R. (p. 107-453) : brevi paragrafi introducono e spiegano il testo per sequenze narrative. Non è qui possibile dilungarsi, ma molti sono gli spunti offerti, che potrebbero stimolare ulteriori riflessioni e approfondimenti. Le difficoltà testuali sono sempre ben discusse da R., del quale si apprezza il tentativo di sanare il testo, corrotto in diversi punti. Si considerino ad esempio i versi 91 e 591, ametrici. Così R. legge il v. 91 (p. 167) : exacuunt dubias <sumptis> feruoribus iras. Là dove Goodyear preferiva segnalare la lacuna dopo dubias, motivando « sane idoneum sensum multis modis restituas », R. preferisce l’integrazione di Welzel <sumptis> (suffragata da Ov., met. 2,175 e Coripp., Ioh. 8,179) [39], senza però escludere perentoriamente <mediis> di Mazzucchelli, sostenuta anche da Tandoi [40]. Il riferimento proposto a Homer. 595 (non sic saetigeri exacuunt feruoribus iras) è interessante e potrebbe essere ulteriormente approfondito ; il contesto mi sembra infatti simile.

92Quanto al v. 591, in R. si legge deinde petit <tumidum>, ualida quem cuspide uictor, dove l’integrazione, « exempli gratia », è suffragata da Ioh. 5,265 [41] e 8,559 e motivata dall’usus scribendi, rispetto a <ualidum> di Partsch e poi di Petschenig. Anche se non si può escludere che la corruzione del verso derivi forse dall’incomprensione del nome berbero di un nemico (si sta descrivendo qui l’aristia di Ricinario, con conseguente androktasia), credo che la proposta <tumidum> di R. sia preferibile a <ualidum>, che non si trova mai riferito agli avversari nella Iohannis.

93Volendo offrire un saggio del metodo di R. in rapporto alla difficoltà di interpretare un testo, molto corrotto, ricorderò i v. 621-622, contrassegnati da cruces nell’edizione Diggle-Goodyear e così trasmessi in T : palineque astid enerdi / mee tiluzant Dorozis ferro necat. Correggendo il testo tràdito privo di senso (come dimostrano le immagini del codice a p. 437, Abbildung 34), R. stampa palmamque abscidit inertem / pennato tunc Dorotis ferro necat***, accogliendo l’ipotesi di Tandoi palmamque abscidit inertem[42] e proponendo l’ardita congettura pennato tunc in luogo di mee tiluzant. Alla corruttela, dopo necat, potrebbe corrispondere un altro nome proprio [43].

94Meritoria è anche la spiegazione della lacuna dopo il v. 369 e l’ipotesi sul finale interrotto del libro VIII [44]. E ricorderei infine i vv. 6-7 (uincere quippe grauis quam melius sapientia gentes / quam uirtus armata potest), conservati (forse in virtù del tono sentenzioso) oltre che da T anche dagli excerpta del codice di Verona, Biblioteca Capitolare, 168 (155), come segnalato in apparato, per i quali R. suggerisce un importante raffronto con Strat. 8,1,7.

95Il vaglio diligente delle fonti e il « dubbio metodico » hanno consentito a R. di approdare spesso a conclusioni innovative e di sollevare questioni interessanti. Il Kommentar che egli offre è un’opera lucida e scrupolosa, che eccelle per dottrina e ricchezza di contenuti.

96Giulia Caramico

Notes

  • [1]
    Voir les comptes rendus de P. Chiron (Revue des études anciennes, 2008, 110/1, p. 272-274), D. Donnet (L’Antiquité classique, 2008, 77, p. 372-373), R. Smith (Classical Review, 2010, 60/01, p. 48-50), J. Lemaire (Les Études philosophiques, 2011/4, p. 607-609).
  • [2]
    Les représentants les plus marquants de cette lecture sont les travaux de W. Jaeger (1912), F. Solmsen (1929), F. Nuyens (1948), E. Berti (1962), I. Düring (1966), B. Dumoulin (1980).
  • [3]
    T. Reinhardt a montré (Das Buch E der Aristotelischen Topik. Untersuchungen zur Echtheitsfrage, Göttingen, 2000) que le livre V est dans son ensemble un exercice de révision, par un anonyme postérieur à Aristote, d’un texte dont le « noyau » serait bien aristotélicien (la référence au « lieu des opposés » en confirme l’origine).
  • [4]
    Ce que fait le traité, qui commence au livre II par l’accident pour finir avec la définition au livre VI.
  • [5]
    Ce que donne la première définition de l’accident : « ce qui peut appartenir ou non à un sujet » (I, 5, 102 a 5).
  • [6]
    Où l’on trouve cette définition positive de l’accident (VI, 1, 139 a 25-27, et VII, 5, 155 a 28-36), et qui expliquent pourquoi l’accident est « premier » dans un examen et une lecture d’abord inclusive des prédicables.
  • [7]
    Par exemple, la question de savoir comment utiliser et quel sens donner à la méthode d’une « division » des genres ; cf. le livre IV, qui dès le ch. 1 met en jeu la valeur ontologique reconnue à des « divisions » (??????????) qui ne sont pas seulement celles du genre ou de l’espèce ; cela renvoie à la manière dont les différences peuvent donner, métaphysiquement, l’essentiel de l’essence. L’ordre de l’inclusion dans les genres les plus larges ne suffit pas selon Aristote à donner le degré le plus déterminé de l’être d’une chose. Sur ces questions, on peut se reporter à l’ensemble de l’ouvrage d’A. Jaulin, Eidos et Ousia. De l’unité théorique de la Métaphysique d’Aristote, Paris, Klincksieck, 1999, et en particulier au chapitre « De la définition comme logos », p. 161-164, pour le point sur l’opposition d’Aristote aux sens de « genre » dans le Sophiste de Platon.
  • [8]
    Ainsi J.B. montre qu’un passage de IV, 2 semble avoir été mis à profit et retravaillé entre deux passages de IV, 6 qui pourtant se suivent ; le principe selon lequel il n’est « pas possible pour une chose d’appartenir à deux genres distincts » est tantôt examiné comme nécessaire, comme vrai sous condition, ou considéré comme une thèse admise, etc. Ce qui évolue donc dans le texte, ce sont les conditions de refus et d’acceptation de ce principe. Voir Top., Tome II, Avant-propos, p. XXXI-XXXVI.
  • [9]
    Qu’il s’agisse de « quelques-uns », « certains », ou de tenants plus déterminés ; sans compter le sens plus relâché encore du terme lorsqu’il signifie « il semble », « il paraît que », etc.
  • [10]
    J.B. souligne que l’intérêt de Platon pour ces questions méthodologiques est connu, et peut-être plus répandu qu’il n’y paraît si on s’en tient aux seuls dialogues dits « socratiques » ; cf. E. Hambruch, « Les règles logiques de l’école platonicienne dans la topique aristotélicienne », cité par J.B. dans l’Avant-propos de ce tome II, p. XXXIX. Dans le livre VII, l’absence de ????? pourrait s’expliquer par le fait qu’il y est question des difficultés à établir une définition (VII, 3-4) et non plus de la réfutation : or 153 a 6 évoque justement la rareté de telles tentatives pour « établir déductivement une définition » chez « ceux qui pratiquent la discussion dialoguée ».
  • [11]
    Avec des définitions multiples, et révisées parfois en cours de route ; cf. par exemple 101 b 19-23 sur le propre.
  • [12]
    Le livre VI aborde les lieux de la définition, sous l’angle réfutatif d’un examen détaillé des types d’erreurs qui peuvent être faites lorsqu’un répondant prétend donner une définition.
  • [13]
    Elle nécessite que soient réussies des tâches préliminaires qui impliquent les éléments de la définition, le genre, le caractère propre de la formule, et le fait qu’elle exprime véritablement l’essentiel de l’essence : cf. VII, 5, 155 a 3-36. Mais Aristote ne se livre pas, ici, à l’exposé détaillé d’une méthode pour de telles vérifications.
  • [14]
    Voir la note de J.B., n. 3 et suivantes, p. 256 et suivantes, pour les liens avec Seconds Analytiques (II, 3-13 en particulier, mais aussi I, 10).
  • [15]
    Sur l’interprétation de ces lignes, on retrouvera les éléments du débat entre spécialistes (selon que l’on considère qu’Aristote se réfère à son invention en matière de syllogisme et donc de formalisation de la logique, ou qu’il pense à l’invention de la dialectique) dans L.-A. Dorion, « Aristote et l’invention de la dialectique », dans Le Style de la pensée. Recueil de textes en hommage à Jacques Brunschwig, réunis par M. Canto-Sperber et P. Pellegrin, Paris, Les Belles Lettres, 2002, p. 182-220.
  • [16]
    Cf. l’Avant-propos, p. XLVII. Le titre de cet ouvrage, ??? ???? ?? ??????????? ????µ?????? ??????, évoque la possibilité d’un livre qui porte sur le livre des Topiques (Diogène Laërce, IV, 13).
  • [17]
    Cf. les pages XLVIII-LI de l’Avant-propos à cette édition du tome II.
  • [18]
    Cf. par exemple en VI, 6, 145 a 28-32 ; VII, 3, 153 b 8 et suiv.
  • [19]
    ????????????????? était traduit par « pouvoir s’échanger avec son sujet en position de sujet concret » : cf. Top., Tome II, Avant-propos, p. LII. On peut renvoyer ici à la critique de J. Barnes, formulée dès 1970, dans « Property in Aristotle’s Topics », Archiv für Geschichte der Philosophie, 52, p. 136-155.
  • [20]
    Sur ce point on consultera J.B., « Dialectique et philosophie chez Aristote à nouveau », dans Ontologie et dialogue. Mélanges en hommage à Pierre Aubenque, textes réunis par N. Cordero, Paris, 2000, p. 107-130, et l’article récent de J.B. Gourinat, « Dialogue et dialectique : la place de la dialectique dans l’organon d’Aristote », dans A. Hourcade et R. Lefebvre (dir.), Aristote : rationalités, Le Havre et Rouen, Publications des Universités du Havre et de Rouen, 2011, p. 11-39.
  • [21]
    R.B. Stothers, M.R. Rampino, « Volcanic eruptions in the Mediterranean before A.D. 630 from written and archaeological sources », Journ. Geophys. Res., 88, 1983, p. 6357-6371 ; « Historic volcanism, European dry fogs, and Greenland acid precipitation, 1500 B.C. to A.D. 1500 », Science, 222, 1983, p. 411-433 ; R.B. Stothers, « The case for an eruption of Vesuvius in 217 B.C. », AHB, 16, 2002, p. 182-185.En ligne
  • [22]
    Rimane vivo l’interesse verso questo poema tardoantico, che racconta le gesta libiche di Giovanni Troglita e del suo esercito (546-548), composto intorno alla metà del VI secolo. Ben due edizioni critiche sono state annunciate da V. Zarini e Th. Gärtner, e questa stessa recensione è proposta da chi si accinge alla pubblicazione di un commento al libro quinto della Iohannis, secondo la nuova numerazione, stabilita di recente in G. Caramico-P. Riedlberger, « New evidence on the beginning of Iohannis book V », MD, 63, 2009, pp. 203-208.
  • [23]
    Attribuito all’imperatore bizantino Maurizio (582-602), lo Strategikon è un manuale di arte militare in lingua greca. L’edizione di riferimento è G.T. Dennis-E. Gamillscheg, Das Strategikon des Maurikios, Wien, 1981.
  • [24]
    Cfr. v. 73, p. 156 ; v. 103, p. 173 ; v. 113, p. 180 ; v. 184, p. 222 ; v. 185 e 190, p. 224 ; v. 203, p. 235 ; v. 205, p. 236 ; v. 214, 224, 392, p. 241 ; v. 291 e 99, p. 286 ; v. 304 e 308, p. 302 ; v. 374, p. 343 ; v. 413, p. 360 ; v. 420, p. 363 ; v. 423, p. 365 ; v. 449, p. 377 ; v. 455 e 531, p. 378 ; v. 549, 332, 553, p. 414 ; v. 603, 422, p. 430 ; v. 621-622, p. 437 ; v. 623-626, p. 439 ; i versi conclusivi del libro, prima della lacuna, p. 448. Accanto alla già ricca e accurata bibliografia sulla tradizione della Iohannis, ricorderei R. Sabbadini, Le scoperte dei codici latini e greci ne’ secoli XIV e XV, Firenze, 1905, p. 2, 15, 16, 23, 35.
  • [25]
    Mi riferisco in particolare a M.A. Vinchesi, « Versi nuovi di Corippo in imitazioni inedite dell’umanista Giovanni De Bonis », RFIC, 108, 1980, p. 292-316 e Ead., « Nuovi ritrovamenti. Recupero di versi della Iohannis di Corippo da imitazioni umanistiche », A&R, 27, 1982, p. 64-71, cui, per quanto concerne l’opera del De Bonis e una descrizione del T686, si può aggiungere B. Pagliari, « Un frammento del Liber Inferni Aretii di Giovanni L. de Bonis nel ms. Trivulziano 686 », IMU, 38, 1995, p. 319-334.
  • [26]
    V. Tandoi, « Note alla Iohannis di Corippo », SIFC, 52, 1980, p. 82-83, n. 2 (ora in F.E. Consolino, G. Lotito, M.-P. Pieri, G. Sommariva, S. Timpanaro, M.A. Vinchesi (curr.), Scritti di Filologia e di storia della cultura classica, II, Pisa, 1992, p. 1079, n. 68).
  • [27]
    Cfr. P. Mazzucchelli, Flavii Cresconii Corippi Iohannidos seu de bellis Libycis libri vii, Mediolani, 1820 ; I. Bekker, Merobaudes et Corippus, Bonnae, 1836 ; J. Partsch, Corippi Africani grammatici libri qui supersunt, Berolini, 1879 ; M. Petschenig, Flavii Cresconii Corippi Africani grammatici quae supersunt, Berolini, 1886 ; J. Diggle, F.R.D. Goodyear, Flavii Cresconii Corippi Iohannidos seu de bellis Libycis libri viii, Cantabrigiae, 1970.
  • [28]
    J. Cuspinianus, De Caesaribus atque Imperatoribus romanis opus insigne, Straßburg, 1540, p. 216 (che R. riproduce a p. 29).
  • [29]
    J. Vadianus, De poetica et carminis ratione liber ad M. Vad. fratrem, Wien, 1518, p. 41 (che R. riproduce a p. 30).
  • [30]
    S. Antès, Corippe (Flauius Cresconius Corippus). Éloge de l’Empereur Justin II, Paris, CUF, 1981, p. XI, n. 1.
  • [31]
    Ringrazio il prof. P. Farmhouse Alberto, che ha con me gentilmente discusso la questione.
  • [32]
    Proprio in P. Farmhouse Alberto, Eugenii Toletani opera omnia, Turnhout, 2005, p. 459-60, sono riportate entrambe le oscillazioni (relative allo stesso Matr. 10029), anche se non significative per il testo stesso. Tuttavia, tra le caratteristiche di scrittura del Matr. 10029, relativamente al testo dell’In laudem Iustini, non si registra tale oscillazione grafica in S. Antès, Corippe, Paris, 1981, p. xc-xciii.
  • [33]
    Cfr. p. 33, note 89 e 90. È interessante notare che R. (p. 33, n. 87) ricorda quanto Lassère scriveva di apprendere da Heikki Solin che, interrogato a proposito del nome Corippus, lo riteneva un nome locale aggiungendo dubbiosamente : « si ce nom a été correctement transcrit dans le manuscrit » (J.-M. Lassère, « La Byzacène méridionale au milieu du VI s. p.C. d’après la Johannide de Corippus », Pallas, 31, 1984, p. 163-178).
  • [34]
    Questa parte è stata in seguito ulteriormente sviluppata da R. in « Recherches onomastiques relatives à la composition ethnique du personnel militaire en Afrique byzantine (546-549) », in H. Börm, J. Wiesehöfer (dir.), Commutatio et Contentio. Studies in the Late Roman, Sasanian and Early Islamic Near East. In memory of Zeev Rubin, Düsselfdorf, 2010, p. 253-271.
  • [35]
    Recentemente la Iohannis è stata analizzata anche da L. Ceccarelli, Contributi per la storia dell’esametro latino, I-II, Studi e Testi Tardoantichi, 8, Roma 2008 (cfr. in particolare le p. 141-205 del volume I sull’esametro tardoantico).
  • [36]
    A proposito dell’abuso di espressioni poetiche nella Iohannis (cfr. p. 72 : la clausola esametrica per hostes ricorre ben 14 volte nella Iohannis, ma una sola volta in Ovidio, Silio, Stazio e due volte in Valerio Flacco).
  • [37]
    E. Löfstedt, Vermischte Studien zur lateinischen Sprachkunde und Syntax, Lund, 1936, p. 93-104.
  • [38]
    Comunicate per litteras a R. (cf. il commento al v. 75 a p. 260).
  • [39]
    A. Welzel, De Claudiani et Corippi sermone epico, Breslau, 1909, p. 96-97.
  • [40]
    V. Tandoi, « Note alla Iohannis di Corippo (continuazione) », SIFC, 54, 1982, p. 87, n. 3 (ora in Scritti di filologia, Pisa, 1992, p. 1114, n. 164).
  • [41]
    Ioh. 5,313 secondo la nuova numerazione definita in G. Caramico, P. Riedlberger, « New evidence », 2009 (cfr. supra).
  • [42]
    Presentata dubitanter in V. Tandoi, « Note alla Iohannis », 1982, p. 91, n. 2 (ora in Scritti di filologia, Pisa, 1992, p. 117, n. 172).
  • [43]
    Non si può infatti escludere che uoces nihili (come nei v. 621-622) o passi lacunosi siano determinati dall’incomprensione o dalla storpiatura di nomi propri berberi inconsueti. R. è sempre accurato sulle questioni onomastiche e sulla ricostruzione etimologica (cfr. ad esempio Zabeas/Labbas in 8,384 e 8,572), su cui fornisce sempre accurata e originale bibliografia, cui aggiungerei A. Ait Kaci, Corpus onomastique Libyco-Berbère d’après l’épigraphie libyque. Tesi di dottorato di ricerca in Africanistica, I ciclo, n.s., Università degli Studi di Napoli « L’Orientale », 2005 (direttore della ricerca Prof. L. Serra).
  • [44]
    Districandosi tra ipotesi « massimaliste » e « minimaliste » degli studiosi precedenti, R. espone la propria idea al riguardo : mancherebbero pochi versi alla conclusione del libro come si arguisce dal confronto con il libro V della stessa Iohannis, libro speculare e strutturalmente affine, per quanto concerne la descrizione di scene di battaglia. I fatti che riusciamo a leggere negli ultimi versi del libro VIII indurrebbero a pensare che l’opera, con la fine dello scontro e la morte di Carcasan, voglia ormai avviarsi alla conclusione.
  1. Aristote, Topiques. Tome II. Livres V-VIII, texte établi et traduit par Jacques Brunschwig, Collection des Universités de France. Série grecque, 451, Paris, Les Belles Lettres, 2007, LXII + 472 pages dont 137 doubles
  2. L’Andromeda di Euripide. Edizione e commento dei frammenti, par Vincenzo Pagano, avec une préface de Giuseppe Zanetto, Minima philologica. Collana di edizioni critiche e commenti. Serie greca, 6, Alessandria, Edizioni dell’Orso, 2010, XII + 270 pages
  3. La Bible d’Alexandrie. Deuxième livre d’Esdras, traduction du texte grec de la Septante, introduction et notes par Timothy Janz, LXX, 11.2, Paris, Cerf, 2010, 348 pages
  4. Damascius, Commentaire sur le Philèbe de Platon, texte établi, traduit et annoté par Gerd Van Riel, en collaboration avec Caroline Macé et Jacques Follon, Collection des Universités de France. Série grecque, 463, Paris, Les Belles Lettres, 2008, CCXXXIII + 299 pages dont 86 doubles
  5. Ernst-Richard Schwinge, Komplexität und Transparenz. Thukydides : Eine Leseanleitung, Bibliothek der klassischen Altertumswissenschaften, 121, Heidelberg, Universitätsverlag Winter, 2008, 182 pages
  6. Michael Rathmann (dir.), Wahrnehmung und Erfassung geographischer Räume in der Antike, Mayence, Philipp von Zabern, 2007, 290 pages + 16 planches avec 90 images en noir et blanc (dont 12 cartes) et 12 images en couleurs (reprenant des images en noir et blanc déjà insérées dans les textes)
  7. Bénédicte Delignon et Yves Roman (dir.), Le Poète irrévérencieux. Modèles hellénistiques et réalités romaines. Actes de la table ronde et du colloque organisés les 17 octobre 2006 et 19 et 20 octobre 2007 par l’Université Lyon 3, l’Université Lyon 2 et l’ENSLSH, Paris, De Boccard, 2009, 434 pages
  8. Jean-Yves Guillaumin, Sur quelques notices des arpenteurs romains, Paris, Presses universitaires de Franche-Comté, 2007, 180 pages (avec illustrations)
  9. Éric Foulon (dir.), Connaissance et représentations des volcans dans l’Antiquité, ERGA. Recherches sur l’Antiquité, 5, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2004, 330 pages
  10. Blossi Aem. Draconti, Orestis tragoedia, introduction, texte critique et commentaire par Antonino Grillone, Quaderno di « Invigilata Lucernis », 33, Bari, Edipuglia, 2008, 222 pages
  11. Peter Riedlberger, Philologischer, historischer und liturgischer Kommentar zum 8. Buch der Johannis des Goripp nebst kritischer Edition und Übersetzung, Groningen, Egbert Forsten, 2010, 504 pages
Mis en ligne sur Cairn.info le 19/09/2012
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