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Un paradigme nouveau s’est imposé sur la scène sociale, celui de « l’humain augmenté », construction contemporaine analysée dans ce texte à travers la problématique du corps réparé par un implant cochléaire, « une prothèse auditive implantée, qui stimule électriquement les origines du nerf auditif » (Chouard, 2010, p. 288).
L’opportunité et la nécessité pour la médecine d’appareiller l’être humain à l’aide d’outils parmi les plus sophistiqués, dont le champ d’action excède parfois celui de la maladie, permettent aujourd’hui un mode de production de savoirs et de pratiques sur le corps qui ont une incidence sur l’expérience intime du sujet avec lui-même (Lindenmeyer, 2017). Grâce au progrès technique, il est possible de remplacer une jambe ou un bras manquant, une articulation du genou ou de la hanche, voire de réparer un organe aussi vital que le cœur. Ces techniques prothétiques peuvent aussi être utilisées dans le domaine sensoriel en « ressuscitant » la vue et l’ouïe. Et comme les techniques de « réparation » sont les mêmes que pour l’« augmentation » des fonctions corporelles, cette technologisation inédite va de pair avec une prétention de mutation anthropologique, que porte à l’expression le mouvement « transhumaniste ». Ce mouvement philosophique et spéculatif annonce l’avènement d’une ère prétendant à terme rectifier la réalité humaine.
Après avoir cherché à contrôler son environnement, il semblerait que désormais l’homme veuille contrôler son être, cherchant ainsi à devenir maître et cause de lui-même…

Français

Cet article propose une réflexion sur l’inscription des implants cochléaires dans l’économie psychique des sujets à partir d’une expérience clinique d’accompagnement de sujets rencontrés dans un service d’oto-rhino-laryngologie. Le propos se centre sur l’expérience subjective d’une jeune fille malentendante depuis la jeune enfance qui a choisi, à 20 ans, de se faire implanter et, huit ans plus tard, demande un retrait de son implant. La particularité de ce cas permet d’ouvrir une réflexion sur la part que peuvent prendre les conflits psychiques inconscients dans le rapport subjectif à l’implantation et à l’implant. En appui sur le concept de moi-corps sourd, les auteurs tentent de comprendre comment, pour cette patiente, l’implantation produit une effraction qui retentit sur les liens intra et intergénérationnels. Même s’il est bien évident que toutes les implantations ne donnent pas lieu à ce genre de complexité, ce cas permet de pointer le travail psychique nécessaire pour une appropriation subjective de l’implant.

Mots-clés

  • Réparation
  • implant cochléaire
  • inconscient
  • lien mère-fille
  • moi-corps
English

Subjective effects of the cochlear implant in intra- and intergenerational relationships

This article proposes a study into how cochlear implants assimilated into the psychological economy of subjects, based on clinical experience in accompanying subjects encountered in an otorhinolaryngology department. The focus is on the subjective experience of a young girl having suffered hearing loss in early childhood, who chose to have an implant at the age of 20 and, eight years later, asked for her implant to be removed. The special nature of this case makes it possible to open up a reflection on the role that unconscious psychological conflicts can play in the subjective relationship between implantation and the implant. Based on the concept of the deaf body-ego, the authors seek to understand how, for this patient, implantation produces an intrusion that affects intra- and intergenerational relationships. Even if it is quite obvious that not all implantations give rise to this kind of complexity, this particular case helps to indicate the psychological work necessary for a subjective appropriation of the implant.

Keywords

  • Repair
  • cochlear implant
  • unconscious
  • mother-daughter relationship
  • body-ego
Sophie Bergheimer
Sophie Bergheimer, psychologue clinicienne et psychothérapeute au Maillon Blanc, unité d’accueil et de soins pour sourds (chu Strasbourg), doctorante sous la direction de Cristina Lindenmeyer (crpms, Paris-Diderot) et en cotutelle avec Christian Dunker (Universidade de São Paulo).
Cristina Lindenmeyer
Cristina Lindenmeyer, psychanalyste, maître de conférences hdr, directrice de recherche (crpms, Paris-Diderot), chercheuse associée au pôle de recherche « santé connectée et humain augmenté » de l’Institut des sciences de la communication du cnrs, programme « La personne en médecine » uspc.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 14/01/2019
https://doi.org/10.3917/dia.222.0053
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