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Dialogues d'histoire ancienne

2016/1 (42/1)


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Cliché Jaime Alvar
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Le 27 mars 2016, trois mois avant ses 90 ans, la mort a emporté le Professeur José Maria Blázquez, l’historien espagnol de l’Antiquité le plus reconnu par la profession.

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Il a été une pièce maîtresse irremplaçable de la discipline en Espagne, car il n’y avait presque pas de professionnels du domaine dans l’Université espagnole. Il obtint sa chaire aux débuts des années soixante-dix. C’est alors que la massification de l’université en Espagne ouvrit les portes à un grand nombre de professeurs, dont la plupart ont été ses disciples. Plusieurs générations d’enseignants d’Histoire Ancienne en Espagne ont fait leur thèse sous sa direction. Ceci permet de dire qu’il est devenu le Patriarche de l’Histoire Ancienne du pays voisin.

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Il avait fait des études de lettres classiques à l’Université de Salamanca, mais très tôt il obtint une bourse pour aller à Marburg, puis à Rome. Sa thèse reste une étude originale sur les religions préromaines de la péninsule Ibérique, sujet sur lequel il a publié maints livres et articles.

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Engagé dans des missions archéologiques à Cástulo ou Huelva, il s’est intéressé à la période orientalisante en Espagne dont il a été le maître rénovateur. Son livre sur Tartessos et les origines de la colonisation phénicienne en Occident reste un catalogue essentiel pour tous ceux qui s’intéressent au premier royaume péninsulaire.

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L’activité archéologique à la mine de La Loba (Cordoue), avec son ami Claude Domergue, l’a conduit à la recherche de l’histoire minière de l’Espagne antique. Il a consacré de nombreuses publications à ce sujet. La connaissance des sources littéraires lui a permis de renouveler radicalement la problématique en la rattachant à la conquête punique d’abord puis romaine.

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Très tôt, il a commencé à systématiser les connaissances sur l’activité économique comme dynamique historique des populations autochtones. Il s’est aussi intéressé à l’interaction entre les phénomènes endogènes et les apports exogènes. L’exploitation des ressources et leur commercialisation ont constitué l’objet de ses analyses qui ont débouché sur l’étude des exportations d’huile bétique à Rome. Cette orientation archéologique fut couronnée par les fouilles du Mont Testaccio et les importantes publications sur le commerce de l’huile dans le monde romain.

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L’histoire économique faisait partie de l’attention que portait Blázquez aux processus de la conquête romaine et à leurs effets sur les populations locales. L’assimilation et la résistance ont été toujours attiré son attention pour mieux comprendre le phénomène de la romanisation à laquelle Blázquez a consacré de belles pages.

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Un autre de ses points forts était l’étude de la mosaïque. Le corpus des mosaïques romaines d’Espagne a été une de ses œuvres majeures. Il a parcouru le monde et participé à des colloques de grande renommée afin de faire connaître la richesse des mosaïques d’Espagne.

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Sa mémoire resta prodigieuse jusqu’au dernier moment. Il était capable de se rappeler des sources concernant les origines du Christianisme, des lettres et des traités non seulement des pères de l’Église, mais aussi des moines et des auteurs mineurs. Sa connaissance de la littérature néo-testamentaire et proto-dogmatique impressionnait toujours. Ces dernières années, il était intéressé par la figure de Mohammed et sa relation initiale avec le christianisme du nord de la Syrie.

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Son œuvre est colossale. Parce qu’il n’y avait pas de manuels au début de sa carrière en Espagne, il a rédigé en solitaire ou avec ses disciples, des recueils de textes et des ouvrages pour toutes les matières concernant l’Antiquité. C’est de cette façon que même les enseignants en Histoire Ancienne qui n’ont pas été ses élèves ont connu sa pensée et ont suivi d’une façon indirecte ses cours.

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Parmi ses nombreuses distinctions, il faut faire mention des suivantes : membre de la Real Academia de la Historia, Mietglied Deutsches Archäologisches Institut Berlin ; membre de la Hispanic Society of America et Corrispondente dell’Accademia Nazionale dei Lincei de Roma. Docteur Honoris Causa par Bolonia, Salamanca, Valladolid, León et Carlos III de Madrid.

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José Maria Blázquez était également bien connu en raison des voyages culturels qu’il organisa ou qu’il anima. Il a parcouru une bonne partie du monde avec ses anciens élèves et des voyageurs intéressés par la connaissance des vestiges du passé. Un passé qui reste évoqué d’une manière aimable, sans les stéréotypes académiques, dans la mémoire de tous ceux qui ont eu le plaisir de partager un moment de son existence.

Pour citer cet article

Alvar Ezquerra Jaime, « José María Blázquez Martínez (1926-2016) », Dialogues d'histoire ancienne, 1/2016 (42/1), p. XV-XVII.

URL : http://www.cairn.info/revue-dialogues-d-histoire-ancienne-2016-1-page-XV.htm
DOI : 10.3917/dha.421.0003


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