CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1. INTRODUCTION

1La Didactique des Langues (DL) a une histoire que l’on peut considérer longue, si on prend en compte le titre du livre de Claude Germain « 5 000 ans d’histoire » (Germain, 1993). Le présent travail prétend regarder l’histoire récente de la DL et, centré sur le contexte portugais, faire émerger les traces ou les évidences épistémologiques qui règlent son discours actuel, où les concepts d’intercompréhension et de plurilinguisme semblent se dégager. En ce sens, ce travail se situe dans la suite d’autres réflexions, notamment celles d’Andrade et Araújo e Sá (2001), pour qui la DL s’est développée en trois moments désignés « didactique instrumentale », « didactique spécifique » et « didactique des langues » ou du « plurilinguisme ». En suivant ces trois moments, on peut vérifier que leurs principes et discours, les problématiques de l’enseignement-apprentissage, les solutions méthodologiques et les pratiques de la salle de classe se sont dessinés de différentes façons grâce, selon nous, à l’influence et à l’interpénétration de plusieurs facteurs, parmi lesquels nous remarquons : i) l’évolution du concept de langue et des théories sur l’acquisition des langues, découlant de recherches, notamment en sciences du langage ; ii) la façon dont ces avancements se sont reflétés sur l’évolution de méthodes et approches de l’enseignement-apprentissage.

2. INTERCOMPRÉHENSION, PLURILINGUISME ET DIDACTIQUE DE LANGUES

2Actuellement, toute analyse, quoique rapide et exploratoire, du champ disciplinaire de la DL, met en évidence la récurrence des thèmes « intercompréhension » et « plurilinguisme ». Une réflexion plus approfondie reconnaît la tendance de ce que Coste (2004) désigne comme « approche globale d’une éducation plurilingue ».

3Si les concepts de plurilinguisme et de compétence plurilingue sont devenus à peu près stables dans leur définition, on ne peut pas en dire autant en ce qui concerne l’intercompréhension, une notion multidimensionnelle voire même pluri-significative (Degache et Melo, 2008). Comme le soulignent Melo et Santos (2008), dans un article qui analyse les définitions présentes dans les Actes du Colloque « Diálogos em intercompreensão »  [1], on se trouve face à un concept qui s’intègre bien dans le discours des didacticiens et des politiciens  [2], mais qui, se trouvant encore en évolution, présente des significations assez variées. Malgré ces variations, les auteurs constellent les tendances observées autour de trois axes thématiques :

  • multi-plurilinguisme et l’interculturalisme ;
  • mobilisation et transfert des connaissances et des stratégies des sujets ;
  • développement de compétences de type méta (linguistique, discursif, communicatif, cognitif, etc.) et d’apprentissage tout au long de la vie.

4En relation avec ces axes et d’après ce que nous avons déjà dit dans l’Introduction, on assiste au passage d’une Didactique fermée sur une Langue particulière à une Didactique du Plurilinguisme, ouverte à l’interaction entre Langues, comme le remarquent quelques études que nous mentionnerons dans le point suivant. En même temps, le rôle des apprenants dans la construction du savoir linguistique et communicatif est revalorisé.

3. QUEL EN EST L’ÉTAT DES LIEUX AU PORTUGAL, RÉVÉLÉ PAR LA MÉTA-ANALYSE DE LA RECHERCHE EN DL ?

3.1. Une première étude de caractérisation

5Dans une caractérisation de l’état de l’art de la recherche en DL, au Portugal entre 1993 et 2002 (Alarcão et al., 2004), ce parcours d’interdidacticité (Alarcão, 2007) autour des concepts de plurilinguisme et d’intercompréhension est devenu évident, trouvant une forte expression dans l’équipe de chercheurs de l’Universidade de Aveiro, conclusion soulignée aussi par Araújo e Sá (2004) et Cardoso (2007).

3.2. Une étude concernant les résumés de thèses et mémoire

6La constatation mentionnée au paragraphe antérieur a motivé une analyse plus ciblée, centrée cette fois-ci sur un corpus constitué par les résumés des mémoires de maîtrise et des thèses de doctorat présentées à l’Universidade de Aveiro entre 1996-2006 (voir Alarcão, Andrade, Araújo e Sá et Melo, 2009).

7Ces études s’insèrent dans un projet plus élargi, encore en cours, intitulé « Étude méta-analytique de la recherche au Portugal : 1996-2006 »  [3]. Ce projet vise à : i) contribuer à la caractérisation de l’état de l’art de la recherche portugaise en DL ; ii) comprendre le parcours de développement épistémologique de cette discipline ; iii) systématiser et divulguer la connaissance produite en DL. La méthodologie s’appuie sur l’analyse de contenu à partir de catégories pré-établies.

8L’analyse des résumés des travaux mentionnés nous permet de vérifier que :

  • 30 % des recherches réalisées (sur un total de 63) portent sur les thèmes de l’Intercompréhension et du Plurilinguisme ;
  • Les chercheurs sont des « professeurs en contexte académique » (Canha, 2001)  [4] (professeurs des enseignements de base et secondaire qui suivent des cursus postgradués) et des chercheurs-boursiers ;
  • 2002 marque la date de la première étude sur ces thèmes ;
  • Les études portent essentiellement sur le « discours constituant » (celui qui concerne les contextes éducatifs, notamment la salle de classe) ;
  • Comprendre et intervenir sont les objectifs principaux de ces études ;
  • Didactique des Langues, Sciences du Langage et Sciences de l’Éducation se distinguent comme les cadres théoriques les plus marquants ;
  • Les paradigmes de recherche font appel à des méthodologies combinées qui se reflètent sur des études de cas et de recherche-action ;
  • Les termes techniques les plus utilisés sont : compétences, interculturalisme, plurilinguisme, curriculum, représentations, diversité, intercompréhension, répertoire linguistique et communicatif ;
  • Les résultats et les implications des études portent sur la « dimension professionnelle » de la Didactique, selon la catégorisation de Alarcão (1994), c’est-à-dire, sur l’activité d’enseignement.

9L’analyse de ce corpus de résumés de mémoires et de thèses nous a permis de tracer la première esquisse d’une Didactique du Plurilinguisme, en la reconnaissant étroitement liée à la formation de professeurs et en mettant l’accent sur l’éducation plurilingue. Du point de vue épistémologique, cette esquisse nous place vis-à-vis d’une DL située dans le champ de l’observation et de l’intervention, à laquelle contribuent des approches théoriques et méthodologiques pluri-référentielles.

3.3. Une étude sur les publications en DL

10En poursuivant l’hypothèse qui prenait l’Intercompréhension et le Plurilinguisme comme des axes structurants d’une reconfiguration dans le domaine de la DL, on a fait le même type d’analyse, mais ciblée cette fois sur un corpus constitué par la littérature empirique publiée pendant la même période. Les textes ont été sélectionnés par échantillonnage, à partir de l’identification, dans un premier moment, des chercheurs en DL, au Portugal, et l’indication, par ces chercheurs eux-mêmes, dans un deuxième moment, de leurs six œuvres les plus représentatives.

11Comme dans l’étude précédente, on est parti de la totalité du corpus (117 travaux) pour l’identification des études qui concernaient la thématique en question, à partir de deux catégories d’analyse : « objet d’étude » et « termes techniques ». Ce processus nous a permis d’identifier 39 travaux, correspondant à 33 % du total du corpus. Un commentaire s’impose pour expliciter que les études restantes sont partagées entre plusieurs thématiques (concernant, surtout, le développement de compétences linguistiques), raison pour laquelle le pourcentage trouvé prend une certaine importance. Le gra phique 1 confirme l’intérêt pour le thème de l’intercompréhension et son essor progressif :
Tout comme dans la littérature grise, les études analysées portent prioritairement sur le « discours constituant » (28 %), c’est-à-dire qu’elles abordent des problématiques directement liées aux interactions formatives en contextes éducatifs. Pourtant, dans ce sous-corpus, le « discours représentationnel » (visant l’étude de représentations et d’images des langues, de stéréotypes culturels, etc.) est classé au deuxième rang d’importance (avec 23 %), suivi du « discours instituant » (18 %), celui qui concerne les textes normatifs et régulateurs. Ces résultats mettent en évidence la conscience des chercheurs du besoin de connaître les significations attribuées par les acteurs à l’objet nucléaire de leur activité : interagir avec les langues et leurs locuteurs.

figure im1
Pourcentage (%) Graphique 1 : Chronologie des études publiées sur l’intercompréhension.

12Les objectifs des recherches, associés majoritairement à des études de cas et de recherche-action, sont essentiellement liés à la compréhension des discours et des pratiques (62 %) mais n’excluent pas l’intervention (27 %) et l’évaluation (10 %), aspect qui apparaît associé aussi à des études d’intervention dans la logique de l’évaluation de l’impact.

13Les cadres théoriques se situent de préférence dans le champ de la Didactique des Langues et des Politiques Linguistiques, ce qui montre, d’une part, la reconnaissance d’un corps de savoirs spécifique de la DL édifié à travers l’interaction constructive entre la réalité éducative et les savoirs multiréférentiels pertinents et, de l’autre, l’importance actuelle de l’influence du macro-système (politiques linguistiques) sur la conceptualisation et la réalisation de la pratique enseignante.

14Les objets d’étude les plus saillants portent sur les représentations des langues, cultures et communication (20 %) et la compétence plurilingue et interculturelle (13 %). Cette constatation, associée aux termes techniques les plus employés (compétence plurilingue, intercompréhension, et image/représentation) et à l’importance accordée au discours représentationnel, révèle la grande attention portée actuellement sur les individus et sur leurs concepts et attitudes.

15On vérifie la même tendance quand on analyse les résultats des études qui, quoique très dispersés, portent à un degré considérable sur les représentations concernant les langues, les cultures et la communication, sur la dimension affective et attitudinale dans l’éducation en langues et sur la compétence plurilingue et interculturelle. Le besoin d’approfondir des concepts, notamment celui d’intercompréhension, apparaît comme un autre des résultats les plus évidents.

16Nous présentons maintenant l’analyse, plus détaillée, des résultats des études portant sur les représentations, ces études étant, comme nous l’avons vu, majoritaires dans notre corpus. Ainsi, on y trouve des évidences de l’existence de points de vue différents, portant les uns sur le caractère utilitaire de la connaissance des langues (surtout par rapport à l’anglais et dans des communautés urbaines) et les autres sur leur caractère socio-affectif (surtout par rapport à la LM – voir Andrade, Araújo et Sá et Moreira, 2008). Les représentations concernant les langues sont considérées par certains comme de potentiels obstacles à l’apprentissage, mais elles sont aussi mentionnées comme des voies facilitatrices. Il faut aussi remarquer que le type d’activités scolaires et les caractéristiques de chaque école influencent beaucoup l’attitude vis-à-vis des langues. On conclut également que le développement de la culture linguistique se reflète sur l’environnement affectif et cognitif et que les stéréotypes influencent la communication interculturelle. Caractérisées par la stabilité et par l’homogénéité, les représentations admettent des possibilités de changement. Une autre conclusion permet d’observer que moins il y a de contact avec la langue, plus il y aura une représentation de distance à l’égard de cette langue. Ainsi, les situations d’interaction ouvrent des possibilités de prise de conscience et de mobilisation des répertoires plurilingues et interculturels et, dans ce cadre, les potentialités de l’interaction en ligne se révèlent très prometteuses.

17Il serait peu probable que les études de recherche en DL n’aient pas d’implications socio-éducatives, étant donné le caractère interactif entre le savoir et l’action qui caractérise l’activité dans ce domaine disciplinaire. Le moment est donc arrivé d’analyser les implications mentionnées dans ces études.

18Dans le travail antérieur, sur la littérature grise, les implications ont été regroupées selon les trois dimensions du triptyque didactique conçu par Alarcão, en 1994 (curriculaire  [5], de recherche, professionnelle  [6] ) et une nouvelle dimension, la politique, entre-temps ajoutée (Alarcão et al., 2006) grâce à l’émergence d’indicateurs (surtout à partir de 1999) qui ne rentraient pas dans les dimensions initiales du triptyque  [7].

19L’évolution de la DL et des cercles qui l’influencent exige aujourd’hui qu’on revisite et qu’on mette à jour ces dimensions-là. C’est ce que nous avons fait dans le cadre du projet EMIP/DL (Étude métalinguistique de recherche au Portugal, voir note 4) où se situe cette étude. Ainsi, sous la désignation de formative, nous avons regroupé les antérieures dimensions curriculaire et professionnelle. Cet élargissement de la dimension formative vise reconnaître que, au-delà de la formation curriculaire ou académique initiale, la formation de professeurs se réalise aussi dans la pratique selon une logique de développement professionnel centré sur l’activité que ces professionnels réalisent. Cette activité est intimement associée à leur fonction d’enseigner et, donc, étroitement liée à la formation des élèves, celle-ci correspondant également, dans ce sens, à une dimension formative de la didactique (Pinho, 2008). Pour cette raison, la dimension formative se subdivise en : formative/professeur (P) et formative/élève (E) :
Dans cette reconceptualisation, motivée par de nouvelles réalités et de nouveaux concepts de formation et de pratique professionnelle, les désignations « curriculaire » et « professionnelle » disparaissent, intégrées dans la dimension formative. Les dimensions de recherche et politique se maintiennent. L’utilisation de ce nouveau schéma pour la méta-analyse des implications des études nous montre que l’incidence retombe sur la dimension formative, avec 62 %. Ce résultat s’intègre dans le sillage de ce qui a été découvert dans l’étude antérieure, dans laquelle on distinguait la dimension professionnelle, et fait ressortir le caractère performatif de la DL et son emplacement dans l’interface entre la théorie et la pratique. La dimension de recherche apparaît ensuite avec 20 %. La dimension politique n’est pas significative dans les implications de ce sous-corpus, malgré sa présence dans les référentiels théoriques, comme on l’a vu auparavant.

Schéma 1

Les dimensions de la DL – une évolution.

Schéma 1
Schéma 1 : Les dimensions de la DL – une évolution.

Les dimensions de la DL – une évolution.

20Il faut aussi considérer la distribution en pourcentage dans les deux composantes de la dimension formative : professeur et élève. Bien que l’incidence tombe sur les élèves (60 %), la formation des professeurs est aussi très valorisée (40 %). Ce résultat se révèle encore plus remarquable quand on prend en compte que ce corpus n’inclut pas les travaux dont l’objet primordial d’étude est la formation de professeurs ; ce qu’il confirme, en effet, c’est l’intime articulation que la DL établit avec la formation de professeurs, déjà constatée dans des études méta-analytiques antérieures (Alarcão et al., 2004 ; Alarcão et al., 2009).

21Le volume des implications trouvées concernant la dimension formative a exigé des sous-catégorisations. Pour y parvenir, on a utilisé 5 indicateurs : a) contenu (concernant les aspects de type théorique sur lesquels tombe la formation) ; b) processus (préconisés ou suggérés comme appropriés) ; c) attitudes (à développer) ; d) contextes de réalisation (notamment ceux qui sont en dehors de la salle de classe, comme l’ambiance globale de l’école) ; e) finalités (quoique résiduelles, elles ont leur expression.)

22Pour qu’on puisse se faire une idée plus nette des implications mentionnées dans les études, nous en présentons une analyse plus détaillée à partir de ces indicateurs.

23

  • Dans la composante formative/élève : accent sur les processus (de prise de conscience, de mobilisation de la dimension attitudinale, de socialisation plurilingue et interculturelle).
  • Dans la composante formative/professeur : accent sur les contenus (plurilinguisme, intercompréhension, développement de compétences plurilingue et interculturelle, rapport entre les langues), en assumant la nouveauté de ces thématiques et le besoin de cadrer conceptuellement les pratiques enseignantes.
  • Présence très discrète d’indicateurs sur le contexte (référence au projet d’école en tant que co-constructeur d’une attitude d’ouverture aux langues), sur les attitudes (vis-à-vis des langues et de l’intercompréhension) et sur les finalités de l’apprentissage des langues dans la perspective d’une orientation morale et éthique.
  • Dans la dimension de recherche, les indicateurs indiquent : l’approfondissement (à travers la réalisation d’études dans d’autres contextes et niveaux d’apprentissage, longitudinaux et réalisés sous différents angles d’observation) ; suggestion de développement d’un modèle d’analyse de l’intercompréhension.

4. DANS LE SILLAGE DE L’HYPOTHÈSE FORMULÉE…

24Nous reprenons à présent l’hypothèse formulée dans l’Introduction et assumée comme question de recherche dans notre titre, concernant la possibilité de considérer l’« Intercompréhension » et le « Plurilinguisme » comme deux concepts structurants de la présente reconfiguration épistémologique de la DL et leurs reflets sur la dimension actionnelle de la discipline, et partons à la recherche d’évidences.

4.1. … évidences de reconfiguration de la recherche.

25On les trouve dans l’intérêt, systématique et de plus en plus scientifiquement soutenu, manifesté par des académiciens, boursiers et professeurs à réaliser des cursus postgradués sur des thèmes concernant l’« Intercompréhension » et le « Plurilinguisme ».

26Cette appartenance multiple des auteurs des recherches peut expliquer quelques différences trouvées au niveau des déclinaisons des deux « concepts phares » dans les deux sous-corpus analysés (littérature grise et publications). Ainsi, par exemple, le nombre de termes comme « curriculum » et « enseignement de la diversité », plus réduit dans la littérature publiée que dans la littérature grise, peut trouver son explication dans le fait que les auteurs de ce dernier sous-corpus soient majoritairement des professeurs et donc plus attirés par les implications curriculaires des nouvelles approches.

27Les évidences sont également présentes dans les résultats et dans les implications des études, orientées vers l’approfondissement de nouveaux concepts et le changement d’approches didactiques, dans une logique actionnelle épistémologiquement soutenue. Mais elles se manifestent aussi dans la grande attention accordée à des images et représentations, comme facteurs essentiels dans le changement paradigmatique de l’éducation en langues (Andrade, Araújo e Sá et Moreira, 2008).

4.2. … évidences aussi de reconfiguration des propositions et pratiques didactiques

28Plusieurs études sont traversées par des références à une Didactique du Plurilinguisme en tant que didactique intégrée de différentes langues, axée sur trois dimensions (personnelle, méthodologique et socio-politique) résumées dans le tableau 1 :
Didactique fermée sur les Langues respectives à une Didactique ouverte à l’interaction entre des Langues. La réponse révèle que les objectifs éducatifs s’amplifient ; l’objet de l’enseignement-apprentissage se reconstruit ; les modalités d’enseignement-apprentissage se diversifient ; les modalités de travail deviennent plus interactives (Alarcão et al., sous presse). Ou, selon les mots de Chardenet, la DL se situe actuellement dans l’« expansion de l’objet et du sujet » (Chardenet, 2004 : 52) et dans la complexification des deux.

Tableau 1

Caractérisation d’une Didactique du Plurilinguisme.

Tableau 1
Didactique du Plurilinguisme du plurilinguisme en tant que compétence, pratique Finalité Développement sociale et valeur. veloppement de l’intercompré-Objectifs Apprendre des langues permet le déhension, la paix et la cohésion sociale. Objet d’étude Pratiques d’éducation en langues (approches plurielles). Rôles des acteurs Professeur en tant que gestionnaire des apprentissages.Apprenant en tant que mobilisateur de capacités et de ressources. Activités de mobilisation des répertoires pluriels des élèves ; Activités de co-construction des apprentissages par l’élève (avec les els d’apprentissage, d’autres Modalités didactiques camarades, les professeurs, les matérisources d’information et d’interaction) ; Activités d’expérimentation de situations de communication interculturelle. Acceptation de l’autre, de sa langue, de sa culture ; envie, volonté, disponibilité d’approcher d’autres langues-cultures ; Savoirs-être envisagés Prise de conscience des avantages du contact avec la diversité linguis-tique et culturelle (flexibilité cognitive, élargissement de la vision du monde, acquisition de nouvelles connaissances et compétences, notamment celle de médiation…). Instruments Portfolios ;Biographies langagières. Tableau 1 : Caractérisation d’une Didactique du Plurilinguisme. On pourra maintenant se demander ce qui change quand on passe d’une

Caractérisation d’une Didactique du Plurilinguisme.

Activités de mobilisation des répertoires pluriels des élèves ;

29En ce sens, nous pensons qu’au niveau de la DL, nous sommes en train de passer d’une éducation pour les langues-cultures à une éducation par les languescultures (Galisson, 2004), où les langues-cultures ne sont plus le but à atteindre, mais deviennent le moyen à travers lequel on atteint une éducation pour un monde pluriel.

4.3. … évidences de reconfiguration des politiques linguistiques

30On a vu que les politiques linguistiques s’assumaient comme point de repère pour le développement de ces études. Cependant, dans une perspective dialectique éducation-contexte, les études en DL s’assument aussi comme des opportunités de revisitation et de reconfiguration de ces politiques. Dans ce sens, si les textes analysés reprennent les orientations d’une politique du plurilinguisme (comme celle qu’on trouve dans le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues ou le Portfolio Européen des Langues) soit au niveau de la recherche soit au niveau de la formation, ils les mettent aussi en question, tout en avançant avec des recommandations et des propositions qui les rendent plus pertinentes face aux spécificités de chaque contexte d’application.

31Ainsi, la DL, « de par les dimensions éducatives qu’elle implique, s’est progressivement installée au cœur des politiques linguistiques » (Borg, 2004 : 15), en se situant essentiellement, comme on l’a déjà dit, dans le domaine de l’intervention (plus que dans celui de la description).

5. L’INTERACTION DE LA DIDACTIQUE AVEC LA SOCIÉTÉ DANS CETTE RECONFIGURATION

32La nature scientifique et sociale de la DL et sa construction épistémologique fondée sur l’observation et la réflexion sur la réalité socio-éducative changeante implique un processus d’attention de la DL à l’évolution que la société subit sans cesse, pour mieux la comprendre et mieux préparer les citoyens à y intervenir (ce que nous avons appelé auparavant dialectique éducation-contexte).

33La recherche, en n’importe quel domaine de l’action humaine, trouve la légitimation éthique de ses problématiques, de ses pratiques et de ses ressources dans leur croisement avec les soucis, les anxiétés, les perplexités du monde où elle s’inscrit. Dans ce cadre, nous postulons qu’un nouveau discours en DL surviendra à partir des défis, problèmes et perplexités posés par l’enseignement-apprentissage des langues et de la communication, soit dans la salle de classe, soit vers où on veut préparer les apprenants : une communication interculturelle et plurilingue, qui préparera à la compréhension humaine (Melo, 2006 : 28).

34Dans ce regard interactif qui a présidé à la reconfiguration que l’on vient d’analyser, la DL s’est rendue compte de quelques signes de changement qu’elle ne pouvait pas ignorer et qui ont déclenché de nouvelles manières de concevoir, aujourd’hui, les langues, les cultures, les peuples, l’interaction humaine, la vie sociale.

35Parmi ces signes indicateurs de changement, ressortent les transformations sociales motivées par les frappants phénomènes d’immigration et d’émigration, à travers des processus d’européanisation et d’internationalisation au niveau planétaire.

36Le plus grand rapprochement du réel a apporté avec lui une ambition d’humanisation, de solidarité et de paix, consolidée dans l’attention portée à l’autre, attitude que l’apprentissage de langues peut aider à résoudre. Mais tendre la main à l’autre implique l’accepter, le respecter et le valoriser et, pour cela, il faut le connaître et interagir avec lui, ce qui suppose le développement d’attitudes de découverte et de disponibilité. Mais comment interagir dans un monde multilingue sans tomber dans l’absurde de la domination d’une seule langue ? Dans un sens qui semble aller à contre-courant de l’universalisation, mais qui défend le respect des spécificités, on assiste au développement de politiques linguistiques qui visent à revaloriser les langues et cultures minoritaires comme réaction à l’hégémonie de l’anglais. En ce même sens du respect vis-à-vis de ce qui est différent, se situe la reconceptualisation du rôle de l’apprenant et la reconnaissance des potentialités de mobilisation des connaissances acquises et des expériences vécues.

37Finalement, dans une logique pragmatique bien actuelle, les chercheurs en DL ne peuvent pas s’empêcher de faire attention aux termes de référence dans lesquels sont conçus les projets à financer (reflets des indicateurs sociaux), car ils favorisent, de nos jours, des projets orientés vers l’intercompréhension et le plurilinguisme.

38Pour résumer, c’est dans ce sens que nous sommes d’accord avec Araújo et Sá (2004) lorsque, se référant à une Didactique des Langues et du Plurilinguisme, elle explique que son émergence et légitimation s’appuient sur une constellation de facteurs connexes et interdépendants :

  • les tendances européennes en matière de politique linguistique qui commencent à se dessiner pendant la décennie 90 (surtout en ce qui concerne une réflexion sur l’apport de l’enseignement des langues à la cause de la Paix, à la citoyenneté démocratique y engagée et à la valorisation d’une Europe multilingue et multiculturelle) ;
  • la réflexion contemporaine sur les processus de construction de la connaissance, dans le cadre d’une épistémologie du complexe et de l’interdisciplinarité ;
  • la connaissance entre-temps acquise et l’identité légitimée de la DL.

39Ces facteurs marquent les orientations épistémologiques actuelles de la DL, car ils postulent, non une méthodologie unique et globale, mais des approches méthodologiques multiples, métissées, partielles, locales et provisoires, non seulement d’enseignement-apprentissage, mais aussi de recherche, en syntonie avec « un nouveau discours de la Didactique de Langues » (Melo, 2006).

6. CONCLUSION

40D’après les évidences présentées dans ce texte, notre hypothèse de départ est, selon nous, renforcée : l’« Intercompréhension » et le « Plurilinguisme » sont en cours de se constituer comme des axes structurants d’une nouvelle vision de la DL, déjà existante et avec des implications futures au niveau des pratiques enseignantes, des recherches, de la formation et des politiques linguistiques et éducatives.

41Un macro-contexte social de diversité linguistique et culturelle a fait émerger les exigences et les potentialités d’une éducation en langues, fondée sur une approche plurilingue, respectueuse et mobilisatrice des biographies langagières et communicatives, des points de contact entre les langues et de la capacité humaine à associer, inférer, expérimenter et systématiser en tant que voies d’accès à la connaissance et à l’usage qu’on en fait. La reconnaissance de l’influence des attitudes vis-à-vis des langues et des peuples dans le processus d’apprentissage déplace, vers la première ligne, l’importance de la connaissance des représentations que chacun transporte avec soi, ce qui explique le rôle croissant de ce thème dans la formation et la recherche en DL. Le développement du répertoire linguistique et communicatif en tant qu’espace ouvert à plusieurs langues s’appuie sur un processus qui implique une finalité et une volonté : celles de trouver et de comprendre l’autre et de bâtir ensemble un Tiers Espace de Communication (Bhabha, 1994), construit par l’articulation de volontés, d’intentions et de subjectivités. Il nous semble, donc, que dans l’état actuel de la DL, on pourra affirmer que le plurilinguisme est une compétence linguistique et communicative qui soutient l’une des valeurs de l’interaction humaine : l’intercompréhension. Il faut suivre attentivement l’évolution en cours et évaluer ses implications dans l’éducation et dans la construction d’un monde que l’on veut plus cohérent et plus humain.

Notes

  • [1]
    Colloque réalisé à Lisbonne, 5-8 septembre 2007.
  • [2]
    L’importance de cette thématique a justifié l’approbation et la création de REDINTER – Réseau Européen d’Intercompréhension – projet financé par la Commission Européenne pour 36 mois, à partir du 01.11.08, où participent 28 institutions. Ce réseau est coordonné par Filomena Capucho, Professeur à l’Université Catholique Portugaise.
  • [3]
    Projet EMIP/DL financé par la FCT (Fondation pour la Science et Technologie) et par le Programme Opérationnel Ciência e Inovação 2010 (POCI 2010), cofinancé par le Fonds européen de développement régional FEDER et par PPCDT. Coordination de Maria Helena Araújo e Sá et Isabel Alarcão.
  • [4]
    PCAs sont, selon l’auteur, des professeurs des enseignements de base et secondaire en cours de réalisation de cursus postgradués dans les institutions d’enseignement supérieur.
  • [5]
    La dimension curriculaire de la didactique se référait à la (aux) discipline(s) qui, dans les curricula des cours de formation des professeurs, graduée et postgraduée, ont pour objet d’étude la Didactique, dans ce cas, la DL.
  • [6]
    La dimension professionnelle de la didactique était entendue comme l’axe praxéologique, actionnel de la Didactique : l’activité d’enseignement réalisée par les professeurs dans la pratique de leur métier.
  • [7]
    Comme dimension politique, on entendait, et on entend aujourd’hui surtout, après l’approfondissement du concept, le discours concernant la pensée et les décisions qui concernaient les macroorientations stratégiques qui influencent les lignes d’action réalisées dans l’organisation des systèmes éducatifs, des curricula, des programmes et des orientations curriculaires, indépendamment de celui qui tient le pouvoir de décision (majoritairement les politiciens) et le pouvoir d’exprimer une opinion à l’intention critique et transformatrice, influençant éventuellement les macro-décisions (les didacticiens, en y incluant aussi les professeurs).
  • [8]
    Adresses Web vérifiées le 17 octobre 2008.
Français

Dans le but de tracer le parcours du développement de la Didactique des Langues au cours des dernières années, nous avons pris pour référence le caractère interrogateur de l’énoncé qui titre ce texte et qui souligne notre reconnaissance de l’évolution dans ce domaine. On formule une hypothèse d’interprétation des facteurs qui semblent la structurer et qui peuvent se résumer, peut-être, en deux « mots-phares », selon Boyer et al. (1990) : intercompréhension et plurilinguisme. On vise, donc, dans ce texte, à présenter une contribution fondée sur une recherche de type méta-analytique qui puisse aider à la compréhension de la récente évolution épistémologique de la Didactique des Langues dans ses dimensions de recherche et de formation et dans l’interaction avec la réalité sociale et politique.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES  [8]

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Isabel Alarcão
Université de Aveiro, CIDTFF/LAL (Portugal)
Ana Isabel Andrade
Maria Helena Araújo E Sá
Sílvia Melo-Pfeifer
Leonor Santos
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 24/07/2009
https://doi.org/10.3917/ela.153.0011
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