CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Les fondements de la profession

1 C’est à partir d’un phénomène de société qu’elle trouve ses origines, au tout début du xixe siècle. Cette période de l’histoire est marquée « par des bouleversements importants dans les rapports de l’homme au travail. L’industrialisation apporte des modifications radicales, touche l’enfant de près » (Thomé, 1985) et il semble difficile de « continuer à lui faire vivre la même façon de travailler que les adultes » (idem). D’une certaine manière exclus d’un système qui modifie les modes de vie, les enfants traînent de plus en plus dans les rues, vagabondent, volent et sont envoyés en prison. Or, à l’époque, la séparation entre les détenus majeurs et les détenus mineurs n’existe pas. Il est donc impérieux d’isoler ces derniers car la cohabitation s’avère malsaine.

Le mouvement philanthropique (1830-1835)

2 Au cœur du problème, une poignée d’humanistes prend conscience d’une situation nuisible qui les pousse à agir. Ils décident d’aménager la vie des jeunes délinquants jusqu’ici emprisonnés avec les adultes. Cinq d’entre eux vont jouer un rôle déterminant :

  1. Charles Alexis Clérel de Tocqueville, magistrat au tempérament réformiste, personnalité très influente, se rend aux États-Unis pour étudier le système pénitentiaire ;
  2. Le comte d’Argout, ministre du Commerce et des Travaux publics, envoie (le 3 décembre 1832) une circulaire aux préfets sur « le placement en apprentissage des enfants jugés en vertu de l’article 66 du code pénal de 1810 » (Gaillac, 1971). Cet article, qui n’est pas appliqué, concerne les jeunes délinquants acquittés de moins de 16 ans ayant agi sans discernement. C’est cette initiative obstinée et judicieuse du comte d’Argout qui induit les prémices de la rééducation. En effet, dans son texte intégral, la circulaire constitue un événement capital dans ce domaine en ce sens que « pour la première fois, elle établit une distinction très nette entre la sanction pénale qui doit être appliquée aux condamnés et la mesure éducative qui seule convient aux enfants acquittés comme ayant agi sans discernement » (Gaillac, 1971). Cette discrimination capitale annonce la nécessité d’un personnel spécialisé ;
  3. Charles Lucas, inspecteur général des prisons du Royaume (1833), grand humaniste libéral, adresse un courrier au baron de Gérando, pair de France, conseiller d’État. L’idée de Charles Lucas, grand artisan de la réforme des prisons, est de créer des quartiers spécifiques pour les enfants. D’autre part, comme la France entre dans sa phase active d’industrialisation et que la campagne se dépeuple, il souhaite redonner à la terre les bras qui lui manquent, ce qui lui vaut cette maxime célèbre : « Sauver le colon par la terre et la terre par le colon » (Gaillac, 1971). Il préconise alors la création d’institutions (colonies agricoles), une intention qui aura bientôt ses lendemains ;
  4. Le vicomte de Bretignières de Courteilles et Frédéric-Auguste Demetz (1835) s’efforcent de concrétiser le projet échafaudé par Charles Lucas. Ils se sont connus au lycée Condorcet à Paris. De Courteilles, très riche propriétaire tourangeau, préside la commission qui étudie la réforme des prisons départementales. Lui-même est soucieux des problèmes posés par l’incarcération des enfants parmi les adultes. Il apporte une propriété de sept cents hectares. De son côté, Demetz, avocat, conseiller à la Cour royale, a lui aussi un projet en tête : l’ouverture d’une maison de refuge pour prévenus acquittés. Il est aussi très intéressé par l’idée de Charles Lucas. La rencontre entre de Courteilles et Demetz est déterminante. Homme à la fibre éducative inventive, ce dernier part en voyage à l’étranger (États-Unis, Angleterre, Belgique, Hollande, Allemagne) afin de puiser des idées qui lui seront utiles pour la construction des locaux et la mise en place du système éducatif de la future colonie. Au mois d’avril 1839, il donne sa démission de la magistrature et, au mois de juin (4 juin 1839), il fonde la société « La Paternelle ». La première colonie agricole et pénitentiaire est née. Sise à Mettray, dans la périphérie tourangelle, elle marque le début de l’institutionnalisation et de la rééducation. L’un des bâtiments est appelé à fonctionner avant l’arrivée des colons. Il s’agit de l’école des moniteurs, autrement dit de la légendaire école des contremaîtres que l’on doit à l’esprit créatif et inventif de Demetz.

L’école des contremaîtres : une idée ingénieuse et novatrice

3 Le bâtiment spécialement construit à cet effet est situé non loin des pavillons chargés d’accueillir les futurs colons.

4 L’école des contremaîtres ouvre ses portes au mois de juillet 1839. La promotion est composée d’une vingtaine d’hommes relativement jeunes, d’origine modeste, choisis par les fondateurs pour leur bonne moralité. Des matières très disparates composent le programme de formation (enseignement général et professionnel). Demetz et de Courteilles ont parfaitement compris que pour passer de la surveillance à l’éducation, la nécessité d’un personnel spécialement formé s’impose avant son entrée dans la fonction. La direction conjointe fonctionne à merveille.

5 À Mettray, les contremaîtres jouent un rôle prépondérant. Ils travaillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tantôt chargés de la formation professionnelle, de l’enseignement, tantôt de la vie quotidienne. Profondément imprégnés par la formation labellisée Demetz, la plupart d’entre eux connaîtront la promotion sociale ailleurs, placés à la tête d’établissements analogues. L’école des contremaîtres, c’est la naissance de la première école d’éducateurs en France et le fondement des professions rééducatives. Le contremaître, c’est l’éducateur technique spécialisé avant la lettre. C’est un technicien qui a une fonction très spécifique et maîtrise un métier qu’il apprend aux colons.

6 Lors de la sortie de la promotion, de Courteilles prononce un discours. Il flatte chaque contremaître à travers des propos qui prouvent qu’il connaît bien les jeunes adultes qui viennent de terminer leur formation. À Barillet-Deschamps, il lance : « Ouvrier jardinier comme ton père, tu seras un de nos premiers horticulteurs » (Bretignières de Courteilles, 1841). Effectivement il le fut et de quelle manière ! Moniteur de jardinage formé à l’école des contremaîtres, il est devenu quelques années plus tard un paysagiste d’envergure internationale. Luisa Limido, architecte italienne, s’est intéressée à ce contremaître formé à la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray qui, à Paris, à Turin puis à Vienne, a esquissé, dessiné et créé de nombreux parcs et jardins à l’intérieur de squares. À son sujet, elle écrit qu’il « a été rénovateur du genre paysagiste du jardin anglais qui eut sous son impulsion, des applications grandioses. Il est l’un des rares artistes qui, après Le Nôtre, ait conquis, en dessinant et en plantant des jardins, une réputation approchant la célébrité impérissable de celui-ci et qui nous est transmise que par des créations encore existantes, par l’opinion de ses contemporains et par ses élèves » (Limido, 1997). Depuis 1889, une rue de la ville de Tours porte le nom de ce contremaître. Aussitôt après avoir vanté Barillet-Deschamps, de Courteilles s’adresse à Blanchard et lui laisse entrevoir en filigrane sa destinée lorsqu’il lui confie : « Je vous ai adopté, vous êtes mon fils, nous vous montrons avec orgueil, croyez et vous serez sauvé » (Bretignières de Courteilles, 1841). Au-delà du paternalisme qui transparaît dans les propos du vicomte de Courteilles, Demetz « adopte » lui aussi Blanchard. Ce dernier deviendra bien vite délégataire et premier assistant des fondateurs et, avec eux, il se rendra à la centrale de Fontevraud pour aller chercher les premiers colons.

L’ouverture officielle de la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray

7 Des terres fertiles, des fermes ici et là (dont certaines fermes-écoles) font que Mettray a avant tout une vocation agricole. Cet établissement spécialisé, que l’on doit à Charles Lucas, ouvre officiellement ses portes le 22 janvier 1840. Internet fournit une anecdote sur l’arrivée des premiers colons qui vont constituer le premier embryon de la colonie. Le « 22 janvier 1840, dix heures du soir, deux voitures quittaient Fontevraud pour prendre la route menant à Mettray. Le matin même monsieur Demetz, monsieur de Courteilles, monsieur Blanchard, jeune moniteur, avaient quitté cette commune et étaient arrivés à midi à Fontevraud. Monsieur Demetz avait choisi huit détenus qui devaient former le noyau dur de la colonie naissante ». Sur place, à la centrale de Fontevraud, Demetz sélectionne huit jeunes prisonniers qui vont constituer le point de départ de la colonie. Dans le souci de créer un esprit maison, un nombre restreint de colons est accueilli au départ.

La période rose (1838-1873)

8 Symbole de progrès social, la colonie rencontre très vite un grand succès. Considérée comme site historique, elle connaît une telle aura qu’elle est visitée par de nombreux touristes anglais au même titre que les châteaux de la Loire ! Demetz continue d’innover. Il crée « l’Agence de la Paternelle » (1842) chargée de recruter des fonds, de placer et suivre les colons après leur sortie de Mettray. Le vicomte de Courteilles décède en 1852 et Demetz prend seul la direction de la colonie.

9 Trois ans plus tard (1855), il ouvre une section pour fils de famille placés par mesure de correction paternelle. Le séjour est très court et relativement coûteux. La noblesse fait vivre la colonie. Pendant trente-cinq ans, Demetz maintient le style philanthropique. Avec lui, la colonie vit ses heures de gloire. Il décède le 2 novembre 1873. Au fronton du portail d’entrée, il avait fait graver cette maxime : « Mieux vaut prévenir que réprimer. » Or, petit à petit, un système de plus en plus répressif va l’emporter sur la prévention. Les contremaîtres sont toujours dans l’air du temps, pour un peu plus de deux décennies encore.

La période grise (1873-1910)

10 Le successeur de Demetz n’est pas un inconnu. En effet, Blanchard a effectué la formation de contremaître à Mettray. Il prend la suite d’un homme à l’immense talent créateur et réussit à maintenir la manière de la colonie jusqu’à sa mort en 1884. C’est à partir de là que les choses se gâtent. Ses deux successeurs : de Cayla (1884-1887) puis Cluze (1887-1905), militaire en retraite, laissent se développer une « discipline très militaire de l’administration pénitentiaire » (Gaillac, 1971) qui prend la relève du mouvement philanthropique. Dans le décor de Mettray, apparaissent les « surveillants à trois, deux ou un galons » (Gaillac, 1971). Curieusement, c’est à partir de cette période agitée que le contremaître rencontre « l’état de grâce » jusqu’à l’aube de la Seconde Guerre mondiale.

11 En effet, à la fin du xixe siècle, les colonies agricoles sont de plus en plus orientées vers l’industrie. Les apprentissages de plus en plus spécialisés nécessitent un personnel hautement qualifié au plan technique. En 1894, une réforme intervient au niveau de la sélection du personnel. Elle précise que « le recrutement des surveillants et surveillants-contremaîtres se fait avec un soin tout particulier, les candidats sont choisis parmi les anciens sous-officiers, parmi les jeunes gens qui offrent le plus d’intelligence et de connaissances professionnelles pour l’enseignement manuel, soit industriel, soit agricole, la mission des contremaîtres d’atelier est considérée comme très importante puisque de leur enseignement dépend souvent l’avenir des apprentis ouvriers qui leur sont confiés. Aussi a-t-il été fait une différence très appréciable en accordant à ces professionnels une indemnité annuelle spéciale allant jusqu’à deux cents francs » (Gaillac, 1971). La sélection du personnel occasionne désormais la superposition de deux fonctions :

  1. Le surveillant-contremaître ou contremaître d’atelier reconnu dans sa fonction après validation d’un stage de six mois. Il est valorisé. Chargé de la formation professionnelle, il enseigne et de surcroît perçoit une prime. C’est l’ancêtre de l’éducateur technique spécialisé ;
  2. Le surveillant est reconnu dans sa fonction après avoir suivi les cours de l’École élémentaire à l’intérieur de la colonie. Il surveille. C’est l’ancêtre de l’éducateur spécialisé.
Dans les changements qui s’opèrent, le surveillant-contremaître ou contremaître d’atelier occupe une place prépondérante par rapport au surveillant. Il en sera ainsi jusqu’à la fermeture des colonies agricoles et pénitentiaires.

La période noire (1910-1939) : Les campagnes de presse contre les bagnes d’enfants

12 La Première Guerre mondiale éclate en 1914. Peu de temps auparavant, la « Maison Paternelle » ferme ses portes à la suite de problèmes de discipline mais surtout à cause des campagnes de presse dirigées contre « les bagnes d’enfants ». L’époque des défricheurs (1838-1939) s’éteint avec la fermeture des colonies. Le surveillant-contremaître, maître d’apprentissage et avant tout représentant de la valeur « travail », a vécu pendant un siècle. Il se perd dans la nuit des temps.

La Seconde Guerre mondiale : le point de départ de la redéfinition des fonctions

13 Ce n’est pas le cas de l’éducateur-surveillant resté jusqu’ici dans l’ombre du surveillant-contremaître. Plusieurs raisons contribuent à son réveil. D’abord, le 15 octobre 1942, la première école d’éducateurs (de la seconde génération) ouvre ses portes à Toulouse à l’initiative de l’abbé Plaquevent. Ensuite, sous l’impulsion de la neuropsychiatrie, d’autres écoles voient le jour. L’éducateur spécialisé se professionnalise alors très vite, aidé en cela par des associations professionnelles (aneji, unaede). D’un autre côté, la Seconde Guerre mondiale génère une augmentation de la délinquance. Dans les structures de l’époque (centres d’observation, foyers, etc.), les activités quotidiennes sont multiples et différenciées, ce qui conduit l’éducateur à se spécialiser dans trois directions voire trois endroits : le groupe, l’atelier et la classe.

14 Plus prompt à s’organiser, l’éducateur spécialisé supplante très vite celui que l’on appelle désormais moniteur d’atelier (une appellation longtemps conservée dans la fonction publique). À partir de là, ce n’est plus la valeur « travail » mais la valeur « relation » qui se pose comme le vecteur essentiel de la rééducation. L’éducateur spécialisé, technicien de la relation, est désormais le référent dominant. Quant au moniteur d’atelier, il continue de remplir sa tâche auprès des délinquants.

15 À l’aube de l’enfance inadaptée, le développement des associations et la médicalisation de la rééducation modifient le panorama des populations accueillies. Désormais, il ne s’agit plus uniquement de jeunes délinquants destinés à être remis dans le circuit du travail, de la vie quotidienne, mais surtout de déficients intellectuels et mentaux qui quittent leurs familles ou les hôpitaux psychiatriques pour être placés en institutions.

16 Dans les années cinquante, de nombreuses associations de parents revendiquent l’éducabilité de leurs enfants handicapés mentaux, d’où un développement rapide des imp et impro ainsi que des cat. Ces structures s’avèrent de nouveaux bassins d’emploi pour le moniteur d’atelier appelé aussi moniteur technique et la nécessité de codifier la profession s’impose. En 1955, l’aneji constitue une Commission nationale des éducateurs techniques qui organisera par la suite des journées nationales de perfectionnement. Cette même année voit « la naissance officielle des moniteurs-éducateurs ». Créés « pour désenclaver la profession d’éducateur spécialisé, ils s’avéreront rapidement n’être qu’une catégorisation interne, suremployée et sous-payée par rapport aux éducateurs spécialisés » (Escazaux, 1980). Au mois de septembre 1957, à l’initiative de Marcel Tomeno, l’impro « Village des Jeunes » ouvre ses portes dans les bâtiments dégradés de la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray. Aujourd’hui, l’établissement, qui a su conserver des vestiges du passé, fonctionne dans un concept de modernité.

Convention collective, diplômes d’État et certificats d’aptitude

17 À partir des années soixante, avec l’apparition de la psychanalyse, l’éducateur spécialisé jusqu’ici plutôt centré sur le groupe (éducateur-moniteur) est désormais centré sur la personne (éducateur-psychologue). Ses préoccupations sont plus d’ordre thérapeutique et il marque des différences individuelles de personnalité. L’appellation éducateur technique prend racine et la Convention collective nationale du travail de l’enfance inadaptée, en date du 15 mars 1966, le reconnaît statutairement. Des formations expérimentales d’éducateur technique spécialisé sont mises en place (Strasbourg, Poitiers, Marseille, Toulouse, Dijon, Lille, etc.). L’année 1967 est marquée par l’institution du diplôme d’État d’éducateur spécialisé. L’instauration de celui-ci puis les événements de mai 1968 auraient-ils touché au plus profond d’eux-mêmes les éducateurs techniques ? Le stage national de perfectionnement (aneji, 1969) organisé l’année suivante par l’aneji porterait à le croire. Il regroupe deux cent cinquante participants, un nombre jamais atteint dans les précédents. Nombreux sont celles et ceux qui sont venus pour faire part de leurs attentes en matière de formation. Un mois après (mai 1969), le premier projet de formation d’éducateur technique spécialisé est déposé au ministère de la Santé mais il n’est pas retenu.

18 Dans la foulée de la convention collective, les années soixante-dix sont marquées par des dates importantes. Un décret en date du 9 mars 1970 officialise le Certificat d’aptitude aux fonctions de moniteur-éducateur. La même année, dans le souci « d’éponger » tout le personnel éducatif exerçant sans diplôme, une formation est mise en place au plan national. Il s’agit des actions d’adaptation, appelées aussi mesures d’adaptation, dont le but est de dispenser un programme adapté à la formation des quatre mille cinq cents salariés occupant des postes éducatifs sans aucune qualification. Le taux d’abandon est relativement important (25 %). Celles et ceux qui terminent le cursus obtiennent le Certificat national de qualification (cnq) qui se situe à deux niveaux : éducateur spécialisé ou moniteur-éducateur.

19 Toujours en 1970, un deuxième projet de formation d’éducateur technique spécialisé est transmis au ministère de la Santé. Il n’est pas choisi mais par contre certaines options seront conservées. L’arrêté du 4 septembre 1972 institue le Certificat d’aptitude aux fonctions d’aide médico-psychologique (amp) et l’année suivante, c’est le Diplôme d’État d’éducateurs de jeunes enfants (deeje) qui voit le jour. Cette même année (1973), le ministère de la Santé propose un nouveau projet en vue de la mise en place de la formation. Le texte proposé est l’objet de dissensions et de discussions serrées entre les ministères de l’Éducation nationale et de la Santé. Les négociations traînent en longueur et retardent la publication. Trois années s’écouleront avant la parution des textes officiels.

L’institution du cafets

20 Le Certificat d’aptitude aux fonctions d’éducateur technique spécialisé (cafets) est instauré par le décret n° 76-47 du 12 janvier 1976. Dans son article 1er, il stipule qu’il est « destiné aux personnes assurant la formation technologique, l’adaptation ou la réadaptation professionnelle ». Ces personnes, ce sont « les éducateurs techniques plus spécialement chargés de la formation professionnelle, soit dans des établissements pour adolescents (instituts médico-professionnels), soit dans des établissements pour adultes handicapés (centres d’aide par le travail). Souvent issus du monde de l’entreprise, ils doivent avoir des qualités professionnelles qui incluent leur compréhension des handicaps et des inadaptations » (Jaeger, 1994). De fait, la formation est destinée à un éventail assez large de professionnels qui exercent sur des plates-formes moins courantes, plus originales aussi telles que : centre d’hébergement et de réadaptation sociale (chrs), centre éducatif et professionnel (cep), centre d’adaptation à la vie active (cava), équipe de préparation, de suivi et de reclassement (epsr), entreprise d’insertion, prévention spécialisée, etc.

21 Travailleur social à part entière, l’éducateur technique spécialisé exerce le plus vieux métier du secteur social. Rattrapé puis dépassé par l’éducateur spécialisé, il est aujourd’hui déprécié. C’est une situation qui perdure depuis la mise en place de la formation d’éducateur spécialisé, à l’école de Toulouse en 1942. Pour mémoire, entre la naissance de l’aneji (1947), la signature de la convention collective (1966) et la parution des textes officiels (1976), l’éducateur technique a dû attendre presque trente ans pour partir en formation. Par ailleurs, le projet de réforme a été mis en route en 1986. Il sommeille depuis seize ans alors que la formation d’éducateur spécialisé a été réformée en 1990.

Références bibliographiques

  • aneji, compte rendu du xive stage national des éducatrices et éducateurs techniques, L’éducateur technique et le jeune inadapté face au monde du travail, du 30 mars au 1er avril 1969, 113 pages.
  • Discours du vicomte de Bretignières de Courteilles aux agents de Mettray, Archives de l’association « La Paternelle » (aujourd’hui déposées aux Archives départementales d’Indre-et-Loire), Mettray, 1841, non paginé.
  • Escazaux, C. 1980. Les moniteurs-éducateurs, maîtrise de sociologie, Paris-VIII, Vincennes, 1975 (cité par Michel Chauvière, Enfance inadaptée : l’héritage de Vichy, Paris, Éditions Ouvrières, 1980, 283 pages, p. 241).
  • Gaillac, H. 1971. Les maisons de correction, Paris (1830-1945).
  • Internet, Les colonies agricoles et pénitentiaires, hhttp:// www. justicegouv.fr/arbo/pjj/pjj01.pp.htm
  • Jaeger, M. 1994. Guide du secteur social et médico-social, Toulouse, Éditions Privat, 214 pages, p. 102.
  • En ligneLimido, L. 1997. « The Squares Created by Jean-Pierre Barillet-Deschamps in Turin. A Study Based on the Correspondance Between the French Landscape Architect and the Mayor of the City in the Years Between 1860 and 1864 », Journal of Garden History, vol. 17, n° 2, avril-juin 1997, London, Washington dc, p. 122 à 139.
  • Textes officiels et programme, modèle 31050, Berger-Levrault, Nancy, 23 pages, p. 3.
  • Thomé, P. 1985. Travail social. L’impossible professionnalisation, Université Lyon-2, Les Publi-cations du Centre de Recherche sur les Inadap-tations, novembre, 315 pages, p. 214.
Pierre-Paul Chapon [*]
  • [*]
    Formateur, 47, rue Fleurie,37540 Saint-Cyr-sur-Loire.
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