CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Quelles sont les origines de la conscience de soi et quel est son développement au cours de la première enfance ? À la lumière de quelques faits expérimentaux récents, le but de cette présentation est d’aborder ces deux questions fondamentales de la psychologie.

2Les psychologues de l’enfant acceptent typiquement par principe qu’un concept de soi commence à se manifester au cours de la deuxième année, lorsque le jeune enfant se reconnaît explicitement dans le miroir (Zazzo, 1981). La passation de la fameuse épreuve de la « tache » où l’enfant découvre son visage taché dans la glace puis porte sa main au visage pour l’effacer est typiquement considérée comme la preuve comportementale, sinon irréfutable d’une conscience de soi. Cette passation montre que l’enfant réfère l’image spéculaire à son propre corps, ne confondant pas cette image avec celle d’un autre enfant. Mais d’où vient cette conscience et quels sont les mécanismes qui permettraient son émergence explicite aux alentours de la deuxième année ?

3Le but ici est de montrer tout d’abord que l’émergence d’une conscience explicite de soi vers deux ans n’est pas une émergence soudaine ou spontanée. Au contraire, cette conscience de soi est le produit d’une expérience perceptive du corps que fait le bébé dès la naissance et peut-être même avant. Il s’agit d’une expérience du corps propre en soi, mais aussi en interaction avec les choses physiques, et plus important encore, en interaction avec autrui.

L’EXPÉRIENCE UNIQUE DU CORPS

4Dès la naissance, il y aurait des expériences perceptives qui spécifient de façon unique et exclusive le corps propre, par opposition aux autres corps physiques de l’environnement. Il s’agit d’expériences polysensorielles qui incluent en général une expérience proprioceptive, qui est la modalité par excellence de la perception de soi. Lorsque par exemple je porte ma main à ma joue, je fais l’expérience exclusive de ma main touchant mon visage et mon visage touchant ma main. Il s’agit de ce que l’on peut qualifier d’un toucher double. Encore une fois, ce type d’expérience perceptive est unique au corps propre, le spécifiant de façon exclusive : personne d’autre que moi-même peut faire l’expérience d’un toucher double. De même, personne d’autre que moi peut simultanément sentir mon système vocal produire un son et entendre ce son. Or l’on sait que le bébé dès la naissance, et même avant, est capable de faire ce type d’expériences polysensorielles. Durant le troisième trimestre de grossesse, le fœtus suce son pouce (Prechtl, 1984), cette coordination main-bouche est souvent observée immédiatement après la naissance, particulièrement après la distribution d’une substance sucrée au nourrisson (Rochat, Blass & Hoffmeyer, 1988). Donc, très tôt le bébé est capable de faire une expérience perceptive qui est spécifiante du corps propre (Rochat & Goubet, 2000).

LE SOI ÉCOLOGIQUE DU NOURRISSON

5C’est sur la base de ces expériences polysensorielles spécifiantes et apparemment précoces du corps propre, que le bébé très tôt développe une connaissance implicite du corps, ce que l’on peut appeler un sens écologique de soi (Neisser, 1991 ; Rochat, 1997). Le soi écologique se définit par un sens implicite du corps comme entité différenciée, située, et agente dans l’environnement. Très tôt le bébé manifeste dans ses comportements ce sens écologique de soi, bien avant qu’il ne se reconnaisse dans le miroir d’une façon explicite. Voici quelques faits empiriques qui appuient cette idée :

6Le corps comme entité différenciée : La plupart des théories sur les débuts du développement ont supposé que le bébé naît dans un état de fusion avec le monde, une confusion « détonante » comme le supposait William James, cette idée reprise sous différentes formes par de nombreux psychologues de la première enfance tels Mahler, Pine & Bergman (1975) ou Piaget (1936). Mahler et collaborateurs, par exemple, qualifie le nouveau-né comme baignant dans un état premier d’autisme infantile. En fait, la réalité expérimentale ne soutient pas une pareille interprétation. Nombreuses sont les recherches récentes qui montrent que dès la naissance le bébé discrimine ses perceptions sur la base d’expériences multisensorielles. Ceci est démontré par exemple, par les beaux travaux de Marlier, Schaal & Soussignan (1998) sur l’apprentissage olfactif du nouveau-né ; ou encore la recherche sur les apprentissages de la voix maternelle entendue par le bébé déjà in utero (Lecanuet, Fifer, Krasnegor & Smotherman, 1995).

7Plus pertinente encore est notre recherche sur la discrimination entre perception des actions propres et des actions d’origine extérieure au corps chez le nouveau-né de moins de 24 heures. Nous avons comparé systématiquement la réponse de fouissement du nouveau-né consécutivement à soit un contact spontané de la zone périorale (joue droite ou gauche) par la propre main du bébé, soit à un contact du doigt de l’expérimentateur sur l’une des joues du bébé. Nous montrons qu’à la suite d’un toucher-double (main propre touchant la joue), le nouveau-né manifeste significativement moins de réponses de fouissement (orientation de la bouche vers la main) comparé à la condition où le doigt de l’expérimentateur stimule la joue (Rochat & Hespos, 1997). Cette simple observation démontre que dès la naissance le bébé est capable de discriminer entre stimulation propre et stimulation d’une provenance extérieure au corps. Nous sommes donc loin de l’idée d’une confusion soi-monde au début de la vie. Notons que les recherches de Jouen (Jouen & Gapenne, 1995 pour une revue) rejoignent ce point de vue sur la base de réactions visuo-vestibulaires différenciées chez le nouveau-né selon qu’il est déplacé dans un environnement stable, ou au contraire lorsqu’il est maintenu à la même place dans un environnement qui bouge.

8Le corps comme entité située : Dès l’âge d’environ 4 mois, l’enfant tend à porter ses mains systématiquement sur les objets qu’il voit. On dit parfois que c’est un « touche-à-tout ». En fait, le bébé ne tente pas de toucher tout ce qu’il voit. Au contraire, il touche les objets qui en valent la peine. Ceci est démontré dans nos observations sur les débuts de la préhension d’objets présentés à des distances variables (Rochat & Goubet, 1995 ; Rochat, Goubet & Senders, 1999). Nous avons pu montrer que lorsque le bébé commence à saisir les objets avec ses mains, il tient compte de la distance qui le sépare de ces objets. Il aura tendance à se mobiliser posturalement et préparer son geste de préhension puis éventuellement toucher et saisir tous les objets qui sont présentés par l’expérimentateur à l’intérieur ou juste à la limite de sa sphère de préhension (zone où il peut saisir l’objet avec un maximum d’extension des bras et du tronc). Par contre, cette tendance diminue significativement lorsque l’objet est présenté à 5-6 cm hors de sa zone de préhension. Là, l’enfant se rebiffe et se désintéresse de l’objet, comme s’il n’était plus un objet convoité par les mains. Cette observation montre sans ambigu ïté que le bébé, dès 4 mois, a un sens de son corps situé par rapport aux objets. Les effectivités motrices de son corps sont très tôt calibrées par rapport à la distance qui sépare le jeune enfant des choses qui l’entourent dans l’environnement.

9Le corps comme entité agente : Dès le deuxième mois, lorsque le bébé commence à sourire dans des échanges réciproques avec autrui, il commence aussi à devenir attentif aux conséquences de ses propres actions (Rochat, 2001). Clairement, il se manifeste comme entité agente. Un exemple de ce développement est fourni par une recherche où l’on a introduit dans la bouche de bébés de 2 mois des tétines « musicales » (Rochat & Striano, 1999). Chaque fois que le bébé tétait sur la tétine en caoutchouc au-delà d’un seuil de pression déterminé, cette succion s’accompagnait d’un son. Dans une condition, le son était une sorte d’analogue auditif des pressions orales effectuées sur la tétine par le bébé. Il s’agissait d’une succession rapide de sons discrets dont la fréquence variait en fonction de la pression : plus la pression augmentait, plus la fréquence des sons s’élevait, et vice versa. Nous avons aussi testé les bébés dans une condition ou la fréquence des sons variait d’une façon aléatoire (non analogue). On observe que le bébé de 2 mois tète différemment dans la condition aux sons analogues comparés à la condition aux sons non analogues. En résumé, le bébé de 2 mois se montre attentif à ce qu’il produit oralement sur la tétine, comme un trompettiste peut être attentif aux effets de sa bouche sur le bec de son instrument sur lequel il souffle. Dans cette recherche, le bébé module son action orale pour explorer les conséquences auditives de cette action. Il manifeste un sens du corps comme agent des transformations perceptives qu’il explore systématiquement.

10Notons que la même recherche faite avec un groupe de nouveau-nés âgés d’environ 24 heures ne nous a pas permis d’observer les mêmes phénomènes. L’attention perceptive sur les conséquences de ses propres actions semblerait donc se développer au cours des deux premiers mois de vie (Rochat & Striano, 1999).

ÉMERGENCE DE LA COCONSCIENCE

11Si, comme on l’a vu, le bébé manifeste très tôt le sens d’un soi écologique où son corps est perçu comme agissant, différencié et situé dans l’environnement, ceci ne représente qu’une base élémentaire sur laquelle s’appuie tout un développement. Ce développement va mener l’enfant vers une conception de soi, non seulement par rapport à lui-même, mais aussi et de façon très déterminante, par rapport à autrui.

12Cette évolution dans la psychologie du jeune enfant est joliment capturée par l’écrivain américain M. R. Montgomery dans cet extrait tiré de son livre Saying Goodbye : A Memoir for Two Fathers (traduit de l’anglais par l’auteur) : « Il y a cette chose qui arrive aux enfants : Si personne ne les regarde, rien ne se produit pour eux. Il ne s’agit pas du problème philosophique posé aux bacheliers de l’arbre qui tombe dans la forêt et que personne n’entend. Non. Quand on est tout petit, en fait on comprend qu’il ne sert à rien de s’élancer du plongeoir de la piscine si personne ne vous regarde. L’enfant qui hurle : “Regarde-moi ! Regarde-moi !” n’est pas en train de quémander de l’attention, il plaide pour sa propre existence. »

13L’émergence de la coconscience est clairement indexée par la manifestation d’une nouvelle réaction face au miroir : l’embarras. Au cours de la deuxième année et au-delà, en plus de passer l’épreuve de la tache, l’enfant commence aussi à manifester un comportement d’évitement face au miroir : détour des yeux et autres comportements qui indiquent une volonté de disparaître face au regard d’autrui (visage dans le creux de l’épaule et dos tourné). À partir de cet âge, l’image spéculaire n’est plus seulement le reflet de soi pour soi, mais aussi et surtout le reflet de soi tel qu’il est perçu par les autres. Il y aurait donc à cet âge une dimension évaluative de soi qui se surajouterait au concept de soi exprimé dans la passation de l’épreuve de la tache dès l’âge d’environ 14 mois. Cette dimension se surajouterait bien sûr aussi au sens de soi écologique des débuts de la vie discuté plus haut.

14À l’âge où l’enfant se reconnaît dans le miroir en commençant à agir sur la présentation de sa propre image, une image qui est maintenant conçue comme publique, il change aussi d’approche par rapport aux autres. Dans une série d’études que nous venons de terminer et dont les analyses sont toujours en cours (Goubet, Leblond, Poss & Rochat, 2001), nous sommes à même de montrer que dès 14 mois, l’enfant devient nouvellement évaluatif dans ses rapports avec autrui. Dans ces études, nous présentons à de jeunes enfants âgés entre 9 et 18 mois une boîte transparente qui est difficile, voire impossible à ouvrir et dans laquelle nous plaçons au préalable un jouet très attirant pour l’enfant. Nous analysons systématiquement non seulement les tentatives de l’enfant à ouvrir la boîte, mais aussi ses tentatives à demander de l’aide à l’expérimentateur.

15Nous constatons que vers 14 mois, l’enfant commence à demander de l’aide, comprenant les limites de ses propres capacités par rapport à celles de l’autre, en l’occurrence celles de l’expérimentateur. Nous sommes aussi à même de montrer qu’entre 14 et 18 mois, l’enfant devient de plus en plus sélectif et de plus en plus dépendant par rapport à autrui dans ses tentatives de résolution de problème. Lorsqu’il a le choix entre plusieurs expérimentateurs qui pourraient l’aider, à partir de 18 mois, les requêtes d’aide de l’enfant sont davantage sélectives par rapport à autrui. Par exemple, l’enfant aura tendance à formuler davantage de requêtes d’aide envers une expérimentatrice qui se montre socialement plus avenante ou qui a fait la démonstration préalable d’une plus grande capacité à résoudre le problème.

16Dès 18 mois, l’enfant développe en effet une conscience de soi en concert avec celle d’autrui. Ce développement est l’expression d’une coconscience de soi où l’enfant devient conscient de lui-même dans sa dépendance aux autres, de même qu’en fonction et au travers du regard d’autrui. Ceci est un pas décisif car il représente le début de la collaboration et ce qui rend possible l’apprentissage par autrui, en d’autres termes l’enseignement.

ÂGES CLÉS DANS LE DÉVELOPPEMENT DE LA CONSCIENCE DE SOI ET DES AUTRES

17Il y aurait des âges clés ou « révolutions » avec sauts qualitatifs dans le développement de la conscience de soi qui culminerait avec l’émergence de la coconscience aux environs de 18 mois, tel que notre recherche l’indique.

18La première révolution est indexée par l’émergence du sourire social aux environs de 6 semaines (Rochat & Striano, 1999 ; Rochat, 2001). Le sourire n’est plus réflexe mais devient le premier signe d’une expérience partagée avec une autre personne. C’est la naissance du dialogue social et de l’intersubjectivité. Cette intersubjectivité reste liée à des échanges face-à-face entre le bébé et l’adulte qui s’échafaudent dans le cadre de complexes « protoconversations » où jeux imitatifs et mutuels abondent (Gergely & Watson, 1999 ; Stern, 1985 ; Trevarthen, 1979). Ces protoconversations, néanmoins, ne sont pas encore référentielles, en ce sens qu’elles ne se réfèrent pas encore à des objets ou événements qui se situeraient hors de ces échanges face-à-face.

19Il faut attendre une deuxième révolution aux alentours du 9e mois, où le bébé commence à manifester une attention partagée avec autrui alors qu’il explore les objets et événements dans l’environnement (Tomasello, 1995). Il commence à monter du doigt les choses en s’assurant que l’autre est attentif à la chose indiquée. Le bébé commence aussi à explorer la réaction d’autrui en référence à un événement perçu dans l’environnement qui peut être source de danger ou de crainte (par exemple, l’animation soudaine d’une marionnette jusque-là inerte, voir Striano & Rochat, 2000).

20Enfin, comme nous l’avons vu plus haut, d’une attention partagée à 9 mois, l’enfant développe une coconscience de soi et des autres vers 18 mois lorsqu’il commence systématiquement à incorporer son propre regard à celui d’autrui. Pour reprendre le fameux mot d’Arthur Rimbaud « Je est quelqu’un d’autre », c’est vers le milieu de la deuxième année que l’enfant devient ce quelqu’un d’autre.

CONCLUSIONS : CINQ ÉTAPES INVARIANTES

21Il y aurait cinq étapes dans le développement de la conscience de soi et des autres au début de la vie. Contrairement à la plupart des théories classiques sur le développement cognitif et affectif du jeune enfant, la recherche montre qu’à la naissance le bébé manifeste déjà les rudiments d’une différenciation soi-monde sur la base d’expériences polysensorielles qui sont spécifiantes du corps propre versus le monde des choses extérieures. Dès les six premières semaines de vie, l’enfant exprime dans son comportement le sens d’un soi écologique : un sens du corps comme entité différenciée, située et agente dans l’environnement (première étape). À partir du deuxième mois et parallèlement à l’apparition du sourire social, en plus du sens d’un soi écologique, l’enfant commence aussi à manifester le sens nouveau d’expériences partagées avec autrui dans le cadre de protoconversations qui sont échafaudées par l’adulte (deuxième étape). Entre deux et sept mois, tout en continuant à développer le sens d’un soi écologique, le bébé développe des attentes sociales dans ses rapports de réciprocité avec autrui (troisième étape). Ce développement semble culminer vers 8 mois lorsque l’enfant tend à manifester de façon nouvelle de l’anxiété dans ses rencontres avec des personnes qui ne lui sont pas familières (angoisse du 8e mois décrite par René Spitz, 1965). Dès 9 mois, le bébé commence à manifester non seulement des attentes sociales mais aussi une attention partagée avec autrui (quatrième étape). Cette étape marque les débuts d’échanges sociaux qui deviennent non seulement réciproques mais aussi référentiels aux choses et événements de l’environnement. Enfin, au-delà de 9 mois et culminant à 18 mois, l’enfant développe en plus d’une attention partagée avec autrui, les débuts de la collaboration avec l’autre et les débuts d’une coconscience où le regard d’autrui est approprié et intégré au sien (cinquième étape).

22Cette dernière étape ouvre les portes du développement de la pensée symbolique. Elle permet en particulier à l’enfant d’entrer de plain-pied dans la culture de l’adulte qui, outre son caractère verbal et hautement symbolique, est basée sur l’enseignement et une capacité de représentation des perceptions, croyances et connaissances d’autrui (ce que l’on nomme aujourd’hui « théories de l’esprit ») auxquelles la conscience de soi vient s’articuler.

23Notons enfin que sur la base d’observations récentes faites par nous dans des régions rurales du Pacifique Sud (Samoa) où l’enfant grandit dans un environnement socioculturel très différent en comparaison aux régions urbaines des riches pays occidentaux (par exemple Atlanta aux États-Unis), nous constatons que l’ordre du développement social et cognitif décrit plus haut reste dans ses grandes lignes invariant. Nous sommes donc enclins à penser qu’il doit exister un ordre universel ou « métaculturel » dans le développement de la conscience de soi et des autres au début de la vie. Cet ordre, nous pensons, correspond aux cinq étapes décrites plus haut.

Français

RÉSUMÉ

Le développement qui mène l’enfant dans sa deuxième année à se reconnaître dans le miroir est complexe. Dès la naissance, le bébé possède déjà un sens écologique de son propre corps comme entité différenciée, située et agente dans l’environnement. Trois révolutions psychiques ou changements qualitatifs seraient associés au développement qui mène l’enfant vers une conscience explicite de soi et des autres. Cinq étapes entre la naissance et 18 mois sont proposées, culminant avec l’émergence de la coconscience, ou conscience de soi intégrée à celle d’autrui.

Mots cles

  • Reconnaissance de soi
  • Self
  • Conscience de soi
English

SUMMARY

Self-awareness and awareness of others in infancy
The development leading children in their second year to recognize themselves in a mirror is complex. From birth, infants have already an ecological sense of their own body as a differentiated, situated and agentive entity in the environment. Three psychic revolutions or qualitative changes are associated with the development leading the child toward an explicit awareness of self and of others. Five steps between birth and 18 months are proposed, culminating with the emergence of co-awareness, or self-awareness integrated with the awareness of others.

Mots cles

  • Self
  • Self recognition
  • Self-awereness

RÉFÉRENCES

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Philippe Rochat
Emory University.
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