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Les institutions de métier médiévales sont souvent confondues avec leurs héritières du XVIIIe siècle, les corporations, et amalgamées à une vaste catégorie européenne de guilds. A ce titre, elles ont été analysées comme des communautés en quête de rentes. Mais ces structures médiévales n’obéissent pas aux logiques d’organisations entrepreneuriales autonomes. Dans le cas de la Normandie médiévale, elles représentent un compromis entre les intérêts de groupes d’artisans hétérogènes et les pouvoirs publics. Si des limitations réglementaires de la concurrence sont bien introduites, leur interprétation en termes de structures de marché monopolistiques ou oligopolistiques nécessite un examen plus approfondi.Les institutions de métier médiévales visent-elles à établir des monopoles ? Cette question étudiée depuis Adam Smith lui-même a récemment connu un regain d’intérêt dans l’historiographie anglo-saxonne. Plusieurs auteurs, dans la dynamique de la nouvelle économie institutionnelle, ont mis l’accent sur le rôle des communautés de métier (guilds) dans le développement économique (Douglass C. North, Stephan R. Epstein, Ron Harris, James R. Farr).
Mais les synthèses récentes sur les économies pré-industrielles ne mettent pas en valeur l’originalité des institutions de métier qui caractérisent l’espace français, en particulier pour la période médiévale. Pourtant il existe des divergences importantes entre ces institutions professionnelles et les définitions couramment acceptées de…

Français

Résumé

Les métiers de la France médiévales ne peuvent pas tous être analysés comme des guilds dans le sens retenu par l’historiographie européenne récente (S. R. Epstein, O. G. Oexle, etc.) : les métiers dits « réglés » restent les plus répandus jusqu’à la fin du Moyen Âge. Or ces institutions se manifestent principalement par les normes négociées entre certains agents économiques et les autorités publiques, et non par leurs pratiques communautaires visant à la domination d’une branche d’activité. Les vestiges de cette réglementation pour la Normandie montrent que la concession à un groupe d’un monopole sur le marché d’un produit était exceptionnelle. En revanche, les textes prévoient souvent des barrières à l’entrée sur le marché, qui peuvent déboucher sur des oligopoles. Les cas des regratiers et des tanneurs illustrent la nécessité d’une étude précise des clauses juridiques mises en place : une apparente fermeture peut cacher de multiples adaptations de la régulation aux configurations des marchés. Les normes de métier sont interprétées comme des outils offerts aux artisans et aux autorités publiques, mais rarement utilisés pour éliminer la concurrence.

English

Abstract

Not all métiers of medieval France can be analysed as “guilds”, at least as that term is used in recent European historiography (S. R. Epstein, O. G. Oexle, etc.). Until the end of the Middle Ages, the so-called “regulated” métiers were most common. These institutions were distinguished by practices which were negotiated not from within, by members of the community aiming to dominate a certain area of activity, but from without, by various economic agents and public authorities. Traces of this type of craft regulation in Normandy reveal, on the one hand, that concessions to a group monopolizing the market for a certain product were exceptional. On the other hand, barriers to entry into markets were often upheld, leading to oligopolies. The cases of food retailers (forestallers) and tanners illustrate the need for a precise study of existing legal clauses: an apparent lockdown can hide multiple adaptations of the regulation to market configurations. Craft regulations are interpreted as a series of tools offered to artisans and public authorities, but scarcely used to eliminate competition.

François Rivière
François Rivière, professeur au lycée Delacroix à Maisons-Alfort, est doctorant à l’EHESS sur Le monde des métiers en Normandie à la fin du Moyen Âge : des professions aux institutions économiques, sous la direction de Mathieu Arnoux. Il participe du programme ANR « Salaire et salariat au Moyen Âge ». Il est l’auteur de « Que gardent les gardes des métiers ? Réflexions sur la nature et la fonction des gardes et jurés des métiers en Normandie à la fin du Moyen Âge », Tsingy, n? 8, 2008, p.149-170.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 24/02/2009
https://doi.org/10.3917/eh.052.0036
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