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Entreprises et histoire

2012/3 (n° 68)

  • Pages : 156
  • ISBN : 9782747220187
  • DOI : 10.3917/eh.068.0146
  • Éditeur : ESKA

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À la suite de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie, la France entre en guerre aux côtés des Alliés le 3 septembre 1939. L’affrontement sur le territoire français ne débutera véritablement que durant le mois de mai 1940, et il durera à peine plus de trois semaines en raison de l’efficacité de la Blitzkrieg, la guerre éclair menée par les Allemands. Cependant la perspective d’une avancée rapide des Allemands jusqu’à Paris a conduit les dirigeants du Musée du Louvre à procéder dès 1939 à l’évacuation des collections du musée : un « décrochage éclair », inédit dans l’histoire de l’institution, a ainsi été mené pour anticiper l’Occupation.

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Selon un plan minutieusement préparé dès 1936 et mis en application à partir d’août 1939, l’évacuation des principaux chefs d’œuvre s’effectue d’abord majoritairement en direction du château de Chambord, point de rassemblement initialement prévu. Ainsi, dès le 28 août 1939, La Joconde quitte le Louvre. Fin septembre 1939, les œuvres majeures, en particulier du département des peintures (3 690 tableaux décrochés), ont quitté le musée. Une photographie de la Grande Galerie en octobre 1939 donne une idée plus précise de cet impressionnant déménagement.

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En 1940, la rapidité de l’invasion allemande accélère le processus et provoque un éclatement des collections vers des demeures privées transformées en dépôts (Sourches, Montal…) ou des établissements publics (comme Montauban), ces sites étant choisis pour leur isolement dans la campagne et l’absence d’ouvrages stratégiques à proximité, ce qui réduit la menace de bombardements.

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Pendant l’Occupation de la zone nord, une commission de protection des œuvres d’art en territoire occupé est créée par les Allemands : cet organisme, nommé Kunstschutz [protection des œuvres], est placé sous la direction de Franz Wolff Metternich. Celui-ci négocie un accord tacite avec le Louvre fondé sur une réciprocité des services : tant que le Louvre ouvre ses dépôts aux visites de contrôle de la Kunstschutz et ne déplace pas d’œuvres sans autorisation préalable, Metternich assure une liberté de circulation du personnel des musées et une certaine sécurité pour les œuvres. Durant l’Occupation, le musée parisien reste sous la direction de l’administration française, reconnue par les Allemands et contrôlée par le gouvernement de Vichy.

Marc Vaux. La Grande Galerie abandonnée [septembre-octobre 1939]
Contretype ancien fait pour le Louvre par Alexandre Séarl. Fonds Aulanier, photo n° 1389.
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L’engagement de Metternich ne vaut cependant que pour les collections publiques. Celles appartenant aux Juifs et à certains collectionneurs privés sont spoliées et regroupées au musée du Jeu de Paume, ce lieu devenant rapidement un véritable carrefour pour le service Rosenberg (service confié au théoricien nazi Alfred Rosenberg, chargé de saisir les œuvres d’art devant entrer dans le futur musée de Linz voulu par Hitler) et pour le Maréchal Goering (œuvres destinées à sa résidence personnelle de Karinhalle). Certains au Louvre œuvrent néanmoins toujours, de manière plus officieuse, pour préserver le patrimoine artistique français. Rose Valland, alors attachée de conservation, reste sur place sous le prétexte de gérer le bâtiment, et en profite pour noter tout ce qu’elle voit, ce qui simplifiera ultérieurement la recherche des œuvres passées par le Jeu de Paume. De même, Jacques Jaujard, directeur des musées de France pendant la guerre, fit faire des donations anticipées au musée en s’entendant sur les restitutions des œuvres à la fin des hostilités : des œuvres appartenant à des familles juives sont déposées et notées comme nouvelles acquisitions. Dans le même temps, et sous la pression des autorités d’occupation, le Louvre rouvre en septembre 1940 en présence de nombreux hauts dignitaires français et allemands.

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Cette ouverture reste avant tout symbolique et les œuvres exposées sont d’un intérêt secondaire. En effet, la principale activité du Louvre pendant l’Occupation se déroule au sein des dépôts en province. De fait, le fonctionnement « hors les murs » s’organise. Ainsi, les dépôts sont déplacés régulièrement, selon les aléas de la guerre en mouvement : La Joconde par exemple après Chambord sera déplacée à Louvigny, à l’Abbaye de Loc-Dieu, au musée de Montauban et enfin à Montal, avec les autres peintures du Louvre. Les conservateurs du Louvre ont chacun en charge une demeure sur laquelle ils doivent veiller. Par ailleurs, le faible niveau d’activité et le temps libre laissé par la gestion des dépôts permettent aux conservateurs de développer d’autres aspects scientifiques comme l’extension de l’atelier de restauration (les restaurateurs Zezzos et Goulinat travaillent dans les dépôts de province, en particulier à Montauban) ou encore l’harmonisation entre l’époque des œuvres et celle de leurs cadres.

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Paris est libéré le 25 août 1944. Le Louvre a été au centre des combats, et 630 prisonniers allemands arrêtés par les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) et la Division Leclerc sont internés dans la cour Carrée. Une anecdote raconte à ce propos que, saisis d’un mouvement de panique causé par des balles perdues, des prisonniers allemands forcèrent les fenêtres du rez-de-chaussée et se réfugièrent dans les sarcophages égyptiens où ils furent retrouvés par les résistants français ! Une fois la France totalement libérée par les Alliés, les collections du Louvre sont progressivement redirigées vers Paris : le retour des œuvres, étalé sur plus d’un an, débute dès le printemps 1945 et le musée rouvre partiellement ses portes en avril 1945. En 1947, aucune œuvre ne manque à l’appel, les collections s’étant même enrichies pendant la guerre : la Grande Galerie est dévoilée le 7 octobre dans le cadre d’une muséographie largement renouvelée.


Bibliographie

  • Lionel Richard, L’art et la guerre. Les artistes confrontés à la Seconde Guerre mondiale, Paris, Flammarion, 1995.
  • Germain Bazin, Souvenirs de l’exode du Louvre 1940-1945, Paris, Somogy, 1992.
  • Guillaume Fonkenell, Le Louvre pendant la guerre. Regards photographiques, 1938-1947, Catalogue de l’exposition, avec les contributions de Sarah Gensburger, Catherine Granger, Isabelle Le Masne de Chermont, Paris, Musée du Louvre Éditions et Le Passage, 2009.
  • Magdeleine Hours, 1938-1979, une vie au Louvre, Paris, Robert Laffont, 1987.
  • Elizabeth C., Karlsgodt, Defending national treasures : French art and heritage under Vichy, Stanford, Stanford University Press, 2011.
  • Lucie Mazauric, Le Louvre en voyage : 1939-1945 ou Ma vie de château, Paris, Plon, 1978.
  • Rose Valland, Le front de l’art. Défense des collections françaises, 1939-1945, rééd. Paris, RMN, 1997.

Pour citer cet article

Mathieu Brice, Coblence Emmanuel, « " Décrochage éclair " : une institution muséale pendant l'occupation allemande (1939-1945) », Entreprises et histoire, 3/2012 (n° 68), p. 146-148.

URL : http://www.cairn.info/revue-entreprises-et-histoire-2012-3-page-146.htm
DOI : 10.3917/eh.068.0146


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