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1 L’organisation du bassin amazonien, du point de vue de son hydrographie, de sa forêt (composition, structure, et organisation spatiale qui en résulte), des activités humaines (selon leur durabilité), est marquée par une opposition nette entre deux mondes : la terra firme s’oppose à la várzea au Brésil, l’altura s’oppose au bajo au Pérou. Pour les géomorphologues, il s’agit de la plaine alluviale cultivable (environ 140 000 km2), encadrée par les interfluves non inondables (5 millions de km2) aux sols et à la forêt notoirement fragiles du point de vue écologique.

2 L’organisation du milieu physique (climat, substrat, hydrologie) constitue un canevas sur lequel vient se greffer l’organisation spatiale forestière, contrastée en deux principaux ensembles : forêts inondables des plaines alluviales et forêts non inondables des interfluves. De part et d’autre des cours d’eau affectés par les crues annuelles, la limite entre ces deux ensembles est parfois difficile à déterminer. Par ailleurs, leurs caractéristiques évoluent d’un endroit à l’autre du bassin, selon un gradient d’amont en aval pour les végétations affectées par la dynamique des cours d’eau, et selon une organisation aréolaire pour les forêts d’interfluves. Chacune des composantes de l’Amazonie (substrats, eaux, êtres vivants) s’organise dans l’espace de façon différente. D’une part, les espaces — portions du territoire amazonien — s’individualisent en fonction de leur situation géographique et de leur position relative aux espaces voisins, ainsi que de leur dynamique propre. D’autre part, les organisations humaines traditionnelles ont, de tout temps, répondu aux conditions du milieu par l’adaptation de leurs activités de subsistance, les premières perturbations majeures étant apparues avec l’invasion européenne. De même que la biogéographie se situe à la frontière entre la géographie de la nature et la géographie des hommes qui l’utilisent et la transforment, la forêt se situe — dans tous les sens du terme — au cœur de l’Amazonie elle-même, entre le minéral et l’homme.

Les eaux de l’Amazonie : blanches, noires, bleues

3 Sternberg (1975) relève que la caractéristique optique des cours d’eau a été largement utilisée dans les appellations indiennes, qui s’entendent dans un sens plus vaste que la simple signification de couleur. On distingue les eaux blanches, les eaux noires, et les eaux bleues, dites aussi eaux claires. La répartition des eaux dans l’ensemble de l’Amazonie reflète l’organisation des milieux naturels (substrats, topographie, forêts), de façon variable suivant l’échelle d’observation. À l’échelle du bassin, ou à l’échelle locale, la qualité des eaux et les régions qu’elles drainent sont différemment appréhendées.

4 Les eaux blanches sont celles des grands affluents d’eaux turbides chargées des produits de l’érosion des Andes, qui dévalent le versant oriental de la Cordillère : ces artères sont ainsi localisées en Amazonie occidentale, se rejoignent et se prolongent par l’Amazone jusqu’à son embouchure. Ces eaux de pH neutre, transportant sables, limons et argiles, fertilisent chaque année les terres alluviales, alternances de levées de berge et de dépressions intercalaires qui constituent une grande variété de milieux : leurs caractéristiques hydrologiques, édaphiques, écologiques, sont gouvernées par la durée de l’inondation, la texture des sédiments accumulés, la qualité du drainage et la distance aux chenaux (Lamotte, 1990, 1993).

5 Les eaux noires sont transparentes, teintées en brun par la présence de matières humiques dissoutes, et de pH bas. Elles traversent les horizons humiques superficiels des podzols (Sioli, 1975 ; Veillon et Soria-Solano, 1988), drainent des substrats anciens remaniés d’origine fluviale ou lacustre (Fittkau et al., 1975), ou sont issues de zones marécageuses où la matière organique provenant de la forêt inondée est accumulée (sous des palmeraies denses par exemple). Elles sont particulièrement abondantes en Amazonie centrale : les eaux acides du río Negro sont réputées.

6 Les eaux claires étaient localement dites bleues (Wallace, 1853, cité par Sternberg, 1975) — comme le Nil bleu, ou le fleuve Bleu en Chine — et sont en réalité définies comme n’étant ni blanches, ni noires, et présentant une grande hétérogénéité géochimique. Elles drainent principalement les boucliers guyanais et du centre du Brésil et forment les grands cours d’eaux claires de l’Amazonie orientale.

7 À l’échelle du bassin amazonien, Fittkau et al., 1975) distinguent ainsi trois régions écologiques d’après la répartition spatiale des eaux amazoniennes, classées à cette échelle en ces trois catégories (fig. 1) : l’Amazonie occidentale, marquée par l’abondance des eaux turbides, l’Amazonie centrale, associée aux eaux noires, et l’Amazonie orientale, traversée par les grands affluents d’eaux claires.

Fig. 1

Les régions écologiques du bassin amazonien

Fig. 1

Les régions écologiques du bassin amazonien

8 À plus grande échelle, la répartition des eaux est différente. Au Pérou, des eaux noires envahissent — sur une superficie de 26 000 km2— la plaine inondable (dépression subsidente Ucamara, cf. Dumont, 1994) située entre les deux cours d’eaux blanches du Marañón et de l’Ucayali, en amont de la confluence de ces deux grandes rivières où elles constituent l’Amazone (fig. 2). Les eaux de pluie locales sont retenues par la montée des eaux turbides qui en stoppent l’écoulement, elles stagnent et inondent les forêts pendant de longues périodes pouvant atteindre huit mois par an (Lamotte, 1993), jusqu’à la décrue des eaux blanches qui leur permet à leur tour de s’écouler librement.

Fig. 2

Les plaines inondables de la haute Amazonie

Fig. 2

Les plaines inondables de la haute Amazonie

Les cours d’eaux turbides (eaux blanches) sont allogènes (Tigre, Pastaza, Huallaga, Marañón, Ucayali) ; les affluents d’origine endogène sont des affluents d’eaux noires (Uritiyacu, Tapiche, Samiria, Pacaya).

9 Sur les marges des plaines inondées par les eaux turbides, des eaux noires s’accumulent en arrière des levées édifiées par la dynamique alluviale : les eaux de pluie, transitant sur les interfluves, s’écoulent vers la plaine inondable par de petits cours d’eau (igarapés brésiliens, quebradas péruviennes). Elles inondent alors les igapós, mot d’origine indienne (Sternberg, 1975) désignant les forêts appauvries (en composition et structure) par l’inondation prolongée, qui sont situées soit en plaine inondable, soit en bas-fond d’interfluve. Ces igapós s’observent sur de grandes étendues au Brésil sur les berges du río Negro, où, du fait de l’absence de charge alluviale — donc de sédimentation —, elles sont directement situées en bordure de rivière. Dans le cas des rivières d’eaux blanches, elles se situent en arrière des levées. Ainsi, Kalliola et al. (1993) distinguent au Pérou les plaines alluviales à méandres (llanuras meándricas) affectées par la dynamique alluviale des eaux blanches de part et d’autre de leurs cours principaux, des bassins inondés (cuencas inundadas) situés en arrière, et plus étendus que les premières. Les petits cours d’eau rejoignant les axes principaux d’eaux turbides au sein même de ces bassins inondables, sont des cours d’eaux noires alimentés par les eaux de pluie (Räsänen et al., 1993 ; Dumont, 1994).

10 L’observation de la répartition des eaux montre ainsi comment la diversité des milieux est différemment perceptible, suivant l’échelle à laquelle on se place. L’Amazonie péruvienne, englobée dans la région des eaux blanches à l’échelle du bassin, comprend aussi des superficies étendues et de nombreux milieux affectés par l’écoulement d’eaux noires.

Les forêts

11 L’organisation spatiale des forêts est à considérer selon deux dimensions. La dimension verticale, née du fonctionnement énergétique et biologique de la forêt elle-même, est indissociable des modalités de son organisation dans l’espace horizontal. Cette dernière est gouvernée ou non par des influences abiotiques, et se réalise ainsi à différentes échelles.

Le clivage entre forêts interfluviales et forêts inondées

12 La répartition des forêts en deux ensembles résulte essentiellement de l’histoire géologique du bassin. Le terme de terra firme brésilien fait référence aux terrains anciens résistants qui constituent cette unité physiographique surélevée (altura des Péruviens), par opposition aux terres alluviales basses (várzea, bajo) venues combler les zones subsidentes aux limites contrôlées par la néotectonique, sur des épaisseurs atteignant parfois plusieurs milliers de mètres (Tricart, 1978 ; Dumont et al., 1988, 1994 ; Dumont, 1996).

13 Les études floristiques montrent que lorsque la limite topographique entre les deux types de terrains est nette, il y a également une disparité floristique nette entre les deux ensembles de forêts (Dumont et al., 1990). Lorsque le changement topographique est progressif, les flores sont moins distinctes, suivant en cela un gradient écologique qui s’étend d’un extrême (inondation totalement absente) à l’autre (inondation annuelle prolongée) (Aubréville, 1961 ; Ducke et Black, 1953). Le rôle de la durée d’inondation s’en trouve particulièrement souligné, avec tout un cortège de mécanismes d’adaptation développés par les plantes (notamment les Moraceae, particulièrement abondantes) (Lamotte, 1993) et les animaux : rythmes saisonniers, reproduction végétative, co-évolution, dissémination des propagules par les poissons, reproduction des poissons dans les zones calmes pendant les crues… L’opposition floristique est nette entre les deux types de forêts également du point de vue de leur diversité spécifique, largement plus faible dans le cas des forêts inondées (Dumont et al., 1990). Cette opposition floristique entre les deux types de forêts (composition, diversité), est enfin renforcée par une opposition structurale.

Structure verticale des forêts

14 Il est aujourd’hui admis que la diversité biologique des forêts tropicales humides est due à la stabilité plurimillénaire de conditions écologiques favorables à l’expression de la vie sous toutes ses formes (Richards, 1952, 1969 ; Ashton, 1969 ; Hallé et al., 1978). Dans le cas de l’Amazonie, la présence de zones refuges au cours du Pléistocène semble avoir favorisé pendant cette période un endémisme prononcé, favorable après recolonisation de l’ensemble du bassin par la forêt, à une diversité spécifique parmi les plus élevées au monde (Gentry, 1988 ; Wilson, 1989).

15 Cette diversité des forêts tropicales humides se traduit dans l’espace par une occupation optimale des volumes forestiers, correspondant à autant de niches écologiques, occupées par autant d’espèces — végétales et animales — différentes. Les volumes de l’espace, du sol jusqu’à la canopée, sont les plus densément occupés qui soient, parmi tous les types de forêts existant sur la planète. D’où la difficulté de déterminer si les strates facilement observables dans les forêts des hautes latitudes existent également dans les forêts équatoriales.

16 Oldeman (1974) reconnaît des niveaux privilégiés occupés par les couronnes épanouies des arbres parvenus à maturité, présentant de ce fait une architecture accomplie et ayant atteint leur biomasse maximale (houppiers en forme de cône renversé). Ils ne font plus partie des arbres d’avenir, qui ne sont pas encore épanouis (houppiers en forme de fuseau), et ne font pas encore partie des arbres du passé, en dégénérescence : ce sont les arbres du présent, ou ensembles structuraux constituant des strates en forêt tropicale (fig. 3), au même titre que celles qui sont facilement observables dans les forêts tempérées. Dans ce dernier cas, la pauvreté en espèces entraîne une uniformité structurale, liée à un schéma de croissance suivi de concert par de nombreux arbres appartenant à un nombre d’espèces réduit, tandis qu’en forêt tropicale ce même schéma se trouve visuellement brouillé par la présence d’espèces nombreuses mais peu représentées en nombre d’individus, qui sont évidemment situés à des stades de croissance variables (la longévité des grands arbres, plus forte aux latitudes plus élevées, intervient également).

Fig. 3

Schéma structural d’une forêt tropicale humide

Fig. 3

Schéma structural d’une forêt tropicale humide

Les trois ensembles d’arbres du présent structurent la forêt en strates (1, 2, 3) ; leurs couronnes sont épanouies, en forme de cône renversé. Les houppiers des arbres d’avenir, en croissance, sont en forme de fuseau. Un arbre du passé en dégénérescence est représenté.
D’après Oldeman, 1974.

17 D’autre part, la constance de trois strates arborescentes relève d’observations anciennes et concordantes pour la majorité des forêts tropicales, humides et sèches (Richards, 1952 ; Oldeman, 1974 ; Hallé et al., 1978), avec des variations nombreuses du point de vue de leur densité, en fonction des conditions édaphiques, topographiques et énergétiques inhérentes à la forêt elle-même. La strate supérieure (A), discontinue, est constituée par les arbres émergents pouvant atteindre 45 à 50 m dans les forêts amazoniennes âgées. La strate immédiatement sous-jacente (strate B, 20 à 30 m) est dense et continue, et bien distincte de la strate C (« sous-bois »), lorsqu’elle est constituée par des espèces peu nombreuses et à forts effectifs — ce qui correspond, soit à des contraintes édaphiques en région tropicale humide (sols hydromorphes ou peu profonds), soit à des contraintes climatiques en région tropicale plus sèche (saison sèche marquée par exemple). Il est d’ailleurs remarquable que cette structure verticale à deux strates ligneuses prépondérantes (une strate dominante et un sous-bois) se retrouve aux latitudes moyennes ou hautes : elle est dans ce cas conditionnée par les contraintes climatiques de l’hiver (Richards, 1952).

18 En forêt tropicale dense, et lorsque les conditions écologiques sont favorables, les espèces sont nombreuses et chacune imprime à la structure forestière son empreinte spécifique, dans un milieu où le développement de la forêt est à l’abri des contraintes abiotiques. Les strates ne sont alors distinctes que si l’on prend en compte l’organisation de la forêt en ensembles structuraux (Oldeman, 1974). Les contraintes climatiques ou édaphiques entraînent donc une simplification de la structure forestière — et une moindre diversité spécifique. Or, dans le cas des forêts inondées, la durée croissante de l’inondation a des conséquences similaires : la strate A, présente en forêt alluviale âgée rarement inondée, disparaît des forêts inondées annuellement, pendant que la strate B, composée d’espèces arbustives tolérantes, subsiste en position dominante (volume et densité), et tandis que le sous-bois (la strate C) s’éclaircit (fig. 4). Au fur et à mesure que l’inondation s’accentue (en fréquence et en durée), une strate unique de végétation ligneuse subsiste, bientôt remplacée en bordure des cours d’eau par des graminées terrestres puis semi-aquatiques, puis par les plantes aquatiques dans les zones basses où l’eau stagne (Junk, 1980, 1984 ; Lamotte, 1996). La structure verticale des forêts amazoniennes, qui répond étroitement aux conditions édaphiques ou hydriques (non contraignantes, ou contraignantes à des degrés divers), entraîne ainsi une variation de la forêt dans l’espace horizontal.

Fig. 4

Le gradient structural des végétations

Fig. 4

Le gradient structural des végétations

Depuis les végétations aquatiques jusqu’à la forêt, le gradient structural des végétations est corrélé avec le gradient d’inondation et la distance aux chenaux.

Structure horizontale des forêts

19 Deux types de mosaïques résultent du développement des forêts amazoniennes, et elles sont principalement gouvernées par des processus opposés : biotiques dans le cas des forêts interfluviales, abiotiques dans le cas des forêts soumises aux inondations fluviales.

20 Sur les interfluves.— La variabilité structurale, d’une station à l’autre, en forêt tropicale humide est décelable sur de faibles distances (Oldeman, 1974 ; Kahn, 1983). Une composante fondamentale de cette variabilité horizontale est inhérente aux cycles de régénération de la forêt. Parmi les arbres du passé, il en est dont le tronc pourrit en partie sur pied (chablis des forestiers) tandis que le houppier se casse, d’autres qui tombent entièrement sur le sol. Dans les deux cas, une trouée se produit dans la canopée, et le sous-bois reçoit ainsi un surplus de lumière et de chaleur modifiant radicalement les conditions écologiques. Une forte compétitivité s’installe entre les espèces pionnières de ce nouvel espace. Elles constituent les premiers ensembles d’une succession de stades de reconstitution, chaque ensemble profitant tour à tour des modifications écologiques induites par les stades précédents jusqu’à ce que le couvert forestier se reconstitue. Le terme de chablis a été repris par Oldeman pour désigner ce phénomène de cicatrisation de la forêt, qui s’effectue de la périphérie vers le centre de la trouée (Hallé et al., 1978), selon des processus successionnels progressifs, largement étudiés par ailleurs (voir synthèse in Gray et al., 1987). La forêt tropicale humide est donc organisée en une mosaïque d’unités à structure variable, dont l’échelle correspond aux mailles de la sylvigenèse par régénération (Torquebiau, 1985).

21 Dans les plaines alluviales.— La structure des forêts inondées varie également en fonction de leur ancienneté. Plus la forêt est âgée et éloignée de la dynamique régnant le long des axes de drainage et sur les bords des chenaux principaux, plus elle se rapproche, en ses caractéristiques dynamiques et structurales, des forêts d’interfluve. Au contraire, près des chenaux principaux, la végétation est soumise au rythme des inondations, à des dépôts alluviaux de qualité et d’ampleur variables : son développement est gouverné par l’environnement édaphique et morphologique résultant de la dynamique alluviale. En haute Amazonie, et en raison d’une dynamique fluviale particulièrement active qui produit, au fur et à mesure de la migration des méandres, la succession dans l’espace de levées alluviales alternant avec des dépressions, cet environnement varie radicalement sur des distances de quelques mètres à quelques dizaines de mètres (Salo et al., 1986 ; Lamotte, 1990, 1993 ; Puhakka et Kalliola, 1993). Ces deux ensembles de microreliefs sont colonisés, au fur et à mesure de leur mise en place, par une succession de trois stades pionniers principaux : graminéen, arbustif pionnier, puis arborescent. Cependant, les espèces des premiers stades constituent deux ensembles totalement distincts, entre les levées et les dépressions. Avec le temps et l’éloignement des chenaux, les contrastes topographiques et édaphiques s’atténuent, mais les traces du contraste originel persistent pendant des décennies à travers la composition et la structure de la forêt (Lamotte, 1993).

22 La résultante de cette dynamique, dans l’espace horizontal est, comme dans le cas des interfluves, une mosaïque forestière. Mais celle-ci n’est plus liée à la dynamique de la régénération par chablis. Elle est conditionnée par la dynamique fluviale, et ce d’autant plus fortement que les microreliefs sont récents avec une topographie et des sols contrastés (fig. 5). En résumé, plus la forêt est abritée des contraintes de la dynamique fluviale, et plus sa variation horizontale est indépendante des facteurs abiotiques liés aux crues. La mosaïque qui en résulte tend alors, comme pour les forêts interfluviales, à correspondre à la maille de la régénération forestière. Et plus la forêt est jeune et proche des chenaux principaux, ou longuement inondée, plus les contraintes abiotiques d’ordre sédimentaire et hydrique sont responsables de son organisation dans l’espace. La mosaïque constituée est alors à l’échelle des microreliefs créés par la dynamique alluviale, ou d’une topographie locale entraînant un drainage difficile.

Fig. 5

Profil schématique des forêts alluviales de part et d’autre du chenal principal d’un cours d’eau

Fig. 5

Profil schématique des forêts alluviales de part et d’autre du chenal principal d’un cours d’eau

La forêt ancienne, sur la rive concave, recule sous l’effet de la migration latérale du méandre. La rive opposée est le siège d’une accrétion rythmée par l’occurrence des crues: une succession de levées et de dépressions intercalaires se met en place. Elles sont colonisées par des végétations différentes (composition et structure), en réponse à des conditions hydriques et édaphiques contrastées qui ne s’atténueront qu’au bout de plusieurs décennies.

23 Ce schéma de fonctionnement et l’organisation spatiale qui en résulte opposent les forêts alluviales aux forêts interfluviales, même si cette opposition ne doit pas occulter les nombreuses transitions qui à la fois les séparent et les relient. Mis en évidence par l’observation à l’échelle locale (fig. 6), ce schéma peut s’appliquer à l’ensemble du bassin hydrographique amazonien, partout où s’opposent les forêts interfluviales et les forêts alluviales. Mais à l’échelle du bassin, les modalités de ce schéma varient également de l’amont vers l’aval.

Fig. 6

Mosaïque de microreliefs résultant de la construction et du remaniement des levées par la rivière Ucayali lors de la migration des méandres et de leur recoupement

Fig. 6

Mosaïque de microreliefs résultant de la construction et du remaniement des levées par la rivière Ucayali lors de la migration des méandres et de leur recoupement

De l’amont vers l’aval du bassin, le long de l’axe principal Ucayali-Amazone

24 L’observation de la carte du réseau hydrographique amazonien révèle un élément essentiel pour la compréhension de l’espace, à travers la dynamique alluviale des cours d’eaux blanches (fig. 1 et 7). À l’amont du bassin, le Marañón et l’Ucayali prennent naissance dans les Andes, en altitude et à des latitudes relativement élevées (jusqu’à 14,8° de lat. S pour l’Ucayali). Par ailleurs, ils s’écoulent grossièrement du sud vers le nord et sont alimentés par des pluies saisonnières (décembre-mars) pour toutes les stations situées à plus de 8° de latitude S dans le bassin de l’Ucayali (Lamotte, 1993). Ils rejoignent un axe fluvial principal qui s’écoule d’ouest en est, d’Iquitos jusqu’à l’Atlantique, alimenté cette fois par des eaux affluant à la fois du nord et du sud, et dont l’apport est régulier car tamponné par le décalage entre les saisons des pluies alimentant ses affluents nord et sud (Sternberg, 1957). De cette situation combinée à une forte charge sédimentaire résulte une dynamique fluviale particulièrement active au pied des Andes. La sédimentation l’emporte en amont de la confluence Marañón-Ucayali (Lathrap, 1968), tandis que l’apport de sédiments est compensé par l’érosion en Amazonie centrale et en basse Amazonie (Sternberg, 1960 ; Sioli, 1975 ; Tricart, 1978). En amont d’Iquitos, la dynamique fluviale se traduit essentiellement par un système de méandres, tandis qu’en aval, de multiples chenaux contournent de grandes îles de forme lenticulaire. À ceci s’ajoutent notamment un volume d’eau croissant vers l’aval, une grande extension du lit majeur en Amazonie centrale, une charge alluviale s’amenuisant le long de l’axe principal jusqu’à l’estuaire (Irion, 1984).

Fig. 7

Le réseau hydrographique amazonien : principaux affluents

Fig. 7

Le réseau hydrographique amazonien : principaux affluents

25 La dynamique à l’origine de l’évolution géomorphologique est donc variable selon les régions, et cette variation retentit naturellement sur l’écologie des milieux, notamment sur les modalités de la colonisation par les espèces pionnières. Ainsi, les deux arbustes pionniers du genre Cecropia, hautement spécialisés en haute Amazonie — C. membranacea colonise les levées alluviales, tandis que C. latiloba colonise et se maintient dans les dépressions argileuses —, constituent des peuplement mélangés en Amazonie centrale. La distinction spécifique nette entre les levées et les dépressions en haute Amazonie, correspondant à un contraste topographique et édaphique prononcé, est ainsi beaucoup moins nette en aval parce que les modifications des reliefs sont ici bien plus lentes et progressives, à la fois dans l’espace et dans le temps, et que sont atténués les extrêmes des conditions fluviales sévères de haute Amazonie (sécheresse édaphique des levées sableuses pendant la décrue, hydromorphie des sols argileux, vitesse de migration des méandres, etc.).

26 Au Pérou, le lien étroit existant entre la largeur des cours d’eau, la taille des microreliefs qui en résultent et la distribution horizontale des végétations a déjà été mis en évidence (Pukhakka et Kalliola, 1993). La variation géomorphologique, rapide et de relativement faible amplitude en haute Amazonie, plus lente et plus ample en aval, est d’ailleurs confirmée par les données de l’archéologie qui permettent d’estimer à 500 ans la durée moyenne d’existence d’un méandre au Pérou (Lathrap, 1968), tandis que des traces de peuplement humain d’environ 2000 ans sont relevées sur l’île de Careiro près de Manaus au Brésil (Sternberg, 1998).

Les hommes d’Amazonie

27 Denevan (1976) et Dobyns (1966) estiment à 6 ou 7 millions le nombre d’habitants en Amazonie au xvie siècle, nombre qui aurait pu être, sur la foi de certaines traces archéologiques (champs élevés, camellones), encore beaucoup plus élevé. Certains auteurs vont même jusqu’à envisager l’existence d’une population de 100 millions d’habitants à l’arrivée des Européens, hypothèse non discutée depuis, à notre connaissance (Sternberg, 1968). Principalement disséminés le long des cours d’eau, ils vivaient de ressources halieutiques complétées par une ponction de gibier et de produits végétaux variés sur les interfluves, ainsi que d’une activité agricole majoritairement concentrée dans la plaine alluviale : au total, les moyens d’une vie en équilibre avec le milieu (Meggers, 1988). L’occupation des milieux se divise jusqu’au xvie siècle en deux ensembles : l’agriculture sédentaire caractérise la várzea, tandis que de petits groupes itinérants minoritaires parcourent les forêts interfluviales (Sternberg, 1968).

28 Du xvie au xviiie siècle, l’occupation décroît et l’exploitation agricole de la plaine alluviale ne cesse de diminuer, en raison de la concentration du peuplement imposée aux Indiens par les Européens sur la terra firme. La plaine alluviale est désertée au profit d’une concentration en villages (reducciones) sur les interfluves, qu’organisent les missionnaires européens, et l’agriculture n’y est plus pratiquée jusqu’en 1850 environ. Avec l’exploitation du caoutchouc, à partir du milieu du xixe siècle, et l’ouverture du commerce avec l’Europe, de nouvelles populations confluent vers l’Amazonie, originaires notamment du Nordeste et du Sud du Brésil, ou des hautes vallées andines pour l’Amazonie occidentale (Hiraoka, 1986 ; Martinez, 1986 ; Roux, 1994 ; Padoch et Jong, 1987 ; Théry, 1989 ; Dourojeanni, 1990). On assiste dès lors, malgré les bouleversements de la colonisation, à l’utilisation continue de la plaine alluviale à des fins agricoles, car des populations métissées (caboclos, ribereños) occupent l’espace laissé vacant par les groupes indigènes réfugiés dans les forêts interfluviales, cependant que dans ces forêts se développent notamment des systèmes agroforestiers, traditionnellement élaborés par les Indiens (Padoch et Jong, 1987).

29 Cette répartition des activités continue de se modifier en réponse aux données récentes de l’occupation des territoires amazoniens. Tandis que des systèmes agroforestiers sont également relevés en várzea, mis en place par des caboclos en reconversion d’anciennes plantations au cours du xxe siècle (Bahri, 1992), les pratiques agricoles s’étendent — particulièrement depuis les années 1970 — aux sols fragiles et inadaptés des interfluves. Cette recherche de nouvelles terres répond à l’accroissement démographique amazonien et à des motivations d’ordre politique, en négligeant les impératifs écologiques qui ne doivent pas être occultés si l’on veut que l’Amazonie survive en tant que telle (Létang, 1987).

Les espaces amazoniens

30 Ainsi évoquée, l’Amazonie, dans son organisation spatiale, peut être envisagée de diverses façons en fonction d’une échelle d’observation variable, et selon les critères qui sont pris en compte. À petite échelle, la géologie oppose classiquement les boucliers guyanais et brésilien à la plaine alluviale incluse dans un ensemble de terrains fini-tertiaires et quaternaires qui se rétrécit progressivement vers l’est avant de s’élargir en un immense delta. À plus grande échelle, les données régionales de la structure et de la néotectonique gouvernent l’organisation de ces milieux (voir les travaux de Sternberg, Tricart, Dumont). À l’échelle du bassin hydrologique, des régions s’individualisent le long du drain principal, en fonction de la qualité et de la couleur des eaux liées aux conditions géodynamiques et lithographiques de leurs parcours : la haute Amazonie des eaux turbides (blanches) au pied des Andes (Bolivie, Pérou, Équateur), l’Amazonie centrale (Brésil occidental, abondance des eaux noires), et la basse Amazonie (affluents d’eaux claires, delta de l’Amazone).

31 Ces trois aires, situées le long d’un axe majeur, sont le siège d’évolutions spatiales s’exprimant à la fois longitudinalement par rapport au fleuve, et de façon aréolaire de part et d’autre de celui-ci.

32 • De l’amont vers l’aval, l’ampleur de la crue et la charge sédimentaire s’amenuisent, la dynamique fluviale se modifie et les dimensions des microreliefs qui en résultent s’élargissent tandis que leurs contrastes topographiques et édaphiques s’atténuent. La diversité des milieux alluviaux se traduit par une mosaïque, dont l’organisation spatiale suit, de l’amont vers l’aval, un gradient reflétant l’évolution dans l’espace des processus géomorphogéniques. Ces derniers sont par ailleurs tributaires du rythme des inondations. En haute Amazonie, une oscillation unique se produit en réponse au climat (régime des pluies de l’hémisphère Sud uniquement, concentrées sur une courte période à l’amont du bassin) — condition favorable au renforcement de la sinuosité (Sternberg, 1957). En Amazonie centrale, la crue est proportionnellement moins violente, ce qui se traduit par une amplitude comparable entre Iquitos et Manaus (10 m environ). Ici, le lit du fleuve est alors beaucoup plus large qu’en amont, et l’arrivée des eaux d’origine géographique diverse, est consécutive à des précipitations étalées dans le temps. Enfin, à l’embouchure, le rythme impulsé par le fleuve est remplacé par le battement biquotidien des marées atlantiques qui régit la vie de la nature et des cultures.

33 • Des cours d’eau vers l’intérieur des terres, c’est l’influence des crues qui se fait moindre et irrégulière, selon un gradient écologique entraînant le passage, depuis les milieux aquatiques puis semi-aquatiques, à des milieux alluviaux — herbacés puis forestiers —, après quoi la forêt dense, située hors des contraintes fluviales, présente une structure et une composition spécifique particulièrement complexes.

34 Du point de vue biogéographique, deux grands ensembles forestiers s’individualisent en fonction de ce canevas : les forêts des interfluves, et les forêts inondées de la plaine alluviale, entre lesquelles les limites écologiques sont floues. L’occupation humaine, enfin, répond traditionnellement au clivage entre les interfluves et les terres inondables, et, corrélativement, entre les deux grands ensembles forestiers. Avant l’arrivée des Européens, l’agriculture est largement pratiquée dans la plaine alluviale tandis que les interfluves sont le siège d’une agriculture itinérante réduite, associée à une faible densité démographique. Le choc de la conquête est si grand qu’il entraîne l’abandon de ces terres alluviales, réinvesties plus tard en raison de leur valeur pour l’agriculture et le transport fluvial, mais recolonisées par des populations immigrées et métissées. Pour ces usagers, les calendriers agricoles, les pratiques d’élevage, la taille des parcelles cultivées doivent être adaptés aux rythmes des crues et aux dimensions des microreliefs alluviaux, variables en fonction des conditions locales de la dynamique fluviale. Les Amérindiens, pour leur part, qui constituent des communautés à valeurs culturelles spécifiques, réfugiées ou vivant dans la forêt, ne représenteraient plus qu’un ensemble de 700 000 personnes, réparties en 200 à 300 ethnies, dont certaines (environ 7 100 personnes) ignorent encore — pour combien de temps ? — l’existence des Blancs (Bahuchet et al., 1993).

Conclusion

35 Le xixe siècle et l’exploitation du caoutchouc amorcent inexorablement la colonisation des interfluves et le recul de la forêt, selon un rythme qui deviendra toujours plus rapide. L’agriculture et les fronts pionniers, l’élevage extensif, l’exploitation minière, les grands aménagements hydroélectriques et routiers, l’exploitation du bois viendront rapidement à bout de la forêt et des populations qui y vivent, si des mesures énergiques de protection ne sont pas prises (Albert, 1990 ; Fearnside, 1995 ; 1997 ; Zecchini, 1998 ; Léna, 1999). Actuellement, l’homme prétend ignorer les contraintes physiques des milieux pour leur appliquer des critères gouvernés par les seuls intérêts économiques ou politiques : la correspondance entre l’organisation spatiale des activités humaines et les ensembles physiques se brouille, en conséquence. Les fronts pionniers, l’élevage, les plantations, les routes, les mines aspirent à rentabiliser le milieu quel qu’il soit, et ne tiennent pas compte d’une donnée essentielle : l’organisation et la diversité des milieux amazoniens, dont la pérennité est gravement remise en cause (Eglin et Théry, 1982 ; Léna, 1999). La conception d’une Amazonie prise dans son ensemble comme un territoire de conquête s’accompagne d’une vision uniformisée des milieux qui la constituent, d’une « méconnaissance des interactions très anciennes, étroites et riches, entre les peuples et les forêts » (Rossi, 1999), et de projets de « mise en valeur » censés être partout applicables de façon similaire. Prétendant gommer la diversité, cette démarche risque de détruire la source même de sa raison d’être : l’Amazonie sans forêt est-elle concevable ?

36 Au vu de l’organisation millénaire des espaces amazoniens et des perturbations humaines et écologiques profondes engendrées depuis cinq siècles, dangereusement accélérées depuis 150 ans, et surtout depuis 30 ans, il convient aussi d’insister sur la correspondance qui existe entre la préservation de la nature et la protection des êtres humains et des sociétés (Meggers, 1984 ; Albert, 1990). La diversité du vivant n’est pas seulement d’ordre végétal et animal. Elle est aussi humaine. Il faut insister sur le fait que les peuples forestiers des Tropiques — entre autres — vivent en équilibre avec le milieu qu’ils occupent, dont ils sont les seuls à maîtriser l’usage de leurs ressources, en sachant préserver leur renouvellement sur une base réellement durable, grâce à une connaissance séculaire du milieu et des modes possibles de son utilisation.

37 Il semble par ailleurs que la diversité des sociétés, la diversité des hommes, la diversité culturelle aient une influence bénéfique sur la diversité des espèces (Gheerbrant, 1988 ; Descola, 1993, 1996 ; Rossi, 1999 ; Balée, 2000). « L’abondance des sols anthropogéniques et leur association avec des forêts de palmiers ou de fruitiers sylvestres suggèrent que la distribution des types de forêt et de végétation résulte en partie de plusieurs millénaires d’occupation par des populations dont la présence récurrente sur le même site a bouleversé le paysage végétal. […] Si bien que la nature amazonienne est, en vérité, fort peu naturelle, mais peut au contraire être considérée comme le produit culturel d’une manipulation très ancienne de la faune et de la flore. […] Les conséquences de cette anthropisation sont notamment un taux de biodiversité plus élevé dans les portions de forêt anthropogéniques que dans les portions de forêt non modifiées par l’homme. » (Descola, 1993).

38 De même qu’il ne peut se faire sans protection de la diversité des milieux, des espèces et des ressources, le « développement durable » ne peut se faire sans pérennité des formules sociales le plus diverses possible : « la notion de développement durable implique une certaine capacité d’organisation des sociétés locales pour utiliser les ressources existantes et leur reproduction » (Droulers, 1995). Les millions d’Amérindiens disparus ont emporté avec eux une part de la richesse culturelle de l’humanité. La diversité des sociétés traditionnelles, si étroitement adaptées aux milieux qu’elles occupent, ne peut être dissociée de la diversité de ces milieux. Nous sommes aujourd’hui, ici comme ailleurs, dans une situation transitoire entre les bouleversements profonds des cinq derniers siècles, et un avenir qui sera marqué par une prise de conscience grandissante de l’impérieuse nécessité de ménager la planète si l’on veut qu’elle reste « bleue » [1].

Notes

  • [1]
    Nous remercions très vivement MM. Gabriel Rougerie et Pierre Usselmann pour leurs nombreuses critiques et suggestions, ainsi que M. Guerino Sillère pour la réalisation graphique.
Français

RÉSUMÉ.

Les eaux, les forêts, les hommes d’Amazonie s’organisent en deux ensembles majeurs : les milieux alluviaux et les milieux interfluviaux. La variation spatiale des unités physiographiques est perceptible différemment selon l’échelle d’observation, et s’effectue selon deux gradients. Un gradient linéaire affecte les cours d’eau et leurs berges de l’amont vers l’aval, à l’instar des cours d’eau des régions tempérées (concept de continuum fluvial), et un gradient aréolaire se manifeste depuis les berges vers l’intérieur des terres (concept de littoral mobile). Deux types de mosaïques forestières structurent les forêts amazoniennes dans l’espace horizontal, chaque ensemble étant soumis à l’influence de processus opposés. Le développement de la forêt interfluviale dépend essentiellement de facteurs biotiques, et elle est constituée d’une mosaïque d’unités proportionnelles aux mailles de la régénération forestière (chablis). Les forêts alluviales sont, elles, soumises aux contraintes abiotiques d’ordre sédimentaire et hydrique, responsables de son organisation dans l’espace : la mosaïque forestière est dans ce cas proportionnelle aux dimensions des microreliefs résultant de la dynamique alluviale. Dans la perspective contemporaine d’une exploitation irraisonnée de l’Amazonie, l’homme voudrait ignorer les contraintes physiques des milieux, et l’adéquation traditionnelle entre l’organisation de ses activités et les ensembles physiques s’altère, mettant gravement en cause la survie de l’Amazonie elle-même : sa richesse biologique, mais aussi sa diversité culturelle.

  • Amazonie
  • biodiversité
  • développement durable
  • forêt alluviale
  • forêt équatoriale
Español

El ordenamiento de los espacios amazónicos, de la escala regional a la parcela forestal: una diversidad milenaria en via de desaparición

RESUMEN

La organización espacial de las aguas, de los bosques y de los hombres de Amazonía se divide en dos grandes unidades : las llanuras aluviales, y las tierras no inundables de altura. La variación espacial de las unidades físicas se percibe diferentemente según la escala de observación escogida. Por otra parte existen dos gradientes : un gradiente lineal afecta los ríos y sus orillas desde arriba hacia abajo, como sucede con los ríos de las zonas templadas (continuum fluvial). Por otro lado, un gradiente aureolar se manifiesta desde las orillas hacia el interior de las tierras, lo que se percibe en razón de las dimensiones extensas de esta cuenca tropical. Este gradiente aureolar se manifiesta también, en las tierras no inundables (litoral móvil). Dos tipos de mosaicos forestales se desarrollan en los bosques amazónicos, mayormente dirigidos por procesos opuestos. La estructura horizontal del bosque interfluvial (de altura) resulta principalmente de los factores bióticos, y este tipo de bosque esta constituído por un mosaico en proporción a las parcelas de la regeneración forestal (claros, chablis). Los bosques aluviales (de várzea, del bajo) están bajo el control de los procesos abióticos, de tipo sedimentario e hídrico, responsables de su organización espacial : en este caso, el mosaico forestal es proporcional a la escala de los micro-relieves nacidos de la dinámica aluvial. En el ámbito actual de una explotación no razonada de la Amazonía, el hombre quisiera ignorar las coacciónes físicas del medio ambiente. Por lo tanto, la adecuación tradicional que existe entre la organización de sus actividades, y la organización física del medio ambiente, va alterándose. Esto pone seriamente en tela de juicio el problema de la supervivencia de la misma Amazonía : su riqueza biológica, asi como su diversidad cultural.

  • Amazonía
  • biodiversidad
  • bosque aluvial
  • bosque tropical húmedo
  • desarrollo sostenible

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Sandrine Lamotte
UMR ESPACE 6012, Département de Géographie, Université Montpellier 3, Route de Mende, 34199 Montpellier cedex 5
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