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Ethnologie française

2001/1 (Vol. 31)


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? L’image qu’évoque le titre de ce numéro, Terrains minés, renvoie à la notion de danger. La profession anthropologique est « pleine de dangers », observait Claude Lévi-Strauss dans les années cinquante [1958 : 410]. Un livre récent, qui présente un bilan des nouveaux enjeux et problèmes de la discipline, nous parle encore d’anthropologues « en dangers » [Agier, 1997]. De quel danger s’agit-il ?

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Il y a d’abord des dangers physiques, souvent non négligeables, qui ont longtemps contribué à former une mythologie disciplinaire passablement héroïque. Les rudes épreuves de l’ethnologue ont pu acquérir une valeur initiatique, et devenir une caution à l’autorité de son analyse, comme dans le célèbre récit de Clifford Geertz concernant une descente de police à Bali dont il a été victime, ce qui lui vaut enfin d’être accepté par la population locale [1983 : 165-215].

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Il y a, en outre, des dangers symboliques liés à la particularité de la situation ethnographique, qui imbrique un projet de savoir dans une expérience d’intense implication personnelle. Comment s’abandonner à l’autre sans perdre de vue ses objectifs de connaissance ? Vieux dilemme auquel la sensibilité postmoderne donne des réponses de plus en plus pessimistes et sceptiques quant à la transparence scientifique de la méthode de l’observation participante. Depuis au moins une vingtaine d’années, le terrain est en effet au centre d’une vaste réflexion souvent très critique. Le « flou » qui avait longtemps entouré la recherche ethnographique a été brusquement dissipé par un nombre croissant de travaux de chercheurs qui ont examiné avec soin les problèmes concernant la production des données et l’écriture ethnographique. Il n’est pas difficile de constater la diffusion d’une sorte d’hypocondrie méthodologique qui risque d’aboutir à un relativisme cognitif ou à une dérive narcissique cachée derrière une attitude hyper-réflexive. La pratique de terrain est donc minée de l’intérieur ; ses bases épistémologiques ont été rongées, creusées, érodées par l’archéologie du savoir ethnologique et la déconstruction de ses mises en scène rhétoriques. Cela est à l’origine d’un malaise diffus, qui mine la santé de la discipline.

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Enfin, il existe toute une série de « mines » méthodologiques et épistémologiques disséminées particulièrement dans les terrains contemporains. L’accélération de la circulation des informations, la planétarisation, l’émancipation des objets ethnologiques face à une ethnologie elle aussi en profonde transformation, tout cela rend de plus en plus problématique le positionnement du chercheur. Les conditions nouvelles dans lesquelles s’exerce la recherche ethnologique semblent en somme contribuer au développement de l’inconfort ethnographique.

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Dans les articles de cette livraison, il est surtout question de ce dernier type de « mine », même si les dangers physiques et symboliques sont, dans quelques cas, évoqués. L’objectif de ce recueil est de contribuer à une réflexion sur les inconforts, les problèmes et les contradictions de la pratique ethnologique, sans pour autant céder aux séductions du postmodernisme. Plusieurs expériences de recherche sur des terrains minés sont analysées comme des cas révélateurs de difficultés et d’implications qui dans d’autres cadres de recherche demeurent plus souterraines [1][1] À l’origine de ce recueil, il y a trois journées d’études.... Dans leur ensemble, ces contributions visent à apporter des éléments de réflexion sur les enjeux scientifiques, sociaux et éthiques du métier d’ethnologue.

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? L’expression « terrains minés » a de claires connotations militaires. Il ne s’agit pas là d’une simple coïncidence ou d’un jeu de mots gratuit. Le choix du titre implique aussi une assomption explicite des origines du terme « terrain », qui est entré dans le vocabulaire scientifique provenant du lexique militaire, avec une évolution qui a été analysée par B. Pulman. Ce terme, qui dérive du latin terrenum, maintient longtemps une signification uniquement chthonienne, désignant simplement une étendue de terre. Au xviie siècle, « le signe rentre dans un nouveau champ sémantique car l’art militaire s’empare du terrain. Dans ce nouveau registre, le terrain s’associe au champ de bataille : le signe terrain désigne le lieu où se tiennent les opérations militaires et, dans un usage spécialisé, le pré où se déroule un duel. Le déploiement des fortifications passagères est à la base d’une science de “l’organisation du terrain” qui est enseignée dans les écoles militaires » [Pulman, 1988 : 23-24] [2][2] La dimension militaire est aussi présente en anglais....

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À partir de la fin du xviie siècle, on assiste à la diffusion de locutions métaphoriques venues du sens militaire, comme « connaître le terrain », « être sur son terrain », où le terme « terrain » a le sens figuré de circonstances, conditions, domaine. Il prend aussi à la même époque le sens, très proche du domaine militaire, d’emplacement aménagé pour servir de lieu d’exercice, d’abord en relation avec la piste du manège. Ce sens sera développé dans d’autres contextes, comme le sport et l’aviation, au début du xxe siècle [Rey, 1992 : 2105].

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Lorsqu’il entre dans le langage scientifique, entre le xixe et le xxe siècle, le mot « terrain » a donc une longue histoire belliqueuse. Il est un lieu d’affrontements, et « aller sur le terrain » signifie originellement se rendre sur un champ de bataille. Dans quelle mesure cette dimension guerrière a-t-elle conditionné l’expérience ethnologique du terrain ? Pour répondre à cette question il faudra en poser d’abord une plus large : comment se fait-il que certains lieux deviennent des terrains, c’est-à-dire des champs d’opération pour l’enquête scientifique, et en particulier pour l’enquête ethnologique ? Et à partir de quelle position l’ethnologue peut-il observer, classer, interpréter ?

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Même si les ethnologues cherchent leurs objets très loin des universités, observe avec ironie Clifford Geertz, « ils rédigent leurs ouvrages entre les pupitres, les bibliothèques, les tableaux noirs et les séminaires. Tel est l’univers qui produit les anthropologues, celui qui leur accorde l’autorisation de faire le travail qu’ils accomplissent, et au sein duquel ce travail doit trouver une place s’il veut être considéré comme digne d’attention ». La présence là-bas sur le terrain présuppose donc une présence ici : celle d’un universitaire parmi les universitaires [1996 : 129].

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Le statut des deux pôles entre lesquels s’opère la navette ethnologique est fortement asymétrique. Le dispositif cognitif de la démarche ethnologique part d’un ici, du lieu propre de l’institution scientifique, pour inclure dans son champ d’observation des lieux situés là-bas : les terrains. Ce qui constitue l’espace de la vie quotidienne d’un groupe, d’une population connaît une transmutation soudaine à la suite de l’arrivée d’un étranger curieux, animé par de secrets desseins de connaissance. Du point de vue de ses objectifs scientifiques, l’ethnologue occupe une position surplombante sur le terrain où se déploient les stratégies animées par sa volonté de savoir. Cet espace vécu, qui est devenu son terrain, est aussi un terrain de manœuvre pour une institution scientifique conquérante.

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Michel de Certeau a montré comment au fondement de la modernité scientifique, politique et militaire il y a un geste qui distingue un lieu autonome, un « propre », qui permet de capitaliser les avantages acquis et de préparer des expansions futures. Il implique une maîtrise des lieux par la vue, par le biais d’une pratique panoptique qui permet de contrôler et d’« inclure » dans sa vision les forces étrangères, en les transformant en objets observables et mesurables. Le lieu circonscrit comme un « propre » sert donc de base pour gérer des relations avec l’extériorité et soutient des stratégies de connaissance qui transforment cette extériorité en espaces lisibles. Reproduit à l’infini par les procédures disciplinaires visant à quadriller un lieu pour offrir ses occupants à l’observation et à la connaissance, ce geste est aussi préalable à la constitution des sciences de l’homme [1990 : 50-68].

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La contiguïté avec les appareils de surveillance qui disciplinent la société française à l’époque moderne [Foucault, 1975] est encore assez flagrante chez les pionniers qui ont ouvert la voie à l’observation participante. Les considérations sur les diverses méthodes à suivre pour observer les peuples sauvages de Joseph-Marie de Gérando ont comme pendant Le visiteur du pauvre, où le même auteur explique comment distinguer la vraie de la fausse indigence et comment classer les pauvres pour désigner qui avait droit au secours. D’autre part, la méthode des monographies de familles de Frédéric Le Play montre elle aussi plusieurs homologies avec les procédures disciplinaires. Ce n’est pas un hasard si l’enquêteur leplaysien était pris quelquefois pour un agent du fisc ou pour un envoyé du propriétaire. Selon la méthode de Le Play, l’existence de la famille « ouvrière » était considérée sous tous ses aspects, avec une accumulation de détails presque maniaque. Le regard pénétrait dans chaque recoin : l’examen du budget de la famille portait sur les recettes et les dépenses de l’année. Tout ce qui y entrait ou en sortait devait être noté, même quand il n’y avait eu ni vente ni achat. Le Play appliquait en effet aux familles « ouvrières » les cadres de comptabilité analytique qui étaient alors en vigueur dans les grandes entreprises industrielles.

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Mais – faut-il le souligner ? –, malgré les ressemblances qu’elle présente avec les appareils disciplinaires, la démarche ethnologique ne se réduit pas à une technique panoptique. Elle est bien plus riche, complexe, paradoxale. Les développements successifs de la méthode de l’observation participante ont fait que les visées surélevées sont atteintes par le biais d’un détour opéré par le bas. Qu’est-ce que le cheminement ethnographique, sinon une pénétration au ras du sol, pacifique ? Sur le terrain, en effet, l’ethnologue est coupé de son lieu « propre ». Il doit circuler avec ses propres moyens sur un territoire qu’il ne maîtrise pas, et qui est au contraire contrôlé par d’autres institutions, d’autres instances de pouvoir. Pour lui, de ce point de vue, le terrain est un espace où il doit construire des tactiques quotidiennes qui ne sont pas dotées de la maîtrise que donne le regard « d’en haut » [3][3] J’utilise ici la notion de tactique dans le sens que....

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Malgré toutes les dénégations possibles, le terrain est donc pour l’ethnologue un champ d’opérations, selon la vieille tradition militaire. Mais ces opérations sont d’une nature particulière. Elles sont dominées par les figures de l’ambivalence et du paradoxe. C’est un affrontement qui se déroule surtout dans le for intérieur de l’ethnologue, c’est une violence symbolique qui ne se manifeste pas ouvertement ; la plupart du temps elle est vécue – et expiée – dans l’intimité.

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Si « aller sur le terrain » évoque, pour un homme politique ou un agent commercial, une dimension active qui renvoie aux origines militaires de l’expression, la posture classique de l’ethnologue sur le terrain est bien plus passive. Elle est marquée par le fait que celui-ci dispose de temps. C’est une activité intellectuelle intense, voire fébrile, qui se dissimule sous un comportement social apparemment paresseux.

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Le processus de constitution du champ disciplinaire a dessiné une conjonction entre un appareil théorique fort et une pratique de terrain faible, entre une stratégie scientifique et une tactique de terrain. Cette duplicité de base a pu jouer sur la polysémie de la notion de terrain, qui renvoie aussi à la terre nourricière. Le terrain devient ainsi le lieu fertile où se produit une initiation qui est aussi une nouvelle naissance [4][4] Pour une analyse des registres symboliques sur lesquels....

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Dans une page célèbre, Claude Lévi-Strauss pointe, dans l’expérience du terrain, un moment crucial de la formation anthropologique, après lequel les connaissances que le chercheur a acquises dans le passé « se “prendront” en un ensemble organique, et acquerront soudain un sens, qui leur manquait auparavant ». Le terrain est vu comme l’équivalent, pour l’ethnologue, de ce qu’est l’analyse propédeutique pour le psychanalyste. Le terrain est le lieu d’une « transmutation psychologique », d’une « révolution intérieure » qui fait de l’ethnologue un véritable « homme nouveau ». Quant aux moyens dont il dispose pour atteindre de tels buts, l’auteur reste discret. Si la réussite « ne peut être obtenue que par un contact personnel avec un maître », le succès de l’expérience est décrété « par le jugement de membres expérimentés de la profession, dont l’œuvre atteste qu’ils ont eux-mêmes franchi ce cap » [op. cit. : 409-410].

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Le ton assez ésotérique de ces considérations est typique d’une époque où, malgré toute l’importance symbolique accordée à la pratique de terrain, les conditions de l’enquête demeuraient peu explicitées. Cela était aussi le symptôme d’une situation de fond (qui continue, me semble-t-il, malgré les nombreuses descriptions récentes des aventures que vivent les ethnologues sur le terrain) : l’enquête s’inscrit dans le lieu de l’autre, et les actions de l’ethnologue sont des tactiques, dans le sens que, comme on l’a vu, M. de Certeau donne à cette notion, actions calculées que détermine l’absence d’un « propre », mouvements dans un espace contrôlé par autrui. C’est un domaine qui demeure opaque pour la formalisation scientifique : c’est un art de faire des coups, de saisir l’occasion, de suivre des traces.

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De ce point de vue, la démarche ethnographique s’inscrit dans un paradigme plus vaste, dans ce « savoir conjectural » fondé sur la lecture d’indices minimes et disparates, dont Carlo Ginzburg a décelé le fonctionnement à l’intérieur de plusieurs domaines de connaissance [1980]. Ce type de cheminement interprétatif, où entrent en jeu des éléments impondérables et difficilement reconductibles aux canons d’une rigueur scientifique « classique », est présenté dans plusieurs articles de ce recueil, et semble avoir été encouragé aussi par les aspérités de certains terrains. Le détour opéré par le savoir conjectural permet en outre de percevoir certaines ressemblances de famille que le terrain ethnologique entretient avec d’autres approches, comme le montre bien l’exemple de l’enquête sur la mafia du juge Falcone analysée ici par Deborah Puccio.

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? La position que l’ethnologue occupe sur le terrain renvoie elle aussi à une configuration plus vaste et disséminée. De ce point de vue, les réflexions qu’a développées en 1908 Simmel sur la forme sociologique de l’étranger fournissent des indications pertinentes pour analyser la relation ethnographique qui allait se préciser quelques années plus tard grâce à Malinowski. L’étranger dont Simmel nous parle « n’est pas ce personnage qu’on a souvent décrit dans le passé, le voyageur qui arrive un jour et repart le lendemain, mais plutôt la personne arrivée aujourd’hui et qui restera demain, le voyageur potentiel en quelque sorte : bien qu’il n’ait pas poursuivi son chemin, il n’a pas tout à fait abandonné la liberté d’aller et de venir. Il est attaché à un groupe spatialement déterminé ou à un groupe dont les limites évoquent des limites spatiales, mais sa position dans le groupe est essentiellement déterminée par le fait qu’il ne fait pas partie de ce groupe depuis le début, qu’il y a introduit des caractéristiques qui ne lui sont pas propres et qui ne peuvent pas l’être » [1990 : 53].

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Voilà une description à laquelle on pourrait aisément prêter les traits de Malinowski, assis sous sa tente plantée au beau milieu des huttes du village Trobriandais, ainsi que ceux de sa nombreuse postérité scientifique. Pour Simmel c’est l’unité de la distance et de la proximité qui qualifie la position formelle de l’étranger. Elle est marquée par plusieurs caractéristiques spécifiques : la mobilité, l’objectivité, la généralité. L’étranger est un être fondamentalement mobile qui s’introduit dans un groupe fermé sans établir de liaisons organiques (parentale, locale, professionnelle) avec les individus qui l’entourent. En outre, « parce qu’il n’a pas de racines dans les particularismes et les partialités du groupe, il s’en tient à l’écart avec l’attitude spécifique de l’objectivité, qui n’indique pas le détachement ou le désintérêt, mais résulte plutôt de la combinaison particulière de la proximité et de la distance, de l’attention et de l’indifférence ». Comme conséquence de cette position à l’étranger sont souvent livrés des secrets que l’on cache normalement à ses propres intimes. Pour Simmel, « l’objectivité ne se définit en aucun cas comme absence de participation : sinon, nous serions tout à fait en dehors de la relation, qu’elle soit subjective ou objective. C’est un type particulier de participation, semblable à l’objectivité de l’observation théorique. » [Ibid. : 55-56]

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L’objectivité de l’étranger se présente aussi sous la forme de liberté qui lui permet « de faire des expériences et de traiter de ses relations, même avec des proches, pour ainsi dire à vol d’oiseau ». Le rôle spécifique de l’étranger implique en somme « qu’il est plus libre pratiquement et théoriquement, il examine les relations avec moins de préjugés, il les soumet à des modèles plus généraux, plus objectifs, il ne s’attache pas par ses actes à respecter la tradition, la piété ou ses prédécesseurs » [ibid. : 56]. Cette liberté comporte aussi beaucoup de dangers, ajoute Simmel, car on peut toujours facilement accuser l’étranger d’être un agitateur qui a été envoyé par des ennemis extérieurs.

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Lorsqu’il écrit ces pages, le sociologue allemand se situe sur un plan très abstrait, et les figures auxquelles il a recours pour exemplifier la position de l’étranger sont pour la plupart tirées de l’histoire du Moyen Âge européen. Et pourtant les principaux ingrédients qui seront bientôt agencés par la méthode de l’observation participante sont déjà distillés avec précision dans son analyse. En effet, comme l’on vient de le voir, l’objectivité associée à la position sociologique de l’étranger est pour Simmel fondée sur un type particulier de participation où se mêlent la proximité et la distance, et cette objectivité est semblable à celle de l’observation scientifique.

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Les remarques de Simmel ont le mérite de nous donner des instruments pour mieux saisir l’ambivalence de la position sociologique de l’ethnologue travaillant sur le terrain. Elle est gouvernée par la figure de l’oxymoron qui se décline sous plusieurs formes : une observation participante, une errance fixée, une distance proche, des combinaisons mouvantes entre coordination et distanciation, entre répulsion et interaction. Par ailleurs, peut-on ajouter, l’oxymoron se double, en prenant l’aspect du couple de l’ethnologue et de son informateur : le savant naïf et le natif savant.

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Nous revenons en substance, par un autre chemin, à la dimension de l’affrontement. Au cœur de la relation ethnographique il y a une tension qui s’exerce entre une dimension de distance et une dimension de proximité, qui est à la fois source d’inconfort et vecteur de connaissance.

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D’ailleurs bien avant Simmel et Malinowski les potentialités heuristiques du dépaysement et de la distance proche ont été reconnues par une longue tradition dans la pensée européenne. Pour Montaigne, Montesquieu et Voltaire, c’est un regard étranger et naïf (d’un cannibale, d’un Persan, d’un Huron) qui est à même de dévoiler la vraie nature des relations sociales en France. Les vertus de la distance avaient déjà été mises en avant dans la préface du Prince de Machiavel, là où l’auteur justifie l’ambition d’une œuvre émanant d’un simple plébéien : « Il paraîtra peut-être téméraire que, né dans une condition obscure, j’ose donner des règles de conduite à ceux qui gouvernent. Mais comme ceux qui ont à dessiner des pays montagneux se placent dans la plaine, et sur des lieux élevés lorsqu’ils veulent lever la carte d’un pays plat, de même, je pense qu’il faut être prince pour bien connaître la nature des peuples, et peuple pour bien connaître celle des princes. » [1960 : 8] Ce passage a fait l’objet d’un commentaire de Descartes, qui dans une lettre de 1646 critique les remarques de Machiavel, en rappelant que, lorsqu’il s’agit d’étudier les actions des princes, l’observation d’un regard éloigné est insuffisante sans la participation : « Car le crayon ne represente que les choses qui se voyent de loin ; mais les principaux motifs des actions des Princes sont souvent des circonstances si particulieres, que, si ce n’est qu’on soit Prince soy-mesme, ou bien qu’on ait esté fort longtemps participant de leurs secrets, on ne les sçauroit imaginer. » [Descartes, 1996 : 492 ; Ginzburg, 1998 : 180-183] Les considérations de Descartes se prêtent d’ailleurs à la définition du cheminement qui était à l’origine de la composition du Prince, précédée par une longue période où Machiavel avait agi sur le terrain (dans le sens militaire et politique que le terme aurait pris au cours du siècle suivant), en contact direct avec les puissants, participant ainsi de leurs secrets. La rédaction du livre, dans l’exil campagnard auquel Machiavel avait été forcé, s’inscrivait elle aussi dans le décalage que procure la distance.

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Les potentialités heuristiques du dépaysement produit par une distance proche « verticale » entre les membres de différentes classes sociales ont trouvé bien plus tard un autre agencement chez Robert Park, qui recommandait à ses étudiants de Chicago, appartenant pour la plupart aux classes moyennes, d’aller se crotter les chaussures dans le quartier des mendiants et de se les essuyer sur les moquettes du quartier des milliardaires [Tripier, 1998 : 21].

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? 1914-1918 : tels sont les extrêmes chronologiques du Journal de Malinowski. Il est tentant de déceler des résonances symboliques dans la coïncidence chronologique entre la Première Guerre mondiale et ce « voyage-paradigme dans l’ailleurs-paradigme », comme cela a été défini par Clifford Geertz [1996 : 79]. Le travail de terrain le plus mythique de l’histoire de la discipline se fait dans l’isolement par rapport à un événement qui est global, où pour la première fois la planète entière est concernée en même temps. On peut y lire le symbole prophétique des procédures de découpage du terrain qui ont par la suite caractérisé une ethnologie qui a longtemps fait de ses objets d’étude des entités discrètes, dont les interdépendances historiques ont été évacuées. L’accumulation des monographies ethnographiques a produit un kaléidoscope de fragments restitués au présent ethnographique. L’ethnologie et l’histoire sont en décalage.

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En vertu du découpage des terrains, la pratique ethnographique a produit un savoir sur des sociétés considérées comme des « cristaux homogènes, isolés et autonomes » [ibid. : 144]. Ce foisonnement monographique était cependant contrôlé par un effort de théorisation visant aux régularités décelées comparativement. Quand la foi dans la structure et la fonction s’est écroulée, on est resté avec une prolifération de monades de Leibniz sans un dieu pour les concilier. Le paradigme de la multiplicité [Ginzburg, 1998 : 183-184], qui affirme le caractère singulier et irréductible des points de vue sur le monde, a ainsi conquis dans certains cas la citadelle de la théorie anthropologique sous la forme de l’incertitude postmoderne.

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Au cours des dernières décennies on a aussi assisté à l’effort qu’ont fourni plusieurs ethnologues pour réduire le décalage avec l’histoire. Mais l’histoire va vite. Les histoires locales sont de plus en plus prises dans une mouvance planétaire où la circulation des personnes et des informations connaît une vitesse croissante. La discipline se trouve désormais devoir faire face aux défis d’une anthropologie des mondes contemporains [Augé, 1994].

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Le sujet du discours ethnologique est lui aussi en train de changer, à cause du développement de l’anthropologie à l’extérieur de la « métropole » euro-américaine de la discipline. En termes plus généraux, ceux qui sont les objets de l’enquête ethnologique et le public des écrits qui en traitent sont de moins en moins distincts.

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L’article d’Anton Blok illustre bien cette évolution. Son travail de terrain sur la mafia dans une bourgade sicilienne est mené au cours des années soixante dans une presque complète solitude épistémologique par rapport au paysage intellectuel sicilien et italien. La traduction de sa monographie en italien eut dans les années quatre-vingt un certain impact sur un contexte académique transalpin de plus en plus ouvert à l’anthropologie sociale. Des discussions concernant ce travail publiées dans une revue italienne de sciences humaines entraînèrent aussi le dévoilement de la vraie identité du village en question, qu’A. Blok avait cachée sous un pseudonyme. Les derniers actes (pour le moment) se constituent de l’invitation que lui fait le maire de ce village (dont l’ethnologue s’était jusque-là, pour des raisons que l’on comprend bien, prudemment tenu à l’écart) à y retourner et de la cérémonie donnée en l’honneur de l’ethnologue. À cette occasion, les représentants politiques locaux soulignent l’importance du travail ethnologique qui avait été mené dans leur village. Ils le considèrent maintenant comme une préfiguration de la lutte antimafia, laquelle était à l’ordre du jour dans la Sicile des années quatre-vingt-dix.

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Pour décrire cette nouvelle imbrication de l’objet et du public du discours ethnologique, Clifford Geertz a observé que c’est un peu comme « si M. Homais publiait un essai intitulé La description de la vie provinciale dans Madame Bovary dans La Revue des Deux Mondes » [1996 : 132]. Je voudrais raconter une expérience qui se situe à plusieurs égards sur le même registre, et qui tourne précisément autour de Clifford Geertz. En mai 2000, j’ai eu la chance de participer à une rencontre internationale organisée en hommage à Clifford Geertz, qui a eu lieu à Sefrou, la ville du Moyen Atlas marocain qu’il avait choisie comme terrain dans les années soixante. Le colloque a été organisé, sous la direction scientifique du professeur A. Hammoudi, par la municipalité de Sefrou et l’université de Princeton. Il a réuni des chercheurs venant d’horizons géographiques et disciplinaires divers et un nombre important d’intellectuels marocains. En suivant les pistes de réflexion présentes dans les travaux de Geertz, les interventions et les discussions ont aussi abordé certains nœuds sensibles de l’histoire récente du pays, comme l’émigration juive ou la question des détenus politiques. Je me demandais, en assistant au colloque, où j’étais, où nous étions : ici ou là-bas ? On circulait dans ce qui avait été pendant des décennies le terrain – le « là-bas » – de Clifford Geertz, parmi les gens dont il avait observé et interprété les comportements, et on discutait pourtant de thèmes anthropologiques généraux : comme si on était ici, dans le cadre universitaire habituel. Ce télescopage de deux lieux traditionnellement, et ontologiquement, distincts produisait aussi une série de réfractions qui franchissaient les limites de la discussion académique, avec des implications politiques et sociales assez claires (et stimulantes).

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Le colloque se déroulait dans un salon de la mairie de la ville, et j’eus l’occasion de faire la connaissance de l’un des employés municipaux. Il jetait de temps en temps un regard sur ce qui se passait de l’autre côté de la cour du bâtiment, mais il était pour la plupart du temps retenu par ses tâches. Lors de nos brèves conversations, je cherchais surtout à avoir quelques impressions de « l’intérieur » concernant la présence de Geertz sur le terrain. Mon interlocuteur n’avait pas beaucoup à m’en dire, mais, comme le prévoit tout scénario ethnographique, il allait me surprendre sur un autre plan. Il ne connaissait pas ce que Geertz avait écrit sur Sefrou, mais il avait lu ses travaux sur Bali pendant ses études universitaires. Quant au colloque, il le jugeait sans doute intéressant, mais il regrettait en même temps que la dimension de la globalisation n’ait pas été assez prise en compte. Comment exclure qu’un M. Homais de Sefrou ne soit déjà en train d’écrire un article dont le titre pourrait être « Du savoir local au savoir global. La description de la vie provinciale marocaine dans l’œuvre de Clifford Geertz » ?

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? Dans un article récent, C. Bromberger a mis en lumière les transformations de l’ethnologie : les « thèmes évoluent », les terrains « se métamorphosent ». Ainsi « l’ethnologie de la France a considérablement élargi l’éventail des milieux sociaux qu’elle étudie […] elle a pris pour cibles privilégiées des groupes et des réseaux fédérés par une même profession, un même hobby, un même lobby ou encore une même expérience du malheur » [1997 : 298]. On pourrait dire que l’on est en présence désormais d’une « ethnologie tout terrain » qui comporte une démultiplication des échelles et des points de vue sur l’objet. Il ne s’agit pas d’un phénomène exclusivement français, et le constat comparable sur la dislocation du regard anthropologique ressort, même s’il est examiné d’un point de vue assez différent, dans un livre consacré aux orientations récentes de l’anthropologie aux États-Unis [Gupta et Ferguson, 1997]. En France comme aux États-Unis d’ailleurs, on assiste aussi à des tentatives de rapprochement, sur le terrain ethnographique, entre ethnologie et sociologie qualitative [5][5] [Arborio et Fournier, 1999 ; Beaud et Weber, 1997 ;....

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Les articles de ce recueil montrent comment le positionnement du chercheur est problématique, dans cette situation mouvante, où les terrains anciens se transforment, où en apparaissent de nouveaux, et où les conditions de la recherche évoluent rapidement. L’ethnologue est confronté à une demande sociale, souvent explicite, qui vient « d’en haut », mais aussi « d’en bas ». Dans le savoir ethnologique, dans les résultats de la recherche, plusieurs acteurs peuvent chercher un appui pour leurs « vérités », ce qui engendre le risque d’interprétations incontrôlables. La voix de l’ethnologue que l’on a accusé d’avoir longtemps prétendu exercer une autorité « monologique » a maintenant beaucoup de mal à faire reconnaître sa singularité, dans une texture complexe, et souvent peu harmonique, où se superposent maints discours plus ou moins médiatisés.

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Au fil des différents itinéraires ethnographiques qui sont décrits dans ces pages se dessine le lot ordinaire et routinier du métier d’ethnologue dans un tel contexte de bouillonnement épistémologique et méthodologique. C’est un lot, pour reprendre la formulation d’A. Arrif, fait d’hésitation, de bricolage et de réajustement permanent des discours et des positions. Ces textes nous montrent la diversité des situations et des traditions intellectuelles qui donnent lieu à la pratique du terrain dans différents pays autour du bassin méditerranéen. Il s’agit pour la plupart de recherches qui, dans le réglage de la focale, privilégient ce que C. Bromberger a défini comme le « plan rapproché » de l’investigation micro-sociale [op. cit. : 299]. Il s’agit aussi, dans un autre sens, de recherches portant sur le proche, sur des terrains situés dans la société à laquelle le chercheur appartient, avec les problèmes particuliers que cette proximité implique. Mais, on le voit bien, appréhender des terrains proches n’est pas la même chose au Maroc, en Algérie, en Croatie ou en France. La démarche ethnologique y est confrontée à différentes configurations de pouvoir, et elle ne dispose pas partout du même capital d’autorité. La pratique de terrain malinowskienne est par ailleurs assumée, mais aussi modifiée à l’intérieur de traditions anthropologiques différentes et « hybridée » par les contacts avec d’autres démarches.

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Au-delà des différences des cadres institutionnels, politiques et scientifiques à l’intérieur desquels les recherches ont été menées, il est possible de cerner des consonances qui renvoient d’un texte à l’autre. Cela est vrai, par exemple, pour un ensemble de terrains où l’accès aux informations est particulièrement difficile, où l’ethnographe est confronté au secret d’un monde qui se ferme devant lui : c’est le cas de la mafia sicilienne pour A. Blok, des groupes islamistes en Algérie pour A. Moussaoui, d’une centrale nucléaire en France pour P. Fournier, d’un établissement carcéral féminin au Portugal pour M. Cunha.

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Les préoccupations concernant la manière dans laquelle la dissymétrie de position entre le chercheur et les groupes étudiés pèse sur les relations de terrain, sur la construction de l’objet et sur la diffusion des connaissances, parcourent l’ensemble des textes. On peut en trouver une discussion approfondie dans les articles qui relatent des expériences d’enquête sur les adolescents d’une banlieue française [D. Lepoutre], sur une opération de relogement des habitants d’un bidonville de Casablanca [A. Arrif] et sur les rapatriés croates des années quatre-vingt-dix [J. ?apo]. Les mêmes problèmes méthodologiques sont abordés par M. Bordigoni dans sa discussion des enjeux liés à la divulgation d’images ou de textes concernant les Tsiganes.

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Dans la plupart des textes, il est possible de lire les dilemmes d’un chercheur, ethnologue et citoyen à la fois, confronté avec des responsabilités sociales et politiques vers le groupe étudié et vers sa société, responsabilités qui ne coïncident pas toujours avec celles qu’il a vers la communauté scientifique nationale et internationale. Un stratagème pour sortir de l’impasse peut consister dans le choix de publier les résultats plus dérangeants en langue étrangère, comme le montre bien le cas décrit par J. ?apo.

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La demande des acteurs conditionne aussi le déroulement même de l’enquête, ce qui ressort de l’article d’A. Monjaret où est décrit le travail de terrain effectué par une équipe d’ethnologues chargés d’une étude sur la mémoire et l’identité de trois hôpitaux parisiens s’apprêtant à fermer totalement ou partiellement. Cette enquête en vue de la patrimonialisation des pratiques hospitalières a aussi entraîné les chercheurs à endosser de multiples rôles sociaux, et cela en réponse aux attentes du personnel qui comptait sur eux pour être aidé dans l’élaboration du deuil lié au passage et au changement d’identité.

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Ces contributions montrent comment ont évolué les coordonnées spatiales qui ont fourni le contexte de la démarche ethnographique classique. Dans les situations qui y sont décrites le glissement, qui jusque-là se faisait entre ici et nous, entre là-bas et les autres, n’est plus possible. Les lieux scientifiques et les lieux identitaires sont désormais disloqués et agencés dans de nouvelles configurations. On assiste ainsi aux tâtonnements d’une pratique ethnographique qui s’est faite plus transparente, moins ambitieuse et plus consciente de ses ambiguïtés, mais qui continue à utiliser la tension existant entre la dimension de la distance et celle de la proximité, avec les inconvénients et les inconforts que cette tension génère, comme un vecteur de connaissance. ?


Références bibliographiques

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  • Geertz C., 1983, « Jeu d’enfer. Notes sur le combat de coqs balinais », in Id., Bali. Interprétation d’une culture, Paris, Gallimard : 165-215.
  • – 1996, Ici et là-bas. L’anthropologue comme auteur, Paris, Métailié.
  • Ginzburg Carlo, 1980, « Signes, traces, pistes. Racines d’un paradigme de l’indice », Le Débat, 6 : 3-44.
  • – 1998, Occhiacci di legno. Nove riflessioni sulla distanza, Milan, Feltrinelli.
  • Gupta A. et J. Ferguson (eds), 1997, Anthropological Locations. Boundaries and Grounds of a Field Science, Berkeley, University of California Press.
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Notes

[1]

À l’origine de ce recueil, il y a trois journées d’études que j’ai organisées dans le cadre des séminaires de l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative (mmsh, Aix-en-Provence) dans l’année 1997-1998. Une partie des articles publiés ici développent des interventions qui ont été présentées dans ce cadre.

[2]

La dimension militaire est aussi présente en anglais (field) [Pulman, 1988 : 29].

[3]

J’utilise ici la notion de tactique dans le sens que lui a donné M. de Certeau [1990].

[4]

Pour une analyse des registres symboliques sur lesquels a joué l’utilisation de cette notion, cf. entre autres C. Blanckaert [1996 : 9-55]. Dans ce numéro, un article de J.-Y. Durand prolonge l’examen de l’histoire et de l’usage de la notion de « terrain », en se concentrant sur la dimension géologique de cette métaphore.

[5]

[Arborio et Fournier, 1999 ; Beaud et Weber, 1997 ; Clifford, 1997]

Pour citer cet article

Albera Dionigi, « Terrains minés », Ethnologie française, 1/2001 (Vol. 31), p. 5-13.

URL : http://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2001-1-page-5.htm
DOI : 10.3917/ethn.011.0005


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