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1L’Ukraine a connu trois famines majeures : 1921-1923 ; 1932-1933 ; et 1946-1947. De nombreux documents [1] et témoignages oraux affirment qu’elles ont été mises en œuvre par le pouvoir bolchevique de Moscou, résultant donc d’un acte criminel perpétré contre la nation ukrainienne.

2Néanmoins, aujourd’hui encore, certains falsificateurs tentent de présenter la famine de 1921-1923 et celle de 1946-1947 comme une conséquence de la sécheresse dans les régions du sud de l’Ukraine. La situation géographique de l’Ukraine et ses particularités climatiques sont marquées par le climat aride de certaines régions, compensé par des pluies conséquentes dans d’autres, ce qui exclut tout risque de famine dans le pays entier. Des documents attestent que, durant les années de ces famines, le blé ukrainien continuait d’être exporté.

3La famine la plus terrible, la plus violente, celle des années 1932-1933, a été tout simplement passée sous silence, car cet « événement » était de toute évidence une mesure de répression politique contre l’ethnos ukrainien, un véritable génocide, parmi les plus atroces et auquel le monde ne peut rester indifférent. La quantité des précipitations atmosphériques d’alors était dans la norme ; il y avait du blé en Ukraine – il a été non seulement transporté hors des limites du pays, mais aussi détruit de manière criminelle, dans le but prémédité de faire mourir de faim la population tout entière.

Présentation de l’enquête : lever un tabou

4Anthony D. Smith, professeur de sociologie de l’université de Londres, définit, dans son étude L’identité nationale [1992 : 39-40], deux grands modes d’extermination d’un ethnos : le génocide et l’ethnocide. On entend par génocide l’assassinat massif planifié d’un groupe culturel précis, dont le motif est l’existence même de ce groupe. L’ethnocide, lui, désigne toute action visant à « l’absorption culturelle et la transfusion ethnique ». Ces deux modes de destruction de l’ethnos ukrainien ont été utilisés par le gouvernement russe bolchevique contre les Ukrainiens au xxe siècle.

5On le comprendra, le thème de la famine en Ukraine était tabou sous le régime soviétique. Les premières publications sur le sujet ont d’abord paru à l’étranger. Il s’agit notamment du célèbre ouvrage de Robert Conquest : Sanglantes moissons [1993]. Depuis l’indépendance de l’Ukraine, on a entrepris de publier une série de documents prouvant que la famine paysanne ukrainienne des années 1932-1933 a bien été un crime planifié qui fit des millions de victimes innocentes, pour la plupart des enfants et des personnes âgées [2].

6La tâche la plus urgente qui s’impose à nous aujourd’hui [3] est de recueillir les témoignages de ceux qui ont eux-mêmes vécu la famine, en particulier ceux qui ont vu mourir leur famille et leurs proches. Vu l’âge des témoins (ils avaient dix-quinze ans à l’époque), leur nombre décroissant chaque année, nous pourrions très bientôt être privés de ces informations précieuses que livre la transmission orale de l’Histoire. De plus, futurs historiens, les étudiants peuvent, en prenant connaissance de ces matériaux, de manière plus tangible et plus autonome que d’autres, démêler le vrai du faux, tout en prenant conscience d’une tragédie historique vécue par leur pays. En utilisant un programme-questionnaire spécialement élaboré par nos soins, les étudiants de la faculté d’histoire de l’université nationale Taras Chevtchenko (de Kiev) ont enregistré (durant l’été et l’hiver 2002) des témoignages concernant la famine dans des villages du centre de l’Ukraine, notamment : Kiev, Tcherkassy, Tchernigov, Jitomir, Vinnitsa, Poltava, Soumy, Kirovograd. Ce choix géographique a été déterminé, soit par le lieu de naissance des étudiants, soit par le lieu de résidence ou d’origine de leurs parents ou de leur famille. Cette approche a permis que s’établisse une relation de confiance entre étudiants et informateurs. On sait que la population vit, à présent encore, la peur au ventre. Beaucoup craignent d’indiquer leur nom de famille, leur prénom, à des inconnus qui prennent des notes ou, pire, procèdent à des enregistrements.

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Monument élevé à la mémoire de la famine en Ukraine (photo de l’auteur, 2002).

7Les étudiants de 3e année (au nombre de 150) et de 2e année (150 également) ont, en moyenne, interrogé de 5 à 10 témoins, au total donc plus de 900 personnes [4]. Dans les matériaux recueillis, on distinguera deux types d’information sur la famine. Le premier provient de personnes âgées ayant elles-mêmes vécu la famine. Le second correspond aux récits des parents, des proches, des voisins, de la jeune génération née après la famine, mais ayant perdu une partie de leur famille, morte de faim. Le premier type d’information prédomine. La majorité de ceux qui témoignent sont des Ukrainiens qui avaient à l’époque dix-quinze ans, et sont donc âgés aujourd’hui de plus de quatre-vingts ans.

8Les premières généralisations, à partir des matériaux recueillis, mettent en évidence de nouvelles questions liées à la famine en Ukraine des années 1932-1933 ; elles prouvent aussi de manière irréfutable la thèse de l’extermination volontaire. Certains de ces témoignages évoquent également la famine de 1946-1947 et devront faire l’objet d’une étude et de publications à part. Les matériaux ici présentés ne se rapportent qu’aux années 1932-1933.

Une famine programmée

9En ce qui concerne les raisons du déclenchement de la famine des années 1932-1933, les paysans soutiennent à l’unisson que la récolte de 1932 était bonne : « La récolte n’était alors pas mauvaise, donc on n’aurait pas dû mourir de faim. Quelles qu’aient été les réserves, le pouvoir les a faites siennes. Ils ont tout pris, jusqu’au dernier haricot sec, à la moindre céréale. Ils ont fouillé dans tous les coins… » « On dit que la famine était programmée, parce que les récoltes étaient bonnes à ce moment-là » (propos recueillis à Bokhonka, dans la région de Vinnitsa). Parmi les témoins paysans, deux versions semblent l’emporter. La première, la plus commune, affirme : « On a spécialement déclenché la famine pour que toute l’Ukraine soit dévastée… » « C’est Staline qui a fait ça exprès, pour que les gens meurent ou soient affamés et entrent au plus vite au kolkhoze. » « C’est Staline, ce maudit tyran, il nous a organisé le Jugement Dernier. » Mais on entend aussi cette opinion : « C’est le pouvoir local qui a généralement organisé la famine. En haut, ils n’étaient au courant de rien. » Quantitativement, cette autre opinion est peu fréquente parmi les personnes interrogées.

10Il convient de signaler ici l’apparition, dans le milieu populaire, d’une nouvelle terminologie qui traduit la nature des événements de ces années. Ainsi, dans de nombreux villages des régions étudiées, des appellations locales étaient en usage pour désigner les représentants du pouvoir qui usaient de violence. Ces « représentants » entraient de force dans les maisons et y saisissaient tout : denrées, grains, vêtements, serviettes brodées, tissus. On les appelait avec beaucoup de justesse « les komsomols », « les mauvaises gens », « les saisisseurs », « les remorqueurs », « les activistes », « les brigades », « les hommes du Parti », « les scélérats », « la commission », « la bande », « le balai rouge », les komizany (provient du mot komnezamy[5]), les « fouilleurs » qui venaient avec des tiges de fer et « fouillaient » (c’est-à-dire recherchaient partout de la nourriture cachée), « les collectiviseurs », « les Rouges » et ainsi de suite.

11Comme le racontent des témoins de ces événements, les brigades arrivent à partir de l’automne 1932 et continuent leurs « fouilles » jusqu’à l’hiver 1933. S’ils trouvent quelqu’un qui n’est pas encore gonflé par la faim, ils reviennent encore et encore pour y chercher des denrées cachées. En règle générale, ils se déplacent par groupes de sept à dix personnes, toute résistance devient donc impossible, d’autant plus que les familles sont souvent privées de ceux qui les nourrissent : les hommes. Nombre d’entre eux, en effet, ont été arrêtés ou déportés pour désaccord avec la politique du Parti communiste et du gouvernement soviétique.

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Photo de Paraska I., née en 1918, dans la région de Jitomir (photo de l’auteur, 2002).

12Les « courageux communistes » ont en général affaire à des femmes et des enfants. Piotr Lutchko, né en 1924, originaire du village de Zaproudié dans le district de Rokitijan, région de Kiev, en témoigne : « En 1932-1933, il y a eu une famine artificielle. Des brigades spéciales – “les balais rouges” – prenaient le blé des paysans. Et le responsable du kolkhoze allait avec eux, armé. On frappait aussi les gens, on les mettait sur des poêles brûlants et on leur demandait où ils cachaient leur blé. On confisquait aux paysans leurs vaches, leurs chevaux. On rassemblait le bétail pour l’emmener au kolkhoze et, là, on le faisait mourir de faim. ».

13Autre témoignage, celui du village de Malaïa Vyska dans la région de Kirovograd : « Ils cherchaient du grain et, lorsqu’ils n’en trouvaient pas, ils prenaient tout ce qui leur tombait sous la main : n’importe quel vêtement ou serviette brodée. » Comme l’indiquent les témoins de la région de Kirovograd, « les remorqueurs » organisaient des perquisitions, fouillaient aussi les gens. « Maman cachait l’argent dans ses tresses – se souvient une femme – là aussi ils le trouvaient et le prenaient. » Née en 1912, Galina Pavlouï, originaire du village de Kisselika, district de Nossovka, région de Tchernigov, confie : « On a mis en prison mon père parce qu’il n’avait pas payé tous les impôts. Maman est restée seule avec ses quatre enfants, elle demandait la charité. Je me souviens comme elle pleurait. Dans le berceau de mon petit frère, sous ses draps, elle avait versé un peu de grain. Là aussi, ils l’ont trouvé. Ils tapaient avec des bâtons partout dans la maison. ».

14Les exemples sont innombrables. La cruauté des « fouilleurs » n’épargnait ni les personnes âgées ni les enfants, ce qui, bien sûr, ne correspondait à aucune norme éthique de la morale populaire traditionnelle, ni aux règles de la sociabilité. Une forme d’abrutissement de masse, d’indifférence s’emparait de la population, mais la haine se réveillait.

15Toutefois, comme le montrent les récits de témoins, certains considéraient que leurs tortionnaires étaient eux aussi forcés, qu’ils ne faisaient qu’exécuter les ordres d’en haut. « C’est ce maudit Staline qui a ordonné de nous punir parce qu’on ne voulait pas aller au kolkhoze de notre plein gré » (propos d’une paysanne du village de Makyvka, région de Tchernigov). On rencontre parfois des tentatives de justification des actes des komsomols, souvent encore très jeunes. Ainsi, ce témoignage de la région de Kirovograd : « Les komsomols venaient saisir les denrées. Mais s’ils avaient des parents intelligents, ceux-ci leur conseillaient de faire semblant de ne rien trouver dans la maison. Ils leur disaient : “Jette un coup d’œil et va-t’en.” Mais ils ne pouvaient pas ne pas y aller parce qu’ils auraient été aussitôt déclarés “ennemis du peuple”. »

16Beaucoup se plaignaient que « les criminels et les fainéants locaux exercent un pouvoir arbitraire ». Le pouvoir recourait à des méthodes telles que la corruption ; il montait les individus les uns contre les autres. « L’hiver, déjà, quand les gens ont commencé à gonfler de faim, il a été annoncé que quiconque dénoncerait ceux qui avaient caché du grain, toucherait une part de ce qu’il aurait trouvé » (région de Tchernigov, district de Nossovka, Khantchenko, né en 1915).

Partir, cacher, échanger

17Les gens vivent dans la misère dès les années 1929-1930, mais la véritable famine ne commence que durant l’automne froid de 1932. Les habitants des villages ukrainiens recherchent d’abord des voies de salut honnêtes. Prenant tout ce qu’ils ont chez eux (vêtements, châles, serviettes brodées), ils vont en Russie, en Biélorussie où il n’y a pas de famine, pour tenter de les échanger contre de la nourriture. En témoigne, parmi de très nombreuses autres personnes, cette habitante du village de Popravka, district de Bila Tserkva, région de Kiev, née en 1905 : « Mon mari allait chez les Katsaps[6], en Russie, pour échanger des vêtements contre du pain. Il emportait de la maison presque tous les vêtements. Il rapportait des kilos d’un peu de tout : des pommes de terre, de la farine. Mais quand la troisième fois mon Simon est parti, il n’est plus revenu… Et presque plus personne ne rentrait de ces voyages… Alors, on est resté à trois : mon fils Vassilko, ma fille Sonka et moi. Moi et leur marraine, on travaillait au silo du kolkhoze. Donc, on peut dire qu’on a eu de la chance… Il arrivait qu’on verse un peu de grain dans nos chaussures – c’est comme ça qu’on se nourrissait… Mais mon fils Vassilko est mort pendant cette période, il était le plus jeune. Et comme ma Sonka criait ! »

18Le non-retour des gens partis échanger des vêtements contre des denrées signifiait leur disparition physique. Beaucoup de personnes témoignent de l’absence définitive de leurs proches. Et si quelques-uns ont réussi à rentrer, le troc auquel ils s’étaient livrés était en général condamné par l’arbitraire du pouvoir, ce que confirme Natalia Toutik, née en 1923 (dans la ville de Zaproudié, région de Kiev, district de Rokitnian) : « Quand on nous a “dékoulakisés”, mon père est allé à Kherson et, là, il a échangé des châles contre de la farine. Mais quand il a rapporté cette farine, nos “collectiviseurs locaux” l’ont saisie. »

19Le pouvoir interrogeait aussi les enfants : « Un jour que je rentrais de l’école, raconte Natalia Toutik, “les fouilleurs” m’ont arrêtée et demandé où mon père cachait le sarrasin. J’ai répondu que je ne savais pas. (En fait, il était mélangé à de la paille et caché dans le grenier.) Ils sont venus fouiller notre maison. Ils ont trouvé le sarrasin et ils ont pris jusqu’au dernier petit grain… »

20Il devient bientôt évident qu’il est impossible de survivre par le troc évoqué plus haut. Pour que cette possibilité soit complètement exclue, le pouvoir décide de confisquer aussi les affaires qui pouvaient faire l’objet d’un échange. Les biens des paysans sont essentiellement constitués d’objets du quotidien et de vêtements de fête, mais également d’objets ménagers d’usage courant. Tout cela est emporté dans l’entrepôt du kolkhoze ou dans la grange, puis est « gaspillé » (échangé contre de la vodka). Voici ce que racontent les témoins, notamment Sofia Zdoryk, née en 1925 (originaire du village de Popravka, district de Bila Tserkva, région de Kiev) : « Pendant la famine, on dépouillait les gens, on prenait leurs vêtements et on les emportait à l’entrepôt. C’étaient les “commissaires” qui faisaient ça, les “komizany”, comme on les appelait. »

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Photo de Mikhaïlo T., né en 1911 dans le village de Komarovka, région de Tchernigov (photo de l’auteur, 2002).

21La seconde chance de salut est, à l’automne 1932, de tenter de fuir en ville. Sans succès, le plus souvent : « Beaucoup ont voulu déménager, mais on les rattrapait à la gare, on les mettait à l’amende et ils faisaient demi-tour » (village de Nossovka, région de Tchernigov). « Sans passeport, personne n’avait le droit de quitter le village. » En dépit des échecs, nombreux sont ceux qui tentent leur chance, mais les témoins font souvent état de corps d’individus morts de faim à proximité des voies ferrées. Les gens n’avaient pas la force physique de réaliser leur rêve de fuite. L’étau de la famine se refermait sur eux. La paysannerie, principalement dans les régions centrales et orientales de l’Ukraine, était vouée à disparaître. Les modes de survie ne pouvaient en aucun cas être légaux.

22Il était désormais devenu nécessaire de voler le grain dans les entrepôts du kolkhoze. Or c’était presque impossible car les « stocks, les entrepôts et les champs étaient gardés par des gens du nkvd[7] ». Pour le vol de trois kilos de grain, on vous envoyait en prison ou en relégation, généralement sans espoir de retour. Les allusions sont fréquentes à la « loi des cinq épis » [8] en vigueur à l’époque. Une habitante du village de Makyvka, district de Nossovka, région de Tchernigov, née en 1915, se souvient : « Il y avait la loi des cinq épis. Mon père a été envoyé en prison parce qu’il avait rapporté d’un champ quelques épis avec du grain. Il n’en est jamais revenu. » Mais, dans la majorité des cas, le pouvoir ne s’embarrassait pas de mettre les gens en détention, on les tuait sur place sans jugement ni enquête. Les témoignages en ce sens sont très nombreux. En voici quelques exemples : « Ils ont tué mon fils parce qu’il rapportait de la melonnière du kolkhoze une pastèque et un melon. Les surveillants du kolkhoze l’ont tué sur place… » (propos recueillis dans la région de Kirovograd) ; « Y avait un homme affamé qui avait arraché des feuilles de betterave pour les mettre dans sa besace. Les commissaires l’ont attrapé, ils l’ont tué et l’ont traîné jusqu’à la fosse près de la rivière. Personne ne l’a enterré… » L’exercice d’une justice sommaire et arbitraire à l’encontre d’innocents qui tentent d’éviter de mourir de faim est alors monnaie courante.

Survivre

23Au fil des nombreux témoignages, nous pouvons tirer des conclusions concernant ceux qui avaient des chances de survivre et de ne pas souffrir de la faim dans les années 1932-1933. Ce sont en premier lieu les dirigeants de kolkhozes : directeurs, chefs de brigade, mais aussi les stockeurs, les familles des gradés de l’Armée rouge. Féodossi Kherassymenko, né en 1926, originaire de Baïbouzy, district de Chpoliansky, région de Tcherkassy : « La famine en elle-même, je ne l’ai pas connue. Mon père était directeur de kolkhoze. On avait à manger. J’étais encore petit à l’époque, j’ai entendu parler de la famine, mais je n’ai pas eu faimOn avait une vache, un porcelet, on mangeait du pain. On ne portait pas de lin » (il veut parler du tissu artisanal dont les paysans se faisaient des vêtements et que seuls portaient, dans leur immense majorité, les paysans ; les autorités locales les repéraient précisément grâce au fait qu’ils ne portaient pas de vêtements fabriqués à l’usine). Une habitante du village de Didovytchi, Novograd-Volynski, région de Jitomir, née en 1927, raconte : « Maman nous a envoyées avec mes deux sœurs chez notre grand-mère, au village voisin. L’un de ses fils était commandant dans l’Armée rouge, alors les autorités ne touchaient pas à sa famille. C’est comme ça qu’on est resté en vie… » Autre témoignage du même village : « Toute notre famille a survécu parce que mon grand frère Mykola travaillait à la grange du kolkhozeIl rapportait tantôt des céréales, tantôt de la farine… »

24Dans les villages situés à proximité d’une ville ou d’un bourg où se trouvent des sucreries, des distilleries, des briqueteries, etc., la population a la possibilité de ramasser, la nuit, des épluchures de pommes de terre ou des restes. Et si un membre de la famille travaille en usine, alors les chances de survie sont plus grandes. Des témoins rapportent que les ouvriers des usines vivaient mieux, grâce aux rations qu’on leur distribuait.

25Environ un quart seulement des habitants des villages avaient une chance de survivre. Les trois quarts de la population rurale d’Ukraine étaient donc condamnés à une mort lente, atroce. Puisque toutes les denrées avaient été saisies, il ne restait, en fait de nourriture, que ce qui traditionnellement était considéré comme non comestible : chiens, chats, pigeons, moineaux, corbeaux, souris, animaux domestiques morts au kolkhoze et, avec l’arrivée du printemps, grenouilles, serpents, hérissons… Ceux qui vivaient sur les rives du Boug méridional (en Podolie) pêchaient des tortues et du poisson. On pêchait en secret le poisson dans les bassins et, aussitôt, on le mangeait, cru, avant que quiconque ait eu le temps de le saisir. Les hérissons étaient cuits vivants dans des poêles pour les débarrasser de leurs piquants. Selon une habitante du village de Razdolnoé, district de Nossovka, région de Tchernigov : « On a cuit une hérissonne dans le poêle, elle avait six petits. Y avait nulle part où les fourrer : on les a mangés aussi… »

26Parmi les végétaux, on consomme des fleurs de tilleul, des écorces, des feuilles. Avec les feuilles de tilleul, on cuit même des galettes. On mange des pommes de terre pourries que l’on ramasse au printemps dans les champs, de l’herbe, des orties, des plantes ; on fait cuire la paille que l’on réduit en bouillie, on utilise des racines, des feuilles et des restes de betteraves, des fleurs d’acacia blanc, des glands, de la braga[9]. Une habitante de la région de Kirovograd témoigne : « Les enfants allaient à la fosse à betteraves, ils récupéraient des restes de betteraves tout desséchés et, à la maison, ils les mélangeaient avec du blé ou avec de la paille bouillie et cuisaient des galettes. » Une habitante du village d’Erki, district de Kateryonopol, région de Tcherkassy, Nina Sliozka, née en 1923, raconte : « Maman est partie chercher de la nourriture et a disparu. On est resté à trois, mes deux frères et moi. On mangeait des glands, des ronces… On a beaucoup gonflé, un liquide puant coulait de nos pieds… » Une autre, du village de Stépovka, région de Kirovograd : « Aussitôt que, sous la neige, apparaissait du seigle vert, si on réussissait à en voler au kolkhoze, on en faisait des galettes. On les cuisait pour notre sœur qui était très malade. Il y en a beaucoup qui ont été envoyés en Sibérie parce qu’ils avaient volé du seigle vert. Quelqu’un nous a dénoncés et quand on a amené ma mère dans le bureau du kolkhoze, ma sœur a eu très peur et elle en est morte. Alors c’est les fossoyeurs qui ont récupéré les galettes… »

Morts sans sépulture

27Dès le milieu de l’hiver, les morts deviennent massives et les enterrements ne se font plus selon le rite chrétien traditionnel. Il arrive que des familles entières meurent et qu’il ne reste plus personne pour les enterrer. L’ethnographie témoigne, elle aussi, de ces pertes humaines quotidiennes. On sait que dans le peuple était répandue la croyance que, si dans un village il y avait un défunt, il était interdit de faire fermenter des légumes, car ils ne se conserveraient pas et seraient immangeables : « Un jour, mon père a rapporté une betterave pour la faire fermenter, mais on l’a cuite à l’étouffée et on l’a mangée, car dès que maman sortait de la cour, elle entendait parler un défunt. Et dès qu’on entend ça, on a plus le droit de faire fermenter » (Gliquérie Prissiajenko, née en 1928, région de Tcherkassy).

28Les fosses communes dans les cimetières, les ravins aux abords des villages deviennent les lieux d’inhumation des paysans : « En 1933, mon grand-père, ma grand-mère et ma tante sont morts. Quand on les a enterrés, on ne pouvait pas s’éloigner de la fosse. Car aussitôt qu’on s’éloignait, on tombait sur d’autres qui faisaient la même chose… » (Vassili Tychtchenko, né en 1926). Un certain nombre de témoins racontent qu’au printemps 1933, on jetait dans la fosse, avec les morts, des vivants que la famine avait épuisés et qui ne pouvaient plus bouger : « On emportait les morts au-delà des limites du kolkhoze, on les jetait nus dans la fosse alors qu’ils remuaient encore. Motria Bakalina a réussi à remonter. On s’est encore rencontrés ensuite. Je lui dis : “Motria, tu as survécuJ’ai pourtant vu de mes propres yeux qu’on t’avait jetée dans la fosse.” Elle m’a raconté comment elle avait escaladé, comment des gens lui avaient donné des morceaux de pain et l’avaient nourrie. On mettait les morts sur les charrettes et ceux qui étaient encore vivants, allaient mourir en cours de route. Le torgzin [10] était à l’angle près du selsoviet [11] ; on racontait alors que plus d’une fois, la terre avait tremblé là où l’on avait déversé des morts… » (Lioubov Kurinna, née en 1919 dans la région de Tcherkassy). Dans le même registre, Pétro Loutchko, né en 1924, originaire du village de Zaproudié, région de Kiev, précise : « Il y avait un camion spécial et deux personnes qui recueillaient les morts. Ils touchaient pour chaque corps un kilogramme de pain. On déposait environ 10-20 personnes dans la fosse, sans cercueil. Il arrivait qu’en une nuit trois familles décèdent en même temps. Toute la famille de ma tante a rendu l’âme en une nuit. » Autre témoin, Andrei Khantchenko (né en en 1915, village de Sofivka, région de Tchernigov) : « Dans notre village plus d’un tiers de la population est morte. Les corps étaient étendus dans les rues, dans les maisons, et personne ne les ramassait. Quand les morts de faim devenaient trop nombreux, on les emportait en dehors du village, la nuit, et on les y déversait. Pour ce travail, on donnait une ration. Un jour que je m’y trouvais, je faisais pâturer le bétail, et j’ai tout vu. Deux hommes transportèrent en charrette des corps inertes et ils entreprirent de les jeter dans la fosse. Certains étaient encore vivants… » Enfin, ce témoignage, provenant de la région de Kirovograd : « Ils ont creusé une grande fosse derrière le ravin, et ils les ont tous jetés là, on y apportait même des vivants… Alors, celui qui comblait la fosse a dit : “Ferme les yeux, je vais déverser…” » et ce dernier, rapporté par un habitant né en 1924 (village de Pryjoutovka, région de Kirovograd) : « Dans ma famille, cinq de mes frères et sœurs sont morts de faim. Le village a bien failli, d’ailleurs, y passer tout entier. On transportait tous les jours des gens au cimetière… »

29Mikhailo Prokopenko, né en 1920, originaire du village de Krasnossilia dans la région de Tcherkassy, affirme : « C’est Staline qui a ordonné de piller l’Ukraine, de prendre le blé pour l’envoyer à l’étranger… Les barges qui le transportaient ont coulé en mer parce que personne n’achetait de ce grain. Dire qu’on en avait privé l’Ukraine ! » À la question de savoir comment il était au courant pour les barges, il répond : « J’ai servi dans la flotte au cours des années quarante, et il y avait avec moi des marins qui les avaient eux-mêmes coulées. L’un deux m’a raconté. Mais il a bien vite repris ses esprits et m’a supplié de ne rien dire à personne, jamais, sinon il se retrouverait en prison… »

30Ces témoignages confirment aussi les archives. Au moment où l’on mourait de faim, le grain se perdait dans les kolkhozes. « Cet hiver-là, au kolkhoze du village de Khijintsi, région de Vinnitsa, on a laissé pourrir 350 pouds[12] de pois cassés, autant de sarrasin et d’autres cultures. » [13]

31En raison de la famine, certains, rares il est vrai, commencent à souffrir de troubles psychologiques graves. L’on relève des cas de cannibalisme, d’infanticide, « pour qu’ils ne souffrent pas ». Les gens ont peur de quitter leur maison et ne laissent pas sortir leurs enfants. Quelques-uns réussissent péniblement à gagner les gares urbaines et ils y abandonnent leurs enfants, dans l’espoir qu’ils survivent… Nul ne sait ce qu’il est advenu d’eux.

32Le décompte des morts n’a pu être effectué, les registres des villages de ces années-là ayant été détruits.

Un devoir de mémoire

33Le régime soviétique a rejeté la mémoire de la famine, de ses victimes que rien – ni croix, ni aucun autre signe – ne vient honorer. Dans quelques villages d’Ukraine ont été érigés, seulement dans les années quatre-vingt-dix, des croix symboliques et des monuments.

34Pour ma part, bien que connaissant l’histoire de la famine d’Ukraine depuis mes jeunes années par les récits de ma mère (sauvée parce qu’elle préparait aux enfants du kolkhoze une sorte de bouillie), j’ai beaucoup de difficulté à lire les souvenirs de ces gens.

35Avons-nous le droit d’oublier ce crime effroyable, volontairement perpétré contre la paysannerie ukrainienne ?

36Les documents et les témoignages oraux confirment que ce crime de masse était planifié, prémédité par la Russie bolchevique, avec recours à des méthodes de blocus, de violence et de famine artificielle.

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Photo de Sofia S., née en 1927, originaire du village de Khatne, district de Kiev-Sviatochynski dans la région de Kiev (photo de l’auteur, 2002.)

37La raison, néanmoins, se refuse à comprendre. Il y a eu destruction physique, psychologique, morale de l’ethnos ukrainien. Pour qu’on ne voie plus jamais cela, il est indispensable que tout le monde sache ce qui s’est passé. De même que dans les programmes scolaires de nombreux pays il y a des cours sur l’Holocauste, il devrait y avoir des cours où les enfants apprendraient ce qu’a été la famine en Ukraine.

38Seule la connaissance de ces trois famines d’Ukraine permettra qu’une telle tragédie ne se reproduise pas. Voici encore quelques fragments de témoignages oraux concernant la famine des années 1932-1933.

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« La récolte, avant la famine de 1932, était bonne… Ils ont tout pris. Quinze personnes ont débarqué chez nous, ils ont mis la maison sens dessus dessous, ils ont cherché partout : dans le poêle, sous le poêle, ils ont renversé tous les pots ; ils ont pris des vêtements aussi – ceux qui étaient les plus neufs. Le grain qu’ils trouvaient, ils le transportaient dans les granges du kolkhoze, et quand celles-ci étaient pleines, ils le remisaient dans l’église du village voisin. Et nous, les enfants, on cueillait des trèfles, des feuilles de tilleul et maman en faisait des sortes de galettes. »

40Beaucoup de gens sont morts dans le village voisin de Boudychtchi, d’où est originaire la femme de Motria Pavluï. Chaque jour mouraient entre une et trois personnes. Motria lui même et sa famille étaient bouffis par la faim, comme le note, en 2002, Volodymyr Roukal, étudiant de deuxième année de la faculté d’histoire.

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« En 1932-1933, j’étais encore petite. Je me rappelle comment on nous a pris tout ce qu’on avait. Dans un pot, il y avait une poignée de haricots que ma mère avait gardés pour les planter. Ils les ont versés dans un sac et les ont emportés. Mon père a vendu le cheval au kolkhoze, avec le harnais.
Les gens pleuraient et criaient mais on ne pouvait rien y faire, ils saisissaient tout. On était six dans la famille. Mon père et ma mère étaient déjà au kolkhoze. On donnait à mon père un peu de pain, je ne me rappelle plus quelle quantité. Il rapportait ce pain noir, le posait sur la table, prenait un couteau et coupait un petit morceau pour chacun. Et à l’endroit où mon père coupait le pain je ramassais les miettes dans ma main et les mettais dans ma bouche. J’avais mal à l’âme tellement j’avais faim…
Au printemps 1933, la mère de mon père est morte. Mes parents sont allés lui dire un dernier adieu à l’autre bout du village et, au matin, c’est mon petit frère qui est mort, il avait seulement un an et demi. On les a enterrés dans la même tombe…
La famine sévissait… Des familles entières mouraient. Il y avait une famille avec beaucoup d’enfants : ils sont tous morts de faim en même temps, parents et enfants. Les maisons restaient vides, les portes ouvertes. Personne n’entrait dans ces maisons. Il n’y avait pas non plus de chien ni de chat – on les avait tous mangés.
Avec l’arrivée de la chaleur, les gens se sont jetés sur la verdure : l’herbe, les orties, l’oseille. Mais cela ne les aidait pas. Les gens mouraient dans les maisons, sur les routes…

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Photo de Moskalenko P., née en 1912 dans le village de Krekhaev, district de Kozeletski, région de Tchernigov (photo de l’auteur, 2002).

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« Ce dont je me souviens concernant la famine ? Les gens étaient bouffis de faim. On poussait les paysans aisés dans les kolkhozes, on les traitait de “koulaks” (“kourkoul” en ukrainien). Ils avaient des moulins, ils avaient tout. Mais, en 1933, on les a dépouillés. Il y avait une organisation qui a tout confisqué. La collectivisation commençait… » ?

43Traduction de Lisa Vapné (lvapne@yahoo.com)

44revue et corrigée par Anne Coldefy-Faucart,

45avec les plus vifs remerciements de la traductrice.

Notes

  • [1]
    Cf. : [V. Sergijtsiuk, 1996] ; Corna knyga Ukraïny. Zbirnik dokumentiv arhivnyh materialiv, lystiv, dopovidej, statej, doslidzen’, ese [Le livre noir de l’Ukraine. Recueil de documents d’archives, rapports, recherches, essais], rassemblés par Fiodora Zoubanytsha ; P. Jashtshioukiouk, 1999, Portret temrjavi. Svidsennja, dokumenti i materiali u 2-h knigah [Portrait des ténèbres. Témoignages, documents et matériaux en deux vol.], Kiev-New York.
  • [2]
    1992, Kolektivizacija i golod na Ukraïni : 1929-1933 [Collectivisation et famine en Ukraine : 1929-1933], Kiev ; 1993, Golod 1921-1923 rokiv v Ukraïny. Zbirnik dokumentiv i materialiv [La famine des années 1921-1923 en Ukraine. Recueil de documents et de matériaux], Kiev ; Sergij Bilokin’, 1999, Masovij teror jak zasib derzavnovo upravlinnja v SRSR [La terreur de masse comme façon de diriger l’État en urss], Kiev ; Andrij Kulic, 2000, Genocid. Golodomor. 1932-1933. Pricini, zertvi, zlocinci [Génocide. Famine. 1932-1933. Les causes. Les victimes. Les coupables], Poltava.
  • [3]
    Les matériaux de cette enquête ont été recueillis par les étudiants de l’université Taras Chervtchenko de Kiev.
  • [4]
    Les entretiens avec les témoins de la famine des années 1932-1933 sont conservés dans les archives de la faculté d’ethnologie et d’études régionales de l’université nationale Taras Chervtchenko de Kiev.
  • [5]
    Komnezamy : abréviation de Komitety nezamojnyh Seljan (Comité des paysans pauvres). Comités en action en Ukraine de 1920 à 1933.
  • [6]
    Terme péjoratif employé par les Ukrainiens pour désigner les Russes (NdT).
  • [7]
    nkvd : nom de la police secrète, avant le kgb.
  • [8]
    La « loi des cinq épis » stipulait qu’un paysan trouvé en possession de cinq épis était passible d’une peine de prison de six à dix ans.
  • [9]
    La braga est une boisson, alcoolisée ou non, à base de céréales, faite par les paysans.
  • [10]
    « Torgzin » : abréviation du nom des magasins pour le commerce avec les étrangers. On pouvait y acheter de la nourriture contre de l’or.
  • [11]
    « Selsoviet » : soviet rural, lieu où se réunissaient les différents représentants du kolkhoze.
  • [12]
    Le poud est une unité de poids équivalent à 16,38 kg.
  • [13]
    Déclaration de Mikhaïl Melnyka (instructeur du bureau municipal de « Soyouzpetchat ») au parquet de Vinnitsa, Archives nationales de la région de Vinnitsa, section municipale de Vinnitsa de l’inspection ouvrière et agricole. Fond 994, L, 528 : 21.
Français

Résumé

Durant l’été et l’hiver 2002, des étudiants d’histoire de l’université nationale de Kiev ont recueilli des témoignages dans plusieurs villes d’Ukraine au sujet de la famine des années 1932-1933. Ils évoquent les causes de cette famine, les circonstances dans lesquelles elle s’est développée, les actions criminelles des agents du pouvoir à l’encontre des populations, ainsi que les séquelles de la famine sur les victimes.

Mots-clés

  • Ukraine
  • famine
  • bolchevisme
  • répression
  • génocide
  • ethnocide
Deutsch

Zusammenfassung

Im Sommer und Winter 2002 sammelten Geschichtestudenten an der nationalen Staatsuniversität Kiew Zeugnisse in mehreren ukrainischen Städten über die Hungersnot von 1932-1933. Sie erinnern an die Ursachen dieser Hungersnot, an die Umstände unter denen sie sich entwickelte, an die verbrecherischen Akten der Staatsangestellten gegen die Bevölkerung und an die Spätfolgen dieser Hungersnot auf ihre Opfer.

Stichwörter

  • Ukraine
  • Hungersnot
  • Bolschewismus
  • Genozid
  • Ethnozid

Références bibliographiques

  • Bilokin’ S., 1999, Masovyj teror jak zasib derzavnogo upravlinnja v SRSR, Kyiv.
  • Conquest Robert, 1993, Sanglantes moissons (traduction de l’édition anglaise), Kiev.
  • – 1995, (traduction en français), La grande terreur, Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris.
  • Corna kniga Ukrainy. Zbirnik dokumentiv arhivnyh materialiv, lystiv, dopovidej, statej, doslidzen’, ese. Uporjadkuvannja Fedora Zubanica, Kyiv, 1998.
  • Golod 1921-1923 rokiv v Ukraini. Zbirnik dokumentiv i materialiv, Kyiv, 1993.
  • Jasuk P., 1999, Portret temrjavy. Svidcennja, dokumenty i materialy u 2-h knigah. Kyiv - N’ju-Jork.
  • Kolektyvizacija i golod na Ukraini : 1923-1933, Kyiv, 1992.
  • Kulis A., 2000, Genocid. Golodomor. 1932-1933. Prycyny, zertvy, zlocynci, Poltava.
  • Sergijcuk V., 1996, Jak nas morili golodom [Comment on nous a fait mourir de faim], Kiev.
  • Smith Anthony D., 1992, L’identité nationale, Kiev.
  • « Zajava do Vinnyc’koi prokuratury vid Instruktora Vinnyc’kogo mis’kbjuro “Sojuzpecat” Mel’nika Mihajla » in Derzavnyj arhiv Vinnyc’koi obl. – Vinnyc’kyj mis’kyj biddil rob-sel’-inspekcii. Fond-r-994, on L, spr. 528, ark. 21.
Valentyna Boryssenko
Université nationale Taras Chevtchenko
60, rue Volodimirska
01033 Kiev
Ukraine
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 03/10/2007
https://doi.org/10.3917/ethn.042.0281
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