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Ethnologie française

2009/3 (Vol. 39)


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Des enquêtes ethnographiques menées en 2006 et en 2007 dans le sud de la France sur les tentatives de revitalisation du jeu athlétique de la soule mettent en évidence un processus de relance culturelle original puisqu’il tente de valoriser la pratique du jeu sans pour autant utiliser le mode de la « patrimonialisation » caractéristique de la plupart des revivalismes contemporains [Bromberger, Chevallier et Dossetto, 2004]. Ainsi, à rebours de l’idée selon laquelle la logique patrimoniale actuelle de l’ethnologie risquerait de figer ou de « muséifier » les formes culturelles en les rendant tributaires des subventions publiques et des soutiens politiques [Laferté & Renahy, 2003a et b], l’exemple du jeu de soule témoigne d’une certaine vitalité des acteurs du terrain qui réarrangent au présent une pratique ancienne, apparemment en toute liberté. Dans cet article, l’examen du processus de relance du jeu de soule par une association ouvrira un débat sur les relations entre la pratique d’un jeu et les références culturelles auxquelles elle s’adosse. La pratique concernée sera étudiée d’abord en termes historiques et ethnographiques, puis contextualisée en référence au débat concernant les différences entre jeux et sports, et enfin mise en relation avec la problématique de la patrimonialisation afin de comprendre comment les acteurs légitiment leur pratique en dehors de toute référence patrimoniale.

Le jeu de soule : entre mythe et histoire

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Il y a cinquante ans, du 4 juillet 1957 au 6 janvier 1958, le musée national des Arts et Traditions populaires organisait à Paris une exposition consacrée aux Jeux de force et d’adresse dans les pays de France [Boratav & Trémaud, 1957]. L’une des séquences de l’exposition était consacrée aux « aspects rituels des jeux de balle » (objets n° 74 à 79) et présentait, aux côtés d’un ballon de football et d’un ballon de rugby, une soule. Dans le catalogue de l’exposition, la mise en relation d’une gravure du xixe siècle et de bas-reliefs réalisés au xiiie siècle par les sculpteurs de la cathédrale d’Auxerre suggérait aux concepteurs de l’exposition le commentaire suivant : « Le geste de l’homme qui présente la soule aux joueurs des deux équipes (objet n° 74) rappelle beaucoup celui de Dieu créant le soleil et la terre, dans les deux bas-reliefs (objets n° 75-76) de la cathédrale d’Auxerre » [id. : 14-15].

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La soule, qui désigne à la fois le jeu et la balle qui sert à y jouer, concentre dans le discours de l’exposition des enjeux étiologiques et cosmogoniques : si elle est à l’origine du football et du rugby modernes, elle est aussi à l’origine du monde. En raison de ces caractères, elle a donc été perçue comme un repère incontournable de l’histoire des jeux par des muséographes élevés à l’école de l’anthropologie évolutionniste et symboliste classique.

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Encore présent à l’état de survivance en Picardie et dans l’Oise jusqu’au milieu du xxe siècle, attesté assez couramment en Bretagne au xixe siècle [1][1] Sur l’histoire ancienne du jeu de soule, l’étymologie,..., le jeu de soule est aujourd’hui associé au passé et à une forme d’occupation ludique collective à la fois archaïque et populaire. Les descriptions classiques que les témoins historiques font du jeu frappent l’imagination. Celle d’Alexandre Bouët et d’Olivier Perrin, par exemple, date de 1844. Elle a été reprise de nombreuses fois tout au long du xxe siècle par les historiens des jeux et des sports, depuis son exhumation par Jean-Jules Jusserand [1901] : « La soule a été lancée. Les deux armées n’en forment plus qu’une, se mêlent, s’étreignent, s’étouffent. À la surface de cet impénétrable chaos, on voit mille têtes s’agiter, comme les vagues d’une mer furieuse, et des cris inarticulés et sauvages s’en échappent… Grâce à sa vigueur ou à son adresse, l’un des champions s’est frayé un passage à travers cette masse compacte et fuit emportant au loin la soule. On ne s’en aperçoit pas d’abord, tant l’ivresse du combat met hors d’eux-mêmes ces combattants frénétiques !… Mais lorsque ceux à qui il reste un peu plus de sang-froid qu’aux autres voient enfin qu’ils s’épuisent en inutiles efforts… cet immense bloc d’une seule pièce se rompt, se divise, se disperse. Chacun vole soudain vers le nouveau champ de bataille, et en y courant, on s’insulte, on s’attaque, on se culbute, et vingt actions partielles s’engagent autour de l’action principale » [Bouët et Perrin, t. III, 1844 : 21, cité par Jusserand, 1986 (1901) : 280-282].

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Les folkloristes, de leur côté, sont plus précis sur les enjeux sociaux du jeu. Arnold Van Gennep, ainsi, l’évoque parmi les jeux associés au cycle de Carnaval-Carême [Van Gennep, 1998 (1947) : 916-924]. La soule, indique-t-il, était un ballon de cuir rempli de son, pour lequel entraient en compétition les jeunes gens et les hommes mariés des paroisses où était organisé le jeu. Souvent lancée par le dernier marié de l’année, ou par quelque autorité locale, la soule provoquait un jeu violent qui « permettait l’assouvissement des haines individuelles et collectives ». Elle fit de ce fait l’objet de nombreuses interdictions de la part des pouvoirs ecclésiastiques et civils. Décrit par Arnold Van Gennep dans l’ouest de la France, en Bretagne, Vendée, Normandie, et en Picardie sous une forme sensiblement différente, le jeu est rapproché d’autres jeux de jet à fonction magico-religieuse et interprété comme la symbolisation d’une lutte de groupes sociaux, articulée notamment avec l’expression de rivalités territoriales, de classes d’âge et de statut matrimonial.

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Si les formes du jeu de soule, dont les premières mentions remontent au xiie siècle, ont considérablement varié au cours du temps, quelques-uns de ses caractères ont cependant gardé une grande stabilité. Du point de vue anthropologique, il y a là une pratique bien caractéristique, un « fait social total » en lien avec l’expression d’une violence rituelle liée à la structure sociale des villages, à l’existence de groupes d’âge constitués en sociétés, à la régulation coutumière des échanges matrimoniaux, à la symbolisation des rythmes saisonniers. Les sources historiques montrent ainsi que les rencontres de soule du passé étaient organisées rituellement au moment des changements de saisons, selon des règles variables en fonction des localités organisatrices, et qu’elles opposaient des quartiers ou des corps de métiers différents. Elles advenaient aussi à l’occasion de certains mariages exogamiques, et alors elles pouvaient opposer les jeunes gens du village du marié et ceux du village de la mariée. Parfois encore elles se faisaient à l’initiative d’un notable ou d’un seigneur local, par exemple à l’occasion de sa majorité, et elles confrontaient les célibataires et les jeunes mariés [2][2] Pour une présentation de ces éléments sous l’angle....

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Incontestablement légitimée par l’histoire et par les archives comme un jeu d’une grande ancienneté, la soule constitue ainsi en même temps un motif intéressant dans la perspective d’une anthropologie historique de l’Europe qui interroge les transformations des dynamiques sociales sur le temps long [Davis, 1979 ; Fabre, 1992]. Dans ces conditions, puisqu’il combine valeur historique et valeur anthropologique, le jeu de soule semble a priori être idéalement situé pour embrasser une vocation patrimoniale. Pourtant, cette vocation patrimoniale ne trouve pas vraiment d’écho dans la pratique revivaliste contemporaine du jeu de soule, comme en témoignent les enquêtes menées en 2006 et 2007.

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1. Début d’une partie de soule en Bretagne au xviiie siècle (gravure tirée d’Alexandre Bouët et Olivier Perrin, Breiz-Izel ou Vie des Bretons de l’Armorique, Paris, 1844, t. III, p. 17).

Ethnographie d’un revivalisme : le jeu de soule aujourd’hui

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Des enquêtes effectuées auprès des pratiquants contemporains du jeu de soule en France renseignent sur la réalité d’une pratique qui se distingue par de nombreux aspects des mythes véhiculés par l’histoire et le folklore [3][3] Après l’observation d’une partie de soule organisée.... Malgré l’existence de certaines survivances ponctuelles, c’est-à-dire d’occasions de jeu qui se réclament d’une tradition locale plus ou moins ininterrompue, comme dans certains villages picards [4][4] Par exemple à Tricot, dans la Somme, ou à Jersey, etc.,..., ou encore plus en Angleterre ou en Écosse [5][5] À Ashbourne, à Kirkwall, à Jedburgh, etc., on continue..., le jeu de soule tel qu’il est pratiqué en France aujourd’hui ne connaît pas de continuité avec les formes historiques décrites plus haut. Bien sûr, le jeu de soule apparaît fortement revendiqué par certains acteurs du milieu du rugby comme un ancêtre potentiel [Loudcher, 2007], et les sources contemporaines qui y font référence sont massivement tournées vers l’histoire : des soules en cuir cousues à la main sont vendues par les boutiques de jeux médiévaux [6][6] En ligne : http:// www. carte-a-jouer. com/ Soule-la-Vellad-en-cuir...., et la pratique elle-même est décrite par les passionnés du Moyen Âge [7][7] En ligne : http:// leker. typepad. com/ medievaliste/..., donnée à analyser par les historiens des jeux et de l’éducation physique [8][8] Plusieurs articles présentant la soule ont été mis..., et ainsi très régulièrement référée au passé [9][9] En ligne : http:// fr. wikipedia. org/ wiki/ Soule_(sport)....

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Cependant, l’absence d’une continuité réelle et d’une mémoire associées aux formes historiques du jeu rend la revendication de continuité purement conjecturale [Darbon, 2007a]. Le discours de l’association « La soule », à cet égard, est sans équivoque. La rupture avec les formes anciennes du jeu est complètement assumée, puisque les responsables expliquent simplement que le goût de la soule est venu au fondateur de l’association Olivier Got après avoir vu, en 1989, le film de Michel Sibra intitulé La Soule (avec l’acteur Richard Bohringer) [10][10] Cf. l’article « Renavida d’un joc de passions : la.... L’initiative de la relance, dans ce cas, est donc vécue comme une « pure coïncidence » [11][11] Entretien du 9 août 2007, af, ancien président, 32 ans,..., même si elle a constitué un déclencheur puissant. L’association, dont les statuts seront déposés en 1997, se met à organiser des rencontres annuelles, puis bisannuelles, à partir de 1995. Des soules ont lieu dans des régions qui ne connaissaient pas forcément le jeu historiquement, dans l’ouest et dans le sud de la France, à Lascazères (Hautes-Pyrénées), à Cestas (Gironde), à Labatut-Rivière et à Estirac (Hautes-Pyrénées), à Luxey et à Uzeste (Landes), à Frontenac (Gironde), à Tasque (Gers), à Forgues (Haute-Garonne), à Saint-Jean-de-Védas (Hérault), à Saint-Chaptes (Gard), etc.

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À la différence de nombreux phénomènes de relance culturelle [Bromberger, Chevallier et Dossetto, op. cit.], les acteurs investis dans le jeu de la soule n’orientent jamais leur discours vers la recherche d’une prétendue authenticité, ni vers l’idée d’une pureté à reconquérir, ni même vers celle d’une identité ou d’un patrimoine à conserver. Au contraire, les responsables de l’association mettent en avant en priorité le fait de « se défouler » et de « faire la fête » [12][12] Entretien du 9 août 2007, af, ancien président, 32 ans,..., selon une logique qui rappelle les arguments défendus par ceux qui, dans les colonies de vacances de l’après-guerre ou dans les cemea (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) des années 1970, utilisaient des versions adaptées du jeu de soule à des fins pédagogiques [13][13] Entretien du 14 juin 2007, yf, ancien joueur, 62 ans,....

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À Montpellier, ainsi, dans les années 1990, ce n’est peut-être pas complètement un hasard si l’association « La Soule » recrute d’abord dans le milieu des étudiants en éducation spécialisée, qui fréquentent l’Institut régional du travail social où la sœur du fondateur de l’association suit ses études. Dans les années qui suivent, l’association attire ensuite par affinité de nombreuses personnes venues des villages dont les étudiants sont originaires. Comme chaque participant à une rencontre doit adhérer à l’association pour des raisons d’organisation et de sécurité lors du jeu, l’association revendique aujourd’hui plus de cinq cents adhésions depuis sa création. Par rapport à d’autres structures qui proposent ponctuellement la pratique de la soule, par exemple lors de fêtes médiévales [14][14] Le site internet http:// ma-tvideo. france2. fr/ video/..., les valeurs qui sont défendues ici sont l’absence de règles fixes, la mixité et l’itinérance, comme en témoigne l’extrait suivant du « Manifeste » de l’association : « La soule est une espèce de joute extatique et physique de pleine nature, une improvisation sportive, intrigante, extra ludique, intemporelle et hardie, comique et accoutumante ; c’est une fête sans attache qui crée des liens, qui se déplie tant qu’il y a de la terre par-delà les replis identitaires, une fête nomade où toutes les cultures sont bonnes à entendre » [Dossier de presse, association « La Soule », p. 2].

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Plus encore, la soule ainsi relancée est affaire de conscience politique puisqu’elle vise une « autogestion physico-ludique », un « projet culturel spontané », une « forme culturelle d’utilité festive » [15][15] « De l’écran au terrain. La soule, forme culturelle.... Elle entend « réinjecter de la vie, de la création en milieu rural pour favoriser une ouverture intergénérationnelle et une mixité ville-campagne », tout en favorisant la pratique et l’expérimentation sociales. Les publications de l’association, qui cultivent l’humour et l’autodérision, adoptent souvent un ton qui rappelle le genre des « fanzines » alternatifs ou franchement révolutionnaires. Car la soule, selon l’une de ses adeptes : « C’est aussi accepter un strict minimum de règles dans une société où police-armée-État ne cessent de nous infantiliser, en nous badigeonnant de crème “prêt-à-penser”, eh bien oui, la soule rebelle revendique l’idée que chacun est capable de se prendre en charge individuellement et collectivement. Peut-être est-ce là l’idée de tendre vers une solidarité et non pas un individualisme “consommiste”. […] Pas d’intellectualisme névrotique, ni de stratégie marketing, mais du concret : des cris, des courses, des “pousse-toi de là connard ou je te réduis en miettes”, de la vie comme on l’aime, sans édulcorant » [Sylvie Chollet, « La Soule état d’esprit », in Le Souletimbanque. Journal spontané, juillet 1999, p. 8].

« La façon qu’on la joue… » [16][16] Entretien du 9 août 2007, af, ancien président, 32 ans,...

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L’organisation et le déroulement des parties de soule se veulent bien sûr fidèles à ces principes. L’association est divisée en équipes qui portent des noms pittoresques et sont plus ou moins rattachées à des zones géographiques distinctes : « l’Hurluberlisme Saint-Éloi » réunit les Bordelais, les « Corbach’s du Riu-Bach » les Pyrénéens, les « Bastards » les Gascons, les « Stars’n Tripes » les Béarnais, les « Kagnas » les Toulousains, les « Roumégaïres » les Languedociens, les « Aioli » les Provençaux, les « Houlala » les Lozériens, etc. Chaque équipe, mixte et sans limite d’âge, comprend autour de vingt-cinq personnes, parfois plus, venues de tous les horizons sociaux, « ingénieurs, profs, maçons, rmistes… » [17][17] Entretien du 21 juillet 2007, cc, musicien, 30 ans,.... Les équipes portent des couleurs différentes et se chargent d’organiser à tour de rôle une rencontre sur leur territoire. Selon les règles élaborées par les fondateurs de l’association, un terrain spécifique est requis. Il doit comprendre un point d’eau, d’où la soule est lancée, du terrain plat et de la forêt ; espaces cultivés et routes sont exclus. Deux ou trois « portes » sont identifiées sur le terrain, points de passage obligatoires où la moitié au moins des membres de l’équipe devra se présenter pour gagner la partie.

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1. Début d’une partie de soule « revitalisée » dans les eaux du Gardon, Saint-Chaptes (Gard), 28 juin 2004 (© Clément Chauvet).

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Chaque partie provoque un week-end festif. Les joueurs appelés « souletimbanques » sont transportés par des bus affrétés par l’association et paient une cotisation qui comprend l’adhésion à l’association, l’assurance, l’ambulance, et les frais liés au transport et aux repas. Le samedi est consacré aux retrouvailles et au repérage du terrain. Des stratégies sont établies ; à l’intérieur de chaque équipe « on s’entend sur les rôles spécialisés des uns et des autres » [18][18] Entretien du 29 juin 2007, lf, joueur, 33 ans, masculin,..., ceux qui seront dans l’eau au départ, les coureurs, ceux qui seront dans la mêlée pour empêcher l’équipe adverse d’amener la soule vers les « portes ». Le dimanche ont lieu en général trois rencontres : après lecture d’un « règlement » mi-burlesque mi-sérieux, le jeu est lancé. Le respect de l’adversaire et l’auto-arbitrage sont des valeurs fortes, et le jeu peut s’arrêter momentanément si quelqu’un est en mauvaise posture. Quand les « pointeurs » ont vérifié le passage de la moitié des membres d’une équipe aux différentes « portes », la partie est terminée.

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Le côté physique du jeu coexiste avec le « côté comptoir » [19][19] Entretien du 10 juillet 2007, sb, joueur, 35 ans, masculin,.... Quand c’est possible, l’association s’entend avec le comité des fêtes local. À Uzeste (Landes) en 1997, par exemple, la soule a fait ainsi bon ménage avec le célèbre festival de jazz initié par Bernard Lubat [20][20] « Tournoi de soule sur les territoires d’Uzeste musical »,.... Parfois, des groupes de musique sont invités spécialement, batucadas, bandas, accordéonistes ou orchestres de rock. Les lieux de la soule résonnent des cris de guerre des équipes, des chansons paillardes. Chaque équipe imagine des animations toutes plus farfelues les unes que les autres : des cartes de visite pastichées, des sketches, des attaques surprises avec des pistolets à eau chargés de peinture jaune parfumée à l’ail, etc. À la fin du week-end, l’équipe gagnante remporte un trophée qu’elle devra rapporter l’année suivante.

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Cette description met en évidence l’absence de prétention patrimoniale du jeu de soule ainsi relancé. La relance contemporaine de ce jeu athlétique procède d’une pure coïncidence – la découverte d’un film qui devient film culte – et assume une rupture profonde avec les formes historiques du jeu, fortement critiquées pour leur violence. Elle rassemble les équipes sur des critères géographiques mais sans jamais mettre en avant un discours sur la singularité culturelle des régions ainsi représentées : les Roumégaïres, par exemple, sont languedociens sur des critères pragmatiques de résidence, parce qu’ils habitent pour la plupart cette région ou y travaillent, mais ils ne revendiquent pas une singularité « culturelle » languedocienne. De même, la soule utilise le terroir dans son acception topographique plutôt qu’identitaire : le « bon terrain » est un terrain boueux, avec une rivière et des bois, mais il peut se situer n’importe où dans le monde. Par ailleurs, l’association, qui fonctionne sans subventions, tient un discours plutôt radical d’indépendance et d’autogestion. Lorsqu’elle a été contactée pour faire une démonstration de soule au Stade de France, l’année de la Coupe du monde de football, elle a refusé parce que « certains adhérents ont jugé que l’initiative n’était pas dans l’esprit », « trop business » [21][21] Entretien du 9 août 2007, af, ancien président, 32 ans,.... La pratique actuelle de la soule se développe donc indépendamment de toute recherche de légitimation historique, de mémoire, ou de « grandeur » [22][22] Pour une application au patrimoine de la notion économique..., c’est-à-dire indépendamment des critères qui servent habituellement à définir le patrimoine en ethnologie.

Des jeux aux sports : l’ambiguïté d’un héritage

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Pour comprendre l’absence de la dimension patrimoniale dans la pratique revivaliste de la soule, il convient d’élargir le débat au-delà de la description ethnographique pour s’intéresser aux relations qui existent entre la pratique du jeu et les références culturelles auxquelles elle s’adosse. À cet effet, la question des rapports entre le jeu de soule et le monde du sport doit être en premier lieu posée. Elle permettra de mieux comprendre le contexte dans lequel évolue la pratique de la soule, avant d’interroger plus spécifiquement ses relations au patrimoine.

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Les historiens du sport ont souvent mentionné le jeu de soule ou des pratiques comparables. De même que Jean-Jules Jusserand [op. cit.], dans l’extrait cité plus haut, insistait sur la violence, la sauvagerie et la fureur frénétique de la soule en reprenant les descriptions de Bouët et Perrin, de même des auteurs comme Norbert Elias et Eric Dunning [op. cit.] ou Allen Guttmann [2006] utilisent le modèle de la soule ou celui – très proche – de l’ancien folk-football britannique pour les distinguer du système des sports modernes qui se met en place en Angleterre au xixe siècle. Pour Norbert Elias et Eric Dunning [op. cit.], ainsi, la disparition historique des jeux athlétiques du type de la soule est à mettre en relation avec le « processus de civilisation des mœurs » qui implique une régulation plus stricte des rapports sociaux dans le contexte de la modernité occidentale. Avec les exemples du « football du Mardi gras » en Angleterre [Elias & Dunning, op. cit. : 246], du hurling en Cornouailles [Elias & Dunning, op. cit. : 252-255] ou du knappan gallois [Elias & Dunning, op. cit. : 315-316], ils décrivent pour le xviie et le xviiie siècle des « jeux fort brutaux », des « rixes ritualisées », des rencontres qui ressemblent plus à des batailles qu’à des sports et qui permettent de « vider les querelles privées » et de « libérer la tension » en l’absence d’un système politique centralisé de réglementation de la violence. Rompant avec les analyses des anthropologues classiques qui postulaient une universalité des conduites ludiques [Huizinga, 1951 ; Caillois, 1967], cette perspective permet de souligner les différences radicales qui existent entre ces jeux et les sports qui se mettent en place par la suite. À la différence des jeux athlétiques, les sports n’ont ni fonction rituelle ni finalité festive ; ils neutralisent les différences qui traversent le monde social et les propriétés sociales des participants au profit du principe de l’égalité des chances entre les joueurs ; ils créent des espaces et des temps de pratique autonomisés par rapport à la vie sociale ordinaire ; ils se dotent de corpus de règles uniformes garantis par des institutions spécifiques qui normalisent la pratique, atténuent la violence et enregistrent rationnellement les résultats [Chartier, 1986 : 16-18].

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De même, le travail de l’historien américain Allen Guttmann [op. cit.] n’ignore pas les jeux populaires joués en France et en Angleterre sous l’Ancien Régime [Guttmann, op. cit. : 177-179]. Dans une analyse de type évolutionniste, il insiste lui aussi sur les ruptures entre ces jeux et les sports contemporains et indique sept critères pour les distinguer : le sécularisme, l’égalité dans les conditions de l’affrontement, la spécialisation des rôles, la rationalisation de la pratique, la bureaucratisation de l’organisation, la quantification et la quête des records [Guttmann, op. cit. : 38]. Ces critères ont été repris récemment en France dans le cadre d’une anthropologie historique de la diffusion du rugby [Darbon, 2007b], qui montre comment, à partir du moule commun constitué par les jeux athlétiques, la soule a disparu en France à la fin du xviiie siècle tandis que le folk-football s’est réfugié en Angleterre dans les public schools et les universités où, dans le contexte de la révolution industrielle, profitant de l’émergence des classes moyennes et populaires et de la réforme du système éducatif, il a donné naissance à un système sportif moderne dont le rugby et le football (soccer) sont les expressions les plus évidentes [Darbon, op. cit. : 12-15].

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À la lumière de ces analyses qui toutes insistent sur la rupture radicale entre les jeux athlétiques du passé et les sports modernes, il paraît intéressant d’étudier la nature des rapports qu’entretient la soule revitalisée avec le sport. Ces rapports ne sont pas exempts d’une certaine ambiguïté, puisque, d’une part, l’observation de la pratique actuelle témoigne de sa « sportivisation » [23][23] Pour une définition de ce terme, cf. J. Pruneau et... et, d’autre part, les discours des pratiquants en minimisent systématiquement la portée. D’un côté, la rupture avec la violence de la soule historique, l’établissement d’un calendrier autonome des rencontres qui fonctionne indépendamment du calendrier festif ou rituel, l’absence de territorialité fixe, l’existence d’un « règlement », de « rôles spécialisés », de dossards qui identifient les équipes, et d’une instance organisatrice qui fonctionne à la manière d’une fédération, montrent que les modèles du sport ont été largement mobilisés pour relancer la pratique de la soule. Mais, d’un autre côté, la parenté avec le sport est le plus souvent niée par les acteurs du terrain : à Saint-Chaptes en 2004 les « souletimbanques » brûlent un maillot de l’équipe de France de football au début d’une rencontre pour exorciser et condamner les dérives mercantilistes et impérialistes du sport, tandis que dans leurs écrits ils s’opposent aux modèles sportifs dominants en revendiquant constamment l’absence de règles fixes, la mixité ou l’itinérance.

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Ainsi, la soule revitalisée utilise le modèle du sport tout en le critiquant. Cette situation montre bien que dans une situation de relance les références partagées au moment de la relance priment toujours sur la recherche d’authenticité [24][24] N’oublions pas que, selon D. Lowenthal [1998], les.... Pour le cas de la soule, le sport sert ainsi de référence partagée pour structurer la pratique revitalisée du jeu, même si les acteurs s’en défendent. Le sport fonctionne alors comme une référence culturelle implicite ; il conditionne les modes d’organisation des acteurs en charge de la relance. Cette importation du modèle sportif, niée d’un côté par les acteurs mais facilitée de l’autre par les théories anthropologiques classiques qui supposaient une continuité entre les jeux athlétiques et les sports modernes, et renforcée par les attentes des participants habitués au fonctionnement du système du sport, laisse imaginer ce qu’il en est des autres références culturelles auxquelles le jeu s’adosse. Comme la référence au sport, la référence au patrimoine est ainsi marquée par une certaine ambiguïté.

Jeu, sport et patrimoine

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Après avoir décrit la relance de la soule et l’avoir située dans son contexte, il paraît intéressant de la mettre en relation avec la problématique de la patrimonialisation afin de comprendre comment les acteurs parviennent à la légitimer en dehors de toute référence patrimoniale. Ici, il s’agira de montrer comment les acteurs contemporains qui prennent en charge le revivalisme de la soule trouvent des solutions alternatives qui leur permettent de créer de la valeur culturelle pour justifier leur pratique sans pour autant passer par le processus habituel de la patrimonialisation. Cette démonstration mettra ainsi en scène des acteurs qui parviennent à contourner une patrimonialisation de plus en plus perçue comme une norme en matière de valorisation de l’action culturelle.

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Le jeu de soule, on l’a vu, parce qu’il combine valeur historique et valeur anthropologique, semble a priori être idéalement situé pour embrasser une vocation patrimoniale. En effet, selon les théoriciens du patrimoine, la situation idéale à l’origine des processus de patrimonialisation procède d’un double mouvement de rupture puis de redécouverte d’une pratique ou d’un trait culturel donnés [Davallon, 2002 ; Rautenberg, 2003]. Or la soule correspond bien à cette situation de relance, presque deux siècles après que l’apparition du système des sports a entraîné la disparition de la soule classique. Comment se fait-il alors que dans la pratique revivaliste contemporaine qui vient d’être décrite cette vocation patrimoniale ne trouve pas vraiment d’écho ?

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Un premier facteur d’explication tient à la résistance des acteurs de la soule face à toute norme qui serait proposée de l’extérieur. De même que les « souletimbanques » refusent les modèles dominants du sport, de même ils restent peu concernés par l’hypothèse d’une valorisation patrimoniale de leur jeu. Les témoignages recueillis mettent en évidence le fait que la pratique est vécue sur un mode purement ludique et gratuit ; elle constitue ainsi un exemple typique de situation « a-patrimoniale », voire « anti-patrimoniale » [25][25] Elle n’a ainsi « aucune chance d’être valorisée sur.... Les préjugés d’élitisme ou de conservatisme associés à la notion de patrimoine en dépit de l’élargissement permis par son ouverture récente au patrimoine ethnologique restent ici tenaces, interdisant une association trop rapide de la soule et du patrimoine.

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Un deuxième facteur d’explication tient au fait que la pratique en question, dans la version décrite plus haut, a réussi à se doter d’éléments de substitution qui compensent efficacement son absence de reconnaissance patrimoniale. La soule relancée ne doute pas de son caractère culturel, d’abord lorsqu’elle s’autoproclame « forme culturelle d’utilité festive », mais aussi par les relations étroites qu’elle entretient avec la création cinématographique, fût-elle inspirée comme dans le cas du film La soule par un goût du passé bien caractéristique de la société contemporaine, ou avec les festivals. Parce qu’elle est passée « de l’écran au terrain » et qu’elle anime comme à Uzeste les événements les plus avant-gardistes de la création artistique contemporaine, elle n’a pas besoin d’une valorisation plus explicite par le biais de dispositifs patrimoniaux institutionnels.

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Un troisième ensemble d’éléments peut alors être mobilisé pour comprendre l’absence de valorisation patrimoniale de la soule. Il se rapporte à la difficulté pour les acteurs qui le souhaiteraient de déterminer de quel type de patrimoine relève la pratique de la soule et ainsi de trouver un appui au sein des différentes institutions patrimoniales existantes. Pour être reconnue comme un patrimoine, ainsi, la soule doit-elle se présenter comme un jeu, comme un sport, ou comme un rituel traditionnel ? Parce qu’elle se situe en rupture totale avec la tradition historique, elle ne relève pas du genre des rituels traditionnels et des politiques de protection du patrimoine culturel immatériel au sens de l’unesco. Parce qu’elle s’oppose ouvertement aux valeurs contemporaines du sport, elle a du mal à s’intégrer au champ émergent du patrimoine sportif, qui mériterait par ailleurs que soient étudiés plus précisément ses critères de définition et ses champs d’application [26][26] Au titre du patrimoine sportif, le jeu de soule n’apparaît.... Parce qu’elle se veut socialement innovante, enfin, et qu’elle vise à désenclaver radicalement les terroirs et les identités culturelles locales, elle n’a pas tellement de place non plus parmi les « jeux traditionnels » dont les adeptes défendent le plus souvent une posture militante souvent régionaliste et passéiste [27][27] Sur les réseaux contemporains de valorisation des jeux....

27

Pratique hybride, paradoxale puisqu’elle utilise un jeu ancien pour proposer du nouveau, la soule constitue ainsi un mode de revivalisme original qui parvient à se passer de toute référence explicite au patrimoine. Si la pratique a un intérêt patrimonial pour certaines raisons objectives (son ancienneté, sa valeur anthropologique, etc.), ces raisons ne retiennent l’attention ni des pratiquants ni des acteurs institutionnels du patrimoine [28][28] Selon la terminologie développée par Ch. Bromberger.... Au contraire, les acteurs du jeu de soule contemporain opposent au patrimoine l’idée d’une « forme culturelle d’utilité festive » et réaffirment leur droit à l’inventivité culturelle et à l’autogestion. Ce droit, exprimé par les acteurs eux-mêmes, transcende toutes les définitions institutionnelles, objectives et catégorielles, du patrimoine. Exercé au présent, il témoigne de la vitalité contemporaine de pratiques ludiques et physiques irréductibles au pouvoir institutionnalisant du patrimoine. L’étude de cette vitalité et de cette spontanéité, confrontée à celle de la présence ou de l’absence de discours de valorisation patrimoniale, interroge l’ethnologie bien au-delà de sa vocation patrimoniale puisqu’elle révèle une diversité persistante des formes sociales là où est de plus en plus souvent postulée la logique uniforme de la patrimonialisation.

De la fabrique du patrimoine au vécu spontané des pratiques

28

L’exemple de la relance du jeu de soule a été utilisé ici à la fois pour sa valeur historique classique et en raison de son potentiel heuristique pour penser les logiques contemporaines de la patrimonialisation. L’enquête montre qu’une pratique ludique autonome basée sur un jeu athlétique ancien peut se développer aujourd’hui dans la société française sans pour autant revendiquer les termes d’identité, de tradition et de patrimoine, pour peu qu’elle soit portée par des acteurs qui souhaitent résister aux modes dominants de la valorisation culturelle, qu’elle emprunte en conséquence des références culturelles de substitution et qu’elle parvienne à se loger dans les interstices des domaines patrimoniaux institutionnels.

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Ce constat montre finalement combien l’ethnologie doit manipuler la notion de patrimoine avec précaution. Dans le cas des pratiques ludiques ou plus généralement performatives, le risque est grand en effet que la sélection patrimoniale se fasse au profit de ce qui est le plus facile à médiatiser, le plus faisable aux yeux des acteurs concernés, ou le plus rentable en termes économiques et en termes d’image. Les éléments facilement valorisables auprès du grand public, déjà connus pour leur typicité ou vecteurs d’impact médiatique, sont ainsi promus alors que les performances vécues restent dans l’ombre. La fabrique du patrimoine écarterait ainsi une bonne part du vécu spontané des pratiques. Une telle perspective questionne le travail de l’ethnologue dans son ensemble : doit-il participer à l’invention du patrimoine et relayer ainsi les logiques institutionnelles au risque d’occulter les pratiques les plus vivantes et les plus spontanées ? Ou doit-il au contraire rendre compte de la vie sociale dans son ensemble, au risque de montrer qu’elle comprend des pratiques inutiles voire néfastes en termes d’utilité sociale et de développement patrimonial ?


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Notes

[1]

Sur l’histoire ancienne du jeu de soule, l’étymologie, les différentes formes de jeu, la lutte des autorités contre la violence de la soule, cf. l’article récent de l’historien du sport Jean-François Loudcher [2007] qui présente une bonne synthèse des principales sources historiques disponibles.

[2]

Pour une présentation de ces éléments sous l’angle de l’histoire sociale, cf. B. During [1990].

[3]

Après l’observation d’une partie de soule organisée à Saint-Chaptes (Gard) le 28 juin 2004 par l’association « La Soule », l’enquête a été menée en 2006 et 2007. Elle a consisté en une collecte documentaire auprès d’anciens responsables de l’association et une série de cinq entretiens non directifs menés auprès de joueurs occasionnels ou confirmés. Le recueil de données a été complété par l’analyse du témoignage écrit d’une joueuse [Got, 2005] et par une consultation régulière du site internet de l’association : http:// www. lasoule. asso. fr/ .

[4]

Par exemple à Tricot, dans la Somme, ou à Jersey, etc., où des enquêtes complémentaires restent à mener.

[5]

À Ashbourne, à Kirkwall, à Jedburgh, etc., on continue à pratiquer des jeux directement comparables, issus de l’ancien folk-football [sur ces pratiques, cf. par exemple J. D. Robertson, 2005 : 277-331].

[6]

En ligne : http:// www. carte-a-jouer. com/ Soule-la-Vellad-en-cuir. html (site consulté le 21 décembre 2007).

[8]

Plusieurs articles présentant la soule ont été mis en ligne par les centres de documentation pédagogiques de différentes académies qui insistent sur ses aspects historiques ou pédagogiques. On consultera par exemple : http:// www2. ac-lille. fr/ patrimoine-caac/ Sport/ jeu/ la_soule. htm (site consulté le 21 décembre 2007) ; http:// crdp. ac-bordeaux. fr/ hgec/ h-H02-01. pdf (site consulté le 21 décembre 2007) ; http:// pharouest. ac-rennes. fr/ e220032R/ textcult/ soule. htm (site consulté le 21 juin 2007).

[9]

En ligne : http:// fr. wikipedia. org/ wiki/ Soule_(sport) (site consulté le 24 avril 2007) ; http:// www. doullens. org/ Luc-Decroix/ jeuxpicards/ soule. html (site consulté le 21 décembre 2007).

[10]

Cf. l’article « Renavida d’un joc de passions : la sola », in La Setmana, journau occitan d’informacions, 11 septembre 1997 ; « De l’écran au terrain. La soule, forme culturelle d’utilité festive », in Journal des associations de Gironde, 37, décembre 2000.

[11]

Entretien du 9 août 2007, af, ancien président, 32 ans, masculin, artisan.

[12]

Entretien du 9 août 2007, af, ancien président, 32 ans, masculin, artisan.

[13]

Entretien du 14 juin 2007, yf, ancien joueur, 62 ans, masculin, informaticien. Plus généralement, sur l’utilisation des « jeux traditionnels » à des fins pédagogiques malgré leur violence, cf. Parlebas [1990 : 9].

[14]

Le site internet http:// ma-tvideo. france2. fr/ video/ iLyROoaftXWn. html (site consulté le 21 décembre 2007) propose ainsi une séquence vidéo amateur d’un jeu de soule réalisé lors du festival « Les Féodales » de Cambrai. Selon un informateur (entretien du 9 août 2007, af, ancien président, 32 ans, masculin, artisan), il existe d’autres associations de promotion de la soule en Bretagne et en Normandie, mais elles ne sont pas concurrentes en raison de l’éloignement géographique et de leur orientation vers l’histoire ou vers le spectacle. Une enquête complémentaire reste cependant à mener pour expliciter les relations entre la pratique de la soule et le « goût du Moyen Âge » [Amalvi, 1996].

[15]

« De l’écran au terrain. La soule, forme culturelle d’utilité festive », in Journal des associations de Gironde, n° 37, décembre 2000.

[16]

Entretien du 9 août 2007, af, ancien président, 32 ans, masculin, artisan.

[17]

Entretien du 21 juillet 2007, cc, musicien, 30 ans, masculin, éducateur spécialisé.

[18]

Entretien du 29 juin 2007, lf, joueur, 33 ans, masculin, livreur.

[19]

Entretien du 10 juillet 2007, sb, joueur, 35 ans, masculin, manutentionnaire.

[20]

« Tournoi de soule sur les territoires d’Uzeste musical », Le Monde, 23 août 1997 ; « Uzeste ou l’alchimie “créactrice” », L’Hebdo, 15-25 août 1997. Les affinités entre la pratique du jeu de soule et le projet artistique du jazzman Bernard Lubat sont évidentes si l’on se reporte à l’analyse que fait J. Bonnerave [2007 : 114-116] des spécificités de ce projet entièrement fondé sur le « devoir d’invention d’une nouvelle ruralité ».

[21]

Entretien du 9 août 2007, af, ancien président, 32 ans, masculin, artisan.

[22]

Pour une application au patrimoine de la notion économique de « grandeur » développée par Luc Boltanski et Laurent Thévenot dans leur livre Les économies de la grandeur, cf. L. Dupré [2002].

[23]

Pour une définition de ce terme, cf. J. Pruneau et al. [2006].

[24]

N’oublions pas que, selon D. Lowenthal [1998], les processus de patrimonialisation ont pour caractéristique première de reconstituer un passé « imaginé » et non « réel ».

[25]

Elle n’a ainsi « aucune chance d’être valorisée sur le plan culturel » [Fournier, 2004 : 719-720].

[26]

Au titre du patrimoine sportif, le jeu de soule n’apparaît que marginalement, à travers l’histoire du rugby et du football : les expositions virtuelles « Rugby, ses terroirs et sa mondialisation » et « Football, terre des hommes » du Musée national du Sport consacrent ainsi chacune une page à la soule historique (en ligne : http:// www. museedusport. jeunesse-sports. gouv. fr/ expositions. php, site consulté le 26 septembre 2007).

[27]

Sur les réseaux contemporains de valorisation des jeux traditionnels et leur opposition aux logiques sportives dominantes, on consultera par exemple J.-J. Barreau & G. Jaouen [1998 ; 2001].

[28]

Selon la terminologie développée par Ch. Bromberger [1996], le jeu de soule ne serait donc patrimonial ni sur un plan etic (externe) ni sur un plan emic (interne).

Résumé

Français

Des enquêtes ethnographiques consacrées à la pratique contemporaine d’un jeu athlétique ancien, le jeu de « soule », permettent de mettre en évidence un exemple de revivalisme original dans la mesure où il ne s’accompagne pas de patrimonialisation. Malgré sa légitimité patrimoniale incontestable en termes historiques et anthropologiques, ce jeu n’est pas revendiqué comme patrimoine par les acteurs qui le relancent. L’article s’intéresse aux rapports entre le jeu de soule et le monde du sport, avant d’interroger plus spécifiquement ses relations au patrimoine et de montrer comment les acteurs contemporains qui prennent en charge le revivalisme de la soule trouvent des solutions alternatives pour créer de la valeur culturelle sans pour autant passer par le processus de la patrimonialisation.

Mots-clés

  • jeu
  • sport
  • revivalisme
  • patrimonialisation
  • ethnologie

English

Playing “soule” in France today : a revivalism without patrimonialisationEthnographical fieldwork devoted to the practice of the old athletic game of “soule” in the present enlightens a form of revival which is unusual because it doesn’t claim to have any special relation with cultural heritage. In spite of its indisputable cultural value at a historical and at an anthropological level, this game isn’t considered as a cultural heritage in the eyes of its players. The paper investigates the relations between “soule” and sports, before questioning its specific relationship to cultural heritage and showing how the actors in the revival of “soule” find alternative means to create a cultural value out of the game without using the usual heritage building process.

Keywords

  • game
  • sport
  • revival
  • cultural heritage
  • anthropology

Schlagwörter

  • Spiel
  • Sport
  • Wiederaufleben
  • Patrimonialisierung
  • Ethnologie

Plan de l'article

  1. Le jeu de soule : entre mythe et histoire
  2. Ethnographie d’un revivalisme : le jeu de soule aujourd’hui
  3. « La façon qu’on la joue… »
  4. Des jeux aux sports : l’ambiguïté d’un héritage
  5. Jeu, sport et patrimoine
  6. De la fabrique du patrimoine au vécu spontané des pratiques

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