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Questionnements et réflexions. Qu’en est-il du langage parlé de la mort chez nous ?

1Si je prends une attitude banale et convenue, je vais d’emblée chercher vers l’extérieur une solution aux questions inextricables que me posent cet article. Un moteur de recherche internet bien connu me donnera une multitude de sites (langage + mort), sans grand intérêt, sauf, qu’ils sont à 90% consacrés à des sites à propos des enfants: comment dire aux enfants, que dire, faut-il leur dire ?... L’enfant roi devant l’adulte sans voix.

2Ce n’est pas sans intérêt, car il apparait que je me trouve devant un signe majeur et massif: l’adulte normal contemporain est très emprunté pour dire la mort. Cette difficulté avec l’état de mort renvoie bien évidemment à la difficulté majeure d’« être » adulte face à un enfant. Il semble que l’adulte normalement constitué et sain ne sache quoi dire, comment dire, à un enfant ou le sien, lorsque « la mort » arrive. Le poids social de ce discours mériterait bien des développements que nous ne faisons qu’effleurer ici. Si j’ai pris cet exemple du banal rédacteur d’article qui d’emblée va « faire un tour » sur l’internet dans l’espoir hypothétique d’être touché par l’inspiration venant de l’« extérieur », ce n’est pas par hasard: Je suis vivante et ne peux parler de la mort de l’« intérieur ». Je me suis souvenu du livre de G. Devereux (De l’angoisse à la méthode...) qui disait que celui qui se met en tête de chercher quelque chose doit prendre une posture apparemment inhabituelle: commencer par le rez-de-chaussée. Et le premier sol que je trouve solide avant de poser la pierre suivante lorsque je pense « mort » et « langage » c’est évidemment: l’inéluctable. On y va tous, ce qui nous rendra irrémédiablement muets.

3La mort est apparemment le seul état qu’un individu peut évoquer de lui même (sa propre mort) et se donner (suicide par ex.) sans en avoir préalablement l’expérience. D’une certaine manière, pour chacun d’entre nous, à titre personnel, la mort reste une énigme, alors que nous savons qu’elle est inévitable:« nous y allons tous »: « c’était son tour », dit-on, sous-entendu, un jour ce sera notre tour [1] ...

4La mort, son avènement, peut produire d’emblée du langage mais ramène au contraire et souvent au « silence » et à cette notion d’ « inéluctable ». L’inéluctable, c’est ce que l’on ne peut ni éviter ni réparer. La mort est l’aboutissement inéluctable de tout être organique vivant, entendons-nous, physiologiquement du moins.

5Un cran au dessus d’inéluctable, il y a le mot « irrémédiable ». Le dictionnaire Robert, nous dit qu’irrémédiable, c’est quelque chose dont on ne connaît pas le remède. Quant au Dictionnaire spécialisés dans les sciences humaines ils ne sont guère diserts, pire, ni l’un ni l’autre de ces deux termes n’existe dans le Vocabulaire de la philosophie des sciences humaines...Puis, le Littré situe le mot « inéluctable » en disant que c’est un « néologisme. Contre quoi on ne peut lutter, « un destin inéluctable », latin ineluctabilis.

Cette recherche méditative porte à diverses réflexions

6« Le langage relève de la bouche, il doit donc provenir de la phase orale de la libido et de l’organisation du moi. Il est également clair que le langage sert à la compréhension de personne à personne, et que le prototype de toutes les relations interpersonnelles est la situation mère-enfant [2] ».

7La mort est inaccessible pour le vivant physiquement, seulement, elle ne peut être qu’objet de discours ou de regard (Jankélévitch).

8Le schizophrène souffre souvent de régression orale typique, en ce sens que, les mots deviennent objets, la frontière entre mot et objet s’estompe. Lorsque le mot devient un objet, à travers le mot, l’humain peut alors tenter de réinvestir libidinalement cet objet. C’est sans doute ce qui se passe aussi lorsque l’on parle de la mort. Le langage devient alors un medium à travers lequel nous parlons finalement à nous-mêmes ou aux autres, et qui a ses propres limites bien définies: « la relation entre le langage et l’expérience est souvent mal comprise [3] », c’est ce qu’explique E. Sapir.

9Parler de La mort c’est la faire devenir « objet » de discours, et à travers ce discours réinvestir libidinalement cet objet. Le langage permet aussi la création d’un monde « intérieur » à l’aide du symbole car « la pensée symbolique n’est pas le domaine exclusif de l’enfant, du poète ou du déséquilibré: elle est consubstantielle à l’être humain: elle précède le langage et la raison discursive. Le symbole révèle certains aspects de la réalité - les plus profonds - qui défient tout autre moyen de connaissance [4] ».

10Et, lorsqu’il s’agit de « parler » de « La mort », comment faire autrement ?

11Quelque part, l’humain projette à l’aide du mot (domaines du souffle, de l’oralité) ses pulsions, ses connaissances, ses besoins propres et, évidemment, son inconscient. En ce sens, le symbole (ici le mot) devient le représentant perceptible (audible) d’un contenu latent refoulé (La mort), si l’on imagine comme vraie la proposition psychanalytique selon laquelle pulsion de vie et pulsion de mort coexisteraient dans un même individu.

12Le mot « mort » va donc finir par se confondre avec la réalité à laquelle il se substitue grâce au processus du langage parlé:

13« Le langage n’est pas seulement, comme on le suppose avec naïveté, un inventaire plus ou moins systématique des divers éléments de l’expérience qui paraissent pertinents à l’individu; le langage constitue aussi une organisation autonome symbolique et créatrice, qui, non seulement se réfère à une expérience largement acquise sans son recours, mais aussi effectivement définit pour nous l’expérience en raison de sa complétude formelle et à cause de notre projection inconsciente des attendus implicites qu’il contient dans le champ de l’expérience[5] ».

14Avec ce mot « mort », il semble que tout se passe actuellement comme si l’on faisait un déni-lexical de la mort: pour des gens en proximité ultime avec la mort. Cela signifie d’abord anesthésie et a-lexie (on reste sans voix), et quelque soit la vivacité de l’intellect, il ne répond pas directement à sa fonction réflexe: « on ne sait quoi dire ».

Couper le souffle... Il faut ramer... Pour trouver les mots

15En face d’un mort, on est sidéré. C’est pour cela qu’on ne trouve pas de mots. On n’arrive pas à s’y faire, « on reste sans voix ». Rien que de plus normal en état de choc de n’être pas capable de la moindre expression verbale. C’est être en phase avec ce qui se passe: pour parler il faut une pompe et une variation d’un souffle plus ou moins conscient. Quand on a plus de souffle on ne peut parler. Et puis, qui sait, « en parler » c’est envoyer sur l’autre des paroles chargées de la mort, ça peut être contagieux...

16Dans une grande douleur il y a rarement des paroles, c’est d’ailleurs comme cela souvent qu’on peut apprécier la profondeur de la couche émotionnelle atteinte.

17La mort elle-même n’a pas besoins de mots, elle s’en passe; c’est nous qui ne nous passons pas des mots pour la dire, pour la vivre. Il n’y a pas de mots de la mort mais des mots pour faire passer la mort.

18La plupart des mots parlant de la mort sont des défenses contre une angoisse personnelle et/ou sociale. On se sert de rituels pour rendre la mort acceptable. Les mots de la mort relèvent du même jeu inconscient, ils ne sont pas des mots de la mort mais des mots de la « mort acceptable ». Car, par définition, la mort n’a pas de mots, mais il y en a pour rendre acceptable l’inéluctable, pour définir la personne qui vient de partir.

19C’est normal de rester sans voix, mais que fait-on de la culpabilité ressentie pour celui ou celle qui ne trouve pas de mots? Pour des proches, le refus de la mort atteste de l’équivalent physiologique d’un état de choc. Cela fait état d’une pathologie de l’adaptation, d’une incapacité à adapter son « être » à la situation.

20La sensation est bien en amont de la perception, il y a donc à cet instant-là un déni inconscient de la perception. On reçoit l’information et on refuse de l’admettre. Comme admettre c’est percevoir, il y a refus de perception. Pour celui qui doit annoncer une mort, il y a la crainte bien légitime de se trouver face à cet état de choc, voire de le générer sans pour autant savoir ou être en état de le gérer (surtout étant soi-même plus ou moins déstabilisé). Il est donc parfaitement normal de rester sans voix et seules des personnes ayant une certaine fréquentation de la mort s’en sortent sans trop de dégâts car elles échappent à la culpabilité de « n’avoir su dire ».

21Celui ou celle qui « dit » la mort se trouve en fait en situation de « Passeur » initial. Et bien souvent, « il faut ramer »...pour trouver les mots...

22Concernant les « mots » de la mort, sémiologiquement parlant du scripto-verbal [6], l’implication de la valence affective joue certainement un grand rôle: l’importance du surmoi ou le degré de censure sociale sont déterminants avec généralement une dominance de formes « édulcorantes » dans l’énoncé.

23En effet, chacun dira plus facilement « il a passé », « il est parti » plutôt que: « il est mort », mieux: « il nous a quitté » ou encore « il est décédé ». Et on évitera soigneusement la notion de cadavre par exemple. Dans le milieu soignant, la notion de « perte » s’observe très souvent dans le langage.

24Le patient mort ou en voie de mort « échappe » en quelque sorte. La référence à la perte, notamment dans le bloc opératoire reste dominante. L’échec d’une défibrillation par exemple, se traduit dans le discours du soignant par un « on le perd ».

Linceul verbal...

25Tout se passe comme si le corps social auquel appartient le soignant se trouvait « amputé » d’un de ses membres [7], avec en plus la dimension inévitable d’un sentiment d’échec: poids d’une responsabilité conférée au soignant par le non-soignant (patient-famille-société) ou ressentie par lui. A l’instar de Marcel Mauss, Jean Ziegler insiste bien pour dire que l’instant de la mort est un acte social accompli par des tiers: « En d’autres termes, dire qu’un homme est mort, c’est accomplir un acte profondément social ». Un homme mort ne pouvant ratifier sa propre mort, c’est donc la parole du médecin pour la France, la signature du coroner, pour les pays anglo-saxons, ou dans de rares cas, le verdict du juge qui décident que cet homme est mort [8] ». Le simple témoignage d’un Quidam ne suffit pas (présumé mort...). L’événement est suffisamment important pour qu’il nécessite l’intervention ou le constat d’une « autorité ».

26Le problème du dire sur la mort n’en finit pas de se poser selon Ziegler encore qui montre comment les expressions telles que: « l’interrupteur de la machine est tourné (the respirator is turned off) » ou « on coupe le respirateur », sont utilisées: « cette admirable formule, une de ces paroles transparentes de l’ontologie marchande, résume parfaitement l’acte qui termine une vie, sans que jamais ni le terme d’« homme » ni le terme de « vie », ni encore celui, combien déplaisant de « mort » soit prononcé [9] ».

27Lorsque la mort ne fait plus doute, les expressions consacrées marquent l’absence et le statut « décorporisé » du mort. Ainsi on dira: « c’est la fin » si l’état d’une personne n’est pas encore « définitif ». « C’est fini » sera employé une fois la barrière de la vie franchie. Mais « après », le terme de « cadavre » est rarement usité, bien que ce soit le terme correct pour désigner le mort. Celui-ci renvoie trop abruptement à l’état de mort. On préférera généralement les termes de « corps », « restes », « dépouille ». Alors que le mort « corps » fait référence au vivant tandis que le terme de « cadavre » à l’état de mort.

28C’est ce futur et inévitable état qui nous guette qui fait peut-être comprendre pourquoi immanquablement une certaine « censure » ou retenue apparaît souvent dans le langage parlé. Nous ne voudrions pas que l’on parle de nous de façon irrespectueuse, par exemple. D’où des expressions qui ont tendance à lénifier ou qui relèvent d’une censure sociale bien intégrée: « paix à son âme », « il est parti dignement », « il n’a pas souffert ». « Il est mieux là où il est », sous-entendu la personne aurait souffert beaucoup si elle avait vécu plus longtemps; nous n’en savons, en réalité, rien du tout, finalement si l’on se veut objectif.

29On l’a compris, aucune dénonciation gratuite ici, je cherche seulement à montrer le poids de la culpabilité, le besoin impérieux de réassurance que le vivant ressent.

30D’un autre côté, les expressions irrespectueuses ou argotiques sont légion. Souvent pour justement prendre de la distance ou parce que l’on a détesté le désormais cadavre. On dira: « il est parti les pieds devant », « on lui a fait perdre le goût du pain », « il s’est fait sauter le caisson », « il bouffe les pissenlits par la racine »...La tricherie, voire une certaine organisation langagière du respect dans des expressions qui jouent à cache-cache avec la mort existent aussi et sont souvent employées: « il laissera un souvenir impérissable », entend-on dire, par exemple, tout en sachant que c’est impossible, simplement de par notre état de mortel. Que dire du mot « éternel » associé à la mort et au souvenir, tant le concept est impossible dans notre expérience humaine?

31Mais évidemment, la mauvaise foi, la moquerie n’expliquent pas tout. Nous touchons là le domaine des symboles. Toutes ces notions, bien qu’empreintes de déni, parlent aussi d’espérance, de renaissance et permettent ainsi « le cautère sur la jambe de bois », en comptant sur le temps pour estomper le choc au travers d’un oubli progressif. Car, la notion d’inéluctable déjà difficilement acceptable, semble selon toutes vraisemblances, de plus en plus inimaginable dans notre société contemporaine.

32Ce qui m’a frappée aussi c’est la quasi-totale absence de livres ou d’articles à propos des mots de la mort. A priori, semble-t-il, il devrait y avoir un « discours » sur ces fameux mots de la mort. A part quelques livres concernant les expressions [10] et parfois quelques études sémiologiques de certains termes, le ...« Silence » m’apparaissait dans toute sa dimension: assourdissant.

Un silence de mort ou ...Du verbal au silence

33Dans notre culture (indo-judéo-chrétienne...) il est écrit dans le prologue de l’Évangile selon Saint Jean: « Au commencement était le verbe... » (Jn. 1-1). Le verbe nécessite un souffle. Mais je ne lis nulle part qu’à la fin il n’y a plus de souffle. Je lis seulement que le monde de la mort est le monde « du silence », donc de la non-existence.

34L’absence de signes, c’est la non existence. Le zéro est la matérialisation de l’absence, il inscrit qu’une place est vide [11]. Dans le tombeau du christ, la non-présence de sa dépouille, a laissé place au manque, au silence. Le monde de la Mort porte le nom de « Silence » dans la Bible [12]. La première Croisade [13], lancée après la destruction du saint Sépulcre de Jérusalem, fut donc une révélation [14] : Le chiffre zéro était inconnu dans les calculs. Il ne pouvait être admis parce qu’il accréditait le néant. L’absence. Or, le « Rien » était impensable puisque hors de la volonté divine qui dominait la pensée de l’époque. Le zéro devint ainsi en quelque sorte le linceul de l’absence.

35De nos jours, l’ère informatique est basée plus précisément non pas sur le zéro ou le 1 mais sur le 1 ou l’absence, il y « a » ou il n’y « a » pas. La qualité de l’absence (comme dans l’alphabet morse ou dans l’imprimerie) est donc au moins équivalente à la présence de l’unique (le signe) mais beaucoup moins supportable et contrôlable qu’un zéro [15]. Par ailleurs, on dit « ground zero » pour désigner le point le plus bas des fouilles du World Trade center après la catastrophe. En cas d’explosion nucléaire le point d’impact est appelé « point zéro », etc. Au niveau d’une traduction de la mort, le zéro est un artifice destiné à masquer l’absence. De même, de part sa forme symboliquement, le zéro (0) est aussi vie potentielle car il représente la matrice, la mère. Et dans nos cultures, la mère ...Est la terre, (sombre voire noire, sans doute une des raisons pour lesquelles l’ensevelissement des morts et le port du deuil noir pour les mères ont longtemps prédominé), donc accueillante et protectrice: un retour à l’O-rigine.

36Hors, il semblerait qu’il y ait eu le Big bang à l’Origine. Beaucoup de bruit et puis...Le souffle ou La vie, la mort, le silence. Les mots sont là pour traduire, essayons de les utiliser. Ils apparaissent comme un linceul.

37En fait, les « vrais » mots de la mort sont essentiellement du domaine du « non verbal ». Le langage non verbal, c’est un vrai langage qui a de vrais « mots » mais ceux-ci ne sont pas phoniques. En termes sémiologiques on pourrait appeler cela des morphèmes et non des phonèmes. Ce sont pourtant de vrais mots mais qui ne passent évidemment pas par les mêmes organes que le mort, si l’on veut être en phase avec lui.

Du silence au non verbal... primordial...

38La pensée commence avec le langage, dit-on. Si c’est le silence qui répond au silence et si l’humain face à l’inéluctable se trouve devant un espace « tsunami [16] », (qui le submerge et le fait basculer dans une dimension où le « penser » reste bloqué), il est alors siège de sensations impossible à analyser et à trier [17]. Le vivant dans cette situation est anéanti face à l’inéluctable et il se trouve dans l’incapacité de la moindre perception (qui elle, est volontaire et organisatrice [18]). Donc évidemment sans « mot ». C’est la sidération.

39La mort, surtout si elle est liée à une relation affective, entraîne un état de choc pour le vivant. Les mots, comme le dirait un psychanalyste, vont être là pour tenter de limiter cet état de choc et éviter que la mort ne soit envahissante ou contagieuse. Le mort vit toujours en deçà de l’émotion violente ressentie. Les mots vont apparaitre comme un médicament.

40Ainsi, grâce aux mots et aux concepts nous arrivons à la fois à rapprocher de nous et à distancier de nous la notion d’inéluctable que représente la mort. Il faut bien comprendre qu’entre le moment où la mort nous atteint (mort d’un proche) et le moment où nous sommes capables de l’admettre, il y a un temps nécessaire qui est aussi (comme dirait Bergson) le temps du passage, du stimulus à sa réponse réactionnelle. En d’autres termes, un temps de latence, ce temps de latence qui semble nous rapprocher de ce que nous appelons le travail de deuil.

41Toutefois, même si l’on peut y voir des éléments de proximité, ces deux notions sont différentes. Elles se distinguent notamment par le rapport au temps. Dans cette période de latence physiologico-psychologique que j’ai mentionnée, il y a plus une notion de stupeur au sens clinique du terme, alors que dans la notion de travail de deuil, qui est postérieur, il y a une notion de réélaboration des rapports dans le présent, avec l’ex-vivant à l’aide des notions de son existence passée, les souvenirs, les remises en cause, les ré-examinations, etc. Au travers des données actuelles. Durant le temps de latence, aucun mot n’est prononçable. L’absence orale seule répond à l’absence. Il ne s’agit pas d’un espace marginal, il s’agit d’un espace définitif entre le connu et l’inconnu: l’impact de la rupture.

42Saussure a bien montré qu’avant l’accès à la création du mot, il n’y avait pas de con-science (science, connaissance en commun). Il y avait uniquement description: « je mange », « je tue » etc... Des descriptions, pas des concepts. La démarche essentielle d’accès à la pensée a été: partant d’un silence, d’organiser non des sons mais des formes.

43Heidegger parle du silence comme condition phénoménologique, c’est à dire originelle de la parole. Et Merleau-Ponty dit que: « notre vue sur l’homme restera superficielle tant que nous ne remonterons pas à cette origine, tant que nous ne retrouverons pas, sous le bruit des paroles, le silence primordial ».

44Ainsi, devant la mort, à priori vécue en termes de sensations comme absence totale de signes d’actions ou de réactions, « les mots sont issus du silence » mais aussi du chaos, probablement sans doute comme une thérapie à la frustration fondamentale que cette situation représente. Il est évident que le silence est primordial, primo-ordial, ce qui explique peut-être pourquoi le silence est la seule réponse à la mort. De nombreux chercheurs estiment que la glottogenèse s’enracine dans le rite et le considèrent comme étant à l’origine de la langue. Il est question ici des rituels tant verbaux que non verbaux des sons diffus jusqu’aux phonèmes et formes sémantiques qui lui correspondent (sèmes). La paléontologie de la langue a mis en évidence les particularités de la conscience archaïque, l’ethnogenèse et l’histoire de la culture.

45Outre les rituels anthropophagiques, considérés par de nombreux chercheurs [19] comme éléments fondateurs de la société, l’homme préhistorique devant la mort, s’est-il mis à produire des sons spécifiques ? ! Contrairement à notre monde contemporain « virtualisé »...Après tout, il n’y avait peut-être pas de prise de conscience de la mort si elle était partout « réellement » et non « dissimulée »?

Du non verbal à l’infraculturel

46Comme il se dit en Afrique [20], la vie s’écoule comme la conversation ! Lorsque la mort arrive il n’y a plus de conversation: cette rupture somme un arrêt dans la circulation ou la fluidité des rapports. Exactement comme dans l’interruption de la vie, il y a cette espèce d’homologie entre l’état de mort lui-même et l’absence d’oralité, presque comme une traduction littérale.

47En des temps « reculés », les années cinquante, il n’était pas rare que le silence soit de mise lors des obsèques. A part la musique sacrée, les rares chuchotements étaient considérés comme incongrus, irrespectueux. Seuls les bruits naturels étaient par contre tolérés: bruits des chevaux par exemple. Le silence était de majesté suffisante pour accompagner un défunt [21].

48Alors, si l’on s’intéresse au langage (au sens large) de l’« inexprimable », de prime abord ce qui domine relève du silence et de la communication non verbale. Wittgenstein disait: « Ce qui peut être dit peut être dit clairement; et ce dont on ne peut parler, il faut le passer sous silence [22] ». Si l’on reste silencieux lorsque l’on doit annoncer une mort par exemple, c’est aussi que parfois l’on espère que notre interlocuteur comprendra « seul », à travers notre silence...

49Ainsi dans ce type de situation, une personne à qui l’on doit « dire la mort » mais qui tombe des nues, avant même qu’on lui dise, « bonjour » (ce qui serait un comble), au visage de son interlocuteur, à son attitude (signes du non verbal), sait qu’il s’est passé « quelque chose de grave » (ne serait-ce qu’à la « tête d’enterrement » que font les annonciateurs).

50Ne dit-on pas « un silence de mort » pour le sens commun ?

51Dans le temps, on enlevait son chapeau [23], maintenant on essayera d’être le plus poli possible, doux: on offre déjà les signes non verbaux de l’information avant de la verbaliser.

52Parler de la mort, surtout lorsqu’il s’agit de l’annoncer se fait souvent au seuil d’une porte (l’image du gendarme sur le pas de votre porte, à l’aube...Est d’une violente réalité) ou au téléphone. Bref, tout système permettant si possible une distanciation, un seuil, un sas.

53L’humain interprète l’absence de signes verbaux, le silence comme rupture, c’est ce qui est le plus bruyant, le plus choquant. C’est là déjà que se ressent et se constate phénoménologiquement la dialectique entre les signes qui sont exprimés verbalement et l’absence de signes qui va, de part précisément son absence, montrer qu’il n’y a « plus » et par là donc initier la notion de mort, dans l’esprit du ou des récepteurs.

54Il s’agit là d’une structure absente[24] : entre autre, l’absence de signe, la non-réponse, sont une réponse; l’absence de signe est majeure. C’est LA caractéristique de la mort. Et c’est à cet instant-là que l’absence devient signe majeur. Dans la normalité d’un continuum, il n’y a pas de présence plus éloquente qu’un silence. Sa prégnance est maximale [25].

55En quelque sorte, une des rares fois aussi où dans le scripto-verbal le silence ou l’espace vide sera évoqué métaphoriquement par le psychologue de service qui dira que l’on se trouve « devant une page blanche ou devant une déchirure ».

56Parler de la mort génère pour chaque humain une grande part d’angoisse (on ne sait rien de La mort, sauf peut-être quand on l’est vraiment, et là, généralement on ne revient pas de l’Au-delà pour en « dire » quelque chose...). Le mort ne dit pas, ne combat pas, ne pense pas, ne compte pas les heures et se fiche pas mal des dates sans doute.

57L’inconscient ignore le temps (sous la forme que nous lui attribuons consciemment et ou socialement), Freud l’a montré. Lorsqu’il est question de la mort dans une parole, un discours entre vivants, l’incontournable question de l’espace-temps apparaît comme insoluble. On est dans un espace « inconnu » (mort-vie, la conscience apparaît quand ? etc.), donc dénué d’une temporalité et d’une spatialité connue ou même appréhendable.

58De même qu’un « sauvage » ne connaissant pas l’existence d’un « Ipod » ne risque pas d’en rêver un jour, l’humain ne « sait » pas ce qu’est la mort. Il n’en rêve, il n’y pense, il ne l’approche que par des « contournements » symboliques et ingénieux, mais toujours de « l’extérieur ».

59Et parler de la mort quand on ne parle pas la même langue ?

60Il faut se référer à l’infraculturel [26] non verbal. Par exemple des façons gestuelles, des « silences-gestes » ou pictographiques ou signalétiques aussi...

61Que représente le drapeau pirate [27], sinon un vestige du vivant et une promesse d’état de future mort ? Crâne et tibias sont une représentation infraculturelle, un langage universel qui se passe de mots. Ce drapeau, de par les éléments qu’il représente, mais aussi dans leur organisation, en croix (« de St. André »), interdisant le passage et biffant la vie. De nos jours, nous retrouvons ce symbole sur les boitiers des installations sous haute tension ou très dangereuses en général.

62Par exemple aussi, les fameux « jeux du cirque » de l’époque romaine nous laissent l’image du pouce dirigé vers le bas lorsque la foule demandait la mise à mort [28].

63D’autres signes aussi silencieux qu’explicites signifient la mort ou la promesse de mort. Il est bien connu que les déportés transportés en trains plombés vers les camps voyaient à travers les interstices des wagons les habitants des régions traversées leur faire des signes hostiles ou informatifs, mais toujours précis. Nul besoin de mots ni de cris, le geste [29] de décapitation ou d’égorgement suffisait à faire comprendre l’issue du « voyage » (et a son équivalent verbal dans « couic »). Dans certaines ethnies, la mort d’un membre du clan est symbolisée par une baguette brisée lors du rituel funéraire [30].

64Mais il peut s’agit aussi délibérément (socialement?...) de rendre un hommage en symbolisant l’absence du « disparu » par son équivalent « silence ».

65Mais pas seulement: notre « minute de silence » signe fort et non verbal nous protège aussi. Par rapport à notre vécu du temps, on ne laisse pas le vide s’installer, on « fourre » une minute...

66Pas rien, mais « un », un symbole, un « mot » non verbal. L’être n’est plus (le vide). On refuse ce vide. Et pendant au moins une minute encore, on va tenter de faire vivre quelque chose, on va faire vivre l’absence [31].

Il faudrait encore parler...

67Le silence, non seulement social peut-être aussi politique. Par exemple, de tous temps, il est courant d’entretenir non pas le doute mais surtout le non-dit, le non déclaré « officiellement mort », le non-encore-déclaré de l’état de mort, notamment lorsqu’il s’agit d’un personnage important. On se souvient d’Arafat, de Staline, de Franco et de bien d’autres « évidemment morts sans aucun doute » sans que le commun puisse l’affirmer. Les raisons de l’entretien d’un tel « mensonge » ne manquent jamais, la seule chose que l’on peut avancer avec certitude c’est que le discours incertain reste entretenu pour de « bonnes raisons » ce qui paradoxalement d’ailleurs majore le prix de la vie alors que l’élément fondamental, voire historique est précisément la disparition de celle-ci.

68Si l’on peut aisément, pour de bonnes raisons, décider du moment de l’annonce d’une mort « officielle », il existe encore de nos jours des morts que l’on peut faire « parler », en les interrogeant, ce qui n’existe pas qu’en pays Douala [32]. Il arrive que les morts parlent lorsqu’on les interroge ! Même le Pape voit son cadavre objet d’interrogations [33] dans le Registre des cérémonies pontificales des Archives du Vatican selon un rituel toujours en vigueur. Et je ne parlerai pas des spirites, de la divination etc., par manque de temps ici, mais qui sont évidemment aussi des « façons » de cerner la question des mots de la mort ...Et des sorts, pour reprendre un livre célèbre de J. Favret Saada [34].

69Il faudrait aussi, mais seulement évoquer, les étranges rapports entre éros et thanatos qui génèrent des jeux, des mots ou des pathologies très étudiées par Freud notamment mais cela dépasse le cadre de cet article.

70Une des fonctions du silence est bien d’introjecter le mort, l’être aimé, dans sa gorge, en soi. Cette éclipse vocale, cette absence de phonation, est en liaison directe avec la fonction respiratoire: le silence suite à la mort renvoie donc inconsciemment le sujet à une justesse de ressenti: il reste silencieux car le souffle manque, ce qui renvoie à la mort. Le vivant manque de voix, « fait écho » au manque crée par la mort de l’autre. A quoi servirait-il d’appeler quelqu’un qui ne peut vous répondre ? La logique implacable force le corps à prendre une attitude appropriée même si elle peut être profondément inconfortable.

71Peut-être, les véritables « mots de la mort » sont-ils les silences, personne n’est en mesure de connaître véritablement la profondeur du mal d’autrui. La lenification sociale traditionnelle et convenue ne peut guère apporter un réel soulagement, seule la sincérité, le plus souvent silencieuse, peut, peut-être, se transmettre à travers un langage non verbal.

72C’est pourquoi face à un mort ou à une mort à annoncer, il est normal de ne pas savoir quoi dire ni comment il est profondément normal de ne pas « trouver les mots » et parfois encore moins de les exprimer même si on les ressent. L’attitude, le langage non verbal probablement sont tout aussi garants de l’authenticité du sentiment de perte ou de compassion.

73Socialement, la culpabilité est ici liée à la voix. D’où la « honte » liée au qu’en dira-t-on (de soi). Ce « surmoi du dehors [35] » est comme un « reproche » de la communauté envers le sujet.

74Freud a montré que nos réactions vis à vis de la mort pouvaient s’expliquer à partir de nos désirs de mort: chaque fois nous nous sentons coupables parce que nous avons (inconsciemment) souhaité tuer la personne maintenant morte. Mais un autre facteur intervient également. La mort est le moment de triomphe suprême du surmoi, ou de la négation. Le cadavre ne peut pas aimer, ne peut pas combattre, ne peut pas penser. Les survivants en sursis se conduisent comme s’ils étaient eux aussi des cadavres.

75Comme l’écrit Freud: « La souffrance arrive de trois côtés: de notre propre corps voué à la décadence et à la dissolution— du monde extérieur— et pour finir de nos relations avec les autres hommes ».

76Quand je mets trois points de suspension, l’espoir est encore permis, lorsque je n’en mets qu’un celui-ci est final.

Notes

  • [1]
    Quand il y avait un mort, de l’un ou l’autre camp, il se disait entre militaires: « Respectes, ça pourrait être toi »...
  • [2]
    Rohem Géza., Psychanalyse et anthropologie, chapitre « L’unité du genre humain », pp. 492-493.
  • [3]
    Sapir Edouard en 1921, Le langage. Introduction à l’étude de la parole.
  • [4]
    Eliade Mircéa, Images et symboles, Paris, TEL, Gallimard, 1986, page 13.
  • [5]
    Korzybski A., in La carte n’est pas le territoire, le rôle du langage dans les processus perceptuels, New Kork, Ronald Presse Compagny, 1951 (American Poeple’s Encyclopedia, Vol. 9, Spencer Press Chicago, 1949, pp. 357-362).
  • [6]
    Langage parlé ou écrit.
  • [7]
    Ziegler J., Les vivants et la mort, essai de sociologie, 1978.
  • [8]
    Idem Ziegler, pages 69-70.
  • [9]
    Ibid, Ziegler, pages 74-75.
  • [10]
    Je pense à M. Courtois, Les mots de la mort.
  • [11]
    Guedj D., p. 47. L’affaire n’est pas si évidente: ce n’est qu’en 970 de notre ère chrétienne qu’est transmit au futur pape Sylvestre II le zéro (inventé en Inde au Ve siècle, puis transmis aux arabes). Il faudra attendre les XVIe et XVIIe siècles pour que le zéro s’impose en occident, puis les chiffres négatifs....
  • [12]
    « S i Yahvé n’était pas mon secours, mon âme habiterait bientôt le silence », Psaumes 94, 17 & « Ce ne sont pas les morts qui louent Yahvé, ni tous ceux qui descendent au Silence », Psaumes 115, 17.
  • [13]
    Le Pape Urbain II la déclenche en 1095 après la destruction du Saint Sépulcre de Jérusalem...Les Croisés vont donc à la recherche du tombeau du Christ...Et le trouvent vide. Grande angoisse aussi: si le sépulcre est trouvé vide qu’aurait-on pu ou que pourrait-on y mettre ou qu’y avait-il avant? ...
  • [14]
    Voir, Matthieu 28. 11-15.
  • [15]
    Je veux dire par là que la présence d’un zéro dans une suite de signes, 1 par exemple, est moins ambiguë que son absence remplacée par un « blanc » (vide) de par sa matérialisation. Le zéro va indiquer qu’il n’y a rien, que l’on ne doit y voir qu’une absence alors qu’un « blanc » sans trace de cette absence est plus ambigu et sujet à erreurs ou distorsions. Un autre exemple nous est fourni par le professeur qui mettant un zéro devant un 2 ou un 3 exprime sa crainte de voir le blanc devant le chiffre transformé en un 1 par exemple ce qui ferait 12 ou 13 au lieu de 02 ou 03...D’une certaine manière il est facile de baptiser illégitimement une absence sans trace.
  • [16]
    Lors du « tsunami », les reporters, les téléspectateurs, restaient « sans voix », le silence des films amateurs est à ce point de vue éloquent. De ceux que j’ai visionnés, rares sont les reportages amateurs dans lesquels une parole est prononcée en « direct ».
  • [17]
    Chacun le sait, la sensation, qui est un fait de réception plus ou moins élémentaire provoqué par la modification d’un ou plusieurs sens, appartient à l’ordre de la passivité on ressent simplement, on n’évalue pas ni ne comprend, elle est l’impression reçue par un organe sensoriel.
  • [18]
    En effet, la perception, connaissance par l’intermédiaire des sens, se distingue bien de la sensation en ce qu’elle est une élaboration de l’esprit à partir d’un témoignage des sens mettant en jeu d’autres facultés, notamment la mémoire. Ensuite, passé le premier « choc », interviennent les perceptions, qui sont des actes profondément volontaires qui nous amènent à sélectionner tels ou tels éléments, parce que nous sommes enfin capables de mettre des pré-formes ou des pré-éléments issus de nos apprentissages sociaux et qui nous permettent un certain endiguement, une certaine capacité enfin de tenter de faire face à « l’agression ».
  • [19]
    Voir: Monestier M., Cannibales, histoires et bizarreries de l’anthropophagie, hier et aujourd’hui.
  • [20]
    Louis-Vincent Thomas...
  • [21]
    Hébert Y., « Les rites funéraires d’autrefois », in Hébert Y. et Franck A., La mort au fil du temps. La famille Normand, un siècle de pratique funéraire, Montmagny, Productions Laurent Normand, 2002, pp. 35-47.
  • [22]
    In la Préface de son Traité logico-philosophique, 1922.
  • [23]
    Voir Mamejean J., « De la manœuvre des meurs et du silence des mots dans le lexique français, itinéraire d’une bienséance langagière inédite: le politiquement correct », Univ. Cergy-Pontoise, Sc. Du langage, Oct. 2006.
  • [24]
    Eco Umberto, La structure absente, introduction à la recherche sémiotique, Paris, Mercure de France, Nouvelles, 1984.
  • [25]
    Référence à la gestalt théorie notamment Wolfgang Köhler dans sa Psychologie de la forme.
  • [26]
    On entend par infraculturel les phénomènes, mécanismes, manifestations...en amont des processus culturels, liés semble-t-il à l’espèce humaine et par là même communs à l’ensemble des humains. Selon la définition du terme inventé par G. Devereux et R. Notz en 1969.
  • [27]
    D’ailleurs interdit en France...Un hurluberlu a voulu le hisser sur le mât de son bateau à Paris, mal lui en prit, il a été condamné pour incitation à la violence...
  • [28]
    Le pouce, signe infraculturel, représente traditionnellement l’Humain et en action, donc en vie, le pouce dirigé vers le haut symbolisant le caractère érectile de l’homme.
  • [29]
    Les films Shoah de Claude Lanzmann et Nuit et brouillard d’Alain Resnais, évoquent ces gestes...
  • [30]
    Thomas L.-V., Cinq essais sur la mort africaine.
  • [31]
    Si l’on considère que la mort est égale à l’absence, au silence, notre unité de temps possible sera la minute. Une heure, même dix minutes de silence seraient quasi socialement impossibles à maintenir dans une assemblée plus ou moins hétéroclite. Une minute, c’est possible pour tous, la totalité de la société, quelque soit le métier exercé, la catégorie sociale d’appartenance. Je me demande de quand date la minute de silence?
  • [32]
    Thomas L.-V., « Une coutume africaine: l’interrogation du cadavre ».
  • [33]
    Registre des cérémonies pontificales, Archives du Vatican, règlement funéraire adopté par le Conclave de Rome, 1903. Cité par Ziegler Jean, 1978, page 83.
  • [34]
    Les mots, la mort les sorts: sorcellerie dans le boccage.
  • [35]
    Freud S., Considérations sur la guerre et la mort, 1915.

Bibliographie

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  • Thomas THOMAS, L.-V., « Une coutume africaine: l’interrogation du cadavre », in Bulletin de la société de Thanatologie 6 (1972), n? 1, 25 p.
  • Thomas L.-V., Cinq essais sur la mort africaine, Université de Dakar, Fac. Des lettres et Sc. Humaines, 1968.
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  • Ziegler J., Les vivants et la mort, essai de sociologie, Paris, seuil, Points essais, psychologie, 1978.
Hélène Rosay-Notz
Administratrice à la Société de Thanatologie
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/10/2009
https://doi.org/10.3917/eslm.134.0071
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