CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Hébreu biblique

Agnès Tichit, Hébreu biblique. Grammaire de base et introduction aux fêtes juives. Textes expliqués. Exercices et corrigés, Bruxelles, éd. Safran, coll. « Langues et cultures anciennes 3 », 20072. 24 cm. 136 p. ISBN 978-2-97457-008-7. € 33

1Dans cet ouvrage, après 10 p. de présentations diverses, la grammaire de base occupe en 1re partie les p. 11 à 48. Elle est suivie d’une 2e partie consacrée à l’analyse de quelques textes bibliques ou extraits du Rituel (p. 49 à 68). Ces deux parties sont complétées par un lexique hébreu-français de 355 mots et français-hébreu de 321 mots (p. 69 à 94).

2À ce plan que proposait une 1re édition (2005) vient désormais s’ajouter une série d’exercices d’application avec leurs corrigés primitivement publiée « sous forme de livret séparé » (p. 95 à 133). Telle est donc la 2e éd. présentée ici, parue en 2007.

3Toujours disponible, ce manuel est fort intéressant pour sa clarté et sa simplicité d’exposition ainsi que pour sa présentation aérée. Nous retrouvons avec bonheur la passion communicative d’Agnès Tichit pour la langue du peuple hébreu, celle de la parole de Dieu et celle de la liturgie synagogale sous couvert d’une introduction aux fêtes juives annoncée en sous-titre sur la première de couverture.

4À ce sujet, notons que dans l’avant-propos, elle justifie ce « trope » synagogal en le qualifiant de complément culturel : « Il constitue, écrit-elle, une introduction à l’hébreu utilisé dans la liturgie synagogale » (p. 5). Cette aventure dans le temps ne peut que réjouir : elle est une surprise que le titre du livre ne permet pas d’imaginer. En effet, dans le cadre d’un ouvrage intitulé Hébreu biblique, la mention introduction aux fêtes juives suggère essentiellement un regard porté du côté des rouleaux des fêtes.

5Mais, quitte à transgresser le titre afin d’optimiser la connaissance de la langue hébraïque, l’étudiant sera assurément heureux de découvrir dans une 3e éd. une brève analyse du beau poème du rabbin Gabriel Hagaï (p. 7).

6Par contre, la gravure de la p. 8 est une préparation bien agréable à l’étude du Chema que le lecteur aura plaisir à trouver dans les p. 50-56.

7Toujours dans le cadre d’une éventuelle 3e éd. de cet ouvrage, peut-être serait-il judicieux de substituer au terme « phonologie » (qui apparaît dans l’énoncé du sous-titre de la p. 11) les termes conjoints de phonétique, orthographe et prosodie, autant d’aspects précieux de la grammaire hébraïque parfaitement exposés par T. aux p. 12-22, mais qui n’entrent que bien difficilement dans le cadre de l’ œuvre de N. Troubetskoï.

8Soyons assurés que ce manuel obtiendra le succès qu’il mérite.

9Paul Hébert

Littérature biblique

Jean-Luc Vande Kerkhove, dir., Violence, justice et paix dans la Bible. Actes des Deuxièmes Journées Bibliques de Lubumbashi 20-23 mars 2006, Lubumbashi, Don Bosco, coll. « Publications de l’Institut St François de Sales 3 », 2007. 20,5 cm. 304 p.

10Cet ouvrage est la compilation des conférences présentées lors des Deuxièmes Journées Bibliques de Lubumbashi du 20 au 23 mars 2006. Ce rendez-vous biblique a une fois de plus réuni des exégètes de haut niveau, essentiellement catholiques, qui se sont donné la tâche de réfléchir sur le rapport entre violence, justice et paix dans la Bible et le contexte particulier de l’Afrique Centrale.

11Après l’introduction, le recueil s’ouvre sur l’exposé du père R. Minani, analysant avec soin les nombreux conflits que connaît l’Afrique Centrale. Notons que la problématique de la violence est le thème central tout au long des études exégétiques réalisées lors du colloque. Les contributions exégétiques sont fort intéressantes et variables. C’est ainsi qu’on trouvera dans cet ouvrage l’étude de textes particuliers, comme le viol de Tamar suivi de la vengeance d’Absolom (R. Kabasélé) et le Psaume 46 (G. Barbiero), l’étude narrative du logion sur la violence en Mt 11, 12/Lc 16, 16 (P. Paluku), l’analyse littéraire d’Éphésiens 2 sur la réconciliation des peuples par le Christ (J. B. Matand). On relèvera d’autres contributions, notamment des études plus approfondies sur le phénomène de la violence dans Gn 1 à 11 (W. Vogels) et la très longue approche (63 p.) de la violence dans les synoptiques (R. Mugaruka). On trouvera aussi une étude sur la paix et la violence dans le corpus johannique (Y. Simoens) et une lecture narrative de Jn 18, 1-20 (S. Muamba Munene).

12De cette richesse rassemblée, trois impressions dominantes ressortent. Premièrement, on ne peut que se féliciter (et surtout féliciter les intervenants) de la qualité de l’ensemble des contributions. Deuxièmement, les intervenants démontrent une parfaite maîtrise de l’exégèse narrative qui occupe une bonne place dans cet ouvrage. Troisièmement, sur la question de la violence, on regrettera qu’aucune analyse du corpus prophétique ne soit proposée. Sur ce dernier point, le père Vande, organisateur de ces journées, s’explique : « Nous n’ignorons pas qu’une telle approche a inévitablement un caractère partiel et qu’elle ne saurait prétendre offrir une vision globale de l’ensemble des textes de la Bible sur un thème donné. » Malgré cette réserve, on ne peut que recommander la lecture de cet ouvrage, non seulement pour le thème directeur, mais aussi comme un outil qui rendra de précieux services à ceux qui s’intéressent tout particulièrement à l’exégèse narrative.

13Jimi Zacka

Ancien testament

Irmtraud Fischer, Des femmes aux prises avec Dieu. Récits bibliques sur les débuts d’Israël, trad. Charles Ehlinger, Paris/Montréal, Cerf/Mediaspaul, coll. « Lire la Bible 152 », 2008. 21,5 cm. 239 p. ISBN 978-2-204-08565-6/978-2-89420-739-0. € 32. Irmtraud Fischer, Des femmes messagères de Dieu. Le phénomène de la prophétie et des prophétesses dans la Bible hébraïque. Pour une interprétation respectueuse de la dualité sexuelle, trad. Charles Ehlinger, Paris/Montréal, Cerf/Médiaspaul, coll. « Lire la Bible 153 », 2009. 21,5 cm. 404 p. ISBN 978-2-204-08664-6/978-2-89420-763-5. € 42

14Ces deux vol. correspondent aux deux premiers tomes d’une trilogie dans laquelle l’exégète vétérotestamentaire autrichienne présente une vaste fresque de figures féminines « dans une approche respectueuse de la dualité sexuelle » (gender-fair) comme le souligne Charles Ehlinger dans son liminaire au tome II.

15Le premier tome raconte l’histoire des matriarches, le deuxième celle des prophétesses, un dernier volet sera consacré aux femmes dans les livres sapientiaux.

16I. Fischer relève avec succès le défi de mettre à la disposition d’un lectorat intéressé, mais pas forcément spécialiste, les résultats d’une exégèse scientifique rigoureuse. Dans le deuxième volet, elle prend même le soin de signaler par une typographie particulière les passages plus ardus que le lecteur peut sauter sans perdre le fil de l’argumentation.

17Le titre du premier tome, Des femmes aux prises avec Dieu, correspond à la version féminine du nom d’Israël (celui qui lutte avec Dieu). F. souligne que c’est plus l’exégèse qui, au long de la tradition de lecture du texte, privilégie une vision misogyne que les textes bibliques eux-mêmes. Écrits dans un contexte patriarcal, leur attention aux figures féminines est au contraire remarquable. Nous n’avons pas d’un côté des femmes cantonnées dans la sphère privée et des hommes engagés dans la vie publique, mais l’histoire politique est mise en récit sous forme d’histoire familiale. C’est ce que F. met en évidence à l’exemple des grandes matriarches, de Sarah à Ruth, sans oublier le côté sombre de l’histoire avec Dina et Tamar.

18La constitution du canon chrétien place les livres de Josué jusqu’aux Rois dans les livres historiques et non dans le corpus prophétique comme le canon hébraïque, ce qui fait que les prophétesses dont il y est question ne sont pas comptées comme telles. En outre, la tradition attribue tous les textes qui circulent sous le patronyme d’un grand prophète exclusivement à des hommes, ce que rien ne permet d’étayer. En effet, dans le Proche-Orient ancien, les écrits antérieurs et contemporains aux textes bibliques sont pour moitié l’œuvre de femmes. F. récuse fermement l’interprétation du service des femmes à l’entrée de la tente de rencontre, mentionné plusieurs fois dans la Bible, comme trace d’un ancien culte rendu à la déesse parèdre : leur rédaction probablement très tardive témoigne au contraire de la réalité d’un service féminin institutionnalisé postexilique. Avec les mêmes arguments, elle récuse l’interprétation de ce service comme prostitution sacrée. Leur activité est décrite dans le même vocabulaire que celle des lévites. Les « tablettes-miroirs » dont il est question dans ce contexte ne seraient alors non des objets de luxure, mais, au contraire, des instruments au service de la vision divine.

19L’histoire de la prophétie première est encadrée par deux figures féminines, Déborah et Hulda. L’annonce prophétique que Hulda adresse à Josias et l’obéissance de ce dernier sont stylisées comme récit exemplaire du bon rapport entre roi et prophètes/prophétesses. Ce récit (indépendamment de la question de son historicité) canonise le Deutéronome. Le lien entre la prophétie première et la prophétie écrite est opéré par la rencontre entre Ésaïe et une prophétesse. La fin de l’ère des prophètes est marquée non par une figure féminine mais par le don de l’Esprit à tous, ce qui rend caduque la structure hiérarchique de la société, y compris entre hommes et femmes. La réflexion autour des prophétesses des livres historiques et prophétiques doit être comprise sur fond de la situation à l’époque perse où les femmes jouaient indéniablement un grand rôle dans la vie sociale.

20Deux livres de lecture aisée qui permettent d’apprécier les textes bibliques avec un regard nouveau.

21Waltraud Verlaguet

Meir Sternberg, La Grande Chronologie. Temps et espace dans le récit biblique de l’histoire, trad. L. C. Leroy, J.-P. Sonnet, Bruxelles, Lessius, coll. « Le livre et le rouleau 32 », 2008. 20,5 cm. 126 p. ISBN 978-2-87299-174-7. € 14,50

22Le livre de Meir Sternberg est une enquête qui fait suite à son ouvrage The Poetics of Biblical Narrative. Il réunit cinq études.

23« La règle de la chronologie : poétique biblique et théorie narrative » (chap. 1) décrit l’originalité de l’œuvre biblique au regard des traditions littéraires d’Homère, du Proche-Orient ancien, voire de la tradition rabbinique. Il s’agit de conférer à la surface du récit une « forme chronologique », autrement dit, de « chronologiser » des événements racontés. Mais il faut distinguer chronologie linéaire d’ensemble et chronologie interne à l’intérieur des épisodes bibliques, cette dernière relevant plus de l’homologie. La manipulation d’une temporalité stratégique et d’une temporalité épisodique, parfois en tension, fait apparaître du désordre dans l’ordre. Selon S., il s’agit là de la « révolution biblique » : une nouvelle représentation du monde et du temps dans laquelle l’histoire est le lieu d’une intrigue prolongée de la part de Dieu. Il y a un sens à l’histoire, hors d’une vision cyclique accessible à tous.

24« Blancs intermédiaires : le temps comme sélection ou comme combinaison » (chap. 2) s’intéresse à la manière dont les évènements sont racontés sur la structure linéaire du temps. S. distingue ici entre ellipses et blancs. L’ellipse introduit souvent a posteriori une explication qui crée du désordre dans l’ordre chronologique, alors que le blanc laisse des discontinuités mettant en valeur le pouvoir d’inférence du lecteur. Les blancs sont des narrations laissées en creux par manque d’intérêt pour la chronoloque globale du récit biblique.

25« Les simultanéités dans les séquences narratives » (chap. 3) s’intéresse aux événements que la Bible rapporte de manière multiple. Dans les histoires de Genèse à 2 Rois, S. montre comment le récit biblique « fait le choix » d’agencer et de mettre en concurrence des événements. Il y a toujours une différence entre ce que nous reconstruisons à partir d’un texte et ce que la Bible construit à la surface du texte. Le récit biblique contrecarre le rectiligne en faisant avancer des intrigues multilinéaires. Les deux principales formes de simultanéité sont la juxtaposition et l’alternance. La juxtaposition marquée par la formule « en ce temps là », est souvent soutenue par un « effet de toute-puissance », Gn 24, Jg 3. L’alternance fait jouer une juxtaposition en zig-zag dans un mouvement de va-et-vient avec des reprises récapitulatives. Dans l’alternance, chaque ligne narrative peut « prendre les devants » une des fonctions étant d’anticiper et de concourir à la continuité de l’intrigue (on anticipe le décès des pères dans la Genèse). L’autre est de focaliser l’intérêt et le jugement. Ainsi Jephté peut apparaître comme un leader fort, tendu vers le combat, ce qui adoucit l’image d’un père empêtré dans un cauchemar familial.

26« Entre la simultanéité et la successivité : les ambiguités de l’agencement alternatif » (chap. 4) approfondit l’étude des « doublets » en tentant de montrer le sens de ces redoublements. Ils ont pour fonction d’amplifier le « choix divin » tout en atténuant le coup imparti au non-élu (ainsi Jacob et Ésaü). S. montre que l’histoire de Tamar en Gn 38 a pour but de faire passer Juda du statut d’agresseur à celui de victime, une transformation qui aura son importance dans la suite de l’histoire, même si le timing général de la narration est bousculé par cette histoire. La création d’ellipses narratives est un des procédés les plus puissants de l’art narratif biblique.

27Enfin, « La distorsion unilinéaire » (chap. 5) s’intéresse aux livres qui bousculent la « grande chronologie », tel le Deutéronome et son prologue dans lequel Moïse raconte dans un autre ordre les événements qui précèdent. Ces distorsions n’interviennent ni en début ni en fin des ensembles bibliques et sont exceptionnelles. Elles induisent des perspectives autres, d’ordre thématique, oratoire, prophétique …

28Il faut être reconnaissant aux éditions Lessius d’avoir traduit les études de Meir Sternberg donnant ainsi accès aux nouvelles recherches synchroniques sur la Bible à un public francophone. Ce petit ouvrage dense rendra un grand service à ceux qui pratiquent les lectures narratives de la Bible, et intéressera certainement les exégèses diachroniques de l’Écriture.

29Dany Nocquet

Nouveau testament

Jacques Schlosser, À la recherche de la parole. Étude d’exégèse et de théologie biblique, Paris, Cerf, coll. « Lectio divina, 207 », 2006. 21,5 cm. 608 p. ISBN 2-204-07381-4. € 38

30J. Schlosser, professeur émérite de la Faculté de théologie catholique de Strasbourg (Université Marc-Bloch), est un exégète de renommée internationale, spécialiste reconnu du Jésus de l’histoire et du NT. Dans ce recueil, il a eu la bonne idée de rassembler vingt-cinq articles parus antérieurement dans des revues spécialisées ou dans des mélanges publiés tant en France qu’à l’étranger. Le choix de ces articles s’est réalisé, notons-le, en fonction de leur pertinence pour les débats contemporains. Il est évidemment impossible de rendre compte amplement de la richesse d’un tel ouvrage. Toutefois, nous offrons quelques orientations pour la lecture. L’ensemble est divisé en quatre parties.

31La première partie, intitulée « Jésus de Nazareth », regroupe diverses études qui s’inscrivent, d’une façon ou d’une autre, dans le cadre d’une recherche sur le Jésus de l’histoire. Pour mieux cerner cette enquête, S. nous renvoie à la lecture minutieuse de quelques-unes de ses monographies : Le règne de Dieu dans les dits de Jésus, Paris, 1980 ; Le Dieu de Jésus, Paris, Cerf, 1987 ; Jésus de Nazareth, Paris, éd. Noésis, 1999, 2e éd. 2002, et surtout au débat entre Bultmann et Käsemann au sujet du Jésus de l’histoire qu’il aborde au début du recueil. On retrouve ainsi une synthèse des positions de S., montrant que « Jésus, tout en étant effectivement un juif parmi les juifs, avait une position originale à l’intérieur du judaïsme aussi bien par sa pensée eschatologique que par son image de Dieu ».

32La deuxième partie regroupe des études portant sur la « source Q » ou la source des logia. Nulle trace manuscrite n’atteste l’existence de ce document. On peut le reconstituer à partir des Évangiles de Matthieu et de Luc. Il existe néanmoins un certain nombre de travaux sur ce document disparu qui se sont développés dans l’exégèse néotestamentaire internationale, en particulier en Allemagne et plus encore aux États-Unis. Les quelques études qui constituent cette partie permettront au lecteur francophone d’en avoir une vue plus nette : « Q et la christologie implicite », « L’utilisation des Écritures dans la source Q », « La création dans la tradition des logia ».

33La troisième partie du recueil est consacrée à six études sur la Première épître de Pierre, allant de 1980 à 2002. Pour une vue d’ensemble sur cette partie, le lecteur peut consulter l’article de J. Schlosser dans Introduction au Nouveau Testament, (sous la direction de D. Marguerat, Labor et Fides, 2000, p. 419-430). Les plus récentes contributions de S. sur 1 Pierre révèlent l’intérêt que constitue l’étude sur la fraternité, en particulier la contribution « Aimez la fraternité » (1 P 2, 17), p. 463-481. Le thème trouve ici une grande actualité pour nos communautés, qui doivent à la fois entretenir des relations chaleureuses en leur sein et être ouvertes à toutes les dimensions de la « fraternité » chrétienne (1 P 5, 9).

34La quatrième partie, « Histoire et théologie », comporte quatre articles traitant de thèmes qui sont à l’ordre du jour : la dimension historique de l’exégèse, la tension entre le monothéisme et la haute christologie, les ministères de direction et l’œcuménisme. La dernière étude (inédite en français), s’intitulant « Le ministère de l’episcopè d’après les Épîtres Pastorales », précède un index des textes néotestamentaires expliqués dans l’ouvrage.

35Il convient d’exprimer notre gratitude pour ce recueil qui rendra bien des services au monde de la recherche néotestamentaire.

36Jimi Zacka

Yves-Marie Blanchard, Camille Focant, Daniel Gerber, Daniel Marguerat, Jean-Marie Sevrin, Jésus. Portraits évangéliques, Bruxelles, Lumen Vitae, coll. « Trajectoires 18 », 2008. 19,5 cm. 148 p. ISBN 978-2-87324-337-1. € 17

37Transcription de conférences publiques organisées par l’Université catholique de Louvain et la Fondation Sedes Sapientiae, ce petit ouvrage de vulgarisation a pour but de faire le point sur la figure évangélique de Jésus. Dans un langage simple et accessible à tous, cinq chercheurs reconnus proposent un portrait de Jésus.

38Adoptant un point de vue résolument historique, Daniel Marguerat avance l’hypothèse que le premier Évangile a vu le jour au sein de la communauté judéo-chrétienne d’Antioche. Traumatisée par la rupture avec la synagogue, l’Église matthéenne se cherche un avenir dans un climat de tension et de doute, face à un judaïsme qui ne lui reconnaît pas le droit de se réclamer des promesses divines. Un tel contexte explique non seulement que le Jésus du premier Évangile soit enraciné dans le judaïsme comme maître de la Torah, mais également qu’il se présente comme le Seigneur de cette jeune Église.

39Après un bref rappel méthodologique, Camille Focant s’attache à faire découvrir l’identité narrative de Jésus qui se découvre à l’intérieur du récit du deuxième Évangile. À l’image de cet Évangile paradoxal et énigmatique, le Jésus de Marc est déroutant et son action reste mystérieuse. À telle enseigne que ses plus proches amis ont bien de la peine à le comprendre. En revanche, le deuxième Évangile révèle les valeurs du Règne de Dieu à travers l’intervention de personnages secondaires, qui n’apparaissent que de façon fugitive dans le récit.

40Changement de tonalité avec l’Évangile de Luc. Daniel Gerber montre que son auteur, écrivain talentueux et précis, a peint un portrait de Jésus rythmé par des accents salvifiques. C’est en tant que « parole envoyée » par Dieu que les faits et gestes de Jésus annoncent le projet bienveillant de Dieu envers les hommes. G. le montre en trois étapes : dans le récit de l’enfance (Lc 1-2), dans la suite de l’Évangile (Lc 3-24), et finalement dans les témoignages du livre des Actes.

41C’est ensuite à une lecture théologique de l’Évangile de Jean que nous convie Yves-Marie Blanchard. En partant du début de l’Évangile où Jean campe Jésus comme le Messie royal d’Israël, B. remonte au prologue pour y montrer que Jésus est proclamé de condition divine comme fils unique engendré du Père. Mais cette filiation divine n’est pas l’apanage du Fils, les disciples sont également appelés à devenir fils de Dieu, envoyés dans le monde avec l’aide du Paraclet, comme le Fils unique a été lui-même envoyé.

42La dernière étape est présentée par Jean-Marie Sevrin. Marqués par le docétisme (le Jésus historique ne serait qu’une simple enveloppe charnelle cachant le Sauveur éternel), les Évangiles gnostiques offrent une image de Jésus fort différente de celle des récits bibliques. Le portrait proposé par l’Évangile de Thomas, par exemple, est celui d’un illuminateur qui se cache derrière des paroles énigmatiques pour amener ses auditeurs, par la connaissance, à devenir vivants, en se reconnaissant comme êtres spirituels.

43Ce petit livre est une excellente introduction à la diversité des figures évangéliques de Jésus. Les suggestions bibliographiques qui complètent chaque chapitre sont les bienvenues. On regrette seulement que l’évolution récente de la recherche sur Jésus n’ait pas été présentée, même brièvement, dans l’introduction. De même, il n’aurait pas été inutile de fournir quelques indications sur la diversité des lectures actuelles (historique, narrative, canonique, contextuelle, etc.) pour mieux apprécier les différentes approches prises par les auteurs. Nonobstant, cet opuscule de qualité mérite d’être largement diffusé.

44Serge Wüthrich

Joel Kennedy, The Recapitulation of Israel. Use of Israel’s History in Matthew 1 :1-4 :11, Tübingen, Mohr Siebeck, coll. « WUNT II, 257 », 2008. 23,5 cm. x-264 p. ISBN 978-3-149825-1. € 59

45L’objet principal de ce travail est l’examen et la description de l’usage christologique de l’histoire d’Israël dans Mt 1, 1-4, 11, avec une attention rigoureuse portée à chaque élément qui témoigne de cet usage. K. montre comment l’histoire d’Israël est récapitulée dans la vie de Jésus. Il s’intéresse aussi à la façon qu’a Matthieu de communiquer cette récapitulation. Cette approche est faite principalement en analyse historico-critique dont l’auteur justifie l’usage après présentation des différentes méthodes d’analyse possibles et de leur critique.

46Dans un premier temps, K. montre comment la généalogie du chapitre 1 récapitule l’histoire d’Israël de façon narratologique et téléologique pour se focaliser sur Jésus-Christ comme accomplissement de l’histoire d’Israël. Il le fait par une étude approfondie de la généalogie dans Matthieu et des généalogies de l’AT, pour finalement relier celle de Matthieu à celles de Ruth et des Chroniques, qui sont des généalogies téléologiques et théologiques. Puis, dans Mt 2, il expose comment Jésus récapitule passivement l’histoire d’Israël, revivant l’expérience de l’exode. L’étude plus poussée de la place de la citation d’Osée 11, 1 en 2, 15 (et non 2, 21 !), tout comme les pleurs de Rachel (2, 18), l’incite à opérer un renversement : la Judée sous Hérode c’est Israël sous Pharaon, plaçant ainsi l’ensemble du chapitre 2 dans un contexte d’exode, faisant de la Judée la métaphore de l’Égypte. Enfin, dans Mt 3, 1-4, 11, l’auteur présente Jésus récapitulant l’histoire d’Israël de façon active, la répétant et la revivant comme incarnation d’Israël. Dans la suite logique du chap. 2, le baptême représente alors le passage de la Mer Rouge. Il est suivi par la tentation qui correspond, dans ce schéma, à la mise à l’épreuve, par Dieu, d’Israël dans le désert. Jésus y endosse le rôle d’Israël obéissant, accomplissant la demande de toute justice. Jésus est Israël, appelé comme lui fils de Dieu.

47Il s’agit d’une approche fouillée, savante, sur ce thème auparavant peu étudié pour lui-même, et qui ouvre des perspectives, même si le recenseur ne partage pas toutes les conclusions de l’auteur. Celui-ci offre au lecteur, de façon pertinente, une recherche approfondie concernant l’arrière-plan vétéro-testamentaire, tout en s’intéressant aussi à la littérature juive de l’époque matthéenne afin d’y trouver des sources ou comparaisons possibles. Les problématiques soulevées sont intéressantes, mais on peut regretter l’usage quasi unique de la critique diachronique laissant une grande place aux sources et si peu de place à l’analyse synchronique qui aurait non seulement permis d’étayer certaines propositions, mais aussi mis en évidence les déplacements que Matthieu produit chez son lecteur par l’organisation de l’ensemble de son récit, modifiant ainsi certaines perceptions comme celle de la filiation divine, alors que ce travail-ci reste dans une perspective très vétérotestamentaire de la compréhension de la notion de Messie.

48Priscille Morel

Cédric Fischer, Les disciples dans l’Évangile de Marc. Une grammaire théologique, Paris, Gabalda, coll. « Études bibliques, nouvelle série 57 », 2007. 24 cm. 231 p. ISBN 2-85021-180-X. € 45

49Deux problématiques sont au cœur de l’analyse que Cédric Fischer présente dans cet ouvrage. Premièrement, F. reconnaît que la majorité des analyses de l’Évangile de Marc « note le caractère fondamental de la christologie de l’Évangile » (p. 17) mais indique que la question principale est « de savoir dans quelle mesure l’horizon du kérygme influence la représentation du Jésus marcien durant son ministère en Galilée et dans les territoires païens (1, 16-8, 26) » (p. 17). Pour F., le kérygme est au centre de tout l’Évangile et sous-tend la narration en son entièreté. Deuxièmement, F. veut également montrer que les disciples ne fonctionnent pas comme « repoussoir littéraire » (p. 18) mais qu’ils représentent plutôt une figure paradigmatique à laquelle le croyant peut s’identifier. Dans ce cas-là, il s’agit de montrer « pour quelle raison théologique l’Évangile présente les disciples de cette manière » (p. 18). Pour F., la figure des disciples dans l’Évangile permet de définir l’essence de la condition du croyant comme ancrée dans l’incompréhension (p. 193). Méthodologiquement, F. accentue la dimension de l’intratextualité comme clef de l’analyse et comme élément conférant sa cohérence narrative à l’Évangile.

50F. étudie ces deux problématiques par le biais d’exégèses détaillées et précises des péricopes dans lesquelles les disciples sont acteurs. Ces discussions exégétiques forment la majeure partie de l’ouvrage. L’analyse des différentes péricopes est organisée – dans la mesure du possible – par genres littéraires, ce qui, selon F., permet de « dévoiler l’agencement » (p. 20) de la narration. Il semble possible de résumer les résultats principaux de l’analyse exégétique en quatre points principaux. Premièrement, les exégèses des péricopes démontrent le rôle central du kérygme (centré sur la personne de Jésus définie par l’identité entre ressuscité, crucifié et terrestre) dans toute la narration. Deuxièmement, F. démontre que l’incompréhension n’est pas une caractéristique des disciples dans la période pré-pascale mais qu’elle est propre également à la suivance dans la période postpascale. Son analyse indique aussi clairement que l’Évangile met en place une procédure d’identification de la communauté marcienne au destin des disciples. Troisièmement, à l’incompréhension des disciples, l’Évangile répond par une promesse, qui conduit à sa relecture. Au vu de la description de la figure du croyant, la prière (conçue comme dialogue ouvert avec Dieu et comme admission du doute) constitue la réponse appropriée à l’offre de grâce de l’Évangile. Finalement, F. montre que l’Évangile propose une lecture paradoxale de l’eschatologie et de l’avènement du royaume. L’eschatologie s’accomplit dans la croix, et comprendre le royaume « suppose la compréhension du Jésus marcien » (p. 201).

51L’analyse conduite par F. est précise et rigoureuse, elle offre une perspective intéressante sur les deux problématiques centrales de son ouvrage. Parfois, le propos se perd quelque peu dans le détail et la minutie des exégèses. Celles-ci auraient pu être complétées par une approche plus synthétique, qui aurait rendu la monographie plus agréable à lire. Néanmoins la thèse est bien argumentée et en dépit de ces critiques mineures et principalement formelles, l’ouvrage demeure une contribution pertinente aux études de l’Évangile de Marc, particulièrement celles intéressées par la christologie marcienne et la conception marcienne de la condition de disciple du Christ.

52Valérie Nicolet Anderson

Camille Focant, Marc. Un Évangile étonnant. Recueil d’essais, Louvain, Peeters/Presses universitaires de Louvain, coll. « BEThL 194 », 2006. 24 cm. xvi-402 p. ISBN 978-90-429-1699-9. € 60

53Cet ouvrage complète utilement le commentaire de l’Évangile de Marc que F. a publié au Cerf en 2004. Il regroupe une série d’essais (19 au total) consacrés au deuxième Évangile et publiés dans des revues scientifiques ou des ouvrages collectifs entre 1975 et 2004. Ces études ne sont pas présentées chronologiquement. L’ordre adopté va du général au particulier. Les six premières contributions sont des études centrées sur l’Évangile de Marc dans sa globalité : sa datation, les thématiques de la loi, des disciples, des personnages secondaires et de Pierre. Les treize dernières sont classées en fonction du texte de l’Évangile étudié dans l’ordre, du prologue à la finale longue.

54F. montre sa maîtrise des diverses méthodes d’analyse des textes : historico-critique, sémiotique et narrative. Son intérêt pour la narratologie est manifeste et il en montre le potentiel pour l’analyse des récits évangéliques. Avec ce volume, F. confirme que ses travaux ont indéniablement constitué une contribution importante aux recherches sur l’Évangile de Marc. Indirectement, cet ouvrage atteste de la vivacité et de la pertinence de la recherche francophone sur le deuxième Évangile. Un recueil qui s’avérera précieux pour les exégètes et la recherche néotestamentaire.

55Jimi Zacka

François Vouga, Les stratégies du diable. Marc, Matthieu et Luc s’expliquent, Poliez-le-Grand, éd. du Moulin, 2008. 18 cm. 102 p. ISBN 978-2-88469-025-6. € 14

56Dans ce petit ouvrage, F. Vouga nous invite à une lecture renouvelée des Évangiles de Marc, Matthieu et Luc. Il s’agit de reconstituer les traits du diable en le suivant à la trace chez les trois évangélistes.

57Dans cette perspective, V. nous amène dans l’atelier de Marc, puis à la rencontre de Matthieu et Luc à une terrasse de café, en quête d’une réponse à cette question fondamentale : « Le diable existe-t-il ? ».

58V. nous apprend que « le diable traverse l’Évangile comme un fidèle compagnon, à la fois indésirable et inévitable ». Le diable est, en nous, une force sournoise de doute, une puissance d’incrédulité. Par ses stratégies secrètes, il est une forme d’amnésie, une incapacité à se souvenir de la miséricorde du Père Céleste et de mettre en Lui toute notre confiance. En effet, « il n’y a pas d’Évangile sans tentation ». Autrement dit, sans tentation, l’Évangile ne serait qu’une simple histoire de rêves car elle – la tentation – est « le signe distinctif du don qui fait de nous des sujets en première personne capables de choisir le bien, parce que nous pouvons choisir le mal ».

59In fine, le diable n’est qu’un fin stratège, plein de bonnes intentions, « caché sous les allures de la recherche de perfection », qui entretient la confusion et insinue le doute au cœur de notre existence. Voilà les caractéristiques de ce personnage déroutant !

60Dans cet ouvrage, qui prend la forme de la fiction mais qui n’en est pas moins pénétrant, les trois évangélistes nous incitent à reprendre notre réflexion sur le diable, celui qui est constant en nous, toujours opposé au don de Dieu.

61Jimi Zacka

Daniel Gerber, « Il vous est né un Sauveur ». La construction du sens sotériologique de la venue de Jésus en Luc-Actes, Genève, Labor et Fides, coll. « Le monde de la Bible 58 », 2008. 22,5 cm. 296 p. ISBN 978-2-8309-1243-2. € 30/CHF 49

62Comment l’Évangile de Luc et les Actes des apôtres exposent-ils le salut manifesté en Jésus-Christ ? Telle est la question sotériologique à laquelle tente de répondre l’ouvrage de G. Une question qui n’est pas aussi évidente qu’il y paraît au premier abord, puisque l’ensemble Luc-Actes offre la particularité de lier fortement le salut de Dieu à la venue de Jésus. En d’autres termes, il semble bien que Luc ne défende pas une théologie de la croix (comme Matthieu ou Marc), mais une « sotériologie de l’avènement ». Pour démontrer cette thèse, G. procède en trois temps.

63Il examine premièrement l’« événement initial » rapporté en Luc 1-2. C’est de loin le chapitre le plus riche et le plus convaincant du livre. Il faut dire que cette problématique s’inscrit dans le prolongement de la thèse de doctorat que l’auteur a soutenue en 1991 sur « La préparation du salut en Luc 1-2. La signification sotériologique de la naissance de Jésus ». G. montre avec beaucoup de finesse la « place décisive » de la venue de Jésus dans l’offre de salut de Dieu, sans faire l’impasse sur les zones d’ombre et l’usage d’un « vocabulaire qui questionne en même temps qu’il informe » (p. 97), en examinant le faire de Dieu, son contexte et sa reconnaissance. Une place importante est accordée à l’analyse des personnages du récit, aux traces de ce que G. appelle une « continuité discontinue » dans l’histoire du salut, à l’examen des voix narratives et des différents termes qui caractérisent l’agir de Dieu.

64La deuxième partie du livre balaye le reste du troisième Évangile (chap. 3-24) à la recherche des témoignages de l’« événement en action ». G. utilise la piste lexicographique (les verbalisations sur le thème de la « venue ») pour sélectionner les passages étudiés. Il en relève 15 qui se rapportent aux témoignages de Jean-Baptiste, de Jésus lui-même et d’autres témoins. Le critère de sélection change avec la troisième partie dans laquelle une dizaine de passages sont examinés, tirés des discours d’annonce en Actes 2 à 13 et des échos de la venue de Jésus en Actes 14 à 28.

65Comme le relève D. Marguerat dans sa préface, les exégèses de G. sont toujours effectuées avec beaucoup de précision et de prudence. La démonstration de sa thèse sur le sens sotériologique de la venue de Jésus est convaincante. On ne souscrira pas, cependant, au « constat de la priorité du thème de la venue de Jésus sur celui du Règne » (p. 109) sans réclamer un traitement plus détaillé de l’importance relative de ces deux thèmes. À cet égard, l’analyse de Lc 4, 42-43 ou Ac 28, 28, autorise à nuancer le propos. Comme il l’indique dans sa conclusion, la pondération de ces thèmes, avec ceux de la mort et de la résurrection ou encore de l’Ascension, ainsi que leur articulation mériteraient un examen approfondi. On notera en passant une curieuse remarque sur les rapports entre les points de vue du narrateur et des locuteurs (p. 216). Parler de « quasi-superposition », c’est confondre un peu rapidement les différents niveaux de compétence des énonciateurs et des sujets de l’énonciation énoncée et de l’énonciation implicite.

66Quoi qu’il en soit, cette étude est fort agréable à lire, rigoureuse et informative. À ce titre, elle mérite de figurer dans toutes les bibliothèques.

67Serge Wüthrich

Samuel Bénétreau, Les Épîtres pastorales 1 et 2 Timothée, Tite, Vaux-sur-Seine, Édifac, 2008. 21 cm. 457 p. ISBN 978-2-904407-43. € 25

68L’auteur est bien connu du monde évangélique pour ses travaux en sciences bibliques, particulièrement pour ses nombreux commentaires parus chez EDIFAC (dont le présent commentaire). Dans cet ouvrage, nous trouvons d’abord une introduction d’une trentaine de pages présentant les questions classiques : le titre, l’auteur (probablement Paul, p. 14), les destinataires (Timothée et Tite), le genre littéraire et la visée théologique. Vient ensuite le commentaire de chacune des Épîtres selon un procédé identique : présentation d’ensemble de la péricope et étude verset par verset. Sept excursus sur la piété, le statut des femmes dans l’Église, les ministères ecclésiaux, l’Église dans les pastorales, la menace des faux docteurs, l’imposition des mains et le veuvage.

69B. nous livre ici un travail très fouillé du point de vue exégétique (il se situe dans le cadre d’une exégèse évangélique scientifique). Des notes, parfois bien détaillées, complètent ces études sur des points particuliers, en bas de page ou en tête des sections.

70Au total, c’est un ouvrage de référence que tout étudiant en théologie souhaitant étudier les Pastorales et tout théologien voulant faire des recherches sur les Épîtres pastorales devront consulter.

71Jimi Zacka

Histoire

Bernd Janowski, Gernot Wilhelm, éd., Briefe, Gütersloh, Gütersloher, coll. « TUAT NF 3 », 2006. 25 cm. xviii-458 p., ISBN 978-3-579-05287-8. € 148

72Les éditions Gütersloher Verlag publient une série d’ouvrages consacrés aux textes relatifs au contexte de l’AT en provenance d’Égypte et du Proche-Orient ancien. Ce 3e vol. consacré aux lettres (Briefe) les classe en huit grandes parties Nous donnons entre parenthèses les numéros de page.

731. Lettres mésopotamiennes. — H. Neumann (1) présente les plus anciennes correspondances sumériennes et akkadiennes du 3e millénaire av. J.-C., émanant des chancelleries d’Ebla et d’Ur. Les lettres provenant de l’ancien royaume de Babylone (1950-1531) comprennent des recommandations royales pour l’entretien des canaux, l’intendance des armées cassites, la correspondance entre possesseurs d’esclaves, une lettre de reconnaissance (R. Pientka-Hintz, 21). Les lettres de Mari datent des cinquante dernières années du palais dont celles du Zimri-Lim (1711-1698) et traitent du calendrier, des archives écrites, des soldats et de la guerre, de la mentalité religieuse (N. Ziegler, 38). K. Hecker (77) donne à lire les lettres assyriennes anciennes contenant des registres de comptes, des lettres des princes d’Assour, des lettres privées. Elles proviennent principalement des échanges commerciaux entre Assour et Kanish, cité commerçante en Anatolie (aujourd’hui Kultepe) ; ces lettres sont parues en français dans Littérature ancienne du Proche-Orient, Lapo, Cerf, 2001). G. Wilhelm présente les lettres de Nuzi : la lettre d’un roi du Mittani à son vassal, d’un collège de juges à un ministre, celles de plusieurs fonctionnaires, de la vente d’un esclave (101). Les lettres des royaumes assyriens (106) et babyloniens (114) de la fin du 2e millénaire sont présentées par K. Hecker : lettres de particuliers, le rapport d’un médecin et l’appel d’urgence d’un certain Kalbu. Du viiie et viie s., d’Adad-nerari III à Assourbanipal, ce sont les nombreuses lettres des rois néoassyriens qui sont proposées. 2 300 lettres en assyrien, 1 000 en babylonien et 1 en araméen ont été retrouvées (K. Radner, 116). M. Jursa introduit les lettres d’époque néobabylonienne, depuis une lettre des archives du viiie s. à une missive privée du iie s. av. J.-C. (158).

742. Correspondance diplomatique de l’époque du bronze récent (1550-1150). — Les lettres des archives d’El Amarna (Lapo, Cerf, 2004) sont classées selon les régions des destinataires ou des expéditeurs : Babylonie-Assyrie (D. Schwemer), Mittani, (G. Wilhelm), royaume hittite (D. Schwemer), lettres d’Arzawa du royaume hittite (J. Klinger), de Palestine (A. F. Rainey), du nord du Liban (A. F. Rainey) (173). Les archives de Taanach (8 km au sud-est de Mégiddo) du xve s. ont livré des lettres (écrites en vieux babylonien) concernant l’envoi de 50 shequel d’argent pour un traitement médical et des lettres à un certain Talwisar pour une demande d’armes et autres (A. Berlejung, 230). Les archives de Hattusha (ancienne capitale du royaume hittite) du xiiie s., rapportent les correspondances entre rois hittites et étrangers : une lettre de Ramsès II à Hattushili III à propos d’un médicament pour provoquer une grossesse (G. Wilhelm et J. L. Miller, 235). La correspondance d’Ougarit, de langue akkadienne, témoigne des échanges entre Suppiliuma I du royaume hittite et Niqmad II d’Ougarit (préparatifs d’une bataille), entre Merenptah d’Égypte et Ammu-rapi d’Ougarit au sujet du travail d’artisans égyptiens au temple de Baal (D. Schwemmer, 248). Ces mêmes liens se retrouvent dans la correspondance en ougaritique au sujet du tribut d’Ougarit au royaume hittite, de demandes d’aide et d’un remerciement à l’Égypte ; un lien avec le royaume chypriote est mentionné pour une offre de soutien (H. Niehr, 264).

753. Lettres de Syrie. — Elles concernent la correspondance de l’administration ougaritaine à l’intérieur du royaume. En langue akkadienne, la lettre d’un général sur une situation d’urgence (D. Schwemmer, 273), et en langue ougaritique, des lettres du roi d’Ougarit à sa mère avec entre autres nouvelles, celle d’une défaite (H. Niehr, 279).

764. Lettres égyptiennes. — L. Gestermann (289) présente plusieurs épîtres vers l’au-delà pour sortir du malheur, pour la santé, demande pour un enfant ou de protection. Des textes d’exercices scolaires du xiiie s. renvoient à une ancienne tradition de l’apprentissage de l’écriture (C. Peust, 307). Un ensemble de lettres émanant de la xviiie dynastie (1550-1300) du temps de Thoutmosès III, telle une missive sur la « colère avec un vieil homme », du temps d’Aménophis II et de l’époque d’El Amarna (M. Müller, 314). De même des lettres de la xxie dynastie (1070-994) provenant du grand prêtre d’Amon avec des instructions pour une ordalie (M. Müller, 330). Enfin, des épîtres privées ou commerciales en démotique (du vie av. J.-C. au iiie s. apr. J.-C.) d’époque ptolémaïque (M. Schentuleit, 340).

775. Lettres d’Iran. — Dont un ensemble de lettres prétendument de Ninive du viiie-viie s. et des lettres des archives de Darius 522-486 (H. Koch, 349).

786. Lettres hébraïques, transjordaniennes et araméennes. — D’époque préexilique jusqu’au iie s. apr. J.-C., elles proviennent de Palestine (lettre d’Arad) de Transjordanie (Tell el-Mazar), d’Égypte (Éléphantine) et du temps de la révolte de Bar-Kochba (135-132) (I. Kottsieper, 357).

797. Lettres sabéennes. — P. Stein présente une série de lettres d’époque préislamique. La présentation va d’un message accompagnant une livraison de marchandises en vieux sabéen (viie-ive av. J.-C.) jusqu’à une inscription au sujet d’un faux message en sabéen tardif (vie s. apr. J.-C.).

808. Lettres grecques d’Égypte. — A. Jördens propose 9 types de lettres du iiie s. av. J.-C. au iie s. apr. J.-C : notons celles du prince ammonite Toubias de la famille des Tobiades ; des lettres impériales de Claude, de Néron ; celle du ministre des finances à Onias (164 av. J.-C.), général sous les Ptolémés (apparenté au grand prêtre du même nom ?).

81L’ensemble s’achève par des lettres des archives d’Appolonios, fonctionnaire administrateur du temps du règne d’Hadrien.

82Le regroupement thématique de l’ouvrage est intéressant et précieux, il permet d’accéder de plus près à la vie quotidienne des cours royales, des chancelleries, des temples, mais aussi à celle des gens et de leurs communautés. Il reste à souhaiter que de tels ouvrages paraissent un jour en français.

83Dany Nocquet

Enrico Norelli, Marie des Apocryphes. Enquête sur la mère de Jésus dans le christianisme antique, Genève, Labor et Fides, coll. « Christianismes antiques », 2009. 22,5 cm. 178 p. ISBN 978-2-8309-1340-8. CHF 34/€ 22

84« Une femme dont on n’a rien dit, si ce n’est … ». Ce cantique était chanté dans un certain nombre d’églises catholiques dans les années 1980. Il résumerait assez bien la recherche du professeur Norelli. Comment, des quelques mentions rapides de l’Évangile de Marc ou de la lettre aux Galates, la littérature chrétienne n’a cessé d’embellir la personne et le rôle de la mère de Jésus, et cela dès les premières décennies de la geste évangélique ? L’investissement dans les écrits apocryphes et leur mise en perspective a permis un travail précis et rigoureux.

85Dans un premier temps (p. 13-32), N. précise sa méthode et surtout rappelle l’importance des apocryphes ainsi que leur définition en retenant trois critères : la désignation de figures et d’événements relatifs à Jésus ou son entourage proche, la manière de faire accéder à ces personnages de façon immédiate, et enfin leur non-réception canonique par la communauté ecclésiale. Un autre paramètre que souligne N. est l’importance accordée à la figure de Jacques dans les sphères judéo-chrétiennes. Jacques est bien désigné comme frère du Seigneur et il semble que pour les chrétiens de Jérusalem, il devenait urgent de marquer le rôle dévolu à la famille de Jésus. À ce propos, il serait certainement enrichissant que s’écrivent des études scientifiquement fondées sur Jacques.

86Dans cet élan de mémoire envers la famille de Jésus, pourquoi avoir à ce point développé la figure de Marie ? L’auteur tient à lier inséparablement sources canoniques et sources apocryphes, en relevant au passage quelques paradoxes dans la manière dont catholiques romains et orthodoxes utilisent ces deux sources. Deux « lieux » attirent son attention : les récits concernant la naissance de Jésus, avec corrélativement la question de la virginité de Marie, et les récits de l’Assomption. L’interrogation principale réside dans la nature du rapport à établir entre les récits de la naissance du Christ et leur fondement historique (p. 45-47). Ce qu’il y a de plus certain est la volonté assez tôt exprimée de l’inattendu de l’Incarnation : le Christ est né d’une vierge ; l’intention est avant tout christologique et non mariologique (cf. aussi note 5, p. 70-77). Le riche parcours des textes permet de prendre conscience des questions soulevées au sein des communautés : Marie a-t-elle vraiment accouché de Jésus ? L’ange Gabriel était-il Jésus ? La chasteté de Marie en débat ? Marie sans Joseph ? Le développement sur les réécritures latines du Protévangile de Jacques montre la volonté de réunifier à cette époque récits canoniques et récits apocryphes.

87La dernière partie de l’ouvrage aborde les récits de l’Assomption de Marie. N. tente de clarifier et de démêler les sources d’un écheveau bien compliqué. La désignation latine Transitus est retenue pour établir un fondement du mystère de l’Assomption dans les représentations de la migration de l’âme dans l’au-delà. L’auteur part ici de l’étude comparée de Schoemaker à partir des textes des traditions coptes – les plus nombreux – syriaques et « occidentales », et se réapproprie les conclusions, en posant que les liens de ces différents récits reposent davantage sur des raisons littéraires que théologiques (p. 127-128). Il adopte aussi la prudence du savant quant aux influences gnostiques qui auraient présidé à l’émergence des traditions sur le Transitus Mariae. La conclusion de cette étude très pointue semble pertinente : penser la « figure » de la Dormition dans sa fonction mystagogique avec la part dévolue à l’hagiographie. Cela n’invite-t-il pas à considérer cette figure comme réemploi et christianisation de récits antiques de l’angoissante question du devenir de l’homme après la mort ?

88Une bibliographie quasi exhaustive sur le sujet et un index précis permettront aux lecteurs de continuer leur recherche avec profit. N. livre ici une étude certainement dérangeante ou iconoclaste pour les uns, bienvenue pour les autres. Elle a en tout cas le mérite de la clarté et de la rigueur universitaire, et apporte une pierre très précieuse au dialogue œcuménique.

89Philippe Molac

Peter Gemeinhardt, Das lateinische Christentum und die antike pagane Bildung, Tübingen, Mohr Siebeck, coll. « STAC 41 », 2007. 23 cm. xii-594 p. ISBN 978-3-16-149305-8. € 89

90P. Gemeinhardt, professeur d’histoire de l’Église à Göttingen depuis 2007, analyse dans sa thèse d’État soutenue à l’université Friedrich Schiller de Iéna, comment les chrétiens parlant latin entrèrent en contact, dans les premiers siècles, avec le milieu antique commun aux chrétiens et aux non-chrétiens, et comment ils se sont comportés face aux contenus et aux méthodes d’enseignement.

91L’introduction (p. 1-26) énumère les travaux scientifiques d’historiens, de philologues et de théologiens ayant examiné comment la jeune communauté des chrétiens, encore incertaine quant à sa forme et à sa doctrine, s’est établie dans la culture antique. L’auteur prétend démontrer qu’à cette époque, le contexte respectif permettait de distinguer entre « chrétien » et « païen » (p. 5). D’après ses observations, les textes étudiés montrent que la distinction « religieuse » entre « païens » et « chrétiens » disparaît dans la détermination des interlocuteurs et des correspondants selon le contexte. La « culture a-t-elle alors précisément réuni là où la religion divisait ? » (p. 20)

92Le premier des trois chap. nous présente les institutions enseignantes de l’Empire romain. G. affirme que le système éducatif faiblement constitué pour des raisons structurelles et façonné de manière très diverse selon les régions, a été organisé par une « idée directrice » (p. 51). La plus grande difficulté de ses travaux réside dans le fait que les témoignages littéraires sur le « vécu réel des chrétiens » et sur le quotidien scolaire font défaut (p. 115). G. en est réduit à des suppositions issues de réflexions sur les buts de l’enseignement et de remarques d’auteurs chrétiens ainsi que d’autres textes antiques. Sa description de l’enseignement élémentaire, de la grammaire et de la rhétorique reste quelque peu en suspens. Le lecteur n’apprend rien sur les institutions qui gèrent les écoles ni sur la participation à l’enseignement.

93Dans le deuxième chap. consacré au « christianisme et à la culture à l’époque pré-constantine », G. se fait l’écho des positions de certains auteurs chrétiens, notamment Tertullien – très polémique quant à la démarcation nécessaire aux chrétiens – et Minucius Felix qui, dans ses dialogues, « présente pour la première fois dans l’aire linguistique latine un rapport positif entre la théologie chrétienne et la philosophie hellénistique » (p. 89), en l’occurrence saint Justin et Tatien. Cela dit, les assertions de l’auteur restent sujettes à caution car on ne peut qu’émettre des suppositions quant à la position occupée par ces théologiens dans leur communauté. On retiendra néanmoins cette remarque importante de G. : « Ce n’est qu’à partir du début du troisième siècle que l’on a reconnu au magistère l’autorité de définir la vraie doctrine » (p. 124).

94La troisième partie du livre constitue le cœur de l’ouvrage (p. 129-486). Elle débute par une description détaillée de la mission chrétienne. Au quatrième siècle (p. 137), les chrétiens étaient déjà « majoritaires » parmi les notables. On observa alors en certains endroits, comme à Hippo (p. 315), une séparation des institutions d’enseignement. La plupart du temps, il s’agissait d’écoles rattachées à des monastères (p. 12). La conciliation nécessaire entre la culture enseignante traditionnelle et la nouvelle culture chrétienne brouillait les différences. Les conversions au christianisme donnent une image contrastée. À défaut d’un profil très marqué, les communautés réagissaient de façon variée à propos des « demi-chrétiens » ou des « chrétiens nominaux » (p. 144, 156). En 374, la paroisse de Milan acclama Ambroise comme évêque alors que celui-ci n’était même pas encore baptisé (p. 151).

95G. ne s’intéresse pas à la genèse des idées ni aux comportements au sein des communautés chrétiennes. Il analyse avec force détails la littérature, les tombes et le courrier. Beaucoup de chrétiens devinrent professeurs bien que les légendes païennes, objets d’enseignement, aient été en contradiction avec la foi chrétienne. Dans la rhétorique des chrétiens, on perçoit sans arrêt un paradoxe que déjà Averil Cameron (p. 19) avait observé dans son ouvrage Christianity and the Rhetoric of the Empire. The Development of Christian Discourse, Berkeley, 1991, p. 206 sqq. : « La validité des contenus d’enseignement est mise à mal par des procédés brillants de rhétorique scolaire tout en recourant aux citations de grands auteurs tels que Virgile, Horace ou Salluste » (p. 311).

96Les analyses exhaustives et sophistiqués des textes auxquels G. a recours finissent par lasser par leur ampleur et n’apportent que peu de nouveautés pour comprendre l’inculturation du jeune christianisme dans l’univers culturel hérité de l’Antiquité.

97Andreas Meier

Thomas d’Aquin, Commentaire de l’Épître aux Galates, préface de Jean-Pierre Torrell, introduction de Gilbert Dahan, traduction et tables de Jean-Éric Stroobant de Saint-Eloy, annotations de Jean Borella et Jean Éric Stroobant de Saint-Eloy, Paris, Cerf, 2008. 23 cm. l + 316 p. ISBN 978-2-204-08198-6. € 45

98Comme on peut le constater en lisant la liste des auteurs ayant participé à l’élaboration de ce volume, il s’agit d’un travail d’équipe. Le cœur de l’ouvrage est représenté évidemment par la traduction du texte de Thomas d’Aquin. On peut regretter qu’elle ne soit pas accompagnée du texte latin, mais le traducteur fait remarquer que premièrement tel n’est pas l’usage dans la collection de textes de Thomas dans laquelle cette édition prend place, mais, surtout, qu’une édition critique de ce Commentaire de l’Épître aux Galates n’est pas encore en vue. Jean-Éric Stroobant de Saint-Eloy a suivi plus ou moins l’édition de Marietti (1953), corrigée parfois selon l’édition de Parme (1862) qui donne les citations bibliques en entier, tout en intégrant quelques corrections proposées par la commission léonine ce qui, dans ce cas, est toujours spécifié dans les notes. Ces dernières, réalisées en collaboration avec Jean Borella, donnent en outre des explications circonstanciées concernant la compréhension d’un passage ou d’une tournure. Elles sont les bienvenues car le commentaire est ardu. Jean-Pierre Torrell, dans sa préface, souligne qu’il s’agit de reportationes non revues par le maître et qui nous permettent de saisir le déroulement d’un cours médiéval.

99Gilbert Dahan, dans son excellente introduction, situe le commentaire dans son époque et donne quelques clés de lecture. L’œuvre de Thomas, à mi-chemin entre Augustin et Luther quant à l’histoire des idées, et entre engagement existentiel et exégèse scientifique quant à la forme, fait partie intégrante d’une évolution au cours de laquelle l’exégèse se constitue comme science autonome. L’herméneutique thomasienne est qualifiée d’« exégèse au second degré » puisqu’elle commente le texte de l’apôtre Paul qui, à son tour, commente l’Écriture. Ce faisant, Thomas épouse le style du commentaire rabbinique qui est celui de Paul, d’une part à cause de la proximité avec son objet et d’autre part parce qu’à l’époque où il écrit, la tradition l’emporte encore sur l’aristotélisme qui ne devient exclusif qu’ultérieurement comme méthode de travail.

100Par ailleurs, Gilbert Dahan souligne à plusieurs reprises l’accord entre l’exégèse moderne et celle de Thomas.

101Malgré les difficultés inhérentes au texte, sa lecture est facilitée par des signes typographiques qui mettent en évidence la structure du discours dont le plan est repris en tête de la traduction.

102Les tables usuelles des auteurs cités ainsi que des références scripturaires sont complétées par un index des lieux parallèles à l’intérieur de l’œuvre de Thomas elle-même, par une table analytique reprenant les définitions d’un certain nombre de mots clés, par une liste des commentaires de l’Épître aux Galates antérieurs à Thomas, ainsi que par une table des variantes du texte biblique latin cité par Thomas par rapport au texte alors en usage.

103Waltraud Verlaguet

Kurt Flasch, D’Averroès à Maître Eckhart. Les sources arabes de la « mystique » allemande, trad. Jacob Schmutz, Paris, Vrin, coll. « Conférences Pierre Abélard », 2008. 21,5 cm. 219 p. ISBN 978-2-7116-1941-2. € 19

104Cette recherche sur les sources de la pensée médiévale marque un temps fort dans l’histoire des idées ; elle dégage en effet un nouvel horizon conceptuel en mettant en relief la présence féconde de la philosophie arabe au cœur de la réflexion théologique des plus grands penseurs médiévaux, et cela grâce à la prise en compte de leur contexte historique et intellectuel. Élégamment traduit en français par Jacob Schmutz, il possède un sous-titre éclairant sur le propos de l’auteur : La naissance de la « mystique » allemande, de l’esprit de la philosophie arabe. Tous ceux qui s’intéressent à la figure de Maître Eckhart et plus largement à la pensée religieuse et philosophique du Moyen Âge trouveront un immense intérêt à découvrir le contenu des sept conférences données en Sorbonne en 2005 par le grand médiéviste Kurt Flasch, professeur émérite à l’université de Bochum (Allemagne). Auteur de nombreux ouvrages sur la philosophie médiévale et renaissante, il est par ailleurs à l’origine d’un impressionnant travail éditorial dès les années 1960 avec les réimpressions d’éditions latines d’Avicenne, Averroès, Maimonide, ou encore Dietrich de Freiberg.

105En fin de livre un texte original, au rythme enlevé, « Pourquoi étudions-nous la philosophie médiévale » (p. 191-211), présente la démarche scientifique de l’auteur qui accorde toute son importance à l’arrière-plan historique des développements de la pensée philosophique et religieuse. On ne peut isoler les uns des autres et occulter leurs liens indissociables.

106« L’étude de la philosophie médiévale s’impose donc [déclare-t-il p. 197], afin de mieux connaître le développement propre des peuples européens, et pas seulement de leur culture […] afin de s’opposer à la sous-estimation du Moyen Âge. »

107« Je déclare par conséquent que j’étudie la philosophie médiévale pour saisir le monde médiéval avec plus de complexité sous plus de facettes » (p. 203).

108Dans le premier chap., p. 25-53, intitulé « Averroès sans l’averroïsme », nous lisons un développement sur un aspect essentiel de sa philosophie, l’intellect (p. 31 sqq.) traité dans une perspective polémique qui convoque nombre de penseurs tels Aristote, Platon, Augustin, Eckhart. L’originalité d’Averroès est de mettre en relief le caractère créatif de l’intellect, ainsi que « la félicité naturelle de l’esprit » (p. 53).

109Le deuxième chap., « Albert le Grand, l’ouverture au monde arabe », aborde et complète les mêmes thématiques d’intellect, d’universalité, de félicité. On retiendra le texte cité p. 70, extrait du De intellectu et intelligibili : « Par conséquent l’âme humaine, lorsqu’elle conçoit la lumière (lumen) que lui applique l’intellect agent en l’illuminant elle-même, se voit aussi appliquer la lumière des intelligences et poursuit à s’éclaircir en cette lumière : et comme le dit al-Farabi, c’est en cette lumière qu’elle devient comme une étoile du ciel […]. »

110Le troisième chap., « Dietrich de Freiberg, une nouvelle métaphysique », montre que cet auteur constitue le lien longtemps passé inaperçu entre Averroès ou Albert et Eckhart. Averroès ayant été une source d’inspiration essentielle pour Dietrich, certaines problématiques sont soulevées, plongeant le lecteur dans un dédale de concepts métaphysiques significatifs de la pensée médiévale ; par exemple p. 110, à propos de la création divine, antériorité de la connaissance par rapport à l’être aboutissant à la célèbre expression eckhartienne Dieu parce qu’il connaît (p. 111) ; ou encore la théorie de l’intellect « essentiellement en acte » de la béatitude naissant de la parfaite union de l’intellect en son essence (p. 117).

111Le quatrième chap., « Eckhart et Averroès », s’ouvre sur une remarque à propos des intentions philosophiques déclarées du discours eckhartien (p. 125), en quête de vérité. F. souligne également les qualités de lebemeister (« maître de vie ») d’Eckhart, qui « s’est continuellement intéressé à la nature et à l’expérience empirique : il doit cela à Averroès comme à Dietrich et Albert le Grand » (p. 131).

112Le cinquième chap., « Eckhart et Avicenne », approfondit avec discernement l’observation des influences et inspirations : intellect supra individuel p. 146, unité p. 148, création p. 149, 161, ontologie p. 152, l’un p. 157.

113Le sixième chap. s’intitule « Eckhart et Maimonide ». Ce penseur juif né en 1138 à Cordoue, la ville d’Averroès, auteur du Guide des égarés, cherche à réconcilier Bible et philosophie « au moyen d’une explication de ses images » (p. 166). Eckhart le cite sous le nom de rabbi Moyses (p. 167), avec qui il partage la conviction que la Bible est un livre philosophique (p. 168) s’exprimant en paraboles (p. 169).

114La retranscription de cet ensemble de conférences s’achève sur un « septième chapitre » intitulé « Ce qu’il convenait de démontrer ». F. souligne l’importance de redonner à Averroès toute sa place dans la genèse de la pensée eckhartienne, par le rôle patent qu’il a joué dans l’élaboration des définitions fondamentales (béatitude, intellect …).

115Ce que ces leçons ont voulu démontrer et proposer à la réflexion historico-philosophique n’est rien de moins que la révolte philosophique et spirituelle de Dietrich et d’Eckhart contre le triomphalisme généralisé de saint Thomas sur Averroès.

116L’ensemble de ce livre très rythmé est émaillé de citations traduites d’auteurs médiévaux dont le lecteur pourra (re)découvrir avec plaisir la pensée finement argumentée et articulée, grâce à une grande richesse lexicale et sémantique. Il révèle un fil conducteur intellectuel depuis la philosophie péripatéticienne, les penseurs du monde arabe – Avicenne, Maimonide, Averroès particulièrement –, Albert le Grand, Dietrich de Freiberg, jusqu’à Maître Eckhart.

117Cette lecture est promesse d’une immersion dans un univers, la pensée médiévale, où il reste encore beaucoup à découvrir, à comprendre et à admirer.

118Colette Poggi

Nigel Yates, Preaching, Word and Sacrament. Scottish Church Interiors (1560-1860), Londres, T&T Clark, 2009. 24 cm. xiv-199 p. ISBN 978-0-567-03141-9. £ 65

119Y. ne prétend pas remplacer le presque introuvable Architecture of Scottish Post-Reformation Churches de George Hay (1957), mais entend en prendre le relais et le compléter sous l’angle des informations spécifiquement ecclésiastiques et liturgiques. Tenant compte du fait que l’histoire de l’Écosse depuis le xvie siècle reste mal connue de nombreux lecteurs potentiels, même en Grande-Bretagne, il commence par en retracer les principales étapes, ce qui lui permet de bien situer ce dont il entend parler, à savoir l’aménagement intérieur des édifices cultuels écossais, son intérêt allant surtout aux temples spécifiquement réformés, mais sans oublier les églises épiscopales et catholiques. Y. distingue trois périodes : 1560-1690, 1690-1860, après 1860. Il a soin de toujours conjoindre étroitement les informations touchant au déroulement du culte et à la description des espaces aménagés pour son déroulement. En bref, l’Église presbytérienne d’Écosse est passée d’un minimum liturgique (liturgie faisant essentiellement place à l’explication de textes bibliques et au sermon sommairement encadrés de quelques chants et prières, avec des communions espacées parfois de plusieurs années) aux réformes prônées par le mouvement de restauration liturgique à partir de 1860, mais au risque de trahir la tradition réformée. On ne sait à vrai dire pas très bien quelles sont en la matière les options personnelles de Y., mais peu importe : il propose et fournit des informations que l’on ne trouverait pas ailleurs. L’ouvrage se termine par 60 pages d’appendices répertoriant les temples et églises d’Écosse, tout en signalant leurs principales caractéristiques ; mais l’éditeur semble avoir voulu faire l’économie des illustrations qui eussent été nécessaires et il faudrait aller sur place pour tirer parti de ces nombreuses et probablement très précises indications. Autre regret du même ordre : les trop rares illustrations qui accompagnent le texte même de l’ouvrage pâtissent d’une reproduction de mauvaise qualité. Cela dit, Y. fait au passage plusieurs allusions à l’architecture protestante continentale, en particulier française et suisse ; mais il doit mal comprendre le français et les informations qu’il tire des ouvrages consultés à ce sujet sont peu fiables. C’est tout à fait secondaire, mais c’est dommage, car son livre, pour l’Écosse, est irremplaçable.

120Bernard Reymond

Hélène de Michon, Saint François de Sales. Une nouvelle mystique, Paris, Cerf, coll. « Patrimoines Christianisme », 2008. 23,5 cm. 353 p. ISBN 978-2-204-08409-3. € 40

121Hélène de Michon analyse la conception salésienne de la mystique.

122La première partie interroge ses sources. Par rapport aux auteurs antérieurs, François de Sales se distingue selon M. par la jonction qu’il opère entre mystique et dévotion, évitant ainsi tout dérapage vers l’extase fusionnelle. Ses œuvres sont pétries de citations bibliques, souvent traduites de l’hébreu ou du grec, mais la plupart du temps sorties de leur contexte pour servir sa propre argumentation, ce qu’il justifie en disant que toute utilisation de l’Écriture garantie par le magistère est inspirée par l’Esprit. À part l’Écriture, François de Sales se sert très souvent d’images de l’histoire naturelle qu’il utilise non comme métaphores, mais comme de simples illustrations d’une idée.

123La deuxième partie traite de l’anthropologie, foncièrement optimiste chez François de Sales. Il se méfie de l’introspection, donnant trop de place au « moi » et récuse la notion de « combat » spirituel. La « cime de l’âme », mentionnée pour la 1re fois par saint Jérôme, reste non corrompue par le péché originel. Dieu est présent dans l’âme sous forme d’inclinaison vers lui, il n’y a pas de rupture entre le vieil homme et le nouveau, mais une conversion « en douceur » conduit de l’un à l’autre. De même, il n’y a pas de solution de continuité entre méditation et contemplation, entre nature et grâce. L’unio n’est pas un anéantissement mais une affirmation du sujet.

124La troisième partie interroge les modèles de la mystique salésienne. Ses trois degrés de l’ascension vers Dieu sont inspirés respectivement par Thérèse d’Avila, Benoît de Canfeld et Bernard de Clairvaux, mais dans une optique différente puisque, chez François de Sales, la nécessité d’abandonner l’amour naturel pour soi fait place à une évolution sans rupture vers la perfection.

125La quatrième partie fait le point sur différentes questions théologiques, comme la providence et la prédestination, la grâce et le libre arbitre, ou encore le rôle des vertus.

126La conclusion souligne la modernité de François de Sales, mais une modernité pétrie de tradition et sans rupture avec elle.

127La pertinence de l’analyse souffre cependant d’un manque de recul par rapport à son sujet. Souligner la bonne catholicité de François de Sales enfonce des portes ouvertes pour ce champion de la Contre-Réforme, tandis que la mise en relief de son opposition à la mystique rhéno-flamande d’une part et à la théologie de Luther et Calvin d’autre part, réduites l’une comme l’autre à de simples « écueils » à éviter, n’arrive pas à rendre justice au débat.

128M. conclut pourtant que François de Sales est débiteur des mystiques en tant qu’il valorise la relation personnelle à Dieu, et débiteur des réformés en tant qu’il écrit pour des laïcs et valorise la sainteté de la vie quotidienne « normale ».

129Waltraud Verlaguet

Harm Cordes, Hilaria evangelica academica. Das Reformationsjubiläum von 1717 an den deutschen lutherischen Universitäten, Göttingen, coll. « Forschungen zur Kirchen- und Dogmengeschichte 90 », 2006. 25 cm. 362 p. ISBN 978-3-525-55198-1. € 56

130La thèse de théologie présentée par H. Cordes est d’une grande actualité du fait que les Églises évangéliques allemandes préparent en grande pompe depuis des années, pour le 31 octobre 2017, la 500e commémoration du jour où Martin Luther a affiché ses thèses contre le commerce des indulgences dans la ville universitaire de Wittenberg.

131C. thématise la culture de la mémoire au début du xviiie siècle, à une époque où l’orthodoxie luthérienne tentait en vain d’affirmer sa suprématie face à deux courants puissants de la théologie, le piétisme d’une part et l’interprétation issue des Lumières de la théologie protestante d’autre part.

132Les commémorations inattendues du 31 octobre 1717 ont été rendues possibles par l’engagement infatigable du fonctionnaire ecclésiastique Ernst Salomon Cyprian dans la principauté de Saxe-Gotha. Ces activités préliminaires, pour lesquelles Cyprian trouva bientôt des collaborateurs politiques, font l’objet du premier chap. (p. 22-48). La première description des festivités très variées de l’année 1717 émane de Cyprian lui-même : E. S. Cyprian, Hilaria evangelica, Oder Historische Beschreibung des Anderen Evangelischen Jubel-Festes … abgefassst zu Gotha 1718. C. interprète l’ouvrage comme un ensemble d’écrits académiques, ecclésiastiques et politiques.

133Dans le chap. suivant, il se concentre sur les festivités organisées de façon très diverses dans 12 universités allemandes luthériennes, à savoir Wittenberg, Leipzig, Iéna, Tübingen, Rostock, Greifswald, Kiel, Königsberg, Helmstedt, Gießen, Halle et Altdorf.

134Chaque université a produit des actes du jubilé et C. analyse comment ces écrits ont présenté l’histoire de l’Église au regard de la césure confessionnelle qui, en beaucoup d’endroits, n’avait pas été voulue. Des moyens modernes de relations publiques ont été employés tels que des brochures d’accès facile et des médailles. C. en fait l’inventaire exhaustif ainsi que des discours tenus en ces occasions. Il n’attire l’attention sur les divers moyens mis en œuvre qu’à un seul endroit (p. 216) : une médaille ou une brochure s’adresse à un autre public qu’un discours académique ou un prêche – C. a-t-il toujours bien pris en considération en quoi cela change le fond et la forme ?

135Le cinquième chap. s’intéresse brièvement aux Églises catholiques romaines et luthériennes en cette année de jubilé. Le concile de Trente avait réduit à néant tous les espoirs d’une unification des chrétiens. Les auteurs luthériens des commémorations et les prédicateurs se scandalisaient en tout premier lieu de la constitution « Unigenitus Dei Filius » décidée à ce concile qui déniait aux laïcs le droit et la faculté de lire eux-mêmes les Saintes Écritures (p. 283 sqq.). Il est intéressant de constater que la situation politique dans laquelle avaient lieu les services divins commémoratifs ne fut évoquée qu’au travers des prières d’intercession.

136Cyprian décrit les commémorations comme « l’autre jubilé évangélique » par allusion aux festivités de la Réforme de 1617. Celles-ci s’étaient tenues à l’instigation du prince électeur Frédéric V du Palatinat qui voulait rallier les réformés aux luthériens, et ces commémorations eurent lieu le 31 octobre et le 2 novembre 1617. En 1717, les réformés ne participèrent pas aux fêtes commémoratives. C. attribue cela au fossé croissant entre les deux confessions (p. 301). S’agirait-il de la désapprobation marquée des réformés face à l’affirmation allemande de ne reconnaître le début de LA Réforme qu’à partir de Luther, et ce en dépit de l’évolution de celle-ci par exemple en France ? Le travail tout à fait informatif de C. serait mieux exploitable si l’éditeur avait joint à l’index des personnes un index analytique.

137Andreas Meier

Éthique et théologie systématique

Fiorenzo Facchini, Les défis de l’évolution. Harmonie entre science et foi, traduit de l’italien par Sylvie Garoche, préface de Gianfranco Ravasi, président du conseil pontifical pour la culture, Paris, Parole et Silence, coll. « Communio », 2009. 23,5 cm. 215 p. ISBN 978-2-84573-829-4. € 19

138Anthropologue de renommée mondiale, professeur invité au Collège de France, F. est l’auteur de plusieurs centaines de publications sur les origines de l’homme, dont plusieurs ouvrages déjà traduits en français. Sa particularité est d’être à la fois un scientifique de haut rang et un prêtre catholique. Et ce sont ces deux facettes de sa personnalité qui se reflètent dans cet ouvrage en forme de diptyque, placé sous le signe de « l’harmonie entre science et foi ».

139Dans la première moitié de l’ouvrage, très technique, c’est l’anthropologue qui parle, déroulant les différentes étapes qui mènent de l’origine de la vie, au Cambrien, jusqu’à l’Homo erectus. L’humanité est très vraisemblablement née quelque part en Afrique du Sud et a connu une histoire évolutive. Il reste toutefois difficile de préciser le moment où le primate devient véritablement homme. Faut-il s’attacher au bipédisme ? À l’organisation du cerveau ? Au critère culturel, en particulier la capacité de faire des projets et le symbolisme ? Dans des chapitres passionnants, on suivra les premiers pas du travail de l’artisan, l’apparition des sépultures, la naissance du symbolisme dans l’art, le tout étant illustré par de belles planches.

140La deuxième moitié du livre s’attache d’abord à penser le couple évolution-création. La sélection opérée par le milieu naturel et le temps rend-elle vraiment inutile la création ? Non, répond l’auteur. Tout d’abord, si la formation de la vie telle qu’on la suppose aujourd’hui ne réclame pas l’intervention directe d’une cause supérieure, elle ne l’exclut pas non plus. Ensuite, il faut remarquer que l’homme a une particularité, c’est qu’il est le seul parmi les espèces à modifier son environnement et non à s’y adapter. Ce qui lui confère une place spécifique et tendrait à faire penser qu’il est l’aboutissement d’une direction privilégiée.

141La question de « l’événement homme » est l’objet de la partie suivante. Dans le comportement de l’homme, « quelque chose d’absolument nouveau émerge », affirme l’auteur, et cette discontinuité est aussi ontologique. Et F. de conclure : « Ce n’est pas la paléontologie qui peut fixer le moment de l’anthropogenèse. »

142Une dernière partie est consacrée à l’éthique. On retiendra que, si la lutte a joué un rôle déterminant dans l’évolution de l’homme, la coopération et même l’altruisme ont été importants également dans le processus d’hominisation. Attention donc à ce qu’on appelle le « darwinisme social », qui justifie les inégalités et les injustices comme les conséquences nécessaires de la sélection naturelle.

143Le rapport entre la théologie et la connaissance scientifique ne pouvait mieux se laisser aborder que par cet auteur qui porte un intérêt aussi élevé pour l’une que pour l’autre.

144Christine Renouard

Pierre Calvet, Claude Kenesi, Éric Aymé Meunier, Didier Sicard, Jean-Jacques Wunenburger, Alain Houziaux, Les guérisons inexpliquées sont-elles miraculeuses ?, Paris, éd. de l’Atelier, coll. « Questions de vie », 2009. 20 cm. 118 p. ISBN 978-2-7082-4062-9. € 12

145Dans cette collection désormais bien connue du grand public, ce nouvel opus interroge à la fois les mécanismes et la signification de toutes les guérisons inexpliquées. Médecine traditionnelle ou alternative, hypnotiseurs, marabouts, charlatans, exorcistes, guérisseurs, et jusqu’au simple effet placebo : les guérisons peuvent emprunter des voies bien étranges ! Mais seules celles survenant dans un contexte religieux sont appelées « miraculeuses ». Pourquoi ne pas les considérer toutes à égalité, sans a priori, s’est demandé A. Houziaux ?

146La première contribution a été confiée à J.-J. Wunenburger, philosophe, qui présente les atouts mais aussi les dérives des médecines alternatives. Selon lui, la médecine traditionnelle repose sur une représentation du corps qui n’est pas la seule possible. D’autres « cartographies » existent, même si certaines sont parfois hautement fantaisistes.

147Le professeur de médecine D. Sicard reconnaît les limites de la science médicale et la relative fréquence des guérisons inexpliquées. Il rappelle que la maladie est une « rupture avec un ordre du monde », ce qui implique que des médecines qui aident la personne à « habiter de nouveau son corps » puissent avoir une efficacité.

148É. A. Meunier, médecin, pratiquant l’hypnothérapie, forme l’hypothèse d’une « structure énergétique invisible » qui serait à l’œuvre à la fois dans les guérisons miraculeuses et dans l’effet placebo. Il postule une « résistance inconsciente » à la guérison dans certains cas, qui pourrait être levée par la pratique de l’hypnose.

149Le pasteur A. Houziaux suggère qu’un processus de « régression dans l’enfance » est à l’œuvre dans nombre de guérisons inexpliquées, y compris en contexte religieux. Il propose aussi de distinguer le « miracle », au sens de ce qui contredit les lois de la nature, du « miraculeux » qui serait précisément ce même fonctionnement de la nature.

150C. Kenesi, chirurgien qui siège au Comité médical international de Lourdes, rappelle l’inévitable incertitude qui subsiste sur les guérisons dites « miraculeuses ».

151Enfin P. Calvet, médecin, remet vigoureusement en question les guérisons prétendument miraculeuses de Lourdes.

152On saluera le parti pris audacieux de cet ouvrage, qui ne pose pas de regard a priori sur les guérisons inexpliquées mais entend les soumettre toutes au même questionnement.

153On restera cependant assez perplexe devant les formules d’« élan vital », de « cartographie du corps humain » ou encore de « structure énergétique invisible » transmise par de mystérieux « méridiens » – au nombre précis de douze – avancées par certains auteurs, hypothèses séduisantes mais dont on ne voit pas bien les bases scientifiques.

154Un ouvrage qui saura intéresser même ceux qui ne sont pas, comme A. Houziaux, « profondément dérangés à l’idée qu’il puisse y avoir des guérisons miraculeuses et que le Dieu qu’ils confessent puisse en produire ».

155Christine Renouard

Marie-Jo Thiel, dir., Donner, recevoir un organe. Droit, dû, devoir, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2009. 24 cm. 377 p. ISBN 978-2-86820-386-1. € 24

156La greffe d’organes est-elle un traitement parmi d’autres ? Certes non. Que l’on se place du point de vue du donneur ou de celui du receveur, on perçoit bien qu’un organe n’est pas une pièce mécanique que l’on pourrait transférer sans autre forme de procès d’une personne à une autre, mais une partie constitutive d’un individu. La greffe représente une intrusion à l’intérieur du corps du receveur, l’irruption d’un élément étranger qui peut aller jusqu’à bouleverser le sentiment même d’identité ; le prélèvement, lui, peut signifier l’effraction, la perte d’intégrité. Nous ne sommes pas un assemblage de pièces détachées, nos organes font partie de nous, ils « sont » nous. Et c’est pourquoi, bien que synonymes de renaissance pour de nombreux malades condamnés sinon à une vie rétrécie et sans espoir, les greffes soulèvent de nombreux problèmes, tant éthiques que psychologiques ou philosophiques. Ce sont ces enjeux que les auteurs ici réunis explorent.

157Les contributions proviennent des Deuxièmes journées internationales d’éthique, qui se sont tenues à Strasbourg en mars 2007, ainsi que de séminaires sur le même sujet. Le propos est réparti en quatre parties. La première fait un point très complet et très actuel sur les différences de pratiques d’un pays à l’autre : quels sont les critères de décès ? Peut-on commercialiser les organes ? Des migrants en situation illégale peuvent-ils prétendre à une greffe ? Etc. La seconde partie montre que la manière de vivre le don et l’accueil d’un organe varie aussi selon le contexte culturel et religieux. La mort en particulier n’est pas qu’une donnée scientifique, elle est une notion complexe et largement dépendante de l’image que l’on se fait du corps et de l’âme. Le concept de don fait lui-même l’objet d’une réflexion philosophique et anthropologique. Comment faire en sorte que la dette ne pèse pas trop lourdement sur le receveur ? Il faut bien garder en mémoire en effet que donner une partie de soi n’est pas naturel, et que le receveur peut se sentir l’obligé du donneur : l’un comme l’autre sont donc rendus vulnérables par ce geste. La troisième partie s’interroge sur le traitement médiatique du don d’organes : est-il licite de faire pression, en raison de la pénurie d’organes, sur des familles déjà éprouvées ? La dernière partie rappelle les évolutions récentes en matière de greffes. Si le triptyque gratuité/anonymat/consentement semble souhaitable, il est cependant régulièrement remis en question en raison du manque de greffons. La solution est sans doute à chercher du côté d’autres techniques moins problématiques sur le plan de l’éthique, comme les greffes de cellules souches. Enfin, Jean-Claude Nancy clôt ces réflexions d’une grande profondeur en proposant de remplacer le terme « don d’organe » par celui de « transmission de vie », pour signifier la circulation du flux vital d’une personne à une autre, au sein d’une même communauté d’existence.

158« Un organe doit-il se vendre, se donner, se garder ? » se demande Marie-Jo Thiel, maîtresse d’œuvre de ce volumineux ouvrage. Selon la réponse que l’on apportera, c’est tout un choix de société et plus encore, une conception de l’humain qui s’exprimera.

159Christine Renouard

Daniel Frey, Karsten Lehmkühler, dir., Soins et spiritualité. Regards de praticiens et de théologiens, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2009. 24 cm. 272 p. ISBN 978-2-86820-384-7. € 21

160Sous le titre Soins et spiritualité paraissent les Actes d’un colloque organisé en 2006 sous l’égide de la Faculté de théologie protestante de Strasbourg. Ce colloque était placé sous le signe du dialogue entre professionnels de santé d’une part, théologiens, aumôniers, philosophes et sociologues d’autre part, illustrant ainsi la corrélation fructueuse entre religion et soins pour une approche holistique de la personne. On retrouve cette interdisciplinarité dans le présent ouvrage : chacun des quatre grands thèmes abordés est traité par des intervenants de disciplines différentes.

161La première partie concerne le patient et ses rapports au médecin et à la maladie. J.-G. Hentz, médecin, retrace l’évolution de la relation patient-médecin, du paternalisme à l’autonomie. B. Birmelé, néphrologue, souligne combien il est difficile, mais néanmoins utile, d’aider le patient dialysé à « redevenir acteur de sa vie ». F. Rognon, en philosophe, distingue les concepts de « patient », « agent », « acteur » et « sujet », et met en lumière les présupposés de chacune de ces nuances sémantiques.

162La deuxième thématique est celle du commencement de la vie. S. Schaede, théologien, expose le débat allemand autour de quatre modèles possibles de début de la vie ; pour lui, l’humain n’est pas réductible à ses caractéristiques génétiques, mais il ne dépend pas non plus de la volonté d’autrui. M.-C. Leneveu, éthicienne, met en garde contre les nouvelles techniques génétiques et l’utopie de perfection qu’elles supposent. Le docteur R. Favre aborde la question des interruptions médicales de grossesse, que M.-C. Hunsinger, sage-femme, éclaire de témoignages, et que D. Frey, philosophe, complète par l’analyse de témoignages de parents recueillis sur le site « petiteemilie.org ». É. fuchs, professeur d’éthique, appelle à vivre ces IMG avec un rituel d’adieu et sous la promesse d’un pardon.

163Face à l’intérêt croissant pour la prise en charge spirituelle des patients, deux contributions s’attachent dans une troisième partie au thème de la guérison spirituelle. Des résultats d’études cliniques portant sur la prière de guérison sont présentés par J.-G. Hentz, tandis que K. Lehmkühler souligne la légitimité théologique de ces prières.

164Une quatrième partie concerne les questions de la vieillesse et de la mort. S. Monod, médecin, et E. Rochat, aumônier, présentent les résultats d’un projet de recherche mené au CHUV de Lausanne. J.-D. Causse, professeur d’éthique, interroge notre désir de maîtrise de la mort, et soutient l’irrécusable dignité de l’humain. Enfin, O. Abel, professeur d’éthique, et G. Vincent, professeur de philosophie, reviennent sur le texte posthume de P. Ricœur, « Vivant jusqu’à la mort », et en soulignent la dialectique entre refus et consentement pour le premier, entre deuil et gaîté pour le second.

165De cet ouvrage, on appréciera particulièrement le croisement des regards, qui nourrit la pensée, et l’alternance entre réflexion et témoignage, qui rappelle la charge d’émotion liée à ces situations mettant en jeu notre humanité.

166Christine Renouard

François-Xavier Putallaz, Bernard Schumacher, dir., L’humain et la personne, Paris, Cerf, coll. « L’histoire à vif », 2008. 21,5 cm. 431 p. ISBN 978-2-204-08722-3. € 38

167Affichant clairement son ambition d’éclairer et même de devancer le débat éthique actuel, cet ouvrage est le fruit d’une collaboration de deux années, dans le cadre de l’université de Fribourg, entre des personnalités éminentes du monde scientifique et philosophique. Les contributions, écrites en allemand ou en français, ont été traduites dans l’autre langue et l’ouvrage est paru simultanément en allemand et en français.

168Son objet est la dignité humaine, concept dont chacun perçoit l’évidence de façon quasi intuitive mais qui pourtant gagne à être soumis à une analyse rationnelle. En effet, sous les progrès fulgurants de la génétique et de la biotechnologie, la notion même de personne se trouve ébranlée. C’est pourquoi les auteurs se sont donnés comme objectif de revisiter cette notion selon trois axes.

169La première partie du livre s’attache à repérer et analyser divers cas concrets où le statut anthropologique de la personne est mis en question : expérimentation sur l’être humain, clonage, thérapie génique ou cellulaire, maintien artificiel de la vie, procréation in vitro. Pas de débat entre différents courants de pensée ici, mais des auteurs qui annoncent clairement leurs positions et s’engagent avec vigueur pour que l’être humain soit toujours considéré comme une fin et jamais comme un moyen. Des contributions de haute tenue dont on appréciera la finesse d’argumentation. On notera tout particulièrement la réflexion originale et pleine d’humanité de T. Collaud, qui s’interroge : « Que devient la personne dans la démence ? » En considérant la personne démente comme l’un des acteurs d’un jeu narratif, C. montre que c’est aux partenaires de cette narration de se déplacer pour accompagner la personne démente dans ce qui est « éloignement » et non pas « manque », mouvement auquel, dit-il, les récits bibliques de perte et de retrouvailles nous invitent.

170La deuxième partie de l’ouvrage retrace les principales étapes de la pensée philosophique occidentale et fait aussi une large place à l’héritage judéo-chrétien. Un rappel clair et érudit des notions de personne, de moi, auquel on pourra se référer avec profit.

171La troisième partie, qui se veut tournée vers l’avenir, fait appel à des repères métaphysiques pour affirmer la différence entre l’homme et l’animal, plaider pour l’unicité de la personne, rappeler que le sujet est toujours un être en relation, poser la différence entre personne « pleinement réalisée » ou « potentielle », exalter la pleine réalisation du soi dans l’union à l’autre. Le cœur de cette partie est certainement la contribution de F.-X. Putallaz qui, tout en étant conscient qu’une personne n’est pas un objet que l’on puisse définir de l’extérieur, s’autorise cependant à en tenter une définition. La personne ne se réduit pas à ses propriétés, ses actes ou sa relation aux autres, dit-il, mais est son substrat même. D’où il s’ensuit que l’être de l’embryon ne dépend pas du projet parental pour lui. Par ailleurs, même si un individu n’est pas ou plus doué de raison, son appartenance à une « nature humaine » rationnelle le met au bénéfice des propriétés de celle-ci. D’où l’on peut inférer que l’embryon est déjà une personne, comme le malade d’Alzheimer en est encore une.

172Un ouvrage dont la ligne est clairement posée et bien argumentée, avec lequel il est enrichissant d’entrer en dialogue, même si la lecture en est parfois exigeante.

173Christine Renouard

Jean-Michel Maldamé, Le péché originel. Foi chrétienne, mythe et métaphysique, Paris, Cerf, coll. « Cogitatio Fidei 262 », 2008. 21,5 cm. 349 p. ISBN 978-2-204-08573-1. € 28

174L’univers dans lequel évolue la pensée de l’auteur est conditionné par l’autorité doctrinale de l’Église catholique romaine. L’auteur entend respecter cette autorité et s’y inscrire, tout en « prenant le risque d’une interprétation nouvelle du récit fondateur repris par le Catéchisme » (p. 109). Commençant par souligner, dans la première partie, la paternité augustinienne de la doctrine du péché originel, l’ouvrage se présente comme une large fresque historique retraçant des abords fort variés de la question. Soucieux de valider dans un premier temps l’intuition centrale d’Augustin, la responsabilité humaine du péché et la nécessité de la grâce divine, l’auteur ne souligne pas moins « la différence entre la Bible et la tradition augustinienne » (p. 117) dans la deuxième partie exégétique, avant de dégager les nécessaires reconfigurations modernes de la doctrine du péché originel dans la troisième partie. Cherchant continuellement des appuis dans la tradition, l’auteur prend grand soin de justifier la pertinence du progrès théologique (p. 279) et se distancie notamment de la vision de l’histoire qui conduit Augustin à interpréter le récit d’Adam et Ève comme celui de personnages réels à partir desquels la transmission du péché est liée à l’acte sexuel. Dès lors, tout le discours du livre s’inscrit en tension entre le conservatisme fondamentaliste d’un côté, auquel l’auteur reproche d’être la principale cause de déchristianisation moderne par son refus de considérer les apports de la raison et de la science (p. 185), et le rejet pur et simple de la notion de péché originel par l’humanisme moderne de l’autre côté. Afin de répondre à ces problèmes d’interprétation de la notion de péché originel, M. propose de distinguer dogmatiquement cette notion de celles de péché d’Adam et de péché du monde (p. 133), ce qui lui permet de dissocier la notion de péché originel de toute problématique d’historicité liée au péché d’Adam. La troisième notion, de source johannique, lui permet de rendre compte de l’aspect concret du péché, tant individuel que collectif. Il faut donc distinguer entre commencement et origine, la notion de péché originel ne renvoyant pas à un événement chronologique mais à la réalité métaphysique de la rupture de l’homme avec Dieu (p. 221). L’affirmation selon laquelle c’est l’amour divin et non le péché qui est premier, le péché ne pouvant être compris que lorsque l’amour de Dieu est révélé, est fréquemment répétée. Elle inscrit la doctrine du péché originel dans le cadre plus large d’une théologie de l’Alliance, évitant ainsi l’écueil des reprises littéraires qui dramatisent la notion en l’isolant de son contexte biblique (p. 317). Faisant pleinement droit à la conception évolutionniste du monde développée par la science moderne, l’auteur n’en renie pas pour autant la pertinence discursive du récit mythique, préférant l’approche de Ricœur à celle de Bultmann. Le discours rationnel dogmatique étant insuffisant pour dire l’origine du mal, la symbolique du récit fondateur fournit un langage adéquat pour dire « la profondeur de la décision humaine qui joue sa vie en choisissant le bien et le mal » (p. 321), profondeur restituée de façon féconde par les lectures psychanalytiques (cf. Marie Balmary).

175Gilles Bourquin

Katell Berthelot, Le monothéisme peut-il être humaniste ?, Paris, Fayard, coll. « Les dieux dans la cité », 2006. 19 cm. 265 p. ISBN 2-213-62217-5. € 18

176Chargée de recherche au CNRS, chercheuse au Centre de recherche français de Jérusalem, Katell Berthelot est spécialiste de l’histoire du judaïsme à l’époque hellénistique et romaine. À partir de l’un de ses thèmes de recherches, « humanisme » et judaïsme dans l’antiquité, B. pose la question de savoir si le monothéisme peut être humaniste ? Dans le dialogue entre les philosophies grecques et le judaïsme à l’époque hellénistique et romaine, B. montre les conceptions de l’humain et de Dieu qui permettent l’émergence d’un monothéisme humaniste. Dans les deux premiers chap., l’auteur s’engage dans la réponse à cette question par un chemin de crête au milieu des réponses déjà apportées. La crête se dessine entre les auteurs qui pensent que le monothéisme est déjà un humanisme pour les auteurs grecs et latins, et ceux qui affirment que le monothéisme n’est pas nécessairement un humanisme. L’originalité de la thèse soutenue par B. dans ce livre est de prendre position sur cette crête entre anthropocentrisme et théocentrisme en montrant que les philosophes gréco-romains et les penseurs juifs anciens partagent un même vocabulaire et des idées communes sur l’humanisme. B. montre que la voie médiane qu’elle emprunte aboutit au constat qu’une éthique humaniste n’est pas une évidence en monothéisme. Il peut être un humanisme et il peut ne pas l’être ; ces deux potentialités coexistent en permanence dans le monothéisme. B. examine la question dans le troisième chap. en interprétant le passage du livre du Lévitique au chap. 19, souvent utilisé dans le débat de l’éthique chrétienne : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Selon l’auteur, ce texte comporte une ambivalence cristallisée autour de la valeur à donner au « comme toi-même ». Soit on lui donne une valeur adverbiale, et l’injonction devient d’aimer le prochain comme on s’aime soi-même, soit on lui accorde une valeur adjectivale et on entend l’ordre d’aimer le prochain qui est (humain) comme toi. L’ambivalence du texte ne sera levée que par le jeu de l’interprétation. Pour B. ce verset de l’AT est paradigmatique de la question « Le monothéisme peut-il être humaniste ? ». Les chap. 4 et 5 sur la conception de l’homme et de Dieu soulignent que la réponse négative ou positive dépend surtout de l’herméneutique entreprise pour répondre à la question. Selon B. l’essence du monothéisme n’est pas humaniste mais il n’est pas davantage un anti-humanisme, cela dépend de l’interprétation qu’on en donne. Cette dernière a la potentialité de faire advenir un humanisme au sein du monothéisme. À la fin de ce livre, le lecteur se sent lui-même marchant sur cette crête herméneutique du monothéisme en éprouvant la sensation vertigineuse d’être ou ne pas être celui qui, de par son interprétation du monothéisme, en fera ou n’en fera pas un humanisme. Dans un ultime chap., B. propose cinq caractéristiques pour un monothéisme humaniste : tenir compte de la grandeur et de la misère humaine, équilibrer le souci de soi et le souci de l’autre, tracer une voie médiane entre l’asservissement de la création à l’homme et la réduction de l’homme à une espèce animale comme les autres, promouvoir une éthique de responsabilité et développer une philosophie de l’altérité. Le lecteur referme cet essai en ayant l’impression d’avoir entre les mains l’avenir humaniste du monothéisme.

177Philippe Fromont

Arts et médias

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, avec 26 planches gravées de Georges Rouault, Paris, Cerf, coll. « Images et beaux livres », 2008. 316 p. 31 cm. ISBN 978-2-204-07829-0. € 59

178« Frère modeste et compréhensif », c’est ce que Rouault a voulu être en illustrant les poèmes bien connus, mais pas nécessairement lus, de Baudelaire. La rencontre du peintre et du poète agit comme un révélateur : le premier fait découvrir dans le second des accents plus christiques que ne le laissait supposer, par exemple, « Le reniement de Pierre ». Ou bien il nous suggère de singuliers rapprochements avec le Cantique des Cantiques. Et sur cette lancée, au passage, il incite à prendre très au sérieux « Châtiment de l’orgueil », un poème dont aucun théologien ne peut prétendre ressortir vraiment indemne. Tout, ici, n’est pas nécessairement « luxe, calme et volupté ».

179Bernard Reymond

S. Brent Plate, Religion and Film. Cinema and the Re-Creation of the World, Londres, Wallflowers, coll. « Short Cuts 43 », 2008. 20 cm. 112 p. ISBN 978-1-905674-69-5. £ 12.99

180Petit livre intelligent dont l’auteur soutient l’idée que « les religions fonctionnent comme des films et vice versa » (p. 2), ou encore que, « en prêtant attention à la manière dont les films sont construits, nous pouvons jeter un éclairage sur la manière dont les religions sont construites, et vice versa » (p. 3). Dans une 1re partie, il montre combien les films reconstruisent des données empruntées aux plus vieux fonds mythiques de l’humanité. La 2e partie met en évidence la manière dont les montages cinématographiques jouent sur des ritualisations de l’espace et du temps. La 3e partie s’attache à la « cinématique religieuse », c’est-à-dire au fait que les spectateurs perçoivent les films avec l’ensemble de leur corps, ce que montrent par ex. leurs réactions physiques à certaines scènes particulièrement provocantes. La 4e partie s’intéresse enfin aux rituels nouveaux auxquels donnent lieu (aux États-Unis ou en Australie) des films comme Star Wars ou The Rocky Horror Picture Show (l’enquête serait à refaire pour l’Europe, peut-être à propos d’autres films !). Chaque fois, l’analyse de très courtes séquences cinématographiques vient étayer de manière parfaitement convaincante l’hypothèse générale de P. qui sait en l’occurrence fort bien conjoindre ses compétences en sciences des religions et sa connaissance approfondie de la problématique cinématographique. Ma seule réserve porte sur le fait que P. ne tient pas assez compte, à mon sens de ce qu’un rituel religieux suppose toujours la présence effective et l’intervention en direct des acteurs chargés de son déroulement, à l’inverse du film qui, une fois prêt à être projeté en salle, déconnecte complètement ses acteurs et son réalisateur des spectateurs qui vont le regarder – une différence qui se retrouve si l’on confronte le cinéma au théâtre ou au déroulement d’un culte.

181Bernard Reymond

Jean-François Mayer, Internet et religion, Gollion, Suisse, Infolio, coll. « Testimonia », 2008. 21 cm. 185 p. ISBN 978-2-88474-096-8. € 17

182L’auteur, historien et sociologue des religions, est aussi directeur de Religioscope, (www.religion.info) qui est à la fois un site, créé en 2002, et un (nouvel) institut suisse de recherche sur les facteurs religieux.

183M. analyse l’Internet d’un double point de vue : dans sa capacité à favoriser, voire à créer du religieux : « Le Web devient plus qu’un moyen technique : il entrouvre l’accès à d’autres dimensions (p. 28) » ; dans son appropriation et son utilisation par les religions à des fins qui leur sont propres. Sous le terme « religions », M. étudie les grandes religions monothéistes, les nouveaux mouvements religieux, mais aussi le « néo-paganisme » (p. 126-132). C’est toutefois le christianisme – le protestantisme nord-américain et le catholicisme – qui est le plus attentivement analysé.

184L’Internet est utilisé de manière fort différente par les groupes et confessions religieuses ; ces utilisations reflètent leurs différents positionnements. On assiste ainsi à des débats théologiques et idéologiques par Web interposé. Dans le catholicisme, le site www.bustedHalo.com, « l’auréole cassée », défendra des positions ouvertes sur la culture contemporaine, tandis que les sites www.christicity.com ou www.CatholicCulture.org proposeront un positionnement identitaire, volontiers à contre-courant des tendances de la culture contemporaine. Évidemment, ce sont les courants évangéliques et missionnaires qui se sont emparés de manière la plus efficace des possibilités de l’Internet (www.cybermissions.org ; www.GospelCom.net).

185Parfois, les religions sont débordées par le Web, qui semble prendre le pas sur la démarche religieuse elle-même : on se voit ainsi proposer une conversion sur le Web (p. 111-113) aussi facile que si l’on commandait un article en ligne ; le site www.churchforall.org permet de communier virtuellement, tandis que des sites catholiques (www.savior.com) proposent une adoration du Saint-Sacrement par webcam interposée. Le site (d’origine méthodiste) www.stpixels.com recrute des cyberfidèles pour participer à des offices virtuels dans une église en 3D.

186Concernant une évaluation globale du Net, M. adopte une position équilibrée où il recense à la fois les chances et les risques, les atouts et les problèmes de ce qui est plus qu’un nouvel outil de communication. On regrettera que le domaine francophone n’ait été que peu étudié ; M. attire toutefois notre attention sur la manière dont les communautés monastiques se sont emparées (de manière plutôt réussie) de ce média et l’ont adapté à leurs exercices spirituels (chap. 3).

187Une petite erreur à rectifier : www.autobahnkirche.de ne fait pas allusion aux autoroutes de l’information (p. 57), mais bien à des églises présentes sur les autoroutes allemandes.

188L’ouvrage a le mérite de proposer une réflexion – certes vite dépassée vu l’avancée ultrarapide des technologies du numérique – indispensable pour la pratique de la théologie, et pourtant lacunaire.

189Jérôme Cottin

Vient de paraître

Hubert Bost, Antony McKenna, éd., Les « Éclaircissements » de Pierre Bayle, Édition des « Éclaircissements » du Dictionnaire historique et critique et études, Paris, Champion, coll. « Vie des Huguenots 53 », 2010. 22,5 cm. 548 p. ISBN 978-2-7453-1884-8. € 85

190Le colloque « Les “Éclaircissements” de Pierre Bayle » avait été organisé par l’École pratique des hautes études, l’Université de Saint-Étienne et l’Institut protestant de théologie en novembre 2006, à l’occasion du tricentenaire de la mort du philosophe de Rotterdam. Ce volume en rassemble les actes, auxquels s’ajoute une édition critique des textes étudiés et commentés par les différents contributeurs.

191Le Dictionnaire historique et critique (DHC) de Bayle, sorti des presses de Reinier Leers (Rotterdam) en 1696, avait rapidement connu le succès. Tandis qu’un projet de réédition parisienne lui valait en France la censure de l’abbé Renaudot et l’interdiction de pénétrer dans le royaume, le consistoire de l’Église wallonne de Rotterdam, saisi par le pasteur et théologien Pierre Jurieu, avait entrepris l’examen des passages jugés litigieux et exigé que le philosophe intègre des corrections dans une seconde édition. Cette seconde édition du DHC (1702) propose de nombreuses additions, quelques corrections dont la plus célèbre est la refonte de l’article « David », et une série d’« Éclaircissements » dans lesquels B. justifie ses choix et se défend pied à pied contre les soupçons ou les accusations portées contre lui.

192Dans ces Éclaircissements (É), B. reprend systématiquement les critiques que le consistoire lui a adressées. L’ensemble est composé d’une « Observation générale et préliminaire » aux É, où B. se justifie et rappelle l’esprit dans lequel il a conçu son Dictionnaire, puis de quatre Éclaircissements sur les athées, sur les manichéens, sur les pyrrhoniens et sur les obscénités.

193Cet ensemble de remarques justificatives – près de 40 pages in folio – constitue un corpus dont l’interprétation est déterminante pour la compréhension de la pensée de B., ou de la tension qui la caractérise : comme croyant et membre de l’Église réformée de Rotterdam, il affiche une position fidéiste ; comme historien et philosophe, il revendique la liberté d’utiliser toutes les armes de la raison, notamment la critique historique et la spéculation philosophique. Y a-t-il contradiction entre ces deux attitudes ? La première est-elle l’alibi de la seconde, ou une tactique destinée à déjouer la censure ? Existe-t-il au contraire un cadre épistémologique qui permettrait à un auteur de tenir ces deux discours parce qu’ils se situeraient sur deux plans différents ? Autrement dit, B. est-il un crypto-athée, un rationaliste socinien, un croyant sincère et fidéiste, ou un sceptique ?

194Ce corpus offre du reste un observatoire particulièrement intéressant pour s’interroger sur l’interprétation d’œuvres antérieures – le Dictionnaire lui-même, mais aussi des écrits comme les Pensées diverses sur la comète ou le Commentaire philosophique – et sur celle des écrits de la maturité (Continuation des Pensées diverses, Réponse aux questions d’un provincial, Entretiens de Maxime et de Thémiste). On peut en effet considérer que, parvenu à la maturité, le philosophe de Rotterdam, interpellé sur le contenu de son opus magnum, livre dans ces É. certaines clés de lecture de sa pensée. Encore faut-il s’accorder sur le sens des indications qu’il livre : historiens, littéraires, théologiens et philosophes en débattent depuis le xviiie siècle.

195Chacun à sa façon, les contributeurs se posent les questions que suscitent l’histoire de la rédaction et de la réception des É, mais aussi leur signification tant au plan philosophique que littéraire et éthique. Cependant, toutes les contributions ne portent pas sur les seuls É.

196Une présentation sommaire peut donner une idée de la diversité et de la cohérence du volume. La première partie est consacrée à des recherches qui ne touchent pas forcément les É, mais dont les résultats nourrissent la recherche baylienne en général : M.-C. Pitassi enquête sur les fondements de la croyance et le statut de l’Écriture chez Bayle ; T. Lennon, sur l’unité de la conscience ; A. Minerbi Belgrado, sur la théodicée ; L. Simonutti, sur la politique ; N. Piqué, sur le désenchantement du monde à partir des Pensées diverses sur la comète ; E. James et R. Zuber, sur le rapport de Bayle à la croyance et au protestantisme ; G. Mori présente le B. « anti-protestant » de l’Avis aux réfugiés.

197Dans la partie consacrée aux É, J.-M. Gros étudie la revendication de la liberté de philosopher dans l’« Observation générale & préliminaire » ; J. Lagrée travaille sur l’athéisme et l’idolâtrie dans les É ; L. Bianchi, sur la morale dans l’É sur les Athées ; A. McKenna, sur les stratégies de dissimulation de B. ; C. Berkvens-Stevelinck, sur le rapport de B. au socinianisme et à l’arminianisme de B. ; G. Paganini, sur les déterminations philosophiques de l’idée de Dieu d’après l’É sur les Manichéens ; K. Irwin, sur le rejet de la position « conciliatrice » dans les É ; S. Brogi, sur les obscénités de la philosophie (et de la théologie) ; H. Bost, sur le conflit herméneutique autour des É. ; N. Stricker, sur le premier É à la lumière du débat entre Bayle et Bernard ; T. Ryan, sur le paradoxe du « fidéisme raisonnable » ; R. Whelan, sur le rôle du rire chez B. ; M. Pécharman, sur la lecture des É par Leibniz ; J.-L. Solère, sur le scepticisme, la métaphysique et la morale chez B. ; O. AbeL propose une conclusion sur « Croire, douter, penser ».

198H. B.

Marianne Carbonnier-Burkard, Jean Calvin. Une vie. Paris, DDB, 2009. 23,5 cm. 160 p. ISBN 978-2-220-061117-7. € 16

199Comment justifier ce « Calvin » parmi tous ceux de « l’année Calvin » ? Disons que son premier public cible est celui des étudiants en théologie. Il s’agit d’un précis à la fois biographique et théologique, tant la vie et les écrits du réformateur font corps.

200Tout en s’appuyant sur les travaux récents relatifs à Calvin et à son monde, cette biographie prend pour fil conducteur l’autoportrait paradoxal de Calvin, comme homme de la parole qui voulait être caché. Le thème se lit aux différentes étapes de la vie du réformateur : les années obscures du Calvin avant Calvin ; la sortie de l’Église et du pays natal, suivie de l’appel de Genève ; après un détour à Strasbourg, le retour à Genève, jusqu’à la mort. Ce parcours met en rapport la nouvelle construction doctrinale de Calvin avec une spiritualité traversée par l’expérience fondamentale de l’exil et du refuge.

201De nombreux extraits de textes de Calvin complètent ce précis, de même que des encadrés explicatifs sur les institutions genevoises ou sur les points de doctrine, un glossaire thématique, une chronologie, et – atout numéro un de ce manuel – un plan ultra clair de la ville de Genève au xvie siècle.

202M. C.-B.

Paul Tillich, Théologie systématique. Vol. 5 : L’Histoire et le Royaume de Dieu, trad. André Gounelle et Jean-Marc Saint, en collaboration avec Claude Conedera, Paris/Genève/Québec, Cerf/Labor et Fides/Presses de l’Université Laval, 2009. 21 cm. 237 p. ISBN 978-2-204-09189-3/978-2-8309-1369-9/978-2-7637-8965-1. € 22

203Avec ce cinquième vol., se termine la publication en traduction française d’une des œuvres majeures de la théologie du xxe siècle. Désormais les francophones peuvent y avoir accès, plus de cinquante ans après la parution de l’original en anglais. Longue et difficile aventure que cette traduction, qui s’efforce de conjuguer la fidélité avec la lisibilité, et je ne cache pas ma satisfaction d’avoir pu l’achever. Le soutien du professeur Jean Richard, de l’Université Laval à Québec, a été particulièrement utile dans cette entreprise, ainsi que l’aide de ceux qui y ont collaboré (C. Conedera pour les vol. 1 à 3 et 5, M. Hébert pour les vol. 1 à 3, J.-M. Saint traducteur du vol. 4 et auteur d’une première version de la traduction du vol. 5). La vitalité des études tillichiennes (il y a chaque année des colloques et publications sur Tillich, en plus grand nombre que sur Barth, Bultmann ou Bonhoeffer) démontre combien cette pensée, bien que datée et insérée dans un contexte qui n’est plus le nôtre, reste féconde et actuelle.

204Dans ce cinquième vol., Tillich développe une réflexion nourrie par ses propres engagements (pour le socialisme religieux et contre le nazisme) et par ses expériences politiques tant en Allemagne qu’aux États-Unis. Il analyse les ressorts et les mouvements de l’histoire. Il s’interroge sur ce qui en est la fin, au double sens de but et de terme. Ce que le NT appelle le Royaume de Dieu est présent et agit au sein de l’histoire. Il en indique aussi l’au-delà avec l’affirmation si difficile à penser de la vie éternelle,

205La présente traduction, établie à partir du texte de l’édition américaine originelle, signale les variantes de la traduction allemande qui avait été soumise à Tillich. Elle se termine par un index général qui couvre les cinq tomes de la Théologie systématique.

206A. G.

  1. Hébreu biblique
    1. Agnès Tichit, Hébreu biblique. Grammaire de base et introduction aux fêtes juives. Textes expliqués. Exercices et corrigés, Bruxelles, éd. Safran, coll. « Langues et cultures anciennes 3 », 20072. 24 cm. 136 p. ISBN 978-2-97457-008-7. € 33
  2. Littérature biblique
    1. Jean-Luc Vande Kerkhove, dir., Violence, justice et paix dans la Bible. Actes des Deuxièmes Journées Bibliques de Lubumbashi 20-23 mars 2006, Lubumbashi, Don Bosco, coll. « Publications de l’Institut St François de Sales 3 », 2007. 20,5 cm. 304 p.
  3. Ancien testament
    1. Irmtraud Fischer, Des femmes aux prises avec Dieu. Récits bibliques sur les débuts d’Israël, trad. Charles Ehlinger, Paris/Montréal, Cerf/Mediaspaul, coll. « Lire la Bible 152 », 2008. 21,5 cm. 239 p. ISBN 978-2-204-08565-6/978-2-89420-739-0. € 32. Irmtraud Fischer, Des femmes messagères de Dieu. Le phénomène de la prophétie et des prophétesses dans la Bible hébraïque. Pour une interprétation respectueuse de la dualité sexuelle, trad. Charles Ehlinger, Paris/Montréal, Cerf/Médiaspaul, coll. « Lire la Bible 153 », 2009. 21,5 cm. 404 p. ISBN 978-2-204-08664-6/978-2-89420-763-5. € 42
    2. Meir Sternberg, La Grande Chronologie. Temps et espace dans le récit biblique de l’histoire, trad. L. C. Leroy, J.-P. Sonnet, Bruxelles, Lessius, coll. « Le livre et le rouleau 32 », 2008. 20,5 cm. 126 p. ISBN 978-2-87299-174-7. € 14,50
  4. Nouveau testament
    1. Jacques Schlosser, À la recherche de la parole. Étude d’exégèse et de théologie biblique, Paris, Cerf, coll. « Lectio divina, 207 », 2006. 21,5 cm. 608 p. ISBN 2-204-07381-4. € 38
    2. Yves-Marie Blanchard, Camille Focant, Daniel Gerber, Daniel Marguerat, Jean-Marie Sevrin, Jésus. Portraits évangéliques, Bruxelles, Lumen Vitae, coll. « Trajectoires 18 », 2008. 19,5 cm. 148 p. ISBN 978-2-87324-337-1. € 17
    3. Joel Kennedy, The Recapitulation of Israel. Use of Israel’s History in Matthew 1 :1-4 :11, Tübingen, Mohr Siebeck, coll. « WUNT II, 257 », 2008. 23,5 cm. x-264 p. ISBN 978-3-149825-1. € 59
    4. Cédric Fischer, Les disciples dans l’Évangile de Marc. Une grammaire théologique, Paris, Gabalda, coll. « Études bibliques, nouvelle série 57 », 2007. 24 cm. 231 p. ISBN 2-85021-180-X. € 45
    5. Camille Focant, Marc. Un Évangile étonnant. Recueil d’essais, Louvain, Peeters/Presses universitaires de Louvain, coll. « BEThL 194 », 2006. 24 cm. xvi-402 p. ISBN 978-90-429-1699-9. € 60
    6. François Vouga, Les stratégies du diable. Marc, Matthieu et Luc s’expliquent, Poliez-le-Grand, éd. du Moulin, 2008. 18 cm. 102 p. ISBN 978-2-88469-025-6. € 14
    7. Daniel Gerber, « Il vous est né un Sauveur ». La construction du sens sotériologique de la venue de Jésus en Luc-Actes, Genève, Labor et Fides, coll. « Le monde de la Bible 58 », 2008. 22,5 cm. 296 p. ISBN 978-2-8309-1243-2. € 30/CHF 49
    8. Samuel Bénétreau, Les Épîtres pastorales 1 et 2 Timothée, Tite, Vaux-sur-Seine, Édifac, 2008. 21 cm. 457 p. ISBN 978-2-904407-43. € 25
  5. Histoire
    1. Bernd Janowski, Gernot Wilhelm, éd., Briefe, Gütersloh, Gütersloher, coll. « TUAT NF 3 », 2006. 25 cm. xviii-458 p., ISBN 978-3-579-05287-8. € 148
    2. Enrico Norelli, Marie des Apocryphes. Enquête sur la mère de Jésus dans le christianisme antique, Genève, Labor et Fides, coll. « Christianismes antiques », 2009. 22,5 cm. 178 p. ISBN 978-2-8309-1340-8. CHF 34/€ 22
    3. Peter Gemeinhardt, Das lateinische Christentum und die antike pagane Bildung, Tübingen, Mohr Siebeck, coll. « STAC 41 », 2007. 23 cm. xii-594 p. ISBN 978-3-16-149305-8. € 89
    4. Thomas d’Aquin, Commentaire de l’Épître aux Galates, préface de Jean-Pierre Torrell, introduction de Gilbert Dahan, traduction et tables de Jean-Éric Stroobant de Saint-Eloy, annotations de Jean Borella et Jean Éric Stroobant de Saint-Eloy, Paris, Cerf, 2008. 23 cm. l + 316 p. ISBN 978-2-204-08198-6. € 45
    5. Kurt Flasch, D’Averroès à Maître Eckhart. Les sources arabes de la « mystique » allemande, trad. Jacob Schmutz, Paris, Vrin, coll. « Conférences Pierre Abélard », 2008. 21,5 cm. 219 p. ISBN 978-2-7116-1941-2. € 19
    6. Nigel Yates, Preaching, Word and Sacrament. Scottish Church Interiors (1560-1860), Londres, T&T Clark, 2009. 24 cm. xiv-199 p. ISBN 978-0-567-03141-9. £ 65
    7. Hélène de Michon, Saint François de Sales. Une nouvelle mystique, Paris, Cerf, coll. « Patrimoines Christianisme », 2008. 23,5 cm. 353 p. ISBN 978-2-204-08409-3. € 40
    8. Harm Cordes, Hilaria evangelica academica. Das Reformationsjubiläum von 1717 an den deutschen lutherischen Universitäten, Göttingen, coll. « Forschungen zur Kirchen- und Dogmengeschichte 90 », 2006. 25 cm. 362 p. ISBN 978-3-525-55198-1. € 56
  6. Éthique et théologie systématique
    1. Fiorenzo Facchini, Les défis de l’évolution. Harmonie entre science et foi, traduit de l’italien par Sylvie Garoche, préface de Gianfranco Ravasi, président du conseil pontifical pour la culture, Paris, Parole et Silence, coll. « Communio », 2009. 23,5 cm. 215 p. ISBN 978-2-84573-829-4. € 19
    2. Pierre Calvet, Claude Kenesi, Éric Aymé Meunier, Didier Sicard, Jean-Jacques Wunenburger, Alain Houziaux, Les guérisons inexpliquées sont-elles miraculeuses ?, Paris, éd. de l’Atelier, coll. « Questions de vie », 2009. 20 cm. 118 p. ISBN 978-2-7082-4062-9. € 12
    3. Marie-Jo Thiel, dir., Donner, recevoir un organe. Droit, dû, devoir, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2009. 24 cm. 377 p. ISBN 978-2-86820-386-1. € 24
    4. Daniel Frey, Karsten Lehmkühler, dir., Soins et spiritualité. Regards de praticiens et de théologiens, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2009. 24 cm. 272 p. ISBN 978-2-86820-384-7. € 21
    5. François-Xavier Putallaz, Bernard Schumacher, dir., L’humain et la personne, Paris, Cerf, coll. « L’histoire à vif », 2008. 21,5 cm. 431 p. ISBN 978-2-204-08722-3. € 38
    6. Jean-Michel Maldamé, Le péché originel. Foi chrétienne, mythe et métaphysique, Paris, Cerf, coll. « Cogitatio Fidei 262 », 2008. 21,5 cm. 349 p. ISBN 978-2-204-08573-1. € 28
    7. Katell Berthelot, Le monothéisme peut-il être humaniste ?, Paris, Fayard, coll. « Les dieux dans la cité », 2006. 19 cm. 265 p. ISBN 2-213-62217-5. € 18
  7. Arts et médias
    1. Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, avec 26 planches gravées de Georges Rouault, Paris, Cerf, coll. « Images et beaux livres », 2008. 316 p. 31 cm. ISBN 978-2-204-07829-0. € 59
    2. S. Brent Plate, Religion and Film. Cinema and the Re-Creation of the World, Londres, Wallflowers, coll. « Short Cuts 43 », 2008. 20 cm. 112 p. ISBN 978-1-905674-69-5. £ 12.99
    3. Jean-François Mayer, Internet et religion, Gollion, Suisse, Infolio, coll. « Testimonia », 2008. 21 cm. 185 p. ISBN 978-2-88474-096-8. € 17
  8. Vient de paraître
    1. Hubert Bost, Antony McKenna, éd., Les « Éclaircissements » de Pierre Bayle, Édition des « Éclaircissements » du Dictionnaire historique et critique et études, Paris, Champion, coll. « Vie des Huguenots 53 », 2010. 22,5 cm. 548 p. ISBN 978-2-7453-1884-8. € 85
    2. Marianne Carbonnier-Burkard, Jean Calvin. Une vie. Paris, DDB, 2009. 23,5 cm. 160 p. ISBN 978-2-220-061117-7. € 16
    3. Paul Tillich, Théologie systématique. Vol. 5 : L’Histoire et le Royaume de Dieu, trad. André Gounelle et Jean-Marc Saint, en collaboration avec Claude Conedera, Paris/Genève/Québec, Cerf/Labor et Fides/Presses de l’Université Laval, 2009. 21 cm. 237 p. ISBN 978-2-204-09189-3/978-2-8309-1369-9/978-2-7637-8965-1. € 22
Mis en ligne sur Cairn.info le 22/10/2013
https://doi.org/10.3917/etr.0853.0417
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