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Revue européenne des migrations internationales

2014/3 (Vol. 30)


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Il y a un peu plus de dix ans, en 2003, nous avons conçu un programme de recherche dédié à l’étude des migrations et des migrants en relation avec le développement des TIC. Nous sommes partis de l’observation, issue de nos terrains d’enquête (Diminescu, 2006), que les TIC ont indiscutablement apporté au monde migrant un support très précieux pour satisfaire cette compulsion de proximité (Boden et Molotch, 1994), ce besoin obsessif d’approcher le lointain dont chaque migrant fait l’expérience. Dès cette période, nous avons aussi remarqué que le support des TIC est un dispositif sociotechnique qui peut servir et/ou augmenter une forme de fonctionnement sociétal en réseau, spécifique aux diasporas et qui se manifeste sur la Toile par différentes formes de présence (Diminescu, 2005).

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Il s’agit d’une transformation historique et sociologique complexe et multiforme, car ces technologies ne touchent pas seulement à la communication qui supplée l’absence (Sayad, 1985), mais également à tous les aspects de la vie du migrant. Le projet de départ ne se construit plus uniquement sur la base des récits des migrants de retour au pays, mais tout autant à partir de recherches opérées via Google et/ou Facebook. Pour la grande majorité des migrants, qui voyage désormais équipée au moins d’un téléphone mobile, franchir la frontière nécessite comme ils le disent : « d’en passer par l’écran » de l’ordinateur (la frontière informatique), bien avant de pouvoir envisager de traverser la frontière géographique. Les TIC interviennent également dans bien d’autres aspects de l’aventure migratoire. C’est ainsi que les centres de rétention des sans-papiers ne sont pas seulement des prisons physiques, mais aussi des espaces d’enfermement numériques : c’est le cas du SIS (Schengen Information System), et d’autres fichiers d’enregistrement des étrangers, qui les confinent définitivement dans la catégorie de l’irrégularité puisqu’une fois enregistré comme « indésirable » par ces systèmes, le migrant voit son droit à la mobilité être réduit et l’accès à l’espace Schengen lui être interdit.

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Les passeurs, eux aussi, se sont adaptés à cet environnement digital et proposent des solutions de passage « par l’écran », ainsi que des stratagèmes pour « être (ou redevenir) propre dans l’ordinateur » (Diminescu, 2001). À l’arrivée dans le pays de destination, le numéro de téléphone mobile, l’adresse email, le compte Facebook ou Linkedin sont devenus un impératif pour s’intégrer, pour trouver un travail, mais aussi pour garder le contact et rassurer la famille restée sur place. Les conversations par Skype et les plateformes sociales telles que Facebook, RenRen, VKontakte, sont entrées dans le quotidien des migrants, et ont transformé le lien à distance : désormais, il ne s’agit plus d’une brève communication épisodique, mais d’une manière de vivre ensemble à distance (Turkle, 2011 ; Madianou et Miller, 2011 ; Beck et Beck-Gernsheim, 2013). La dynamique de cette mise en réseau aura aussi trouvé à s’exprimer en matière de projet matrimonial avec l’apparition de dizaines de sites de rencontres fondés sur une base ethnique (Diminescu et al., 2010).

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Dans le domaine des diasporas, nous observons en parallèle de la multiplication des communautés en dispersion dans l’espace physique, l’émergence de nouvelles formes de groupement, d’action et d’occupation des territoires numériques. Soulignons que le web, et plus récemment les plateformes sociales, composent un environnement particulièrement pertinent pour les diasporas, car il est interrelationnel, interactif et transnational par essence. En tant qu’instrument majeur de la circulation de l’information et de la liberté d’expression, le développement du web et des réseaux sociaux offrent aux communautés dispersées un lieu de communication alternative, de représentation et d’action permettant le développement d’expressions diasporiques nouvelles et de mouvements sociaux inattendus. Ainsi que le signalent les premières études (voir par exemple les travaux de recherche de Leclerc, 2007 et 2011), les chercheurs et ingénieurs migrants sont à l’origine de l’occupation du web par des groupes diasporiques. Ces réseaux de personnes hautement qualifiées (basées à l’extérieur de leur pays et se réclamant d’une même origine) ont joué de leurs compétences techniques et scientifiques comme de leur dispersion planétaire pour s’installer sur le web. Leurs réseaux, désormais appelés « knowledge diasporas », et les outils informatiques de fouille généalogique et/ou bibliographique font également évoluer les politiques de développement : la circulation des connaissances via un matching académique [1][1]  « Il est aujourd’hui possible, par les réseaux, de... est de plus en plus mise en avant, au détriment d’une politique centrée sur le rapatriement du migrant. On note également des changements majeurs dans le domaine des transferts financiers où plusieurs initiatives font coïncider les corridors bancaires et les corridors de communication (Bounie et al., 2010), partant du constat que si les migrants et leurs familles sont peu bancarisés, ils sont néanmoins presque tous équipés de téléphones mobiles permettant de créer l’espace nécessaire à diverses transactions.

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En favorisant l’accessibilité des lieux et l’action à distance, les TIC offrent certes des opportunités sans précédent à la société des migrants, mais aussi des contraintes nouvelles, inattendues. La surveillance et le « contrôle à distance », qu’il s’agisse d’un contrôle familial, de pratiques de marketing ou d’opérations de surveillance (comme le montre l’affaire Snowden), sont en effet facilités et augmentés par la « joignabilité » permanente et par la traçabilité inhérente aux TIC. D’une part, le migrant est beaucoup plus exposé à un devoir de solidarité à distance envers sa famille et à une obligation de présence au sein des réseaux sociaux. D’autre part, on constate un « tracking » sans précédent des flux (de personnes, d’informations, des biens et des activités) mis en place à la fois par différents organismes étatiques (autant dans les pays d’accueil que dans ceux d’origine) et par les marques et les plates-formes (Facebook ou Linkedin, par exemple).

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Il suffit de faire un rapide inventaire de notre capital d’accès (téléphone mobile, ordinateur, carte bancaire, navigo, passeport biométrique, etc.) pour comprendre les réseaux matériels de nos appartenances et saisir notre contribution quotidienne à la production d’une multitude de traces numériques, de plus en plus complexes et infinies. Migrants ou non-migrants, nous évoluons tous aujourd’hui dans un environnement numérique. Pour voyager, pour payer, pour communiquer, pour naviguer sur le web, pour réseauter sur différentes plateformes, notre univers personnel numérique s’élargit de plus en plus et parle de nous à travers les traces que nos pratiques digitales laissent à tout instant, à chaque pas, dans les infrastructures informatiques.

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Ces masses de données générées par les dispositifs numériques font irruption dans la recherche et interrogent plus que jamais le fonctionnement « traditionnel » des sciences humaines et sociales, dans ses méthodes, mais également dans ses catégories et dans ses paradigmes et démarches éthiques. Comment utiliser dans la recherche sur les migrations cette « nouvelle matière première » ? Comment organiser l’articulation disciplinaire et méthodologique ? Comment coordonner les nouvelles méthodes importées des sciences exactes (traitement statistique, analyse de graphes) avec la recherche qualitative ? Enfin et de manière plus générale, quel cadre épistémologique concevoir pour prendre en compte le développement du numérique, peut-on parler de théorie(s) numérique(s) des migrations ?

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Un nouveau modèle d’analyse des migrations pourrait être « la traçabilité migratoire ». Ici, ce que nous appelons traçabilité migratoire c’est une trajectoire migratoire (d)écrite, comme un journal de bord, par les traces numériques [2][2]  Nous reprenons ici la définition de Mille (2013),... que le migrant laisse à différents moments de son déplacement et/ou de son activité dans un environnement digitalisé. C’est le résultat de la mise en corrélation de ces données enregistrées par différents capteurs numériques. Ces données sont synthétisées sous forme de codes, collectées et stockées sur différents supports à mémoire informatiques. La traçabilité migratoire est une narration qui compile (ou compose avec) une multitude de sources contextuelles et flux d’informations personnelles nécessitant un traitement de plus en plus automatique.

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La traçabilité migratoire se distingue de la trajectoire migratoire d’avant l’âge du numérique à plusieurs égards. Pour rappel, en mathématiques et en sciences physiques la trajectoire est la ligne décrite par n’importe quel point d’un objet en mouvement. En sociologie, on appelle trajectoire la suite des positions sociales occupées par un individu durant sa vie ou une partie de sa vie. En sociologie des migrations, la trajectoire représente l’ensemble des positions successives occupées par un individu ou un groupe au cours de son déplacement dans l’espace physique. La trajectoire migratoire a donc une dimension géographique et reçoit également une dimension sociale associée à la carrière du migrant, c’est-à-dire avec les positions sociales occupées par un individu durant sa vie en mobilité. « La notion de trajectoire transcrit une dialectique du mouvement et de l’ancrage » où elle est « à la fois une trajectoire “objective”, définie comme la suite des positions sociales occupées durant la vie, mesurée au moyen de catégories statistiques, et une trajectoire “subjective” exprimée dans des récits de vie » (Jolivet, 2007).

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Tout en restant « une trajectoire » dans le sens mentionné, la traçabilité migratoire introduit une méthodologie nouvelle qualitative-quantitative, une démarche qui se situe pleinement dans le champ des humanités numériques et des sciences sociales computationnelles, proche de la gestion de connaissance et du traitement de big data. Aujourd’hui, il est désormais possible de récupérer une multitude des traces numériques : de déplacements, d’interactions, d’opinions, de surveillances. Celles-ci, normalisées par le codage, autorisent des processus de mémoire, de calcul et d’horodatage [3][3]  Comme l’environnement informatique possède des horloges.... Le traitement statistique (« objectif ») et le récit de vie (« subjectif) » peuvent s’« écrire » ainsi d’une manière automatique.

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D’un côté, la traçabilité migratoire a une dimension indicielle permettant la reconstitution d’un parcours migratoire en temps réel (mais aussi étalé sur de longues périodes, voire même des générations depuis la digitalisation des archives). De l’autre, elle affirme une objectivité et une propriété prédictive particulièrement recherchées par les décideurs dans tous les domaines stratégiques, les gouvernements et les ONG, les médias ou les entreprises.

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La traçabilité migratoire est le fil conducteur de ce dossier. Sans être évoquée explicitement, elle est présente comme méthode d’analyse dans chacune des études présentées dans ce dossier. Chaque contribution est l’occasion d’une lecture critique d’usages des traces numériques dans les études migratoires. Avec des problématiques et dans des contextes bien différents, les auteurs suivent à peu près le même enchainement méthodologique : constitution des corpus, collecte et tri des traces numériques en fonction d’une grille de questionnement, visualisation des données, analyse qualitative-quantitative et confrontation avec le terrain.

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La première contribution porte sur une enquête judiciaire visant à démanteler un réseau de passeurs. Anouche Kunth analyse une ordonnance de justice, adressée en 2011 au procureur de la République par un juge d’instruction du tribunal de grande instance de Paris. L’auteur s’interroge sur l’usage des traces de téléphones mobiles et de transferts d’argent dans une procédure destinée à prouver la culpabilité individuelle et à déterminer les niveaux de responsabilité au sein du réseau. En creusant l’adéquation entre le régime de vérité chez Foucault et les nouveaux modes de catégorisation du réel que permettent les traces numériques, Anouche Kunth montre comment la surveillance recompose sur un mode réticulaire la cartographie transeuropéenne du pouvoir judiciaire.

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L’autre article offert par Sabrina Marchandise est le fruit de travaux développés dans le cadre de la première édition du projet e-Diasporas Atlas[4][4]  D’une manière générale, nous définissons une e-diaspora..., consacrée aux très grandes quantités de données générées sur le web par différentes formes d’activités en ligne associées aux populations migrantes. Ce projet pionnier, qui a mobilisé plus de quatre-vingts chercheurs à travers le monde et qui a associé de manière novatrice les sciences sociales et les sciences de l’ingénieur, a donné à voir les nouvelles formes de communautés diasporiques que le web rend possibles [5][5]  Sur l’expérience du travail d’un chercheur en SHS.... Des réseaux diasporiques ont été crawlés, « scrapés » (extraction de contenus ciblés), archivés, visualisés et analysés, donnant naissance à un corpus exceptionnel de plus de 9 000 sites diasporiques ayant permis l’étude d’une trentaine de diasporas sur le web. Le projet a nécessité la mise en place de nouvelles méthodologies de recherche, combinant enquête qualitative de terrain et analyse topologique de réseaux [6][6]  Il a également nécessité le développement d’outils....

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Dans le domaine de la visualisation de l’information, l’e-Diasporas Atlas a constitué un tournant dans l’approche spatiale des diasporas, limitée jusqu’alors à des représentations des stocks par pays (localisation du nombre total de membres d’une diaspora) et des flux entre pays d’origine et de destination. L’approche de l’espace adoptée dans le projet e-Diasporas Atlas par l’intermédiaire des traces Internet permet de s’affranchir de ce « nationalisme méthodologique » (Beck et Boudou, 2007 ; Wimmer et Glick-Shiller, 2002) en partant des lieux d’activité des diasporas et de l’évolution en temps réel de leurs interactions.

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La contribution de Emma Moreton, Niall O’Leary et Patrick O’Sullivan complète la palette de nos corpus avec une collecte de lettres d’immigrants irlandais numérisées en vue d’un traitement de texte dans la tradition des digital humanities inaugurées par Moreti (2005). Les possibilités d’exploration de l’« écriture ordinaire » du migrant permises par la mise en métadonnées et la visualisation de sa correspondance sont variées et vont des graphes de réseaux relationnels aux cartes géolocalisantes des métadonnées géographiques, de lignes de temps aux idéogrammes produits par des algorithmes de détections des sentiments. Au-delà d’un simple réflexe de patrimonialisation, la numérisation des correspondances entretenues par des migrants ouvre réellement l’opportunité d’une recherche transdisciplinaire qui ne se veut pas purement quantitative, mais comme le souhaite les auteurs du Digital Humanities Manifest 2.0 (Schnapp et Presner, 2009), « qualitative, interprétative, émotive, et générative ».

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Enfin, ce dossier est conclu par un essai visant à « documenter la mort et la violation des droits des migrants en mer ». Les deux auteurs, Charles Heller et Lorenzo Pezzani ont reconstitué le parcours en mer Méditerranée d’un « bateau abandonné à la mort » en détournant le système scopique mis en place pour surveiller le trafic maritime. En mobilisant différentes technologies de détection et de visualisation (comme le système automatique de localisation - AIS -, les données météorologiques ainsi que l’imagerie satellite accessible au public ou bien encore les traces des téléphones emportés à bord par les migrants), ils parviennent à restituer les évènements de l’été 2011 quand plus de 1 800 décès ont été recensés dans la Méditerranée. Mettant en cause la « gouvernementalité algorithmique » (Rouvroy et Berns, 2013) de la mer, leur démarche propose une nouvelle lecture géopolitique de ces phénomènes, rendue possible par le développement d’outils de captation, de cartographie et de visualisation afin de porter au jour une réalité sociale qui serait autrement difficilement saisissable.


Bibliographie

    • Beck Ulrich and Beck-Gernsheim Elisabeth (2013) Distant Love, Cambridge, Polity Press, 220 p.
    • Beck Ulrich et Boudou Benjamin (2007) Nationalisme méthodologique – cosmopolitisme méthodologique : un changement de paradigme dans les sciences sociales, Raisons politiques, 2 (54), p. 103-120.
    • Boden Deirdre and Molotch Harvey L. (1994) The Compulsion of Proximity, in Roger Friedland and Deirdre Boden, NowHere: Space, Time and Modernity, Berkeley, University of California Press, pp. 257-286.
    • Bounie David, Diminescu Dana et François Abel (2010) Une analyse socio-économique des transferts d’argent des migrants par téléphone, Réseaux, 159, pp. 91-111, [en ligne]. ‪URL : ‪ ‪http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RES_159_0091‪
    • Diminescu Dana (2006) L’usage du téléphone portable par les migrants en situations précaire, in Émilie Bajolet, Marie-Flore Mattéi et Jean-Marc Rennes Éds., Quatre ans de recherche urbaine (2001-2004), Tours, Presses Universitaires François Rabelais, pp. 90-98.
    • Diminescu Dana (2005) Le migrant connecté : pour un manifeste épistémologique, Migrations Société, 17 (102), pp. 275-293.
    • Diminescu Dana (2001) Le système D contre les frontières informatiques, Hommes & Migrations, 1230, pp. 28-34.
    • Diminescu Dana, Renault Matthieu, Jacomy Mathieu et Iribarne Christophe (d’) (2010) Le web matrimonial des migrants. L’économie du profilage au service d’une nouvelle forme de commerce ethnique, Réseaux, 159, pp. 17-57, [en ligne]. ‪URL : ‪ ‪http://www.cairn.info/revue-reseaux-2010-1-page-15.htm‪
    • Garcia Flores Jorge J., Zweigenbaum Pierre, Yue Zhao and Turner William (2012) Tracking Researcher Mobility on the Web Using Snippet Semantic Analysis, in Hitoshi Ishara and Kyoko Kanzaki Eds., Advances in Natural Language Processing, 8th International Conference on NLP, Kanazawa, Japan, October 22-24, Springer, pp. 180-191, [online]. URL: http://lipn.univ-paris13.fr/~garciaflores/papers/garciaflores.japtal2012.pdf
    • Jolivet Violaine (2007) La notion de trajectoire en géographie, une clé pour analyser les mobilités ?, EchoGéo, 2, [en ligne], consulté le 20/11/2014. URL : http://echogeo.revues.org/1704
    • Leclerc Éric (2011) Mobilité, spatialité et mondialité : les informaticiens indiens dans la ville globale, Dossier d’Habilitation à Diriger des Recherches, Université Michel de Montaigne-Bordeaux III.
    • Leclerc Éric (2007) La Malaisie, une première étape dans la circulation planétaire des informaticiens indiens, in Cédric Audebert et Emmanuel Ma Mung Éds., Les nouveaux territoires migratoires : entre logiques globales et dynamiques locales, Bilbao, HumanitarianNet-Université de Bilbao, pp. 217-230.
    • Madianou Mirca and Miller Daniel (2011) Migration and New Media: Transnational Families and Polymedia, London, Routledge, 192 p.
    • Ma Mung Emmanuel (2012) Enquête exploratoire sur le web des Chinois d’outremer. Morphologie du web et production de la diaspora ?, Paris, FMSH, 14 p. [en ligne]. ‪URL : ‪ ‪http://www.e-diasporas.fr/working-papers/MaMung-Chinese-FR.pdf‪
    • Mille Alain (2013) De la trace à la connaissance à l’ère du Web, Intellectica, 59, p. 9.
    • Moreti Franco (2005) Graphs, Maps, Trees: Abstract Models for a Literary History, New York, Verso, 119 p.
    • Rouvroy Antoinette et Berns Thomas (2013) Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation, Réseaux, 177, pp. 163-196.
    • Sayad Abdelmalek (1985) Du message oral au message sur cassette, la communication avec l’absent, Actes de la Recherches en Sciences Sociales, 59, pp. 61-72.
    • ‪Schnapp Jeffrey and Presner Todd (2009) ‪ ‪The Digital Humanities Manifesto 2.0‪ ‪, 15 p., [online]. ‪URL: http://www.humanitiesblast.com/manifesto/Manifesto_V2.pdf
    • Turkle Sherry (2011) Alone Together: Why We Expect More from Technology and Less from Each Other, New York, Basic Books, 384 p.
    • Wimmer Andreas and Glick Schiller Nina (2002) Methodological nationalism and the study of migration, European Journal of Sociology, 43, pp. 217-240.
    • Wolff Éliane (2013) Cheminement sur les terres inconnues des humanités numériques, tic&société, 7 (2), [en ligne], consulté le 20/02/2015. URL : http://ticetsociete.revues.org/1550

Notes

[1]

« Il est aujourd’hui possible, par les réseaux, de convertir l’exode des compétences en une mobilité positive », comme le montre le projet CIDESAL cordonné par Jean-Baptiste Meyer, [en ligne]. ‪URL : ‪ ‪http://www.msh-m.fr/la-maison/centres-heberges/cidesal/Le-Projet-CIDESAL/Presentation-en-francais.‪ ‪ ‪Voir également Garcia Flores, Zweigenbaum, Yue et Turner (2012) et le travail du développeur Elian Carsenat (http://namesorts.com/), Applying onomastics to scientometrics, [en ligne]. ‪URL : ‪ ‪http://ireg-observatory.org/en/index.php/261-applying-onomastics-to-scientometrics‪

[2]

Nous reprenons ici la définition de Mille (2013), « la trace numérique est constituée à partir d’empreintes numériques laissées volontairement ou non dans l’environnement informatique à l’occasion d’un processus informatique ».

[3]

Comme l’environnement informatique possède des horloges liées intrinsèquement à sa technologie, l’inscription d’une estampille temporelle est donc toujours possible au moment de la production de l’empreinte.

[4]

D’une manière générale, nous définissons une e-diaspora comme une communauté migrante en tant qu’elle s’organise à travers différents médias numériques, en particulier sur le web. Ses pratiques sont celles d’une communauté au sein de laquelle les interactions sont « augmentées » par des échanges numériques. Une e-diaspora est un collectif distribué (dans le sens de Turner), c’est-à-dire une entité hétérogène dont l’existence repose sur l’élaboration d’un sens commun, sens qui n’est pas défini une fois pour toutes, mais qui est constamment renégocié au cours de l’évolution du collectif. Une e-diaspora est un collectif instable, redessiné par chaque nouveau membre et avec une activité sur le web plus ou moins épisodique. C’est un collectif auto-défini et auto-organisé comme le remarque Ma Mung (2012) : « il s’agrandit ou diminue non pas par un processus d’exclusion/inclusion, mais par adhésion ou démission », simplement par la production intentionnelle d’hyperliens vers d’autres sites web (ou par son effacement). Voir le site Internet www.e-diasporas.fr

[5]

Sur l’expérience du travail d’un chercheur en SHS utilisant les nouvelles méthodes offertes par le projet e-Diasporas, voir l’article de Wolff (2013).

[6]

Il a également nécessité le développement d’outils spécifiques, tels que le Navicrawler permettant l’exploration du web (www.webatlas.fr/wp/navicrawler) et Gephi qui est devenu l’un des logiciels de référence pour la visualisation de réseaux (www.gephi.org), ou encore la mise en place d’une plateforme (http://maps.e-diasporas.fr) permettant de manipuler et de visualiser les données et les graphes utilisés. En outre, e-Diasporas a répondu à des enjeux épistémologiques considérables, en montrant comment des méthodes numériques peuvent être mobilisées par les sciences sociales, tout en contribuant à une meilleure compréhension du web lui-même en tant qu’objet de recherche. Enfin, cette entreprise a permis aux e-diasporas elles-mêmes d’accéder à une certaine reconnaissance : les chercheurs et doctorants s’en sont saisis, mais aussi des acteurs tels que des enseignants, des associations, ou encore des gouvernements. La réalité des communautés diasporiques sur le web ne fait plus de doute, en premier lieu pour les diasporas elles-mêmes, qui mettent aujourd’hui en œuvre des stratégies complexes de visibilité médiatique spécifiques au web.

Pour citer cet article

Diminescu Dana, « ‪Éditorial‪ », Revue européenne des migrations internationales, 3/2014 (Vol. 30), p. 7-13.

URL : http://www.cairn.info/revue-europeenne-des-migrations-internationales-2014-3-page-7.htm


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