Accueil Revue Numéro Article

Figures de la psychanalyse

2005/1 (no11)

  • Pages : 240
  • ISBN : 9782749203379
  • DOI : 10.3917/fp.011.0226
  • Éditeur : ERES

ALERTES EMAIL - REVUE Figures de la psychanalyse

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 226 - 232 Article suivant
1

La mort récente de Solange Faladé, fidèle historique de Jacques Lacan, donne une gravité et une résonance émouvantes au témoignage qu’elle avait fait paraître peu de temps auparavant sous le titre de Clinique des névroses[2][2]  Les numéros de page entre parenthèses renvoient à... qui rassemble les séminaires des années 1991-1993 et prend de ce fait les allures d’un testament. Rien de plus vivant cependant que ces leçons hebdomadaires qui suivent pas à pas l’enseignement du Maître. C’est parfois l’aveu discret d’une certaine difficulté : « Ça fait longtemps que je suis sur cette formule de Lacan  [3][3]  A ‡ j (a, a’, a’’…). » ( 170) ; ou encore une remarque personnelle sur son plaisir de lire Freud : « J’aime l’observation de Lucy » ( 268). Cette Lucy des Etudes sur l’hystérie[4][4]  PUF, 1971. qui répond à Freud que jusqu’à sa question elle ne savait pas qu’elle avait un penchant pour son patron.

2

Solange Faladé s’attardera à plusieurs reprises sur cette réponse étonnante qui interroge sérieusement le travail fait en cure. Car, on l’a déjà compris, en grande clinicienne, Faladé n’essaie pas d’ajuster la théorie au dire du patient et prend ses distances avec les maîtres : « On ne peut pas rendre compte de la clinique avec un seul schéma », remarque-t-elle ( 278). Et ailleurs ( 59), à propos des doutes qu’avait le petit Hans sur le sexe de sa mère : « Ce sont des points qui se sont perdus dans l’enseignement de Lacan, mais des points qui permettent de comprendre les cliniques qui nous intéressent ». Aussi bien concilie-t-elle sa rigueur et son désir de guérir : « On ne peut toucher à la structure mais on peut faire en sorte qu’il n’y ait pas du pathologique » ( 145). Sa lecture de Lacan lui permet d’affirmer que « l’amour n’est pas uniquement narcissique » ( 271) et « à cause du savoir qui nous est supposé on nous met du côté du sujet », et elle en conclut ceci qui en fera bondir plus d’un mais se réjouir ceux qui ont connu un Lacan vivant : « Si nous savons garder nos analysants, c’est que nous les aimons aussi » ( 272).

3

Pourquoi ce titre, et non clinique psychanalytique des névroses ? Faladé s’en explique à plusieurs reprises : « La pulsion on l’entend, c’est ce que (le patient) nous dit ; ce n’est qu’à partir de ce qu’il nous dit que nous pouvons vraiment faire de la clinique… Si j’ai intitulé notre travail de cette année “clinique des névroses” et non pas “clinique psychanalytique des névroses” c’est parce que j’ai estimé qu’il ne pouvait pas y avoir de clinique autre que ce qui se recueille véritablement au chevet du patient, au lit du patient… Ce ne sont nullement les observations du comportement qui permettent de savoir quoi que ce soit d’une clinique des névroses… Hors de la psychanalyse, de la clinique des névroses on n’en connaissait que ce qui est du comportement » ( 130). On pourrait, en revanche, écrire « clinique psychanalytique des psychoses » parce qu’« avant Freud il y a eu une clinique psychiatrique, une clinique des psychoses qui a été écrite et qui nous intéresse encore » ( 143). Cette clinique de l’être parlant s’articule par et autour du signifiant :

« Le signifiant ? C’est cette batterie qui va faire le savoir autour de la jouissance et de ce qu’il en choit, l’objet a. C’est ainsi qu’on va pouvoir saisir la différence entre les différentes structures », nous dit Faladé ( 64) dans cette phrase qui annonce tout son enseignement et dont nous suivrons le plan.

4

La chaîne signifiante

5

Elle s’articule autour de deux signifiants, S1 et S2. Chez le névrosé en tout cas. Cette articulation se fait en deux temps :

  • Un premier appel au champ de l’Autre ( 69) fait que du $ (sujet barré) se met en place. « Barré (parce qu’il n’y a aucun signifiant pour représenter le sujet inconscient. Ce sujet qui vient de naître va être représenté pour un de ces S1 qui se trouve au champ de l’Autre[5][5]  C’est nous qui soulignons (sauf mention spéciale) » ( 69). Plus loin, Faladé dira que ce S1 « est le premier signifiant qui vient barrer le sujet » ( 143). Ailleurs que ce S1 est le signifiant maître [6][6]  Ce qui sera repris bien sûr dans les Quatre disco..., représentant du sujet barré qui peut dire moi-je ( 141). Ce sujet barré n’est pas encore divisé et le psychotique ne va pas au-delà de ce premier appel, ou, en tout cas n’obtient pas de réponse.

  • Deuxième appel au champ de l’Autre. Pour que tous les S1 puissent signifier il faut qu’un deuxième signifiant, S2, vienne s’inscrire. Ce S2 c’est le savoir, « mais comme nous sommes dans l’inconscient, ce S2 n’aura aucun autre signifiant qui lui permette de signifier » ( 69) : c’est le refoulement originaire (Urverdrängung). Donc, parce qu’il y a de l’Urverdrängung, tout le sens ne pourra être trouvé mais c’est grâce à lui que du sens pourra être cherché. Comment se fait cette opération ? Il faut pour cela, nous dit Faladé, que le sujet repère le manque dans l’Autre pour prélever de quoi faire S2, repérage qui se fait grâce au Nom-du-Père ( 4). Ici vient une explication quelque peu énigmatique et toujours rigoureusement tirée de l’enseignement de Lacan : « C’est au niveau de ce que Lacan appelle l’être de l’organisme, c’est-à-dire le corps et quelque chose qui est hors corps, que pourra être prélevé par le sujet ce qui permettra qu’il soit repré- senté » ( 7) : une partie sera portée à la signifiance (S2), l’autre partie sera l’objet petit a qui est un reste, un déchet.

6

Refoulement originaire, fantasme fondamental et masochisme primordial.

7

Le S2, c’est ce que Lacan après Freud appelle le Vorstellungsrepräsentanz (représentant-représentation  [7][7]  Traduit par représentance de la représentation dans...) qui fait pont avec le refoulement originaire ( 94).

8

Le sujet barré est divisé par le second signifiant. C’est-à-dire par tout ce que les parents – à leur insu – viennent lui apporter ( 95). Dans la psychose, le S2 ne va pas s’inscrire dans la chaîne signifiante et c’est sous forme de réel que ce S2 va revenir ( 87). « Avec le refoulement originaire se constitue une phrase qui ne pourra se dire ( 183)… à partir de toutes les demandes qui n’ont pas eu de réponses et ne pourront être reprises par le sujet ».

9

Mais ces demandes sont des signifiants qui auront des effets dans l’inconscient du sujet : c’est ainsi que le névrosé « s’imagine que l’Autre lui demande sa castration, et il ne veut pas la lui donner » ( 184). C’est une telle phrase, refoulée, que Faladé retrouve dans le fantasme dit fondamental, soit un enfant est battu relevé par Freud  [8][8]  Dans Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF,....

10

Freud, on se le rappelle, distingue trois phases dans ce fantasme :

11

Comme on le voit, deux phases sadiques entourent une phase masochiste mais, alors que la première et la troisième phases sont retrouvées dans l’analyse, la deuxième phase, elle, est une construction de l’analyse (Freud). C’est pourquoi cette phase est rapportée par Faladé au refoulement originel, soit cette phrase qui ne pourra plus jamais se dire et qui correspond au fameux « prélèvement sur l’être de l’organisme » de ce deuxième signifiant absent du corps des signifiants du grand Autre. Ainsi se noue pour notre auteur fantasme fondamental, refoulement originaire et masochisme primordial.

12

Les signifiants hors chaîne

13

Au cours de ce prélèvement, qui permet que « du S2 s’inscrive », se formera une « partie qui sera un signifiant, un signifiant pas comme les autres, un signifiant qui ne se trouvera pas dans la chaîne des signifiants, c’est-à-dire la chaîne S1-S2, et ce signifiant c’est l’idéal du moi » ( 135). Lacan, dit Faladé, fait à ce propos un jeu de mots. L’enfant recevant le sein, reçoit un seing, un sceau de l’Autre, matrice de l’idéal du moi. Pourquoi matrice ? Parce que si, « au cours du deuxième appel, il a une réponse de l’Autre… alors une part de cet S2, cet idéal du moi, vient marquer, remarquer ce que le petit d’homme a reçu dès le départ de ses relations avec l’Autre » ( 135). Ce signifiant vient marquer le sujet au moment où une « réponse est donnée à cette découverte que la mère n’a pas de pénis ». C’est ainsi « revêtu de l’insigne du père », par un « trait identificatoire à son père » que Hans sort de la phobie ( 23). Mais si lors de l’émergence du sujet ce qui est du signifiant est synchronique (à un S1 il faut un S2), pour le reste c’est de l’ordre de la diachronie :

c’est ainsi qu’il a fallu, nous dit Faladé après Lacan, douze ans pour que l’idéal du moi entre dans la vie du jeune Gide et cela quand le regard de sa tante, regard « plus qu’intéressé », s’est posé sur lui. Il se peut, ajoute Faladé, « qu’à la fin de l’œdipe, le surmoi se mette en place, mais aussi à tel ou tel autre moment de la vie, l’idéal du moi » ( 248).

14

La jouissance

15

À la fin d’un séminaire, Bernard Mary s’exclame : « En somme, ce que vous nous présentez, c’est une clinique de la Chose  [10][10]  Le Das Ding freudien. », et Solange Faladé de lui répondre : « Oui, c’est ça ». Et en effet, par sa lecture clinique imprégnée de l’œuvre de Lacan, Faladé revient sans cesse aux fondements de l’Être. Ainsi le sujet barré « émerge en relation avec le vide de la chose ». Et c’est « avec le vide de la chose que le signifiant a affaire ».

16

Ce sujet en effet qui n’a pas de signifiant qui lui soit propre va décompléter l’Autre par la relation entre S1 et S2 qui est aussi écrit S(A barré), c’est-à-dire signifiant du manque dans l’Autre. Désormais « barré par le signifiant de ce premier temps, aliéné à ces signifiants du grand Autre, le sujet… aura à être divisé certes, mais aussi à s’évanouir » ( 307). Et « à cause du désir de la mère… surgit de tout ce vide un signifiant, le phallus, ce symbole, cette “présence réelle” » ( 307). Faladé prend pour exemple la mère de Gide. Cette mère « qui ne peut être castrée » et qui choisit comme mari un homme pieux pour procréer ce chrétien qu’elle veut offrir à Dieu ( 246) : elle est du côté de l’exception puisqu’elle permettra, sans référence au père, l’inscription du Nom-du-Père chez son rejeton. Quelles sont les relations entre le grand Autre et la Chose ? Les premières demandes qu’adresse le sujet à l’Autre vont conduire l’infans à une expérience traumatique. En effet, là où il pense trouver un objet, il est confronté, en ce lieu du grand Autre, à une place évidée de ce que pourrait lui apporter la jouissance ( 280). L’hystérique s’éloigne de ce vide par le dégoût ; l’obsessionnel s’en barricade, mais il est sûr que cet évidement est aussi la condition de la parole. Si c’est le phallus (F) qui permet que sens soit donné au vide de la chose (S), au manque de la mère, c’est grâce au Père qu’est nommé ce lieu évidé où se trouvait ce premier objet de jouissance, la Chose. Cette capacité de nommer, et donc de provoquer l’expulsion de la Chose, c’est cela, nous dit Faladé, la métaphore paternelle ( 302). La sublimation dès lors, en suivant Freud et Lacan, c’est donner consistance au vide en créant un objet qui est élevé à la dignité de La Chose (Lacan) ( 305) et Faladé en donne pour exemple Marie d’Égypte[11][11]  Jacques Lacarrière, Paris, J.-C. Lattès, 1983., cette courtisane d’Alexandrie qui a épuisé toutes les jouissances phalliques possibles. Elle recherche une jouissance Autre pour trouver un « en plus » ( 261) qu’elle rencontre avec un chat d’abord, puis dans le désert ensuite ( 296).

17

Les structures

18

Bien entendu ce livre consacré à la structure, et surtout à la différence entre structure obsessionnelle et hystérique, est jalonné d’aphorisme concernant les structures.

19
  • L’hystérique masculin comme féminin se demande : « Suis-je homme ou femme ? » ( 14), s’arrange avec le manque en tant que refoulé ( 62), souffre du coup d’amnésie ( 70), est théoriquement barré puis divisé par le signifiant.

  • L’obsessionnel se demande s’il est vivant ou mort ( 14), opère une disjonction des rapports de causalité ( 71), vit mal mais à l’abri de son désir, se détourne du S(A barré).

20

Mais repérons ces différences par rapport au signifiant phallus, au maître, au cogito revu par Lacan, et au mythe de la horde.

21

Le phallus

22

Selon la structure en effet, le rapport du sujet au phallus imaginaire n’est pas le même. Si l’hystérique s’en accommode ( 53), l’obsessionnel en fait un véritable rival et va s’efforcer d’être cet objet que la mère recherche, tandis que le pervers, lui, l’est, tandis que Schreber ne pouvant être le phallus qui manque à la mère, sera cette femme qui intéresse les hommes ( 32).

23

Le maître

24

L’obsessionnel est celui qui refuse de se prendre pour un maître. Il a de la difficulté à faire conjoindre savoir et pouvoir [12][12]  C’est-à-dire S2 avec S1. : il doute de savoir (sur le sexe de la mère) ( 61) et vit avec l’angoisse au contraire de l’hystérique qui, du fait de son symptôme, s’épargne l’angoisse. Du coup, il remarque les choses (par exemple les règles de la mère chez l’homme aux rats), mais ne peut leur donner sens. Il s’efforce en fait de faire du maître un petit autre. Mais « lorsqu’il pourra franchir le seuil qui lui permet de dire “je suis” (cf. ci-dessous)… il va pouvoir jouer avec le discours du Maître qui n’est rien d’autre que le discours de l’inconscient… Il va pouvoir se servir de ses pensées jusque-là rejetées » ( 112). D’ailleurs, « quand il accepte d’être dans la jouissance, quand il peut, dit Lacan, jouir de la femme qu’il aime, à ce moment-là, l’homme aux rats n’a plus d’obsessions » ( 157). L’hystérique, elle, cherche un maître, le trouve et le met à la place du grand Autre, pour le dominer, le mettre en échec ( 83). Pour Faladé, reprenant le Freud des Lettres à Fließ[13][13]  La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1956, hystérique comme obsessionnel ont en commun la satisfaction ( Befriedigung ) initiale reçue de la mère dans la passivité, l’hystérique restant dedans, l’obsessionnel y ajoutant une certaine activité ( 87).

25

Le cogito

26

C’est à propos des pensées de l’inconscient éliminées dans le rêve que Lacan compare le sujet du cogito et le sujet de l’inconscient ( 105). « Dans un premier temps celui qui va devenir sujet a à choisir entre l’être et le sens. Le sens, c’est le langage S1-S2. Puisqu’il est sujet parlant, il choisit le sens, c’est-à-dire qu’il renoncera à l’être pour être sujet de l’inconscient, sujet parlant » ( 105). Mais il sera aussi « écorné d’une partie inverse » et de plus un signifiant va s’éclipser en raison du refoulement. Cette première aliénation est appelée aliénationséparation car le sujet, ensemble vide, recouvre de son vide le manque de l’Autre. La deuxième aliénation fera s’opposer le « je ne pense pas » (écorné du « suis ») au « je ne suis pas » (ce qui de la vérité pourra se faire connaître). L’obsessionnel, on le verra, est du côté « je ne pense pas », l’hystérique du côté « je ne suis pas ». L’obsessionnel est celui qui ne peut dire « je suis » mais qui est envahi de fausses pensées, car il refuse les pensées de l’inconscient (cela facilite le passage à l’acte). C’est pourquoi ce sont les hystériques qui ont permis de découvrir la psychanalyse que Freud applique (ensuite) aux obsessionnels ( 110). L’obsessionnel, comme sujet de la parole, a refusé l’être pour être du côté du sens, mais il refuse la perte. Donc il refuse le « je ne suis pas » avec la pensée qui pourrait le complémenter, et il se met là où il y a le « je ne pense pas », c’est-à-dire du côté du rejet des pensées ( 109). Il ne peut dire ni « je suis » ni « je ne suis pas » ; reste le « je ne pense pas » envahi de fausses pensées. « Lui qui refuse de se prendre pour un maître va, tout au long de sa vie, s’efforcer d’être maître de son être, celui qui ne peut dire moi-je. » ( 115)

27

Dans la phase refoulée du fantasme fondamental reste donc le « battu par mon père » : là où je suis ne peut se dire se trouve en effet la pulsion ( 234). La pulsion, en effet, n’a pas de sujet ; elle n’a pas affaire avec le grand Autre ; elle se met en place quand le grand Autre manque. Faladé argumente avec cet exemple : le lait chaud apporte une telle satisfaction à l’enfant que se met en place une compulsion de répétition. C’est-à-dire que l’enfant met en place la pulsion orale avant que le lait chaud soit présenté de nouveau. Elle conclut que la pulsion concerne ce qui manque dans l’Autre. Le désir de l’obsessionnel, dit par Lacan désir impossible, est du côté du mensonge parce qu’en ce lieu de l’Autre rien du désir n’a pu se dire ( 151). À la demande de l’Autre en effet, l’obsessionnel met en place la pulsion ( 152) : il nie ainsi le désir de l’Autre et met à l’abri son désir tout en pouvant le satisfaire. Il met en place un fantasme homosexuel dans lequel c’est le petit autre qui prend la place de l’objet petit a ($ ?a) car ce fantasme le met à l’abri du désir de l’Autre ( 154). Chez l’obsessionnel la demande est en fait appel au phallus et avec le phallus appel au désir  [14][14]  Rappelons que la pulsion s’écrit chez Lacan $ ‡ D,.... « Ces objets qui sont cause du désir, et en particulier le regard, ces objets, l’obsessionnel s’en sert, si je puis dire, non pour mettre en place le fantasme mais la pulsion. » ( 162)

28

Le mythe de la horde

29

Reprenant les formules de la sexuation ( 224), Faladé rappelle que le père de la horde s’écrit comme l’exception à la castration. C’est parce qu’il y a cette exception que S1 peut se conjoindre au S2 ( 136). Du coup, l’hystérique doit tuer le père qui a joui d’elle. Le pervers, lui, peut le faire jouir à nouveau bien que mort. La parole du père n’ayant pas de valeur pour la mère, le pervers reste cet assujet, assujetti au désir et à l’objet du désir de la mère.

30

Pour l’obsessionnel, la mère se réfère à un autre homme que le père. Le meurtre du père ? « Il est là à se demander si oui ou non c’est lui qui l’a décidé » (139). Quant au psychotique, l’appel à l’Autre est sans effet : le père est « toujours appelé et jamais advenu ». Il y a donc à tuer ce père de la horde primitive ( 141).

31

Ce survol de l’enseignement de Solange Faladé s’est voulu le plus fidèle que possible au texte de son séminaire pour tenter de tenir compte de ce que peut être la transmission de la pensée lacanienne. Transmettre cette pensée en effet ne va pas sans difficulté, et même si « le sujet ne comprend pas, ou mal, parce qu’il est lui-même compris dans ce qu’il lit [15][15]  Jacques Lacan, un psychanalyste, par E. Porge, érès,... » on ne peut nier que la lecture de Lacan soit avant tout interprétation. Celle de Faladé l’est donc à sa manière, tout comme notre compte-rendu. Et à cet égard, on ne peut nier que l’obscurité qui ressort de certaines formules ne fasse sans cesse renvoyer le sens à un autre sans jamais permettre à la boucle de se clore dans une signification. Cela rejoint bien entendu la logique de la chaîne signifiante et l’évanouissement du sujet lacanien. Nous parlions au début de cet énigmatique « prélèvement au niveau de l’être de l’organisme ». Il faut reconnaître que grâce à S. Faladé, ce mystérieux concept s’éclaire chez Dora dans son identification au père. Dora est par sa toux ce père jouisseur auquel elle est obligée de renoncer. Le deuxième signifiant, c’est cette toux prélevée sur l’être de l’organisme, du père en l’occurrence ( 202). « Ce qui est prélevé chez le père satisfait la pulsion orale et permet qu’un objet de cette zone érogène orale soit mis en place. » On ne saurait être plus freudien.

Notes

[*]

Anthropos/Economica, 2003.

[1]

Cette note de lecture a récemment été publiée par Psychologie clinique, que nous remercions ici.

[2]

Les numéros de page entre parenthèses renvoient à cette édition.

[3]

A ‡ j (a, a’, a’’…).

[4]

PUF, 1971.

[5]

C’est nous qui soulignons (sauf mention spéciale).

[6]

Ce qui sera repris bien sûr dans les Quatre discours.

[7]

Traduit par représentance de la représentation dans la nouvelle traduction des Œuvres complètes, PUF. Les Vorstellungsrepräsentanzen (Vrp) sont la partie représentation de la pulsion, celle qui constitue l’inconscient en tant que refoulement originaire. Avec lui se produit une fixation (d’après Laplanche et Pontalis), Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, PUF, 1968.

[8]

Dans Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973.

[9]

Op. cit., p. 225.

[10]

Le Das Ding freudien.

[11]

Jacques Lacarrière, Paris, J.-C. Lattès, 1983.

[12]

C’est-à-dire S2 avec S1.

[13]

La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1956.

[14]

Rappelons que la pulsion s’écrit chez Lacan $ ‡ D, sujet barré A/E poinçon A/E demande.

[15]

Jacques Lacan, un psychanalyste, par E. Porge, érès, 2000.


Article précédent Pages 226 - 232 Article suivant
© 2010-2017 Cairn.info