CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1La littérature sur les communs s’est diversifiée depuis les travaux d’Ostrom et de l’Ecole de Bloomington, notamment suite à l’attribution du prix de la banque de Suède en 2009 qui leur a donné une grande visibilité. Portant à l’origine sur les ressources dites « naturelles » (notamment l’eau), cette littérature concerne désormais des champs aussi divers que l’économie sociale et solidaire, les communs urbains, la connaissance, avec une distinction entre communs matériels et immatériels (Coriat, 2013 ; Buchs et alii, 2019). Ainsi, au terme « biens communs » ont été associés ceux de communs, commun, etc… dont il conviendra de spécifier les différences.

2Dans le domaine de l’eau, certains travaux sur les communs sont ciblés sur la gouvernance des ressources et des infrastructures hydrauliques (barrages, périmètres irrigués), en se référant souvent aux travaux fondateurs d’Ostrom. Par ailleurs, peu de travaux ont abordé les services d’eau potable comme communs, ou alors ils le font du point de vue de leur gestion ou de leur coproduction : ils discutent une « troisième voie » qui serait une alternative aux échecs de la gestion publique centralisée ou de la gestion déléguée au privé. Mais les chercheurs dont les travaux portent sur les ressources en eau citent rarement ceux qui analysent la gouvernance des services, et inversement.

3Cette déconnexion ressource-service s’accompagne souvent d’une dissociation spatiale entre territoires rural et urbain (Hommes et alii, 2019). Or, des conflits identifiés en milieu rural sont parfois liés à des enjeux de répartition des ressources en eau pour approvisionner les grandes villes. La question de la hiérarchisation entre des critères d’équité dans l’accès à l’eau potable pour tous et ceux de protection des ressources en eau est rarement explicitée. Cette déconnexion entre ces dimensions du commun (urbain/rural et ressource/service) nous paraît être le signe d’un besoin de renouvellement de l’analyse de l’eau comme commun.

4Notre objectif n’est pas d’analyser un commun observé (l’eau comme ressource ou comme service), mais de proposer une déconstruction, puis une reconstruction analytique du commun à partir de cas spécifiques dans des territoires situés au Burkina Faso et en Indonésie.

5Dans un premier temps, nous montrons qu’il existe plusieurs lectures analytiques du commun eau : il peut être considéré comme un élément exogène (une ressource déjà là), un construit social ou un processus. De notre point de vue, la différence entre ces conceptions renvoie à des façons particulières de mobiliser la dimension politique du commun, parfois « oubliée » dans l’analyse. Cette dimension a été intégrée à part entière dans les travaux de Dardot et Laval (2017) où le commun est un principe politique de réorganisation de la société. Nous revisitons cette approche en rattachant la dimension politique à la question des valeurs. Nous qualifions d’endogènes les valeurs qui sont « encastrées » (Granovetter, 1985) dans des rapports sociaux, dans un territoire, et d’exogènes celles qui sont déconnectées de la société dans laquelle elles s’insèrent (par exemple celles véhiculées par des modèles voyageurs, Olivier de Sardan, 2021). Pour construire notre argumentaire, nous identifions tout d’abord les composantes du commun (la gouvernance, les usages et les infrastructures), puis nous montrons leur articulation dans une perspective dynamique. La référence aux valeurs permet enfin de comprendre les représentations autour du commun territorialisé.

6Ce processus est interrogé, dans un second temps, à partir d’une entrée par les conflits au regard de deux terrains, au Burkina Faso et en Indonésie. Ces conflits traduisent des moments d’incohérence entre différentes représentations [1] du commun que nous associons à des enjeux de valeurs. Les terrains illustrent des configurations contrastées de déconnexion (entre ressource/service, urbain/rural), et donc des conflits de valeur autour de la représentation du commun.

Du commun comme donné, construit ou processus : l’enjeu de la politisation

7La littérature sur les communs, très prolifique, touche des domaines hétérogènes (ressources matérielles ou immatérielles, dispositifs de gestion, analyses spatialisées comme dans le cas de communs urbains) sans que le terme « commun » ne soit systématiquement discuté.

8Le but de notre revue de littérature n’est pas de revenir sur cette hétérogénéité, ni même de faire une lecture critique de telle ou telle vision du commun que d’autres ont réalisée. En effet, les approches critiques francophones qui nous intéressent ici sont nombreuses (Baron, Petit, Romagny, 2011 ; Allaire, 2013 ; Chanteau, Labrousse, 2013 ; Dardot, Laval, 2015 ; Buchs et alii, 2019). Notre contribution porte plutôt sur les enjeux de compréhension de la notion de commun pour la mettre en perspective avec différents cadres institutionnalistes, en partie liés aux travaux d’Ostrom. Nous montrerons que cette pensée mobilise une pluralité d’approches, notamment en économie et en géographie, mais qu’elle reste ancrée dans le cadre prédominant de l’analyse économique. Elle enferme le regard dans une vision instrumentale du commun, écrasant sa dimension politique. Notre cheminement théorique et analytique nous permettra de comprendre l’enjeu de la politisation du commun et nous amènera à proposer une grille de lecture du commun fondée sur trois dimensions territorialisées (la gouvernance, les usages et les infrastructures).

De la lecture économique des communs à sa construction sociale et territoriale : une première forme de politisation

9À l’origine de la définition des communs, on trouve des catégories économiques comme celles de Samuelson en termes d’excluabilité et de rivalité, reprises par Ostrom, ou d’Hardin en termes de rareté et d’appropriation (Samuelson, 1954 ; Hardin, 1968 ; Ostrom 1990). Ces approches ont structuré les débats sur les catégories économiques considérées comme pertinentes pour une analyse des communs : l’accès, les droits de propriété, la gouvernance et la régulation. Elles sont le point de départ de la plupart des travaux sur les communs qu’ils émanent d’économistes, de géographes, voire d’anthropologues (Mosse, 2008). Ceci peut donner l’impression d’une domination des catégories économiques, y compris dans la critique formulée par Ostrom sur les travaux d’Hardin [2].

10La plupart des commentateurs du débat Ostrom/Hardin considèrent comme actées la dichotomie des formes de gestion entre État et marché, et la gestion commune comme troisième voie. Ils n’interrogent pas le fondement paradigmatique de ces modèles qui repose sur une vision économique (qu’on peut qualifier de « standard ») des biens et du commun (Dardot, Laval, 2017). Des auteurs, dans le champ de la socio-économie, introduisent pourtant une dimension critique en soulignant les difficultés de l’approche standard à intégrer à part entière la dimension sociale [3], notamment dans le domaine de l’eau. Ces travaux critiques font écho à ceux de la géographie sociale de l’eau et à certaines approches des services en réseau qui insistent sur la construction sociale et territoriale des formes de gestion de l’eau en commun.

La critique sociale du paradigme de Samuelson de l’eau comme bien

11Les travaux de socio-économie [4] proposent, à la différence de ceux en géographie sociale, des contributions essentiellement théoriques et analytiques. Ils interrogent la place du social dans l’analyse des phénomènes économiques que l’approche économique standard considère comme exogène. La socio-économie endogénéise le social en le considérant comme un construit (Caillé, 1986 ; Steiner, Vatin, 2013). Dans le domaine de l’eau, Harribey (2011) insiste sur l’importance de la construction sociale du statut de la ressource : « Finalement, le statut de l’eau ne tient pas à sa qualité soit d’être une ressource naturelle, soit d’être rare, mais il tient à la construction sociale autour d’elle » (Harribey, 2011 : 37).

12Si ces courants de la socio-économie enrichissent les approches sur les communs, ils ne mettent pas au centre de leur discussion la question du processus de construction du commun qui pourtant constitue un élément fondamental de la compréhension du commun. Cette construction sociale est ainsi référée à des valeurs situées en amont ou à l’extérieur du modèle (par exemple, le statut du bien en référence à l’univers marchand, ou les formes d’échanges montrant des effets de marchandisation de biens non marchands, etc.). Ces valeurs, qui sont donc « exogènes » au sens où nous l’entendons, vont par exemple fonder un régime d’appropriation, d’usage ou d’échange des ressources.

13Bien que s’inscrivant dans la critique de l’économie standard (Bidet, Jany-Catrice, Vatin, 2015), la socio-économie reste dominée par des catégories et grilles de lecture de l’économie. Ces catégories formatent la mise en politique de l’économique. La socio-économie analyse en effet les processus de création de richesse, de répartition et de consommation, ainsi que les normes de régulation du point de vue des rapports sociaux qui les constituent. Les rapports économiques sont encastrés dans des rapports sociaux. Ainsi, politiser l’économie, dans la socio-économie, cela signifie s’inscrire contre la naturalisation des concepts économiques caractéristiques de la théorie standard [5].

14Il s’agit donc d’une approche du social comme construit qui constitue un premier décentrement du regard sur la politisation, sans toutefois y inclure toutes les dimensions qui nous paraissent centrales dans notre vision du commun, en particulier les dimensions processuelles, les valeurs et la question spatiale.

Du construit social au construit territorial

15À la différence des approches socio-économiques, rares sont les travaux en géographie sociale qui discutent et remettent en cause les fondements théoriques et épistémologiques des communs, considérant probablement qu’ils relèvent essentiellement de l’économique. Ces travaux abordent les communs à partir d’un enjeu plus large, spatial et social, et sont centrés sur les questions de gouvernance.

16Dans le domaine de l’eau, un clivage existe entre les travaux de géographes qui portent sur la gouvernance des ressources en eau et ceux sur les services d’eau. Certains auteurs tentent néanmoins d’analyser la connexion entre ces champs, en mobilisant parfois la littérature sur les communs (Barraqué, 2018 ; Valette, Baron, 2020).

17Des travaux en géographie ont documenté, à partir de nombreuses études de cas, la diversité des formes de gouvernance des ressources en eau en milieu rural dans les Suds. Ils ont mobilisé, de façon plus ou moins explicite et critique, les approches sur les communs. Le courant de la Gestion sociale de l’eau d’irrigation (Sabatier, Ruf, 1992 ; Aubriot, 2020) a montré l’efficacité de formes de gouvernance dites « traditionnelles », fondées sur des règles de gestion communautaire, considérées comme relevant du commun. Dans le contexte des réformes du secteur de l’eau et des grands projets d’infrastructures hydrauliques, ces travaux analysent la manière dont ces modes de gestion locaux ont été déstructurés. Cette « troisième voie », entre État et Marché, a été marginalisée dans le contexte de la prégnance de visions de l’eau comme bien économique, visions véhiculées par des modèles internationaux comme la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) (Molle, 2012).

18Dans le champ urbain, la thématique des services (eau, assainissement, déchets, énergie) dans les Suds est abordée à partir de grilles de lecture qui mettent la focale sur la gouvernance et les jeux d’acteurs, ainsi que sur la gestion d’infrastructures dans un contexte mondialisé. Divers travaux ont discuté leur impact sur la fragmentation urbaine (Jaglin, 2005). Les formes d’organisation et de gestion des services d’eau ont longtemps été caractérisées à partir de trois critères, la centralité de la fourniture, la gestion en monopole public et une gouvernance tutélaire autour de réseaux centralisés soumis à des critères socio-techniques d’efficacité (Coutard, 2010, Jaglin, 2005). Ce modèle centralisé a été disqualifié dans les années 1990, en pointant son inefficacité (mauvais entretien des réseaux et pertes, corruption etc.), au profit de la diffusion du modèle de partenariats publics privés (PPP). La délégation à de petits opérateurs privés a aussi été préconisée dans le cas de mini-réseaux décentralisés dans des villes où le réseau ne pouvait pas desservir les périphéries urbaines précaires (Jaglin, Zérah, 2010). Cela a donné lieu à une vaste littérature critique (McDonald, Ruiters, 2012) avec des références au droit à l’eau, mais plus rarement à la notion de communs (Bakker, 2007). De leur côté, les travaux sur la coproduction des services d’eau impliquant des collectifs urbains auto-organisés utilisent la littérature sur les communs (de Gouvello, 2019 ; Le Gouill, Poupeau, 2020), mais sans mettre en débat ce lien entre coproduction et commun (Ranzato, Moretto, 2018). Ainsi, la problématique des communs a certes donné lieu à des recherches récentes sur les services urbains, mais elle n’a pas été vraiment mobilisée pour interpréter les conflits de valeurs qui renvoient, eux, à ce que nous appelons la politisation du commun.

19Les travaux d’Ostrom apportent, de ce point de vue, une contribution spécifique permettant une première analyse de la politisation du commun.

Le commun comme processus : vers la compréhension de la question de la politisation

20Parler de politisation, dans une approche d’économie critique, nous conduit à retenir une démarche institutionnaliste qui accorde une grande importance aux conflits, règles et régulations.

21Ostrom s’inscrit dans un courant particulier de l’institutionnalisme (le néo-institutionnalisme) qui s’intéresse aux enjeux de coordination, c’est-à-dire aux dispositifs institutionnels permettant d’assurer le bon fonctionnement des organisations humaines formelles ou informelles. Ce courant n’interroge pas, à l’inverse de la pensée institutionnaliste dite historique (Commons, 1934), les normes et valeurs fondatrices des institutions déployées à différents niveaux de légitimation [6]. Néanmoins, Ostrom opère un saut conceptuel par rapport à l’économie standard en considérant les biens communs comme des ressources dont il faut organiser les usages. Elle s’intéresse au processus de construction de ces communs que G. Allaire analyse comme « des éléments liés à des ordres institutionnels de règles » (Allaire, 2013). Le modèle Institutional Analysis and Development (IAD), par exemple, détermine le contexte de construction des règles et propose une action de changement des règles appelée changement institutionnel (McGinnis, Ostrom, 2014). On est bien dans le processus et la dynamique, et dans une vision politique à travers la compréhension du mécanisme de changement des règles.

22Mais cette vision politique reste instrumentale. Les règles s’adaptent à des contextes ou des conflits (Ostrom, 1990 ; 1992) [7]. L’adaptation s’opère par les acteurs qui ajustent leur comportement à la nouvelle situation créée par un conflit. Cette capacité d’ajustement repose sur des propriétés d’homogénéité des comportements, comme l’homogénéité des préférences ou la confiance qui vont structurer la forme de la gouvernance (Bravo, Marelli, 2008). Cette homogénéité des comportements suppose que les valeurs qui guident l’action sont partagées par les acteurs.

23Le commun est donc bien un processus, mais il s’inscrit dans un cadre pré-défini, qu’il s’agisse d’une société en milieu rural (cas du Népal ou de Bali, Ostrom, Basurto, 2013) ou urbain (cas des déchets, Cavé, 2018). Parler de cadre prédéfini signifie que ni la finalité de l’action collective, ni les valeurs du collectif ne sont interrogées.

24Nous avons tenté, dans ce point, de déconstruire la notion de commun, à partir des visions économiques dominantes. La référence à Ostrom et à la pensée critique en économie a permis d’introduire les enjeux de politisation qui relèvent néanmoins d’une vision « instrumentale » de la politisation. Celle-ci met l’accent sur la recherche de règles de gouvernance du commun sans interroger le cadre de construction des valeurs qui sous-tendent l’action collective.

25Pour dépasser cette vision instrumentale, nous proposons de changer le regard sur le commun et de l’aborder comme un processus, en considérant le secteur de l’eau (ressources, service). La revue de la littérature conduit à identifier trois composantes interdépendantes du commun eau : la gouvernance, les usages et les infrastructures que nous présentons tout d’abord (analyse statique du commun). L’idée de processus renvoie ensuite à l’analyse de l’articulation entre ces trois composantes et son évolution (dynamique). Ceci permet enfin de comprendre la cohérence du processus de construction du commun fondée sur les valeurs et la finalité qui guident l’action collective.

Les trois composantes du commun eau et leur articulation

26L’eau comme commun territorialisé est structuré autour de trois composantes : la gouvernance, les usages et les infrastructures qui présentent une articulation complexe (schéma 1).

Schéma 1

Composantes du commun eau

Schéma 1

Composantes du commun eau

Réalisé par Auteures et P. Texier, 2021

27L’eau est une ressource vitale dont il faut organiser les usages à l’échelle d’un groupe social : cette organisation passe par les modes d’accès, la répartition des flux, le financement des investissements ou des coûts d’accès. Ces usages peuvent donner lieu à des conflits d’usage tels qu’étudiés classiquement dans la littérature mais aussi à des conflits sur les valeurs qui conditionnent ces usages, comme nous le montrerons dans nos deux terrains. Par ailleurs, les infrastructures matérielles permettent la circulation du flux, structurent des territoires et marquent les paysages. Nous distinguons les infrastructures matérielles (forages, réseaux, barrage) du dispositif socio-technique, médiateur entre rural-urbain, ressources-services, que nous qualifions « d’équipement médiateur » (schéma 2 ci-dessous).

28Pour autant, l’eau ne peut être mise à disposition d’un territoire sans une construction des règles de gouvernance : la gouvernance est mobilisée pour résoudre les conflits, s’accorder sur des règles ou organiser le monitoring (Ostrom, 1990). Ces règles s’inscrivent dans des contextes historiques et institutionnels spécifiques et vont permettre, encadrer et limiter l’action collective (Commons, 1934).

29Ces trois composantes structurent le commun eau à la fois en milieu rural et urbain. Par exemple, dans les espaces ruraux, l’usage et la répartition de l’eau d’irrigation s’appuient sur des dispositifs organisationnels et institutionnels, mais aussi matériels (canaux d’irrigation dont l’organisation et la gestion mobilisent un ensemble de règles héritées). En milieu urbain, le service d’eau en réseau nécessite à la fois des infrastructures et une régulation des accès (Coutard, 2010). La connexion entre les territoires (urbain, rural) est assurée par les équipements (la matérialité) et l’ingénierie spatiale qui s’y déploie.

30Ces trois composantes nous semblent pouvoir constituer le socle de la grille de lecture du commun eau qu’il s’agisse de la ressource ou du service. Mais cette vision statique ne permet pas de relier le commun au projet politique qui le fonde d’où le recours à une vision dynamique.

31Si l’on considère la dynamique (schéma 1), deux types d’articulation entre ces trois composantes doivent être distingués.

32Le premier renvoie aux relations entre les composantes que l’on appellera relations de médiation (flèches doubles du schéma 1). Les composantes « usages » et « infrastructures » sont reliées par l’accès (permis par les infrastructures) et par les attentes qui sont fonction de l’usage que les individus souhaitent faire des infrastructures. Les usages génèrent des conflits qui sont régulés par des modes de gouvernance. Les infrastructures sont socialement construites par les règles de gouvernance et des choix politiques, mais ces dernières constituent une contrainte (notamment matérielle).

33Le second rend compte du lien fonctionnel entre les trois composantes (flèches centripètes du schéma 1) qui vont des composantes au commun eau territorialisé. La composante « infrastructures » renvoie à l’organisation du prélèvement, du traitement et de la distribution de l’eau du point de vue socio-technique. La composante « usages » permet d’analyser les principes de répartition de l’eau disponible en fonction de sa quantité et de sa qualité, selon la diversité des usages (domestique, irrigation, industriel, etc.). Enfin, la composante « gouvernance » concerne les modalités de la coordination entre les parties prenantes (publiques, privées, associatives) afin d’assurer l’équité dans l’accès et la préservation de la ressource.

34Dans une perspective idéal-typique, une articulation cohérente entre les trois composantes permettrait de comprendre le processus de construction du commun eau territorialisé.

35Notre grille de lecture donne ainsi des clés pour appréhender, sous un angle original, la connexion entre ressources (préservation), services (production et distribution, équité) d’eau et logiques spatiales. Il en découle une conception du territoire au-delà de la scission traditionnelle entre urbain et rural.

36Cependant, la réalité observée montre plutôt des incohérences qui se manifestent à travers des conflits. Ces derniers sont révélateurs d’incohérences dans les représentations et les usages du commun. Ils constituent, selon nous, les manifestations de points de rupture au cours du processus de construction du commun. Nous n’analysons donc pas les conflits comme des conflits d’usage, mais comme des marqueurs de rupture dans la représentation du commun qui signale un conflit plus profond autour des valeurs portées par le commun. En ce sens, le conflit révèle la nature du commun et les valeurs sous-jacentes.

Les valeurs : concept clé de l’analyse du commun

37La notion de commun repose le plus souvent sur une vision économique, mais elle doit être élargie au champ du politique pour comprendre le processus. Nous mobilisons les travaux de Dardot et Laval (2015, 2017) car ils partent du point de vue économique sur les communs pour resituer progressivement la discussion dans le champ du politique et des valeurs.

38Dans leur approche du commun, Dardot et Laval font une distinction entre perspectives normative et positive du commun. Employer le terme « commun » fait référence à une approche positive. Dans ce cas, l’interrogation porte sur une organisation sociale spécifique (marchande ou non marchande), associée à des objets qualifiés alors de commun.

39Néanmoins, les économistes font aussi référence à la notion de « bien commun », parfois confondue avec le terme de « commun ». Cette appellation situe la pensée dans un registre normatif qui s’inscrit dans le champ du choix social [8]. Cette distinction entre vision positive et normative, bien que consensuelle en économie, est rarement mobilisée dans les débats sur le(s) commun(s).

40Aux deux formes de valeur précédemment mentionnées (valeur d’usage et valeur d’échange), Dardot et Laval ajoutent une valeur éthique qui renvoie non pas aux biens, mais aux personnes et aux droits humains. On change alors de cadre d’analyse : le commun est référé à un registre de légitimité politique. Il est institué par un processus de choix politique ; la société fait le choix de ce qui relèvera du commun ou non.

41La discussion ouverte par Dardot et Laval fait écho à une différenciation du statut des institutions en économie qui se reflète dans les deux manières de voir le commun. Une première vision, instrumentale, renvoie à un principe de gestion sans référence à des principes normatifs supérieurs : le commun est un simple dispositif de règles. Une seconde acception, à laquelle adhèrent Dardot et Laval, voit le commun comme institué par un principe politique : par exemple un choix légitimé par un vote.

42Ce principe général d’institution du commun s’accompagne d’une proposition de différenciation d’échelles de légitimité du commun. À l’échelle de la société, la plus élevée, on est dans le registre de l’institué. À une échelle plus opérationnelle, le commun peut être institutionnalisé (par des dispositifs institutionnels incarnés dans des politiques publiques), mais il n’est pas institué. Il s’inscrit dans un registre de légitimité « inférieur ».

43Notre approche se situe plutôt à une échelle opérationnelle, celle du projet, qui correspond donc à ce registre de légitimité. Les institutions reflètent, à cette échelle, des choix politiques et les valeurs qui y sont associées.

44Pour comprendre la dynamique du commun, on a alors besoin de s’interroger sur l’origine des valeurs (marchandes, d’usage, éthiques) sur lesquelles s’appuient les représentations du commun. Les représentations s’incarnant dans l’action, ceci nous conduit à nous demander si l’action collective « organisatrice » est définie par rapport à des valeurs déjà là (valeurs exogènes, non interrogées) ou des valeurs à construire au cours du processus (valeurs endogènes). Ces valeurs dites « endogènes » prennent en compte l’historicité ou l’identité du groupe, et sont encastrées dans le territoire.

45L’action collective (qui relève de l’intention) se décline concrètement sous forme de projets qui se définissent par rapport à la finalité et aux valeurs. La finalité peut être endogène (c’est-à-dire définie par le groupe) ou exogène (c’est-à-dire importée de l’extérieur du groupe). On peut prendre l’exemple d’un projet de fourniture d’eau potable qui aurait pour finalité d’approvisionner des quartiers urbains selon des critères de solvabilité définis par un bailleur. Les valeurs de référence sont celles de la rentabilité économique et de l’efficacité technique définies dans un cadre international d’où le qualificatif d’exogène à la fois pour la finalité et les valeurs.

46Finalité et valeurs peuvent relever de registres (endogène, exogène) différents. Par exemple, dans le cas de co-construction d’un projet, la finalité est endogène. Néanmoins, les valeurs portées par l’action collective peuvent, elles, être exogènes (par exemple définies par le marché) ou endogènes (par exemple définies par le collectif qui agit). Dans le cas d’un projet local d’irrigation, le projet peut être conçu et co-construit suivant des besoins et enjeux définis par les acteurs locaux (finalité endogène). La mise en place de comités de gestion peut renvoyer à des normes fixées en dehors du groupe (critère de formalisation par écrit de comptes rendus d’assemblées par exemple) traduisant des valeurs exogènes ; elle peut au contraire s’appuyer sur des normes définies à l’échelle du groupe (délibération collective sans formalisation écrite) ce qui reflète des valeurs endogènes.

47Pour révéler les valeurs sur lesquelles se fonde le commun, leur nature (exogène/endogène) et les finalités de l’action (exogène/endogène), une observation des conflits est pertinente sur le plan méthodologique. Nous cherchons ainsi à aller au-delà d’analyses qui mettent uniquement la focale sur l’usage dans la mesure où un conflit d’usage n’est pas nécessairement l’expression d’un conflit de valeurs.

48Notre analyse est mise à l’épreuve dans le cadre de deux études de cas aux contextes et enjeux contrastés.

La construction territoriale du commun : les cas du barrage de Ziga (Burkina-Faso) et de l’exploitation de l’eau potable dans le bassin du Klaten (Indonésie)

49Afin d’incarner cette construction procédurale du commun eau, nous présentons deux terrains, en Indonésie (Java) et au Burkina Faso. Après avoir présenté les trois dimensions du commun eau pour chacun des terrains, la mise en évidence de conflits nous permet de nous inscrire dans une vision dynamique (point 1). Nous repérons alors les incohérences dans le processus de construction du commun en soulignant des conflits de valeurs qui l’entravent. La dimension politique du commun est mise en évidence à partir d’une discussion sur les valeurs endogènes et exogènes qui structurent les territoires de l’eau ; elle renvoie à la notion de commun territorialisé que nous avons retenue (point 2). Ainsi, l’originalité de notre approche réside dans la compréhension de la construction d’un commun territorialisé, sans s’attacher à l’étude précise des acteurs et de leurs représentations.

Des dimensions constitutives du commun contrastées

50Au Burkina Faso, notre terrain d’étude [9] est le sous-bassin de Ziga dans le bassin du Nakanbé, sur le plateau central, en territoire mossi [10]. Dans cette région, les ressources en eaux souterraines et de surface sont soumises aux aléas climatiques. Ce territoire est structuré par le barrage de Ziga qui approvisionne la capitale, Ouagadougou (environ trois millions d’habitants), située à 40 kms, d’où une forte pression sur les ressources en eau. La zone comprend aussi des villes secondaires, des villages et des activités économiques (maraichage, exploitations minières). Bon nombre de ces activités engendrent une pollution des ressources.

51En Indonésie, nous avons identifié la région du Klaten (île de Java) [11] car elle est considérée comme l’un des greniers à riz d’Indonésie, les paysans pratiquant trois récoltes par an dans les périmètres irrigués (Lidon et alii, 2016). Cette politique d’intensification agricole a été qualifiée de réussite (Maurer, 1990), mais elle va de pair avec une surexploitation et une pollution des ressources en eau. Ainsi, malgré une pluviométrie importante, des problèmes de disponibilité de la ressource pour l’irrigation ont émergé dans les années 1990. Parallèlement, Aqua, filiale de Danone et principal fournisseur d’eau en bouteille dans le pays, a installé son usine dans le Klaten en 1999 et pompe l’eau à partir d’un forage profond. Par ailleurs, un canal avait été érigé dès 1920 pour relier le bassin du Klaten et la ville de Solo (Province Centre Java, 500 000 habitants).

Des modèles internationaux de gouvernance de l’eau porteurs de valeurs exogènes

52Ces deux terrains présentent, chacun, des caractéristiques singulières, mais ils sont tous les deux modelés par des enjeux d’eau qui interrogent les valeurs et les représentations qui les fondent.

53À l’échelle internationale, le secteur de l’eau a été particulièrement marqué par des réformes fondées sur des valeurs « importées », exogènes. Le Burkina Faso, pays sous régime d’aide, a mis en place de nombreuses réformes financées par les bailleurs (Banque Mondiale, Agence Française de Développement, Coopérations suédoise et danoise). L’Indonésie, pays émergent, a bénéficié de prêts dont un de la Banque mondiale [12] lui imposant la refonte du secteur et une nouvelle loi sur l’eau (Hadipuro 2010 ; Valette, Baron, 2020).

54Ces réformes ont touché, de manière différenciée et déconnectée, le secteur de l’eau potable d’un côté, et celui des ressources en eau de l’autre.

55Dans le domaine des services urbains d’eau potable, un discours critique sur l’inefficacité de la gestion publique a servi de justification à la diffusion, dans les années 1990, du modèle de délégation de la gestion des services d’eau à des opérateurs privés (partenariats public-privé, PPP). Le Burkina Faso a refusé ce modèle dans le cas de l’approvisionnement des grandes villes, assuré par une entreprise publique (l’ONEA, Baron, 2014) avec l’argument que les valeurs du modèle PPP étaient contraires à celles du service public. Il l’a néanmoins adopté pour les autres villes qui peuvent déléguer la gestion à de petits opérateurs privés, sans que les autorités publiques ne perdent pour autant leur fonction de régulation. L’Indonésie a fait le choix de retenir ce modèle de PPP dans plusieurs villes, avec le cas emblématique de Jakarta (Bakker, Kooy, 2011) où ce PPP a été remis en cause par l’État sous pression des militants de la société civile. Ces derniers contestaient une vision marchande de l’eau et défendaient une vision de l’eau comme « bien social » en conformité avec la Constitution (Lobina, Weghmann, Marwa, 2019 ; Valette, Baron, 2020).

56Pour ce qui concerne les ressources, le modèle de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE), conçu lui aussi dans les arènes internationales dans les années 1990, a été diffusé dans les Suds, le Burkina Faso étant présenté comme une « success story » (Baron, Siri, Belbéoc’h, 2018). De nombreux travaux ont montré le décalage entre le modèle de GIRE et sa mise en œuvre (Molle, 2008 ; Mehta, Movik, 2014), en discutant les principes qui le fondent, à savoir la participation de tous les acteurs, et en particulier des femmes, la qualification de l’eau comme bien économique et le bassin versant comme échelle de gestion pertinente (Petit, Baron, 2009). La GIRE promeut une approche consensuelle visant à éviter ou résoudre les conflits d’usage. Si certains principes de la GIRE pouvaient légitimer une vision partagée du commun (comme ceux de participation, concertation, valorisation des échelles locales), ils reposent pourtant sur des valeurs se référant à des normes exogènes pour les populations locales (bassin versant, politique de responsabilité sociale d’une entreprise privée, etc.). Cette dissonance entre des univers de référence incompatibles ne permet pas la construction d’une vision partagée. La protection de la ressource, objectif consensuel de la politique publique, ne peut donc être assurée.

57Notre grille de lecture nous permet d’identifier plus précisément les conflits de valeurs sous-jacents à ces modèles.

Une analyse comparative de nos deux terrains à partir des trois composantes du commun

58Nos deux terrains se rapportent à des enjeux d’eau différents. Dans le Klaten (Indonésie), l’enjeu porte sur la quantité d’eau à fournir afin d’assurer une production agricole à forts rendements, mais aussi sur l’approvisionnement d’une partie de la ville de Solo. La bonne qualité des eaux souterraines a incité une entreprise, Aqua, à y implanter son usine afin d’utiliser les sources pour produire l’eau en bouteille [13]. Dans le sous-bassin de Ziga (Burkina Faso), l’enjeu porte sur l’approvisionnement en eau de la capitale à partir d’un barrage. Mais l’installation des agriculteurs sur les berges du barrage a engendré une pollution de l’eau qui impacte l’équilibre financier de l’entreprise publique (augmentation des coûts de traitement).

59La matérialité du commun eau, dans chaque cas, renvoie à des dispositifs socio-techniques, inscrits dans une histoire singulière et marqueurs d’une continuité entre rural et urbain, entre ressources et services d’eau. Une partie de la ville de Solo est approvisionnée par des eaux de source volcaniques via un canal (construit en 1920, période de la colonisation hollandaise). La mise en eau du barrage de Ziga au début des années 2000 et la canalisation principale qui relie le barrage à Ouagadougou ont permis de connecter deux territoires dissociés jusque-là, un à vocation rurale et une aire urbaine qui fait face à des ruptures de service, notamment en saison sèche. Dans les deux terrains, des forages permettent aux agriculteurs, mais aussi aux opérateurs publics et à Aqua de couvrir leurs besoins en eau.

60La diversité des usages caractérise les deux territoires. Dans le sous-bassin de Ziga, l’eau potable étant la vocation unique du barrage, des compensations ont été octroyées aux agriculteurs (aides financières et retenues d’eau, aujourd’hui asséchées). L’exploitation des eaux souterraines à partir de forages et l’installation illégale des maraichers le long des berges du barrage assurent les usages à vocation agricole. Dans le Klaten, les usages de l’eau sont à la fois pour l’eau agricole des périmètres irrigués, et pour l’eau potable à destination de Solo, des villages du bassin et pour la production d’eau en bouteille. Aqua, en cohérence avec la politique de Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE) de Danone, finance des actions de développement local (tourisme nautique, protection de la biodiversité). Parallèlement, on observe dans les deux terrains des usages de l’eau à des fins rituelles et symboliques. Ils sont le reflet de pratiques locales encastrées dans les territoires.

61Si l’on considère la gouvernance, dans le cas du sous-bassin de Ziga, l’Agence de l’eau du Nakanbé est supposée être l’acteur clé dans le sens où c’est elle qui assure la mise en œuvre des règles GIRE (Baron, Siri, Belbéoc’h, 2018). Une de ses missions est la constitution de Comités Locaux de l’Eau (CLE), instances de concertation regroupant l’ensemble des usagers. Mais cela a conduit à une marginalisation des associations locales, « communautaires ». Cependant, l’approvisionnement en eau de la capitale étant considéré comme un enjeu majeur, l’ONEA, l’entreprise publique d’eau, apparaît comme le véritable acteur clé qui oriente les décisions en matière de gestion des ressources.

62Dans le Klaten, la décentralisation (années 2000) a renforcé le pouvoir des gouvernements locaux (villes et départements) qui peuvent lever des taxes sur les ressources naturelles et les services d’eau. Ces changements institutionnels ont conduit à la constitution de nouvelles associations, entrainant une perte de pouvoir des structures locales (Laur, 2019). Par ailleurs, le PDAM Solo, compagnie semi-publique des eaux historiquement implantée dans le Klaten, approvisionne la ville et les populations de la région. Mais le manque de confiance des consommateurs dans la qualité de l’eau du PDAM explique la forte demande d’eau en bouteille produite notamment par Aqua qui structure la gouvernance par les divers dispositifs RSE qu’elle a financés.

Des conflits aux valeurs : vers une compréhension des enjeux de politisation du commun eau

63Le processus de construction du commun se caractérise par des relations complexes entre les trois composantes. Cette complexité peut être appréhendée à partir de l’analyse de conflits qui pointent des ruptures au cours du processus de construction du commun. Ils traduisent des éléments d’incohérence qui sont, de notre point de vue, la manifestation concrète d’une déconnexion entre ressources et services d’eau, entre urbain et rural, qui ne permet pas de penser l’eau comme commun territorialisé.

64Sur chaque terrain, le conflit et, par conséquent, les formes d’incohérence sont singulières. Au Burkina Faso, il est médiatisé par une infrastructure, le barrage, et oppose les acteurs institutionnels de la GIRE et l’ONEA à des maraîchers, pour préserver la qualité de l’eau afin d’approvisionner la capitale. En Indonésie, il oppose une entreprise privée (produisant de l’eau en bouteille) à des agriculteurs appuyés par des militants et à un opérateur public avec un enjeu de disponibilité d’eau en quantité suffisante pour des usagers urbains et ruraux.

Le barrage de Ziga : un conflit autour du mode d’approvisionnement de la capitale

65Le barrage doit permettre, en accord avec les règles GIRE, d’assurer un partage équitable entre une pluralité d’usages et la protection de la ressource. Cependant, le gouvernement a privilégié une hiérarchisation des usages, l’eau du barrage étant destinée exclusivement à l’eau potable pour la capitale. La canalisation qui relie le barrage à la capitale aurait pu jouer un rôle de médiateur en connectant des territoires (urbains, ruraux) dissociés jusqu’alors. Or, dans la réalité, la canalisation est un dispositif technique reliant un pôle (barrage) à un autre (Ouagadougou). Le dispositif technique n’est pas encastré dans un territoire ; il le traverse. Les populations riveraines sont dépossédées des ressources qui proviennent pourtant de leur territoire, ce qui a engendré des conflits.

66Dans le cadre de la GIRE, une bande de servitude matérialisée par des balises et déclarée « zone d’utilité publique », a été délimitée autour du barrage. Au motif de la préservation de la qualité de l’eau, les installations et activités agricoles ont été interdites. Dans les textes, la procédure de délimitation doit suivre une démarche participative et inclusive des populations, et être sanctionnée par un arrêté. Or ces deux principes n’ont pas été respectés et les populations locales contestent ce dispositif en s’installant sur les berges pour les cultiver. La police de l’eau intervient systématiquement, mais les maraîchers reviennent.

67Ces conflits traduisent la confrontation de valeurs et de finalités divergentes qui nuit à la représentation d’un commun eau territorialisé. En effet, deux visions antagonistes du territoire prévalent. Le territoire pertinent de gestion de l’eau de la GIRE est le bassin versant qui s’oppose aux représentations du territoire « encastré » des populations locales. De plus, la vision technique de la GIRE est matérialisée par des bornes qui délimitent la bande de servitude et manifestent une logique d’exclusion fondée sur la domination de normes étatiques. Elle entre en contradiction avec une vision symbolique et sacrée de l’eau et de la terre, composantes indissociables d’un système hydro-social (Linton, Budds, 2014). Ce sont les autels d’eau, matérialisation de cette vision sacrée, qui organisent le territoire. Ils renvoient à des systèmes complexes de savoirs, pratiques et représentations (Baron, Siri, Belbéoc’h, 2018). Dans ces territoires de l’eau, la gestion coutumière est aujourd’hui encore assurée par le chef de terre [14]. Or ces autorités n’ont pas été intégrées dans les structures de la GIRE (comités locaux de l’eau). Pourtant, les acteurs institutionnels font appel à eux, de manière informelle, comme médiateurs lorsque des conflits éclatent. Tout en acceptant de jouer ce rôle de médiateur, ces autorités contestent certaines règles de la GIRE (police de l’eau) et incitent implicitement les maraîchers à maintenir leur présence sur les berges.

68Le conflit traduit finalement une dissonance entre des valeurs portées par un dispositif international qui repose sur des valeurs exogènes (par exemple l’eau comme un bien), et un système de valeurs endogènes, lui aussi traversé par des contradictions. Or, pour penser la construction d’un commun eau territorialisé, une cohérence entre ces valeurs serait nécessaire.

L’action collective organisée par l’usine Aqua dans le Klaten : Conflits sur le mode d’exploitation et de distribution de l’eau

69Constatant un manque d’eau pour leurs exploitations agricoles, les maraîchers du Klaten ont accusé l’entreprise Aqua d’être responsable des pénuries d’eau en aval, d’où de violents conflits (années 2000). Le cas du Klaten est devenu emblématique des luttes pour le droit à l’eau, avec le soutien d’ONG internationales, d’associations militantes nationales et d’associations locales. Face à cette tension qui nuisait à son image, l’entreprise a commandé une étude hydrogéologique au CIRAD. Cette étude (Lidon et alii, 2016) conclut qu’Aqua n’utilise pas les eaux de surface mobilisées par les agriculteurs, mais pompe les eaux souterraines via des forages artésiens. Elle souligne par ailleurs des dysfonctionnements indépendants de l’entreprise : mauvais entretien des infrastructures et pertes d’eau ; non-respect des règles de partage ; corruption ; accroissement des surfaces pour la riziculture.

70Afin d’apaiser les conflits, Aqua a financé des activités de protection des ressources dans le cadre d’une politique RSE et a soutenu financièrement des organisations paysannes locales. Elle a également organisé des lieux de concertation (création du Pusur Institute), en cohérence avec les principes participatifs de la GIRE. Cette stratégie s’inscrit dans une approche managériale et instrumentale de la conflictualité avec pour objectif de dédouaner l’entreprise et de désamorcer les débats possibles en matière de gestion des ressources. Il en a résulté une marginalisation de la « voix » des paysans, des autorités villageoises et des militants de la société civile.

71Pour autant, la fin du conflit ouvert n’est pas synonyme de construction d’un commun eau territorialisé car les valeurs exogènes portées par Aqua (et donc sa maison-mère) ainsi que par la GIRE entrent en dissonance avec celles des populations locales. En effet, la gestion des périmètres irrigués, la maintenance, la régulation des conflits s’opéraient à l’échelle du village, et non du bassin versant, avec un acteur central, le ulu-ulu[15] (Laur, 2019) qui a été remplacé par les associations d’irrigants (P3A) [16]. Cette fonction, bien qu’officiellement supprimée, s’est maintenue dans les faits. Ainsi, les nouvelles structures de gouvernance illustrent la formulation de règles conçues dans d’autres arènes, de façon exogène, mais les règles endogènes perdurent et se sont adaptées.

72Les conflits de valeurs renvoient aussi à l’opposition entre une ressource eau produite et valorisée sur le plan économique (tourisme, eau en bouteille, etc.) et des représentations de l’eau qui s’inscrivent dans une vision locale, encastrée dans un territoire et un système de valeurs, en lien avec le Pancasila, principe philosophique fondateur de la société indonésienne.

73La fin d’un conflit ouvert ne signifie donc pas un consensus sur les valeurs diffusées par Aqua.

74Le schéma 2 ci-dessous synthétise notre vision du commun comme processus, fondée sur une reconnexion entre ressources et services d’une part, et rural et urbain d’autre part. Il constitue une synthèse analytique des deux études de cas afin de monter en généralité et d’identifier, visuellement, les éléments de reconnexion.

Schéma 2

Composantes territorialisées du commun eau et enjeux de reconnexion

Schéma 2

Composantes territorialisées du commun eau et enjeux de reconnexion

Réalisé par Auteures et P. Texier, 2021

75Ce schéma permet une étude comparative des deux études de cas à partir des composantes du commun et confirme leur caractère structurant pour définir le commun eau territorialisé dans des contextes contrastés.

76Trois échelles normatives se dégagent à la lecture du schéma, chacune étant associée à une déclinaison particulière et partielle de la reconnexion.

77La première renvoie à l’échelle internationale [17]. Certains acteurs clés, comme les acteurs institutionnels de la GIRE, disposent de moyens (politiques et financiers) pour concevoir des infrastructures qui permettraient de penser et mettre en œuvre la reconnexion. Ils sont porteurs de normes internationales a-territoriales et considérées comme universelles alors même qu’elles ne sont pas partagées. Ceci nous conduit à parler de déclinaison partielle de la reconnexion.

78La deuxième s’inscrit à l’échelle nationale. Les acteurs publics diffusent auprès des opérateurs (publics, privés) ces normes internationales et participent à leur mise en œuvre et à leur adaptation au sein de territoires. Ils pourraient contribuer à la reconnexion à cette échelle nationale mais nos cas d’étude soulignent leur faible pouvoir d’influence sur la modification des normes à l’international. Le schéma montre que leur pouvoir d’agir se situe essentiellement au niveau des équipements médiateurs qui font le lien entre rural et urbain, ressources et services d’eau. Il s’agit d’une reconnexion partielle, technique et non politique.

79La troisième concerne l’échelle locale. Une des études de cas montre qu’une entreprise privée mondialisée dispose d’une autonomie dans la production de normes et leur diffusion dans un cercle restreint. Cette entreprise s’appuie sur un réseau d’experts, finance des infrastructures et conçoit des arènes de concertation avec les associations locales. L’entreprise se comporte alors comme une institution qui formate l’univers normatif de référence. Cette production de normes par des acteurs privés (par exemple à travers les normes RSE) s’inscrit dans un processus de reconnexion. Mais cette reconnexion se construit dans un cadre conflictuel et restreint au périmètre des « parties prenantes » ce qui entrave sa pérennité.

80Si nos études de cas ont permis d’identifier des acteurs porteurs de normes endogènes (habitants, maraîchers, militants associatifs), ces derniers n’ont pas le pouvoir d’influencer les cadres normatifs dominants et donc d’élaborer des règles permettant d’assurer la connexion ressources-services d’eau, urbain-rural aux différentes échelles.

Conclusion

81Le point de départ de cet article repose sur une interrogation et un paradoxe soulevés à partir de la revue de la littérature sur l’eau comme commun. Elle fait en effet apparaître une dissociation entre des recherches conduites sur l’eau comme service et comme ressource ; de plus, les travaux sur l’eau en milieu urbain sont souvent déconnectés des enjeux d’eau en milieu rural. Or, cette déconnexion est rarement posée comme problème ou enjeu dans les travaux académiques. Pour pouvoir l’appréhender analytiquement et comprendre pourquoi cet objet d’étude « eau » est traité de façon hétérogène, une déconstruction de la catégorie « commun » appliquée à l’eau a été nécessaire. Nous avons pu alors proposer une approche renouvelée du commun eau à partir d’une analyse de ses composantes. La revue de la littérature nous a permis d’en retenir trois : la gouvernance, les usages et les infrastructures. Nous avons ensuite cherché à comprendre le processus de construction du commun en discutant l’articulation particulière, territorialisée, de ces composantes, et la politisation du commun qui suppose de s’interroger sur les valeurs et la finalité de l’action collective.

82L’un des apports de l’article a été de spécifier la nature exogène ou endogène des valeurs et finalités de l’action. Le terme d’exogène est utilisé lorsque l’action collective « organisatrice » est définie par rapport à des valeurs déjà là ; à l’inverse, des valeurs endogènes sont construites en cours d’action. Cet angle d’approche permet de faire ressortir les dissonances sous-jacentes. Elles se manifestent par des conflits lors de la mise en œuvre de politiques publiques ou de projets portés par des acteurs privés ou associatifs.

83L’application de notre cadre analytique aux terrains montre des déclinaisons très contrastées de cet enjeu de construction du commun que ce soit du point de vue des composantes, de leur articulation, et finalement de la nature des valeurs en jeu. Une cause récurrente de conflits qui entrave le processus de construction du commun eau et de reconnexion provient de l’exogénéité des valeurs qui guident l’action. Ceci est particulièrement visible dans le cas indonésien pour lequel l’acteur clé privé porte des valeurs entrepreneuriales et managériales qu’il souhaite étendre au territoire. Dans le cas du Burkina Faso, les acteurs clés, publics, sont eux aussi les vecteurs de valeurs exogènes à travers la diffusion de la GIRE. Nous avons montré que ceci conduit à des formes de reconnexions partielles. Des valeurs endogènes sont certes portées par certains acteurs (habitants, associations d’usagers ou militantes, etc.) au Burkina Faso et en Indonésie mais leur contribution au processus de construction d’un commun eau est marginalisée dans un contexte de rapports de pouvoir inégaux.

Remerciements

Nous remercions les trois referees et les éditeurs de la revue dont les commentaires nous ont permis d’améliorer la version initiale de cet article.

Notes

  • [1]
    Au sens de représentations collectives en référence aux travaux de Durkheim (1898), et non de représentations à l’échelle d’acteurs.
  • [2]
    Ostrom reproche à Hardin de confondre propriété et libre accès, et de ramener les formes de gestion à un choix entre gestion publique tutélaire (par l’État) ou privée (par le marché). Elle détermine des conditions dans lesquelles une gouvernance endogène serait possible. Elle définit ensuite un ensemble de critères permettant de mettre en œuvre et pérenniser des règles de gouvernance dans le cas de ressources communes.
  • [3]
    Citons par exemple les travaux d’économistes standards sur les partenariats publics privés où domine une analyse en termes d’efficacité économique (Auriol, Blanc, 2007).
  • [4]
    La socio-économie renvoie à un très large corpus. Nous retenons les travaux qui se centrent sur la question des rapports sociaux.
  • [5]
    Partir « à la recherche du politique dans l’activité économique suppose de saisir celle-ci dans son fonctionnement concret et son environnement social, de prendre en considération ses structures institutionnelles et ses formes de vie variées » (Bidet, Jany-Catrice, Vatin, 2015 : 11-12).
  • [6]
    L’approche de J.R. Commons (1934) propose une grille de lecture des processus d’émergence et de pérennisation des institutions en fonction du degré de légitimation croissant des règles, grille qu’Ostrom a partiellement reprise dans son modèle Institutional Analysis and Development.
  • [7]
    O. Petit (2011) propose une analyse rétrospective des travaux pionniers d’Ostrom.
  • [8]
    L’approche économique normative parle de bien-être. La théorie du choix social vise à comparer différents états sociaux de bien-être. Ces états ne peuvent être choisis par des règles positives car ils ne sont pas comparables entre eux (tout équilibre de marché est un optimum de Pareto, mais l’inverse n’est pas vrai). L’enjeu est donc de définir des règles d’équité (le juste) pour départager ces différents états de bien-être.
  • [9]
    Ce terrain a été retenu dans un projet de recherche sur la GIRE financé par l’Agence de l’Eau Seine Normandie, coordonné par C. Baron (2017-2021).
  • [10]
    Les Mossi sont l’ethnie majoritaire du pays.
  • [11]
    Ce terrain a été retenu dans un projet de recherche financé par le PHC Nusantara et l’Université Sebelas Maret de Solo, coordonné par C. Baron (2018-2019).
  • [12]
    Le prêt WATSAL, Water Resources Sector Adjustment Loan, en 1999, de 300 millions de dollars.
  • [13]
    L’Indonésie est l’un des plus importants marchés d’eau en bouteille (Prasetiawan, Nastiti, Muntalif, 2017).
  • [14]
    Au sein de chacune de leur zone d’influence, une distinction existe toujours entre le Naaba (le roi ou chef de canton), responsable du pouvoir politique, et le Teng’soba, chef de terre, descendant des premiers occupants.
  • [15]
    Agent administratif en charge de l’irrigation à l’échelle du village qui existait depuis la période coloniale (Ullah, Febriamansyah, Yonariza, 2017).
  • [16]
    Décret gouvernemental (n° 23/1982).
  • [17]
    Nous entendons les normes comme la traduction de valeurs. Par exemple, les normes internationales évoquées ici traduisent des valeurs que nous avons qualifiées d’« exogènes ».
Français

Cet article s’intéresse à la définition et à la construction du commun eau. L’examen de la littérature permet d’identifier une spécialisation des analyses sur le commun qui conduit à un cloisonnement dans le traitement des enjeux d’eau. Ces cloisonnements entrainent une déconnexion des travaux sous deux angles : une déconnexion entre des travaux sur l’eau ressource et ceux sur l’eau service ; et une déconnexion entre des travaux sur l’eau en milieu urbain et rural. Ce constat amène à interroger ce qui fonde la notion de commun eau. La plupart des recherches, fondées principalement sur la controverse Hardin/Ostrom, se réfèrent à une vision économique non interrogée de l’eau comme commun. Nous cherchons à déconstruire cette vision et repérons trois représentations du commun : le commun comme donné, le commun comme construit et le commun comme processus. Partant de l’idée du processus, nous identifions les éléments constitutifs du commun à partir d’une revue de la littérature. Trois composantes sont mises en évidence : les infrastructures, les usages et la gouvernance. Nous interprétons, à l’aide de cette grille, de manière comparative, des éléments d’incohérence entre ces dimensions constitutives du commun liés à des situations de conflits sur deux terrains, au Burkina Faso (Afrique de l’Ouest) et en Indonésie. Ces situations nous permettent de mettre au centre de notre analyse la politisation du commun. Nous discutons l’hypothèse selon laquelle la compréhension des dynamiques du commun suppose d’identifier les valeurs qui le fondent, les valeurs étant le marqueur de la politisation du commun. Une analyse croisant valeurs et représentations du commun est proposée à partir d’exemples tirés des cas d’étude. Une cause récurrente de dissociation et de conflits que nous avons pointée provient de l’exogénéité des valeurs et finalités qui guident l’action. En effet, quand elles sont exogènes, les valeurs peuvent entrer en frottement avec les organisations, les pratiques, les règles et les usages antérieurs. Les cas étudiés pointent l’importance des dispositifs organisationnels et matériels qui structurent les usages et informent la gouvernance.

  • construction du commun
  • service d’eau
  • ressource eau
  • politisation
  • Burkina Faso
  • Indonésie

Bibliographie

  • En ligneAllaire G., 2013, Les communs comme infrastructure institutionnelle de l’économie marchande, Revue de la régulation, N° 14, DOI: 10.4000/regulation.10546
  • Aubriot O., 2020. Les systèmes d’irrigation paysans à travers techniques et inscriptions territoriales. À propos de la co-construction eau-société, Mémoire d’Habilitation à Diriger les Recherches en Géographie, Soutenu à l’Université Paris Nanterre.
  • Auriol E., Blanc A., 2007, Public Private Partnerships in Water and Electricity in Africa, Working Paper 38, AFD, January, 31 p.
  • Bakker K., 2007, The “Commons” Versus the “Commodity”: Alter-globalization, Anti-privatization and the Human Right to Water in the Global South, Antipode, Vol. 39, N° 3, p. 430-455. DOI: https://doi.org/10.1111/j.1467-8330.2007.00534.x
  • Bakker K., Kooy M., 2011, Governance failure: urban water and conflict in Jakarta, Indonesia, in : Barraqué B. (ed.) Urban water conflicts, Paris, UNESCO Publishing / Taylor & Francis, Vol. 8, p. 95-219.
  • En ligneBaron C., 2014, Hybrid Water Governance in Burkina Faso: the ONEA experience, in : McDonald D. (ed.), Rethinking Corporatization and Public Services in the Global South, London&New York: Zed Press, p. 62-87.
  • Baron C., Petit O., B. Romagny B., 2011, Le courant des “Common-Pool Resources” : un bilan critique, in : Dahou T., Elloumi M., Molle F., Gassab M, Romagny B. (dir.), Pouvoirs, sociétés et nature au sud de la Méditerranée, Paris/Tunis : Editions INRAT/IRD/Karthala, p. 29-51.
  • Baron C., Siri Y., Belbéoc’h A., 2018, La Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) : Circulation d’un modèle et traductions contrastées de ses principes dans deux régions du Burkina Faso », Colloque international de l’APAD, Migrations, développement et citoyennetés, Roskilde University, Danemark, 23-25 May 2018.
  • Barraqué B. (dir.), 2018, Gestion durable de l’eau urbaine. Observations et échanges France-Brésil. Versailles. Editions Quae : NSS-Dialogues.
  • En ligneBidet A., Jany-Catrice F., Vatin F., 2015, Sociologie économique et économie critique : à la recherche du politique, Revue Française de Socio-Économie, Vol. hors-série, N° 2, 2015, p. 11-17. DOI: https://doi.org/10.3917/rfse.hs1.0011
  • En ligneBocquet D., 2018, Les communs comme concept et catégorie de pensée : complexité et polysémie du miroir historiographique, Espaces et sociétés, Vol. 175, N° 4, 2018, p. 183-188. DOI: https://doi.org/10.3917/esp.175.0183
  • Bravo G., Marelli B., 2008, Ressources communes, Revue de Géographie Alpine|Journal of Alpine Research, Vol. 96, N° 3, p. 5-14. DOI: https://doi.org/10.4000/rga.524
  • Buchs A., Baron C., Froger G. Peneranda A., 2019, Communs (im)matériels : enjeux épistémologiques, institutionnels et politiques, Développement durable et territoires, Vol. 10, N° 1. DOI: https://doi.org/10.4000/developpementdurable.13701
  • En ligneCaillé A., 1986, Splendeurs et misères des sciences sociales: Esquisses d’une mythologie. Genève, Suisse : Librairie Droz. DOI: https://doi.org/10.3917/droz.caill.1986.01
  • Cavé J., 2018, En quête des communs urbains : La gestion conflictuelle des déchets au Brésil, Revue internationale des études du développement, Vol. 233, N° 1, p. 117-137. DOI: https://doi.org/10.3917/ried.233.0117
  • Chanteau J.P., Labrousse A., 2013, L’institutionnalisme méthodologique d’Elinor Ostrom : quelques enjeux et controverses, Revue de la régulation [En ligne], Vol. 14 | 2e semestre / Autumn 2013, DOI: https://doi.org/10.4000/regulation.10555
  • Commons J.R., 1934, Institutional Economics. Its Place in Political Economy, New York, The MacMillan Company.
  • En ligneCoriat B., 2013, Le retour des communs. Sources et origines d’un programme de recherche, WP 2013-24. [En ligne] (Consulté le 25 août 2021) Disponible à l’adresse : http://www.mshparisnord.fr/ANR-PROPICE/documents.html
  • Coutard O., 2010, Services urbains: la fin des grands réseaux? , in : Coutard O., J-P. Lévy J.P. (dir.), Ecologies urbaines, Paris : Anthropos-Economica (Coll. Villes), p. 102-129.
  • En ligneDardot P., Laval C., 2015, Commun. Essai sur la révolution du 21e siècle, Paris : La Découverte.
  • Dardot P., Laval C., 2017, Commun, in Orsi F., Rochfeld J., Cornu-Volatron M. (dir.), Dictionnaire des biens communs, Paris, PUF, Quadrige, Dictionnaire.
  • de Gouvello B., 2019, Gouvernance des services d’eau et d’assainissement des villes boliviennes. Analyse du modèle de gestion coopérative au travers de l’exemple de SAGUAPAC (Santa Cruz de la Sierra, Bolivie), Notes Techniques AFD, N° 46.
  • Durkheim E., 1898, Représentations individuelles et représentations collectives, Revue de Métaphysique et de Morale, Tome 6, N° 3, p. 273-302.
  • Graefe O., 2014. Le fétichisme du bassin versant, aqueduc.info, Lettre N° 100, Septembre, p. 28-29.
  • En ligneGranovetter M., 1985, Economic Action and Social Structure: The Problem of Embeddedness, American Journal of Sociology, Vol. 91, Issue 3, November, p. 481–510. [En ligne] (consulté le 31 aout 2021) Disponible à l’adresse : https://www.jstor.org/stable/2780199
  • Hadipuro W., 2010, Indonesia’s water supply regulatory framework: Between commercialisation and public service?, Water Alternatives, Vol. 3, N° 3, p. 475-491. [En ligne] (consulté le 31 aout 2021) Disponible à l’adresse : https://www.water-alternatives.org/index.php/tp1-2/1879-vol3/143-issue3-3
  • En ligneHardin G., 1968, The tragedy of the commons, Science, N° 162, p. 1243-1248. DOI: 10.1080/19390450903037302
  • Harribey J-M., 2011, Le bien commun est une construction sociale, L’économie politique, Vol. 49, N° 1, p. 98-112. DOI: https://doi.org/10.3917/leco.049.0098
  • Hommes L., Veldwisch G.J., Harris L.M. & Boelens R., 2019, Evolving connections, discourses and identities in rural-urban water struggles, Water International, Vol. 44, N° 2, p. 243-253. DOI: https://doi.org/10.1080/02508060.2019.1583312
  • En ligneJaglin S., 2005, Services d’eau en Afrique subsaharienne. La fragmentation urbaine en question. Paris : CNRS éditions, 244 p.
  • Jaglin S., Zérah M.H. (dir.), 2010, Eau des villes : repenser des services en mutation, Revue Tiers Monde, N° 203, Juillet-Septembre. DOI: https://doi.org/10.3917/rtm.203.0007
  • Laur E., 2019. Perceptions, territoires et gouvernance des eaux du Pusur (Indonésie). Les systèmes d’irrigation traditionnels face aux modèles globalisés, Mémoire de M2, Sciences Po Toulouse.
  • En ligneLe Gouill C., Poupeau F., 2020, Gérer la pénurie, produire du commun, Revue de la régulation, 27 | 1er semestre/spring, mis en ligne le 30 juin 2020, consulté le 30 août 2021, DOI: 10.4000/regulation.16656
  • Lidon B., Sosiawan H., Triomphe B., Van Hoy M., Virgawati S., 2016, Danone Klaten «Integrated and Participatory Water Resources Management towards effective agricultural systems in Kali Pusur watershed», rapport du CIRAD, 118 p.
  • Linton J., Budds J., 2014, The hydrosocial cycle: Defining and mobilizing a relational-dialectical approach to water, Geoforum, Vol. 57, Nov., p. 170-180. DOI: https://doi.org/10.1016/j.geoforum.2013.10.008
  • Lobina, E., Weghmann, V., Marwa, M. 2019, Water justice will not be televised: Moral advocacy and the struggle for transformative remunicipalisation in Jakarta, Water Alternatives, Vol. 12, N° 2, p. 725-748. [En ligne] (consulté le 31 aout 2021) Disponible à l’adresse : https://www.water-alternatives.org/index.php/alldoc/articles/vol12/v12issue3/534-a12-2-17/file
  • En ligneMaurer J.L., 1990, Irrigation, riziculture et gestion de l’eau en Indonésie. La modernisation des traditions agrohydrauliques à Java et Bali, Revue de géographie de Lyon, Vol. 65, N° 1, p. 27-37.
  • En ligneMcDonald D. A., Ruiters G. (Eds.). 2012, Alternatives to privatization: Public options for essential services in the global South, New York, Routledge.
  • McGinnis M, Ostrom. E., 2014, Social-Ecological System Framework: Initial Changes and Continuing Challenges. Ecology and Society. Vol. 19, N° 2. DOI: https://doi.org/10.5751/ES-06387-190230
  • En ligneMehta L., Movik S., 2014, Flows and Practices: Integrated Water Resources Management (IWRM) in African Contexts. IDS Working Paper N° 438. Brighton: Institute of Development Studies.
  • Molle F., 2008. Nirvana concepts, narratives and policy models: insights from the water sector, Water Alternatives, Vol. 1, N° 1, p. 131-156. [En ligne] (consulté le 31 aout 2021) Disponible à l’adresse : https://www.water-alternatives.org/index.php/allabs/20-a-1-1-8/file
  • Mosse D., 2008, Collective action, common property, and social capital in South India: An anthropological commentary, in : Bardhan P. et Ray I.(eds)., The Contested Commons, New Delhi: Oxford University Press, p. 83-106.
  • Olivier de Sardan J.P., 2021, La revanche des contextes. Des mésaventures en ingénierie sociale en Afrique et au-delà, Paris, Karthala : Collection Hommes et sociétés.
  • Ostrom E., 1990, Governing the Commons. The Evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge: Cambridge University Press.
  • Ostrom E., Larry D., Schroeder L.D.,Wynne S., 1993, Institutional Incentives And Sustainable Development: Infrastructure Policies In Perspective. Boulder, Westview Press.
  • En ligneOstrom E., Basurto X., 2013, Façonner des outils d’analyse pour étudier le changement institutionnel, Revue de la régulation, 14 | 2e semestre / Autumn, consulté le 25 aout 2021. DOI: 10.4000/regulation.10437
  • Petit O., 2011, Gouvernance des aquifères en Californie et politiques publiques. Une analyse rétrospective des travaux pionniers d’Elinor Ostrom, Groundwater Conference, Orléans, 14-16 Mars. https://www.researchgate.net/publication/272261058
  • En lignePetit O., Baron C., 2009, Integrated Water Resources Management: From General Principles to its Implementation by the State. The case of Burkina Faso, Natural Resources Forum, 33:1, February, p. 19-59. DOI: 10.1111/j.1477-8947.2009.01208.x
  • Prasetiawan T., Nastiti A. and Muntalif B.S. 2017, ‘Bad’ piped water and other perceptual drivers of bottled water consumption in Indonesia”, WIREs Water, Vol. 4, N° 4, July/August. DOI: https://doi.org/10.1002/wat2.1219
  • Ranzato M., Moretto L. 2018, Water, energy, and waste services, Revue internationale des études du développement, Vol. 1, N° 233, p. 93-116. DOI: https://doi.org/10.3917/ried.233.0093
  • Sabatier, J.-L., Ruf T., 1992, La gestion sociale de l’eau. Bulletin N° 1 ‘La gestion Sociale de l’Eau’, Montpellier : ORSTOM/CNEARC, p. 5-8.
  • Samuelson P.A., 1954, The pure theory of public expenditure, The Review of Economics and Statistics, Vol. 36 N° 4, p. 387-389. DOI: https://doi.org/10.2307/1925895
  • Steiner P., Vatin F., 2013, Traité de sociologie économique. Paris : Presses Universitaires de France. DOI: https://doi.org/10.3917/puf.stein.2013.01
  • En ligneUllah R., Febriamansyah R., Yonariza Y, 2017, Challenges of Managing Natural Resources in West Sumatra Indonesia. In: Febriamansyah R., Yonariza Yonariza, Raza Ullah, Ganesh P. Shivakoti, Redefining Diversity & Dynamics of Natural Resources Management in Asia, Volume 4. Elsevier, p. 3-10.
  • Valette H., Baron C., 2020, Conflits de qualification et gouvernance des eaux en Indonésie. Une lecture institutionnaliste de la loi sur l’eau, Géographie Economie Sociétés, Vol. 22, N° 1, p. 35-59. DOI : https://doi.org/10.3166/ges.2020.0002.
Catherine Baron
Catherine Baron est Professeure des Universités en Aménagement de l’Espace et Urbanisme à Sciences Po Toulouse et chercheure au Lereps. Elle sera en délégation CNRS au LAVUE (Paris Nanterre) pour l’année universitaire 2021-2022. Spécialiste des problématiques liées à l’accès à l’eau potable dans les quartiers précaires de villes d’Afrique de l’Ouest (Burkina Faso, Niger) et d’Indonésie, ainsi que des politiques de gestion intégrée des ressources en eau, ses travaux mobilisent depuis de nombreuses années les grilles institutionnalistes, notamment pour analyser l’eau comme commun. Elle travaille en particulier sur la gouvernance des eaux (ressources et services) et la co-production des règles. Elle a coordonné de nombreux projets de recherche sur ces thématiques et a conduit des enquêtes de terrain dans des contextes contrastés en Asie et en Afrique de l’Ouest.
Muriel Maillefert
Muriel Maillefert est Professeure des Universités en Aménagement de l’Espace et Urbanisme à l’Université de Lyon 3 et chercheure à EVS (Environnement, Ville, Société), UMR 5600. Après avoir travaillé sur les institutions, l’action collective et les politiques publiques dans le domaine du travail et de l’emploi, elle s’est progressivement tournée vers l’analyse des enjeux du développement durable à l’échelle de territoires industriels. Elle a développé un ensemble de travaux sur l’écologie industrielle et territoriale et l’économie circulaire. Elle travaille aujourd’hui sur la question des nouveaux modèles économiques territoriaux, la valeur territoriale et les modèles de transition.
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire
Mis en ligne sur Cairn.info le 19/10/2021
https://doi.org/10.3917/flux1.124.0127
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour Université Gustave Eiffel © Université Gustave Eiffel. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...