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Revue française de psychanalyse

2001/3 (Vol. 65)


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Avec son titre La survivance [1][1]  La survivance, traduire le trauma collectif, Paris,... et son sous-titre “ Traduire le trauma collectif ”, le deuxième livre de Janine Altounian pose d’emblée trois niveaux psychiques : le concept avec la notion de survivance, le processus avec celle de traduction, et l’événement avec le trauma. Ces trois niveaux, pris ensemble dans le mouvement tout à la fois régrédient et progrédient, constituent, pour reprendre Pierre Fédida dans sa préface, “ l’écriture de la mémoire de l’événement dont on ne peut se souvenir ”.

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L’auteur avait, dans un premier temps, choisi un autre titre : « Traduire les restes », et un autre sous-titre : « La langue des survivants ». La traduction des restes institue une langue spécifique, celle que je me propose ici de nommer la langue de la fonction paternelle. C’est, en effet, le fil de la fonction paternelle que je vais suivre dans ma lecture de l’ouvrage [2][2]  C’est dans le flux de l’analyse de quelques patients....

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D’abord, un mot du style de J. Altounian, car le style reflète, précisément, l’empreinte de la fonction paternelle.

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L’aptitude de Janine Altounian à manier le paradoxe [3][3]  Par exemple, quand elle évoque p. 4, « les effets..., ses mots d’une précision exigeante, son analyse d’une profondeur déroutante, obligent à une lecture sans concession, car ce n’est pas seulement un écrit psychanalytique, c’est un écrit sur elle-même, descendante en 2e génération de survivants de la catastrophe arménienne que les instances diplomatiques ont eu bien du mal à nommer génocide.

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Elle y met en travail la fonction paternelle en elle pour tenter de mettre en mots ce qui est, à proprement parler, innommable, et que Pierre Fédida appelle, « le meurtre absolu », l’extermination, agie, du peuple et de la culture arméniens, redoublée du déni, psychique, de ce meurtre tant par les meurtriers directs que par le reste du monde. La visée de ce livre, J. Altounian y insiste, est de tenter de rendre une situation psychique dont le cas des Arméniens n’est qu’un exemple : « ... mon propos ne concerne pas, ici, les seuls Arméniens. Il concerne, comme je le répète, tous les survivants à une Histoire analogue, impensable par sa terreur et expulsée de la mémoire... » (p. 59). René Kaës, dans la postface, pointe le caractère secret du trauma collectif qui redouble l’abrasion psychique d’une « clandestinité » et d’une « illégitimité... responsables de l’irreprésentabilité des objets internes des survivants : hors lieu, hors temps, hors liaison de la psyché de l’autre, de plus d’un autre. C’est cela qui est transmis sans transformation... » (p. 186). Pourrait-il exister une transmission sans transformation ? Tout le travail de Janine Altounian sera alors de relever le défi par une stratégie de transformation des traces par ce qu’elle appelle « la mutation » par l’écriture, afin de donner à ces traces statut de transmissibilité.

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Écrire l’impensable en passant par la langue des autres, du tiers dit-elle, cette stratégie est déjà à l’œuvre dès le titre de son premier ouvrage, Ouvrez-moi seulement les chemins d’Arménie [4][4]  Ouvrez-moi seulement les chemins d’Arménie, un génocide..., reprise d’un vers de Corneille [5][5]  Nicomède, vers 1713., doublé du sous-titre « Un génocide aux déserts de l’inconscient », où J. Altounian s’amarre, en un même mouvement, à une double culture : le fleuron de la littérature française et la pensée freudienne [6][6]  Janine Altounian est cotraductrice de Freud et responsable.... Mais ce n’est pas tout. Par un coup de génie, elle en a illustré la couverture par une image : la transmission par un Père de l’Église à ses disciples de l’alphabet arménien d’après une miniature du XIVe-XVe siècle.

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Qu’est-ce que les « déserts de l’inconscient » ? Il me semble que cela représente, précisément, l’impensé paternel, ce qui des pères (père et pères parentaux), échappe à la transmission car aspiré dans le gouffre du trauma collectif dénié. Un trou ? C’est une des questions que pose J. Altounian. Et si ce n’est pas un trou, qu’est-ce ?

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Un des moteurs pour la mise en travail et en écriture de Janine Altounian, est ce qu’elle appelle une « inadéquation fondatrice » rencontrée douloureusement dès son entrée à l’école, mais déjà pressentie dans sa propre famille. Se sentir étrangère à ses camarades quant aux valeurs et référents culturels, elle n’était pas là où « les autres » (ses professeurs et camarades) l’attendaient, elle ne pouvait pas y être, car elle était dans un contenant culturel organisé et resserré autour d’un ombilic : la nécessité de survivre. Cette position de « déplacée », pour reprendre le mot de Nicole Lapierre [7][7]  Le monde des livres, 28 avril 2000., elle la gardera toujours, cela deviendra chez elle une façon de vivre et le terreau de sa créativité : le déplacement au sein de l’appareil psychique des représentations. Cette inadéquation déréalisante de se sentir étrangère sans l’être, puisque ses origines sont frappées de déni, la poussa avec « entêtement », comme par impératif absolu, à l’élaboration psychique.

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Lors d’un échange à Annecy en décembre 1999 [8][8]  Janine Altounian : « Réflexions sur les répercussions... où elle avait été invitée par le Cercle d’Études psychanalytiques de Savoie du Groupe lyonnais de Psychanalyse, elle se posait encore la question, et je gage qu’elle se la posera toujours : pourquoi ce destin vers l’élaboration psychique chez elle alors que, pour ses semblables de la deuxième génération, le destin « habituel » est de se conformer aux idéaux parentaux, ce qu’elle appelle « la solution phallique » ? être une « bonne Arménienne », c’est obéir à la prescription de : faire un bon mariage (avec un Arménien), faire de l’argent, faire des enfants, seconder et imiter la mère dans un fonctionnement essentiellement opératoire. Face à cette mère, Janine Altounian se sent dans un double mouvement : une révolte foncière contre l’enfermement auquel l’assigne une parole maternelle qui engloutit celle du père, en même temps qu’une gratitude et une admiration pour cette mère qui, presque analphabète, avait la connaissance des hiérarchies nécessaires au survivre. Faire à défaut d’être, mais faire le lit de l’être, à venir, peut-être [9][9]  Je ne peux m’empêcher, ici, de repenser à cette dernière....

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La question de l’identification est, on le voit, centrale : ne pas être comme « les autres » tout en n’étant pas « autre », être conforme aux idéaux parentaux et culturels d’origine, alors même que la localisation originaire est déniée par l’environnement culturel, être une des représentantes et une pionnière dans le dialogue avec la culture du pays d’accueil. J. Altounian met en travail une diversité d’identifications, à la fois aux « exclus » et aux « inclus », aux « exportés » et aux « non exportables du moment », mais aussi à d’autres exclus, à d’autres exportés que ses propres parents. Ses identifications tentent de tisser des ponts sur « la rupture absolue des liens sociaux et psychiques avec le monde des autres... » (p. 82), elles tentent de subjectiver ce qui, dans le lien primaire à la mère survivante, s’était brisé sur l’impasse subjective.

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C’est à « l’école de Jules Ferry » que Janine Altounian a pu se dégager de l’ « emprise exercée » « par le déni de son existence ou celui de son histoire » (p. 172), qu’elle a rencontré les mots et la langue d’emprunt de la culture d’accueil pour accéder à l’ « émancipation intellectuelle », car, « ... entre l’écrasement d’une servitude et l’affranchissement hors de son oppression il faut que se creuse, peut-être seulement dans la génération suivante, l’interstice d’une fonction symbolique : la capacité à nommer cette servitude, à l’inscrire dans le registre des mots » (p. 174). Même si J. Altounian reste critique face à cette « école de la République » où elle a elle-même enseigné, elle ne la reconnaît pas moins comme lieu d’acquisition du « pouvoir de conflictualisation salvateur » qui lui a permis, dans l’espace transitionnel ainsi délimité, l’utilisation et le jeu de la métaphore. « ... dans ce ghetto stérilisant d’un rapport purement fonctionnel à une langue instrumentalisée, dit-elle, il est possible que l’Instruction publique de l’école vienne faire brèche car, malgré l’ambivalence de ses idéaux républicains ou grâce à elle, elle produit à son insu du Tiers et transmet à l’enfant, témoin de l’ailleurs des bas-fonds, non seulement la langue et la culture étrangères des nantis du langage mais aussi l’aptitude d’un traducteur à passer de son monde à celui des autres » (p. 178-179). La subjectivation passe par l’énonciation de l’exclusion et l’appropriation de son identité d’exclus.

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Quand on parle, à la suite de Freud dans « le Moi et le Ça », de l’identification au père de la préhistoire comme événement psychique basal et inaugural de l’avènement de l’être avant toute relation d’objet, à quel père peut donc s’identifier ce descendant de survivant d’un génocide dénié tant par les persécuteurs que par le monde ?

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Pour répondre à la question, il faudra d’abord réinventer ce père, se tisser une filiation instituée « à rebours », comme dit J. Altounian, redonner corps psychique à ce père, afin de pouvoir parler au nom de ce père et, enfin, en son nom propre.

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L’auteur invente, en même temps que le père de sa préhistoire personnelle, un concept, celui de la survivance, montrant comment le travail de symbolisation engendre de nouveaux outils symboliques qui enrichissent le champ de la pensée et des identifications.

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Elle définit la survivance comme « la nécessité d’une vie à rebours, visant non pas à réparer les ancêtres..., mais à leur faire symboliquement don en soi d’une parentalité psychique d’après-coup... » (p. 6), et elle ajoute, insistant sur la puissance de l’impératif vital : « Cette conduite... n’est, bien sûr, nullement dictée par une disposition filiale oblative, mais par l’urgence d’un souci égo ïste qui tente d’instaurer quelque peu, pour soi, les bases d’une enfance manquante et de recréer ainsi, pour sa propre descendance, les illusions protectrices des premiers printemps » (p. 6-7). Il faut peut-être ici faire une place au sentiment de culpabilité comme tout à la fois moteur et conséquence du processus de mise en écriture, car, comme l’écrit J. Altounian, ce travail inhume ses propres morts « dans le linceul du texte », le texte « tenant lieu de sépulture ».

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Serait-ce alors ce lien au sacré de la sépulture (on ne marche pas sur le sol du Bois Sacré de la sépulture du père œdipien qui reste à jamais incomplètement localisée) qui donne au texte de J. Altounian cette force exceptionnelle ? En effet, chaque mot suscite, chez le lecteur, tout à la fois désinstallation et nécessité de mise en pensée.

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Janine Altounian manie aussi bien le paradoxe que la métaphore. Elle nous dit son cheminement depuis la confrontation violente avec un texte « illicite » dit-elle, le Journal de son père témoignant de sa stratégie de survie au cours des « événements de 1915 » à l’âge de 14 ans, ce « texte sauvage », selon son mot, « écrit en langue turque mais transcrit en alphabet arménien », jusqu’à l’offrande à ce père, silencieux de son vivant, d’une « pierre tombale décente » par le choix du titre cornélien du premier livre enveloppant en son sein le manuscrit paternel.

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Que dire du choix de ce mot, transcrire ? Quelle différence avec traduire ? On reconnaît la finesse de la langue de J. Altounian, pour moi troisième langue : ni arménien, ni français, mais une langue qui s’articule en pont entre les deux, voire en interface. C’est, pour moi, une langue sémantogène qui, par sa fonction de recueil « d’un héritage en errance », véhicule le double endeuillement : endeuillement de la langue maternelle qui aurait dû parler à l’enfant avec amour, endeuillement de la promesse d’une langue d’emprunt qui ne parle pas la vérité foncière du sujet. En somme : la langue de la fonction paternelle. Inventer le père, c’est inventer la langue.

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On retrouvera cela dans la « traduction » par Janine Altounian d’un certain nombre d’écrivains, dont le travail d’écriture inscrit, en creux, et transcrit, tout à la fois, un effondrement symbolique lié à une transmission traumatique : Nigoghos Sarafian, Jean Améry, Albert Camus, Pierre Pachet, Peter Handke. Inscription, transcription et traduction jalonnent [10][10]  On pensera à l’article de Freud de 1908 sur « Le créateur... ainsi les étapes d’une écriture-traduction des restes non pensés mais encryptés [11][11]  Au sens de Maria Torok et Nicolas Abraham dans L’écorce... : « ... l’écriture de soi passe par l’inscription de l’autre et cette inscription inaugurale de vécus traumatiques, jusque-là non psychisés chez l’autre dont on est le rejeton, leur avènement dans l’ordre métaphorique du discours par le travail d’un fils les accueillant dans un sens communicable, cette effectuation d’un après-coup libérateur par l’écriture induisent... également une écriture de soi chez le lecteur commentateur... Qu’un texte fort appelle son transfert dans une autre langue est évidemment à prendre à tous les sens du mot » (p. 158).

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Comment procède J. Altounian pour opérer ce travail de transformation d’un impensable paternel en pensable universel, véritable entreprise de transmission ? Comme je l’ai lue, elle fait appel aux apports culturels variés, à l’espace transitionnel culturel pour servir de structure encadrante au cadre vide du génocide. Cadre vide du génocide parce que fait de rien, de vide, de déni du déni, et c’est un vide effroyablement désorganisateur, c’est un vide actif. On ne peut échapper à l’effondrement mélancolique que par deux voies : la pensée opératoire, la survivance. L’auteur parle « d’objet interne horrifiant » dans lequel viendrait s’engouffrer, s’anéantir, se pulvériser tout fonctionnement psychique. On trouve une amorce de réponse à la question du début : le trou serait un trou aspirant, peut-être la formule du génocide, le siphon. Il me semble que l’on doit différencier cette situation psychique d’avec la formule de « la Mère morte » d’André Green [12][12]  Narcissisme de vie, narcissisme de mort, Les Éditions... : les trous blancs, car il s’agit ici d’une dynamique passionnelle.

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Si l’un des versants de la démarche de Janine Altounian est l’utilisation de l’aire culturelle, l’autre versant est son positionnement dans un dialogue interne, à l’intérieur de ce cadre, avec d’autres pères, mais aussi avec des mères, les uns comme les autres renvoyant à l’objet « père » en tant que constituant psychique. Les deux versants sont d’ailleurs à la fois réunis et redoublés dans le vers cornélien (le titre) et la référence à Freud (le sous-titre) du premier livre. Il est important de garder à l’esprit la pluralité de ces objets « père » dont l’écoute polyphonique converge pour donner corps, par voie introjective, à l’imago paternelle en tant que représentant interne de la fonction paternelle, celle que nous avons pris l’habitude de nommer père.

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Si je me réfère, par exemple, au premier chapitre de la IIe partie du livre : « Un père transmet les traces d’une patrie perdue », il me semble que J. Altounian nous montre le processus de création chez le poète N. Sarafian qu’elle qualifie de « père emblématique pour la diaspora arménienne » (p. 99), témoignant de ce qu’ayant inventé le père, elle peut envisager la transmission de père à fils (fille ?). Tout le processus d’écriture de J. Altounian s’inaugure, en effet, du récit paternel sur le génocide, récit d’abord entendu tout au long de l’enfance, puis rencontré dans le Journal de son père [13][13]  Le journal du père : « ... tout ce que j’ai enduré.... Il est très émouvant de voir comment, par le travail même de l’écriture, le processus se renverse : de fille sans héritage, Janine Altounian se constitue héritière dans le mouvement d’accueil d’un père qui se croyait sans héritier [14][14]  Je me réfère à la notion d’héritage comme mouvement....

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Je ne résiste pas, ici, au plaisir de citer Nigoghos Sarafian :

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« Et mes pages qui, comme toutes les pages, je le sais, tomberont dans le gouffre de l’oubli, cachent un instant ce gouffre, comme une lumière sacrée lorsque l’aurore pénètre dans les profondeurs de mon âme. » (Le Bois de Vincennes, p. 92, Marseille, Éd. Parenthèses, 1993, cité par J. Altounian, p. 100).

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Dans son travail créateur, il s’agissait pour Sarafian de « conquérir, s’approprier sa condition d’exilé » (p. 98), condition marquée par la double rupture d’avec le tissu culturel et d’avec la continuité de soi. Voilà peut-être la clef : « l’écriture comme procédure d’héritage, écrit J. Altounian... la fonction spécifique de l’écriture est... de servir de médiation susceptible de promouvoir une transmission discontinue, indirecte, afin que puisse se recueillir, s’inscrire symboliquement la perte d’une patrie qui est dorénavant de nulle part » (p. 99).

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Par leur capacité de passer d’une langue aux référents disparus à une autre, ces écrivains sont, écrit-elle, des « passeurs » qui transportent dans l’entre-deux-berges de deux langues et deux cultures hétérogènes les restes en souffrance de symbolisation et de réminiscence. C’est de cet écart maintenu dans la tension psychique qu’adviendra la création des souvenirs. En ce sens, Janine Altounian est elle-même « passeur », sa langue est celle du « passeur », son lieu celui de l’entre-deux.

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Il ne faudrait pas oublier d’évoquer les résonances poétiques de son écriture, par exemple : « L’expérience traumatique de l’autre se révélait sous une autre lumière sur la plaque photographique que constituait cet ailleurs en moi » (p. 8), ou encore : « Acquérir ainsi la langue du tiers pour la déconstruire en l’habitant, tel le cheval de Troie, avec des référents déportés subrepticement d’ailleurs, c’est la greffer à son expérience propre, restée sans nom et sans image, c’est nommer subversivement, en empruntant ses signifiants, puisque les siens propres ont sombré dans les ténèbres, ce qui en soi était resté muet faute de trouver sa résonance au-dehors » (p. 37).

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Pour conclure, il me semble qu’on suit, dans l’analyse de J. Altounian, le travail de deuil en tant que renoncement à la satisfaction pulsionnelle de la solution mélancolique, au profit de la remise en déplacement des représentations psychiques jusqu’à leur aboutissement : la transmission. À la suite de cette lecture, je me suis demandé si on ne pourrait pas voir se dessiner un destin pulsionnel spécifique dans ce que Janine Altounian nomme la survivance, et qui se visualiserait peut-être particulièrement chez un sujet menacé dans sa vie somatopsychique en ce que le meurtre du père de sa préhistoire a été tout autant agi que dénié par l’autre, cet autre pourtant fondateur de l’identité du sujet. Si survivre paraît se situer dans le registre du faire, du masculin au sens de Winnicott [15][15]  « La créativité et ses origines », in Jeu et réalité,..., l’écoute des mouvements pulsionnels chez ceux qui y furent appelés montre qu’il s’agit, en fait, d’un travail de l’être, au sens du féminin, et que l’émergence de l’imago paternelle serait le fruit du féminin dans les deux sexes.

Notes

[1]

La survivance, traduire le trauma collectif, Paris, Dunod, février 2000.

[2]

C’est dans le flux de l’analyse de quelques patients arméniens venus me voir du fait de l’arménité de mon nom, dans la méprise, du reste, puisque je ne suis arménienne que par alliance, que j’ai été amenée à consulter les livres de Janine Altounian. Cet aspect de la méprise fut une composante fondamentale dans la dynamique du rapport transféro-contretransférentiel.

[3]

Par exemple, quand elle évoque p. 4, « les effets dévoilants des syncopes », Janine Altounian se réfère à une situation paradoxale en cure, l’émergence de moments féconds d’où surgit un affect à contre-temps, mais surtout à contre-pied de ce qui aurait pu, apparemment, être attendu par un virtuel observateur extérieur : une douleur apparaît en réponse à un bienfait transférentiel, « l’amère douceur de ce que l’enfant n’avait guère connu ».

[4]

Ouvrez-moi seulement les chemins d’Arménie, un génocide aux déserts de l’inconscient, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Confluents psychanalytiques », mai 1990.

[5]

Nicomède, vers 1713.

[6]

Janine Altounian est cotraductrice de Freud et responsable de l’harmonisation dans l’équipe éditoriale des Œuvres complètes de Freud dirigée par Jean Laplanche.

[7]

Le monde des livres, 28 avril 2000.

[8]

Janine Altounian : « Réflexions sur les répercussions psychiques des génocides à travers les générations ».

[9]

Je ne peux m’empêcher, ici, de repenser à cette dernière phrase que Hermann Hesse glisse dans la bouche d’un Goldmund mourant s’adressant à un Narcisse lui survivant : « Sans mère on ne peut pas aimer, sans mère on ne peut pas mourir », in Narcisse et Goldmund, Calmann-Lévy, 1976, p. 383.

[10]

On pensera à l’article de Freud de 1908 sur « Le créateur littéraire et la fantaisie » : « Passé, présent, avenir donc, comme enfilés sur le cordeau du désir qui les traverse », in L’inquiétante étrangeté, Paris, Gallimard, 1985, p. 39.

[11]

Au sens de Maria Torok et Nicolas Abraham dans L’écorce et le noyau, Flammarion, 1987.

[12]

Narcissisme de vie, narcissisme de mort, Les Éditions de Minuit, Paris, 1983, p. 222-253.

[13]

Le journal du père : « ... tout ce que j’ai enduré de l’année 1915 à 1919 », traduit par un tiers, Krikor Beledian, puis remanié en vue de la publication par d’autres tiers.

[14]

Je me réfère à la notion d’héritage comme mouvement d’intégration psychique d’un patrimoine qui est à s’approprier, comme le précise Freud, par sa citation de Goethe dans Totem et tabou, « Petite Bibliothèque Payot », Paris, 1976, p. 181.

[15]

« La créativité et ses origines », in Jeu et réalité, Paris, Gallimard, 1975, p. 91-119.


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