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Revue française de psychanalyse

2008/1 (Vol. 72)


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Réfléchir sur la terminaison d’une cure suppose, bien sûr, plusieurs questions. En premier lieu, celle de la constitution dans le cours de la cure d’un processus analytique. Celui-ci a-t-il vraiment été établi ? S’est-il développé ? Dans quel sens, vers quels buts, à travers quels mouvements ? Comment, pourquoi et avec quels critères peut-on envisager d’y mettre une fin ?

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Deuxième question : par quel biais penser que peut se terminer ce qui en principe ne concerne que des variations de quantités et de qualités dans la mouvance psychique ? Ce n’est pas seulement à considérer que l’auto-analyse prolongera et continuera le travail à deux que l’on donne une réponse à ce problème. Peut-être faut-il aborder la question surtout en termes de déplacement des investissements suite aux remaniements fonctionnels, voire structurels, des deux unités de la dyade analytique, plutôt que de centrer l’attention sur la terminaison des croisements du transfert et du contre-transfert.

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Un troisième point concerne le sens d’une démarche curative. Entreprise à la suite d’une demande qui vise un espoir de mouvements progrédients chez le demandant, nous savons bien que le procès rencontre très vite des cheminements qui renversent cet espoir, et même peuvent l’anéantir.

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Mais quand un travail élaboratif annonce l’assouplissement des résistances et la récession des motions régressives, il est encore nécessaire de prévoir un deuxième temps relatif aux procédés négativants qui conduisent de la désidéalisation de l’analyste et de l’analyse comme savoir totalisant, au travail des désidentifications qui m’avaient préoccupé il y a longtemps [2][2]  A. Potamianou, Les enfants de la folie, Toulouse,....

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Alors, le sens d’une démarche curative peut-il se définir autrement, et en dehors, de la prise en charge par le sujet de ses oscillations psychiques ?

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En grec, le mot τ≅λος signifie à la fois la fin et le but. Nous savons que les deux ne vont pas nécessairement ensemble en analyse. Doit-on alors envisager un épimythion dans le sens de ce qui peut se dire après la fin d’une cure concernant les résultats de celle-ci ou doit-on considérer un épimythion par rapport à ce qui peut encore se développer, après ce qui a été déjà énoncé, au sujet de mouvements qui oscillent entre le structurant pour le psychisme et ce qui s’y oppose ?

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J’ai opté pour une esquisse du deuxième point de vue.

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On peut sûrement dire aujourd’hui que la rencontre d’André Green avec la pensée freudienne a institué une période féconde pour la psychanalyse.

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Dans Le travail du négatif (1993), il y a une phrase de grande portée. A. Green note que Freud prend en compte la possibilité du développement chez certains sujets de processus de néantisation, c’est-à-dire de processus anéantissant « tout ce que la négativité avait permis d’accomplir » (p. 72). Phrase clé qui nous permet de penser les multiples vicissitudes du négatif et de réfléchir sur sa contribution à l’émergence de mouvements structurants et fonctionnels pour le psychisme, tout autant qu’aux mouvements qui s’y opposent.

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En effet, que serait la pensée sans la négation et l’absence de l’objet qui la mobilise ? Que serait une vie psychique bloquée dans les limites de la conscience, sans le refoulement qui la nourrit ? Notre psychisme toujours en mouvement est traversé par des courants de rapprochement et d’éloignement, de présence et d’absence, de possession et de perte. Les données perceptives se négativisent afin que puisse être promue la représentativité autonomisante. La répétition compulsive des manques traumatiques sert à retenir une relation avec ce qui a été traumatisant. Donc, rien ne finit, tout continue. Par ailleurs, si nous envisageons le négatif par rapport à ce qui se joue hors langage – résultat de ruptures très précoces ne laissant pas de traces mnésiques, mais s’exprimant par des sensations somatiques ou des tensions diffuses –, les jeux sûrement se font sur un terrain qui n’est plus celui du psychique. Ils impliquent le champ du soma ou les plaines du comportement, mais il s’agit toujours de processus qui font partie de notre réalité interne et externe, modelée par ces mouvements.

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On peut donc dire que, dans tous ces cas, le négatif est conçu comme ayant un potentiel d’organisateur de la vie psychique, point sur lequel plusieurs auteurs ont insisté. Mais la phrase de Green souligne également l’existence d’aspects désorganisateurs, perturbants et déstructurants se manifestant par des traces mnésiques qui éclatent, des représentations qui disparaissent, des investissements qui s’effacent. Ainsi, comme W. R. Bion le disait (1965), les deux aspects du négatif sont proposés : le négatif comme potentiellement organisateur et le négatif pôle de désorganisation.

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Dans ce texte, je voudrais me référer à une autre dimension encore en soutenant la thèse que le négatif peut fonctionner comme un attracteur qui ordonne le psychique, notamment le Moi, autour de l’axe de certains vécus et fantasmes, alors que simultanément sont ainsi déterminés des trajets psychiquement perturbants. Un épimythion [3][3]  J’utilise ici le verbe mythévome (????A????) dans... s’esquisse donc ici, puisqu’il s’agit de ce qu’on peut dire à la suite de ce qui a été déjà dit.

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En ce qui concerne le premier pôle, la théorie et la pratique analytiques font au négatif une place d’organisateur de la vie psychosomatique, tant que ce facteur est conçu comme s’opposant à d’autres éléments sans les détruire. Il signifie alors absence et opposition [4][4]  Comme Green dit : « Quand le blanc caractérise la.... Les opposés peuvent être complémentaires, comme le sont les poussées progrédientes et les mouvements régrédients dans la vie psychosomatique de l’humain. La pensée philosophique a depuis très longtemps esquissé ce destin du négatif. Héraclite souligne les antithèses : vivant/mort, lumière/nuit. Il se réfère également à l’écart entre les opposés [5][5]  Héraclite, Fragment 132, Sextus Empiricus, VII..

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Anaxagore [6][6]  Chez Apollodore, A9, 17. pensait que les opposés sont au cœur de tous les éléments, ce que Platon soutient dans le Sophiste (v. 249) se référant au mouvement et à l’immobilité de l’être. Aristote, se basant sur la pensée d’Anaxagore, dans son texte sur l’ « Après de la Physique », se réfère à l’opposition comme étant la plus grande des différences (1055 a). Il dit (1055 b) : « Toute genèse de la matière procède des opposés », mais dans un pôle des opposés, le pôle négatif, « il y a frustration totale de la catégorie de l’avoir ». Anaximène, élève d’Anaxagore, s’était déjà référé aux oppositions, comme source de toute genèse.

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La pensée philosophique plus récente (Spinoza, Hegel, Heidegger, Sartre) a utilisé la catégorie du négatif soit comme un pôle de la dialectique de l’esprit humain, soit comme phénomène annonçant l’absence de présence ou encore comme critique de l’ « être-là », soulignant pourtant que, dans sa valeur absolue, le négatif représente le rien, le non-existant, comme Platon le dit déjà dans le Sophiste (v. 236-237).

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Sur le terrain psychanalytique après les années 1920, le devenir psychique est conçu par Freud comme soumis d’une part à des poussées opposées, poussées progrédientes, et d’autre part à des poussées qui s’opposent à ce qui unifie et à ce qui contribue à la synthèse de la vie. Les instances psychiques se constituent en opposés : le Ça comme négatif du Moi ; de même la conscience par rapport au refoulement et au latent. Les catégories de la connaissance sont contraires aux catégories du non-savoir (clivages, dénis, forclusions, etc.) [7][7]  Michel de M’Uzan s’est récemment référé à la valeur.... En opposition fonctionne également la mémoire fétichique conservatrice ou les perceptions traumatiques par rapport à la mémoire en mouvement qui remodèle les perceptions et ne se fixe pas sur les éléments perçus. Le double retournement renverse les positions qui le précèdent, fondant ainsi la capacité autoréflexive du Moi. Les tentatives sublimatoires s’organisent autour de la négativation de manifestations précoces du pulsionnel.

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Enfin, à travers les multiples marquages de la théorie et de la pratique de Winnicott, de Bion et de Green, le négatif apparaît comme axe de processus de transition, de renversement, d’absence et de mise à l’écart, s’opposant aux reprises, ou soutenant le surgissement de nouveaux morphèmes.

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C’est surtout sur la lignée des déliaisons et des désinvestissements que les aspects désorganisants du négatif se révèlent. Ceux-ci souvent se réalisent avec les caractères d’une destructivité aphanisante pour les autres, comme pour le Moi. Des exemples sont fournis par la clinique de la dépression essentielle, lors de laquelle objets internes et morphèmes psychiques, représentations et affects disparaissent, ou par les cas de patients chez lesquels l’excitation créée par la perception d’un vide reste sans élaboration comme perception traumatique, zone de béance, excitation non liée, telle celle qui procède d’expériences traumatiques précoces, insaisissables par la mémoire.

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Dans la pratique analytique, nous sommes témoins de relations et de configurations en dissolution, de traces mnésiques qui disparaissent, manifestations que A. Green a réunies sous le terme de « désobjectalisation ». On constate des opérations qui négativisent le travail du rêve et de la pensée. Peut-on affirmer qu’il s’agit de défenses dues aux manques de l’environnement, comme plusieurs la soutiennent en rejetant la deuxième théorie des pulsions ? Ou pouvons-nous assumer l’idée que des notions de dégagement, de désinvestissement, voire d’anéantissement, travaillent en nous, s’imposant surtout quand le psychisme se trouve en condition de crise ? La réponse n’est pas facile à donner et le psychanalyste est invité à supporter l’incertitude concernant ce problème.

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Dernièrement, la notion de l’apoptose, c’est-à-dire de la mort programmée de certaines cellules, est venue du territoire de la biologie offrir une réalité organique à l’affrontement vie/destruction. Jean-Claude Ameisen, immunologue et chercheur, décrit le devenir du vivant comme résultant de l’inhibition d’opérations de destruction qui nous habitent, mettant en danger notre cohésion cellulaire (2003). Un point de vue venant des sciences positives vient donc soutenir l’option freudienne, mettant sous nos yeux un scénario bouleversant d’opposition de forces qui se meuvent en nous et qui déterminent des ruptures de liens symbiotiques et des déliaisons mortifères (p. 335).

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De nos jours, qu’on suive Freud se référant à la destructivité silencieuse qui se meut en nous – nommée par lui pulsion de mort – ou qu’on pense à la violence de la destruction des autres comme Melanie Klein l’a mis en exergue ou encore qu’on choisisse de parler d’épuisement des forces de vie en raison de désorganisations contre-évolutives, comme le dit Pierre Marty, l’essentiel est de garder en vue les nombreuses configurations cliniques dans lesquelles les traces mnésiques se désorganisent, les représentations se morcellent et les liaisons défaillent. Les expressions pathologiques de l’hallucination négative, les blancs de la pensée, le vide des écoulements du Moi, le rejet de l’objet, les dépersonnalisations, les troubles de la perception [8][8]  Du type qui ont conduit un patient à me dire : « Je... soulignent des mouvements perturbant le psychique. Quand de tels sillons se tracent, il ne s’agit pas de manifestations négatives d’un positif potentiel qui peut apparaître après la levée des résistances. Comme A. Green dit (1993, p. 170), le Moi perd la capacité de désirer non pas parce que le désir est prohibé, mais parce qu’il n’existe pas. Et comme D. W. Winnicott note, seul le négatif existe alors comme réel. Aux insuffisances des liaisons et du symbolisme correspond un réseau de répétitions compulsives en dehors du principe de plaisir/déplaisir. Le facteur économique s’impose ici sous des formes qui nous obligent à suivre le destin de la désintrication pulsionnelle et les vicissitudes d’une énergie qui perd ses qualifications psychiques.

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Évidemment, la question essentielle pour l’analyste est de savoir si de tels parcours sont réversibles et sous quelles conditions. Mais, au-delà, une autre proposition me semble importante, qui souvent se trouve liée de manière particulière à la fin de certaines analyses, quand la fin devient envisageable.

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Si nous admettons que le négatif traverse notre devenir psychosomatique et en partie le détermine dans le cadre du psychique, ou en dehors de celui-ci, peut-on, en plus des indicateurs de la pulsion de mort cités par Freud (compulsion de répétition, réactions thérapeutiques négatives, masochisme, besoin de punition), se référer à des indices négatifs qui agissent comme attracteurs, obligeant le psychique à suivre l’ordre de certains vécus et fantasmes, alors que, suivant cet ordre, des tranchées désorganisantes sont creusées ? Pouvons-nous concevoir le négatif comme ayant valeur d’attracteur et comment ? Par quelles voies le négatif peut-il séduire ? Par quels circuits inconscients rencontrons-nous cette dimension ?

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Mme X est une patiente que je vois en face-à-face, deux fois par semaine. Pendant longtemps, elle se plaignait de se trouver en pleine confusion et de ne pas pouvoir faire face à ses activités journalières. Si elle veut écrire un chèque, elle n’arrive pas à trouver comment la somme s’écrit en lettres. Quand elle doit signer un papier, très souvent elle n’y arrive pas, car à la place de son nom elle voit un vide qu’elle ne peut pas remplir. Très souvent, elle dit qu’elle n’est pas reconnue par des personnes qui la connaissent bien, et elle-même n’arrive pas à se rappeler les caractéristiques de mon visage quand elle quitte une séance, ce qui la remplit d’angoisse. Elle n’a pas d’intérêts, les affects s’absentent, les mots lui manquent. Elle se sentait coupée de tous et de tout, sans but, déserte et détruite à l’intérieur... un rien. Pourtant, sa vie professionnelle ne s’effondrait pas, sa présence sociale non plus. Elle se référait à divers symptômes (douleurs musculaires, spasmes à l’estomac, fièvres soudaines, troubles du sommeil). Les clivages et les dénis qu’elle entretenait ne lui faisaient pas problème et, pendant de longs mois, notre relation se développait autour du récit d’événements quotidiens et de plaintes.

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Un jour où elle répétait qu’elle est stérile, vide de pensées, sèche à l’intérieur, qu’elle ne sent rien, etc., je lui dis : « Déserte, desséchée, un rien. Ce que vous dites peut donner jour à des images, des sentiments, des pensées. » Intentionnellement, j’ai laissé en suspens « à qui » je me référais.

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Un long silence a fait suite à cette intervention puis Mme X dit qu’elle se sent inerte dans l’infini. Rien ne se passe, rien ne s’additionne, tout se perd et s’efface.

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Voulant attirer vers notre relation le désert psychique et la stérilité qu’elle soulignait, je suis intervenue encore une fois : « Ainsi, pas de danger que ce que je dis puisse vous toucher. Pas de danger non plus d’ouverture de votre pensée à ce que vous entendez. » Deux séances plus tard, Mme X me dit que ces jours-ci elle se sent angoissée sous le poids d’une menace. Par moments, elle voit une tête découpée du corps avec une bouche énorme, ouverte. Elle a le sentiment que cette bouche peut l’engloutir et que rien d’elle ne subsistera plus.

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Alors que je suis en train de penser que le stérile, le glacé de sa terre psychique prend des formes, même si les formes sont terrifiantes, Mme X, encore plus angoissée, ajoute que son plus grand effroi naît de ce qu’elle ne peut pas... La patiente s’arrête et tout de suite me dit sur un ton d’ironie agressive, qui vient là pour la première fois : « Et vous, selon les choses invraisemblables que vous dites d’habitude, vous pouvez dire : derrière le “je ne peux pas”, se tient un “je ne veux pas”. C’est-à-dire que je ne veux pas me libérer de cette bouche béante... M’éloigner... Moi je vous dis que cette bouche m’immobilise. Je me sens paralysée devant cette profondeur obscure ». Je lui dis : « Il y a aussi les ouvertures de la pensée dont j’ai parlé à la séance précédente. »

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À ma grande surprise, parce que ce n’est pas habituel chez cette patiente, je vois Mme X frapper de sa main sur le fauteuil. Haussant le ton de la voix, elle dit : « Tout ce que je raconte ne vous concerne pas. Vous n’êtes pas le centre du monde, et vous ne tenez pas les rythmes de ce monde sous vos ordres. »

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Je ne commenterai pas comment une intervention qui concernait un toucher et une ouverture intérieure – ouverture de la pensée, dépassement de la répétition compulsive – a pu conduire à l’émergence d’une agressivité liée à la mobilisation de mécanismes projectifs, qui ont déplacé au-dehors, sur l’objet analyste, la menace persécutive. Je ne m’étendrai pas plus sur le travail analytique effectué. Je dirai seulement que, peu à peu, s’est développé un fil montrant que « se sentir inerte dans l’infini, ou vide, un rien », correspondait à des efforts de neutralisation des excitations, à l’organisation d’un vide de désirs et à des fantasmes qui avaient à faire avec le démantèlement, la diffusion de toutes les formes ; quelque chose comme ce que Michel de M’Uzan (2003) avait nommé « matière de l’informe, vrai manque à être ».

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Mme X disait : « Ce qui se déverse ne se tient à rien. Moi je me laisse aller. » De mon côté, je pensais à une existence non délimitée par des formes et des morphèmes constituants. Mme X vivait la détresse et les délices de l’écoulement, alors que moi – probablement défensivement – je pensais au renversement du « je suis tout et dans tout », puisque ce qui n’a pas de forme peut potentiellement se couler dans n’importe quelle forme. D’ailleurs, ma patiente parlait de l’immesurable et du sans-fond que laissent derrière eux les étoiles qui se perdent, là où on peut « s’étendre jusque personne ne sait où ». En moi-même, je pensais : en laissant derrière soi l’espace clos du cadre analytique.

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Une autre patiente se référait à l’attirance d’un tourbillon qui la saisissait, l’entraînant vers une « liberté sans bornes qui met à plat tout obstacle ou réglementation ».

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Un jeune homme très perturbé parlait de l’effroi et de l’attrait exercé sur lui par le trou de son bain, qui absorbe l’eau qui s’écoule et qui se perd. Il disait : « L’eau se dilue. Le puis-je moi aussi ? » Un autre patient encore me parlait du flux mentionné par Héraclite comme d’une idée qui l’attirait, « tel un magnet, car elle annule tout ce qui s’érige, tout ce qui se tient comme forme ».

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F. Hölderlin [9][9]  F. Hörderlin (1770-1848), Œuvres complètes, éd. allemande,... écrivait : « Et toujours vers l’infini va une nostalgie. Ni avant, ni derrière nous ne voulons regarder. Nous [voulons] nous laisser aller... »

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On pourrait parler de désirs passifs qui s’imposent, en ajoutant qu’ici les objets, comme également toutes les liaisons qui les tiennent, tendent à s’effacer. La poussée désobjectalisante de Green envahit la scène psychique.

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On peut aussi noter que le désir de l’illimité est commun aux hommes et que parfois ce désir conduit à des agirs dangereux, alors que, dans d’autres cas, il favorise des ouvertures importantes au niveau de la pensée ou du comportement, puisque, comme C. Botella (2002, p. 21) le dit, toute limite comme barrage rend son dépassement nécessaire. Freud (1930, p. 121) disait que, même là où la destructivité se manifeste avec une violence aveugle en dehors de l’érotique, le plaisir peut se retrouver au niveau de la haute satisfaction offerte au Moi par la réalisation des vœux de toute-puissance. Dans maints cas, ces vœux se présentent sous des formes simples de rejet de règles et de cadres (brûler les feux rouges, s’opposer à la loi ou au cadre analytique), alors que, dans d’autres, appel est fait aux comportements addictifs qui tendent à annihiler les réalités délimitantes et contraignantes ou aux fantasmes de fusion avec des objets tout-puissants.

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Mais, pour certains patients, la toute-puissance s’inscrit à travers l’effeuillage de formes et de figurations qui se diluent dans l’informe, alors que l’alliance avec des pertes transformant le fantasme de castration en partie du réel tiennent le manifeste et le conscient. Pour ces patients, le vide est attirant. Jean Cournut (1989, p. 88) a parlé de contre-investissements d’excès d’excitations que le Moi ne peut supporter. Mais on peut également voir les choses sous une optique différente selon laquelle il est possible que le vide représentationnel duquel nous sortons fonctionne en nous dans l’après-coup comme un abîme où le pulsionnel bouillonne en l’absence de représentations et d’affects (Potamianou, 2001). Par ailleurs, les tensions diffuses, l’angoisse libre, les sentiments venant du soma qui émergent à la place du vide des morphèmes psychiques, indiquent bien des situations qui se tiennent à l’informe.

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Ces situations terrorisantes peuvent-elles constituer des points d’attraction ? Quand ? Comment ?

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Chez des patients dont le psychisme est soumis à des activités de dissipation, car le rapprochement et le contact effraient, on constate souvent la chasse au démesuré, l’indifférence pour ce qui est possible et le besoin de dépasser les formations de la pensée jusqu’à leur destruction.

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En opposition avec les trajets qui conduisent à l’établissement de fétiches comblant le manque, les fantaisies et les fantasmes de toute-puissance peuvent installer l’attrait du vide, non pas comme attrait d’un trauma qui se répète afin d’être usé ou afin de retenir la relation irremplaçable à un objet primaire qui n’admet pas de substitution, mais comme appel à ce qui dépasse les limites du figurable, du représentable et des investissements délimitants. La poussée porte vers la déstructuration des formes. Ainsi, à certains moments, on voit les images et les mots disparaître ; la pensée se négativise comme si elle était détruite. Restent quelques sentiments corporels, alors que les formes s’évanouissent et les mots ne trouvent pas leur sens.

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Ce paradoxe de tentatives de contre-investissements utilisant des motions désinvestissantes se fait voir quand le Moi est encore en mesure de recourir au leurre de la croyance qu’il peut maîtriser le monde, pouvant également le dissoudre et le disperser dans l’informe et dans l’illimité. Au prix de la mise en acte de procédés qui s’opposent au travail psychique et même à l’autoconservation, quelque chose comme un spasme de l’imaginaire et une ivresse du déni tiennent le sujet dans la non-connaissance de la dépense de sa propre vie.

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C’est ici que l’analyste rencontre une des plus grandes difficultés de son travail. Premièrement parce que, pendant de longues années, plusieurs analysés se détournent des figurations différenciantes et de la mise en sens, mais aussi parce que, quand les défenses narcissiques cèdent, les patients sont appelés à traiter exactement ce à quoi jusque-là ils se dérobaient ; c’est-à-dire la démesure, le hors-limites et limitations. Mais alors, les lignes de force qui orientent les répétitions compulsives baignant dans la rage de l’ébranlement de l’omnipotence infantile et l’angoisse de la délimitation (Potamianou, 1992) menacent incessamment d’effritement le transfert et les constructions ébauchées durant le travail analytique. Les intériorisations buttent sur les barrages instaurés par les défenses narcissiques, le trop près induisant le danger de fusion et de submersion, le trop loin engageant des pertes inconcevables. Le transfert et le contre-transfert s’alourdissent ainsi d’angoisses catastrophiques, aphanisantes. Bien sûr, pour certains de ces patients, après des oscillations incessantes et des manifestations de résistances dures (Ferenczi, 1928 ; Luquet, 1954 ; Smirnoff, 1977), l’appropriation subjective de leurs mouvements psychiques débouche finalement sur des modifications, plus ou moins stables, de l’économie psychique, ce qui permet des nouvelles inscriptions dynamiquement symbolisantes. Lentement, l’analyse peut cheminer vers son terme. Pour d’autres, les choses s’avèrent beaucoup plus difficiles, car la problématique du négatif ressurgit après des phases durant lesquelles la mobilisation des fonctions liantes du préconscient et un flux associatif plus libre font croire à l’analyste, comme à l’analysé, que la continuité et la cohérence psychique apparaissent comme rétablies et que la terminaison du travail psychanalytique à deux peut être envisagée pour un futur à prévoir.

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Ce fut le cas de Mme X.

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Après un travail long et ardu, l’évanescence de l’omnipotence et la réduction des clivages lui avaient permis d’établir des rapports mieux soumis à l’épreuve de la réalité. Les introjections avaient conduit au dégagement d’un discours associatif enrichi de représentations variables. Des souvenirs avaient émergé qui engageaient un passé se reconstruisant. La patiente en était arrivée au récit de rêves dans lesquels elle se voyait me quittant en sachant qu’elle pouvait garder le souvenir du temps de notre rencontre. Elle parlait de tout ce que cette rencontre lui avait permis de retrouver de son passé ou de modeler comme affects et fantasmes ; jusqu’au vœu de se faire une place, comme la mienne, ce qu’elle reconnaît comme un mouvement d’identification au phallus de la puissance. Elle se référait à de nouveaux modes de relation et commença à envisager la possibilité de mettre une fin à notre travail commun si je manifestais mon accord.

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Au moment même, je ne dis rien, mais comme après quelques jours elle est revenue sur le sujet, je lui dis qu’ « on » pourrait en parler.

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Mme X resta silencieuse jusqu’à la fin de la séance.

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À la séance d’après, elle dit avoir l’impression de fondre dans des eaux marécageuses. Sa pensée se dilue, son discours se brouille. À partir de là, je me trouve avoir à affronter un ouragan qui balaie le champ de la cure.

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Des lancées creusant des frayages vers l’identité de vécus conformes à des sensations et à des mouvements de déstructuration des formations psychiques et des liens intérieurs/extérieurs, devenaient les indices d’une destructivité qui tentait de nous engager toutes les deux.

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Je me sentais plutôt perdue et à bout de forces.

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Je me disais qu’envisager la fin de notre travail était ressenti par Mme X comme une catastrophe de la vie psychique ; pour la patiente, il s’agissait d’une dissolution de cet espace mental que nous avions été amenées à construire peu à peu.

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Je m’efforçais de reprendre le cheminement en me posant la question de savoir si cet effondrement était la répétition d’un passé ou si la chute autodéstructurante était un appel à d’autres fins, surtout parce que je me disais que ce « on » qui m’était venu, à la place du « vous pouvez m’en parler », m’engageait beaucoup plus dans l’affaire. À un certain moment, Mme X avait parlé de l’analyse comme d’une arme dont on peut se servir dans les rapports aux autres. Plus tard, l’arme s’était transformée en téléphone d’une porte d’entrée, tel que ce téléphone communiquant avait trouvé à se figurer dans un rêve de la patiente après sa première référence à la fin de l’analyse.

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Le rêve : Après une longue marche fatigante, exténuante, Mme X arrivait à ma porte et demandait accès à mon/son espace. Il n’y avait pas eu de réponse. La porte resta fermée et la patiente avait parlé d’un « avortement d’entrée ». Elle s’était affaissée.

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Aux différents sens de cette scène, j’ai choisi de ne pas toucher à ce moment-là. On a donc repris la route, elle et moi, lentement, péniblement, afin d’en venir à un jour où je pus lui dire qu’elle pensait que sa mère s’était alitée pendant de longs mois pour arriver à sa naissance.

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En écrivant sur les réactions thérapeutiques négatives (2001, 2003), j’ai envisagé les différentes formes que peut prendre le renversement d’une démarche progrédiente quand celle-ci ébranle l’économie de la toute-puissance et les solutions défensives adoptées jusque-là par le Moi.

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Dans ces cas, ce n’est pas seulement à des attitudes d’attente et de réserve prudente que l’analyste est convié. C’est aussi sa propre endurance au danger d’un vidage menaçant qui est mise à l’épreuve. Car il faut dire que Freud avait été sûrement traversé par le déni quand il disait que le Moi peut prendre la place du Ça. Les poussées informes persistent en nous, porteuses de dangers et d’attraits qui ébranlent la cohésion et la continuité du Moi, et c’est la complexité du négatif dans notre réalité intérieure qui nous permet de comprendre pourquoi le psychique ne se manifeste pas comme soumis uniquement à des lois d’homéostasie et de stabilité.

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Nous nous trouvons donc orientés aujourd’hui vers la conception du psychisme comme « erratique » dans les deux sens du terme : en erreur de croyance qu’il peut se retrouver comme un tout organisé ; en errance, car porté vers des attracteurs multiples. N’étant pas pris dans un seul ordre, il n’est pas toujours poussé vers l’objet et il ne retient pas des secteurs définitivement séparés. Quant aux filets de la toute-puissance, ceux-ci lâchent avec grande difficulté ce qu’ils ont péché.

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Comment peut-on alors concevoir l’importance de la contribution de la psychanalyse aujourd’hui ? Si on adhère à l’idée que la genèse et la tenue des vibrations du sens sont ce qui caractérise le travail psychanalytique, suivre les mouvements psychiques et faire accéder le patient à la polysémie de la signifiance des événements et des vécus constitue le but à poursuivre autant que faire se peut, même dans les cas qui ne semblent pas disponibles à l’analyse classique. En donnant sens au négatif en nous, la psychanalyse organise, à travers les interprétations du psychanalyste, un cadrage du négatif qui nous permet de « vivre avec ». Est ainsi prolongée l’idée de A. Green sur l’hallucination négative comme intériorisation du fonctionnement de l’objet-analyste qui, en vidant la place de sa présence, permet l’émergence d’éléments nouveaux.

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Car la fin de l’analyse ne procède pas seulement de ce qu’un patient peut accepter d’abandonner en résistances et en expectatives.

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Elle reste liée à la reconnaissance de l’impossibilité de l’achèvement de ce travail, à des transformations psychiques incessantes à suivre et à comprendre. C’est ce qu’un patient écrivait trois ans après la fin de son analyse : « La toute-puissance était aussi la défense contre ce qui venait de vous. Autosuffisance contre le prendre et le donner... Ce processus à accepter, pas toujours, pas pleinement... selon la disponibilité et le possible. Mais à continuer. »

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Bien sûr, avec la donne actuelle de la relativité des niveaux d’approche des phénomènes, nous savons que les manifestations du négatif sont relatives au temps et à l’espace dans lesquels elles apparaissent. Notre champ, celui des tracés psychanalytiques, se constitue par des mouvements qui se développent dans l’espace et le temps précis qui à chaque fois les déterminent, enveloppant les deux membres de la dyade analytique. Négatif et négativation sont donc à considérer chaque fois tout autant pour les analysants que pour les analystes. Les blancs de la pensée et des affects nous concernent tous les deux. Le co.labeur sur le négatif est le procès de vie du logos analytique.


RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

  • Ameisen J.-C. (2003), La sculpture du vivant, Paris, Le Seuil.
  • Bion W. R. (1965), Transformations, London, W. Heinemann.
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  • Enriquez M. (1977), Analyse possible ou impossible, Topique, 18, 49-62.
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  • Freud S. (1930), Civilization and its discontents, SE, 21 ; (1933), Introductory Lecture, 34, SE, 22 ; (1937), Analysis terminable and interminable, SE, 23.
  • Green A. (1983), Narcissisme de vie, narcissisme de mort, Paris, Éd. de Minuit ; (1993), Le travail du négatif, Paris, Éd. de Minuit.
  • Green A. et al. (1995), Le négatif. Travail et pensée, Le Bouscat, L’Esprit du temps.
  • Guillaumin J. et al. (1988), Les pouvoirs du négatif dans la psychanalyse et la culture, Seyssel, L’Or d’Atalante - Champ Vallon.
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  • M’Uzan M. de (2003), De l’informe avant toute chose, Penser-rêver, 4, 27-35.
  • Potamianou A. (2001), Le traumatique, Paris, Dunod ; (2003), Transformations and resistances, EPF, El. Bull., 57 ; (2005), Excitante hybris, RFP, t. LXIX, no 1, 169-186 ; (2006), Dans l’espace des pas perdus, Psychanalyse en Europe, 60, 51-60.
  • Smirnoff V. (1977), Le mot de la fin, Topique, 18, 31-48.

Notes

[1]

Une partie de ce texte a été présentée au Colloque de la Société hellénique de psychanalyse, organisé à l’occasion des 150 ans de la naissance de Freud et en l’honneur d’André Green.

[2]

A. Potamianou, Les enfants de la folie, Toulouse, Privat, 1984, p. 163.

[3]

J’utilise ici le verbe mythévome (????A????) dans sa conception ancienne qui apparaît déjà dans l’Iliade, ????A???? dans le sens de « dire ».

[4]

Comme Green dit : « Quand le blanc caractérise la couleur, il invite le noir » (Narcissisme de vie, narcissisme de mort, 1983, p. 156).

[5]

Héraclite, Fragment 132, Sextus Empiricus, VII.

[6]

Chez Apollodore, A9, 17.

[7]

Michel de M’Uzan s’est récemment référé à la valeur positive qu’il confère à ces catégories quand elles apparaissent chez des patients en danger de mort : « Penser, imaginer, délirer », Centre de psychanalyse et de psychologie Évelyne et Jean Kestemberg, Paris, 2006.

[8]

Du type qui ont conduit un patient à me dire : « Je sais que devant moi il y a un grand tableau, mais par moments je me demande s’il est vraiment là. Souvent je n’en suis pas sûr. Et vous, êtes-vous ici ? Je parle, mais en réalité vous n’existez pas pour moi. »

[9]

F. Hörderlin (1770-1848), Œuvres complètes, éd. allemande, vol. 2, p. 197.

Résumé

Français

En repensant ce qui a été déjà dit sur le négatif comme organisateur de la vie psychique et comme pôle de désorganisation, l’auteur propose la thèse que le négatif peut fonctionner comme un attracteur qui ordonne des mouvements psychiques autour de certains vécus et fantasmes, alors que simultanément il détermine des trajets perturbant la cohérence du Moi. L’auteur cherche à préciser par quelles voies le négatif prend valeur d’attracteur et comment la problématique envisagée se trouve liée à la fin de certaines analyses, quand la terminaison du travail analytique à deux devient envisageable. Des éléments de la cure d’une patiente sont rapportés.

Mots cles

  • Moi
  • Omnipotence
  • Négatif
  • Informe
  • Transformations

English

On closer consideration of the negative principle, in so far as the latter both organises psychic life and constitutes a pole of disorganisation, the author puts forward a theory according to which the negative can function as a pole of attraction that organises psychic movement around certain experiences an phantasies whilst simultaneously determining the trajectories that effectively disturb the coherence of the Ego. The author aims to specify by what means exactly the negative takes on the value of a pole of attraction and how this problematic is linked to the end of certain analysis, that is to say, when an end to the analytic work of both parties can finally be envisaged. Certain elements from the treatment of a particular patient are given in illustration.

Mots cles

  • Ego
  • Omnipotence
  • Negative
  • Formless (shapeless)
  • Transformations

Deutsch

Epimythion im Negativen Indem er das, was bereits über das Negative als Organisator des psychischen Lebens und als Pol der Desorganisation gesagt wurde, einer erneuten Reflexion unterzieht, kommt der Autor des vorliegenden Textes zu der These, dass das Negative die Rolle eines Magnets spielen kann, der die psychischen Bewegungen um gewisse Erlebnisse und Fantasien herum organisiert, während es gleichzeitig in störender Weise auf die Kohärenz des Ichs einwirkt. Der Autor versucht herauszuarbeiten, auf welchem Wege das Negative zum Anziehungsspunkt wird und in welcher Weise die hier erläuterte Problematik in Verbindung mit dem Abschluss gewisser Analysen auftritt, sobald die Beendigung der analytischen Arbeit zu zweit in Betracht kommt. Elemente der Behandlung einer Patientin werden vorgestellt.

Mots cles

  • Ich
  • Omnipotenz
  • Negativ
  • Unförmig
  • Transformationen

Español

Epimythion al negativo Volviendo a pensar todo lo que se ha dicho sobre lo negativo como organizador de la vida psíquica y como eje de desorganización, la autora avanza la tesis de que lo negativo puede funcionar como atraedor que ordena movimientos psíquicos alrededor de ciertas vivencias y fantasías, mientras al mismo tiempo determina los trayectos que perturban la coherencia del Yo. La autora trata de precisar cómo lo negativo toma valor de atraedor y cómo la problemática considerada está relacionada al final de ciertos análisis, cuando la terminación del trabajo analítico de a dos se vuelve posible. Algunos elementos de la cura de una paciente son considerados.

Mots cles

  • Yo
  • Omnipotencia
  • Negativo
  • Informe
  • Transformaciones

Italiano

Epimythion al negativo Ripensando a cio’ che è stato già detto sul negativo come organizzatore della vita psichica e come polo di disorganizzazione, l’autore propone la tesi che il negativo puo’ funzionare come un attrattore che ordina dei movimenti psichici intorno a certi vissuti e fantasmi, allorchè simultaneamente determina dei percorsi che perturbano la coerenza dell’Io. L’autrice cerca di precisare per quali vie il negativo assume il valore di attrattore e in che modo la problematica trattata è legata alla fine di certe analisi, quando la fine del lavoro analitico a due diventa possibile. Vengono riportati alcuni elementi della cura di una paziente.

Mots cles

  • Io
  • Onnipotenza
  • Negativo
  • Informe
  • Trasformazioni

Pour citer cet article

Potamianou Anna, « Épimythion au négatif », Revue française de psychanalyse, 1/2008 (Vol. 72), p. 63-74.

URL : http://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2008-1-page-63.htm
DOI : 10.3917/rfp.721.0063


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