CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Rêve de Julian : le patient est avec un bébé dans les bras. C’est son bébé. Dans son récit, la description physique de ce nourrisson est au premier plan : ce bébé a les yeux noirs et le teint très blanc, comme s’il était en porcelaine. C’est d’ailleurs le blanc éclatant de sa peau/porcelaine et l’aspect très profond des yeux noirs qui impressionnent le rêveur et qui fixent son attention.Soudainement, de façon étrange et inattendue, ce bébé se met à fondre, sa peau de porcelaine s’étiole et se transforme en gouttes épaisses qui s’écoulent et tombent lourdement une à une. Ces gouttes lui passent à travers les mains, à travers les doigts, sans qu’il puisse faire quoi que ce soit pour protéger son enfant. Il vit très mal cette impuissance foncière. Mais la culpabilité et la honte s’amplifient encore lorsqu’il découvre que des personnes arrivent pour leur rendre visite et faire connaissance avec ce bébé. Il est alors dans l’obligation de raconter à ces personnes les circonstances singulières de la disparition de son bébé « fondu ».
Notre écoute clinique nous amène parfois à entendre les récits de cauchemars pour le moins étranges. Il arrive même que certains rêves traumatiques ou rêves borderline soient assez redoutables à « vivre » non seulement pour le rêveur, mais également pour l’analyste, lui aussi effracté et particulièrement sollicité contre-transférentiellement par la nature des éléments psychiques que véhiculent ces récits oniriques. La mobilisation massive de son contre-transfert n’est pas sans lien avec le fait que ces rêves transposent directement des angoisses de désintégration ou des identifications d’angoisse, celles-ci détenant le pouvoir de faire « zone traumatique commune » entre l’analyste et l’analysant…

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Les identifications d’angoisse génèrent un processus de désagrégation et de décomposition du moi-corps où le moi n’est plus alors que l’effraction qu’il subit. Les rêves borderline vont traduire cette puissance inquiétante de déformation détenue par ce type d’image spéculaire. Ils vont même contribuer à renforcer la conviction que les scénarii qui sont à l’œuvre ont une valeur destinale inentamable. Les identifications d’angoisse sous-jacentes à ces scènes (dés)identifiantes ont ainsi le pouvoir d’amender les ressources métaphoriques non seulement de l’analysant, mais également de l’analyste. Pour contrecarrer ce processus de dé-métaphorisation, l’élaboration analytique devra favoriser une forme d’hystérisation archaïque laquelle permettra non seulement une remémoration des traumatismes précoces, mais favorisera une reconfiguration des enveloppes psychiques ou des signifiants formels à partir de constructions ou d’interprétations qui privilégieront l’usage de métaphores synesthésiques.

  • hystérie archaïque
  • identification d’angoisse
  • rêve
  • signifiant formel
  • symbolisation primaire
Philippe Givre
Psychologue clinicien, psychanalyste, Maître de conférences HDR à l’Université de Paris.
2 rue Ropra, 59800 Lille
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Mis en ligne sur Cairn.info le 30/04/2021
https://doi.org/10.3917/rfp.852.0487
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