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Revue française de psychosomatique

2002/2 (no 22)


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La problématique des fixations attira très tôt l’intérêt de Freud. Dès 1905, il a parlé des fixations relatives à la sexualité infantile. Dans plusieurs textes de la première période de la théorie, il note que ces points d’ancrage du pulsionnel travaillent le psychisme comme points d’appel pour les régressions et déterminent l’orientation de l’appareil psychique en mobilisant la contrainte à répéter.

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Très tôt, il s’interrogea également sur l’origine traumatique de certaines fixations, inscriptions de traces à force attractive qui contribuent au fait que la libido ne peut pas poursuivre son évolution sous l’égide du plaisir-déplaisir, fixée qu’elle est sur l’événement traumatisant (1916, Conf.18, p. 274).

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La deuxième théorie des pulsions envisage les fixations d’éléments qui, procédant de lignes traumatiques, traversent la sexualité infantile et examine leur rapport avec la contrainte de répétition procédant du ça. Dans la mesure où le moi se trouve sous l’emprise de cette contrainte, il n’arrive pas à réussir dans son action défensive autrement qu’en régressant.

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En ce qui concerne la régression, Freud (1926, p. 114-115) conçoit son explication à travers la notion de la désintrication des pulsions, mouvement qui détache les investissements érotiques des composantes destructives, retenues jusque-là par ces investissements. Il se réfère ici à une problématique spécifique de la trajectoire libidinale et de la structuration du surmoi, mais, finalement, il va bien au-delà, puisqu’il remarque que les origines du surmoi se retrouvent dans le ça et par conséquent ce dernier ne peut jamais se dissocier de tendances à la désintrication et à la régression.

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En ce temps du développement de la pensée psychanalytique, la deuxième théorie des pulsions va donc mettre en rapport le système régression-fixation avec la liaison, efficace ou pas, de la destructivité.

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Dans le cadre de la première théorie, la problématique de la régressionfixation avait été rapportée aux obstacles retrouvés sur la voie du développement des tendances sexuelles; ces obstacles obligeaient la libido à se replier vers les points forts de fixation créées par le refoulement (Freud, 1916, Conf. 22, p. 340-342). Le retour vers l’arrière engageait des plates-formes de points d’arrêt, ancrés dans les étapes d’organisations libidinales plus anciennes. Étaient mis en cause d’une part la ténacité cristallisante de la libido et d’autre part les processus défensifs du moi. En ce qui concerne le moi, ceci entraîne le refoulement, alors que du point de vue libidinal est engagée une fixation. Mais il faut noter que le conflit entre sexualité et forces qui s’y opposent – nommées alors pulsions du moi – est évoqué ici, annonçant les développements de la théorie après 1920.

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Dans cette première période, l’examen des fixations s’avère une voie vers la compréhension des symptômes névrotiques et des conflits qui les sous-tendent; conflits et symptômes sont mis en rapport avec la sexualité infantile et les objets abandonnés (Freud, 1916, Conf. 23). Bien sûr, les dispositions héréditaires ne sont pas ignorées.

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Freud souligne que :

  • le retour vers les stades de choix d’objet plus anciens se fait à travers la fantasmatique inconsciente;

  • il y a concentration-rétention sur les points de fixation d’un quota d’énergie libidinale, ce qui crée pour l’appareil mental la nécessité économique de le gérer, afin d’éviter des accumulations créant du déplaisir. Il précise que toute névrose inclut des fixations, alors que toute fixation ne conduit pas à une névrose.

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Quant aux situations traumatiques, situations qui, pour Freud (Conf.18, p. 273), viennent d’expériences touchant le corps du sujet ou d’impressions sensorielles, la thématique des fixations débouche sur la question des fonctions pare-excitantes du moi, qui sont alors mises, peu ou prou, hors jeu, en raison de facteurs externes (la séduction) ou internes (la force pulsionnelle et la vie fantasmatique), situations vécues avec une surcharge émotionnelle que l’appareil psychique n’arrive pas à gérer. Le quantitatif des excitations se déploie de manière effractive. L’excès d’énergie non liée désorganise les morphèmes figuratifs en les empêchant de jouer leur rôle antitraumatique.

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À partir du tournant de 1920, seront développés les effets de l’économique noyant le sens et cernant des vécus de broyage des représentations, de désarticulation des traces mnésiques, d’un moi sombrant sous le poids ingérable de perceptions traumatiques.

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Bien évidemment, entre les expériences de sidération traumatique et de mutilation du moi (Ferenczi); entre les vécus de blessures narcissiques précoces ne pouvant pas être prises en charge (Winnicott) par un préconscient qui n’est pas encore mis en place; les perceptions, procédant de stimulations non mutées (Roussillon), et le pulsionnel marquant le psychique de traces négatives (C. et S. Botella), une autre vaste plage se dessine. Dans cette plage se retrouvent des vécus traumatiques à effets positifs, expériences prises dans la trame du caractériel ou se révélant par des fixations au traumatique qui mettent en branle la contrainte de répétition. Si les répétitions arrivent à se mettre sous l’égide du principe de plaisir, elles sont soutenues par des figurations et des mises en scène qui sont la preuve des efforts du moi à transformer ce qui le traumatise.

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Récemment Michel Fain (1992, p. 12) a insisté sur le concept d’états traumatiques transitoires. Leur symptôme central est le retour constant à la mémoire de l’état de détresse qui a suivi le stoppage brutal d’un projet très investi confrontant le sujet avec une castration réifiée. Michel Fain a également parlé du temps de traumatismes « nécessaires » en décrivant la censure de l’amante, alors que Jean Laplanche (1970, p. 81) a théorisé les choses à partir d’une scène primitive, événement qui arrive à s’intégrer dans la vie psychique comme fantasme. F. Brette (2000) a esquissé certaines mises en forme organisatrices de ses expériences. J’ai moi-même souligné l’infiltration du traumatique par le sexuel dans des rêves traumatiques (Potamianou, 2001), en essayant de montrer que même lors de fixations traumatiques certaines pensées du rêve peuvent rester sous l’attraction de représentations de désirs infantiles.

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Le sens donné par les psychanalystes aux fixations traumatiques inévitablement influe sur le destin du travail interprétatif : visée de maîtrise et d’usure; appétence à revivre l’excitation de l’expérience traumatique; dernier lien avec l’objet à garder farouchement, même si l’objet blesse et déçoit; attache omnipotente faisant de la douleur de la répétition la preuve qu’on est capable de tout supporter.

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Ce qui ressort de toutes ces conceptions, c’est que la régression se révèle comme cheminement permettant au moi d’enlacer un pilot fixant, lieu d’ancrage et obstacle à la poursuite de la voie régressive (Potamianou, 2001, p. 56). Car, comme le disait Ferenczi (1932, p. 141-143), « le plus facile de détruire en nous, c’est la cohésion des formations psychiques en une entité (…) Ainsi naît la désorientation psychique ». Ferenczi se réfère plus précisément à la paralysie sensorielle sous un choc écrasant pour le psychisme, paralysie constatée après certains traumatismes qui instaurent un état de passivité dépourvu de toute résistance. Ceci conduit à la disparition des traces mnésiques même dans l’inconscient. Aucune fixation ne subsistant alors, le psychisme se trouve dans un état psychiquement anéantissant.

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Freud avait prévu cet état en se référant aux effets négatifs des traumatismes, à leur non-inscription. Winnicott, comme également plusieurs auteurs contemporains (A. Green, J. Guillaumin, R. Roussillon, C. et S. Botella), sont revenus sur cette problématique, essayant chacun à sa manière de suivre le destin des excitations non élaborables. Mais tous sont d’accord pour dire que la psychisation de l’énergie, sa qualification en énergie libidinale apte à se couler dans des morphèmes représentatifs et/ou affectifs, n’est ni donnée ni assurée. On ne peut pas dire que les liaisons psychiques en principe absorbent tout le potentiel énergétique disponible. Par conséquent, le concept de la non-inscription de certains vécus traumatiques n’ouvre pas seulement sur la question du potentiellement transformable; celle-ci évoque également les trajectoires vides de fixations psychiques ou, en tout cas, des trajectoires de fixations mentales non solides, pouvant être facilement balayées par les rafales d’émois cataclysmiques.

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C’est justement ces cheminements qui introduisent la nécessité de repenser les fixations somatiques et leur utilisation dans les stratégies des constructions analytiques (constructions de l’analyste – constructions de l’analysé) dans le courant des cures.

LES LIAGES SOMATIQUES

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Puisque les situations traumatiques procèdent du corps ou de perceptions sensorielles internes ou externes, c’est non seulement le psychique, mais également le soma qu’elles affectent. Selon Pierre Marty, les fonctions psychosomatiques évoluent du plus simple vers le plus complexe par des mouvements d’organisation faits d’associations et de hiérarchisations.

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Pierre Marty (1976, p. 118-121) parle du passage d’ensembles fonctionnels en mosaïque sous l’égide d’ensembles mieux organisés selon les pouvoirs d’associations et de hiérarchisation. La réalisation d’une organisation évolutive nécessite que les ensembles fonctionnels plus primitifs soient prêts à suivre le mouvement les intégrant au niveau supérieur [1][1] Cette conception semble, au premier abord, être proche.... Sinon la nouvelle organisation est mise en échec et une régression s’amorce vers l’organisation d’avant. Cette dernière sert de point de départ au recommencement du mouvement cherchant à atteindre le point d’évolution supérieure. Ainsi, il y a répétition de la tentative de construction supérieure.

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Les mouvements réitérés donnent une valeur essentielle et particulière aux fonctions mises en cause par la régression, valeur qui se fixe progressivement.

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Il est intéressant de noter que les pédiatres d’aujourd’hui utilisent des conceptions et un langage voisins en affirmant que le développement des apprentissages chez les nouveau-nés montre qu’avant chaque nouvelle étape il y a une régression vers les points forts de l’organisation précédente. T. B. Brazelton (1993, p. 16) dit que le bébé régresse ou s’effondre pour se réorganiser, avant l’avancée suivante de développement.

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Dans le cours de la première année, il a déterminé sept moments cruciaux qu’il appelle des « touch points». Pendant ceux-ci, juste avant de faire une avancée de développement, le bébé connaît une période de débâcle.

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Puis il reprend.

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Voilà donc la régression précédant une réorganisation.

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Les niveaux psychosomatiques marqués par des fixations vont constituer des lieux à la fois de vulnérabilité et de défense. Selon Pierre Marty (1976, p. 124), « les fixations (…) vont déterminer en grande partie la destinée du sujet (…) Si les fixations peuvent être à l’origine de manifestations pathologiques, elles constituent assurément, la plupart du temps, la base de particularités tant somatiques que psychiques chez des individus qui empruntent dans leur ensemble les voies les plus habituelles de vie ».

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Les fixations s’étendent sur toute l’échelle évolutive en tenant compte de l’hérédité, comme de la croissance. « L’organisation psychique, sommet de l’édifice humain, se ressentira toujours de n’importe quelles fixations héréditaires ou génétiques ayant marqué l’individu dans n’importe quel secteur (1976, p. 128). »

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Ainsi, au-delà des fixations individuelles issues de l’ontogenèse, telles celles de la vie intra-utérine et celles de la petite enfance, les fixations issues de la phylogenèse engagent les fonctions somatiques, comme aussi les fonctions mentales inscrites dans un programme physiologique de base (Marty, 1980, p. 10).

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Marquages caractéristiques d’un niveau fonctionnel, les fixations somatiques ont sans doute précédé dans leur mise en place les fixations mentales. Leur temps est un temps qui peut se bloquer dans la pathologie somatique. Sont-elles toujours activées par les défaillances de l’organisation défensive mentale ou par les échecs de cette organisation, dans la vie d’un individu, comme on l’a dit souvent ? En tout cas, il faut également penser à des tracés parallèles qui ne se recoupent pas, mais peuvent coexister en dynamismes parallèles.

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Dans l’optique psychosomatique, le phénomène fixation-régression dépasse le cadre mental et engage « un déterminisme relatif » (Marty, 1976, p. 96) dans les ordres du soma, du comportement et de l’organisation mentale. Les fixations psychosomatiques rendent sans doute compte de processus fixés dans des modalités structurales reconnues plus tard chez nombre de sujets tels les grands allergiques spontanés, certains ulcéreux, etc.

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Des plus profondes, susceptibles de donner une préséance générale du principe d’itérativité, à celles soumises à l’alternance automationprogrammation [2][2] Le principe de l’automation règle la sensibilité anarchique..., selon les aléas des rythmes personnels, ces fixations mettent en cause l’influence d’éléments extérieurs, les relations d’objet, et surtout la relation avec l’objet primaire maternel.

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Si la mère, dit Pierre Marty (1980, p. 141), donne un poids convenable aux automations répétitives d’un stade évolutif en cause, l’équilibre psychique final du sujet s’améliore. Trop de poids risque de favoriser la mise en avant du programme du stade précédent.

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Si la mère profite des ouvertures spontanées de l’enfant aux programmations pour agrandir le champ de celles-ci, la dominante hystérique va se renforcer et la seconde phase du stade anal sera vraisemblablement escamotée dans sa valeur mentale structurante. Il faut donc considérer les tendances profondes de la mère, mais aussi les réactions inconscientes et effectives de la fonction maternelle devant un enfant qui tend spontanément vers les programmes et les désirs nouveaux. « On conçoit que la somme des notations concernant les fixations, appréhendées par l’examen (…) d’un grand nombre de sujets provenant de milieux multiples (…) aboutiraient à une connaissance considérable des organisations psychosomatiques de l’espèce humaine » (Marty, 1980, p. 142)

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Une telle position ouvre sur deux questions essentielles :

  1. Celle des noyaux précurseurs des fixations.

  2. Celle du continuum régressif à partir du mental jusqu’au somatique.

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Et sur un troisième point encore :

Les fixations somatiques peuvent-elles être considérées comme des équivalents des traces mnésiques engageant les aspects les plus primitifs d’éléments corporels et sensoriels comme traces au même titre que les traces mnésiques, comme le propose Alain Fine (2001, p. 87)?

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Il est certain qu’après la naissance tout ce qui vient du dehors, comme du dedans – sensations et perceptions –, laisse des marques qui peuvent se fixer en unités de base de la mémoire et/ou en modalités de liages corporels. Au sujet des marquages somatiques, on peut, je crois, dire que, en tant que tracés répétitifs de tensions organiques, ils peuvent entraîner des fixations, nœuds accumulant des charges énergétiques. Dans l’après-coup de constructions de l’analyste ou de l’analysé, ces nœuds viennent intéresser le mental. En tout cas, pour l’analyste les fixations et les symptômes somatiques ne sont pas muets; du moins en ce qui concerne une imagerie fantasmatique si celle-ci arrive à s’articuler. Et c’est pourquoi, alors que les symptômes somatiques ne sont pas en eux-mêmes psychiquement parlants, l’analyste, lui, peut arriver à construire des imageries en préformes de fantasmes non constitués chez le patient.

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À ce point, une remarque de terminologie serait peut-être utile. Pour le niveau somatique, je propose le terme de « liage » au lieu de celui de « fixation », afin de garder à ce dernier la spécificité de sa référence à l’ordre du mental. Il est, bien sûr, entendu que les liages somatiques qui écartent les désorganisations contre-évolutives sont les corollaires d’une intrication pulsionnelle psychique de bas niveau.

LES NOYAUX PRÉCURSEURS

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Plusieurs chercheurs se sont posé la question de savoir comment comprendre la complexité des comportements du nouveau-né durant la première année de la vie par rapport aux données biologiques qui montrent que le cortex n’est pas suffisamment myélinisé pendant la période prénatale.

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Peut-être faut-il chercher à esquisser une réponse par le biais des connaissances concernant l’hypersensibilité que montrent les nouveau-nés qui ont subi un mauvais traitement pendant la période intra-utérine (malnutrition, drogues prises par la mère, etc.). On peut penser que, analogiquement à ce qui se passe lors d’un traumatisme psychique quand l’énergie afflue autour de la zone traumatique, un champ d’hypersensibilité s’établit au cours de la période de gestation autour des zones agressées de l’embryon. Dans ce cas, le cerveau aussi est engagé dans cette hypersensibilité dont il portera le marquage.

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Les neurophysiologues et les biologues d’aujourd’hui tels G. Edelmann ou E. Kandel adoptent la position selon laquelle les structures du cerveau se transforment constamment dans les limites, bien sûr, des données génétiques en raison des stimulations subies, extérieures et intérieures. Ces dernières sont dues à l’activité du cerveau lui-même, les réseaux duquel retiennent une certaine plasticité qui les rend perméables aux influences du milieu et aux données de l’histoire de l’individu (Kouvélas, 2001, p. 158). Les fondements de cette plasticité se trouvent, je crois, dans les sensibilités de la période prénatale. On peut se référer alors à des voies redondantes du système nerveux immature et dire que le système sollicité durant cette période essaie de gérer ce qui le sollicite en utilisant les possibilités d’information selon le niveau de son développement.

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Reste à mieux comprendre la problématique des sensibilités et des sensibilisations par rapport aux noyaux des fixations ou liages somatiques.

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Depuis longtemps on sait qu’après la naissance les excitations émotionnelles transmises par les voies autonomes et soutenues, peut-être, par des agents humoraux activés arrivent à changer la perméabilité des organes et les réponses immunologiques (Wittcower, 1935, p.533). La répétition de mouvements qui accompagnent la sensitivité affective introduit des changements autonomes (par exemple dans la musculature striée) qui diffèrent chez les individus selon l’intensité de leur résonance (Ostow, 1969, p. 70), et les rythmes établissent des liens entre les éprouvés sensoriels.

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Avant la naissance, il est certain que les systèmes sensoriels ne sont pas pleinement développés. Ils ne peuvent donc pas produire des réponses qualitativement très différenciées, mais la sensitivité de l’embryon est bien présente puisqu’il réagit aux sons de voix et à certains rythmes. La plupart des systèmes sensoriels sont déjà fonctionnels in utero, bien avant d’atteindre leur maturité structurale, et le fœtus est soumis à de nombreuses variations des entrées sensorielles (Lecanuet, Granier, Deferre, Shaal, 1993, p. 49).

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Puisque la réactivité est présente, les répétitions de certaines stimulations venant de l’extérieur, et rencontrant l’activation de différentes zones de l’unité physiologique, ont comme conséquence des variations fonctionnelles dans les systèmes organiques. Ces variations se stabilisent par le nombre de répétitions, constituant ainsi des marquages.

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Bien que nous n’ayons pas encore des connaissances exactes concernant le mode de la retenue des informations sensorielles pendant la période prénatale, je considère qu’on peut utiliser la notion de sensitivité prénatale pour penser que, si après la naissance les zones sensibilisées se trouvent de nouveau mises en cause, la condensation d’énergie sur les marquages concernés constituera des points fortifiés par les charges énergétiques et ceci indépendamment de leur psychisation future.

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La longue trajectoire qui mène jusqu’à la naissance ne peut qu’être prise en compte quand on considère les liages somatiques, les premiers tracés organiques constituant, éventuellement, des points attracteurs qui favorisent la formation de noyaux précurseurs des fixations somatiques [3][3] Après la naissance, le vécu passif de la co-excitation....

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La réactivité de l’embryon que nous savons sélective aux bruits, aux sons, etc., implique une sensibilité, une réceptivité aux stimulations. Avec le développement des structures du tronc cérébral, celle-ci se trouve teintée d’ébauches, certes fugitives et évanescentes, d’émois, qui, une fois qu’on admet leur contribution, expliquent la sélectivité des réactions par rapport aux rythmes et aux états mentaux de la mère (Trevarthen, 1994, p. 31), ainsi que ces réactions que les biophysiologues appellent « conséquences des coups d’agression » au fœtus.

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Les noyaux précurseurs et les fixations somatiques n’engagent pas en eux-mêmes la voie psychique; mais si le pulsionnel vient plus tard les envelopper, ils peuvent être pris dans des réseaux de sens, activés par exemple pendant une analyse. À ce titre, assurément ils intéressent le psychanalyste.

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D’ailleurs, si on observe la capacité dont font preuve certains bébés immédiatement après la naissance de se fermer aux stimulations qui les dérangent, on ne peut que prendre en compte leur réactivité à des éprouvés qu’ils rejettent très précocement avec une persistance variant selon les cas. Or, cette compétence ne se forme pas du jour au lendemain et elle existe indépendamment des rythmes d’habituation de la vie post-natale.

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Les pédiatres qui disent que le comportement des nouveau-nés est déterminé par la génétique, mais aussi par l’effet des influences intrautérines (Braselton-Robey, 1965, p. 613), ont sûrement raison. Les variables intra-utérines influent sur les variables périnatales (par exemple les effets du travail de l’accouchement ou des médicaments pris par la mère) et celles-ci à leur tour ont des effets sur le comportement néonatal [4][4] Dans « Psychosomatique : un concept limite », paru....

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En ce que concerne l’événement de la naissance, j’ai soutenu (Potamianou, 2001) à propos de la trace originaire du manque (C. et S. Botella, 2001) que cette marque en négatif entre la perte de l’objet et la satisfaction hallucinatoire a un précédent : non pas celui d’une trace au sens plein du terme, mais celui d’une sorte d’entaille laissé par la rupture du corps à corps mère-enfant.

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La naissance, labeur productif, est aussi action de déconnexion, de décollage, qui supprime un lien organique et instaure la marque de l’objet perdu du contact organique. Les connaissances actuelles portant sur la sensibilité cutanée et tactile des contacts avec les parois de l’utérus maternel et entre les différentes parties du corps de l’embryon, ainsi que la réactivité de ce dernier aux stimulations appliquées expérimentalement, soutiennent la conception selon laquelle ce qui se passe lors de la naissance est un vécu à ne pas négliger.

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Les interventions ou apports de l’objet extérieur, qui alimentent après la naissance les expériences et l’hallucinatoire de satisfaction, ne peuvent jamais effacer complètement l’écart installé entre le corps de la mère et celui de l’enfant. La marque est là, en creux, du corps à corps disparu. Dans cette perspective, le désarroi dû à la perte de l’objet de la satisfaction, viendrait en quelque sorte en coup qui absorbe le coup de la rupture première, condensant les retombés des éprouvés. Tout ce qui nous arrive après la naissance – Freud le dit – nous affecte globalement. Ce que nous vivons s’inscrit en enregistrements successifs, à niveaux différents, en remaniements constants des traces et si ce qui correspond au vécu des ruptures du début de la vie se confirme par les manquements graves de l’objet primaire à la période postnatale, l’expérience des manques sera surinvestie. Dans ce cas, ce qui vient de l’extérieur sera à rejeter.

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Mais il y a plus.

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On a parlé (Botella, 1995, p. 358) de l’échec de la perception et de la représentation lors du trauma infantile, qui correspond à un état demeurant sensation non liée du fait de l’absence de l’investissement du sujet par l’objet investi. Je crois que cette position doit être complétée par la référence au fait que la béance perceptivo-représentative – qui laisse le pulsionnel se déployer librement, en vide de traces mnésiques et en négatif de représentations – se creuse en fonction du rejet par le moi lui-même de zones entières de son territoire. Sous certaines conditions, le moi excorporant l’objet se trouve pris dans des mouvements d’autorejet, donc dans des mouvements automutilateurs et anéantissants pour la vie psychique.

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Par conséquent, c’est la constitution même des traces mentales qui est ici mise en cause, puisque celle-ci suppose un travail entre l’intérieur et l’extérieur. En tout état de cause, les inscriptions de traces mnésiques fonctionnelles par leur solidité et leur stabilité seront défectueuses. Les défaillances représentationelles signalent un travail de liaison sapé à la base. Mais si les traces mentales se trouvent en défaut, les marquages somatiques, eux, ne sont pas mis pour autant hors jeu et produisent leurs effets.

LES MOUVEMENTS RÉGRESSIFS

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Dans la conception théorico-clinique de Pierre Marty, le phénomène de fixation est compris dans sa liaison avec une régression qui en constitue le cœur. Bien sûr, comme Michel Fain (1983, p. 7) le remarquait, la régression telle que Pierre Marty l’envisage ne se situe pas sur une échelle marquée par les zones érogènes. Elle est vue par rapport à une évolution psychosomatique dont le point de pic est lié à la structure œdipienne de l’adulte, idéalement libre de la pesée de facteurs traumatiques et par rapport à des dimensions fonctionnelles et qualitatives intrasystémiques qui vont jusqu’à rejoindre le somatique prénatal (Marty, 1980, p.138). Ajoutons que le rattachement d’une régression seconde à une fixation première, qui constitue une connaissance classique de la psychanalyse, est inversé ici par la présence nécessaire de la régression pour constituer une fixation. Ceci soulève une hypothèse nouvelle… « Cette hypothèse implique l’existence, à n’importe quel niveau de l’évolution, d’organisations antérieures » (Marty, 1976, p. 121) qui seront rencontrées lors des mouvements régressifs, réorganisateurs ou dans un courant contre-évolutif, désorganisateur.

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La régression mobilisant le principe fonctionnel de l’itérativité, qui joue, bien sûr, différemment chez chaque individu, installera les fixations.

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Rappelons pourtant que si régression et répétition vont ensemble, elles ne coïncident pas. Comme j’ai pu le dire (Potamianou, 1995, p. 57), le long des trajets régressifs qui mettent en cause les points de fixation, les tracés d’encerclements répétitifs qui scandent le cheminement du sujet signalent la prise « sur » et la reprise, donc un travail qui fait des mouvements répétitifs, constituteurs des fixations, des tentatives d’annulation de la régression.

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Certaines régressions affectent globalement la vie d’un sujet. D’autres sont partielles, (Marty, 1980, p. 143). Il faut bien distinguer entre les deux, afin que les interventions thérapeutiques soient à l’avenant. À travers le récit du patient et la trajectoire de la relation au thérapeute, on peut apprécier le système de fond de l’organisation du sujet, les symptômes somatiques tenant lieu, comme Marty l’a dit (1976, p. 144), de témoignage régressif par rapport au contexte économique dans lequel ce témoignage se manifeste.

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Les mouvements régressifs se traduisent en premier lieu par des systèmes pathologiques affectant le mental. Lorsque l’aménagement intramental se révèle insuffisant à élaborer les traumatismes, l’appareillage mental qui précède évolutivement les mécanismes de l’élaboration, et qui avait participé à leur constitution, se trouve désorganisé. Si le sujet est impuissant à établir un nouvel équilibre sous une forme régressive quelconque, l’appareil somatique qui précède évolutivement la constitution du psychisme en subit les conséquences. Quand, sous le poids d’événements traumatiques ou d’autres facteurs extérieurs, la pathologie mentale s’épuise, ou ne peut se mettre en place, le mouvement régressif se poursuivant, c’est à la pathologie somatique qu’on doit faire face.

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Il faut noter que, quelle que soit la qualité de la vie psycho-affective d’un sujet, les facteurs héréditaires, comme également des facteurs externes toxiques ou infectieux, peuvent ouvrir la voie à des maladies graves dépassant les positions régressives réversibles. Car les troubles somatiques peuvent se développer sur deux axes. Celui des maladies à crises qui sont réversibles et régulatrices de l’homéostase, et celui des désorganisations donnant lieu à des maladies évolutives.

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Le fait qu’une régression somatique peut prolonger et compléter une régression mentale ou même se substituer à cette dernière (Marty, 1990, p. 58) est un fait cliniquement établi. Les deux types de régression constituent des mouvements de repli.

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En définitive, le problème central est celui de l’écoulement des excitations énergétiques et celui de la régression comme potentialité de revenir sur un stade d’évolution antérieure. Régression globale ou régression partielle, accrochage régressif dans une dégringolade contre-évolutive qui parle de désorganisation progressive, ou régression symptomatique réorganisatrice, les mouvements dépendent d’une part des fixations marquant des points d’arrêt et d’autre part des ratés répétitifs des liages.

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Mais ce sur quoi il faut insister c’est que la permanence pulsionnelle, telle qu’elle se manifeste dans le cadre des fixations, démontre sa prégnance antimouvante. Les éléments motivant les fixations présentent une homogénéité redondante qui tend à immobiliser tout aussi bien les mouvements qui infiltrent les nouvelles formations que les mouvements transformationnels. Pourtant cette prégnance même, bien qu’impliquant des blocages, des mouvements évolutifs, en fin de compte, par son versant anti-régressif, favorise la conservation de la potentialité d’une reprise du courant progrédient.

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Reste à réfléchir sur le passage du psychique au somatique dans la trajectoire régressive.

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La réponse qui met une désintrication pulsionnelle, encore plus accentuée que celle déjà engagée dans les fixations psychiques, au centre de cette question paraît convaincante par la référence à la libération trop importante des composantes de la destructivité. Celles-ci finissent par écarter les composantes érotiques et la libido se manifeste finalement incapable de lier les forces désorganisatrices (Rosenberg, 1998, p. 1687) en raison de son adhésivité [5][5] En effet, une fixation engage des gradients de libido....

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La désintrication pulsionnelle, qui a des effets sur le fonctionnement psychique, intéresse également le somatique. Freud pensait bien que les déliaisons qui ne trouvent pas de contrepoids dans les capacités de reliaison d’un sujet ont des conséquences graves pour les fonctions somatiques.

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Claude Smadja (2001, p. 100) rappelle que pour Pierre Marty, une mauvaise mentalisation fera le lit d’une désorganisation psychique dont la progression peut aboutir à une maladie somatique. Celle-ci est conçue comme résultant de deux forces opposées; celle issue du courant contre-évolutif et celle issue du palier de fixations somatiques. En ce lieu du palier des fixations somatiques, les deux forces s’unissent de nouveau.

68

Mais je crois que le recours à la notion de désintrication ne suffit pas à résoudre la question du passage au somatique. En effet, pour comprendre ce passage, il me semble indispensable d’insister, en plus, sur la notion de la dégradation de l’énergie [6][6] Freud avait parlé de dégradation libidinale dans le....

69

Suite à la désintrication pulsionnelle qui libère la destructivité de l’érotique, le moi se retrouve ou bien brûlant de l’attrait pour la surexcitation, en appétence de stimulations désorganisantes, ou au contraire il se réfugie dans des désinvestissements qui l’épuisent. Que devient alors l’énergie libérée lors des processus désinvestissants ?

70

J’ai cherché à répondre à cette question (Potamianou, 1994) en utilisant le concept de « l’énergie indifférente », donc non qualifiée psychiquement, mentionnée par Freud dans l’« Introduction au narcissisme » (1914) et repris dans « Le moi et le ça » (1923).

71

Freud disait que l’énergie indifférente déplaçable peut s’ajouter à celle qualifiée en érotique ou agressive pour la renforcer. On peut donc également concevoir le mouvement contraire, lors duquel l’énergie pulsionnelle en désintrication est réabsorbée par le courant de l’énergie indifférente brute et psychiquement déqualifiée.

72

Le sillon du mouvement à rebours est signalé par Freud dans l’Abrégé (1938, p. 199) quand il se réfère à la fonction de préservation de soi assignée au moi.

73

Freud dit qu’un excès de stimulations externes ou internes peut changer de nouveau le moi en partie du ça. Du ça il est dit (p. 148) que non seulement il n’a cure de se protéger contre les dangers par l’angoisse, mais encore il ne s’occupe même pas de la survie. Le mouvement progrédient psychique se trouvant obstrué, le ça restant en son fond ouvert au soma (31e Conf., SE, 22, p. 73) et les sources de l’énergie étant somatiques, on peut penser que l’augmentation de l’énergie indifférente par rapport aux forces pulsionnelles qualifiées favorise les décharges somatiques. Cette augmentation se fait en raison de la dégradation libidinale et de la désérotisation du masochisme. La symptomatologie propre au soma devient ainsi l’absorbateur liant l’énergie.

74

Les troubles psychosomatiques ne sont simples qu’en apparence. Pierre Marty et Michel Fain notent avec raison (1964,4, p.609-622) qu’il est aisé par exemple de mettre en évidence des situations conflictuelles correspondant à l’origine de symptômes somatiques. Mais devant un patient qui somatise (en dehors des symptômes de conversion), il faut encore estimer l’économie énergétique et la valeur fonctionnelle des investissements; la richesse et le mode des relations objectales; la tendance à réagir par l’action et le comportement.

75

Les effets des désexualisations sont à évaluer attentivement, car s’il y a répression mentale, les fonctions s’en tiennent à leur valeur instrumentale uniquement et sont dépouillées de significations symboliques comme aussi de la capacité de représenter fantasmatiquement.

76

Quand la régression ne quitte pas le niveau mental, elle aboutit toujours à une resexualisation de certains secteurs et fonctions du moi. Finalement, on arrive ainsi à une nouvelle expression conflictuelle, soutenue par la fantasmatisation inconsciente.

77

Mais si cette expression conflictuelle est de nouveau réprimée, le mouvement régressif reprend sa vigueur et peut aboutir à une perte de la qualité libidinale de l’énergie. L’excitation se manifeste alors somatiquement. Le trouble somatique se substituant aux troubles psychonévrotiques marque des défaites de l’activité fantasmatique, et aboutit à une désexualisation non compensée par des acquisitions nouvelles.

78

En mettant l’accent sur les effets de la désexualisation, Marty et Fain parlent justement d’une énergie qui se déqualifie psychiquement, notant ainsi les continuités et les discontinuités des mouvements régressifs.

79

Par conséquent, en ce qui concerne les liages somatiques, on ne peut pas se référer simplement au conflit entre pulsions d’autoconservation et pulsions sexuelles, à travers la bi-appartenance pulsionnelle de chaque système d’organes. Il faut encore penser la désintrication pulsionnelle selon la deuxième théorie des pulsions, en insistant, en plus, sur la notion de la dégradation de l’énergie pulsionnelle et des changements, que ceci implique au cœur même de l’économie psychomatique.

80

En fin de compte, les touches freudiennes sur le clavier des fondements de l’appareil psychique se sont révélées fécondes pour la clinique psychosomatique. En concevant un psychisme ouvert au somatique et pouvant être en manque d’organisation donnée, mais soumis également aux exigences d’une complexité croissante en différenciations organisatrices qui maîtrisent le règne de l’économique, Freud a tracé la voie qui indique à la fois les changements de registre et les échanges entre le niveau du somatique et le champ du psychique.

UNE CLINIQUE DE LIAGES SOMATIQUES

81

Hélène, trente-sept ans, est venue me voir en raison d’un eczéma récurant et d’un asthme de l’enfance qu’elle me dit avoir actuellement dépassé. Elle considère pourtant que des séquelles subsistent, car, face à des situations qu’elle considère comme difficiles pour elle, elle se sent comme ligotée. Elle a alors l’impression d’étouffer, car elle a des difficultés à respirer. D’après les exemples qu’elle cite, je constate qu’il s’agit surtout de situations qui mettent à l’épreuve l’estime de soi.

82

L’eczéma, une dermatite séborrhéique, la préoccupe beaucoup car, me dit-elle, excepté son apparition autour des seins et dans sa chevelure, l’eczéma, périodiquement, devient « trop apparent » autour des paupières et aux coins de son nez.

83

Soignée, de taille moyenne, plutôt pâle, regard quelque peu voilé, Hélène parle aussi de ses difficultés relationnelles et des troubles de sa pensée : « Je n’arrive pas à me concentrer ni à m’exprimer… » Dans ses activités professionnelles, elle me dit « entrer en confusion », si elle doit faire face à une situation d’urgence. Elle n’arrive pas alors à trouver un fil conducteur à ses idées qui se bousculent; elle mélange tout et elle se perd dans le dédale de ses pensées.

84

Au cours de notre travail (trois fois par semaine en face à face), elle me dira que ses idées collent l’une à l’autre et c’est au bout d’efforts épuisants qu’elle arrive à détacher certains aspects nécessaires au travail de rédaction qui l’occupe dans sa vie professionnelle.

85

Pendant de longs mois, Hélène se plaint de n’avoir pas d’idées et de ne pas reconnaître ses sentiments. Elle a besoin de ma présence pour initier quelques ébauches d’idées et d’affects.

86

Lors des entretiens préliminaires, elle me fait part d’une intervention gynécologique chirurgicale il y a quelques années, en raison, dit-elle, de sa conviction d’avoir un cancer de la matrice. Elle aurait trouvé un gynécologue qui, « cédant à ses pressions, aurait effectué un prélèvement ». Elle n’arrive pas à donner des précisions sur le sujet, mais elle dit que l’intervention l’a tranquillisée… mais pas tout à fait.

87

Fille aînée d’un couple âgé au moment de sa naissance, elle a une sœur qui, me dit-elle, est son exact opposé. Vive, charmante, active, la sœur ne se laisse pas influencer comme elle par les difficultés, et a de son mariage une fillette au sujet de laquelle Hélène est tout le temps dans l’angoisse. « Avec la mère écervelée qu’elle a, c’est le danger de mort à tous les instants. » Cette même angoisse de mort concerne également la patiente qui présente des arythmies cardiaques et des crises de tachycardie constatées par les cardiologues. Aucun facteur organique n’ayant pas été impliqué au cours des examens, les cardiologues ne s’inquiètent pas beaucoup, comme Hélène dit.

88

La patiente s’était mariée une fois avec quelqu’un que sa famille approuvait. Elle n’a pas eu d’enfant, et a divorcé quelques années plus tard. Puis, elle a eu deux longues liaisons qui ont très mal tourné. Hélène était maintenant seule et malgré la dépression qui la « tenait », ainsi que son affirmation réitérée que tout contact physique la dérangeait, j’ai bien vite pu constater à quel point elle recherchait un contact de caractère fusionnel.

89

Pendant le cours de notre travail, la patiente se lançait dans de longs récits de ses troubles ou me parlait d’accidents divers : se couper le doigt, se cogner la tête contre une porte, se casser la cheville, etc.

90

Je ne reprendrai pas ici les péripéties de notre cheminement commun, parsemé de passages à l’acte et d’épisodes somatiques (fièvres, tachycardies, etc.). J’essaierai seulement à travers l’exposé de quelques séances de faire ressortir comment une affection de la peau; un trouble fonctionnel, les tachycardies, et des manifestations du cycle allergique, constituent les paliers de recours somatique, fixant, aux moments où la réalité extérieure, en consonance avec la réalité psychique, impose des vécus de séparation ou de différenciation. Quand l’agressivité réprimée émerge, elle dégage les rayures de l’autodestructivité.

91

Vers la fin de la quatrième année de notre travail, Hélène se sent beaucoup mieux. Ses différents symptômes somatiques sont en récession, elle se sent plus à l’aise avec les camarades, travaille sans être tout le temps prise dans la trame de l’angoisse en prévision d’échecs. Elle me parle d’un projet d’examen à passer en vue d’une promotion et fait en souriant la remarque que décidément des changements sont dans l’air. La mobilisation psychique est évidente.

92

Deux mois passent à peu près dans le calme, bien qu’Hélène se référait de temps à autre à ses angoisses et au sentiment qu’une catastrophe pouvait arriver. Puis un jour elle m’annonce qu’elle a eu son premier examen et que cela a bien marché. La personne qui l’a reçue pour l’examen oral était une dame qu’elle connaissait déjà et qui ne lui plaisait pas beaucoup. Elle avait l’air hautain, elle semblait exigeante et dure. Cette fois-ci elle lui a semblé avenante, même aimable, et à un certain moment elle a eu l’impression d’être aidée. Elle est donc partie contente avec le projet d’aller voir une amie. En route, elle est prise de vertige et sent qu’elle va s’évanouir. Elle se réfugie chez l’amie qui essaye de prendre soin d’elle et appelle un médecin. Avant l’arrivée de celui-ci, Hélène a le sentiment à la fois de ne plus pouvoir respirer, de vouloir vomir, et elle se dit littéralement secouée par l’impression qu’elle éclatera en morceaux, s’éparpillant de tous les côtés. La tête lui tourne, elle a l’impression de se perdre. Elle tente de réagir, veut fuir, mais n’y arrive pas.

93

Elle ne vient pas aux deux séances suivantes. Quand je la revois, son eczéma est en pleine floraison et elle me dit qu’elle n’est pas venue car elle n’avait rien à dire… « Je ne sentais rien… Rien ne fait plus de sens… Vidée… Comme si je n’étais plus là. » Elle reste silencieuse pendant un long moment, puis elle me dit : « Voilà, la catastrophe est arrivée. Je n’ai rien à dire… » Long silence…

94

« Impossible de penser. Un vide dans la tête. Un vide en moi. La catastrophe c’est ma peau abîmée et le vide des idées. C’est comme lors de notre première année; le cauchemar de l’incapacité de penser et de parler. » Silence…

95

Analyste : « Surtout que vous m’avez perçue changeant en vous ?»

96

Hélène sursaute : « Que voulez-vous dire ? Comment êtes-vous impliquée ? Je ne vois rien. Ne me tracassez pas avec vos idées. »

97

Analyste : « C’est quand vous avez eu l’idée d’envisager un changement professionnel qui vous apporterait beaucoup, m’avez-vous dit, et que la personne qui vous examinait vous a semblé plus aimable, moins éloignée, vous apportant même une certaine aide, que vous avez été prise de vertige. Au début de notre travail vous m’avez dit que vous aviez souvent l’impression que j’étais en train de vous examiner. » Hélène répond : « Le vertige, ce n’est rien. Le pire, c’est ce qui se passa après » (sa voix a le ton d’une grande intensité). Elle reprend le récit de son vécu qu’elle qualifie de traumatique et de catastrophique. « Je suis sidérée, paralysée. »

98

J’interviens encore une fois en choisissant de ne pas me référer à la fusion recherchée, comme un en plus du rapprochement. Je dis : « Oui, en rejetant vos sentiments plus positifs à l’égard de la personne qui vous examinait, ainsi que les soins de votre amie, vous me disiez : non, personne ne peut prendre soin de moi. Mais ce faisant, ce n’était pas seulement moi que vous jetiez loin de vous – souvenons-nous des coups de pied que vous lanciez à votre mère – c’est aussi une partie de vous-même qui était lancée aux quatre vents, éjectée, éclatée. » Un long silence succède à cette intervention; puis, la patiente répond : « Qu’est-ce qui restera de moi ?»

99

À la séance d’après, Hélène parle de cauchemars terribles qui ont hanté sa nuit. Elle a rêvé que sa mère s’approche d’elle pour l’embrasser. Elle a l’impression d’être mordue par une horrible bouche, pourtant sans dents. Elle a également l’impression d’étouffer sous le poids de sa mère. Une autre figure qu’elle ne reconnaît pas, dans un coin de la chambre, se cogne contre les murs. Elle se réveille baignée de sueur. Elle me dit que sa panique était telle, qu’elle s’est demandé si elle pourrait le matin sortir de chez elle pour venir ici; l’horreur était indicible.

100

Elle se rappelle un ancien rêve où elle se trouve au sous-sol d’une maison, d’où elle perçoit les racines d’arbres qui entourent cette maison. Brusquement, des hommes forcent la porte de la chambre où elle se trouve. Elle appelle sa mère à l’aide. La mère ne répond pas. Elle reste exposée à la violence de ces hommes.

101

Ce rêve lui rappelle encore un autre rêve. Des hommes qui lui tombent dessus pour la violer. Ils tiennent un long cordon, comme une ceinture. Elle est étonnée de reconnaître la ceinture d’une robe qu’elle avait empruntée à sa sœur. Elle est prise d’une grande anxiété; ces hommes pourraient déchirer la robe. Que dire à sa sœur ?

102

Hélène poursuit : « Que dire ici ? Que reste-t-il de moi dans tout ceci ?» Quelques séances plus tard cette question revient. Cette fois-ci la patiente ajoute : « Je sais ce que vous auriez dit : Ce qui reste, c’est la partie de moi-même qui ressent l’éclatement. »

103

Analyste : « L’étouffement aussi. Comme si le contact avec le corps de votre mère et votre relation à elle vous semblaient depuis que vous étiez toute petite pouvoir vous priver de respirer librement, de vous mouvoir en dehors d’elle, privée de ce baiser-morsure qui vous répugne mais vous rapproche d’elle également. »

104

Hélène pleure et ses sanglots égrènent les émois qui l’avaient depuis toujours submergée, déstructurant ses capacités de liaison psychique.

DISCUSSION

105

La notion des liages somatiques par rapport à des organisateurs très précoces du développement considérés comme facteurs pathogènes a été développée par des analystes qui se sont penchés sur la problématique de la prématuration et des ancrages à certains tracés psychosomatiques de la période après la naissance. Insomnies, coliques des premiers mois, anorexies, mérycismes, spasmes du sanglots, perturbent l’auto-érotisme de l’hallucinatoire en mobilisant une organisation défensive de moyens anti-excitants autonomes, mais constituent des paliers d’arrêt des régressions.

106

Ce qui m’a semblé intéressant dans ce cas, dont l’organisation allergique de fond est évidente, dont l’orientation vers l’action comportementale répétitive témoigne d’obstacles majeurs sur la voie de la mentalisation et dont les préoccupations de type hypocondriaque ne manquent pas souvent de tenir le devant de la scène, c’est que les insuffisances d’investissements stables des limites intérieures-extérieures se reflètent dans les fantasmes et les sensations figurantes ce qui est à éviter : les séparations, et ceci au moment où la reconnaissance de caractéristiques de l’objet autres que celles projetées sur lui introduit une différenciation séparatrice, annoncée déjà par les projets des changements prévus par la patiente. Le sentiment d’éclatement, de voler en morceaux, fait que la cohérence du moi se perd, se dispersant à tous les vents. Toutefois, le figuratif « tient » encore par le fantasme et l’angoisse de mort prouve bien que le silence psychique ne s’est pas établi.

107

L’angoisse de mort ne recouvre pas ici l’angoisse de castration, comme Freud l’a soutenu. Elle est le corrélat du risque terrifiant de collapsus psychique d’un moi en procès d’aphanisis d’investissements concernant les objets extérieurs, comme aussi les objets intérieurs. (Potamianou, 1997). Ce risque ne s’est réalisé que momentanément dans ce cas, mais dans son temps, l’intrication pulsionnelle a flanché, poussant à la déqualification libidinale suite au retrait des investissements objectaux et narcissiques.

108

Un point à interroger est celui de l’autorejet de parties du soi. Je considère celui-ci comme lié à l’objet toujours frustrant. Dans une certaine problématique narcissique, il s’agit d’un objet à exclure et à faire disparaître. Les offrandes du moi dont j’ai parlé longuement ailleurs (Potamianou, 1995) indiquent la rage destructrice pour l’autre et pour soi-même, en tant qu’hôte d’autodestructivité. L’idée du cancer-morsure intérieure est corrélative à l’aphanisis des pensées et traces mnésiques et à la corrosion du tissu représentationnel. C’est pourquoi les répétitions en tant que reprises fixantes n’arrivent pas à tenir au niveau du mental.

109

La fantasmatique de la recherche fusionnelle se propose comme un plus de rapprochement dans un contexte où le type des défenses utilisées (clivages, idéalisations, manifestations de la toute-puissance, orientation vers l’action comportementale répétitive) dénotait des difficultés majeures sur la voie de la mentalisation.

110

Dans mon intervention je fais allusion à ce rapprochement non seulement pour introduire le thème de la relation mère-fille, mais également pour ouvrir la voie à la possibilité qu’Hélène arrive à envisager son engagement personnel dans la figure même de la mère baisant-mordant. La quête fusionnelle est tentative d’établir des retrouvailles avec l’objet abolissant toute séparation, alors qu’elle est aussi rupture de contact avec la réalité extérieure.

111

La rupture est visée parce que cette réalité est perçue comme frustrante. L’objet est conçu comme toujours mauvais, non assistant, ne se souciant pas d’elle. La rage de l’éjection s’appuie sur le vœu de détruire totalement cet objet; mais son enrobement narcissique entraîne le danger de mouvements de perte de la continuité et de la cohérence du moi. La violence de ces mouvements conditionne les désinvestissements. L’angoisse disparaît alors, en raison de la déqualification des charges libidinales suite au désalliage pulsionnel.

112

L’eczéma s’accentue en contrepoint de l’affaissement psychique, mais constitue un palier d’arrêt de la régression, puisque à la séance du retour le fonctionnement onirique – fût-il celui des cauchemars – indique une certaine reprise de l’activité mentale. Au niveau onirique, la violence de la sexualité et celle du vécu relationnel se figurent s’entremêlant. Se dessinent là les différents niveaux de la relation d’objet : saisie de l’objet primaire; revendications envers la mère-sœur des désirs œdipiens; percée de la culpabilité qui filtre à travers les sentiments de désarroi et de honte.

113

Au sujet de l’eczéma, il faut encore signaler l’importance de la problématique du contact et du toucher que cette affection dermatique implique, ainsi que toutes les questions relatives à la peau qu’elle engage; la peau comme enveloppe contenante et comme limite séparante. Deux questions sont rattachées à cette problématique : celle des attitudes et de la fantasmatique maternelle concernant l’enfant; celle du tissu psychique du sujet, poreux ou indisponible aux changements et aux transformations psychiques.

114

Les sensations corporelles et/ou les perceptions sensorielles constituent des excitations non mutées en représentations. Si celles-ci ne sont pas prises dans les réseaux de traces mnésiques, mises sous l’égide du principe de plaisir-déplaisir et sous la reprise transformatrice venant de l’objet, elles restent stimulations brutes, non transformées. Pourtant, elles retiennent un potentiel de préformes fantasmatiques si l’analyste, comme aussi le patient, arrivent à les utiliser, les modelant en imageries qui se rapportent au corps ou au vécu relationnel.

115

L’expérience vécue prend sens seulement comme résultat d’un travail psychique dont l’« autre » est partie prenante surtout dans les débuts de la vie. René Roussillon précise, et je suis d’accord avec lui, que ce travail est « travail de symbolisation qui lie deux signes, deux représentations entre elles ou signe et représentation ». Il est aussi travail d’appropriation sub-jective, en tenant compte de l’écart entre le temps du vécu et le temps de sa signifiance. L’après-coup scande la temporalité psychique.

116

Dans le cas d’Hélène justement, une ébauche d’appropriation pulsionnelle émerge. L’esquisse d’un tracé phobique (peur de sortir de la maison) va dans le sens de la reprise du fonctionnement mental. Le cheminement analytique peut donc recommencer, horizon ouvert aux avatars de constructions nouvelles, comme aussi de résistances sur le champ du transfert et du contre-transfert.


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Notes

[1]

Cette conception semble, au premier abord, être proche de celle des neurophysiologues. Voir R.W. Gerard, « Neurophysiology : brain and behavior», American Handbook of Psychiatry, ed. S. Arieti, N.Y. Basic Books, 1959, p. 7621.

[2]

Le principe de l’automation règle la sensibilité anarchique première par la compulsion à répéter. Les systèmes de programmation de chaque stade évolutif ouvrent la voie aux différentes associations et liaisons fonctionnelles, ainsi qu’au développement en général. Ils contiennent les données de base de l’histoire du sujet; mais sous la contrainte de répétition, ils peuvent glisser dans des formes qui sidèrent les agencements conflictuels.

[3]

Après la naissance, le vécu passif de la co-excitation dans l’enfance, soulignée par C. Parat (1995, p. 299), prend une place importante dans le contexte des fixations.

[4]

Dans « Psychosomatique : un concept limite », paru dans la Revue française de psychosomatique, n° 6, p. 83, Nicos Nicolaidis (1994, p. 83), se référant à la sensibilité particulière de l’inconscient suivant Pierre Marty, considère que celle-ci est l’expression des sommes des sensationsperceptions symboliques correspondant à la force perceptive des premiers contacts mère-enfant.

[5]

En effet, une fixation engage des gradients de libido massivement attachés à certains objets et à certaines étapes du développement, obstacles au dégagement des limitations que la mobilité libidinale et son alliage à l’aptitude aux écarts et à la distanciation auraient évités.

[6]

Freud avait parlé de dégradation libidinale dans le contexte des névroses (Conf. 32, p. 92).

Résumé

Français

La question des fixations psychiques et somatiques est abordée dans cet article dans une tentative de faire ressortir certains points qui les différencient. L’auteur propose le terme de « liage» pour les fixations somatiques, nœuds d’arrêt et d’inversion des mouvements régressifs.

MOTS CLÉS

  • Liage
  • Fixation
  • Désintrication
  • Dégradation
  • Régression

English

The question of psychic and somatic fixations is discussed in this article in an effort to highlight certain points which differenciate them. The author porposes the term “liage” to designate somatic fixations, knots which arrest and invert regressive movements.

KEY - WORDS

  • “Liage”
  • Fixation
  • Defusion
  • Degradation
  • Regression

Deutsch

Die Frage der psychischen und somatischen Fixierungen wird in diesem Artikel gestellt, mit dem Versuch, einige Unterscheidungen herauszustellen. Die Autorin schlägt den Begriff der “Bindung” für somatische Fixierungen vor, sowie der Knoten der aufhörenden oder sich umkehrenden regressiven Bewegungen.

STICHWÖRTER

  • Bindung
  • Fixierung
  • Degradierung
  • Regression

Español

Este articulo trata la cuestión de las fijaciones psíquicas y somáticas en una tentativa de señalar los puntos que las diferencian. El autor propone el ter mino de “liage” para las fijaciones somáticas, nudos de parada y de inversion de los movimientos regresivos.

PALABRAS CLAVES

  • “Liage”
  • Fijación
  • Desintricación
  • Degradación
  • Regresión

Plan de l'article

  1. LES LIAGES SOMATIQUES
  2. LES NOYAUX PRÉCURSEURS
  3. LES MOUVEMENTS RÉGRESSIFS
  4. UNE CLINIQUE DE LIAGES SOMATIQUES
  5. DISCUSSION

Pour citer cet article

Potamianou Anna, « Fixations psychiques, liages somatiques », Revue française de psychosomatique, 2/2002 (no 22), p. 151-174.

URL : http://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychosomatique-2002-2-page-151.htm
DOI : 10.3917/rfps.022.0151


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