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Revue française de psychosomatique

2008/1 (n° 33)


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Pour introduire la problématique

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Dans son texte sur les destins de la pulsion, Freud (1915b, p. 123) parle d’un processus qui débute dans un organe ou dans une partie du corps et aboutit à des stimulations pouvant être représentées mentalement. Freud ajoute qu’on ne sait pas si le processus est de nature chimique ou s’il correspond également à la décharge d’autres forces, par exemple mécaniques, que l’appareil mental tend à contrôler (p. 120) en les mettant sous l’égide du plaisir/déplaisir.

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En 1920, dans « Au-delà » (p. 26), Freud affirme à nouveau que nous savons peu sur la nature et les modifications des processus d’excitation dans les systèmes psychiques.

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Ce peu de savoir souligne sûrement la complexité du problème et les difficultés que celui-ci pose au psychanalyste quand il s’agit d’envisager les voies du devenir des excitations. Pourtant, le fait que la source est reconnue comme terrée dans le somatique (1895, p. 316), donc que la base première de l’excitabilité est de nature organique, et que les poussées énergétiques venant du soma sont modifiables en amont ou en aval (Freud, 1894, p. 60), constitue une connaissance qui n’est pas de petite importance, puisqu’elle permet de suivre les trajets des manifestations de l’excitabilité sur le terrain du mental, tout aussi bien que dans le secteur du comportement ou dans le champ du soma.

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Bien évidemment, c’est le devenir au niveau psychique qui intéresse les psychanalystes. Néanmoins, les croisements, les échanges, les passages entre les ordres différents du psychosoma font qu’il n’est pas possible de s’attacher à ce qui survient dans un seul ordre sans s’interroger sur les effets que cela peut produire dans les autres. De même, il n’est pas évident qu’on puisse envisager les choses en les séparant selon leur action dans les différents registres de l’appareil mental. Peut-être est-ce plus utile de tenter de suivre les voies d’écoulement des excitations, intérieures ou extérieures, selon la variable qui à chaque fois prévaut chez l’individu, à savoir si celui-ci cherche à éviter, à se soustraire ou au contraire s’il se manifeste en quête d’excitation ; s’il s’y abandonne avec plaisir ou pense subir sans plaisir ce qu’il n’arrive pas à modifier ; s’il s’offre au feu des excès ou à la froideur des manques. Supporte-t-il sans décharger ou décharge-t-il pour ne pas élaborer ?

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Sur la voie évolutive de la croissance psychique, comme sur celle des régressions profondes, il est certain que des variations dans le traitement des excitations, selon les moments ou les phases de la vie, deviennent perceptibles chez tout un chacun. Les lignes des refoulements, de la dénégation, des identifications hystériques, ne manquent pas de se croiser avec des mouvements de déni, avec des modifications qui estompent ou effeuillent l’objet, avec des identifications projectives ou mélancoliques. Mais en principe le mode sous lequel à tel moment se décharge ou se déplace, augmente ou diminue, ce que Freud (1894, p. 66) a appelé la somme d’excitation ou quota d’affect circulant dans le champ psychique est un facteur indiquant le travail que peut effectuer l’appareil psychique, une fois que la somation des stimulations permet le franchissement d’un certain seuil donnant accès au mental (S. Freud, 1895, p. 316). Freud ajoute (p. 323) qu’une organisation se forme ainsi en ψ qui s’appelle le moi.

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Quand ce seuil n’est ni atteint ni franchi, la symptomatologie des névroses actuelles témoigne à la fois de l’action de stimulations exerçant une pression continue dans le psychosoma et de leur inscription manquante dans la plaine du psychique. Mais il faut, bien sûr, tenir compte du fait que peu à peu l’idée que les symptômes des névroses actuelles ne sont pas totalement exempts de références à des conflits anciens s’est affirmée.

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Le vivant est en permanence potentiellement excitable. Ravissement du corps, éveil du mental, rapt de l’esprit, la fièvre délicieuse des excitations intensifie nos désirs, promeut notre besoin d’avoir et de savoir, nous offre la certitude d’être en vie. C’est l’excès des excitations qui conduit au trouble, car pour rester en vie on a tout autant besoin d’être excité que de se protéger contre les stimulations trop fortes, internes ou externes, afin que celles-ci n’effractent pas le tissu conjonctif du vivant. Les liaisons entre éléments qui le constituent sont dépendantes de la force des charges énergétiques, d’une part, et de la solidité du système pare-excitations de l’autre, comme également de la stabilité des défenses au niveau du moi.

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Ces défenses mentales sont redevables de l’intrication pulsionnelle assurée par le noyau masochique primaire. Leurs mécanismes dégagent l’appareil psychique de ses surcharges. En suivant l’idée d’investissements envoyés de l’intérieur vers l’extérieur, ou par contre retirés, idée promue dans le texte de 1924 (p. 231) sur le bloc magique, on peut dire que le système des défenses est pour les excitations intérieures l’équivalent du système pare-excitations, qui contrarie les charges venant de l’extérieur.

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De la couche corticale extérieure du ça présentée comme enveloppe protectrice, on peut dire qu’elle est finalement régulatrice de l’homéostasie psychique, puisque, doublée par l’activité défensive intérieure, elle assure les moments de non-excitabilité du système perceptif. La discontinuité ainsi introduite fractionne les excitations et allège leur impact. Certaines recherches biopsychologiques (1993, 2006) ont enrichi notre savoir concernant l’effet des rythmes et des oscillations des mécanismes protecteurs sur l’excitabilité et sur l’habituation, en désignant aussi, comme Freud l’avait déjà fait, les facteurs qui peuvent effracter la barrière protectrice : facteurs constitutionnels, expériences traumatiques.

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L’organisation structurelle prévue par la deuxième théorie des pulsions a débouché sur ce qu’on peut appeler une intégration particulière du système pare-excitations. En effet, dans le texte de l’Abrégé (1940, p. 145) est citée l’organisation spéciale qui a émergé de la barrière protectrice : « cette instance appelée le moi ». Agissant dorénavant comme intermédiaire entre les couches les plus profondes de l’appareil psychique et le monde extérieur, le moi prendra en charge la garde contre ce qui dérange l’homéostasie de l’appareil psychique, aidé en cela par l’établissement du surmoi désexualisant. Mais tout en admettant que les changements qualitatifs que le surmoi introduit dans le champ psychique agissent contre l’aiguillon des excitations, alors que les refoulements et les contre-investissements complètent la protection, je suis d’accord avec la position adoptée par M. Fain et D. Braunschweig (1971, p. 128 et 1975, p. 192). Ces auteurs soulignent l’importance du rôle de l’objet premier pour la constitution de la couche pare-excitante qui est soutenue par l’action de procédés qui contrarient les poussées brutales d’excitation vers la décharge immédiate. Le capital énergétique ainsi retenu dans le champ psychique, capital narcissique, est apte à se muter en figurations, en représentations, en affects, quand la coexcitation sexuelle vient enrober les éléments dérangeants. En principe, toute excitation en excès, ou en manque, devrait donc se partager sur deux lignes : la ligne du potentiel traumatique, d’une part, et d’autre part celle des excitations qui se coulent dans l’hallucination de la satisfaction du désir et dans le fantasme de la castration. Quand la ligne traumatique impose ses couleurs, l’hallucination de la satisfaction du désir n’arrive pas à s’organiser ou s’organise très mal.

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S. Ferenczi (1933) et ensuite D. Winnicott (1974) se sont référés à ce qui a été traumatique, car ayant eu lieu à un temps où le psychisme atteint n’était pas en mesure de se l’approprier. La contribution de C. et S. Bottela (1988, 1995, 2001) tenant compte des travaux sur le négatif d’auteurs comme A. Green (1983, 1993, 2000, 2002) et d’autres a porté sur la précocité de traumatismes présentant les caractéristiques d’une non-liaison. Se manifestant comme absence de ce qui aurait dû être là, le traumatique coïncide avec l’absence de contenu de la perception. Béance donc du perceptif, doublée de la béance représentationnelle : ni dedans ni dehors. La rupture de la symétrie perception-représentation laisse alors le champ libre à un excédent d’énergie qui marque le psychisme de traces vides de contenu.

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Voilà donc une différence qui n’est pas des moindres entre la conception d’un événement se rapportant à des éprouvés non assumés par le moi immature, d’une part, et d’autre part une conception prenant en compte ce qui ne s’est jamais produit, ce qui n’a pas eu lieu pour qu’un événement ne soit pas traumatique. C. et S. Botella évoquent le non-investissement du sujet par l’objet primaire. J’ai souligné (A. Potamianou, 2001, p. 7) le concomitant des manques d’investissement par le sujet de ses zones somatiques, sources des auto-érotismes, comme également de ses processus de pensée.

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Maints traumatismes se signalent par l’arrêt de la figurabilité et par la difficulté de rendre représentable un excès énergétique qui, comme Michel Fain (1992) le signalait, n’arrive même pas à déclencher une névrose traumatique. Le quantitatif dans ce cas est libre de se déployer de manière effractive dans l’appareil psychique et/ou dans le soma.

Excitations maîtrisables et non maîtrisables

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Dans un article de 1989, M. Gribinski parle du déplacement (Ver-schiebung), concept majeur de la théorie psychanalytique, dans lequel se retrouvent la poussée (Schieben), la manœuvre, la fraude ou la triche, une mémoire de traces légères, et le projet de désajustement et d’ajournement, puisque le déplacement s’ajuste sur des représentations secondaires par rapport aux représentations inadmissibles. En raison de l’attache non défaite aux éléments principaux, la liberté du déplacement n’est pas grande ; son itinéraire non plus. Mais, en dépassant les résistances inévitablement liées à tout passage et en instaurant le double statut, celui de la chose même et celui de ce qui la remplace, le déplacement permet un va-et-vient soulageant la pensée des fortes montées de tension et de la détresse que celle-ci peut provoquer. Le même but est souligné par Jean Cournut (1989) qui parlait de ce qui contrarie la puissance du quantitatif en utilisant les réserves d’énergie, afin de constituer des investissements contre la représentation inconciliable qui est repoussée dans l’inconscient, maintenant là son investissement. À la place de la première, une autre représentation, proche par ressemblance ou contiguïté, moins conflictualisée, est investie alors. Exemple modèle : celui de l’objet phobogène dont le devenir témoigne de la nécessité de renforcer constamment le contre-investi. Les formations réactionnelles de comportement, les traits de caractère, etc., sont en lutte perpétuelle, afin d’étouffer les montées d’excitation.

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De ce quantitatif dont la psychanalyse moderne – excepté dans les courants de la pensée française – a souvent ignoré le primat, Freud n’a cessé de démontrer les effets, en décrivant un appareil psychique parcouru par l’énergie réversible et transformable. Celle-ci n’échappe ni aux manifestations d’intensité bouleversant les écoulements lents qui favorisent les liaisons, ni au court-circuitage, d’emblée, de toute censure psychique, ce qui est le cas dans les névroses actuelles. Par contre, les investissements qui maintiennent une contre-pression aux afflux d’excitations internes et externes soutiennent des représentations qui contrarient l’émergence des pensées inconscientes et censurent les voies de décharge. Leur efficacité assure la maîtrise des troubles que pourrait introduire l’irruption d’un excès d’excitation, sans pour autant vider l’appareil psychique de toute tension.

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Qu’on veuille penser aux formations de substituts, de caractère, etc., ou qu’on se réfère au contre-investissement de fond suivant la ligne de pensée de Jean Cournut, la dépense énergétique que les contre-investissements exigent est compensée par les motions de liaison qu’ils introduisent et par la fonctionnalité des refoulements qu’ils entretiennent. Quant aux procédés identificatoires, qui souvent les complètent, ceux-ci témoignent de déliaisons au niveau du conscient, mais on sait bien que des investissements du représentant idéationnel refoulé persistent au niveau inconscient. Il est donc nécessaire d’évaluer à chaque fois la stabilité et l’équilibre fonctionnel des identifications en œuvre.

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Reste le problème de l’impossibilité de la mise en place des procédés défensifs ou de leur manque de stabilité.

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En grec, le mot excitation (διεγερσις) est constitué du préfixe δια et de εγερσις (élévation). Il est donc directement lié à ce par quoi, et à travers quoi, un processus émerge en s’élevant. Il s’agit bien d’un terme qui à la fois renvoie aux éléments dont l’aiguillon produit l’excitation et au fait que l’excitation se manifeste en poussées tourbillonnant en hausse. La chose qui met en mouvement et la mise en mouvement per se sont ainsi signalées ; la référence à ce qui s’érige en raison d’une irritation est claire.

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Érection psychique dérangeant l’homéostasie et la constance, la montée peut être brusque en fièvre furieuse. Elle peut devenir tourmente traumatique si elle reste ingérable et si la plage psychique tend à être désertée d’investissements.

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Il n’est peut être pas inutile à ce point d’introduire la question suivante : pourquoi est-ce que les écrits des analystes insistent plus sur le problème des excès ou du manque d’excitations et parlent moins de la combinatoire stimulation/mobilisation psychique qui, selon moi, constitue le couplage responsable de maintes trajectoires de l’excitation ? En effet, je considère que pour certains patients, ceux surtout dont le psychisme est marqué par la recherche de la mêmeté et d’une constance de calme, c’est la mise en mouvement en soi qui est porteuse d’un potentiel traumatisant. Car, si tout psychisme se met en position de défense envers les stimulations, chez ces patients la montée des tensions n’équivaut pas seulement à ce qu’ils voudraient éviter. Les organisations narcissiques rejettent activement et cherchent à supprimer tout ce qui normalement obligerait au refoulement, aux déplacements, aux contre-investissements. Si quelques contre-investissements d’urgence sont mis en place, ils sont précaires et peu efficaces. Par conséquent, la chose qui met en mouvement et le mouvement lui-même doivent être anéantis.

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La sidération des représentations relatives aux stimulations, l’immobilisation de la pensée, et parfois du corps, sont la preuve dans plusieurs cas que des contre-investissements efficaces ne peuvent pas être mis en place. Sur la plaine psychique sous orage, les tentatives de protection restent sans résultats.

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Dans les cas où les clivages, les dénis, l’expulsion de parties de la réalité psychique (qui alors reviendra s’imposer de l’extérieur) prennent la relève, je pense qu’il serait préférable de les considérer surtout comme des mesures de soulagement, car ces procédés imposent des perditions à l’unité et à la cohérence du moi ; leur rôle défensif s’inscrit sur la ligne de l’apaisement, mais n’est pas autrement protecteur.

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Les patients soulagés peuvent se sentir vidés, complètement démunis. Chez certains, même le modèle du traumatisme (Freud, 1920) selon lequel les investissements se réunissent au bord de la blessure n’est pas opérant. L’accumulation d’excitations non élaborées déclenche alors des ruptures mentales, voire des ruptures somatiques également.

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C’est ici que le rôle de l’objet premier, inducteur de représentations désirantes qui mobilisent celles de l’enfant, se révèle en plus comme protecteur et modificateur des charges émotives qui bouleversent le moi naissant, ou le moi immature et fragilisé. À la gérance maternelle des fonctions biopsychologiques de l’enfant (Marty, 1980) s’ajoute la fonction de la mère veilleuse (Potamianou, 1992).

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Réservoir libidinal prêt à absorber la libido qui reflue à partir des objets, le moi s’édifie en suivant les objets qui le façonnent. Mais il faut noter que ce même moi accorde aux objets un accès proportionnel aux résistances qui des deux côtés ne cessent de se mettre en avant. Ces résistances concernent tout aussi bien la formation chez le sujet du morphème psychique qu’est l’objet que les échanges économico-dynamiques entre les deux parties impliquées.

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Le potentiel gestionnaire du bébé répond à l’efficacité de la gérance et de la veillance maternelle et c’est par rapport aux caractéristiques des procédés régulateurs de la mère qu’émergera la tolérance à la frustration (Bion, 1965) ou l’intolérance chez l’enfant. Il faudrait donc souligner que la capacité auto-organisatrice dont le sujet fait preuve après une secousse et un bouleversement émotionnel (c’est-à-dire la manière dont un individu reconstitue les données de sa perception et de sa mémoire ; compense le poids d’un réel perturbant en le modifiant dans la réalité intérieure ; maintient les limites entre l’intérieur et l’extérieur ; modèle ses intériorisations) dépend de l’intensité et des nuancements de ce qu’il peut accepter venant de l’objet. L’alliage pulsionnel dont le masochisme primaire est garant influence notre disponibilité en investissements érotiques et agressifs ou en réactions destructives pour ce qui vient à notre rencontre. Les récits d’événements réels/construits avec lesquels nos patients viennent nous voir dénotent les stratégies défensives de chaque psychisme par rapport aux apports et aux charges venant de l’extérieur/intérieur. Quand celles-ci s’avèrent inefficaces à gérer l’économie et la dynamique des échanges, les activités contraignantes, les actes compulsifs ou les troubles somatiques viennent révéler dans l’après-coup ce qui psychiquement était inacceptable et inaccessible aux modifications.

Se soustraire en évitant

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Les transferts d’énergie n’étant pas toujours possibles, ni la fixation de l’énergie libérée à une autre place assurant une fixation/stase énergétique qui puisse maintenir le refoulement, d’autres mesures défensives qui permettent de se soustraire à l’impact des excitations sont envisagées. Bien sûr, dans la théorie psychanalytique, le refoulement constitue la manœuvre défensive majeure par laquelle l’appareil psychique évite l’excitation en excès, en envoyant les représentations inconciliables à un niveau de fonctionnement autre que celui du système conscient-préconscient de la première topique, ou celui du moi conscient de la deuxième topique. Ce faisant, les représentations et les affects auront dorénavant des destins différents. Les processus primaires pourront retravailler le matériel dont le conscient s’est coupé (Freud, 1915a), ce qui aura comme résultat le retour de l’exclu sous forme déguisée, voire dégradée, en tant que rejeton. Ce traitement permettra aux éléments refoulés de franchir la barrière des censures et mêlés aux restes du jour d’activer les rêves et les fantasmes.

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Si l’évitement par refoulement n’est pas opérant, d’autres stratégies défensives seront utilisées pour traiter les excitations. Clivages permettant d’ignorer les conflits, mais accablant l’unité et la cohérence du moi ; dénis et désaveux qui altèrent la perception de la réalité intérieure et extérieure ; restrictions massives du moi dont la pensée opératoire est un exemple de choix.

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Le déficit dû aux insuffisances du préconscient que Pierre Marty a considéré comme faisant la base du fonctionnement opératoire s’allie à des régressions excédant le mental ; la désorganisation des formations de caractère, des constellations du comportement et la disparition de la symptomatologie hystérique, ainsi que la dépression essentielle, en sont les signes. On constate un ralentissement des mouvements liants, des répétitions compulsives de l’identique et une pensée ancrée sur les événements quotidiens, car les traces perceptives ne sont pas mutées en représentations.

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La conceptualisation du fonctionnement opératoire comme mode de défense contre le débordement d’un appareil mental fragilisé par des éléments traumatiques et affaibli par la désintrication pulsionnelle n’a pas changé la compréhension de celui-ci comme phase d’altération du dynamisme mental et de la fonctionnalité de l’unité psychosomatique. Ce point a été souligné par tous les psychanalystes de l’école psychosomatique de Paris. Une palette de fonctionnements opératoires a été envisagée (A. Potamianou, 1998, 2001, 2006) qui tous portent la marque d’une rétraction moïque due à des échanges traumatiques précocissimes avec l’objet premier.

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Quoi qu’il en soit, la pensée, comme également la vie opératoire, esquivent avec un triste succès les excitations perturbantes et la mobilisation psychique qui leur fait suite.

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Un résultat proche est obtenu par l’utilisation de procédés d’englobement, d’enkystement que j’ai pu décrire (A. Potamianou, 2002, 2006), à cette différence près qu’ici une réserve de tension est maintenue en véritable rempart de jouissance, cachée dans la nidification narcissique que soutient le fantasme de l’analité primaire.

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Comme disait une patiente : « Mon être me semble restreint au visage immobile que je vois en me regardant dans le miroir. Rien ne bouge, rien n’émerge, ni émotions, ni affects, ni idées. » Pourtant, la patiente ressentait en elle une grande tension, comme une contraction, comme si elle serrait quelque chose en elle-même, alors qu’elle s’imaginait prise entre les griffes d’animaux sauvages.

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Dans le cours de l’expérience analytique, les restrictions fonctionnelles apparaissent chez certains patients dans un modèle de transfert où les processus de pensée se resserrent devant l’angoisse et la terreur causées par les jets de souvenirs retrouvés, par les vœux érotiques et agressifs revigorés dans la relation analytique, par les liaisons des affects aux mots, et par la mise en rapport avec l’histoire de chaque patient. La mobilisation psychique dont tout cela est la preuve doit donc être stoppée à tout prix.

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La problématique de l’analité primaire est complexe, comme j’ai essayé de le démontrer. Je n’y reviendrai pas ici si ce n’est pour dire que les multiples problèmes qu’elle soulève renvoient finalement, par diverses voies, à la configuration d’un moi s’efforçant d’éviter des charges venant du ça qu’il n’arrive pas à intégrer, tout en maintenant une réserve de tension qui creuse sa chair.

User

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En décrivant les effets positifs des traumatismes qui s’opposent à leurs effets négatifs, Freud (1939) a placé la compulsion de répétition au centre des procédés dont l’homme dispose, afin d’user l’effractif quand l’appareil psychique assailli d’excitations se trouve transpercé par des stimulations non intégrables. Laissé libre, le quantitatif se déploie en charges troublant non seulement l’appareil psychique, mais également le soma. Il faut donc ou bien utiliser des repères fixants ou bien abaisser les tensions en les usant. C’est le travail des répétitions compulsives qui par la prise et la reprise des mêmes éléments à la fois bloquent les trajets régressifs et usent les éléments perturbants.

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Ayant partie liée avec le ça en tant que résistance qui dans la pensée freudienne lui revient (Freud, 1926, p. 153), la compulsion à répéter se rattache au concept de la pulsion de mort, donc par excellence à la tendance à neutraliser les éléments traumatiques par l’usure qu’introduit la contrainte à répéter. Mais il faut dire que, l’intrication pulsionnelle persistant tant que la vie continue, il arrive que la compulsion de répétition se mette au service d’attachements impitoyables à des objets dont l’investissement narcissique nourrit le moi : leur perte entraînerait l’effondrement de ce dernier. Ainsi, l’atténuation des excitations par usure des éléments attracteurs peut renforcer la ligne traumatique. Il s’agit donc de maintenir le lien à l’objet indépendamment du prix qu’on y met (Potamianou, 1995). Mais l’accablement psychique qui résulte de ces répétitions finit par exténuer le moi et l’usure se retrouve alors au niveau de cette instance qui non seulement n’arrive plus à garder une fonctionnalité de plein emploi (Michel Fain) mais épuise toutes ses forces.

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Une problématique proche est à retrouver dans l’utilisation des procédés autocalmants décrits avec pertinence par C. Smadja (1993 et 2001) et G. Szwec (1993 et 1998). Se référant aux comportements d’individus hyperactifs, les auteurs ont démontré comment certaines activités qui maintiennent un niveau élevé d’excitabilité en fin de compte servent à épuiser les charges pulsionnelles en mettant fonctionnellement entre parenthèses le préconscient. Si les procédés autocalmants peuvent secondairement recevoir des investissements libidinaux érotiques et narcissiques, ils peuvent tout aussi bien en raison de leurs insuffisances ouvrir la voie aux troubles somatiques (A. Potamianou, 1993).

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Les mêmes tentatives d’usure des excitations par des activités épuisantes que le sujet assume comme nécessaires et inévitables sont à retrouver dans le syndrome de la fatigue chronique, comme dans celui que les auteurs anglo-saxons ont appelé le burn-out syndrome, lors duquel finalement le moi reste sans force, en retrait de la vie.

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Au sujet des grands fumeurs, ou des patients habitués aux drogues, à l’alcool, etc., peut-on parler d’usure ? Les conduites ordaliques ont-elles comme but l’effacement d’une excitabilité non supportée par un moi en baisse de ses capacités de synthèse, voire de son unité ?

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Non, si on pense à l’aiguillon des besoins persistants, aux attentes exaltées, aux visées mégalomanes d’atteinte de l’illimité, aux tendances fusionnelles, aux mouvements répétitifs d’incorporation, même si ce qui est pris en soi est matière inanimée.

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Oui, si on se réfère au silence qu’impose graduellement à la pensée l’éblouissement du vertige attendu, l’étourdissement des sens qui ignore la réalité intérieure. La vie psychique tend peu à peu vers une stagnation mortifiante, à la suite des difficultés à faire couler les excitations dans des chaînes représentatives et affectives ; donc à donner forme à des imageries concernant les objets et leur propre corps dans la mesure où ces derniers se prêtent à être transformés en cibles de désirs constitués et représentés. Même si tels éléments se constituent, ils restent faibles et instables ; en leur lieu et place s’étalent des actes à travers lesquels est obtenu l’anéantissement des angoisses de séparation que la terreur des intrusions, les deuils douloureux et les peines du travail psychique.

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En fin de compte, la marche se fait sous le sceau de démarches contre soi-même qui usent les manifestations d’autoconservation, telle que celle-ci est conçue dans l’optique de la deuxième théorie des pulsions.

Anéantir

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Le retrait des investissements est un procédé des plus efficaces parmi ceux qui soutiennent l’allégement du psychisme. Il se présente sous des formes allant des plus nuancées jusqu’aux plus massives dans les raccordements entre objets extérieurs et objets internes. Effeuillages, estompages, oblitérations, exclusions ont affaire, plus ou moins, avec les désinvestissements de situations et d’objets extérieurs ou de représentations, afin d’effacer les bourrasques émotives qui assaillent le moi, protégeant, autant que faire se peut, les carapaces narcissiques que ce dernier se forge.

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La polymorphie des désinvestissements conditionne des effets très variables quant au quantitatif et au qualitatif de leur action.

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En effet, les désinvestissements lors du sommeil et ceux dont le refoulement est responsable ont peu à voir avec ceux qui se rapportent au déni.

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Les objets abandonnés lors d’un deuil accompli ont également peu affaire avec ceux qui s’effacent parce que leurs traces sont mal organisées et précaires. Il y a peu de rapport entre l’hallucination négative de la pathologie et le retrait des investissements, afin de laisser la place à ce qui deviendra une structure encadrant la pensée (A. Green). Ce qui est à évaluer dans chaque cas, c’est la disponibilité à investir ou par contre l’empressement à désinvestir, comme également la faiblesse et la non-stabilité des investissements. Cela dit, les situations dont l’érotisation est absente dénotent un terrain où les flammes des excitants se sont éteintes. Que ce soit à la suite d’éclatements des représentations ou d’un fonctionnement défectueux des systèmes de liaison, comme André Green (1993, p. 170) le remarquait, il ne s’agit pas ici de résistance à l’expression du désir inconscient interdit, mais de refus englobant toute manifestation de désir. Le moi-plaisir purifié se transforme en toute-puissance capable d’anéantir à la fois la cause de la frustration, c’est-à-dire l’objet, et la frustration elle-même, puisque toute expectative d’un plaisir venant de l’objet devient inexistante. Elle est abolie.

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L’analyste n’a donc pas à traiter seulement avec ce qui constitue un excès. Il est affronté à la désintrication – fût-elle partielle – du pulsionnel dont la polarité destructive s’affirme désespérément.

En inflammation sans répit

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Aux liaisons par lesquelles est traitée la potentialité du vivant à être excité s’opposent des attachements dus à l’attraction souvent exercée sur le moi par le non-tempéré. Les liaisons dépendent de la force des charges intérieures-extérieures, de l’intrication de l’érotisme et de la destructivité qu’assure le noyau du masochisme érogène primaire et de la richesse défensive du moi. Par contre, les ancrages qui exposent répétitivement le moi à ce qui dépasse ses capacités intégratives ont affaire avec des fixations exacerbées à des traumatismes parfois inévocables, dont l’impact pourtant accroche le moi. Ce dernier reste captif de ce qui le blesse, ne se détournant ni de ce qui le transperce, ni des offrandes auxquelles son attachement l’oblige. La stase sur des éléments perceptifs intérieurs ou extérieurs entrave la liberté de la mouvance psychique, ainsi que les liaisons entre affects et représentations, et celles entre représentations de mots et représentations de chose. Mais l’attachement au blessant, résultat d’un masochisme exacerbé, assure également la prévalence de la quête de l’excès que soutiennent les fantasmes de toute-puissance. Un patient disait : « Je me dis que je peux tout supporter... Le retrait devant les souffrances, c’est pour les faibles et les froussards. Je ne suis pas de la compagnie. »

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Un autre patient dont j’ai parlé (A. Potamianou, 2005) méditait sur l’excitation incessante qui l’habitait. Pas un moment de répit, ni quand il est avec les autres, ni quand il se trouve seul. Il ne se sent jamais à la hauteur, il n’est jamais satisfait. Il court après des plaisirs qui l’éludent.

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Quand il est seul, c’est une avalanche d’images, images de son enfance qui se succèdent ; et il s’étonne lui-même de la persistance de ces images, car il est conscient de s’être éloigné de tout cela. « Pourquoi alors ces idées et ces pensées résonnent dans ma tête comme un bourdonnement d’abeilles qui ne me laissent jamais en paix ? »

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Il ne peut jamais rester en place... jamais tranquille... S’il veut lire, il ressent le besoin d’aller aux toilettes ou de boire de l’eau, enfin, de bouger. S’il essaye de se concentrer, il n’y arrive pas. Autrefois, il se sentait menacé d’un danger venant de l’extérieur. Maintenant il sait que le danger vient de lui-même. En lui s’élève la menace de se perdre si une autre personne n’est pas là. S’il se trouve seul, il pense que son être peut se disperser comme autrefois lors de ses crises de dépersonnalisation. L’idée de quelque chose qui le lie à l’autre lui est indispensable. Si ce fil se casse, lui-même n’existerait plus.

53

Je lui dis : « Comme le fœtus lié au cordon ombilical ? Peut-on imaginer que ce qui vous excite, mais à quoi vous vous refusez de penser, c’est un arrêt du temps qui vous permet de vivre l’autrefois, comme si c’était de l’actuel, comme si cette relation à votre mère durait encore aujourd’hui ? De toute façon l’excitation ne vous laisse jamais seul. » Surpris de mon intervention, le patient répond qu’il n’avait jamais pensé que l’excitation qui le taraudait pouvait l’empêcher de se sentir seul et perdu.

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Plus tard, ce patient parla de son sentiment de puissance quand l’excitation montait. Il imaginait une force lui conférant accès à ce qui est hors mesure et limite. Appel du désir vers l’illimité ? Affirmation de la toute-puissance du moi idéal ainsi interpellé ? J’ai cité l’imagerie par laquelle dans le matériel clinique cet appel était décelé, ainsi que sa valeur défensive. Je disais – et je le pense toujours – qu’entre les attracteurs du psychisme, et surtout des psychismes soumis à des activités dissipatrices, la quête de l’excès en excitations est un des attracteurs les plus puissants. L’orientation vers la démesure, vers l’au-delà du délimité, ouvre aux délices de se laisser exposé au vif des excitations.

55

Il faut rappeler que si les positions freudiennes développées à partir du texte de 1915 sur le destin des pulsions, et se poursuivant à travers tous les textes sur le traumatique, se réfèrent aux différents procédés de maîtrise des stimulations – ce qui implique qu’il est possible et nécessaire de se soustraire au surexcitant – le texte des Trois Essais (1905) avait esquissé une ligne de plaisir éprouvé quand on s’abandonne à l’action de celui qui domine. Cette ligne a débouché sur la jouissance de la fascination masochiste (1924b) et sur celle trouvée par le biais de l’emprise de l’identification à l’agresseur.

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Le déplaisir dont parlent les patients soumis à ces problématiques concerne le moi conscient, car les vœux inconscients sont tout autres, et la jouissance abordée à travers la prévalence de l’économique en excès ou en manque leur est due. D’ailleurs, le feu de la démesure ne cesse de brûler au fond de notre être à tous. Il est générateur de fantasmes de toute-puissance qui se développent au gré des frustrations subies, négativant la réalité décevante. S’établissant dans l’expectative d’une revanche ou d’une réparation, ils soulèvent des vagues pulsionnelles entraînant la répétition d’exigences idéalisantes, qui ne cèdent ni devant les défaites masochiques ni devant les échecs rencontrés. Comme le disait un patient (2005, p. 180) : « Céder aux obstacles et aux castrations, me dire que même les dieux obéissent à l’anangê, m’emplit de rage... Je lutte constamment contre des barrages et des limitations qui m’empêchent d’arriver où je souhaite... au plus haut. »

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Ce feu de la démesure peut être un catalyseur dévastant les morphèmes psychiques. Le potentiel de non-liaison que Freud a désigné comme expression de la pulsion de mort œuvre alors en désorganisateur du psychique et souvent du somatique aussi.

Subir avec ou sans plaisir

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Les tendances masochiques qui remplacent le sentiment de culpabilité soulignent le plaisir trouvé dans la punition, le chagrin, la douleur. Quand le jeu masochiste est mis en place, il introduit pour qui s’y engage une polarité marquée par le « subir le jeu » en ce qui concerne le niveau conscient ; le plaisir est maintenu dans l’inconscient. L’identification au compagnon sadique ou au surmoi qui attaque le moi reste habituellement dans la non-conscience de la jouissance impliquée. La gent narcissique souvent se réclame d’un idéal de crucifié qui lie le « subir » à la douleur, laissant le plaisir en friche. Bien sûr, la plongée dans le « subir » n’est pas l’apanage de la pathologie. Michel Fain (1994, p. 14) avait émis l’hypothèse de l’existence chez tout un chacun d’un secteur psychique constitué au contact d’une réalité traumatique que le moi n’a pas pu intégrer. Le secteur se constitue en enceinte défensive prématurée à visée calmante. Si secondairement ce secteur se resexualise et si la sexualisation est brutale, le système défensif peut être débordé, libérant des angoisses et des procédés autodestructifs. Le faible niveau de l’intrication pulsionnelle conditionne des décharges immédiates, violentes, dont celles des rêves crus sont la meilleure manifestation. Mais, si la sexualisation simplement amincit les procédés défensifs, le sujet subit l’excitation qui n’est pas évitée. Dans ce cas, le moi de celui qui a été sous l’impératif de la prématurité ne se détourne pas des charges pulsionnelles qui le taraudent, il les assume comme un défi qu’il accepte volontiers. Tel Atlas, il met plaisamment sur ses épaules ce qui l’assaille, d’autant plus qu’il n’a aucune connaissance de la satisfaction qu’il en tire.

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Même méconnaissance dans le cadre des névroses dites de destinée [1][1] En fait, il ne s’agit pas de vraies névroses puisque... qui accueillent, en le déplaçant à l’extérieur, le besoin de punition du masochisme moral. La non-connaissance concerne tout autant l’extériorisation de l’instance punitive que la projection de la toute-puissance destructrice du sujet sur le destin persécuteur, impersonnel et anonyme. La destinée prend la place d’un surmoi qui n’arrive pas à se créer une présence dans l’économie psychique.

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Non connue reste également pour le sujet la sélectivité répétitive de perceptions l’enfermant dans un cercle de souvenirs qui l’irritent sans cesse, car ils sont fixés sur certains détails. Ces détails lui confirment qu’il est sous l’emprise d’une Moira sans pitié, à la merci d’une destinée terrible, écrasante.

61

Dans le cadre de la pathologie grave des patients narcissiques et borderline qui appartiennent à la catégorie des grands excités, la dissolution des traces mnésiques et l’éclatement des représentations libèrent un pulsionnel incontrôlable. La désintrication pulsionnelle peut entraîner la dégradation qualitative de la libido et, dans ce cas, les charges non qualifiées psychiquement attaquent souvent le soma, lequel se manifeste alors par les maladies.

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Je considère que la référence à la dégradation libidinale nous est cliniquement très utile. Elle permet de concevoir une unité psychosomatique luttant contre les déliaisons et finissant par établir des liages au soma par le biais de la maladie. Alors que les investissements d’objet et les investissements narcissiques se perdent, la maladie peut arrêter le déchaînement énergétique.

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Les maladies à crises, que Pierre Marty a opposées à celles qui se développent suivant un processus désorganisateur, s’ouvrent aux questions des échanges et des passages entre le psychique et le somatique. En envisageant ces questions, on est obligé de penser aux rencontres et croisements de ce qui met le psychique sous la contrainte de tensions orageuses, sous les charges énergétiques non psychisées, non élaborées, qui foudroient le corps érotique, laissant le sujet avec un soma souffrant. Le matériel clinique que j’ai pu présenter (A. Potamianou, 1997, 2001, 2002) se base sur la conception commune à ceux qui appartiennent à l’École psychosomatique de Paris que l’autonomie d’organisation et de fonctionnement, qui assure les différences entre les ordres du psychique et du somatique, n’exclut pas les échanges entre les deux ordres. Mais, pour le patient qui souffre, la maladie constitue une expérience qu’il subit et à laquelle il ne peut échapper, à moins que la relation psychanalytique ne devienne le berceau d’une mise en sens et d’une historisation.

Se laisser aller

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De nos jours, l’engagement dans un travail analytique se fait souvent avec des patients qui ne s’offrent pas aux liaisons entre stimulations perceptives et traces mnésiques représentationnelles, ravivées dans le transfert. Dans un travail récent (A. Potamianou, 2006b), je disais que la dynamique des séquences associatives constituée par les mouvements d’investissements, de désinvestissements et de réinvestissements semble absente chez plusieurs patients ou s’installe avec tant de difficultés qu’elle devient source de déception, voire de douleur, pour l’analyste comme pour l’analysé. C’est en pensant à ces difficultés que j’ai utilisé l’expression de « pas perdus dans l’espace psychique », rassemblant dans cette métaphore :

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a. Tout ce que le psychisme n’arrive pas à maintenir dans la succession spatio-temporelle lors de l’émergence d’une turbulence émotionnelle,

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b. Ce qu’il ne peut soutenir par des oscillations progrédientes/régrédientes dans les séquences de la pensée,

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c. Ce qu’il ne réussit pas à muter en représentations fonctionnelles des stimulations perceptives qu’il reçoit, exposant ainsi le soma aux charges d’une énergie manquante en qualités psychiques,

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d. Ce qu’il ne peut pas organiser en fantasmes et en rêves, ou, s’il y arrive, ceux-ci sont fixés à des répétitions de l’identique.

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Il s’agit donc de « pas perdus », fût-ce pour un temps court, pour le devenir mental et affectif. Il s’agit d’un temps lors duquel le moi traumatiquement débordé se trouve appauvri ou en vidage de ses réserves énergétiques. Ses capacités de cohésion et de continuité se dégradent, sa disponibilité à être excité est amoindrie. On se trouve alors sur la voie de l’extinction des tensions, mais aussi sur le trajet d’une non-disponibilité au plaisir. Une sorte de mortification psychique s’installe, aspiration vers le zéro d’excitabilité, alors que des manifestations comportementales ou somatiques sont appelées à prendre en charge ce dont l’insuffisance psychique ne peut se charger.

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Freud (1937) avait parlé de l’adhésivité libidinale et de l’inertie psychique comme conditions sous lesquelles le principe de plaisir est mis de côté. Après avoir rejeté ses objets décevants en tant qu’impuissants à le tenir, il est possible que le moi revienne à des caractéristiques du ça (Freud, 1923, p. 199), donc se laisse aller sous l’impact de motions mortifères (p. 58). Le moi s’abandonne et s’affaisse, ne disposant même pas d’angoisse pour affronter la perte de ses limites et la dissolution de ses morphèmes intérieurs.

71

À ce point, la question se pose de savoir si le désenlacement moi-objet, qui laisse le moi dans une confusion où il se perd, vient à la suite de fantasmes de fusion activés pour parer au trauma de la perte, ou si la rupture de l’enlacement entraîne directement l’affaissement du moi. De toute façon, après avoir affirmé que la tâche essentielle du moi consiste à l’autoconservation en évitant les excès d’excitation et cherchant leur modération, et en informant le moi sur ce qui se passe dans son intérieur, comme dans ses relations extérieures (Abrégé, p. 145), Freud dit aussi (p. 198-199) que la tâche d’autoconservation peut ne plus être possible quand la force des pulsions se manifeste comme excessive et dérange le moi en détruisant la dynamique de son organisation.

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La clinique vient appuyer cette position par les exemples de patients pour lesquels la recherche du danger est un impératif dans des activités automutilantes, voire mortifères. D’autres patients montrent une indifférence totale pour ce qui se passe dans leur corps. Le moi ne remplit donc pas les tâches prévues pour cette instance, à moins que la séduction optimale de l’analyste (Potamianou, 2001) n’arrive à vivifier et à érotiser la situation.

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D’autres patients encore recherchent la paix comme plénitude. Pour cette catégorie, on peut dire que, tels les stoïciens qui prévoyaient l’extinction des excitations, ils souhaitent une apathie de tout repos. Mais quand Éros cède le pas à un automatisme persistant, et que nous touchons à quelque chose d’inamovible et de difficilement transformable par le travail psychique, n’est-ce pas une part du ça qui se fait sentir, celle qui s’oppose à toute excitation vivifiante ? On comprend par là pourquoi Freud a relié la compulsion de répétition au ça, pensant qu’en partie du moins son action coïncide avec la part non dynamique du ça.

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Pour les charges énergétiques qui n’arrivent pas à se lier même à des formations psychiques primaires, ni à se déplacer, on peut dire qu’elles se ressourcent au dynamisme de l’aspiration-attraction par les profondeurs inaccessibles non représentables du psychisme au plus proche de motions pulsionnelles crues. Cliniquement, on observe des réactions de type circulaire qui écartent toute autre alternative que la reproduction contraignante de réponses en circuit fermé.

À l’heure des remaniements

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Peut-être faut-il maintenant revenir à la question du ressenti de l’excès ou du manque des excitations, afin de le mettre en rapport avec ce qu’un psychisme a vécu (éléments et situations qui ont contribués à son organisation), mais également avec ce que la mobilisation psychique représente pour l’individu ?

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Je pense que cette question est cruciale pour notre travail d’analystes et qu’elle n’est pas étrangère aux résistances à la psychanalyse [2][2] J’inclus ici les résistances des psychanalystes eux-mêmes....

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On sait bien que, quand un patient vient voir un analyste, « l’espoir d’un changement » est présent, comme expectative de mouvements progrédients qui pourraient ouvrir aux transformations du ressenti et du vécu du patient. Quand une mobilisation psychique s’annonce, elle introduit des représentations qui modifient l’économie et la dynamique maintenues jusque-là. Mais les représentations relatives aux changements activent des images qui attirent et qui terrorisent également, car l’advenue du nouveau suppose l’abandon de configurations psychiques établies. Cet abandon, comme A. Beetschen l’a bien vu (2003, p. 153 et 176), se soutient de désirs assassins. La culpabilité et les représentations de dettes à régler que ces vœux soulèvent conditionnent des montées d’excitation mettant en mouvement des motions qui alternent entre la quête des transformations et les répétitions compulsives.

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Bien sûr, la force des résistances diffère chez chaque individu, mais il est certain que les fragilités narcissiques – si communes de nos jours – nous rendent de plus en plus sensibles au fait que chez plusieurs patients, surtout ceux qui se tiennent en dehors de la frange névrotique, même les débuts d’une modification sont cause de résistances farouches. Les remaniements esquissés par exemple à travers la mise en marche de certains mouvements identificatoires ou d’une capacité croissante à muter des stimulations perceptives en représentants fonctionnels pour la production de rêves ou de fantasmes sécrètent des excitations difficilement supportables, suivies de résistances dures en raison des angoisses que soulève la perturbation de la toute-puissance narcissique. Le maintien de repères spatio-temporels, servant la différenciation intérieure/extérieure lors de l’émergence de sentiments contradictoires, est un autre facteur déclenchant des poussées d’excitation. Celles-ci sont négociées soit par des motions de retrait ou d’évacuation, soit par des restrictions et des clivages du moi, ou alors l’excitation non transformée en investissements auto- ou alloérotiques se décharge somatiquement, signalant l’échec de la dimension masochique et la mise hors jeu du principe plaisir-déplaisir. Car, comme Pierre Marty (1976) le disait, « l’économie psychique ne peut être détachée de l’économie psychosomatique » (p. 87) ; « l’économie psychique s’intègre à cette dernière » (p. 89).

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Les organisations narcissiques haïssent le nouveau ;  sa venue introduit des ruptures brutales avec le familier, rendant les choses et les situations étranges, inconnues, donc profondément troublantes. Des angoisses souvent désorganisantes se déchaînent qui créent des états de panique et de confusion, puisque le non-familier et l’inattendu confirment que les objets et les choses ne sont plus maintenus fixés et inamovibles.

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Cette problématique, qui se présente sous des formes aiguës chez les patients non névrotiques, est-elle absente chez tout un chacun ? Je dirai que non, en précisant que les formes sous lesquelles elle se présente peuvent être plus ou moins voilées. La ligne traumatique qui infiltre le champ psychique n’est pas toujours évidente. Très souvent elle reste lovée dans des symptômes névrotiques qui l’obscurcissent. Mais cette ligne qui se développe à partir d’un noyau source d’afflux d’excitations se trouve toujours réactivée quand l’homéostasie psychique est touchée. Elle produit des rejetons dont les expressions sont, plus ou moins, soulignées et conditionne de fortes résistances.

81

J’ai pu décrire (A. Potamianou, 2003b et 2006b) les différentes formes que prennent les résistances quand elles s’organisent en réactions thérapeutiques négatives chez le patient [3][3] Dans huit cas étudiés après des périodes de mobilisation..., ainsi que les réactions contre-transférentielles chez l’analyste, comme aussi les paramètres à introduire dans le travail afin d’arriver à l’établissement d’un processus allégé en résistances, réglant mieux les investissements, rendant une circulation plus libre aux affects et aux représentations et faisant de la propension psychique qui se manifeste à travers la contrainte à répéter un objet de pensée questionnante. Ici, je voudrais souligner ces moments d’angoisse qui peuvent survenir chez tout un chacun quand des changements s’annoncent, et surtout chez des personnes qui comme disait un patient « passent toute une vie à presser simultanément un pied sur les gaz et un autre sur le frein ». Les intériorisations qui déterminent certains déplacements sont ressenties comme intrusions catastrophiques. Il s’agit donc d’arriver à transformer la séquence troublante, voire persécutoire.

Madame O. parle d’une crise d’angoisse qu’elle a eue la veille d’une séance. Elle étouffait, son cœur battait, elle avait l’impression que tout tournait autour d’elle, un mal de tête violent se déclenchait. Elle a eu très peur, car elle était seule chez elle. Elle s’efforça donc de téléphoner à un ami pour lui demander de lui venir en aide et en effet elle se sentit mieux dès l’arrivée de l’ami. Celui-ci lui demanda si elle avait mangé quelque chose qui l’aurait dérangée. Elle répondit : « Non. J’étais occupée à parler avec une amie qui m’a demandé de lui louer pour un mois ma maison de campagne. J’étais d’accord et l’amie est partie. C’est là que j’ai commencé à me sentir mal. »

Analyste : « Après avoir accepté de laisser une amie s’installer chez vous. » Je lui rappelle qu’elle s’était autrefois référée à des rêves répétitifs où elle se voyait en train de chercher une maison. Maintenant sa maison est là. Moi aussi je suis là, et elle vient ici me confier ce qui se passe en elle. Elle pense peut-être que je m’installe en elle ?

Madame O. est surprise. Elle se demande : « Quelle est donc la difficulté ? Avoir une maison à moi ou céder mon intérieur à quelqu’un d’autre ? » La patiente pense à l’année d’avant. Effectivement, elle « se cherchait » une maison. Était-elle à la recherche d’un abri ou voulait-elle se créer ici un espace à elle ? Nous étions dans ce temps-là à une période difficile où la patiente disait qu’elle me perdait quand je n’étais pas là, face à elle. Quand elle rentrait chez elle et ne trouvait pas son fils à la maison, c’était la panique. Ses idées fuyaient. Elle n’avait qu’un désir : s’enfoncer dans le sommeil. Il lui était difficile de se réveiller et parlait de l’immobilisation du temps et de ses relations... Aucun mouvement. Elle se rappelle que je lui avais dit : « Excepté pour entrer dans le sommeil. »

« Peu à peu, dit Madame O., j’ai réalisé que m’enfoncer dans le sommeil, ne pas me réveiller, avait affaire avec ce qui se passait avec vous. Cela allait dans plusieurs sens. Tiens ! Je pense maintenant que je ne vous ai pas parlé d’un autre rêve répétitif de ces derniers temps. Je me vois dans une maison ; je me dis que c’est la mienne. La maison est sale et en désordre. » Long silence.

Madame O. reprend : « Je regarde autour de moi... Ça me dégoûte. Je ne bouge pas pour ne pas me salir. »

J’interviens : « Bouger pourrait aussi vous amener à ranger la maison. Il s’agirait alors d’un travail accompli. »

La patiente rit nerveusement : « Rien que d’y penser m’énerve ; non, cela m’effraye. Que ferais-je seule dans cette maison ?... Quand j’étais petite, je rentrais de l’école l’après-midi et ma mère partait pour son travail. Elle me disait : “Soit sage et fais tes devoirs.” Ça me mettait en rage. Un jour j’ai cassé un vase en le jetant contre le mur. Puis, je m’effondrai en pleurant. »

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Madame O. ajoute : « C’est curieux. Cette scène je l’avais complètement oubliée. Repoussée ? Rejetée ? Évacuée ? Je crois qu’au fond c’est l’idée de vous laisser entrer en moi qui a causé la crise. »

83

Nous parlons alors des sens différents que peut avoir le « prendre en soi »... un mouvement qui cette fois-ci n’a pas été anéanti. La tentative de sa compréhension s’est poursuivie.


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Notes

[1]

En fait, il ne s’agit pas de vraies névroses puisque les conflits ne sont pas intériorisés. Dans ces cas, c’est le comportement qui se trouve surtout impliqué.

[2]

J’inclus ici les résistances des psychanalystes eux-mêmes qui de nos jours s’ouvrent de plus en plus à la voie facile des modifications de la théorie psychanalytique et aux applications psychothérapeutiques.

[3]

Dans huit cas étudiés après des périodes de mobilisation psychique indiquée par l’affaiblissement des dénis et des projections, l’établissement de connexions entre représentations et affects, les transformations d’imagos rigides, etc., s’installaient brutalement des phases qui négativaient le travail effectué, suivies de troubles somatiques divers (eczémas, troubles intestinaux, spasmes de l’estomac, insomnies). La pensée associative s’immobilisait et le fonctionnement psychique tendait vers un appauvrissement stérilisant.

Résumé

Français

Ce texte reprend la problématique de l’excitation en soulignant ses différents effets et en décrivant les procèdes défensifs utilisés par le moi tourmenté. L’auteur soutient la thèse que pour certains patients c’est la combinatoire stimulation/mobilisation psychique qui est porteuse d’un potentiel traumatisant. Cette combinatoire constitue le couplage responsable des particularités de certaines trajectoires qui négativent les mouvements progrédients chez les patients.

Mots-clés (fr)

  • Excitation
  • Évitements
  • Usure
  • Anéantissements
  • Transformations
  • Remaniements

English

SUMMARY — This text goes over the problematic of excitation by emphasizing its different effects and by describing the defensive processes which the tourmented Ego uses. The author supports the thesis that for certain patients it is the combination of stimulation/psychic mobilisation which is the carrier of a traumatizing potential. This combination constitutes the coupling responsable for the particulairities of certain trajectories which negativate the progredient movements in patients.

Mots-clés (en)

  • Excitation
  • Avoidances
  • Wearing out
  • Annihilations
  • Transformations
  • Reorganisations

Deutsch

ZUSAMMENFASSUNG — Dieser Text spricht die Problematik der Erregung an, in dem er ihre verschiedenen Auswirkungen unterstreicht und die Verteidigungsmechanismen des leidenden Ich beschreibt. Die Autorin verficht die These, für bestimmte Patienten berge die Kombination von Stimulierung und psychischer Mobilisierung ein traumatisierendes Potential. Diese Kombination konstituiert die Verbindung, die für die Besonderheiten gewisser, progrediente Zunahmen negativ beeinflussender Bewegungen bei den Patienten verantwortlich sei.

Mots-clés (de)

  • Erregung
  • Vermeidung
  • Verschlei
  • Niedergeschlagenheit
  • Veränderungen
  • Umstellungen

Español

RESUMEN — Este texto estudia la problemática de la excitación subrayando sus diferentes efectos y describiendo los procesos defensivos usados por el yo atormentado. La autora sostiene que por algunos pacientes la combinación estimulación/ movilización psíquica lleva un potencial traumatizante. Esa combinación constituye el acoplamiento responsable de las particularidades de algunas trayectorias que negativan los movimientos progredientes de los pacientes.

Mots-clés (es)

  • Excitación
  • Ahorramientos
  • Desgaste
  • Aniquilación
  • Transformaciones
  • Remodelaciones

Plan de l'article

  1. Pour introduire la problématique
  2. Excitations maîtrisables et non maîtrisables
  3. Se soustraire en évitant
  4. User
  5. Anéantir
  6. En inflammation sans répit
  7. Subir avec ou sans plaisir
  8. Se laisser aller
  9. À l’heure des remaniements

Pour citer cet article

Potamianou Anna, « Frappes et battements d'excitation », Revue française de psychosomatique, 1/2008 (n° 33), p. 8-29.

URL : http://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychosomatique-2008-1-page-8.htm
DOI : 10.3917/rfps.033.0008


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