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1 Le rôle déterminant qu’a joué Alphonse Bertillon (1853-1914) dans la modernisation des méthodes et des pratiques policières d’identification commence aujourd’hui à être mieux connu. Guidée par une littérature hagiographique abondante, par la production écrite du personnage et par les archives, très disparates, de la préfecture de police de Paris, l’historiographie récente a mis en lumière la diversité de ses innovations et son influence dans la constitution de procédés nouveaux d’identification entre 1882 et 1914. L’anthropométrie judiciaire et le relevé des marques corporelles, le « portrait parlé », la photographie signalétique et l’ensemble des techniques réunies sous le terme de « bertillonnage » déterminent en effet l’émergence d’une science de l’identité judiciaire qui se développe alors dans le prolongement des recherches criminologiques [1]. À partir de techniques anthropométriques de signalement, la recherche de détails, d’indices, menant à la différenciation et à l’individualisation des personnes rend possible à la même période l’édification d’un champ spécifique de l’activité policière, l’identification policière, appelé à jouer un rôle majeur dans l’administration et la surveillance des individus tant à l’échelle nationale qu’internationale [2].

2 Conjuguée à l’émergence des premiers documents portatifs d’identité, cette « révolution identitaire » [3] peut être associée aux formes nouvelles d’individualisation de l’emprise étatique qui caractérisent les premières décennies de la IIIe République. Ce rapprochement, qui se révèle particulièrement pertinent pour l’étude des populations migrantes [4], ne peut cependant être complètement envisagé que si l’on considère les mécanismes administratifs qui mènent à l’élargissement et à la nationalisation d’un système policier d’identification. Instaurés dans les années 1880 à la préfecture de Police, les premiers services d’identification acquièrent une position de plus en plus centrale dans l’architecture de l’institution parisienne avant de devenir des organes majeurs d’information pour l’ensemble des forces chargées du maintien de l’ordre sur le territoire national. Les raisons qui motivent cette évolution demeurent cependant obscures. L’impulsion donnée par Louis Lépine, secrétaire général de la préfecture entre 1886 et 1891, préfet de 1893 à 1897, puis de 1899 à 1913, et son soutien constant à la police scientifique contribuent, comme l’a montré Jean-Marc Berlière, à la formation d’une solide structure parisienne vouée à l’identification des suspects et des criminels [5]. Malgré les nombreuses tensions qui traversent la préfecture, soumise durant cette période à des modifications profondes de son organisation, son rôle comme laboratoire de la modernité policière s’avère donc décisif dans la formation d’un système national d’identification et de recherches. Les réformes de Célestin Hennion, placé par Georges Clemenceau à la tête de la Sûreté générale (Direction de la police au ministère de l’Intérieur) en 1907, accentuent par la suite la centralisation des fichiers de police, entamée à la préfecture en 1893, et consolident l’armature de l’institution policière sur le plan national [6]. Quelles sont cependant, à l’échelle des services, les mesures administratives et bureaucratiques qui mènent à l’unification de la « mémoire policière » matérialisée par les fichiers et les fiches individuelles ? De quelle manière les réformes de la justice criminelle et le jeu complexe des institutions policières agissent-ils sur cette concentration administrative ?

3 En utilisant les publications professionnelles et corporatives ainsi que les actes réglementaires et les circulaires préfectorales ou ministérielles, il s’agira ici de reconstituer les étapes qui conduisirent à la centralisation des fichiers de police et à la constitution d’un système réticulaire d’information et de transmission des données, système essentiel dans l’élaboration des nouveaux cadres de l’action policière à la veille de la Première Guerre mondiale. L’exploration des arcanes de la préfecture et des relations, souvent complexes, entre celle-ci et la Sûreté générale peut permettre de reconstituer le processus de réforme à l’œuvre et les motivations, parfois concurrentes, poursuivies par ses acteurs. L’amorce de ce chantier nouveau de la recherche historique portant sur la bureaucratisation des pratiques policières et sur les pratiques sociales induites par l’identification nécessite un passage préalable par l’exploration des cadres structurels et institutionnels : les adaptations de l’administration policière peuvent en effet permettre de saisir les conditions historiques qui mènent, à partir de 1893, à la constitution d’un système d’identification et de recherches, conçu par ces initiateurs pour s’appliquer à tous les points du territoire et à un nombre croissant de catégories criminelles.

La création du service de l’identité judiciaire (1893) [7]

4 Entre 1882 (création du premier bureau d’identité à la préfecture de Police, au sein de la Sûreté) et 1893, A. Bertillon obtient progressivement la reconnaissance officielle de son système anthropométrique de signalement, rejeté tout d’abord avec force par le préfet Andrieux en 1879 [8]. Cette réussite s’explique en particulier par le rôle majeur du fichier anthropométrique dans la reconnaissance et la surveillance des récidivistes, qui sont la raison d’être de ce même fichier. La législation sur les criminels récidivistes (loi du 27 mai 1885) impose en effet l’identification comme la « condition élémentaire de la répression » [9]. Le texte de loi prévoit la prise en compte des précédentes décisions de justice dans la condamnation à la relégation, en permettant également la réactivation des anciennes condamnations, commuées, réduites ou supprimées par grâce : dans tous les cas, l’institution judiciaire devait être assurée du passé judiciaire du criminel et donc de l’identité du prévenu. Réformant la surveillance dite de « haute police », l’article 19 de la loi engageait en outre un régime étroit de surveillance des condamnés libérés, désormais interdits de séjour dans les grandes villes, la région parisienne, l’Algérie, la Corse et les communes environnantes des maisons centrales où ils avaient été détenus. Cette mesure entraîne, après 1885, la publication mensuelle d’un état récapitulatif de tous les détenus soumis à une interdiction de séjour [10] et un échange croissant, entre le ministère de l’Intérieur et les préfectures, et d’une préfecture à l’autre, des notices signalétiques de tous les « surveillés » présents dans les départements. Engageant une véritable collaboration entre le ministère de l’Intérieur et celui de la Justice, entre les services de police et les parquets, la loi sur les récidivistes est donc indissociable d’un double système d’identification : le premier engage la centralisation des données individuelles selon un classement qui permet de retrouver aisément les anciennes fiches des prévenus, le second repose sur l’existence d’un fichier des interdits de séjour centralisé et communicable à distance, afin d’appliquer un régime de surveillance dans la longue durée et sur n’importe quel point du territoire national. Exercée par les forces de police, cette surveillance est entérinée par une circulaire préfectorale de décembre 1885 qui permet aux commissaires d’autoriser les condamnés libérés à résider dans une localité interdite « tant qu’ils s’en montreront dignes » [11]. À cette libre évaluation de la moralité vient s’ajouter, en remplacement des rapports trimestriels transmis au préfet qui enregistraient jusqu’alors la présence des condamnés libérés dans un quartier ou une circonscription, une surveillance de tous les instants entérinée par le préfet : « […] vous devrez néanmoins ne pas les perdre de vue, et vous aurez à me les signaler dans le cas où ils seraient l’objet de plaintes fondées. »

5 Identification des prévenus, reconnaissance des récidivistes, surveillance des criminels libérés et transmission de leur signalement aux commissariats : le programme tracé par A. Bertillon à partir de 1879 se réalise ainsi rapidement à la fin des années 1880 pour appliquer l’une des législations anticriminelles les plus importantes de la IIIe République. De fait, le bilan des récidivistes identifiés (près de cinq mille entre 1882 et 1893) est constamment mis en avant dans la valorisation du travail effectué par le bureau d’identité, en particulier lors des congrès internationaux qui réunissent les représentants des institutions policières et pénitentiaires d’Europe [12]. En 1889, preuve d’un succès grandissant, le Congrès d’anthropologie criminelle de Paris adopte à l’unanimité le « système Bertillon » et prévoit son application à toutes les polices du monde.

6 Cette reconnaissance accompagne l’extension rapide de la méthode anthropométrique à l’ensemble des prisons de la Seine et à la morgue en 1884, à tous les établissements pénitentiaires de France et à tous les prévenus arrêtés à Paris en 1887, puis aux polices locales de Lyon et de Marseille. La création en 1888 d’un service d’identification, auquel est immédiatement rattaché le service judiciaire photographique déjà existant, concrétise sur le plan administratif l’application du système anthropométrique et la méthode connexe de classement des fichiers au sein de la police municipale de la préfecture [13]. Cette même année, le service est entièrement réorganisé et ses locaux rénovés dans les combles du palais de justice. A. Bertillon met alors en place une « expérience de sociologie bureaucratique » visant à accélérer les procédures d’identification et de classement [14]. En quelques années il conçoit des manuels fréquemment réédités et diffusés dans de nombreux services de l’État [15] : cette rapide diffusion lui permet d’accélérer les échanges de données entre, d’une part, le service d’identification et, d’autre part, l’administration pénitentiaire (ministère de l’Intérieur), le casier central, qui rassemble les fiches des étrangers depuis le décret de 1888, et le casier judiciaire central (ministère de la Justice). À l’intérieur de la préfecture, il réorganise les fichiers en unifiant les formats des différentes fiches employées par l’administration et invite les services de police judiciaire à uniformiser les demandes de recherches auprès du service d’identification. Poursuivant l’extension de l’anthropométrie à de nombreuses applications, il propose également d’appliquer la mensuration aux aliénés conduits à l’Infirmerie spéciale de la préfecture.

7 Jusqu’en 1893 le service demeure cependant dans une situation administrative complexe, compte tenu des transformations qui démantèlent entièrement la police municipale entre 1887 et 1889. Placée sous l’autorité directe du préfet, la Sûreté acquiert une autonomie croissante qui permet le regroupement progressif en son sein des différents fichiers spécialisés que constituaient les registres de la prostitution, les bulletins des garnis ainsi que les dossiers individuels de la section politique. L’influence du nouveau préfet Lépine qui avait nettement soutenu l’action de Bertillon depuis sa nomination comme secrétaire général de la préfecture en 1886, joue par la suite un rôle déterminant dans l’avènement du nouveau service de l’identité judiciaire, créé un mois, jour pour jour, après sa nomination. Poursuivant l’entreprise d’unification des fichiers entamée par la réorganisation de la police municipale, ce service résulte d’une fusion qui détermine ses nouvelles fonctions. Composé de trois sections, les sommiers, l’anthropométrie et la photographie, le service est naturellement dirigé par A. Bertillon qui remporte là une victoire tant personnelle que professionnelle : de chef de bureau il devient chef de service, dirige dès lors trente-cinq employés (contre dix-neuf auparavant) et son salaire se voit multiplié par deux. Suivant immédiatement cette promotion, une circulaire du 25 août 1893 vient rappeler l’étendue des applications de son système anthropométrique : désormais « tout détenu, prévenu ou condamné doit être mesuré ; c’est-à-dire qu’il en est ainsi de tous les individus écroués pour lesquels on se contentait antérieurement d’un signalement descriptif » [16].

8 Le service subit alors deux changements fondamentaux. Il intègre tout d’abord, en février 1894, la Direction des recherches, dispositif nouveau voulu par L. Lépine et qui forme une structure désormais disjointe de la police municipale, chargée de seconder la police judiciaire. Cette direction comporte près de mille fonctionnaires en 1896, et aux côtés du service de l’identité judiciaire, réunit trois brigades de recherches, qui surveillent notamment, selon une terminologie assez peu précise, les « étrangers dangereux, interdits de séjour, expulsés, déserteurs, insoumis aux obligations militaires, pick-pockets, voleurs, mendiants clandestins », une brigade mixte des garnis et un service de la Sûreté dont dépendent les opérations de la brigade mobile de la préfecture divisée entre une section A (poursuite des vagabonds et gens sans aveu) et une section B (prostitution). Ce dispositif administratif, qui place désormais sous la même tutelle tous les services non ostensibles de la police municipale, contribue à la formation à Paris d’une « grande armée de l’ordre » [17]. Comme le note J.-M. Berlière, cette direction réalise l’idéal de tout service politique : « regrouper tous les moyens, tous les agents en civil, toutes les brigades, tous les fichiers, tous les indicateurs » [18].

9 Accompagnant cet effort de centralisation, le rattachement du bureau des sommiers judiciaires au service d’identification représente la seconde modification qui transforme en profondeur la nature et la fonction même du service. Envisagée par A. Bertillon dès 1881, cette fusion témoigne de la réussite d’un projet qui dépasse très largement le cadre parisien. Le regroupement singulier de ces deux entités administratives provoque en effet la réunion au sein de la préfecture de Police des archives nationales de toutes les condamnations pénales privatives de liberté et du service qui coordonne bientôt l’ensemble des opérations policières d’identification et de recherche pour l’ensemble du pays.

10 En 1893, les sommiers judiciaires, rattachés jusqu’alors à la police judiciaire et qui comptent près de huit millions de fiches, sont proches de la saturation en raison notamment de leur fonctionnement général et du classement alphabétique employé depuis 1808. Ambitionnant de donner aux sommiers un rôle d’importance, A. Bertillon engage une réforme en profondeur de ce bureau en y appliquant les méthodes bureaucratiques éprouvées dans le service d’identification. Au classement alphabétique il substitue, en particulier, un classement fondé sur l’orthographe phonétique des noms [19]. Ce système repose sur un calcul des combinaisons orthographiques des patronymes et permet d’éliminer les incertitudes dues aux homonymies, à l’illettrisme ou à l’origine étrangère des personnes identifiées. Ce classement universel, encore utilisé aujourd’hui [20], peut dès lors intégrer tous les types de noms et de graphies. Employée par l’ensemble des services de l’État qui ont en charge la gestion des fichiers de police, à commencer par la Sûreté générale dans les années 1890, cette classification phonétique prend la forme d’un « répertoire onomatologique », composé en 1911 à partir de plus de huit mille noms de toutes origines [21].

11 A. Bertillon introduit également au service des sommiers une série de perfectionnements dont l’ambition se résume en trois mots : efficacité, infaillibilité et rapidité. Un manuel rédigé en 1912 à l’intention des fonctionnaires travaillant dans ce service propose de réunir « tous les renseignements sommaires, mais précis, dont un employé des sommiers judiciaires peut avoir journellement besoin, de façon à éviter les erreurs, les pertes de temps et assurer ainsi la régularité et la célérité de son travail en dissipant tous ses doutes » [22]. De cet ouvrage il ressort que Bertillon apporta dès 1893 de profondes modifications structurelles à ces fichiers, divisés désormais en fonction du sexe. Les fiches sont alors regroupées par décade selon la décennie de naissance et chaque décade se voit attribuer une couleur. Cette mesure qui permet d’accélérer les recherches à l’intérieur des fichiers rend également possible l’épuration progressive de leur contenu par l’élimination des fiches anciennes. A. Bertillon décide en outre d’interrompre l’emploi des fiches adoptées en 1873 et d’utiliser les fiches en usage dans la section anthropométrique : en 1895, un modèle uniforme de fiche est adopté ; dénommée bientôt la « fiche parisienne », elle connaît par la suite une renommée internationale.

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Mensurations au Service de l’identité judiciaire. Dans la salle de mensuration, des inspecteurs se prêtent à une reconstitution des opérations de mensuration. À gauche, on distingue une partie des fichiers alphabétiques. Sur les murs, sont exposées une typologie des éléments du visage, l’échelle chromatique de la couleur des yeux, des cartes de France réalisées à partir des relevés anthropométriques de la taille et de l’iris.
Photographe du Service de l’identité judiciaire de la préfecture de Police, atelier C. Ruckert, autour de 1899, photographie légendée « Salle de mensuration » et reproduite dans La Préfecture de police à l’Exposition Universelle de 1900, ses services d’ordre et de sécurité, son exposition, Annexe du rapport de M. Georges Desplas, conseiller municipal, sur le budget de la préfecture de Police pour 1901, Paris, Imprimerie municipale, 1900, p. 181.

12 Déterminant une unification des fichiers de police à l’échelle nationale, cette fiche, identique à celles employées dans les prisons départementales, se compose, sur le recto, d’un relevé anthropométrique des parties du corps et du visage (nez, iris, oreille, etc.) et de données morphologiques (couleurs des cheveux, de la peau, etc.), définies à partir de nomenclatures précises et de typologies élaborées notamment par A. Bertillon [23]. Près d’une centaine de lignes doivent être ainsi complétées selon les mesures ou les caractéristiques du corps. L’œil et ses contours, la forme du nez et de l’oreille sont particulièrement privilégiés suivant en cela une évolution sensible des critères d’identification au cours du xixe siècle. Deux photographies, de face et de profil, résultant d’un protocole normé qui réglemente la prise de vue, la pose, le développement et le tirage, complètent les mesures anthropométriques. Au verso, cette fiche comprend un relevé précis des marques particulières, des cicatrices, des tatouages, situés grâce à un système de cartographie du corps. L’état civil des personnes est progressivement complété par la date précise de naissance à partir de 1894, puis par la nationalité en 1908. L’ensemble des peines accessoires liées à la relégation ou aux interdictions de séjour est indiqué à partir de 1897 et, finalement, à partir de 1912 la totalité des condamnations, jusque-là notées sur des feuillets séparés simplement accolés aux fiches.

13 En 1903, un nouveau local est affecté aux sommiers dont l’architecture de passerelles, de couloirs, de travées est définie à partir d’un agencement ordonné des fiches, cabriolets et armoires conçu pour faciliter la circulation des douze employés qui gèrent à eux seuls plusieurs millions de ces fiches. Ce « lieu central d’observation » [24], organisme administratif structuré par une gestion raisonnée de l’information, est organisé pour recevoir l’ensemble des données fournies par les greffes des cours d’assises, des cours d’appel et des tribunaux correctionnels de la France et de l’« Union Française », par le tribunal de commerce de la Seine, les tribunaux militaires de l’armée de terre et de mer, la Cour de cassation, la Sûreté générale qui transmet notamment aux sommiers tous mandats de justice civile et militaire concernant les inculpés en fuite, les déserteurs et insoumis à la loi militaire, tous mandats de recherche dans l’intérêt des familles, mais aussi des notes individuelles et des listes de suspects, d’évadés, d’individus, français et étrangers, concernés par des mesures de refoulement, des arrêtés d’expulsion ou des interdictions de séjour. En relation avec l’administration pénitentiaire, les sommiers reçoivent en outre les états mensuels des maisons centrales concernant tous les condamnés libérés, graciés, transférés ou décédés [25]. Placés au service immédiat des tribunaux, les sommiers permettent, par exemple, d’améliorer considérablement l’application de la loi sur les flagrants délits de 1863 qui contraint les prévenus à être traduits devant les tribunaux dans les vingt-quatre heures de leur arrestation. Mais, à la différence du casier judiciaire, ce fichier central est aux mains de l’institution policière, qui en exploite le contenu pour l’élaboration de fichiers spécialisés et bénéficie de ce regroupement inédit d’informations issues de tous les points du territoire [26].

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Les fichiers du Service de l’identité judiciaire. Cette photographie montre les fichiers alphabétiques situés dans la salle de mensuration que domine un buste de Marianne. Derrière la porte, on distingue le couloir où est classé le fichier anthropométrique et qui mène aux sommiers judiciaires.
Photographe du Service de l’identité judiciaire de la préfecture de Police, atelier C. Ruckert, autour de 1899, photographie légendée « Armoire de classification » et reproduite dans La Préfecture de police à l’Exposition Universelle de 1900, ses services d’ordre et de sécurité, son exposition, op. cit., p. 179.

14 La codification des écritures, associée à une rationalisation des critères d’identification retenus, l’uniformisation des fiches et la gestion bureaucratique des fichiers renouvellent ainsi en profondeur la coopération entre l’institution policière et l’institution judiciaire, qui bénéficient d’un organe central d’information consultable à tous moments. La formation des fonctionnaires de police, agents des forces de l’ordre mais aussi détenteurs d’un savoir exclusif qui structure l’unité du corps professionnel, accompagne de près cette révolution administrative en contribuant à l’acquisition de techniques et d’un langage communs.

15 Le service de l’identité judiciaire, qui coordonne l’organisation de cet enseignement à Paris et dans les centres régionaux, s’impose alors comme un élément clef de la professionnalisation des policiers français engagée par Lépine pour lutter contre l’inadaptation et la médiocrité du recrutement des agents de police [27]. En mars 1895, un « cours de signalements et de reconnaissances anthropométriques » est fondé partant du principe qu’« il importe de donner aux agents nouvellement nommés dans les services de la Direction générale des recherches, une instruction à la fois théorique et pratique, pouvant leur permettre de reconnaître un individu d’après son signalement anthropométrique, accompagné ou non de photographie » [28]. Cet enseignement se met en place dans les centres policiers des grandes villes et, fréquemment, des délégations des polices étrangères participent aux leçons : ces cours deviennent ainsi une vitrine du service et l’un des moyens de promotion des techniques d’identification en France et à l’étranger. La technique du « portrait parlé », qui se substitue aux descriptions approximatives employées antérieurement, est la discipline essentielle de cet enseignement : par le biais de manuels spécialisés, les fonctionnaires de police s’imprègnent de cette méthode de signalement en apprenant les gammes des couleurs des cheveux ou de l’iris et les caractéristiques de toutes les parties du visage [29].

16 Cet enseignement devenu obligatoire (« Les inspecteurs qui montreraient des dispositions insuffisantes ou une négligence reconnue, pourront être rayés du Service ») se trouve validé à partir de 1902 par un « brevet d’étude du signalement descriptif (portrait parlé) » dont l’obtention est alors exigée pour tout avancement et pour les candidats aux fonctions de commissaires, d’officier de paix ou d’inspecteur principal. L. Lépine suggère également que ce cours pourrait être dispensé de manière obligatoire à tous les fonctionnaires des commissariats, estimant qu’il constitue un « élément indispensable dans la carrière » [30]. En 1907, alors que cet enseignement s’est étendu aux élèves officiers de la gendarmerie et de la Garde républicaine, les salles de cours s’agrandissent et accueillent un nombre croissant d’aspirants. Au sein de la Direction générale des recherches se met alors en place, en 1908, un cours d’enseignement pratique destiné aux attachés du ministère de la Justice, secondé en 1912 par un « cours de police technique » qui fonde les bases des futurs laboratoires de police scientifique [31].

17 Suivant le modèle des expositions de police que partagent de nombreuses métropoles européennes, un musée de Police, « appelé à rendre les plus grands services au point de vue de l’instruction professionnelle des agents et des futurs magistrats », est également inauguré en 1908 dans les combles de la Cour d’assises. « Musée didactique, absolument réservé aux études des futurs magistrats et des agents de police », comme le déclare alors A. Bertillon à la presse [32], il vient compléter les structures d’enseignement de l’identification policière en utilisant le registre iconographique et spectaculaire des musées criminologiques. Pour stimuler le zèle des fonctionnaires est organisé par ailleurs, dans la cour des objets perdus du Quai des Orfèvres, un concours trimestriel entre les secrétaires de commissariats et inspecteurs ayant suivi les cours de Bertillon [33]. Des « séances de reconnaissance », relatées par la presse, couronnent cette cérémonie au cours de laquelle les candidats doivent reconnaître les membres de leur hiérarchie à l’aide de leur signalement. Dans le même esprit, le brevet, présenté sous la forme d’un diplôme ordinaire, comprend une rubrique intitulée « signalement anthropométrique et photographie du titulaire » destinée à recevoir son signalement complet. Sous forme détournée, et par le biais de la dérision collective, ces applications de l’anthropométrie jouent le rôle de rites initiatiques qui marquent l’intronisation du fonctionnaire au langage et aux pratiques de l’identification. L’enseignement ainsi délivré génère donc la création d’un vocabulaire commun perçu par la corporation comme un facteur de modernisation des pratiques policières :

« Les notions scientifiques répandues par M. Bertillon ont totalement transformé l’ancien langage policier : tous les inspecteurs de la Sûreté emploient, quand ils parlent de signalement, les termes spéciaux exacts. Aussi les erreurs sur les personnes qui ont amené jadis des arrestations arbitraires ont diminué, on pourrait presque dire disparu [34]. »
Indirectement, l’enseignement mis en place à la préfecture, l’inauguration d’un musée et la création de concours correspondent aux efforts menés par A. Bertillon pour légitimer le fonctionnement de son service après les premières et virulentes critiques qui ont accueilli son système, celles du préfet Andrieux et surtout celles de l’ancien chef de la Sûreté Gustave Macé qui rédige en 1890 un véritable réquisitoire contre l’entreprise engagée par le service d’identification [35]. Par la suite, les attaques de la presse et la réputation de « mensurateur » attribué à Bertillon incitent également sa hiérarchie à atténuer certains excès du système anthropométrique.

18 L’extension de l’anthropométrie après 1893 fait en effet craindre la multiplication des abus et l’application de cette forme humiliante d’investigation aux honnêtes gens. Il s’agit dès lors de démontrer son utilité sociale comme en témoigne une circulaire préfectorale du 12 mars 1894 concernant les « Instructions à propos de vols de papiers d’identité » : lorsqu’une personne sera victime d’un vol de papiers d’identité (tels que livrets de famille ou militaires, passeports, permis de chasse, actes d’état civil ou cartes électorales), les fonctionnaires de police doivent désormais indiquer son état civil complet et le texte suggère qu’« il serait également désirable qu’[elle] consentît à laisser relever […] la mesure de sa taille et, le cas échéant toute particularité signalétique de nature à prévenir une confusion de personnes ». Le service de l’identité judiciaire est alors chargé de centraliser les copies des déclarations reçues dans ces conditions, « et qui auront pour effet de prémunir toute personne victime d’un vol de papiers d’état civil contre l’abus qui pourrait en être fait ultérieurement » [36]. Dans le même sens, une circulaire du ministère de l’Intérieur de 1897 exempte certaines catégories de personnes de l’anthropométrie, reconnaissant que « dans certaines circonstances, la formalité de la mensuration pourrait devenir abusive et vexatoire ». Ainsi les personnes arrêtées pour des « motifs exclusivement politiques », « incarcérés à la requête des familles » ou de « notoriété publique incontestable » sont exemptées de l’anthropométrie ainsi que les condamnés « jugés par les tribunaux de simple police » ou pour « infractions aux lois sur la presse ou délits politiques » [37]. La nudité est également limitée lors des mensurations et seul le torse pourra être mis à découvert. À travers ces différentes mesures, en spécifiant avec précision les applications de l’identification anthropométrique, l’institution policière tente de démontrer que ce nouveau procédé est autant un moyen de coercition à l’encontre des criminels qu’un moyen de défense d’une population menacée. Un projet d’extension du système anthropométrique est d’ailleurs proposé en 1903 : il est question d’imposer un « signalement descriptif militaire » qui devrait permettre à tout citoyen français, de sexe masculin, d’empêcher tout « emploi frauduleux de sa personnalité » [38].

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Le protocole anthropométrique.
Selon Gustave Macé, les deux personnages, photographiés au cours des étapes d’une séance reconstituée de mensuration, sont deux inspecteurs de la Sûreté, Mouquin et Gustave Rossignol, qui est ici mesuré. Cette planche est utilisée par G. Macé pour dénoncer le « trompe-l’œil » que représente pour lui cette opération.
Montage photographique réalisé par G. Macé à partir de photographies prises au Service d’identification de la préfecture de Police, atelier Glyptographie Silvestre & Cie (Paris), autour de 1889, montage reproduit dans Gustave Macé, Mon musée criminel, Paris, G. Charpentier, coll. « La police parisienne », 1890, planche n° 13.

19 Poursuivis par A. Bertillon, autant que par sa hiérarchie, ces efforts sont destinés à légitimer la généralisation de l’identification policière et à atténuer les résistances qui s’expriment fréquemment dans l’opinion. Par la suite, l’imposition, sur le plan national, d’un système élaboré d’identification et de recherches se réalise par étapes, accompagnant les importantes transformations que connaissent alors les institutions policières.

Vers un système national d’identification et de recherches (1893-1914)

20 Conçu initialement pour la surveillance des frontières et des gares et pour parer au passage de criminels non identifiés sur le sol national, le « portrait parlé » ou « signalement anthropométrique », dont les usages sont envisagés par A. Bertillon à partir de 1886, repose sur la nécessité de transmettre à distance les caractéristiques physiques et le signalement précis d’un individu [39]. Forme aboutie du bertillonnage, fondée sur une « méthode rigoureuse de transcription des caractéristiques visuelles selon un code linguistique préétabli » [40], cette technique de signalement rend possible la transmission à distance des relevés anthropométriques. Et c’est précisément l’adaptation de cette technique aux nouvelles possibilités de communication qui structure à ses débuts le système national de recherche. Les manuels de « portrait parlé » qui définissent la mise en pratique et l’emploi de ce langage s’orientent ainsi rapidement vers la composition d’un « code télégraphique du portrait parlé », destiné en particulier à l’usage des brigades de gendarmerie [41]. Les travaux de Rodolphe Archibald Reiss, traduits en plusieurs langues dans les années 1900-1910, permettent d’affiner encore davantage les méthodes de transmission du signalement [42]. Cependant les problèmes posés par la transcription du code transmis par télégraphe, puis par téléphone, entraînent la création de supports imprimés, communicables à distance, et qui peuvent contenir un nombre important de signalement.

21 Le premier de ces supports, mis en place à partir de 1894, est constitué par les « Albums DKV », albums photographiques et anthropométriques de petit format qui pouvaient réunir l’identité d’environs deux mille individus [43] : ils parachèvent un processus de simplification du signalement et de réduction des photographies entamées à partir de 1888, lorsque Bertillon expérimente le développement de « photographies timbres-poste » en vingt mille exemplaires.

« N’est-il pas évident, explique-t-il alors, que l’Administration doit chercher de nouveaux moyens pour lutter contre les facilités qu’offre à un malfaiteur en fuite, la rapidité des communications jointe au relâchement ou à la suppression de la plupart des mesures de surveillance administrative. »
Les albums DKV devaient ainsi réunir, afin de les poursuivre dans n’importe quelle région, les signalements de tous les récidivistes libérés et interdits de séjour, des transportés ou relégués, des évadés du bagne et de tous les individus recherchés. Cependant le mode de classement des signalements selon les formes du nez ou de l’oreille et la complexité des signalements eux-mêmes réalisés à partir d’une superposition de signes conventionnels et de photographies signalétiques, rendent sans doute difficile leur usage sur le terrain. En 1907, le chef de la brigade mobile de Paris, M. Valette, demande toutefois à Bertillon de rééditer un album des interdits et expulsés de Paris, alors qualifié de « vade-mecum des inspecteurs » [44]. En dehors d’un usage local, ce type d’albums présentait cependant beaucoup d’inconvénients pour les recherches nationales : le nombre limité de signalements dans chaque album, l’impossibilité d’actualiser aisément son contenu, à moins d’endommager cet objet fragile, durent contribuer à rechercher d’autres moyens d’information.

22 Le choix se porte sur les notices, petits textes composés d’abréviations et accompagnés d’une photographie. En quelques lignes figurent l’état civil, la nature de la recherche (mandat d’arrêt, avis), la nature du délit, le signalement et les signes particuliers. Les relevés anthropométriques et la photographie judiciaire, entremêlés dans les albums DKV, peuvent être alors séparés et il est possible d’ajouter au texte n’importe quelle image de l’individu trouvée au cours de l’enquête. Si nécessaire, la notice peut être complétée par des mentions particulières : numéro de la brigade ayant procédé à la première identification, numéro du carnet anthropométrique des nomades après 1912, etc. La création de ces notices, fondées sur la codification des descriptions signalétiques, l’avènement des revues illustrées et le développement des techniques d’impression aboutissent à la création de techniques nouvelles d’identification à distance : le bulletin et, sous forme simplifiée, l’avis de recherche.

23 Expérience très provisoire, un premier Bulletin quotidien d’informations, créé à la préfecture de Police en 1879 pour diffuser le signalement de criminels présumés, de personnes disparues ou de cadavres non reconnus, avait été supprimé deux mois après sa création par le préfet Andrieux, qui jugeait ses résultats très médiocres [45]. Jusqu’en 1907, il n’existe qu’un journal mensuel parisien, créé en 1900, Le journal du contrôle et recherches des bijoux et des objets précieux volés, disparus ou perdus, qui comporte à la fois des annonces commerciales et des avis de recherches émis par la Sûreté. Ce journal plus spécialisé dans les annonces de vols travaille cependant de concert avec la Direction générale des recherches de la préfecture à partir de 1894 mais ne publie toutefois que très occasionnellement des avis individuels de recherche. Sur le modèle des journaux allemands de recherche (l’Internationales criminal Polizeiblatt ou l’Allgemeiner Polizei-Anzeiger), un Bulletin hebdomadaire de police criminelle, alimenté par le service de l’identité judiciaire et coordonné par le tout nouveau Contrôle général du service des recherches dans les départements de la Sûreté générale, est mis en place le 15 juin 1907 [46]. Ce service spécial chargé de centraliser les informations et de les communiquer localement aux forces de l’ordre intègre, en effet, un nouveau dispositif composé également d’un service central des archives, chargé de centraliser, de classer et de conserver « toutes les fiches de malfaiteurs et de nomades que les commissariats spéciaux et municipaux doivent désormais obligatoirement lui adresser » [47], d’un service du recensement général et du contrôle des étrangers et, enfin, d’un service photographique coordonné par A. Bertillon [48].

24 Élaboré à partir de la collaboration de ces services, le Bulletin est adressé chaque semaine à près d’un millier de destinataires dans les tribunaux, les commissariats, les brigades de gendarmerie et les maisons centrales ; il comporte sur une quinzaine de pages un ensemble de notices numérotées, souvent accompagnées de photographies, de tous les individus recherchés par l’institution judiciaire. Ce bulletin devient par la suite le modèle de plusieurs journaux locaux de recherches. En 1914, Célestin Hennion, alors préfet de police, créé ainsi un journal de recherche parisien, calqué sur le modèle national, le Bulletin de police de la ville de Paris et du département de la Seine, qui paraît quotidiennement [49]. Peu à peu des parutions identiques apparaissent localement dans les colonies du Maghreb et d’Indochine. Instruments nationaux ou locaux de recherche, ces bulletins entraînent, selon un système réticulaire, l’extension du fichier central. Les instructions officielles précisent en effet qu’à la réception des bulletins, chaque notice doit être convertie en fiches et intégrée à des fichiers locaux. Dans le même temps, l’armature de ce réseau de fichiers est consolidée par les efforts importants fournis par le ministère de l’Intérieur pour améliorer le transfert des données au sein des institutions policières.

25 Au réseau télégraphique, installé depuis 1885, s’ajoutent des lignes téléphoniques et un « fil téléphonique spécial » installé en 1907 entre la Sûreté générale et le service de l’identité judiciaire [50]. Des systèmes codés de transmission sont dans le même temps envisagés notamment après la création des brigades mobiles qui emploient un « vocabulaire télégraphique » particulier. À partir de 1912, alors que les brigades de gendarmerie de toute la France sont reliées par téléphone au commissariat de leur circonscription, un plan de communication entre tous les services de la préfecture est mis en œuvre. Afin d’améliorer le transport des fiches, un réseau pneumatique relie, à partir de juillet 1914, le bureau des fichiers anthropométriques et alphabétiques et le bureau des sommiers.

26 Les pratiques administratives de l’identification policière peuvent ainsi être étendues sur l’ensemble du territoire national par l’intermédiaire de bureaux spécialisés ouverts généralement dans les commissariats centraux. Marseille et Lyon sont les premières polices locales à adopter le système anthropométrique. À Nice, également, un service anthropométrique et photographique créé en 1894, fonctionne en étroite relation avec le service des garnis ; la vérification des notices entre les différents fichiers semble à ce point systématique qu’un fonctionnaire de police de Nice peut écrire en 1914 :

« […] tout individu arrêté ou amené dans un commissariat, si minime que soit le motif de cette mesure, tout individu suspect, tout quémandeur de secours, de billet de logement, de bon de soupe ou de pain, tout client passager de l’Asile de nuit, doit faire séance tenante l’objet d’une recherche aux fiches [51]. »
Pour l’Algérie, A. Bertillon prévoit dès 1888 l’application du signalement anthropométrique [52] et le 15 octobre 1895, un service anthropométrique est inauguré à Alger, secondé bientôt par des stations secondaires à Oran et Constantine. À partir de 1900, tous les commissaires du département d’Algérie sont appelés à accomplir un stage d’initiation au service central d’Alger. En 1905, cent quarante mille fiches de prévenus y sont rassemblées et les chiffres officiels annoncent près de trois mille sept cent cinquante-trois récidivistes identifiés [53]. M. Lacoste, directeur du service anthropométrique de la rue Scipion d’Alger, prône comme ses confrères de métropole, l’efficacité du système anthropométrique appliqué aux prévenus, selon une méthode et un protocole similaires à ceux de la préfecture :
« Quand ils sortent, ils sont à tout à jamais connus ; ils chercheront désormais vainement à déguiser leur état civil ; l’infaillible anthropométrie déjouera leurs ruses, démasquera leurs pseudonymes, dissipera les erreurs voulues [54]. »
Pour faciliter cette entreprise, et en invoquant les savoirs de la crâniométrie, le fichier anthropométrique central se divise en deux :
« […] dans les compartiments de gauche, les fiches européennes, dans les compartiments de droite, les fiches indigènes. Cette séparation facilite les recherches en les simplifiant. La conformité du crâne sémite présente du reste avec celle du crâne aryen des différences essentielles [telles] que la division s’imposait. »
La généralisation du système est donc sujette aux impératifs locaux dans lesquels s’expriment bien souvent des formes catégorielles d’exclusion ou de racisme.

27 Dans les commissariats, la pratique du répertoire général sur fiches est établie par une circulaire de 1904 [55]. Jugeant que « jusqu’ici les classements multiples et les répertoires nombreux ont été des obstacles évidents aux investigations et aux décisions rapides », le texte prévoit le remplacement de la « fiche de sûreté générale », qui répertoriait jusqu’alors les affaires correctionnelles, par une fiche blanche de 20 cm x 12 cm. Sur chacune d’elles doit figurer le nom de chaque prévenu, le renvoi aux registres des procès-verbaux et, éventuellement, la sanction judiciaire. Complétant les législations en vigueur, ce fichier est également destiné à réunir les renseignements intéressant la sûreté publique : les fiches résultant de la déclaration de résidences des étrangers y sont intégrées ainsi que les avis, convertis en fiche, des interdits de séjour, anarchistes signalés et étrangers expulsés. Enfin, l’instauration de ce fichier doit permettre d’enregistrer les données recueillies par les agents locaux de l’ordre public concernant les étrangers de passage, les sans-logis et les tricheurs au jeu que le texte nomme les « grecs » :

« Vous établirez également, jour par jour et en y faisant figurer l’état civil aussi exact que possible, des fiches aux noms des “grecs” qui vous sont signalés comme fréquentant les villes d’eaux et, en général, de tous les individus de passage dans votre résidence dont l’attitude et les agissements vous paraîtraient suspects, vous plaçant, bien entendu, à l’unique point de vue de la sûreté publique, en dehors de toutes préoccupations d’ordre politique. »
Ces fichiers de commissariats doivent s’organiser selon « un classement unique par ordre alphabétique et syllabique », reprenant ainsi le système phonétique proposé par A. Bertillon. Une circulaire de 1906 confirme le caractère confidentiel de ces fichiers, comparés à des sommiers judiciaires locaux, et précise davantage l’impératif de sécurité publique auquel ils répondent. Chaque commissaire est en effet chargé de
« s’assurer promptement, sans hésitation ni erreur, de l’identité de tout malfaiteur, inculpé, vagabond, etc., appelé ou amené devant [lui], de vérifier s’il n’est pas sous le coup d’une interdiction de séjour ou d’un arrêté d’expulsion, d’une surveillance comme anarchiste ou comme suspect au point de vue national ; s’il ne rentre pas, en un mot, dans la catégorie des gens qu’il s’agit de serrer de près ou de ne pas perdre de vue [56] ».
Dans le même temps ces relais locaux sont concurrencés par des structures mobiles qui viennent compléter, non sans mal, le dispositif policier mis en place sous la IIIe République. Les douze brigades régionales de police mobile, créées en décembre 1907, constituent en effet des structures parallèles d’identification chargées de pallier la lenteur des autres services de police [57]. Cet organisme, dit de « préservation sociale », est chargé en effet de :
« faire rechercher et poursuivre par des agents expérimentés, se déplaçant rapidement, investis d’une compétence étendue, les malfaiteurs de toutes catégories, auxquels l’extension et le perfectionnement des moyens de communication offrent de jour en jour des facilités plus grandes d’évasion et que trop souvent ne peuvent atteindre les polices locales, indépendantes les unes des autres, sans contact de commune à commune, enfermées dans d’étroites et infranchissables juridictions [58] ».
Les brigades communiquent entre elles et échangent les notices d’individus suspectés ou recherchés, par l’intermédiaire du Bulletin. Suivant la circulaire émise le 27 juillet 1907, les agents des brigades pourront également procéder au signalement des « malfaiteurs de profession qui ont l’habitude de se déplacer » et « ils photographieront et identifieront, chaque fois qu’ils en auront légalement la possibilité, les vagabonds, nomades, romanichels circulant isolément ou voyageant en troupes et enverront au contrôle général, établies selon la méthode anthropométrique, photographies et notices d’identification ». Invitant à l’élaboration d’une « police judiciaire du territoire », Hennion avait en effet spécifiquement évoqué la nécessité de procéder, selon les principes de Bertillon, à l’identification des nomades accusés de se livrer à la mendicité ou de pratiquer l’escroquerie [59].

28 Élaboré à partir de la centralisation des données au sein du service de l’identité judiciaire, le système de recherches mis en place entre 1893 et 1914 repose donc sur l’articulation de trois éléments : la méthode anthropométrique de signalement qui fournit un savoir commun partagé par l’ensemble des agents, des moyens de transmission qui garantissent la communication des notices signalétiques et leur emploi dans n’importe quelle localité, enfin l’unification et l’interdépendance des fichiers de police qui rendent possibles à la fois les échanges d’informations et la pérennité du système de recherches.

29 L’impératif républicain de sécurité publique, qui génère un grand nombre de législations répressives, multiplie les besoins en termes d’identification et de recherches et permet de mieux comprendre l’origine du dispositif d’étatisation étudié ici qui coïncide, comme cela a été souligné, avec la centralisation croissante des institutions policières. Dans ce sens, l’un des faits marquants de la période étudiée est l’élargissement des mesures d’identification à des populations qui en étaient jusque-là exclues. Destinée tout d’abord à la répression et à la surveillance des criminels récidivistes, puis par extension, et sous l’influence des nouvelles formes d’incrimination [60], aux prostituées, alcooliques et vagabonds, l’identification policière s’applique ensuite, en fonction des nouvelles réglementations, aux nomades, surtout à partir de 1907, puis aux étrangers à partir des décrets de 1888 et 1893, et bien sûr après 1916 [61].

30 Autre fait marquant, sur lequel il n’a pas été possible d’insister davantage ici, les méthodes de l’identification policière mises en œuvre à la préfecture s’appliquent progressivement aux nouveaux champs de l’activité policière qui se structurent alors. La police politique s’élabore ainsi à partir de fichiers spécialisés qui permettent la surveillance de catégories spécifiques. Le cas des anarchistes est à ce titre éclairant. Le vote des lois dites « scélérates » en 1893 et 1894, qui tendent à criminaliser le mouvement anarchiste, rend en effet possible le contrôle individuel et collectif des réunions à caractère politique [62]. Une note manuscrite du 23 avril 1894, « Sur les opérations faites par la Préfecture de police contre les Anarchistes », évoque ainsi une stratégie de reconnaissance et d’identification, par la mesure et la photographie, des anarchistes appréhendés [63]. L’identification anthropométrique, la composition de listes par communes suburbaines, par quartiers de Paris, la description et le suivi des pratiques collectives, les tentatives d’infiltration, permettent d’établir par la suite une « cartographie aussi précise que possible du mouvement anarchiste » [64]. Les pratiques policières d’identification bénéficient donc naturellement, suivant des variations qui restent à étudier, à la police politique mise en œuvre en France dans les années 1910 [65].

31 De même la police militaire, avec la mise en place du « Carnet B », qui demeure actif jusqu’en 1940, élabore un système d’identification catégorielle, qui distingue en 1910 les « étrangers suspects d’espionnage », les « Français soupçonnés d’espionnage » et les « Français considérés comme dangereux pour la mobilisation » [66]. Reproduites en quatre exemplaires et destinées à autant de fichiers identiques (préfecture, corps d’armée, gendarmerie, ministère de l’Intérieur), les notices signalétiques complétées par des extraits des sommiers matérialisent la filiation directe des méthodes du service de l’identité judiciaire. L’un des apports notables de Bertillon est d’ailleurs d’avoir élaboré les formes de bureaucratisation de l’ensemble des services d’identification existants en 1914 et qui émanent tous du service de la préfecture. Ce système permet l’archivage des pièces de justice et des dossiers, leur traitement sous la forme de fiches, distinguées par leur format ou leur couleur, et l’intégration de ces mêmes fiches à des fichiers spécialisées, eux-mêmes centralisés par une structure unique qui repose sur un système universel de classement [67].

32 Enfin, il faut noter à la suite de Mathieu Deflem, le rôle central de l’identification policière dans l’internationalisation des formes policières de surveillance et de recherche [68]. Si ce rôle apparaît déjà clairement dans les congrès internationaux de police et de criminologie, notamment durant la conférence internationale anti-anarchiste de 1898 étudiée par Richard Bach Jensen [69], le Premier congrès de police judiciaire internationale, qui se tient à Monaco en avril 1914, marque une rupture fondamentale dans l’histoire de la coopération policière et dresse les cadres structurels de l’organisation d’Interpol, créée en 1923 [70]. À cette occasion, la « fiche parisienne » qui associe les cinq procédés d’identification alors en usage (anthropométrie, photographie, colorimétrie, relevés des marques, empreintes digitales) s’impose très largement comme un modèle pour la « fiche signalétique internationale » dont la création est à l’ordre du jour. Ce congrès propose en outre d’étendre l’unification des fichiers de police, de constituer un « casier central international » et d’aboutir à un traité international d’extradition. Les débats sont alors marqués, dans un climat de crise internationale, par le conflit entre la vision française qui tente d’imposer la notion de « surveillance du territoire » et l’usage de l’anthropométrie, et celle des représentants allemands partisans d’une police supranationale et du système dactyloscopique. Signe de la détermination française et du prestige acquis par le service de l’identité judiciaire, le préfet de police Émile Laurent projette peu après, en 1915, de constituer, suivant les vœux exprimés à la fin du congrès de Monaco, un Office central d’identification ou Office d’échange signalétique international annexé au service créé par Bertillon [71]. La guerre fait échouer cependant la création de cet office mais l’importance de l’identification des criminels, des révolutionnaires et des migrants, nomades et étrangers, qui s’est imposée au sein de l’institution policière, n’en est pas moins désormais admise comme une priorité nationale.

À la veille de la Première Guerre mondiale, la France compte cinq polices différentes distinguées par leurs ressorts géographiques, leurs attributions et leurs statuts, le recrutement de leur personnel et leurs moyens : la Sûreté générale, qui constitue la direction de la Police au ministère de l’Intérieur ; les polices municipales dans les communes de plus de 5 000 habitants, dirigées par des commissaires de police recrutés par la Sûreté générale mais rémunérés par les communes ; les polices municipales étatisées à Lyon (depuis 1851) et à Marseille (1908) dirigées par l’État ; la gendarmerie, corps militaire rattaché au ministère de la Guerre, qui exerce différentes missions de police dans l’ensemble du pays : police aux armées, police judiciaire des zones rurales, maintien de l’ordre (sauf Paris) et police des voies de communication ; la préfecture de Police dont le ressort est normalement limité à Paris et au département de la Seine, dirigée par un préfet nommé par le ministre de l’Intérieur et responsable devant le gouvernement.
TABLEAU N° 1
figure im4
ORGANISATION GÉNÉRALE DE LA PRÉFECTURE DE POLICE EN 1880
TABLEAU N° 2
figure im5
ORGANISATION GÉNÉRALE DE LA PRÉFECTURE DE POLICE EN 1913
TABLEAU N° 3
figure im6
ADMINISTRATION DE LA SURETÉ GÉNÉRALE EN 1908

Notes

  • [1]
    Sur le mouvement criminologique au xixe siècle, voir Laurent Mucchielli (éd.), Histoire de la criminologie française, Paris, L’Harmattan, coll. « Histoire des sciences humaines », 1995. Sur Alphonse Bertillon, on se reportera aux travaux pionniers de Martine Kaluszynski (Alphonse Bertillon, savant et policier. L’anthropométrie ou le début du fichage, mémoire de maîtrise, université de Paris VII, 1981) et à ceux de Pierre Piazza (Le bertillonnage : violence et processus de rationalisation de l’État en matière d’identification sous la IIIe République, mémoire de DEA, université de Paris I, 1993 ; La carte nationale d’identité. Enjeux étatiques et identitaires, doctorat en science politique, université de Paris I, 2002).
  • [2]
    À la suite des analyses de Carlo Ginzburg sur l’émergence d’un « paradigme indiciaire », Hélène L’Heuillet examine les aspect novateurs des principes qui définissent l’identité judiciaire (Basse politique, haute police. Une approche philosophique et historique de la police, Paris, Fayard, 2001, « L’identification », pp. 294-326).
  • [3]
    L’expression est employée par Gérard Noiriel, Réfugiés et sans-papiers. La République face au droit d’asile xixe-xxe siècle, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 1991, p. 156.
  • [4]
    Voir Marie-Claude Blanc-Chaléard, Caroline Douki, Nicole Dyonet, Vincent Milliot (éd.), Police et migrants. France 1667-1939, Rennes, Pur, 2001.
  • [5]
    Voir Jean-Marc Berlière, Le Préfet Lépine. Vers la naissance de la police moderne, Paris, Denoël, 1993 ; Le monde des polices en France. xixe-xxe siècle, Bruxelles, Complexe, coll. « Le Monde de », 1996.
  • [6]
    Cet article s’inscrit dans le prolongement des travaux sur la modernisation de la police au cours du xixe siècle, marquée par l’étatisation de ces institutions et la centralisation de ces structures. Pour une vue générale, voir Hsi-Huey Liang, The Rise of Modern Police and the European State System from Metternich to the Second World War, Cambridge, Cambridge University Press, 1992 ; Georges Carrot, Histoire de la police française. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, coll. « Approches », 1992. Sur le rôle déterminant de la préfecture dans l’histoire de la police française, voir Vincent Wright, « La Préfecture de police pendant le xixe siècle », in Pierre Debofle (éd.), L’Administration de Paris. 1789-1977, Paris, Genève, Droz, 1979, pp. 109-122.
  • [7]
    Pour localiser les services à l’intérieur de l’architecture mobile de la préfecture de Police, le lecteur pourra se reporter aux tableaux n° 1 et n° 2 en fin d’article.
  • [8]
    Sur les services d’identification, voir Archives de la préfecture de Police (désormais APP), Ba/960, Db/47, 48, 49, Ea/167.
  • [9]
    Voir M. Kaluszynski, La République à l’épreuve du crime. La construction du crime comme objet politique. 1880-1920, Paris, LGDJ, 2002, p. 140.
  • [10]
    Voir État signalétique des condamnés atteints par l’article 19 de la loi du 27 mai 1885 sur les récidivistes, état n° 1, ministère de l’Intérieur, Paris, Imprimerie nationale, 1886.
  • [11]
    Circulaire du préfet de police, 22 décembre 1885.
  • [12]
    C’est le cas lors des congrès pénitentiaires de Rome (1885) et de Paris (1887). Voir également d’Alphonse Bertillon, Identification anthropométrique. Instructions signalétiques, Melun, Typographie-Lithographie administrative, 1885 ; Sur le fonctionnement du service des signalements anthropométriques, Lyon, A. Storck, 1888.
  • [13]
    Sur les débuts du service, voir M. Kaluszynski, « Alphonse Bertillon et l’anthropométrie », in Philippe Vigier (éd.), Maintien de l’ordre et polices en France au xixe siècle, Paris, Créaphis, coll. « Pierres de mémoire », 1987, pp. 269-285.
  • [14]
    Voir A. Bertillon, L’anthropométrie judiciaire à Paris en 1889. Installation et plans des locaux, récents perfectionnements, une expérience de sociologie bureaucratique, Lyon-Paris, A. Storck-G. Steinheil, 1890.
  • [15]
    A. Bertillon, Notice sur le fonctionnement du service d’identification de la Préfecture de police suivie de tableaux numériques résumant les documents anthropométriques accumulés dans les archives de ce service, Paris, G. Masson, 1889 ; La photographie judiciaire. Avec un appendice sur la classification et l’identification anthropométriques, Paris, Gauthier-Villars et fils, « Bibliothèque photographique», 1890.
  • [16]
    Circulaire du préfet de police, 25 août 1893.
  • [17]
    Georges Carrot, Le maintien de l’ordre en France depuis la fin de l’Ancien Régime jusqu’à 1968, Toulouse, Presses de l’Institut d’études politiques de Toulouse-Centre d’études et de recherches sur la police, 1984, p. 663.
  • [18]
    J.-M. Berlière, Le monde des polices…, op. cit., p. 145.
  • [19]
    Voir à ce sujet A. Bertillon, Du classement phonétique, Paris, Société d’Éditions scientifiques, 1896.
  • [20]
    Martin David, Les fichiers de police, Paris, Puf, coll. « Que sais-je ? », 1999.
  • [21]
    A. Bertillon, Dictionnaire des principaux noms propres français et étrangers, Melun, Imprimerie administrative, 1911.
  • [22]
    A. R. Bernadet (sous la direction d’A. Bertillon), Manuel à l’usage des employés de la section des sommiers judiciaires, Paris, Préfecture de Police-Direction générale des recherches-Service de l’Identité Judiciaire, 1911.
  • [23]
    A. Bertillon, La couleur de l’iris. Exposé de la nomenclature des nuances de l’œil telle qu’elle est adoptée par le service d’identification au dépôt de la Préfecture de police de Paris et dans le service pénitentiaire de France, Paris, Masson, 1886 ; « De la morphologie du nez», Revue d’anthropologie, n° 2, 1887, pp. 158-169.
  • [24]
    G. Noiriel, « Les pratiques policières d’identification des migrants et leurs enjeux pour l’histoire des relations de pouvoir. Contribution à une réflexion en “longue durée” », in M.-C. Blanc-Chaléard, C. Douki, N. Dyonet, V. Milliot (éd.), Police et migrants…, op. cit., p. 129.
  • [25]
    Charles Sannié, Notice sur le service de l’identité judiciaire, Paris, préfecture de Police, 1949.
  • [26]
    Sur les différences qui séparent les sommiers du casier judiciaire, voir Jean-Claude Farcy, « Le casier judiciaire au xixe siècle », Bulletin du centre d’histoire de la France contemporaine, Université Paris X-Nanterre, n° 11, 1990, pp. 5-30 et Christian Elek, Le casier judiciaire, Paris, Puf, coll. « Que sais-je ? », 1988.
  • [27]
    Voir à ce sujet J.-M. Berlière, « La professionnalisation : revendication des policiers et objectifs des pouvoirs au début de la IIIe République», Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 37, 1990, pp. 399-428 ; « La professionnalisation de la police en France : un phénomène nouveau au début du xxe siècle », Déviance et Société, 1987, vol. 11, n° 1, pp. 67-104.
  • [28]
    Arrêté du préfet de police, 6 mars 1895.
  • [29]
    APP, Db/48. École de signalement. Résumé du cours, Préfecture de Police-Service de l’Identité Judiciaire, Cours polygraphié, s. d., 86 p.
  • [30]
    Note du préfet de police, 4 mars 1902.
  • [31]
    Edmond Locard crée à Lyon, en 1909, un enseignement de technique policière, socle du futur Laboratoire de police scientifique et de l’École technique de police criminelle, créée en 1935.
  • [32]
    Voir « Un Musée de Police », L’Éclair, 7 janvier 1908.
  • [33]
    Voir « Les cours d’anthropométrie », La Presse, 28 novembre 1903 ; « À l’Anthropométrie », Le Journal, 3 décembre 1903.
  • [34]
    « Chronique. Le cours de portrait parlé », Journal des commissaires de police, n° 10, octobre 1907, p. 317.
  • [35]
    Voir Gustave Macé, Mon musée criminel, Paris, G. Charpentier, coll. « La police parisienne », 1890, pp. 85-92.
  • [36]
    Circulaire du préfet, 12 mars 1894.
  • [37]
    Circulaire du ministère de l’Intérieur, 23 mars 1897, « Instructions sur la mensuration et les abus » et Circulaire du Préfet, 26 mars 1897, « Des dispositions à prendre à l’égard des individus envoyés au Dépôt, relativement à la mensuration anthropométrique ».
  • [38]
    Voir « Le portrait écrit-Un nouveau procédé de signalement. Son application au service militaire », Le Journal, 2 janvier 1903.
  • [39]
    A. Bertillon, Les signalements anthropométriques, méthode nouvelle de détermination de l’identité individuelle, conférence au congrès pénitentiaire international de Rome, Paris, Masson, 1886 ; Identification anthropométrique. Instructions signalétiques, Melun, Imprimerie administrative, 1893.
  • [40]
    Christian Phéline, L’image accusatrice, Paris, Les Cahiers de la photographie, 1985, p. 118.
  • [41]
    Louis Marchesseau, Le portrait parlé et les recherches judiciaires, Paris, Marchal & Godde, 1911 ; Camille Pierre, Étude résumée des principaux caractères du signalement descriptif dit portrait parlé (méthode Bertillon), à l’usage des militaires de la gendarmerie, Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1904. Ce dernier ouvrage est publié une dizaine de fois jusqu’en 1931.
  • [42]
    Zdenko Levental, Rodolphe Archibald Reiss criminaliste et moraliste de la Grande Guerre, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1992.
  • [43]
    A. Bertillon, Album photographique des individus qui doivent faire l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières, Paris, Imprimerie et librairie des Chemins de fer, 1894. Voir également Arthur Dup, « À l’Anthropométrie – Les albums de recherches », Le journal, 19 juin 1903.
  • [44]
    « Chronique. Le cours de portrait parlé », Journal des commissaires de police, n° 10, octobre 1907, p. 317.
  • [45]
    APP, Db/10.
  • [46]
    Voir « De la transmission des signalements. Heureuse innovation en France», Journal des commissaires de police, n° 9, septembre 1908, pp. 279-283.
  • [47]
    J.-M. Berlière, Le monde des polices…, op. cit., p. 59.
  • [48]
    La création de ces nouveaux corps est l’œuvre de Célestin Hennion, directeur de la Sûreté générale entre janvier 1907 et mai 1913. Aux services mentionnés, il faut ajouter la brigade des renseignements généraux (pour la sûreté de l’État), la brigade de surveillance des courses et des jeux (pour la répression des paris clandestins) et bien évidemment les brigades régionales de police mobile (voir tableau n°3 en fin d’article). Succédant à Louis Lépine, C. Hennion poursuit par la suite son entreprise de réformes en tant que préfet de police entre 1913 et 1914. Voir J.-M. Berlière « Ordre et sécurité. Les nouveaux corps de police de la Troisième République », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 39, 1993, pp. 23-37.En ligne
  • [49]
    APP, Db/10.
  • [50]
    Ibid.
  • [51]
    M. Pamet, « Note sur l’Historique, Organisation et Réorganisation du Service anthropométrique et photographique de la Police de Nice », in Ferdinand Larnaude, Jean-André Roux (éd.), Premier congrès de police judiciaire international. Monaco (avril 1914). Actes du congrès, Paris, Imprimerie et librairie générale de jurisprudence Marchal et Billard, 1926, p. 260.
  • [52]
    APP, 191. A. Bertillon, « Projet d’une note aux Directeurs des circonscriptions d’Algérie pour les inviter à appliquer le signalement anthropométrique », 1888.
  • [53]
    Voir « Chronique – Algérie. L’anthropométrie en Algérie », Journal des commissaires de police, 1905, pp. 53-54.
  • [54]
    Cité par Jean Var, « Service anthropométrique à Alger », Journal des commissaires de police, 1905, pp. 272-278.
  • [55]
    Circulaire du ministre de l’Intérieur-Direction de la Sûreté générale, 15 juillet 1904, « Organisation et tenue des commissariats spéciaux et municipaux ».
  • [56]
    Circulaire du ministre de l’Intérieur, 10 septembre 1906, « Fiches des commissariats. Caractère confidentiel ».
  • [57]
    J.-M. Berlière, « Les “Brigades du tigre” : “La seule police qu’une démocratie puisse avouer” ? Retour sur un mythe », in Marc Olivier Baruch, Vincent Duclert (éd.), Serviteurs de l’État. Une histoire politique de l’administration française 1875-1945, Paris, La Découverte, coll. « L’espace de l’histoire», pp. 311-323.
  • [58]
    Circulaire du ministre de l’Intérieur, 4 avril 1908, « Circulaire relative aux attributions et au fonctionnement des brigades régionales de police mobile ».
  • [59]
    Circulaire du ministère de l’Intérieur, Directeur de la Sûreté générale, 27 juillet 1907, « Notices concernant les malfaiteurs professionnels se déplaçant. Jeux illicites. Nomades. Photographies ».
  • [60]
    Pierre Lascoumes, Pierre Lenoël, Pierrette Poncela, Les grandes phases d’incrimination entre 1815 et 1940. Les mouvements de la législation pénale. Lois, décrets, projets, propositions, Paris, Gapp-CNRS-Paris X, 1992.
  • [61]
    G. Carrot, Le maintien de l’ordre en France…, op. cit. Sur la naissance du système d’identification appliqué aux étrangers, voir Clifford D. Rosenberg, Republican Surveillance : Immigration, Citizenship, and the Police in Interwar Paris, Phd, Princeton University, 2000.
  • [62]
    G. Carrot, Le maintien de l’ordre en France…, op. cit., pp. 672-674.
  • [63]
    Mentionnée par Marie-Josèphe Dhavernas, « La surveillance des anarchistes individualistes (1894-1914) », in Philippe Vigier (éd.), Maintien de l’ordre et polices en France et en Europe au xixe siècle, Paris, Créaphis, 1987, pp. 347-360.
  • [64]
    Ibid, p. 350.
  • [65]
    Il reste à évaluer le rôle de l’identification au sein de la Direction des Renseignements généraux et des jeux (les « RG »), chargés à partir de 1913 de la surveillance politique à Paris, et de la Direction de la police judiciaire, créée la même année et à laquelle se rattache le service de l’identité judiciaire.
  • [66]
    Jean-Jacques Becker, Le Carnet B. Les pouvoirs publics et l’antimilitarisme avant la guerre de 1914, Paris, Klincksieck, 1973, p. 105 ; Donald B. Baker, « The Surveillance of Subversion in Interwar France : The Carnet B in the Seine, 1922-1940 », French Historical Studies, vol. 10, n° 3, 1978, pp. 486-516.
  • [67]
    Voir APP, D/b 44. Règlement de service concernant l’organisation et le fonctionnement des Bureaux et des Archives de la Direction de la Police Judiciaire, 25 juin 1914.
  • [68]
    Mathieu Deflem, « Technology and the Internationalization of Policing : A comparative-Historical Perspective», Justice Quarterly, vol. 19, n° 3, 2002, pp. 453-475 ; Policing World Society. Historical Foundations of International Police Cooperation, Oxford, Oxford University Press, coll. « Clarendon Studies in Criminology », 2002.
  • [69]
    Richard Bach Jensen, « The International Anti-Anarchist Conference of 1898 and the Origins of Interpol », Journal of Contemporary History, vol. 16, n° 2, 1998, pp. 323-347.
  • [70]
    F. Larnaude, J.-A. Roux (éd.), Premier congrès de police judiciaire international…, op. cit.
  • [71]
    APP, Db/47. Conseil municipal de la ville de Paris, « Préfecture de police-Mémoire concernant la création d’un Office Central d’Identification (Office d’échange signalétique international) » par Émile Laurent, 21 juin 1915.
Français

Résumé

Cet article expose l’histoire du Service de l'identité judiciaire, créé à la préfecture de Police en 1893, et son rôle dans la construction d’un système national d’identification et de recherches. Fondée sur les sources policières et les écrits d’Alphonse Bertillon, cette étude aborde les formes de centralisation des fichiers de police et la professionnalisation des fonctionnaires de police, formés aux méthodes du signalement. L’étude des relais de transmission des notices signalétiques, mis en place sur l’ensemble du territoire, permet d’expliquer la réussite du modèle français d’identification policière.

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