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Nicolas Buclet (dir.), 2015, Essai d’écologie territoriale : l’exemple d’Aussois en Savoie, Paris, CNRS Éditions, 213 pages

1Ayant parcouru la vallée de la Maurienne à quelques occasions, cet ouvrage me rappelle d’agréables souvenirs. Le 14 juillet 1981, l’ami de Chambéry chez qui je loge me fait choisir : le Tour avec son arrivée à l’Alpe d’Huez ou le parc de la Vanoise. J’hésite. La possibilité de voir Bernard Hinault, ne fût-ce que quelques secondes, me séduit. Mais, j’opte pour les névés du parc. Je ne l’ai pas regretté. Mon quatrième passage remonte à 1999 à l’occasion d’un voyage d’études sur le développement local qui m’a conduit, entre autres, à Albertville où un ancien acteur local à la retraite m’a longuement entretenu sur l’histoire récente du « pays » du Beaufortin. Il avait insisté sur le rôle clé joué par l’EDF dont il est abondamment question dans cet ouvrage sous la direction de Nicolas Buclet, professeur à l’Institut d’Urbanisme de Grenoble et chercheur au PACTE. Ce dernier a fait appel à pas moins de vingt collaborateurs, apparemment tous Français à l’exception d’un Belge. Parmi cet aréopage, un seul est économiste, les autres présentent un profil on ne peut plus diversifié allant de la biochimie à l’éthique en passant, bien sûr, par la géographie. Si une image vaut mille mots, le lecteur s’en voir offrir trois mille avec la photo d’un barrage (Mont Cenis ?), d’une vache dotée d’une robe semblable à celle des Limousines (une Tarine ?) et le village d’Aussois avec son clocher léché par des nuages qui masquent en partie les sommets enneigés. Le projet « Connaissance des flux urbains, empreintes environnementales et gouvernance durable » mis en œuvre de 2009 à 2013 se situe à l’origine de cet effort collectif.

2Le tout comprend cinq chapitres. Le cadre épistémologique est présenté dans le dernier : Le métabolisme énergétique d’un territoire. On peut lire que l’écologie territoriale analyse les circuits énergétiques et matériels au sein des sociétés et entre les sociétés. Elle prend en compte la dimension spatiale en plus des dimensions sociales, économiques, politiques et techniques des flux. C’est ce qui la distingue de l’écologie industrielle qui, elle, met l’accent sur la filière ou le produit. Les auteurs en profitent pour souligner l’essence pluridisciplinaire (on s’en doutait) du concept de territoire en y voyant le lien entre une réalité physique (une commune, un « pays », une région, etc.) et une réalité humaine. Avec le cas d’Aussois, l’écologie territoriale cherche à comprendre sur une période allant de 1850 à nos jours, les relations entre l’organisation des activités humaines et leurs interactions avec la nature environnante.

3Une première figure dans le premier chapitre sur le métabolisme et le jeu d’acteurs met en évidence les dimensions systémiques de la société. Étant une adaptation d’un schéma d’Ostrom (2009) [1] il est déplorable que les auteurs n’aient pas traduit tous les concepts représentés. Ainsi, les dimensions matérielle, organisationnelle et identitaire sont chapeautées par Social economic and political setting. Ce à quoi s’ajoutent, entre autres, un Resource system et un Governance system avec leurs conséquences dans un Related ecosystem. Dommage ce franglais aux allures de travail bâclé, car ce me semble être la figure clé du volume. Heureusement, même les plus réfractaires à la langue de Shakespeare en arrivent à comprendre avec les explications fournies. En effet, on précise bien que l’objectif de ce collectif de travail est d’aborder le territoire d’Aussois à travers une vision systémique de la création de richesse. En fait, l’attention des chercheurs s’est centrée sur quatre sous-systèmes : l’agriculture, l’énergie hydroélectrique, le tourisme, le résidentiel. Le chapitre 3 Création de richesses et réponses aux besoins de la population d’Aussois se termine par une figure (entièrement en français) très explicite sur l’interrelation entre ces quatre sous-systèmes.

4Les amateurs d’histoire liront avec grand intérêt dans le chapitre 2 Aussois et la Maurienne certains détails sur la vie en alpage au temps du Second Empire et de la IIIe République. Situé à 1 500 mètres, Aussois, avec à l’époque ses quelque 320 habitants, est devenu une commune française en 1792. En s’étendant sur environ 4 200 hectares, le village s’impose comme l’entrée de la Haute-Maurienne. Après avoir vu sa population atteindre près de 660 résidants à la fin du XVIVe siècle, un fort exode entre 1906 et 1936 a fait diminuer ce nombre de moitié. Mis à part un pic à l’occasion de la construction des barrages durant les années 1950, la population se maintient au niveau d’avant le second conflit mondial. Comment vivait-on, surtout en hiver, autrefois dans ce lieu qui conserve ses allures de carte postale ? Dans le chapitre 2 on peut lire que les Mauriennais qui passent l’hiver en montagne, en plus de s’occuper des bêtes, peignent le chanvre, fabriquent des draps et des sabots, vivant, non pas de simplicité volontaire, comme on dit aujourd’hui, mais de simplicité nécessaire : laitage et biscuits d’avoine et de seigle constituent leur principal apport calorifique. Pour cuisiner on a recours aux « grobons mauriennais » fourni par cinq ou six moutons. On aura compris qu’il n’y a pas que la bouse des vaches qui peut servir de combustible. Au village, pour ne pas être cloîtré à l’habitat familial, on profite de la neige pour se déplacer en traîneau sous la gouverne d’un conducteur doté d’une hardiesse et d’une habileté peu communes criant Hu cocotte ! Ainsi, les gens se faisaient ramasser selon l’expression consacrée [2].

5En toute saison, pour les travaux agricoles, un acteur joue un rôle des plus précieux : le mulet. En 1900 la commune en compte 21. À la p. 189 on peut lire « un demi-mulet par famille » (sic). On ne dit pas quelle partie est la plus utile… En fait, chaque paysan en possède trois, le plus âgé, pas de chance, se voit affecté aux travaux les plus exigeants et ce pendant quatre ou cinq ans, le temps que les deux plus jeunes acquièrent le gabarit exigé pour faire face à la musique (p. 63). Le mode de vie pastoral impliquant l’alpage estival perdurera jusqu’aux années 1950. Il faut dire que déjà à la fin des années 1930 des signes de changement ont fait leur apparition : l’arrivée de la première voiture et du premier camion. Deux précurseurs qui ne tarderont pas à soutirer la curiosité des Tarines et des Abondances en train de ruminer ce qui allait devenir le branding du Beaufortin : le Beaufort.

6Parmi ce que l’on peut considérer tel un bouleversement bien avant Renault, Citroën et Peugeot, on a le chemin de fer. Son apparition remonte aux années 1860, et fait suite aux travaux du tunnel du Fréjus en 1857 qui mettra ainsi Paris à… 18 heures de Turin. Quel progrès ! Conséquence : la Haute-Maurienne se trouve sacrifiée. L’ouverture du tunnel, qui soulage des pénibles passages des cols, a pour effet d’enclaver cette partie de la vallée. Pour ne pas trop souffrir de cette nouvelle donne, une pétition fut présentée aux autorités pour assurer la survie de l’industrie du roulage liée apparemment aux denrées alimentaires et autres produits industriels importés du Piémont. Peine perdue.

7La montagne s’en trouve menacée. Oui, mais une ressource qui fait l’orgueil des Québécois va lui venir en aide : la houille blanche. Celui que l’on désigne comme « Le géographe du Canada français », Raul Blanchard qui a parcouru le Québec de l’entre-deux-guerres, à pied et en voiture, pour jeter les bases de sa géographie moderne [3], a décrit les potentialités hydrauliques de la Savoie dès 1917 dans Les Annales de géographie et dans la Revue de géographie alpine dont il est à l’origine. Mais, il faudra attendre le milieu du siècle dernier pour qu’Aussois devienne véritablement un territoire énergétique et que naisse « son régime socio-économique contemporain » (p. 102). C’est alors qu’intervient EDF. Mon interlocuteur à Albertville (cf. supra) m’avait dit que le développement local prend son appui sur deux piliers : un leader et l’oseille (le nerf de la guerre). L’EDF allait devenir « la » vache à lait, n’en déplaise à celles à qui on doit le Beaufort. Quant au leader, sa mise à la retraite l’ayant conduit à l’extérieur de la région, tous les doutes étaient alors permis sur le maintien de la dynamique locale. Ce qui fait revenir au célèbre fromage à la pâte ferme cuite pressée qui a obtenu son AOC en 1968. Qui, en dehors de la région, connaissait le Beaufort avant 1980 ? Il a fallu qu’un visionnaire ait l’idée d’en faire le pivot pour mettre le « pays du Beaufortin » on the map comme on dit en anglais. Un pamphlet recueilli dans les locaux miteux de l’ex-ANDLP, (ancêtre de l’UNADEL) me l’avait fait connaître. Dans le chapitre 3 Création de richesses et réponse aux besoins d’Aussois on lit que le périmètre du Beaufort et le Parc de la Vanoise se recoupent fortement, impliquant pas moins de 110 communes. La figure 13 et le tableau 2 (p. 132-33) illustrent bien les parties prenantes de la filière et les enjeux auxquels elles font face. On voit que l’« Europe » (i.e. Bruxelles) manifeste peu d’intérêt dans le maintien de la filière… De même, on lit que sans sa structuration en coopérative, l’agriculture de montagne serait vouée à disparaître. Rien n’est facile. Dans le chapitre 4 Le système agro-alimentaire la figure 4 présente les flux monétaires du système agro-pastoral vivrier. Puissent-ils perdurer envers et contre tous. Deux sous-systèmes peuvent ici jouer un rôle positif : le résidentiel (clin d’œil à L. Davezies) et le tourisme. Parlons de ce dernier.

8Place à l’innovation : les auteurs nous apprennent qu’une lettre collective, à l’initiative de jeunes Aussoyens, en 1969, est à l’origine de la création de la station de ski qui aura son premier télésiège l’année suivante. À la même époque survint « l’affaire du Parc de la Vanoise » liée à la problématique causée par le choc émanant des équipements touristiques et immobiliers. En 1977 on en sera à cinq téléskis, deux télésièges à une altitude allant de 1 500 à 2 700 m. Rien à voir avec La Plagne, pas très loin, et autres Tignes, mais on a envie d’y aller tout de même. Et beaucoup y vont, hiver comme été, si bien que les auteurs du chapitre 3 voient dans le tourisme le poumon d’Aussois. Le secteur s’inscrit dans la multi-activité qui devient une règle en haute montagne. La figure 18 (p. 141) évoque la capabilité liée à l’activité touristique alors que le tableau 3 illustre le pouvoir, la légitimité et l’intérêt des parties prenantes du sous-système. Les paysans non seulement trouvent un débouché additionnel à leurs produits, mais également une source d’emploi saisonnier.

9Si, tel qu’indiqué (p. 42), les auteurs ont échangé autant que possible (!) avec les acteurs du territoire, on ne peut parler ici de recherche-action et encore moins de recherche partagée. On admet que les contacts se sont limités à des relations entre observateurs et observés. Le maire, cet élu que j’ai toujours considéré comme étant le principal acteur du développement local, semble avoir été ici un précieux interlocuteur. La démarche utilisée a permis de bien cerner la notion de capabilité territoriale vue comme une forme de capabilité collective à l’intérieur d’un contexte territorial. En relation avec le Beaufort, la figure 12 illustre bien cette capabilité des acteurs engendrée par la mise en valeur d’une ressource (le lait). Enfin, tel qu’indiqué dans la conclusion, on se trouve en présence d’une dynamique accompagnée d’un changement radical du rôle de la monnaie. En effet, d’une économie traditionnelle (1850) on est passé à travers les décennies à une économie monétaire. Ceci, même si la monnaie n’explique pas tout. On se rapporte à Polanyi pour souligner que les échanges économiques sont toujours bel et bien insérés dans les autres institutions sociales. Ce livre, oui, donne envie d’aller voir sur place ce qui se passe, et ce, en toutes saisons.

10André Joyal

11Centre de recherche en développement territorial

12Université du Québec

13© 2016 Lavoisier, Paris. Tous droits réservés.

Sylvie Landriève, 2016, L’immobilier, une passion française, Démopolis, 144 pages

14Enfin ! Avant même d’aborder plus précisément le contenu du livre que Sylvie Landriève consacre au marché immobilier français, on ne peut que se réjouir du début de comblement d’un vide éditorial qui laissait songeur : alors que le secteur de l’immobilier au sens large représente un cinquième du PIB français (p. 120 [4]), on ne disposait d’aucun livre récent qui en proposât une vision critique et générale (l’analyse couvre à la fois l’immobilier résidentiel et d’activité). Cette invisibilité est peut-être partie intégrante de la « bulle robuste [5] » qu’est le marché immobilier français, dont les prix se sont maintenus dans les années 2010 après un épisode inflationniste inédit entre 2000 et la crise des subprimes en 2007-2008. Dans les pays où les prix se sont effondrés, les publications se sont multipliées dès le début des années 2010, comme aux États-Unis [6] ou en Espagne [7]. Certes, on publie en France sur le marché immobilier : littérature grise, économétrie académique, baromètres à destination des professionnels ou guides pratiques pour le grand public abondent. Mais l’ambition du livre de Sylvie Landriève est de proposer une lecture englobante de « l’exception française » (p. 9) : un doublement des prix au cours des années 2000 qui résiste à la baisse constatée dans beaucoup d’autres pays de l’OCDE [8] et conduit « la société française dans son ensemble [à] stériliser autant d’argent dans ce capital improductif » (p. 17) qu’est l’immobilier.

15La brève introduction du livre liste les explications couramment avancées à cette situation – croissance et modification de la demande, inadéquation du parc actuel à la demande, effets de la réglementation, etc. – pour montrer que leur recours partagé et plus ou moins explicite à la « loi de l’offre de la demande » n’est pas satisfaisant (p. 13). L’auteur préfère expliquer le niveau des prix de ce « marché d’occasion[9] » par un système d’intérêts convergents : propriétaires, intermédiaires et pouvoirs publics. Les premiers, « vendeurs ou acquéreurs de circonstance, (…) sont les principaux acteurs de la spéculation » (p. 16), les deuxièmes, « les grands bénéficiaires de la hausse des prix » (ibid.) tandis que les troisièmes « contribuent (…) à l’extension du champ marchand de l’immobilier » (p. 17). La thèse et le plan du livre de Sylvie Landriève découlent de ces affirmations : si l’auteure « conteste la théorie qui veut qu’il suffise de patienter pour que les prix reviennent à une valeur proche de leur valeur fondamentale » (p. 107), c’est que « la hausse des prix immobiliers (et la captation d’une part croissante des revenus qui en est la conséquence) n’est pas une anormalité, c’est un choix de société » (p. 113) que l’on pourrait résumer en trois propositions simples : « les occupants misent le tout pour le tout » (titre du chapitre 1), « les professionnels gagnent à tous les coups » (titre du chapitre 2) et « les régulateurs laissent filer les prix » (titre du chapitre 3).

16Dans le premier chapitre, S. Landriève met en regard deux dynamiques contradictoires – « aspiration à la propriété des ménages et externalisation de leurs locaux par les entreprises et les administrations » (p. 22) – qu’elle explique finalement par le rôle des intermédiaires de marché : tout cela « a relativement peu à voir avec la stricte rationalité économique. Pour l’occupant du moins. (…) Pour réaliser leurs transactions, les particuliers comme les entreprises et les établissements publics ne sont que des joueurs occasionnels aux mains d’intermédiaires professionnels très aguerris et directement intéressés à la hausse des prix » (p. 44-45). C’est précisément des intérêts de ces intermédiaires de plus en plus nombreux dont traite le deuxième chapitre. Au-delà de la multiplication des agences immobilières ou de l’intégration verticale du secteur (p. 49 à 56), l’auteure s’intéresse aussi aux profits que les notaires et l’État tirent de la fiscalité sur les transactions (p. 56 à 61). Au final, « l’externalisation du parc d’exploitation des entreprises et [la] vente à la découpe des logements à leurs occupants ont concouru au même effet : la multiplication des propriétaires (…) [dont] le nombre a été multiplié par 10 en vingt ans » (p. 74). Les principaux propriétaires pris en compte dans le dernier chapitre consacré à la faillite du système de régulation des prix sont la puissance publique et les entités parapubliques. L’auteure pointe notamment l’incohérence de leurs comportements, visant d’une part à dégager du foncier susceptible de faire baisser les prix du logement, et d’autre part à valoriser leur patrimoine, le tout dans un contexte de révision des normes comptables : « La réglementation de l’usage des sols, la taxation des plus-values, la lutte contre la rétention foncière, la fixation administrative des valeurs des biens publics ne contiennent pas la hausse des prix ; la taxation des mutations, les ventes publiques au plus offrant, l’évaluation à la valeur de marché des biens des entreprises y contribuent directement » (p. 98). Contrairement à ce que l’on pourrait croire à la seule lecture de ce constat d’échec, l’auteure ne préconise pas pour autant de déréguler le marché pour favoriser la baisse des prix. En effet, « 13 Propositions pour le marché de l’immobilier ancien » closent ce livre (p. 125 et 126) qui portent sur la transaction, la détention et l’évaluation des biens.

17C’est donc une vision large du marché immobilier qui est proposée dans ce livre pourtant court. Le choix, exposé dès l’introduction, d’aborder l’immobilier sous divers angles – politique, économique, comptable, social – en fait un livre tout à fait accessible à un public non coutumier du domaine souvent un peu aride et technique des études foncières et immobilières. D’un autre côté, la combinaison de statistiques précises et documentées [10], d’aspects juridiques ou comptables et de nombreux exemples concrets, font de L’immobilier, une passion française un livre qui intéressera également les lecteurs plus experts en la matière. Néanmoins, il existe un revers à ce positionnement grand public éclairé. En effet, le format même du livre empêche l’auteure de passer autant de temps qu’on l’aurait souhaité sur des points théoriques ou des mécanismes importants [11]. C’est notamment le cas pour la notion de spéculation. Bien que présente dans le sous-titre de l’ouvrage, cette notion reste à notre avis trop floue tout au long du livre. L’introduction l’utilise tout en semblant indiquer qu’il s’agit là d’un terme repris à des discours qui ne sont pas de l’auteure : « Que s’est-il donc passé ? Qui aurait spéculé sur l’immobilier français ? L’opinion publique et la presse dénoncent la spéculation immobilière et en cherchent les responsables » (p. 14). Plus loin dans le livre, le terme devient synonyme de « mouvement des prix », voire de « niveau des prix » (p. 24, 28, 97, par exemple). Or la conclusion du livre aboutit à remettre en cause le mécanisme de spéculation posé en introduction - « On a vu que, le plus souvent, la spéculation des occupants n’est pas intentionnelle. Il ne s’agit pas pour les acquéreurs d’acheter des biens pour s’en séparer au bon moment en réalisant une plus-value » (p. 112) -… mais utilise le terme jusque dans la dernière phrase de la conclusion (« Pourquoi ne pas y [l’adaptation à un nouveau mode de vie plus adapté aux contraintes environnementales et énergétiques] investir la valeur aujourd’hui stérilisée par la spéculation immobilière ? » (p. 122)). Cette petite incohérence ne pose pas problème en soi. En revanche, elle est révélatrice de la difficulté à proposer une théorie unifiée de la valorisation immobilière [12]. Très loin de nous l’idée de reprocher cette limite à l’auteure, tant le chantier est immense et toutes les tentatives de théorisation précédentes inabouties. On peut seulement regretter que les chapitres (notamment le dernier) du livre aient parfois favorisé la juxtaposition d’exemples certes instructifs mais moins féconds que les pistes évoquées en conclusion. Le chapitre 3, traitant de la régulation des prix, accorde ainsi beaucoup d’importance à la production foncière mais néglige le rôle de la solvabilisation (crédit, défiscalisation, etc.) dont il est pourtant dit en conclusion qu’elle est responsable de 85 % de la croissance des prix (p. 104). De même, on pourra regretter que la problématique de la sécurisation/vulnérabilisation des ménages par l’immobilier soit quasiment laissée de côté. En effet, ces deux thématiques sont par exemple largement abordées dans les livres espagnols ou états-uniens dont le livre de S. Landriève, dans sa volonté de proposer une lecture globale de la hausse des prix, pourrait être le pendant français [13]. Enfin, le problème demeure du rôle de la « stérilisation de capital » dans l’immobilier : s’il est indéniable qu’une part croissante de la richesse nationale est investie dans la pierre, et s’il est indéniable que les Français consacrent une part plus importante de leur revenu à se loger que ce qu’on observe dans d’autres pays, n’est-il pas fixiste de penser qu’il pourrait s’investir ailleurs ? Dans un pays à forte tradition d’épargne comme le nôtre, il est peut-être périlleux de penser qu’une baisse des prix immobiliers conduirait à un réinvestissement significatif en direction du secteur productif ou de l’innovation technologique.

18Mais un modèle cohérent d’explication de la dynamique des prix prenant en compte le contexte macro-économique et social ne se fera pas en un livre. Félicitons-nous donc d’un ouvrage qui contribuera on l’espère à porter la voix de ceux qui souhaiteraient dire à la Madame la Marquise que tout ne va pas très bien !

19Guilhem Boulay

20MCF en géographie

21Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse

22UMR 7300 ESPACE

23© 2016 Lavoisier, Paris. Tous droits réservés.

Denis Chartier et Estienne Rodary, 2016, Manifeste pour une géographie environnementale, Paris, Presses de Sciences Po, Collection Académique, 440 pages

24Faire de la science vidalienne des relations entre les humains et leur milieu une science environnementale. Le programme pourrait sembler peu ambitieux à première vue tant les deux propositions paraissent proches. Mais il en est à la vérité tout autrement car les développements épistémologiques de la géographie française depuis son fondement en tant que discipline - souvent dominés par la tension entre possibilisme et déterminisme - sont fortement liés à un rapport moderne au Monde, séparant fermement les humains de la « Nature », la géographie humaine de la géographie physique. C’est partant de ce constat et de questionnements autour de la nécessité de rapprochements interdisciplinaires actuels du fait de la crise environnementale qu’en 2012 Denis Chartier et Estienne Rodary, ont organisé le colloque « Géographie, écologie, politique : un climat de changement » à Orléans. Reprenant certaines contributions du colloque, cet ouvrage se présente comme une trace et une suite de celui-ci.

25L’ouvrage s’ouvre sur une introduction générale de Denis Chartier et Estienne Rodary, situant la question environnementale en géographie dans son paysage scientifique et social et soulignant la démarche « patrimoniale, collective et explicitement fondatrice » dans laquelle il s’inscrit. Cette introduction se conclut sur l’énoncé des sept fondements théoriques proposés par le collectif d’auteurs pour une géographie environnementale, à savoir « une géographie cosmopolitique, postdéterministe, globale mais rugueuse, située, juste, sensible, relâchée », s’intéressant davantage à la Gaïa de Bruno Latour qu’à la Terre, pour « aider à construire les politiques de l’Anthropocène ». L’ouvrage est ensuite constitué d’un ensemble de charges, retours et appels.

26Des charges tout d’abord, contre une certaine géographie anti-écologiste, aux « prises de positions “anticatastrophistes” », aux fondements scientifiques peu robustes, cloisonnée et à la modernité – pourtant flagrante – mal assumée (C. Grenier ; B. Hautdidier).

27Des retours ensuite, sur diverses occasions manquées de voir la géographie devenir une science environnementale plutôt qu’une science étudiant l’environnement. Retour tout d’abord de Philippe Pelletier sur les raisons ayant poussé Élisée Reclus, géographe anarchiste du XIXe siècle et penseur d’un milieu dynamique dont les humains sont inséparables, à choisir la géographie sociale plutôt que l’écologie. Retour ensuite de Patrick Matagne sur les vaines tentatives de rapprochement entre écologie et géographie depuis le XIXe siècle. Azziz Ballouche propose quant à lui un retour sur le contexte et les persistances actuelles de l’œuvre du botaniste et forestier colonial André Aubréville, critiquant au passage la stigmatisation des autochtones dans son œuvre.

28Cet ouvrage possède enfin une dimension largement prospective, justifiant pleinement son titre de « manifeste ». Les appels aux dialogues et aux collaborations intra et inter disciplinaires sont nombreux. Ainsi Baptiste Haudidier souligne l’intérêt de ceux-ci à travers l’exemple de travaux menés autour du pastoralisme outre-Atlantique. Patrick Matagne propose quant à lui le paysage comme potentiel objet d’étude médiateur entre l’écologie et la géographie. On notera l’appel de Frédérique Blot à une « géographie du pouvoir » autour des dissymétries d’accès et de production d’information environnementale. Celui-ci est à relier aux questionnements de Pierre Gautreau autour du rôle d’internet dans l’évolution de la gouvernance environnementale en Argentine, en Bolivie et au Brésil, ce rôle étant tout à fait ambivalent du point de vue étatique, générant tout à la fois de nouvelles contraintes et potentialités. Ces derniers questionnements démontrent combien des collaborations entre géographie, science politique et sciences et techniques de l’information feraient sens.

29Nous soulignerons pour finir la proposition de Pierre-Olivier Garcia et Jérémy Grangé de faire une « géographie de la limite », contre-pied d’une géographie héritée d’un rapport moderne au Monde dont certains développements techniques actuels notamment – rassemblés sous le vocable de géo-ingénierie – semblent forts périlleux. Cette géographie écocentriste appelée à plusieurs reprises à travers les différentes contributions est à l’image de la démarche globale de cet ouvrage, un ouvrage pleinement ancré dans son temps : celui d’un bouleversement du rapport des citoyens à leur environnement, l’écocentrisme dominant aujourd’hui en Europe [14].

30Marina L.A. SOUBIROU

31UMR PACTE - LabEx ITEM

32Université Grenoble Alpes

33© 2016 Lavoisier, Paris. Tous droits réservés.

Marie-Josée Fortin, Yann Fournis et François L’Italien (dir.), La transition énergétique en chantier : les configurations institutionnelles et territoriales de l’énergie, Québec, Presses de l’Université Laval, 2016, 205 pages

34S’agissant d’un ouvrage collectif, on ne s’étonnera pas qu’il ait pour origine un colloque tenu à Montréal en 2014 ayant pour thème Transition énergétique et territoires : quels modèles pour le développement du Québec ? Que le lecteur européen se rassure, pour autant que la problématique territoriale ne lui soit pas prioritaire, il trouvera chaussure à son pied. D’ailleurs, cinq des quinze auteurs sont Français. Cette rencontre visait deux objectifs : délimiter les contours de la notion de transition énergétique et analyser des expériences sociales qui s’y rapportent. Pour ce faire, une attention particulière fut consacrée à une typologie que l’on estime classique entre les trajectoires fortes et douces de la transition, mieux connues dans la langue de Shakespeare comme étant hard path et soft path. Est-ce parce que Fortin et Fournis sont (comme moi) membres du Centre de recherche en développement territorial (CRDT) que l’on annonce un intérêt particulier envers une approche territoriale de la transition ? Car, à moins d’implanter des éoliennes en pleine mer ou en plein désert, il y a bien des chances qu’elles se retrouvent en un lieu que l’on peut qualifier de territoire dans la mesure où des gens acceptent qu’elles fassent partie de leur paysage. La plupart des chapitres font abstraction de cette dernière dimension.

35Ainsi, le chapitre 1 Discours autour de la transition écologique se veut on ne peut plus fidèle à son titre, car son auteur René Audet discourt en effet beaucoup. Comme pour se justifier, il se réfère à un certain Hajer pour qui un discours est « un ensemble d’idées, de concepts et de catégorisations qui sont produits, reproduits et transformés dans un ensemble particulier de pratiques…etc. ». Un lecteur averti en vaut deux. Une section se rapporte à la transition écologique en France. Oui, il est question de Nicolas Hulot, sans allusion à ses vacances (sic), du Grenelle de l’environnement et, puisque l’on parle de la France, comment ne pas évoquer les sustainability transitions ? Enfin, l’auteur ici cherche à montrer que le discours de la transition énergétique constitue bien un « domaine » du discours plus large de la transition écologique. S’ensuit un chapitre d’Olivier Labussière qui n’a rien à envier au précédent en matière « discours » ou « exercice » littéraire. Le lecteur se voit offrir une évaluation de la soutenabilité des trajectoires de transition à la faveur d’une approche pluridimensionnelle : appropriation des ressources, concrétisation technique, nouvelles spécialités et temporalités.

36Après ces « discours » vient le chapitre qui m’a le plus intéressé Entre pression à extraire et impératif de transition, d’Éric Pineault. Il s’agit d’une application de la politique extrême des hydrocarbures. Un sujet, entre autres, pour les Québécois, d’une aussi grande que terrifiante réalité : doit-on, en prenant en compte l’impact environnemental, exploiter les ressources hydrauliques du golfe du Saint-Laurent en plus de le transformer en autoroute pour le pétrole « sale » des sables bitumineux d’Alberta destiné à l’exportation ? Le lecteur européen portera surtout attention au modèle ici mis de l’avant : le modèle extractiviste. L’auteur propose une analyse de la « pression économique à extraire » en prenant appui sur les concepts de l’économie écologique et de la politique du capitalisme avancé. L’analyse se positionne dans l’ère des hydrocarbures extrêmes (en anglais : extrême oil). L’expression a fait florès aux EU lorsqu’utilisée par les opposants à la fracturation hydraulique. Mais, puisqu’il faut parler économie politique, l’auteur se réfère à l’école canadienne (anglaise) des Staples qui a pris son essor durant les années 1930. Il s’agissait alors de comprendre comment la mise en valeur des ressources naturelles avait joué un rôle déterminant dans le développement économique du Canada. Québécitude oblige, l’auteur suggère de traduire staples par « commodités ». Ainsi, le Canada - à l’instar du Brésil soit dit en passant -, se dirige vers ce que l’on désigne comme étant la « trappe des commodités » (staples trap) vue comme le piège d’une sur-dépendance au développement des matières premières. L’auteur évoque l’avènement d’une économie primarisée de nouveau. Et il déplore que le pays s’enfonce toujours davantage dans l’extractivisme et la re-primarisation de l’économie nationale. Les puissants lobbys seraient en train de remporter la victoire. [15]

37Un chapitre subséquent, lié à une recherche doctorale d’Evariste Feurtey, se rapporte aux cas de la France et du Québec. On y trouve pour la première fois un concept qui se veut incontournable : l’acceptabilité sociale. Il constitue la quatrième étape d’un modèle conceptuel d’une figure que l’éditeur (?) a oublié d’insérer (p. 85). Tant pis. À tout le moins le lecteur notera que l’acceptabilité sociale se définit ici par trois dimensions dites constitutives : 1- l’acceptabilité (de façon générale) de la filière éolienne ; 2- l’acceptabilité des porteurs de projets que l’on imagine fonction de leur crédibilité ; 3- l’acceptabilité locale du projet éolien tel que proposé. Comme il s’agit d’une recherche portant sur les mécanismes tarifaires et légaux, pour la France comme pour le Québec, aux dires de l’auteur, la part des acteurs locaux dans le portrait énergétique dépendra à long terme de la volonté politique de développer le modèle ici présenté en complémentarité du modèle privé qui domine actuellement. Puisqu’il est question d’acteurs locaux, même si jamais l’auteur n’utilise le mot territoire, le lecteur peut le faire pour lui en se situant dans les contextes québécois et hexagonal.

38MJ. Fortin et Y. Fournis, deux des trois responsables de l’ouvrage, font allusion à leur tour au modèle des staples en soulevant même l’hypothèse d’une économie dite post-staple, car comme on l’imagine, un jour les ressources seront épuisées. Puisqu’il faut bien justifier une partie du sous-titre, mes collègues de l’UQAR et du CRDT affirment (plutôt que de s’interroger) que si l’éolien est un vecteur de modernisation écologique, cette dernière sera par définition (sic) territorialisée en régions éloignées des grands centres, telle la Gaspésie dans le golfe du Saint-Laurent comme conséquence des revendications populaires. Au terme de leur analyse, il se dégage que l’existence d’une authentique politique éolienne au Québec se révèle plus complexe que les apparences laissent croire. En effet, l’empreinte du modèle staple s’avère omniprésente et donne lieu à une vision pessimiste de l’évolution en cours. Par ailleurs, la conjugaison des efforts des acteurs locaux en régions non-métropolitaines et du gouvernement québécois offre des possibilités de constats plutôt optimistes. Comme c’est souvent le cas, il y a lieu de penser selon les auteurs que l’avenir trouvera une position intermédiaire entre les deux visions.

39Ma collègue MC. Prémont de l’ÉNAP et également membre du CRDT, fait appel à la fois à l’histoire et à l’humour en citant l’aumônier de l’armée espagnole surnommé le Père de la victoire de Lerida, en 1646, et auteur la même année de l’Homme de cour : « C’est un grand art que de vendre du vent ». Puisqu’il était question d’éoliennes en Gaspésie dans le chapitre précédent, pourquoi ne pas continuer sur cette lancée en s’interrogeant sur l’apport de l’implantation de parcs éoliens dans cette région comme facteur de développement économique ? Impossible de répondre à cette interrogation sans prendre en compte qu’au Québec la propriété des parcs éoliens est entre les mains de grandes entreprises dont le siège social se trouve …à l’extérieur du Québec. Ainsi, Énergie nouvelle (France) contrôle à elle seule 31 % des parcs privés québécois. Faut-il alors se surprendre que l’auteure observe que le modèle d’implantation de l’énergie éolienne du Québec n’a rien à voir avec les deux piliers associés à la transition énergétique en Europe ? Au Québec, l’éolien ne sert ni à s’émanciper des énergies fossiles ni à favoriser l’implication des acteurs locaux à la faveur des circuits courts de l’électricité. Puisqu’il faut parler un peu « territoires », l’auteure signale qu’une politique de développement régional (pour autant qu’il en existe une) ne se conçoit pas sans retombées territoriales suivant trois volets. D’abord, on pense à la fabrication où à l’assemblage des éoliennes, vient ensuite, il va sans dire, la construction de parcs éoliens et, enfin, les redevances ou paiements versés aux pouvoirs locaux et aux propriétaires terriens. Mais, ma collègue estime que la vente du vent, dans l’état actuel des choses, ne profite guère aux populations locales.

40Après un court chapitre se rapportant à l’Alsace (de Christen et Hamman) qui nous apprend que les tentatives de territorialisation de la production énergétique n’ont guère plus de succès qu’au Québec, l’ouvrage se termine par un cas vraisemblablement plus heureux. L’histoire se passe au Nouveau-Brunswick, dans un coin perdu de la péninsule acadienne : Lamèque. On pourrait ici reconnaître une véritable démarche de développement territorial à partir de l’énergie renouvelable en prenant en compte l’importance du rôle des acteurs locaux. Or, étant donné que l’auteur principal du chapitre consacre sa carrière à l’étude du mouvement coopératif, ce sont surtout les adeptes de la formule coopérative qui trouveront ici matière à intérêt. En effet, tel que signalé, dans ce territoire d’à peine plus de 6 000 habitants, les coopératives occupent une place significative dans le développement socio-économique de la communauté. Ainsi, gare à tout projet qui ne respecterait pas les exigences de l’acceptabilité sociale. Elles font du bruit, les éoliennes ? On se rassure en sachant que des membres de la principale coopérative veillent au grain toute oreille tendue. Et on conviendra que leur bruit est plus doux que celui de ces engins motorisés qui défilent sans cesse. Enfin, comme pour justifier le mot « territoriales » du sous-titre, on précise en caractères gras que la Coopérative, de par sa fonction organisationnelle de coordinateur, est devenue un vecteur du développement territorial. La Coopérative aurait le potentiel d’exercer son influence à l’échelon régional. C’est la grâce qu’on lui souhaite.

41Dans la conclusion, Y. Fournis termine le tout sur une note qu’il veut positive : « Non seulement le roman de l’énergie démocratique reste à écrire, mais l’on ignore encore quels seront précisément les auteurs ». Voilà qui ouvre la porte à d’autres rencontres susceptibles de donner lieu à autant d’ouvrages non moins intéressants.

42André Joyal

43Centre de recherche en développement territorial

44(Université du Québec)

45© 2016 Lavoisier, Paris. Tous droits réservés.

Notes

  • [1]
    Ostrom, E., 2009, A general Framework for analyzing sustainability of socio-ecological systems, Science, No 235, p. 419-422.
  • [2]
    Au Québec se faire ramasser veut dire se faire rabrouer de belle façon.
  • [3]
    Il a contribué à la création du département de géographie de l’Université de Montréal à l’époque où il était également professeur à Harvard.
  • [4]
    Sauf mention contraire, les numéros de pages indiqués sont ceux de l’ouvrage de S. Landriève.
  • [5]
    C’est le terme proposé par X. Timbeau (Xavier Timbeau. Les bulles « robustes » : pourquoi il faut construire des logements en région parisienne. Revue de l’OFCE - Débats et politiques, 2013, pp.277-340. <hal-00973073>)
  • [6]
    Par exemple, dans des perspectives et des styles différents : H.M. Schwartz, 2009, Subprime Nation : American Power, Global Capital, and the Housing Bubble, Cornell University Press, 280 p. ; AM. Jarsulic, 2012, Anatomy of a Financial Crisis : A Real Estate Bubble, Runaway Credit Markets, and Regulatory Failure, Palgrave MacMillan, 178 p. ; M.B. Aalbers (dir.), 2012, Subprime Cities : The Political Economy of Mortgage Markets, Wiley Blackxell, 360 p. ; J.E. Stiglitz, 2013, Le Triomphe de la cupidité, Actes Sud, 516 p.
  • [7]
    Dans le même ordre d’idées que pour les États-Unis : J. García Montalvo, 2008, De la quimera inmobiliaria al colapso financiero : Crónica de un desenlace anunciado, Antoni Bosch, 124 p. ; J.-M. Naredo, A. Montiel Márquez, El modelo inmobiliario español : y su culminación en el caso valenciano, Icaria, 202 p. ; Observatorio Metropolitano de Madrid (eds.), 2013, Paisajes devastados - despues del ciclo inmobiliario : impactos regionales y urbanos de la crisis, Traficantes de Sueños, 472 p., G. Valcárcel, 2013, La ola que arrasó España : Ascenso y caída de la cultura del ladrillo, RBA, 368 p.
  • [8]
    Cette « exception française » semble cependant ne pas résister à l’analyse précise des séries internationales de prix. C. Tutin montre ainsi que la dynamique des prix en France est comparable à celle observable dans d’autres pays européens, eux aussi « résilients » : Europe du nord, Bénélux, Royaume-Uni et France (Tutin C., 2013, « Volatilité, exubérance et stabilité. Trois modèles de marchés du logement en Europe », Études foncières, n° 165, pp. 55-60.)
  • [9]
    Plus des deux tiers des transactions de biens immobiliers, résidentiels ou d’activité, portent sur des biens anciens (p. 14-15).
  • [10]
    Les chiffres produits par Jacques Friggit (CGEDD, http://www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr/prix-immobilier-evolution-1200-a1048.html) sont, à juste titre, très fréquemment cités mais l’auteure renvoie également à beaucoup d’autres sources, parlementaires ou professionnelles notamment.
  • [11]
    La bibliographie du livre est assez révélatrice de cette hésitation constante entre l’essai et la formalisation théorique : à côté de nombreuses sources factuelles, politiques ou juridiques, on trouve des renvois à quelques poids lourds de la théorie économique : C.P. Kindleberger, T. Piketty, J.K. Galbraith, A. Orléan, N. Kaldor ou R.J. Shiller par exemple.
  • [12]
    Par exemple A. Orléan est mis en exergue du chapitre 3 (« prix et valeur sont une seule et même réalité », P. 77) mais la conclusion propose d’améliorer le parc immobilier dans l’optique de « l[ui] donner réellement de la valeur », ce qui revient selon nous à tomber dans une vision très « substantialiste » de la valeur, pour reprendre le mot d’A. Orléan.
  • [13]
    On conseillera aux hispanophones la lecture du petit livre de J. Vinuesa Angulo, El festín de la vivienda : auge y caída del negocio inmobiliario en España (2013, Díaz & Pons, 116 p.) dont la démarche et certaines conclusions sont proches de celles de L’immobilier, une passion française.
  • [14]
    Voir à ce sujet Bozonnet J.-P., « L’écocentrisme en Europe : une mise en récit de la nature, post-industrielle et post-religieuse », in Bréchon (P.), Gonthier (F.), dir., Les valeurs des Européens. Évolution et clivages, Paris, Armand Colin, 2014, p. 89-104.
  • [15]
    Ce qui pourrait être confirmé pour le Québec, de façon spectaculaire, au moment de la parution de cette recension. Car le gouvernement du Québec devrait trancher avant la fin de l’année.
Mis en ligne sur Cairn.info le 04/10/2016
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