CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Le monde médical rend-il des comptes sur sa pratique ? On pourrait être tenté de répondre que non. Traditionnellement, les médecins sont assimilés à des professionnels qui rendent peu de comptes : eux seuls détenant le savoir, on doit leur faire confiance ; et lorsqu’ils le font, c’est uniquement à leurs pairs, seuls à même de juger leur pratique.
En réalité, ils y sont de plus en plus contraints. En matière financière, le monde médical doit régulièrement justifier d’un comportement économe devant des dépenses en constante augmentation. Le phénomène est connu, les controverses qui l’accompagnent, aussi. En parallèle, le monde médical doit désormais aussi « rendre des comptes » sur la qualité des soins prodigués. Par qualité des soins, il faut comprendre les résultats cliniques aussi bien que les conditions de sécurité et les modalités organisationnelles de la prise en charge du malade. Délais d’attente, taux d’erreurs médicales, ou indice de satisfaction sont, ainsi, devenus de nouvelles mesures de jugement. Le classement des hôpitaux occupe, dans ce mouvement, une place centrale.
Dans la plupart des pays industrialisés, les classements portant sur la qualité des soins se sont en effet développés pour comparer les établissements de santé entre eux, et par voie de conséquence les professionnels qui y travaillent. Qu’il s’agisse d’étoiles, de couleurs (vert/orange/rouge) ou de lettres (A/B/C/D/E), le principe est le même : il s’agit de diffuser publiquement des informations sur la qualité dispensée au sein d’un hôpital…

Français

Demander des comptes à ceux qui détiennent le savoir, dans un domaine où la confiance est essentielle : voilà toute la difficulté de l’application de l’accountability au monde médical. Non pas que ce milieu s’y refuse, mais on est passé de l’opacité de l’autoévaluation à la surexposition des classements, ceux des médias étant les plus visibles. Qui plus est, les comptes doivent être rendus non seulement sur les dépenses, mais aussi sur la qualité des soins. Face à la multiplication des classements d’hôpitaux (en France, en Angleterre, aux États-Unis, au Canada), les auteurs déterminent quatre formes d’accountability, selon que les comptes doivent être rendus aux citoyens, aux payeurs, aux patients ou aux professionnels. Mais le mouvement ne cesse pas. Les avantages, les dérives et les contournements des classements incitent à se tourner vers une nouvelle forme d’accountability qui serait un compromis entre la maîtrise d’un contrôle interne et le maintien d’une exigence démocratique.

English

Ranking hospitals: a new method of accountability

Ranking hospitals: a new method of accountability

How to ask those who wield knowledge in a field where trust is essential to account for their actions? This is the crux of the issue in medicine. Not that medical professionals refuse the idea of accountability — on the contrary, the world of medicine has switched from opaque procedures of “self-evaluation” to an overexposure due to the rankings to which the media have given high visibility. Besides, accountability concerns not just expenditures but also the quality of care. Given the proliferation of rankings of hospitals in France, England, the United States and Canada, four forms of accountability have been distinguished depending on whether a person is held accountable to citizens, payers, patients or other professionals. But the situation is continuously shifting. The advantages, drawbacks and circumventions of current hospital rankings lead us to turn toward a new form of accountability that would represent a compromise between “control” over internal controls and the pursuit of democracy.

Deutsch

Die Klassifizierung von Krankenhäusern: eine neue Art der Rechenschaft

Die Klassifizierung von Krankenhäusern: eine neue Art der Rechenschaft

Rechenschaft von denjenigen zu fordern, die im Besitz des Wissens sind, auf einem Gebiet, wo Vertrauen wesentlich ist: hierin liegt die ganze Schwierigkeit der Anwendung der accountability auf die Welt der Medizin. Nicht dass dieses Milieu sich dagegen verschlösse, aber man ist von der Opazität der Selbstbewertung zur Transparenz der Klassifizierungen übergegangen, und die der Medien sind die exponiertesten. Hinzu kommt, dass nicht nur über die Ausgaben Rechenschaft abgelegt werden muss, sondern auch über die Qualität der ärztlichen Behandlung. Angesichts der vielfältigen Klassifizierungsweisen im Krankenhaussektor (in Frankreich, England, in den USA, in Kanada), definieren die Autoren vier Formen der accountability, je nachdem ob der Öffentlichkeit, den Zahlern, den Patienten oder den Fachleuten Rechenschaft geschuldet wird. Aber die Diskussionen hören nicht auf. Die Vorteile sowie die Nachteile der Klassifizierungen führen dazu, dass eine neue Form der accountability gesucht wird, die einen Kompromiss zwischen der Beherrschung interner Kontrolle und der Aufrechterhaltung demokratischer Ansprüche darstellen würde.

Español

La clasificación de los hospitales: una nueva manera de rendir cuentas

La clasificación de los hospitales: una nueva manera de rendir cuentas

Pedir cuentas a quienes detienen el saber, en un campo en el que la confianza es esencial, esa es toda la dificultad de la aplicación de la accountability al mundo médico. No porque el medio se oponga, sino porque se ha pasado de la opacidad de la autoevaluación a la sobre-exposición de las clasificaciones, en especial las de los medios de comunicación, ya que son las más visibles. Además, no sólo se deben rendir cuentas sobre los gastos, sino también sobre la calidad de los tratamientos. Frente a la multiplicación de las clasificaciones de los hospitales (en Francia, Inglaterra, Estados Unidos, Canadá), los autores determinan cuatro formas de accountability, dependiendo de si las cuentas deben rendirse a los ciudadanos, a los pagadores, a los pacientes o a los profesionales. Pero el movimiento no para ahí. Los beneficios, las desviaciones y la evitación de las clasificaciones incitan a tornarse hacia una nueva forma de accountability que sería un compromiso entre un control interno y la conservación de una exigencia democrática.

Aurore Schilte
Étienne Minvielle [*]
  • [*]
    Aurore Schilte est ancienne élève de l’Ensae. Elle a travaillé spécifiquement sur ce sujet dans le cadre d’un mémoire de stage M2R-Université Paris XI.
    Étienne Minvielle est Médecin, Directeur de Recherches Cnrs (CERMES-unité mixte Cnrs-Inserm).
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Il vous reste à lire 95 % de cet article.
Acheter le numéro 30,00€ 84 pages, électronique uniquement
html et pdf (par article)
add_shopping_cart Ajouter au panier
Acheter cet article 15,00€ 12 pages, format électronique
(html et pdf)
add_shopping_cart Ajouter au panier
Autre option
Membre d'une institution ? business Authentifiez-vous
Mis en ligne sur Cairn.info le 09/10/2013
https://doi.org/10.3917/geco.091.0036
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour ESKA © ESKA. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...