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1 « La confusion des âges : À quel âge finit la jeunesse ? Quand commence la vieillesse ? Sous l’effet d’évolutions multiples, les parcours de vie se sont profondément transformés, sans que les pouvoirs publics en tirent les conclusions qui s’imposent. » [1]. Cette phrase récente nous parait bien introduire cet article qui se veut une réflexion autour de la vieillesse, des « vieux », des « personnes âgées » et bien sûr des significations multiples données à la variable « âge ».

ET D’ABORD À QUEL ÂGE EST-ON VIEUX OU DEVIENT-ON VIEUX ?

2 Une étude très récente du groupe Prévoir, intitulée « Les Français et le Bien Vieillir » [2], fait état d’un sondage réalisé par l’IFOP et notamment de la réponse à la question « Selon vous, à partir de quel âge devient-on vieux ? ». A cette question, les Français répondent 69 ans, si on fait la moyenne arithmétique des réponses. Mais la réponse est très différente suivant l’âge des répondants. Pour les moins de 25 ans, cet âge est estimé à 61 ans, par contre pour les plus de 65 ans, cet âge est de 77 ans et 8% d’entre eux estiment cet âge à plus de 80 ans. De plus, l’âge donné est aussi affaire de catégorie sociale : « Dans les catégories populaires, chez les ouvriers (65 ans), et chez les personnes aux faibles revenus (66 ans), l’âge du vieillissement est largement anticipé en comparaison avec les catégories les plus aisées de la population (70 ans chez les cadres supérieurs et 72 ans chez les personnes aux revenus les plus hauts) » [3].

3 Un sondage un peu plus ancien [4] donnait à peu près les mêmes réponses à une question un peu différente, « A quel âge commence la vieillesse ? » : pour les quinquagénaires, pas avant 69 ans, mais pour les 15-25 ans, autour de 60 ans.

4 Autre enquête, celle de la TNS Sofres, en janvier 2008. À la question, « À partir de quel âge sommes-nous senior, âgé ou très âgé ? Les Français considèrent que l’on est un senior à 59 ans, âgé à 72 ans, très âgé à 85 ans et demi, mais les résultats montrent que plus on est diplômé, plus on repousse les limites d’âge. Ainsi les non-diplômés pensent qu’on est un senior à 57 ans en moyenne alors que les diplômés évoquent l’âge de 62 ans, probablement parce que l’espérance de vie de ces catégories n’est pas la même ou que leurs ressources intellectuelles leur donnent le sentiment de rester en phase avec leur temps, voire leur profession. 68% des personnes interrogées pensent par ailleurs que le passage à la retraite et la vieillesse sont deux étapes distinctes » [5].

5 En 2009, un sondage TNS Sofres réalisé pour le compte du Journal Notre Temps[6] posait, lui, la question un peu différemment : « À partir de quel âge diriez vous que quelqu’un est : baby boomer, aîné, senior, vétéran, ancien, personne âgée, vieux ? ». Les réponses sont les suivantes : un baby boomer est une personne d’environ 56 ans, un aîné a environ 58 ans, un senior 61 ans, un vétéran 68 ans, un ancien 72 ans, une personne âgée 74 ans.

6 Un vieux, quant à lui, avait en moyenne 76 ans (69 ans pour les moins de 25 ans, 77 ans pour les 35-49 ans, mais 80 ans pour les 50 ans et plus).

7 Pour en finir avec l’âge estimé pour l’entrée dans la vieillesse, citons cette enquête faite au Canada : « aujourd’hui les retraités estiment pouvoir bénéficier de 21 ans de retraite avant d’être vieux… à 79 ans » [7]. On voit que cet âge est cohérent avec les 80 ans donnés ci-dessus par les gens de 50 ans et plus.

8 Cette avalanche de sondages interroge bien sûr la pertinence des commanditaires de ces sondages plus que celle des répondants… encore que !

9 On sent bien, en effet, toute l’ambiguïté d’essayer de définir des âges moyens et des catégories d’âge, en relation avec un concept, « la vieillesse », aussi mal défini. On peut ainsi visualiser comment se fabrique de toute pièce une opinion publique.

LA FABRICATION D’UNE OPINION PUBLIQUE

10 Dans un article célèbre « L’opinion publique n’existepas » [8] écrit en 1973, le sociologue Pierre Bourdieu rappelait à propos du sondage d’opinion : « sa fonction la plus importante consiste peut-être à imposer l’illusion qu’il existe une opinion publique comme sommation purement additive d’opinions individuelles, à imposer l’idée qu’il existe quelque chose qui serait comme la moyenne des opinions ou l’opinion moyenne » [9]. Il nous semble que cette analyse s’applique particulièrement bien à cette interrogation sur l’âge auquel on devient vieux. D’abord, on constate que chacun est amené à répondre à une question qu’il ne se pose sans doute pas spontanément et que ces enquêtes ne mentionnent jamais le taux de non-réponse ou les réponses « ne sait pas », ce qui accrédite l’idée que tout un chacun doit savoir répondre à cette question. On est donc bien déjà devant un formatage de l’opinion publique. Les lecteurs d’un tel sondage vont vraisemblablement se poser la question de savoir pour eux ce que veut dire devenir vieux, même si jusque là ils ne s’étaient jamais posé la question. On voit aussi que définir un âge moyen à partir de réponses d’individus aussi différents par leurs conditions globales de vie, alors que ces dernières conditionnent en grande partie leur réponse, revient, comme le dit Bourdieu, à fabriquer un chiffre moyen qui n’est en aucun cas l’opinion moyenne, mais seulement la moyenne arithmétique des opinions. On ne peut donc attacher aucune signification sociologique à des chiffres ainsi obtenus. Comme le dit Rémy Lenoir, lui aussi sociologue, « on ne saurait traiter “l’âge” des individus comme une propriété indépendante du contexte dans lequel il prend sens et ce d’autant plus que la fixation d’un âge est le produit d’une lutte qui met aux prises les différentes générations » [10].

11 Nous venons de mettre en lumière l’ambiguïté et les amalgames qui font apparaître une pseudo-opinion… publique à propos de l’âge de la vieillesse.

12 Mais alors après s’être interrogé sur la pertinence de la réponse à la question « À quel âge devient-on ou est-on vieux ? », on peut se demander : pourquoi une telle question et que peut-on faire de la réponse ? Ceci nous amène à nous interroger sur l’identité et les intérêts des commanditaires de ces sondages. Dans deux des sondages cités, on trouve des groupes de « prévoyance », Axa et le groupe Prévoir, et, dans les autres, des journaux plus ou moins spécialisés dans les publics « retraités » ou « personnes âgées ». On peut donc penser que, pour ces acteurs, l’intérêt de faire réaliser des sondages est de tester de nouvelles classifications ou de nouvelles représentations de la « vieillesse », avec, en arrière-plan, l’élaboration et la mise sur la marché de nouveaux produits en fonction des nouvelles cibles identifiées.

13 On pourrait en déduire que lorsque l’on demande aux gens à quel âge ils pensent qu’on devient vieux, leur réponse la plus pertinente serait, non pas de donner un âge mais plutôt : « que voulez-vous faire de ma réponse et que voulez-vous vendre ? ».

14 Avant de revenir sur la variable âge proprement dite, investiguons les domaines dans lesquels cette variable est considérée comme un discriminant pertinent, personnes « âgées », police des « âges », catégories et classes d’« âge », afin de discuter des usages et mésusages multiples qui en sont faits.

QUI SONT LES « PERSONNES ÂGÉES » ?

15 En France, en 1962, lors de la publication du rapport Laroque, les « personnes âgées » sont définies comme les 65 ans et plus, même si ce rapport convenait du flou de cette catégorisation par l’âge : « Les données de ce problème sont complexes, elles ne peuvent être ramenées à des éléments constants, valables, pour des catégories nettement déterminées de la population âgée. En effet, l’expression “personnes âgées” recouvre elle-même une réalité disparate, qui ne correspond à aucune notion moyenne (...). De même au regard de l’action sociale qui doit être dispensée au profit de la population âgée, l’âge chronologique ne constitue pas un critère valable, mais bien plutôt le degré de validité, l’état psychologique, l’aptitude ou l’inaptitude à mener une vie relativement indépendante (...). Non seulement le vieillissement se manifeste aussi de manière différente d’un individu à l’autre, mais la condition des personnes âgées varie également en fonction du milieu social auquel elles appartiennent, rural ou urbain, provincial ou parisien, salarié ou travailleur indépendant (...). L’étude des problèmes de la vieillesse ne peut donc être abordée qu’en tenant compte, non seulement du caractère différentiel du vieillissement, mais aussi de données sociologiques variées et en constante évolution. » [11]

16 Au moment de la parution du rapport Laroque les personnes âgées sont donc définies comme les 65 ans et plus, ce qui est l’âge de la retraite de l’époque, même si le rapport Laroque souligne déjà l’ambiguïté d’une telle catégorisation par l’âge.

17 En 2011, alors que l’espérance de vie moyenne a progressé, depuis ces années 1960, de plus de 10 ans pour les hommes et pour les femmes, on est toujours dans les statistiques officielles (INSEE, INED) défini comme « personne âgée » à partir de 65 ans, voire même à partir de 60 ans pour l’attribution de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) par les Conseils Généraux. Comme le dit Patrice Bourdelais [12], comment se fait-il qu’on soit devenu « vieux » plus jeune malgré cet accroissement important de l’espérance de vie ?

18 En fait l’explication est simple. En 1962, l’âge légal de la retraite était 65 ans, l’espérance de vie à la naissance des hommes 67 ans et celle des femmes 73,6 ans. Du fait de la proximité de l’âge moyen de retraite et de l’âge moyen de fin de vie, on a assimilé « personnes retraitées » à « personnes âgées », dans la mesure où le vocable « personnes âgées » signifie des personnes dans la dernière période de leur vie. Mais, quand l’âge de passage à la retraite a « rajeuni » en passant à 60 ans en 1983 et que dans le même temps l’espérance de vie a beaucoup augmenté, on a maintenu cette équivalence entre personnes retraitées et personnes âgées. Du coup les « personnes âgées » ont rajeuni… et sont devenues les 60 ans et plus !

19 Dans le même temps, l’âge de définition du groupe « personnes âgées » est devenu purement conventionnel et administratif et ne correspond plus du tout à l’entrée dans la vieillesse, comme en convenait l’INSEE, dès 1990 :

20

« Définir les personnes âgées.
En termes sociaux aussi bien qu’en termes physiologiques, l’expression “personnes âgées”, d’usage courant ne correspond à aucune définition précise. On ne peut déterminer en effet avec certitude, ni pour une personne ni pour une classe d’âge, le moment où elles sont à inclure parmi les personnes âgées.
Ici dans toute la mesure du possible, on a assimilé les personnes âgées et celles de 60 ans et plus, définition arbitraire mais commode : la plupart des données statistiques disponibles mentionnent la coupure à 60 ans ou bien on peut l’obtenir aisément (…). L’assimilation des personnes de 60 ans et plus et des personnes âgées n’est cependant pas aussi arbitraire qu’il n’y paraît. (…). L’âge de 60 ans marque une sorte de seuil, récemment entré dans les mœurs, mais aussi largement symbolique caractérisé par l’imminence des ajustements à opérer pour le passage de l’activité à l’inactivité, des enfants à la maison aux enfants installés et dispersés, d’un réseau relationnel centré sur la profession à un autre centré sur le voisinage, puis sur la descendance ».
Le sens commun perçoit bien qu’entre le tout jeune sexagénaire et le nonagénaire affaibli, il n’y a guère de choses en commun, il y a donc plusieurs âges dans « le troisième âge », mais comment les repérer ? Les séries statistiques dont on dispose ne sont pas homogènes de ce point de vue. Les coupures quinquennales ou décennales se font un peu au petit bonheur : 65, 70, 75, 80 ou 85 ans selon les cas et les logiques des domaines explorés » [13].

21 Néanmoins, l’INSEE dans ses statistiques continue à utiliser les deux seuils de 60 ans ou 65 ans accréditant l’idée que personnes retraitées et personnes âgées sont interchangeables. En effet, bien que l’INSEE reconnaisse que les statistiques centrées sur la seule variable âge ne sont pas pertinentes, il continue de le faire, au titre que sinon il ne pourrait plus faire d’enquêtes et de comparaisons avec les enquêtes précédentes !

22 Comme on l’a vu plus haut, les personnes âgées de 60 ans et plus ou 65 ans et plus ne sont alors plus des vieilles personnes si tant est qu’on définisse la vieillesse comme la « dernière période de la vie qui succède à la maturité, caractérisée par un affaiblissement global des fonctions physiologiques et des facultés mentales et par des modifications atrophiques des tissus et organes » [14].

23 D’où l’idée qu’il y a des gens âgés qui ne sont pas vieux. C’est ainsi que dans l’article « La confusion des âges » [15] cité plus haut, on lit la phrase suivante : « Le brouillage des âges fait émerger deux nouvelles séquences de vie : l’âge des “jeunes adultes” (les 20-30 ans) et l’âge des “âgés sans être vieux”[16], les 55-70 ans, l’émergence des seconds est le fruit de deux difficultés (les fins de carrière et les conséquences des réformes successives des retraites) et d’une bonne nouvelle (la possibilité de vivre plus longtemps en bonne santé) ».

24 On constate donc que depuis la publication du rapport Laroque (1962), il y a cinquante ans, l’augmentation de l’espérance de vie et les évolutions sociales ont amené des bouleversements dans l’échelle et dans la perception des âges et donc de nouveaux découpages de l’âge en catégories et en classements divers.

CATÉGORIES ET CLASSES D’ÂGE

25 Ce n’est pas la même chose de classer les gens par âge que de les catégoriser. L’étymologie grecque du mot catégorie vient de « katêgoria » [17] qui signifie « accusation » et chez Aristote « qualité attribuée à un objet, attribut ». Le substantif est dérivé de « katêgorein » qui veut dire « parler contre, accuser, blâmer ». La catégorisation renvoie donc plutôt à un aspect négatif, « accusateur » (on dit accuser une différence), plutôt ségrégatif. Le mot catégorie renvoie aussi à un ensemble de personnes ayant des caractères communs. Catégoriser ce serait donc en quelque sorte regrouper un ensemble de personnes sous une connotation plutôt négative, ce qui conduit à les stigmatiser.

26 La notion de classe est, elle, plus chronologique. C’est « le mot le plus couramment employé pour désigner les tranches annuelles découpées dans la succession des existences individuelles » [18].

27 Cette notion renvoie, elle aussi, à une dimension collective : « un ensemble de personnes qui ont en commun une fonction, un genre de vie, une idéologie, donc une certaine communauté d’intérêts, de comportement » [19].

28 Pour essayer de coller davantage aux évolutions sociales survenues depuis les années 60, d’aucuns ont donc proposé de nouvelles partitions de la population en catégories ou en classes d’âge.

CATÉGORIES D’ÂGE

29 Commençons par quelques exemples de catégorisation par l’âge. Le « senior marketing » définit quatre catégories :

30 « Les 50/60 ans sont appelés les “Masters”

31 les 60/75 ans, des “Libérés”

32 les 75/85 ans, des “Paisibles”

33 les 85 ans et au-delà, sont des “Grands Aîné”.

34 À chacun de ces segments correspondent des besoins, des styles de vie, des configurations de ménage, des références culturelles générationnelles différentes qui nécessitent aussi des approches marketing différenciées, on ne met pas tous les Seniors dans le même sac ! » [20].

35 Une autre classification est proposée par Muriel Boulmier dans son approche Habitat et vieillissement : « Une génération intermédiaire est apparue, précise-t-elle, distinguant trois âges : les 60-75 ans, seniors actifs, les 75-85 ans qui peuvent connaître de “pluri-mini-handicaps”, et les plus de 85 ans pour lesquels “statistiquement” les effets de la dépendance deviennent visibles » [21].

36 Dans ces deux catégorisations on retrouve une partition « classique » venue des Etats-Unis, dans les années 1980 qui oppose, grosso modo, les jeunes « vieux » (young old), qui vont bien et qui ont de l’argent, aux « vieux » vieux (old old), qui vont mal et qui ne sont pas très riches, d’autant plus que ce sont majoritairement des femmes (ce qui, au passage, n’est pas suffisamment rappelé).

37 Nous allons maintenant nous arrêter sur la classification proposée par le Centre d’Analyse Stratégique (CAS), qui a remplacé le commissariat général du plan en 2006, dans le document intitulé « Vivre ensemble plus longtemps » [22]. Faisant référence à Bourdieu et à son article célèbre « “La jeunesse” n’est qu’un mot » [23], ce document affirme « que la vieillesse comme catégorie d’âge n’existe pas en soi, mais procède d’une construction sociale qui s’insère dans un contexte précis » [24].

38

« Le présent rapport (...) se réfère à trois groupes de population distincts qui se caractérisent par des modes de vie et des besoins différents, justifiant des actions publiques parfois spécifiques. Ces trois groupes seront définis à travers un croisement des critères de santé et d’âge : si la superposition de ces critères demeure imparfaite, elle reste cependant nécessaire, dans la mesure où notre outil statistique et les données disponibles se référent avant tout à un critère d’âge. (...) Les “seniors” désigneront dans ces pages l’ensemble des individus ayant entre 50 et 75 ans. Encore en emploi ou à la retraite, ils sont bien insérés dans la vie sociale ou économique. Ils sont en bonne santé, même si des distinctions en termes de catégories sociales mettent en évidence des différences importantes.
Les “personnes âgées” (ou les “aînés”) désigneront les plus de 75 ans : c’est autour de cet âge que la santé se dégrade durablement et que des vulnérabilités plus ou moins importantes apparaissent. La vie sociale est parfois moins intense et des processus de retrait commencent à s’observer. Un “sous-groupe” mérite toutefois d’être distingué ici : les personnes âgées de 75 à 85 ans, qui malgré la dégradation de leur état de santé restent autonomes (ce sont celles qui, dans le langage courant, sont désignées sous le vocable de “troisième âge”).
Enfin, au-delà de 85 ans, le risque de perte d’autonomie s’accroît très fortement : c’est le “grand âge” marqué par des processus souvent accélérés de perte d’autonomie et de grandes fragilités » [25].

39 Devant une telle caricature de classement, on peut alors légitimement s’interroger sur l’utilité de citer Bourdieu pour reproduire ce qu’il dénonce, en catégorisant outrancièrement des gens uniquement sur la variable âge !

40 Une fois de plus, on voit la limite d’un tel exercice de classement différencié qui consiste à amalgamer dans la même catégorie… environ 17 millions (en 2010) de personnes de tous sexes et de toutes catégories sociales présentées comme constituant la catégorie reine des « seniors », catégorie considérée « comme ne faisant pas partie de la vieillesse » et présentée comme homogène, « en bonne santé, bien insérés », avec juste un mot sur des « distinctions importantes » (sic) liées aux catégories sociales alors même que l’on sait par ailleurs que ces appartenances de classe sociale sont très sévèrement discriminantes [26], comme le constatait déjà, en 2000, un rapport de l’INSERM : « Tout se passe comme si on devenait vieux plus tôt lorsqu’on est au bas de la hiérarchie sociale, lorsqu’on a eu un travail pénible et chichement payé » [27].

41 D’ailleurs conscient de ces limites, le CAS ajoute : « Si trois catégories semblent ainsi se distinguer - les seniors, les personnes âgées autonomes et les personnes âgées dépendantes du quatrième âge - les statistiques publiques qui s’appuient avant tout sur le critère de l’âge utilisent une définition qui paraît peu concordante avec ces représentations sociales. Par exemple, l’INSEE en 2005 considère comme une personne âgée tout individu de plus de 65 ans » [28]. On peut s’étonner de cette critique justifiée de l’INSEE alors que les auteurs de cette critique encourent le même reproche qu’ ils essaient d’ailleurs, de prévenir, dans la fin du paragraphe : « Il semble aujourd’hui obsolète de considérer la population senior comme faisant partie de la vieillesse lorsqu’on sait que l’apparition du risque dépendance intervient vers 80 ans en moyenne, en outre il ne faut pas négliger l’hétérogénéité de ces groupes d’âge, si bien qu’on ne peut plus assimiler l’ensemble des personnes très âgées à la dépendance ». C’est pourtant ce que les rédacteurs du rapport ont fait quatorze pages auparavant.

42 D’ailleurs si le CAS est conscient des limites de ces analyses, il contribue néanmoins à les maintenir : « Si la superposition de ces critères (état de santé et âge) demeure imparfaite, elle reste cependant nécessaire, dans la mesure où notre outil statistique et les données disponibles se référent avant tout à un critère d’âge ».

43 Ces différents découpages standardisés continuent donc à s’imposer dans l’analyse des phénomènes observés alors qu’ils sont peu pertinents socialement et sociologiquement. Ils faussent complètement notre approche de la réalité de la vieillesse, comme le dit l’historien et démographe Patrice Bourdelais : « Les indicateurs statistiques qui ne tiennent pas compte des évolutions historiques n’aboutissent-ils pas à s’imposer comme cadres contraignants des réalités qu’ils sont censés décrire (...). L’utilisation de catégories d’âge obsolètes contribue à rendre anachronique notre perception des personnes âgées de la fin du XXe siècle » [29].

CLASSES D’ÂGE EN QUESTION

44 Même si la notion de classe d’âge paraît moins ségrégative que la catégorisation par l’âge, Annick Percheron a, quant à elle, largement mis en question cette notion, notamment pour étudier les attitudes et le comportement politique des Français.

45

« Quoi de plus habituel que d’analyser opinions et comportements politiques en fonction de l’âge (...). Pourtant l’âge constitue – sous couvert de facilité – le prototype des facteurs producteurs de fausses évidences. Rien n’est plus difficile que de démêler les effets propres de l’âge tant cette variable condense de données, tant ce concept subsume de notions (...).
Relativiser les effets de l’âge est sans conteste une démarche salutaire (...). Il n’y a pas de bonne partition de l’âge et il faudrait avoir la sagesse de construire des classes pour chaque champ d’étude, chaque échantillon chaque moment du temps. On voit à quel point cette situation idéale n’est pas tenable (...). Toute taxinomie est donc affaire de convention et de compromis. Reste un certain nombre de précautions à prendre et de recommandations à faire au vu des recherches présentées : ne jamais traiter des “jeunes” ou des vieux sans préciser les âges concernés, ne jamais décrire les attitudes “caractéristiques” des uns et des autres (ex du Monde) dans l’absolu mais de façon relative et comparée (...). S’arrêter parfois sur l’expression “avec l’âge...” (...). Une dernière recommandation serait de déplacer le “zoom” des classes d’âge les plus souvent étudiées vers d’autres périodes totalement ignorées et qui apparaissent décisives dans la production des attitudes tant morales que politiques ; ainsi les années autour de la quarantaine (...). Or il n’existe aucune étude de sociologie politique sur les âges de la maturité » [30].

46 Et Annick Percheron de revenir sur cette naturalisation des classes d’âge qui n’a rien de naturel : « La multiplication des sondages a imposé une division en cinq classes d’âge (18-24/ 25-34/ 35-49/ 50-64/ 65 ans et plus) et nul ne s’interroge sur les fondements et la logique de cette pratique. Une utilisation répétée, généralisée de découpage a produit des effets d’« évidence », entraîné la « naturalisation » et la « substantialisation » de ces classes » [31]. Dans la conclusion de cet article fameux, elle s’interroge sur une analyse des effets de l’âge uniquement à partir d’une analyse des classes d’âge constituées a priori. « L’âge est une donnée biologique mais aussi et d’abord un marqueur social. Il est pratiquement impossible d’isoler l’effet seul du vieillissement (...). Mesurer les effets de l’âge, c'est mesurer l’effet du vieillissement plus ceux d’un ensemble de variables souvent plus puissantes. Dès lors c’est l’ordre, non le désordre des opinions entre années d’âge voisines, qui devrait surprendre » [32].

47 Mais alors, comment se fait-il que, malgré de telles critiques justifiées sur la classification ou la catégorisation des âges, celles-ci perdurent à travers l’INSEE, le CAS et bien d’autres organismes. Pourquoi cette persistance du besoin de la variable « âge » comme élément fondamental d’une bonne administration publique des citoyens ?

LA POLICE DES ÂGES

48 « Depuis quelque trois cents ans, la société française, civile et politique a fait de cette division par âges un régulateur de la distribution des individus et le principe majeur de réglementation des activités de toute nature. » [33].

49 Comme le rappelle René Rémond, « la société a pratiqué une véritable « police des âges » en restituant à ce vieux mot le sens que lui donnait l’Ancien Régime » [34]. Police : « partiellement synonyme de politique, ce mot a désigné d’abord le bon ordre, la bonne administration publique (v.1361), en particulier le gouvernement d’une ville (1426), l’ordre établi dans une société ou une assemblée. » [35].

50 Et comme le souligne Annick Percheron, dans le chapitre police et gestion des âges  [36]:

51

« Dans aucun état, sauf peut-être les États-Unis des “civils rights”, l’âge n’a fait l’objet en tant que tel, d’une politique publique particulière. Pourtant depuis l’époque moderne, la police des âges constitue une dimension essentielle de toute action politique. L’exercice par l’État de ses fonctions fondamentales d’“instituteur du social”, de “réducteur des incertitudes” ou de “régulateur de l’économie »  a partout conduit celui-ci à gouverner et à réglementer les âges. Avec pour conséquences un bouleversement des définitions et des perceptions des âges de la vie (...). Au travers des politiques de la famille, de l’éducation, de la protection sociale et de la santé, au travers de la mise en œuvre des systèmes de retraites et de préretraites, les pouvoirs publics ont régi peu à peu – quand ils ne les ont pas inventés – la prime enfance, la jeunesse, le troisième, le quatrième âge, bref tous les âges de la vie, sauf l’âge adulte » [37].

52 On peut très succinctement donner quelques exemples de cette réglementation de la société par l’âge : âge de la retraite, âge du droit de vote, âge de responsabilité pénale, âge d’entrée en maternelle, âge pour être sénateur, âge pour pouvoir demander l’APA, âge pour demander la carte senior SNCF, etc.

53 De même, comme on l’a déjà vu plus haut, le marketing surfe sur ces distinctions d’âge qui sont autant de segments de vente : « Femme majuscule : un nouveau magazine pour porter un regard différent sur les femmes de 45 ans et plus » [38], « comme beaucoup de jeunes filles, les 9-13 ans ont décidé qu’elles ne ressembleraient plus aux gamines de l’école » [39].

54 Tous ces exemples confortent l’analyse de Pierre Bourdieu. « Les classifications par âge (mais aussi par sexe ou, bien sûr, par classe...) reviennent toujours à imposer des limites et à produire un ordre auquel chacun doit se tenir à sa place. » [40]

55 Une des toutes dernières réglementations de l’âge est celle de l’âge limite pour entrer à l’Académie Française [41], 75 ans, amenant ce commentaire dans le Monde des Livres : « il se dit que l’âge, c’est quand les bougies commencent à coûter plus cher que le gâteau » [42].

LA SIGNIFICATION DE L’ÂGE

56 Dans la phrase d’introduction d’« Age et politique » déjà largement cité, René Rémond s’interrogeait : « L’âge donnée « naturelle » ou construction sociale ? » [43]. Rémy Lenoir, lui est beaucoup plus affirmatif « L’âge n’est ni une donnée naturelle, ni un principe de constitution des groupes sociaux ni même un facteur explicatif des comportements » [44]. Pierre Bourdieu, lui, parle de « donnée biologique ».

57 Examinons les définitions données à l’âge. Le mot âge vient du latin aetas dérivé du latin ancien aevum, lui-même issu de la racine indoeuropéenne qui signifie « durée, force vitale » [45].

58 Le dictionnaire propose deux sens au mot âge : durée de l’existence et division historique :

59 « 1. Durée de l’existence : Vie humaine considérée dans sa durée. Temps écoulé depuis qu’un homme est en vie. Période de la vie allant approximativement de tel âge à tel autre : le troisième âge, l’âge de la retraite, le troisième âge commence à 60 ans, le quatrième âge, la vieillesse au-delà de 75 ans

60 2. Division historique : Grande période de l’histoire. »[46].

61 Ce que mesure l’âge est donc sans conteste le temps qui s’écoule, donnée chronologique ou « naturelle » si l’on veut, mais le chiffrage en années est déjà une construction sociale puisqu’il suppose, par exemple, un état civil si l’on veut éviter que l’âge soit une appréciation personnelle des individus eux-mêmes, donc subjective.

62 Rappelons que la racine indoeuropéenne du mot année est le radical wet, qui a donné vetus en latin, puis vieux. Littéralement, est vieux celui qui a une année de plus, ainsi le vin vieux par rapport au vin nouveau.

63 Au-delà donc de la définition de l’âge chronologique, lui-même en partie une construction sociale, sont apparus l’âge biologique et l’âge social. On a particulièrement vu, dans le paragraphe sur la police des âges, la transformation de l’âge chronologique en âge social. Ces différents âges peuvent se contredire ou au contraire être concordants. On dira de quelqu’un qu’« il ne fait pas son âge », qu’il est « sans âge », qu’on ne « lui donne pas d’âge ». Ou encore, on parlera de quelqu’un « entre deux âges ». On est donc pour toujours et de façon relative le jeune ou le vieux de quelqu’un. Ainsi, quand on parle de gens « âgés sans être vieux », on parle de gens âgés chronologiquement que l’on ne considère pas comme âgés biologiquement, et qui, donc, ne sont pas socialement considérés comme des personnes âgées ou des « vieux ».

L’ÂGE, UNE MANIPULATION SOCIALE ?

64 Définir les personnes âgées comme les « plus de », peu importe l’âge retenu, revient à donner une pseudo-homogénéité sociale à un groupe de personnes à cause de leur âge chronologique, ce qui est tout à fait faux puisqu’on vient de voir que derrière l’âge chronologique se mélangent l’âge biologique et l’âge social

65 De fait il y a une très grande hétérogénéité dans ces « plus de ».

66

  • Il y a des générations différentes. Quoi de commun aujourd’hui entre les personnes nées en 1920 (plus de 90 ans) et celles nées en 1940 (plus de 70 ans) ?
  • Il y a des classes sociales. Quoi de commun, à âge chronologique égal, entre le cadre supérieur et l’ouvrier spécialisé ou le salarié agricole, tant sur le plan des ressources, de la santé, du niveau d’éducation que du recours à l’information, etc.?
  • Il y a, et c’est fondamental, des différences de genre. A l’évidence, les hommes et les femmes n’abordent pas du tout la dernière étape de leur vie de la même façon, comme dans le reste de leur vie bien sûr. On reste sidéré quand on réalise que l’expression « personnes âgées » semble confondre les deux sexes après 65 ans comme s’il n’y avait plus de différences !
  • Autre différence notable, celle des territoires. Quoi de commun dans les modes de vie entre ceux qui habitent la très grande ville (plus de 100000 habitants), une ville moyenne, une petite ville (moins de 20000 habitants), une zone rurale, voire ce que les géographes appellent le rural profond, souvent en voie de désertification (moins de 8 habitants au km2) ?
  • Enfin, dernière différence fondamentale, les appartenances culturelles, religieuses et ethniques entrainent des philosophies différentes et donc des comportements très contrastés face à la vieillesse et à la fin de vie.

67 On voit donc bien qu’il n’y a aucune homogénéité sociale dans les modes de vie des « plus de », parce qu’ils sont dans la même catégorie d’âge chronologique. D’ailleurs la même remarque est valable en tout point pour les jeunes souvent définis comme les 15-25 ans. Comme le dit, encore, Pierre Bourdieu, « c’est par un abus de langage formidable que l’on peut subsumer sous le même concept des univers sociaux qui n’ont pratiquement rien de commun » [47].

68 Les différentes significations de l’âge (âge chronologique, âge social, âge biologique) et leur manipulation renvoient donc essentiellement à l’analyse de sa construction sociale et donc au fonctionnement social.

69 A quel âge est-on vieux ? La réponse, comme on l’a vu, peut conduire à toutes les manipulations possibles. Par contre, le fait même de poser cette question est un analyseur de notre fonctionnement social et des « valeurs » de notre société. C’est ce fonctionnement qu’il nous faut interroger si nous ne voulons pas être enfermés les uns et les autres dans ces catégories d’âge qui nous réifient comme des marchandises ou des consommateurs de marchandises [48].

70 Comme le dit Rémy Lenoir, « l’objet de la sociologie de la vieillesse ne consiste pas à dire qui est vieux et qui ne l’est pas ou à fixer l’âge à partir duquel les agents des différentes classes sociales le deviennent, mais à décrire le processus à travers lequel les individus sont socialement désignés comme tels » [49].

71 En définitive, plus que jamais, s’impose la phrase d’anthologie de Pierre Bourdieu : « L’âge est une donnée biologique, socialement manipulée et manipulable ».

72 Combattons donc sans relâche cette catégorisation et ce classement des âges, facteurs de ségrégation sociale et de chosification des individus. L’assignation à comportement d’âge est une négation complète de la singularité et de l’essence même de l’être humain.

Notes

  • [1]
    Pech T. (2010). La confusion des âges, in Générations, Alternatives économiques hors série, n° 85, 3e trimestre, p. 14
  • [2]
    Étude du groupe Prévoir réalisée par l’IFOP du 1er au 3 février 2011, www.ifop.com
  • [3]
    Communiqué de presse du 1er mars 2011 du groupe Prévoir.
  • [4]
    Sondage Opinionway pour Le Progrès, publié le 25 février 2010, in Alternatives Economiques, op.cit., p. 14 et 15.
  • [5]
    www.seniorscopie.com/articles/comment-vivons-nous-ou-vivrons-nous-a-la-retraite?, mis en ligne le 11/02/2008.
  • [6]
    Comment appeler les plus de 50 ans ? Notre Temps, Octobre 2009, 76-77.
  • [7]
    www.senioractu.com/le-nouveau-visage-de-la-vieillesse, -une-etude-d-AXA-Canada
  • [8]
    Bourdieu P. (1984). L’opinion publique n’existe pas, in Questions de sociologie, Paris, Éditions de Minuit, 222-235.
  • [9]
    Op.cit., p. 224.
  • [10]
    Lenoir R. (1989). Objet sociologique et problème social, in Initiation à la pratique sociologique, Paris, Bordas, p. 63.
  • [11]
    Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille (1962). Politique de la vieillesse. Rapport de la commission d’études des problèmes de la vieillesse présidée par Monsieur Pierre Laroque, Paris, La Documentation Française, 4-5.
  • [12]
    Bourdelais P. (1993). Le nouvel âge de la vieillesse, Paris, Editions Odile Jacob.
  • [13]
    Marc. G. (1990). Les personnes âgées. Contours et caractères, Paris, INSEE, p. 4.
  • [14]
    Le nouveau Petit Robert de la langue française 2009.
  • [15]
    Pech T. op. cit., p. 16.
  • [16]
    L’expression est de Xavier Gaullier dans Le temps des retraites. Les mutations de la société salariale, Editions du Seuil /La République des idées 2003, in Alternatives économiques, op.cit., p.17.
  • [17]
    Rey A. (sous la dir.) (1992). Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, p. 365.
  • [18]
    Remond R. (1991). Introduction, Âge et politique, Paris, Éditions Economica, p. 7.
  • [19]
    Le nouveau Petit Robert de la langue française 2009.
  • [20]
    www.senioragency.com/ leseniormarketing/interviews, 19/09/2003.
  • [21]
    L’enjeu du bien vieillir à domicile est dans le parc existant, selon Muriel Boulmier, www.agevillagepro. com, 21/03/2011.
  • [22]
    Centre d’Analyse Stratégique (2010). Vivre ensemble plus longtemps, Rapports & Documents n° 28, Paris, La Documentation Française.
  • [23]
    Bourdieu P. (1984). La « jeunesse » n'est qu'un mot in Questions de sociologie, Paris, Les Editions de Minuit, 143-154.
  • [24]
    Centre d’Analyse Stratégique, op.cit., p. 25.
  • [25]
    Op.cit., p. 14.
  • [26]
    Cambois E., Laborde C., Robine J.-M. (2008). La « double peine » des ouvriers : plus d’années d’incapacité au sein d’une vie plus courte, Population & Sociétés, n° 441.
  • [27]
    Grand A., Clement S., Bocquet H. (2000) . Personnes âgées, Inégalités sociales de santé, Paris, La Découverte, INSERM, 315-330.
  • [28]
    Centre d’Analyse Stratégique, op.cit., p. 28.
  • [29]
    Bourdelais P. (1993). Le nouvel âge de la vieillesse, Paris Editions Odile Jacob, 10-11.
  • [30]
    Percheron A. (1991). Introduction. Avec l’âge... in Âge et politique, op. cit., 143-150.
  • [31]
    Percheron A. (1988). Classes d’âge en question. Revue française de science politique, 38, 1, p. 107.
  • [32]
    Op. cit., p. 120.
  • [33]
    Remond R. (1991). Âge et politique, op.cit., p. 5.
  • [34]
    Op. cit., p. 5.
  • [35]
    Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française (1992), Police, Paris, dictionnaire Le Robert, p. 1568.
  • [36]
    Rosanvallon P.(1990).L’État en France de 1789 à nos jours, Paris, les Éditions du Seuil, cité par Annick Percheron
  • [37]
    Percheron A. (1991) Police, gestion des âges in Age et politique, op. cit., p. 111.
  • [38]
    www.agevillage.com/ index.php5?mod... du 14/03/2011.
  • [39]
    Ma fille veut des habits de grande, Le Monde du 3 juin 2011.
  • [40]
    Bourdieu P., op.cit., p. 144.
  • [41]
    75 ans, âge limite pour devenir immortel, Le Monde du 5 octobre 2010.
  • [42]
    Assouline P., au-delà de cette limite…, Le Monde des livres du 15/10/2010.
  • [43]
    Âge et Politique, op.cit., p. 3.
  • [44]
    Lenoir R., op.cit., p. 66.
  • [45]
    Dictionnaire historique de la langue française, op.cit., p. 31.
  • [46]
    Le nouveau Petit Robert de la langue française 2009.
  • [47]
    Bourdieu P. op.cit., p. 145.
  • [48]
    Honneth A. (2007). La réification, Paris, Gallimard, (Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main, 2005).
  • [49]
    Lenoir R. op.cit., p. 66.
Français

Âge chronologique, âge biologique, âge social, etc., l’âge a de multiples significations et représentations. Ces dernières renvoient d’abord, essentiellement à l’analyse de leur construction sociale et donc au fonctionnement social. Comment et pourquoi notre société classe et catégorise les individus quasi uniquement en fonction de leur âge, telle est donc notre interrogation. Dans une société française qui « vieillit » plutôt bien, mais qui reste, malgré tout, phobique de son vieillissement, « A quel âge est-on vieux ? » est une de ces questions dont la réponse se prête à toutes les manipulations possibles illustrant parfaitement la phrase célèbre de Pierre Bourdieu « l’âge est une donnée biologique socialement manipulée et manipulable ». Ces catégorisations et ces classements par âge qui touchent aussi bien les « jeunes » que les « vieux » sont , pour nous, des facteurs de ségrégation sociale et de réification des individus. L’assignation à « comportement d’âge » est une négation complète de la singularité et de l’essence même de l’être humain. Elle doit être combattue sans relâche !

English

AT WHAT AGE ARE WE OLD ? AGE CATEGORISATION : SOCIAL SEGREGATION AND REIFICATION OF INDIVIDUALS

Age has many meanings and representations : chronological age, biological age, social age, etc. The latter essentially refer back to the analysis of their social construction and therefore to social functioning. Our question is why does our society class and categorise people almost only according to their age. In French society, which is “ageing” quite well whilst remaining, despite everything, phobic regarding its own age, “at what age are we old” is a question whose answer lends itself to all sorts of manipulations. Thus perfectly illustrating the famous sentence of Pierre Bourdieu “age is a socially manipulated and manipulatable biological fact”. In our opinion, these age categorisations and classifications, which concern the “young”, as well as the “old”, are factors of social segregation and reification of individuals. Assignation of “age related- behaviour” goes completely against the uniqueness and essence of human beings. This must be fought against without respite.

Bernard Ennuyer
DOCTEUR EN SOCIOLOGIE, HDR, ENSEIGNANT CHERCHEUR À L’UNIVERSITÉ PARIS DESCARTES
Mis en ligne sur Cairn.info le 06/10/2011
https://doi.org/10.3917/gs.138.0127
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour Fond. Nationale de Gérontologie © Fond. Nationale de Gérontologie. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
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