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1Le feld-maréchal Erwin Rommel – qui ne le connaît pas ? Le « Renard du désert » est sans doute le plus célèbre des hauts gradés allemands de la Seconde Guerre mondiale. Brillant commandant de campagne, il a longtemps tenu tête aux Britanniques en Afrique du Nord avant d’organiser le combat défensif contre l’invasion anglo-américaine à l’ouest, puis d’entrer finalement dans la résistance militaire et de le payer de sa vie en octobre 1944. C’est du moins de cette façon que Rommel a laissé son nom dans l’histoire et qu’il est entré dans la légende. Un nom qui, au fil du temps, est devenu un mythe. Mais qu’en est-il de la réalité – du vrai Rommel ?

2Étonnamment, rien ne prédestinait cet homme, qui n’avait pas de tradition militaire familiale, à devenir le plus médiatique et le plus intrépide général du IIIe Reich, et à entrer de ce fait dans le panthéon des grands chefs de guerre allemands. Né le 15 novembre 1891 à Heidenheim, dans le centre géographique et historique de la Souabe, Erwin Rommel était le fils d’un professeur de mathématiques d’une école secondaire. C’est seulement sur l’ordre de son père et avec réticence qu’il accepta de postuler dans l’armée du Kaiser. Rejetée tour à tour par l’artillerie et le génie, sa candidature fut finalement acceptée par l’infanterie. En juillet 1910, il se joignit ainsi au 124e régiment d’infanterie du Wurtemberg, basé à Weingarten. En mars de l’année suivante, il fut détaché à la célèbre école de guerre royale des élèves officiers de Dantzig. Bien qu’il y reçût son brevet de sous-lieutenant en janvier 1912, ses instructeurs ne voyaient en lui qu’un soldat moyen – compétent et prometteur, certes, mais sans plus.

3Or, lors de la Première Guerre mondiale, Rommel se révéla être tout sauf un soldat moyen. Il se fit remarquer pour la première fois en enfonçant le principal front d’attaque français en Argonne au début de 1915. Une action d’éclat qui lui valut d’être le premier lieutenant de son régiment à être décoré de la Croix de fer de 1re classe. À l’automne 1917, il reçut au nom du Kaiser la médaille « Pour le Mérite » – la plus haute distinction militaire de l’Allemagne impériale – pour ses prouesses et glorieux faits d’armes dans les Alpes juliennes du nord-est de l’Italie. Sur le front de l’Isonzo et à la tête du bataillon de montagne royal du Wurtemberg, il avait percé la ligne de défense du Kolovrat, pris d’assaut le mont Matajur et enlevé peu après le village de Longarone sur la Piave – ce dernier succès opérationnel se soldant par la capture de plus de 8 000 prisonniers italiens.

4Rommel était ainsi devenu un héros de guerre, avec toute la reconnaissance et tous les privilèges qui résultaient généralement d’un tel statut dans le Reich du Kaiser. Son choc émotionnel causé par la signature de l’armistice de Rethondes n’en fut que plus violent. La chute du pouvoir impérial, la proclamation de la République et les insurrections communistes qui firent pratiquement basculer l’Allemagne dans une guerre civile se révélèrent tout aussi traumatisantes pour lui. À ses yeux, il semblait ne plus rien subsister de l’unité nationale et de la solidarité patriotique forgées dans les tranchées. Et le traité de Versailles, imposé par les Alliés occidentaux, constituait une humiliation insupportable pour lui. Ce Diktat tenait l’Allemagne pour unique responsable de la guerre et anéantissait sa puissance militaire en réduisant sa « glorieuse armée » à seulement 100 000 hommes, dont 4 000 officiers.

5Rommel accréditait à un point tel l’idée du « coup de poignard dans le dos », c’est-à-dire du « front intérieur » responsable de l’effondrement national, qu’il écrivait encore en 1925 : « Durant quatre ans, nous n’avons remporté que des succès face aux Alliés. L’armistice de 1918 n’est pas la conséquence d’une défection des militaires, mais des politiciens. » [2] Dans son esprit, c’étaient les révolutionnaires communistes et par extension tous les mouvements démocratiques, libéraux, socialistes et pacifistes qui avaient trahi la patrie allemande et qui étaient responsables des troubles intérieurs d’après-guerre. C’étaient ces forces qui avaient voulu renverser le régime monarchique de l’Empire allemand et par le fait même diminuer l’importance de l’armée au sein de la société allemande.

6Rommel, qui avait été promu capitaine tout juste avant la fin de la guerre, fut à la fois heureux et chanceux de faire partie de la Reichswehr. Bien que celle-ci donnât la préférence aux officiers d’état-major dans ses critères de sélection, il avait néanmoins été choisi en raison de ses brillants exploits au front. L’armée étant devenue au fil des ans une raison d’être et de vivre intimement liée à sa vision du monde, on imagine mal comment un Rommel ancien combattant aurait pu se réinsérer dans l’Allemagne de Weimar. Au printemps 1920, il prit part aux opérations contre « l’armée rouge de la Ruhr ». Cela ne doit pas surprendre : Rommel était légaliste ; il rêvait de voir surgir un nouveau Bismarck, mais, en attendant, il obéissait aux ordres d’une république honnie. Au début de l’année suivante, il prit la tête d’une compagnie de tirailleurs du 13e régiment d’infanterie de Stuttgart, et il en resta le commandant jusqu’en 1929.

7Quelque chose l’avait amené à tirer la leçon de la guerre : la défaillance du vieil ordre établi. Ses considérations étaient bien sûr purement militaires, puisque son monde – qu’il n’avait en fait jamais quitté – était celui des champs de bataille et des casernes. Son opinion était que le commandement et la structure des forces armées n’avaient pas été en mesure de relever les défis de la guerre moderne. Il dénonçait en particulier le rôle dominant de la très rigide caste des officiers aristocratiques. Ainsi, rêvait-il d’une armée nationale au sein de laquelle existerait la mobilité sociale. Avec une telle armée, croyait-il, l’Allemagne aurait été épargnée de l’ignominie de l’armistice de Rethondes [3].

8Lorsque Hitler fut nommé chancelier du Reich le 30 janvier 1933, Rommel, qui était instructeur à l’école d’infanterie de Dresde depuis l’automne 1929, nota : « L’arrivée au pouvoir de Hitler est une chance pour le pays. Il semble être appelé par Dieu afin que le Reich retrouve sa puissance séculaire. L’armée ne peut que se réjouir de cette nouvelle. C’est un grand jour pour l’Allemagne. » [4] Son désintérêt postulé pour la chose politique ne l’avait pas empêché de reconnaître en Hitler un « patriote » ; peut-être serait-il le nouveau Bismarck qui rétablirait l’armée à la place centrale qui lui revenait de droit dans l’État allemand. Cet objectif nécessitait l’accroissement des effectifs, et cela favoriserait immanquablement les chances de promotion des officiers qui, dans la petite armée de la République de Weimar, étaient devenues bien minces.

9Rommel espérait que Hitler moderniserait le commandement et la structure des forces armées que dominait l’aristocratie. Après tout, ce « caporal autrichien » issu des masses populaires n’avait-il pas toujours voulu réconcilier en Allemagne le nationalisme avec le socialisme ? Par ailleurs, Rommel ne tarda pas à se rendre compte qu’il avait la même opinion que son Führer à propos de la nature du réarmement. Ce dernier préconisait la motorisation de l’armée et le développement rapide d’une force blindée et aérienne opérationnelle. En cela, ils étaient tous les deux en opposition avec certains hauts gradés de l’État-major général qui, par tradition, favorisaient l’artillerie lourde ainsi que les services du génie, des chemins de fer et de renseignements.

10L’estime des officiers pour Hitler aurait été encore plus grande si celui-ci n’avait pas été entouré par certaines « personnes peu fréquentables ». Surtout celles provenant de l’indisciplinée et très turbulente SA, en laquelle Rommel voyait un dangereux rival pour la Reichswehr. Rommel n’avait donc pas été choqué d’apprendre la liquidation de Ernst Röhm et de ses acolytes par la SS le 30 juin 1934. Au contraire, l’action énergique du Führer l’avait favorablement impressionné. Il ne doutait aucunement de la version officielle diffusée par Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande, selon laquelle Röhm aurait fomenté une conspiration et, par conséquent, pleinement mérité son châtiment.

11Après que Hitler se fut assuré d’un accès illimité à la Wehrmacht en destituant plusieurs généraux du très aristocratique et traditionnel commandement militaire au cours de l’affaire Blomberg-Fritsch, Rommel devint un partisan inconditionnel du Führer. Le « fan » qui allait jusqu’à signer à cette date ses cartes postales d’un : « Heil Hitler ! Cordialement vôtre, E. Rommel », n’était pas pour autant un « officier nazi ». Le national-socialisme recueillait son soutien par réflexe, puisque c’était l’idéologie de son chef. Mais il en avait une vague idée théorique. Au début de décembre 1938, il nota avec enthousiasme : « La Wehrmacht allemande est l’épée brandie par la nouvelle Weltanschauung allemande. » [5] Une conception du monde qu’il affectait de considérer sous des perspectives strictement militaires, feignant d’ignorer que le mépris des hommes en était l’essence même [6].

12Comme l’arrivée au pouvoir de Hitler avait favorisé sa carrière, Rommel préférait sans doute ne pas trop se poser des questions. En octobre 1933, il avait reçu le commandement du 3e bataillon du 17e régiment d’infanterie alpine à Goslar. En mars 1935, il fut promu au grade de lieutenant-colonel, à peine trois ans après avoir été élevé au rang de major. Par la suite, il fut nommé instructeur principal à l’école de guerre de Potsdam en octobre 1935, colonel en juillet 1937, puis commandant de l’école de guerre de Wiener-Neustadt en novembre 1938. Lors de l’occupation des Sudètes en octobre 1938 et de celle de la Bohême-Moravie en mars de l’année suivante, il fut chargé du commandement temporaire du bataillon de la garde personnelle du Führer. Peu avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il fut promu major-général et affecté de nouveau au commandement du bataillon de la garde personnelle du Führer.

13À la veille de l’invasion de la Pologne, c’était un Rommel serein qui écrivit à son épouse : « Le Führer sait ce qui est bon pour nous ! » [7] Deux jours plus tard, il affirma au sujet de Hitler : « N’est-il pas merveilleux que nous ayons un tel homme ? » [8] Le Führer lui donnait l’impression de posséder « un pouvoir magnétique, voir hypnotique, qui découle de sa foi absolue en une mission qui lui aurait été confiée par Dieu ou par la Providence afin de conduire le peuple allemand jusqu’au soleil. » Par moments, ajouta-t-il, « il se met à parler sur le ton de la prophétie » [9].

14Malgré de longs mois passés au quartier général du Führer, Rommel ne comprenait pas que la stratégie de guerre de Hitler visait à créer un Grand Reich en Europe continentale qui s’appuierait sur des possessions coloniales. Il ne savait pas que la conquête d’un espace vital à l’Est aux dépens de la Russie bolchevique en était la pierre angulaire. Il ne se rendait pas compte que Hitler ne voyait aucun conflit d’intérêts entre la puissance continentale allemande et la puissance maritime britannique, avec laquelle il espérait s’allier. Le Führer envisageait en effet de se joindre à la Grande-Bretagne après l’élimination de l’URSS afin de disputer l’hégémonie mondiale au dernier adversaire de l’Europe : les États-Unis d’Amérique.

15Après que la Grande-Bretagne et la France eurent déclaré la guerre au Reich, parce que l’invasion de la Pologne rompait définitivement l’équilibre européen, Rommel n’examinait que la situation en Pologne – qui serait démantelée conjointement avec l’allié bolchevique selon les termes du pacte Ribbentrop-Molotov. Il écrivit à son épouse : « Je crois que je serai à la maison avant l’hiver. La guerre se déroule exactement comme nous l’avions planifiée. En fait, elle dépasse même nos plus belles espérances. » Et d’ajouter : « Les Russes vont probablement attaquer bientôt la Pologne. Deux millions d’hommes ! » [10]

16En février 1940, Rommel prit le commandement de la 7e division de Panzer – c’était jusqu’ici le couronnement de sa carrière. Avec celle-ci, il se lança en mai 1940 – à la tête de la 4e armée – à l’assaut de l’Europe de l’Ouest pour la deuxième fois. Après une semaine de combats, il avait déjà percé avec ses blindés le prolongement de la ligne Maginot. Un fait d’armes qui lui valut d’être le premier commandant de division à recevoir la Croix de chevalier dans la campagne de l’Ouest. Rommel semblait alors apporter la preuve de la supériorité du nouvel ordre établi et de sa puissance militaire. Émerveillé par la victoire militaire phénoménale sur la France, il n’avait cependant aucune idée que son Führer espérait, grâce à celle-ci, mettre la Grande-Bretagne au pied du mur.

17En février 1941, Rommel fut nommé commandant de l’Afrikakorps avec le grade de lieutenant-général. Hitler s’était alors décidé à envoyer une unité blindée en Afrique du Nord, puisque tout donnait à penser que l’allié italien ne pourrait pas s’y maintenir sans l’aide allemande. Dans une lettre, Hitler expliquait à Mussolini qu’il avait confié le commandement du corps expéditionnaire allemand au « général des forces blindées le plus audacieux que nous ayons dans l’armée allemande » [11].

18Lorsqu’il atterrit à Tripoli le 12 février 1941, foulant le sol africain pour la première fois, Rommel était ignorant des préparatifs de la campagne de Russie. Malgré sa mission de défendre la Tripolitaine et en dépit des protestations véhémentes de ses alliés italiens, il passa à l’offensive après quelques semaines. Il voulait arracher l’Égypte des mains des Britanniques. À la mi-avril, les troupes numériquement faibles de l’Axe avaient déjà investi Tobrouk. D’autres détachements avaient contourné la forteresse, défendue opiniâtrement par l’ennemi, et avancé jusqu’à la frontière égyptienne à Solloum. Cependant, l’offensive et les durs combats à Tobrouk avaient eu vite fait d’user les forces de Rommel. Le ravitaillement n’arrivait plus, car le Reich avait entre-temps déclenché la campagne de Russie. Pour la première fois depuis le début de la Seconde Guerre mondiale, une formation allemande courait le danger d’être anéantie. Rommel put toutefois tenir les positions de l’Axe jusqu’en décembre, avant qu’il ne fût contraint par l’ennemi de replier ses troupes jusque sur leurs positions initiales dans la région de Syrte, d’où elles s’étaient élancées vers l’Égypte en mars précédent.

19En janvier 1942, Rommel reconquit la Cyrénaïque avec l’aide de la 2e flotte aérienne de Kesselring – qui avait été transférée en Méditerranée depuis la Russie – dans une campagne de trois semaines. Un succès pour lequel il fut élevé au rang de colonel-général – à peine six mois après avoir été promu au grade de général de Panzer –, devenant ainsi le plus jeune officier allemand à avoir atteint ce grade. Mais en allongeant une fois de plus excessivement les lignes de communication, ses unités se trouvèrent sans carburant et temporairement immobiles en plein désert. Il ne put alors éviter les conflits ouverts avec le haut commandement italien. Hitler se voyait donc obligé de tenir son général en bride. Eu égard aux difficultés à l’Est, la bonne entente avec l’allié italien était, pour le Führer, plus importante que les succès contre les Britanniques en Afrique du Nord.

20Pendant que la Luftwaffe s’appliquait à subjuguer l’île de Malte au printemps 1942, Rommel élabora un plan de guerre – qualifié de « fantaisiste » au commandement suprême de la Wehrmacht – qu’il décrivait en détail à la fin de l’été 1944 dans son analyse de la campagne d’Afrique. Il projetait de vaincre et de détruire l’armée britannique en Afrique du Nord pour ouvrir la voie menant au canal de Suez. Il serait alors possible d’avancer en Perse et en Irak dans le dessein de couper les lignes de communication des Russes avec le port de Basra, de s’emparer des champs pétrolifères de la région et d’y aménager une base d’opérations pour une attaque dans le sud de la Russie. L’objectif stratégique final serait d’attaquer le front méridional du Caucase dans l’intention de capturer Bakou et ses champs pétrolifères. Une telle offensive porterait un grand coup à l’URSS et de surcroît à une région vitale pour son économie de guerre. Voilà qui permettrait de donner le coup de grâce au colosse russe par une attaque concentrique [12].

21Mais aussi longtemps que Rommel ne réussissait pas à convaincre Hitler de ces possibilités stratégiques, son plan restait le fruit des cogitations d’un général dont la mission était de tenir les positions jusqu’ici acquises de haute lutte sur un théâtre des opérations secondaire. Mais l’ambitieux « Renard du désert » n’avait aucunement l’intention de s’accommoder de cet état de choses. C’est pourquoi il ne manquait aucune occasion de gagner Hitler à sa cause pour une exécution progressive de son plan. À la fin d’avril 1942, il arriva plus près du but. À son instigation, Hitler et Mussolini convinrent alors que l’offensive contre Tobrouk commencerait à la mi-mai. En outre, le Führer assura le Duce de son aide pour l’invasion planifiée de Malte. L’opération « Hercules », qui serait déclenchée après la prise de Tobrouk, sécuriserait durablement le ravitaillement des forces de Rommel.

22Le 21 juin, la forteresse de Tobrouk capitula après quatre semaines de combats sanglants. Rommel était alors au zénith de sa carrière militaire : Hitler l’éleva à la dignité de feld-maréchal, ce qui faisait ainsi de lui le plus jeune officier de la Wehrmacht à être promu à ce grade. Pendant que le haut commandement italien et le commandant en chef du Sud, le feld-maréchal Kesselring, réclamaient à présent que Malte fût prise comme convenu, Rommel incitait Hitler à donner son aval à la poursuite immédiate de son offensive afin d’atteindre ses objectifs démesurés. Kesselring souleva l’objection réaliste selon laquelle les voies maritimes seraient une fois de plus menacées par la renaissance de Malte, rendant de cette façon impossible la poursuite des opérations. Mais Hitler n’en tint pas compte. Le 23 juin, ce dernier conseilla donc à Mussolini d’anéantir maintenant le reste de la 8e armée britannique qui, à ses yeux, était pratiquement détruite : « La chance au combat ne sourit qu’une seule fois à un commandant d’armée. Celui qui ne la saisit pas à ce moment-là risque de la perdre pour toujours. » [13] Mais l’offensive du « Renard du désert » échoua au début de juillet lorsqu’elle buta contre la solide position d’El-Alemein, située entre la dépression de Kattara et la Méditerranée. Cette erreur stratégique, qui aggrava considérablement les problèmes logistiques de l’Axe, lui coûta finalement la campagne d’Afrique.

23En novembre 1943, Rommel fut chargé de l’inspection des fortifications du « mur de l’Atlantique ». À ce moment-là, la Wehrmacht se trouvait sur la défensive sur tous les fronts. Au sud, l’Axe avait perdu l’Afrique du Nord en mai 1943, après quoi les Alliés avaient pu débarquer en Sicile en juillet, puis dans le sud de la péninsule italienne en septembre. À l’est, les troupes allemandes reculaient devant l’Armée rouge qui avait brisé leur offensive à Koursk en juillet 1943. À l’ouest, Hitler attendait impatiemment l’invasion alliée sur les côtes de l’Atlantique. Si elle était repoussée, croyait-il, alors le Reich aurait gagné du temps pour transformer la campagne de Russie en une longue guerre d’usure, et peut-être même pour la gagner. Ainsi, en janvier 1944, avait-il confié le groupe d’armées B en France à Rommel. Celui-ci avait l’intention de battre les troupes de débarquement directement sur les plages dès les premiers jours de l’invasion. « Nous sommes pleinement sûrs de remporter la victoire à l’ouest », confia-t-il à son épouse en mai. Et d’insister : « J’attends la bataille avec une entière confiance. » [14] Il s’écoula encore un mois avant que l’assaut de la « forteresse Europe » ne commençât le 6 juin 1944 en Normandie – à plusieurs centaines de kilomètres au sud-ouest de la côte de la Manche, où Rommel avait attendu le débarquement. Après quelques jours, les Alliés avaient déjà conquis de larges têtes de pont vers lesquelles étaient continuellement acheminés des renforts. Le débarquement avait donc réussi, et le plan défensif de Rommel, échoué. Six semaines plus tard, le feld-maréchal fut grièvement blessé dans un accident de voiture lors d’une inspection au front, résultat d’une attaque d’un chasseur ennemi volant en rase-mottes. Sa carrière prenait alors fin.

24Que son nom fût toutefois largement plus connu que ceux de von Manstein, von Kluge, von Rundstedt ou Guderian – pour n’en nommer que quelques-uns –, au point de devenir finalement un mythe, tenait moins à ses qualités opérationnelles qu’à ses relations particulières avec la propagande. Rommel, qui n’était ni un aristocrate prussien ni un produit de l’État-major général, représentait à merveille le type de commandant militaire que voulaient promouvoir les autorités nazies.

25Eu égard à son ambition sans bornes, Rommel s’était d’ailleurs livré très tôt à l’édification de sa légende et de sa statue en « Bonaparte du XXe siècle ». Durant la Première Guerre mondiale, il était déjà soucieux de présenter constamment ses actions d’éclat sous un jour favorable. C’est d’ailleurs dans cette intention qu’il avait publié en 1937 son manuel de tactique d’infanterie intitulé Infanterie greift an (L’infanterie attaque), dans lequel il traitait de ses expériences de la Grande Guerre [15].

26Après la campagne de France, il avait voulu publier un livre illustré de la marche triomphale de sa division de Panzer. Karl Hanke, secrétaire d’État au ministère de la Propagande et plus tard Gauleiter de la Silésie, qui servait alors dans l’état-major de Rommel comme lieutenant, lui avait apporté son soutien. Mais l’entreprise avait finalement échoué du fait des résistances du haut commandement de l’armée de terre. Celui-ci reprochait à Rommel son individualisme farouche, notamment sa fâcheuse tendance à s’attribuer tout le mérite et à passer sous silence la contribution des autres dans ses succès militaires. Le général Franz Halder, le chef de l’État-major général, avait donc refusé de faire parvenir à Rommel les photographies officielles qu’il avait demandées pour la préparation de son livre illustré. Cependant, grâce à ses bonnes relations avec le ministère de la Propagande, les hauts faits de sa division de Panzer – surnommée la « division fantôme » – avaient déjà été glorifiés dans la presse écrite ou radiophonique du Reich. Le nom de Rommel y était même devenu un synonyme de la Blitzkrieg. La propagande avait d’ailleurs forgé l’expression Rommeln ( « faire un Rommel » ) pour décrire une avance rapide et audacieuse loin derrière les lignes de l’ennemi. Un grand film de propagande intitulé Sieg im Westen (Victoire à l’Ouest) avait aussi fait de Rommel une vedette ; un long métrage pour lequel il avait joué un rôle majeur aussi bien devant que derrière les caméras. À cela, était venue s’ajouter la parution d’un ouvrage ayant pour titre Die Gespenster-Division (La Division fantôme) [16].

27Lors de la campagne d’Afrique, Rommel allait être élevé au rang de héros national. Ce théâtre des opérations y était tout particulièrement propice, puisqu’il symbolisait l’expansion considérable de la sphère d’influence de l’Allemagne. En novembre 1941, Goebbels avait fait remarquer au commandement suprême de la Wehrmacht que l’armée de terre avait cruellement besoin d’idoles au même titre que la Luftwaffe et la Kriegsmarine en avaient déjà [17]. Le ministre de la Propagande pensait évidemment en premier lieu à Rommel. Cela cachait une arrière-pensée de détourner l’attention de la population allemande de la situation grave sur le front de l’Est. Rommel roulant à la tête de ses unités blindées en bravant le danger dans un véhicule exposé aux tirs de l’ennemi ; Rommel observant un duel d’artillerie avec ses jumelles dans une pose de commandant de campagne se découpant nettement sur le fond bleu du ciel ; Rommel expliquant ses plans d’attaque sur une carte en prenant de grands airs de chef de guerre – c’est ainsi qu’il était présenté dans les actualités de la semaine. Sa célébrité était assidûment entretenue par les correspondants de guerre, les photographes et les caméramans attachés à l’Afrikakorps, mais aussi par son principal aide de camp, le sous-lieutenant Alfred-Ingemar Berndt. Celui-ci n’était pas seulement un directeur de la propagande extrêmement talentueux, mais servait d’intermédiaire entre Rommel et Goebbels. Après sa conquête de Tobrouk, le « Renard du désert » n’était pratiquement inférieur en rien à son Führer en popularité. Il jouissait alors d’une telle réputation, confiait Goebbels à Hitler, que son nom « est devenu dans l’esprit de notre population la personnification du soldat allemand qui a du succès ». Et d’ajouter d’un ton satisfait : « Il n’y a guère un autre général qui comprend autant que Rommel l’importance de l’usage de la propagande. Il est un général moderne au sens strict du terme. » [18]

28Rommel défrayait également la conversation en Angleterre au début de 1942. La position de Winston Churchill comme premier ministre était alors ébranlée en raison des défaites de ses troupes. Comme l’armée nipponne se trouvait devant Singapour, de puissantes forces terrestres et maritimes avaient dû être retirées du théâtre des opérations méditerranéen pour renforcer la défense de la position britannique en Extrême-Orient. Pour cette raison, les troupes britanniques avaient subi des défaites dans le désert libyen. Sa conduite de la guerre en Afrique du Nord prêtant le flanc à la critique, Churchill chercha à se justifier devant la Chambre des communes en faisant l’éloge des qualités de chef de guerre de Rommel : « Nous avons contre nous un adversaire très audacieux et habile, et puis-je ajouter, malgré les horreurs de la guerre, un grand général. » [19] Le « Renard du désert » était alors dans l’opinion publique britannique l’Allemand le plus connu après Hitler. Il jouissait d’une telle renommée que les généraux anglais ressentaient le besoin d’affirmer qu’ils n’étaient pas jaloux de lui. Le nom de Rommel inspirait de la crainte et de la terreur aux soldats britanniques à un point tel que le général Claude Auchinleck dut donner l’ordre à ses commandants de ne plus le mentionner en présence des troupes combattantes [20].

29La glorification de Rommel par les Britanniques allait durer bien après la Seconde Guerre mondiale. Dans leurs Mémoires, aussi bien Churchill que ses généraux tenaient le « Renard du désert » en haute estime. Il en était de même des historiens militaires ou des biographes de Rommel, comme Basil Henry Liddell Hart ou Desmond Young. C’était sans doute une façon d’accroître l’importance des succès militaires des Britanniques en Afrique du Nord ainsi que leur contribution dans la victoire finale des Alliés sur le IIIe Reich. Du côté des vaincus, la campagne d’Afrique permettait d’honorer les vertus du soldat allemand, d’autant plus qu’il n’y en avait pas eu dans la campagne de Russie, où les exécutions de masse, les exactions et les atrocités étaient à l’ordre du jour. Les notes de Rommel sur la campagne d’Afrique représentaient les combats dans le désert tel que le titre sous lequel elles furent publiées en 1950 : Krieg ohne Hass (La guerre sans haine) [21]. Une guerre chevaleresque – c’est ainsi que la campagne du désert est encore décrite de nos jours.

30Si Rommel était sous les projecteurs de la propagande nazie plus que tout autre commandant de la Wehrmacht, cela tenait à ses rapports étroits avec Hitler. Son non-conformisme et sa nature foncièrement optimiste avaient favorablement impressionné le Führer. Comme se souvenait Albert Speer, il était son « général préféré » [22]. Hitler avait établi une relation de confiance avec Rommel. Lorsque celui-ci s’était emparé de Tobrouk à l’été 1942, Hitler l’avait promu feld-maréchal. Il avait même jonglé avec l’idée de le nommer commandant en chef de l’armée de terre : « Il est solide d’un point de vue idéologique. Non seulement il est proche de nous les nationaux-socialistes, mais il est un national-socialiste, un commandant de troupes ayant un talent d’improvisateur, naturellement courageux et extraordinairement inventif. C’est ce genre de soldats dont nous avons besoin. Rommel est le prochain commandant en chef de l’armée de terre. » [23] Il semble d’ailleurs que le « Renard du désert » exerçait à cette époque « une influence presque hypnotique » sur son Führer [24].

31Au haut commandement de l’armée de terre, la carrière fulgurante du favori de Hitler – en fait du seul feld-maréchal allemand de la Seconde Guerre mondiale à ne pas être un produit de l’État-major général – inspirait la défiance. En 1940 déjà, Rommel avait pris le commandement d’une division de Panzer après que le Führer fut intervenu en sa faveur, le chef du personnel de l’armée préférant plutôt lui confier le commandement d’une division de montagne eu égard à ses états de service. L’année suivante, Hitler l’avait nommé commandant de l’Afrikakorps en dépit des objections de l’État-major général qui proposait le général Erich von Manstein ou le major-général Hans von Funck pour occuper ce poste. Et dans la campagne d’Afrique, le « Renard du désert » n’avait pas tardé à faire preuve d’indépendance pour la conduite des opérations. L’Afrikakorps s’étant rapidement trouvé en fâcheuse posture au printemps 1941, Halder avait jugé bon d’envoyer en Afrique du Nord son adjoint, le lieutenant-général Friedrich Paulus, pour rappeler à l’ordre « ce soldat devenu fou à lier » [25]. Peu après, Paulus lui avait soumis ce rapport : « En outrepassant ses ordres, Rommel a créé une situation dans laquelle les capacités de ravitaillement actuelles sont insuffisantes. Rommel n’est pas à la hauteur de sa tâche. » [26] Halder était d’accord avec son adjoint, ajoutant même au sujet du « parvenu » : « Ses défauts le font apparaître peu sympathique. Mais personne n’ose croiser le fer avec lui en raison de ses méthodes brutales et du soutien dont il jouit à l’échelon le plus élevé. » [27] Le feld-maréchal Walther von Brauchitsch, le commandant en chef de l’armée de terre, avait lui aussi une mauvaise opinion de Rommel. Les deux hommes auraient préféré le relever de ses fonctions, mais le « Renard du désert » était le favori de Hitler.

32Cela allait changer lorsque Rommel acquit la certitude, après le débarquement anglo-américain en Normandie, que l’Allemagne perdrait forcément la guerre sur deux fronts. Au début de l’été 1944, il essaya en vain de convaincre Hitler de conclure un armistice avec l’Ouest. Le pire de tout était que le Führer ne lui faisait plus confiance, se plaignait-il. À la mi-juillet, il commença à caresser vaguement l’idée d’agir contre la volonté de son Führer en entamant des pourparlers de paix avec le général anglais Bernard Montgomery. En Afrique du Nord, il avait d’ailleurs fréquemment agi avec obstination sans l’autorisation de Hitler. Mais cela ne se reproduirait pas : le feld-maréchal étant victime des caprices du sort le 17 juillet. Lorsqu’il apprit sur son lit d’hôpital l’attentat du 20 juillet perpétré par le colonel et comte Claus Schenk von Stauffenberg, il confia par écrit à son épouse : « En plus de mon accident, l’attentat contre Hitler m’a fait un terrible choc. Nous devons remercier Dieu que tout s’est bien passé. » [28]

33Pas une seule fois, même en présence de ses plus proches confidents, Rommel n’allait excuser Stauffenberg. Non seulement avait-il toujours été le général du Führer, mais il avait toujours fait l’éloge de la loyauté. Il considérait ainsi la tentative d’assassinat comme le déshonneur des officiers aristocratiques ayant pris part au complot. En présence de Helmuth Lang, son officier d’ordonnance et un ami intime de longue date, il témoignait de sa reconnaissance à la « Providence » pour avoir épargné la vie de Hitler et du même coup une terrible épreuve à la nation allemande [29].

34Par une ironie du sort, Rommel fut emporté par le torrent de la chasse aux sorcières, dans laquelle les dirigeants de la Wehrmacht étaient fort soucieux de prouver leur loyauté envers Hitler. Deux officiers mêlèrent Rommel à l’attentat, sans que celui-ci ne se doutât de rien. L’un était le lieutenant-général Hans Speidel, son chef d’état-major en France. Celui-ci et Rommel s’accordaient à dire qu’il était temps de rechercher une solution politique à l’ouest. Cependant, ils différaient sur un point capital. Speidel était d’avis que les Alliés occidentaux ne feraient jamais la paix avec Hitler. Il jugeait donc essentiel de renverser le régime nazi en liquidant Hitler, bien qu’il n’exprimât jamais cette idée à Rommel. Pour sa part, Rommel, ce naïf politique, comptait sur l’ « habileté politique du Führer », convaincu que celui-ci finirait par prendre toutes les dispositions nécessaires pour conclure une paix séparée avec l’Ouest [30].

35Le second officier était le lieutenant-colonel Caesar von Hofacker du cercle des conjurés au quartier général du gouverneur militaire de la France à Paris, où on ne savait toujours pas au début juillet 1944 si on pouvait compter ou non sur Rommel. C’est pourquoi le général Karl-Heinrich von Stülpnagel envoya Hofacker au quartier général de Rommel à La Roche-Guyon dans l’intention de sonder un peu plus le feld-maréchal. En présence de celui-ci et de son état-major, Hofacker fit un exposé de la situation stratégique. Ils étaient tous d’accord sur la nécessité de trouver rapidement une solution politique à la guerre à l’ouest afin d’éviter un effondrement militaire. Mais qu’il fallût pour cela éliminer Hitler – le jour de l’attentat était déjà fixé –, Hofacker n’en toucha aucun mot. Ni Speidel ni Hofacker n’avaient ainsi converti Rommel à leur cause lorsque la bombe de Stauffenberg explosa dans le quartier général de Hitler en Prusse-Orientale [31].

36Cependant, lourd de conséquences pour Rommel fut le témoignage de Speidel, qui avait été accusé par Hofacker – ce dernier ayant été arrêté par la Gestapo peu après l’attentat – de complicité dans le complot contre Hitler. Pour se sortir d’une situation sans issue et éviter ainsi d’être envoyé à la potence, Speidel aurait admis devant la Gestapo avoir appris la date de la tentative d’assassinat de Hofacker, tout en ajoutant toutefois avoir par la suite fait son devoir en rapportant cette information à son supérieur, Rommel. Speidel rejetait de cette façon sur le feld-maréchal la responsabilité d’avoir omis d’en informer le commandement suprême de la Wehrmacht. Le témoignage de Speidel était-il crédible ou non ? C’était à la cour d’honneur de l’armée de trancher. Or, y siégeaient des rivaux jaloux de Rommel, tels que le feld-maréchal Wilhelm Keitel, le colonel-général Heinz Guderian et le lieutenant-général Heinrich Kirchheim. Rien d’étonnant à ce qu’ils accordèrent crédit au témoignage de Speidel, rejetant par le fait même sur Rommel la responsabilité. Celui-ci, qui ne se doutait pas de ce qui se tramait contre lui à Berlin, craignait cependant qu’on lui demande prochainement des comptes sur l’effondrement militaire en France. Son épouse confia plus tard : « Mon mari s’était imaginé que l’on cherchait à rejeter sur quelqu’un la responsabilité de la situation militaire à l’ouest. » [32]

37Le 14 octobre 1944, les sbires du dictateur nazi, le général Wilhelm Burgdorf et le major-général Ernst Maisel, furent dépêchés à Herrlingen en Souabe, où Rommel se remettait de ses graves blessures. Sur l’ordre de Hitler, ils le mirent devant l’alternative suivante : ou bien se justifier des accusations de trahison devant le Tribunal du peuple et risquer ainsi des représailles contre sa famille, ou bien se suicider et sauver du même coup son honneur. Peu de temps après, Rommel décéda après avoir avalé une capsule de cyanure de potassium, qui lui avait été remise par Burgdorf. La radio d’État allemande annonça que le feld-maréchal avait succombé à ses graves blessures. Pendant la cérémonie funèbre à Ulm, Gerd von Rundstedt, le doyen des feld-maréchaux allemands, prononça au nom du Führer le panégyrique de Rommel dans lequel il soulignait son dévouement au « Führer et au Reich ». Il termina par ces mots à la fois véridiques, mais ô combien cyniques : « Son cœur appartenait au Führer. » [33] Mais la mort de Rommel ne signifiait pas pour autant la fin de sa légende.

Notes

  • [1]
    Dans le cadre de cet article, l’auteur reprend quelques-unes des conclusions de son ouvrage Erwin Rommel, Paris, Perrin, 2009, 518 p.
  • [2]
    Dominique Lormier, Rommel. La fin d’un mythe, Paris, Le Cherche-Midi, 2003, p. 43.
  • [3]
    Ralf Georg Reuth, Rommel. Das Ende einer Legende, Munich, Piper, 2004, p. 30-32.
  • [4]
    Lormier, Rommel..., p. 49-50.
  • [5]
    National Archives (Washington), RG 242 T84/Rommel Collection Roll : NA RG 242 T84/275 (Lettre à Lucie Rommel, le 2 décembre 1938).
  • [6]
    Ralf Georg Reuth, « Erwin Rommel - Die Propagandaschöpfung », dans Ronald Smelser et Enrico Syring (dir.), Die Militärelite des Dritten Reiches, Berlin, Ullstein, 1995, p. 463.
  • [7]
    NA RG 242 T84/274 (Lettre à Lucie Rommel, le 31 août 1939).
  • [8]
    NA RG 242 T84/274 (Lettre à Lucie Rommel, le 2 septembre 1939).
  • [9]
    Desmond Young, Rommel, the Desert Fox, New York, Harper & Brothers, 1950, p. 41.
  • [10]
    NA RG 242 T84/273 (Lettre à Lucie Rommel, le 10 septembre 1939).
  • [11]
    Reuth, Rommel..., p. 61.
  • [12]
    Basil Henry Liddell (dir.), The Rommel Papers, New York, Da Capo Press, 1953, p. 511-515.
  • [13]
    Guido Knopp et Rudolf Gültner, « Das Idol », dans Guido Knopp (dir.), Hitlers Krieger, Munich, Goldmann, 2000, p. 47.
  • [14]
    NA RG 242 T84/275 (Lettre à Lucie Rommel, le 12 mai 1944).
  • [15]
    Erwin Rommel, Infanterie greift an. Erlebnis und Erfahrung, Potsdam, Voggenreiter, 1937, 384 p.
  • [16]
    Alfred Tschimpke, Die Gespenster-Division, Munich, F. Eher, 1941, 196 p.
  • [17]
    Elke Fröhlich (dir.), Die Tagebücher von Joseph Goebbels, Munich, K. G. Saur, 1987, vol. II, t. 2, le 28 novembre 1941, p. 385.
  • [18]
    Henry Picker (dir.), Hitlers Tischgespräche im Führerhauptquartier, Stuttgart, Seewald, 1976, le 22 juin 1942, p. 373-374.
  • [19]
    Winston S. Churchill, The Second World War, vol. 4 : The Hinge of Fate, Boston, Houghton Mifflin Company, 1950, p. 67.
  • [20]
    Hanns Gert Freiherr von Esebeck, Afrikanische Schicksalsjahre. Das deutsche Afrika-Korps unter Feldmarschall Rommel, Wiesbaden, Limes, 1950, p. 132.
  • [21]
    Lucie-Maria Rommel, Fritz Bayerlein (dir.), Krieg ohne Hass. Afrikanische Memoiren, Heidenheim, Heidenheimer Zeitung, 1950, 401 p.
  • [22]
    Albert Speer, Erinnerungen, Francfort-sur-le-Main, Ullstein, 1969, p. 256.
  • [23]
    Fröhlich (dir.), Tagebücher von Joseph Goebbels..., vol. II, t. 4, le 4 octobre 1942, p. 65.
  • [24]
    Albert Kesselring, Soldat bis zum letzten Tag, Bonn, Athenäum, 1953, p. 169.
  • [25]
    Franz Halder, Kriegstagebuch, vol. II : Von der geplanten Landung in England bis zum Beginn des Ostfeldzuges, Stuttgart, W. Kohlhammer, 1963, le 23 avril 1941, p. 377-378.
  • [26]
    Ibid., le 11 mai 1941, p. 407.
  • [27]
    Franz Halder, Kriegstagebuch, vol. III : Der Rulandfeldzug bis zum Marsch auf Stalingrad, Stuttgart, W. Kohlhammer, 1964, le 6 juillet 1941, p. 48.
  • [28]
    NA RG 242 T84/275 (Lettre à Lucie Rommel, le 24 juillet 1944).
  • [29]
    Maurice Philip Remy, Mythos Rommel, Munich, List, 2004, p. 294-295.
  • [30]
    Friedrich Ruge, Rommel und die Invasion : Erinnerungen, Stuttgart, K. F. Koehler, 1959, p. 214-215.
  • [31]
    Reuth, Rommel..., p. 217-223.
  • [32]
    Young, Rommel..., p. 205.
  • [33]
    NA RG 242 T84/277 (Copie du panégyrique prononcé par von Rundstedt).
Français

Erwin Rommel : le héros de la propagande

Erwin Rommel est sans aucun doute le plus célèbre et plus respecté des généraux allemands de la Seconde Guerre mondiale. Sa réputation d’officier de la Wehrmacht exemplaire est bien établie de nos jours. L’image que l’on retient généralement de lui est celle d’un homme intègre, d’un soldat-technicien qui inspire le respect aussi bien pour sa formidable maîtrise de l’art de la guerre que pour avoir gardé ses distances par rapport au régime nazi. En réalité, Rommel a été un partisan convaincu du Führer qui lui est resté fidèle jusqu’à la fin. Sa gloire est redevable en partie au maître de la propagande Joseph Goebbels qui en a fait un « dieu de la guerre » issu du peuple comme Hitler. Étonnamment, ses ennemis du désert, les Britanniques, ont contribué tout autant à la fabrication de cette image hagiographique en lui attribuant des qualités presque surnaturelles aussi bien pendant la guerre qu’après celle-ci.

Mis en ligne sur Cairn.info le 10/07/2009
https://doi.org/10.3917/gmcc.234.0025
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