CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1 L’influence de la géographie dans une opération de coercition et de maintien de la paix est décisive et sa connaissance constitue traditionnellement un avantage pour le commandement. Ce fait explique que la géographie au sens large est considérée par le stratège et le tacticien comme une forme de renseignement militaire. Par définition, la géographie renseigne, apporte les informations nécessaires aux commandements et aux unités en opérations, désormais obtenues en temps réel avec la modernisation des technologies. Parallèlement, lorsqu’elle est produite par et pour des services de renseignement, elle devient confidentielle en raison du caractère sensible des données qui ne doivent donc pas être transmises de manière générale. Traditionnellement, ce sont les sources orales, les études régionales, les observations de terrain et les cartes topographiques qui constituent le renseignement géographique. Depuis le XIXe siècle, parallèlement à l’essor d’une pensée géographique militaire, il est assimilé à une forme de soutien et d’aide à la décision dans la tactique et dans la stratégie opérationnelles à l’échelle du théâtre d’opérations. Aujourd’hui, le renseignement géographique est érigé en principe stratégique dans toutes les armées modernes, aux États-Unis comme en France. Comment le renseignement géographique s’est-il imposé progressivement comme une fonction stratégique essentielle dans les armées ? Trois aspects sont mis en évidence : la rationalisation du renseignement à partir du XIXe siècle, la valorisation de sa dimension opérationnelle, la redynamisation du renseignement géographique grâce à l’apport des hautes technologies depuis la fin de la guerre froide.

De l’empirisme à la rationalisation du renseignement géographique

2 La géographie pour le militaire est une forme de renseignement parmi d’autres. La constitution d’une documentation est ancienne et traditionnelle. Lors de la conquête de la Gaule par Jules César, au Ier siècle avant J.-C., l’information géographique est déjà l’un des objectifs préparatoires.

Un renseignement géographique longtemps empirique

3 La prise en compte du facteur géographique comme une forme de renseignement est liée à l’émergence d’une pensée géographique militaire. Dans tous les grands traités de stratégie et de tactique, les théoriciens de la pensée militaire mettent en évidence l’importance la connaissance et de l’exploitation du facteur géographique dans la manœuvre. Les premières références écrites proviennent de L’Art de la guerre du Chinois Sun Tse, écrit au Ve siècle avant J.-C. sous la dynastie des Han (206 av. J.-C.-220 ap. J.-C.). Dans l’article X (« De la connaissance du terrain »), il précise la « valeur inégale des lieux à la surface de la terre » dont certains sont à rechercher, d’autres à fuir, mais qui tous doivent être parfaitement connus par le général. L’œuvre du général chinois Sun Tse (544-496 av. J.-C.), Mémoires historiques (vers 512 av. J.-C.), connue par les écrits de l’historien Sima Quan (Ier s. av. J.-C.), témoigne également de cette sensibilité pour le terrain : « Connais le ciel et connais la terre, ainsi la victoire ne sera pas un péril. » L’auteur distingue, comme Sun Tse, différents types de critères à exploiter, comme l’état du terrain, l’état des voies de communication, la faiblesse de l’armée et des fortifications ennemies.

4 Bien d’autres traités militaires mettent en évidence cette relation entre la connaissance géographique du terrain et la manœuvre à conduire. Dans la Guerre des Gaules de Jules César, de semblables descriptions géographiques révèlent l’importance du terrain dans la tactique. Composé de sept livres, en 52-51 av. J.-C., à partir des notes rassemblées au cours de la guerre (58-51 av. J.-C.) et de rapports destinés au Sénat, l’ouvrage atteste le travail de renseignement géographique ordonné par le stratège romain et son exploitation tactique dans la manœuvre. À la Renaissance et aux Temps modernes, bien d’autres théoriciens militaires préservent cette forme de culture géographique dans leurs considérations. Parmi les plus célèbres, Machiavel (1469-1527), dans L’Art de la guerre, considère lui aussi que la bataille ne peut se gagner sans tenir compte de l’information géographique du terrain.

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Celui qui veut livrer une bataille avec la certitude presque absolue de n’être pas mis en déroute choisira un poste qui lui offre, à quelque distance, un asile presque assuré, ou derrière un marais, ou dans les montagnes, ou dans une ville forte [Machiavel, 1991, livre 4]. [Tout général doit disposer de cartes de tout pays qu’il traverse pour] bien connaître les lieux, leur nombre, leurs distances, les chemins, les montagnes, les fleuves, les marais et leur nature [Machiavel, 1991, livre 5].

6 Depuis l’Antiquité, le renseignement géographique est considéré comme une forme de soutien essentiel pour le tacticien ou le stratège. Il apporte l’information nécessaire pour préparer et conduire la bataille. Il apparaît surtout descriptif, sans codification spécifique ni méthode d’analyse précise comme les traités de stratégie le montrent. Jusqu’au XIXe siècle, le renseignement géographique repose concrètement sur les sources orales, les observations de paysage réunies dans des mémoires et, surtout, dans l’établissement des cartes comme le souligne Machiavel. L’un des exemples les plus significatifs est la considération apportée aux portulans. Ces cartes nautiques, établies à partir de la fin du XIIe siècle pour la navigation en haute mer par les cartographes des cités-États italiennes (Pise, Gênes, Venise) et catalanes (Barcelone, Majorque), constituent un tournant dans la représentation de l’espace. Jusqu’alors, en Occident, les cartes donnent une représentation abstraite et imagée du monde issue d’une cosmographie théologique des clercs. Les cartes terrestres sont donc très imprécises et les voyageurs appuient leur déplacement sur des guides avec des croquis d’itinéraires. Grâce à la boussole apportée par les Arabes, l’information cartographique se veut plus pragmatique dans un contexte de forte concurrence économique, et renseigne sur le littoral du bassin méditerranéen, de l’Atlantique proche et de la mer Noire, puis de l’Europe et de l’Afrique occidentale à partir du XIVe siècle. Ces portulans, qui se développent jusqu’au XVIe siècle et sont produits pour les trois quarts par les Italiens, sont alors considérées comme une véritable arme de guerre, à la fois d’ordre militaire et économique, et sont précieusement protégées de l’espionnage adverse par les puissances. Parallèlement, cette information géographique tend à se diffuser. On sait qu’une ordonnance du roi d’Aragon de 1354 prescrit à chaque galère d’en posséder deux à bord. La source de renseignement géographique est donc à la fois confidentielle et employée par tous les pilotes des navires de commerce. Mais, de toute évidence, le renseignement géographique repose encore sur un mode de fonctionnement empirique.

Les débuts de la rationalisation du renseignement géographique

7 Le travail de collecte d’informations géographiques demeure en effet empirique, rarement institutionnalisé. Il faut attendre le XVIIIe siècle pour voir se développer les premières institutions durables travaillant pour le renseignement géographique. En France, parallèlement à la prise de conscience de manière plus nette du lien entre la géographie et la guerre, un corps d’officiers spécialistes de la topographie militaire est créé en 1744 sous le règne de Louis XV [2]. Ce corps dit des ingénieurs géographes militaires est chargé de collecter des informations sur les habitants des régions traversées. Après avoir disparu dans les premières années de la Révolution française, il est recréé par Napoléon, conscient du fondement de la connaissance géographique et du rôle des cartes. Le nouveau corps impérial des ingénieurs géographes est chargé d’améliorer, sinon de réaliser, les cartes existantes des régions d’Europe dont l’intérêt est d’ordre militaire et politique. Après sa suppression de 1814 à 1822, le corps des ingénieurs géographes est rattaché à la section spéciale du service géographique du Dépôt de la guerre qui n’offre de conditions favorables ni à leur extension, ni à leur rayonnement.

8 Leurs activités sont orientées vers deux domaines en particulier. Elles conduisent à réaliser d’abord un ensemble de cartes à grande échelle, réputées au début du XIXe siècle de bonne qualité pour servir l’occupation des territoires conquis. Durant les campagnes napoléoniennes, les géographes militaires relèvent ainsi toutes les informations liées aux régions traversées (levés d’itinéraires, camps militaires, positions diverses, localisation des cours d’eau, etc.). Le second domaine concerne la réalisation de « mémoires ». Ceux-ci se composent d’une succession de synthèses, descriptives et encyclopédiques, et concernent une région ou un pays, par l’étude des éléments historiques, physiques, humains et militaires. Sous la forme de petits traités, les mémoires du Dépôt de la guerre représentent les seules activités de géographie militaire officielle jusqu’à l’essor des écoles de géographie militaire au XIXe siècle.

L’essor du renseignement géographique pendant les guerres mondiales du XXe siècle

9 Cet essor est une conséquence du développement des écoles de géographie militaire dans les États européens à partir du XIXe siècle. En Espagne et en Italie, puis en Prusse et en Autriche-Hongrie dans la première moitié du siècle, enfin en France après 1870, la pensée géographique militaire se rationalise, définit une méthode d’analyse de l’espace, reposant sur la géographie physique et humaine. La géographie occupe une place décisive dans la culture militaire grâce aux réformes de l’enseignement supérieur militaire comme dans les différents services cartographiques militaires. En France, la pensée géographique militaire reste embryonnaire jusqu’aux années 1870. La défaite française face à la Prusse en 1870-1871 fait prendre conscience des retards et des lacunes en matière de connaissance géographique.

10 Les leçons de la défaite contribuent de fait à valoriser la géographie militaire non sans imiter le modèle allemand qui avait conduit à la victoire. Il se développe dès lors une véritable école de géographie militaire française jusqu’à l’entre-deux-guerres. Des géographes officiers ont participé activement au renouvellement des concepts et des approches, comme les commandants Gustave-Léon Niox (1840- 1921) à l’École supérieure de guerre, Anatole Marga et Olivier Barre à l’École d’application de l’artillerie et du génie, auteurs de plusieurs ouvrages encyclopédiques de géographie militaire entre 1875 et 1895. Plusieurs dizaines d’autres officiers travaillent également à approfondir la géographie militaire, tels Laurent Pichat dans Géographie militaire du bassin du Rhin (1876) ou Charles Clerc dans Études de géologie militaire, le Jura (1888), dans le but d’élever le niveau de connaissance des officiers en géographie et, ainsi, de mieux préparer la défense du territoire national. Parallèlement, le Service géographique de l’armée est créé en 1887 et contribue à renouveler la cartographie de l’espace national, notamment en réalisant les nouvelles cartes au 1/50000.

11 Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en août 1914, l’outil géographique est prêt à être mobilisé. Mais les besoins des armées se révèlent, assez vite, plus importants que prévu. Une véritable géographie de guerre est mise en œuvre et valorise constamment le renseignement géographique pour anticiper les manœuvres tactiques ou stratégiques. Outre le développement croissant de la production cartographique par le Service géographique de l’armée qui emploie plus de 8000 hommes, l’état-major français se tourne, pour la première fois en temps de guerre, vers les géographes universitaires à des fins de renseignement. Créée en décembre 1914, la Commission est composée par des professeurs universitaires de géographie de toute la France. Elle comprend, dès le début, Albert Demangeon, professeur à la Sorbonne, Emmanuel de Margerie, directeur des Annales de géographie, Emmanuel de Martonne, professeur à la Sorbonne, Lucien Raveneau, secrétaire de la rédaction des Annales de géographie. Ses activités, placées sous la direction du général Bourgeois, sont orientées vers la connaissance des États en guerre.

12 Des notices sont réalisées tout d’abord sur les pays voisins du front français, en utilisant des documents fournis par les archives du 2e bureau de l’état-major, extraits des collections de l’Institut de géographie de la Sorbonne et des bibliothèques parisiennes. D’autres notices sont également produites sur les départements français touchés par les dévastations de la guerre. Le caractère géographique des notices s’accentue au fil des années. Des cartes physiques et économiques, des plans de villes sont joints tandis que la composition, fixée à l’origine par le 2e Bureau, est également modifiée. Au final, la production de la Commission de géographie pendant la guerre est importante. Trente-cinq notices, sous la forme de rapports volumineux, sont réalisées sur l’ensemble des États d’Europe.

13 Cette documentation géographique à des fins militaires est unique en France jusqu’à la guerre froide. Sa qualité scientifique, notamment sur le réseau ferroviaire, l’hydrographie et la répartition de l’habitat, est même inégalée puisque les notices sont de nouveau utilisées en 1939 lors de l’entrée en guerre ainsi qu’en 1944-1945 pour les unités de la 1re armée. Du côté allié, le renseignement géographique est également mis à profit durant la Seconde Guerre mondiale. L’armée américaine crée un Service de recherche géologique de l’armée, installé à Washington, et un service dans chaque état-major interallié en opération. Ces différents services produisent des monographies de nature scientifique sur des sujets variés et constamment mises à jour : études des fleuves (Rhin, Danube), cartes géologiques, cartes de dureté des sols, études techniques des réseaux routiers et ferroviaires. Distribuées à profusion dans les unités, elles constituent la base du renseignement de haute valeur. L’armée allemande produit ce même genre de documentation. Des études sur la géographie des pays d’Europe sont commandées par le Haut Commandement de 1940 à 1943. À la différence des notices alliées, ces études combinent une approche physique avec des considérations tactiques et stratégiques. Celle sur l’Italie montre la possibilité d’installer un front stabilisé en deux étapes, sur les Abruzzes, puis sur l’Apennin toscan, ce qui se produira lors des opérations militaires de septembre 1943 à l’été 1944. Dans les autres armées, le renseignement géographique est aussi pleinement reconnu comme en témoignent les travaux du Service météorologique de l’armée britannique qui réalise, entre 1942 et 1944, huit volumes d’études sur le climat dans la Manche afin de préparer le débarquement allié du 6 juin 1944.

14 Ainsi, les deux guerres mondiales favorisent le développement d’une forme de renseignement portant sur la connaissance des données physiques et humaines d’un espace. Une véritable révolution culturelle se fait jour et résulte d’une évolution commencée surtout au XIXe siècle. Le renseignement géographique se rationalise et s’institutionnalise. Sa conception et son emploi, à partir de sources traditionnellement orales et écrites, puis étendues à la photographie aérienne, évoluent au service des armées.

Un renseignement géographique opérationnel

15 Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le renseignement géographique s’est imposé et fait l’objet, dans les armées modernes, de services spécialisés. Dans l’armée française, par exemple, une dizaine d’entités militaires participe à une meilleure connaissance du milieu naturel et humain sur les théâtres d’opérations dans les années 2000. Leurs activités apparaissent dans l’ensemble complémentaires.

Une diversité d’institutions

16 Dans toutes les armées modernes, le point commun entre les différents services géographiques militaires réside dans leur pluralité et leur autonomie au sein de structures plus larges. Aux États-Unis, des organismes géographiques militaires sont en fonction dans chacune des armes comme dans les marines. Depuis les années 2000, la National Geospatial Intelligence Agency tend à coordonner la production et la diffusion des données géographiques et spatiales des différents services appartenant au département de la Défense. Abritant 12000 personnes à la fin des années 2000, elle est considérée comme la première agence mondiale de production cartographique, totalisant 80 à 90% des données cartographiques des armées occidentales et disposant de moyens d’informations inégalés dans les autres États. En France, une dizaine de services géographiques militaires peuvent être recensés à la fin des années 2000. Dans un cadre interarmées se distinguent d’abord le Bureau géographie, hydrographie, océanographie et météorologie (BGHOM), issu de l’ancien Bureau géographique interarmées depuis 2009, et l’Établissement de production de données géographiques (EPDG). Le BGHOM tend à occuper une place croissante au début du XXIe siècle en raison de la diversité de ses fonctions. Il est chargé de concevoir de nouveaux modes de production, de fabriquer des données rapidement et en grande quantité, de développer des échanges avec les Alliés pour couvrir plus rapidement l’ensemble des zones d’intérêt de la défense. Au sein de la Délégation générale pour l’armement se rencontrent le Service technique des technologies communes (STTC), le Service des programmes d’observation, de télécommunication et d’information (SPOTI), le Service des programmes d’armement terrestre (SPART), le Centre technique d’Arcueil/maîtrise de l’information géolocale (CTA/MIG). Au sein de l’armée de terre existent le Groupe géographique, le Commandement de la force d’action terrestre-section géographique militaire de Vincennes (CFAT-SGM), le Service technique de l’armée de terre à Satory (STAT). L’armée de l’air dispose de l’Élément géographique de l’armée de l’air et de la marine (EGAM) et de la Direction de la circulation aérienne militaire (division de l’information aéronautique Bordeaux). La marine comprend l’Élément géographique air-marine (EGAM) et le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOMEPSHOM Brest-Paris). Celui-ci est d’ailleurs le plus représentatif de la géographie à des fins militaires. Remplaçant le service hydrographique de la marine par le décret du 25 mai 1971 et placé sous la direction du chef d’état-major de la marine, il relève du délégué général pour l’armement en matière de recherches, d’études et de développement dans le domaine de l’hydrographie et de l’océanographie militaires depuis 1990.

17 Toutes ces institutions spécialisées sont destinées à collecter l’information, à l’analyser et à l’interpréter, notamment sous la forme de cartes thématiques. Elles deviennent ainsi des acteurs d’une géographie militaire qui est considérée comme un soutien aux armées.

L’importance du renseignement terrain

18 Il existe, somme toute, différentes formes de renseignement. Celui-ci peut être militaire, économique, politique, culturel, scientifique et moral comme le précise la Notice provisoire sur le renseignement opérations de l’état-major de l’armée de terre français en 1948. Il est aussi géographique de sorte que la géographie est souvent perçue comme une dimension du renseignement à part entière. L’un d’entre eux est le renseignement terrain, prévu dans le cadre d’un plan général de renseignements plus complet. Ce plan est valable pendant la durée d’une opération et dresse un catalogue des renseignements nécessaires au commandement. Les informations géographiques sont définies pendant toutes les phases de l’opération dans une zone donnée. Ses composants se sont d’ailleurs diversifiés après la Seconde Guerre mondiale, prenant une application de plus en plus géospatiale à la fin du XXe siècle.

19 Le renseignement terrain comprend généralement deux phases successives. D’abord, le renseignement est rassemblé dans le double but de renseigner le commandement en vue des ordres d’opérations et de servir de guide aux petites unités chargées de l’exécution. Une étude générale des aspects physiques du pays est établie et fait ressortir les articulations d’ensemble comme les principaux reliefs, les voies de communication naturelles, la nature des sols (pente, qualité des roches). Elle doit être terminée avant la fin des opérations. Ensuite, le renseignement sur le terrain consiste à régler les questions de détail de toute nature permettant une manœuvre ultérieure ou le début d’une opération de maintien de la paix. Telle zone, par exemple, permet l’évolution des blindés en hiver mais risque de devenir à la fonte des neiges une zone inondable. Telle opération amphibie prévue en pays sec et boisé en été peut se heurter au risque d’incendie. Telle opération de contrôle de quartiers urbains doit envisager une connaissance parfaite des groupes ethniques implantés pour éviter le risque d’une confrontation. Il semble que la méthode se soit perfectionnée et rationalisée concernant l’acquisition du renseignement sous l’influence des méthodes américaines et britanniques. Toutefois, dans la pratique, le renseignement terrain ne va pas forcément de soi. Durant les premiers mois de la guerre d’Algérie par exemple, le renseignement français est trop décentralisé, mal organisé et peu efficace. Il devient centralisé à partir de 1956 et repose sur un découpage hiérarchique et géographique qui concentre toutes les formes de renseignement, notamment liées au terrain [3]. L’expérience algérienne confirme son importance dans la lutte de contre-guérilla considérée comme un travail souterrain et d’infiltration pour démasquer la localisation de l’adversaire, le contourner et le détruire.

20 La conception du renseignement terrain varie selon le milieu géographique dans lequel l’opération est organisée. En milieu montagnard, par exemple, le renseignement terrain est considéré comme essentiel. Il constitue même le cœur du renseignement au sens large étant donné les conditions de combat très spécifiques. Toutefois, le terrain impose des servitudes qui en rendent plus complexe l’acquisition, y compris avec des moyens d’observation modernes. Le cloisonnement du relief limite les vues par exemple. Les moyens techniques de repérage de l’adversaire sont moins efficaces en raison des nombreux échos sonores et de la quasi-absence de lueurs. Le renseignement géographique s’obtient généralement par la photographie aérienne, les agents ou les informateurs sur place, voire par l’image satellite plus récemment.

21 Outre les informations obtenues sur le terrain ou par l’observation à distance, le renseignement terrain est préparé par des services de documentation géographique dans les armées modernes. Le Groupe géographique dans l’armée de terre française comprend, avant sa réforme de 2009-2010, une cellule de documentation géographique (Études du milieu et analyse du terrain) qui, à la demande de l’état-major, réalise des brochures complètes sur les données physiques et humaines de théâtre concerné. La structure d’étude du milieu, destinée aux états-majors, comprend une diversité de thèmes pour donner une vision globale de l’espace d’engagement : le cadre institutionnel et l’évolution historique (généralités, historique, structures administratives et politiques), le milieu naturel (relief, sol et sous-sol, hydrographie, végétation et faune, climat), la population (démographie, cultures et sociétés, espace rural, espace urbain), l’économie (situation économique générale, réseaux et transports). En août 1998, par exemple, la cellule de documentation géographique du 28e groupe géographique produit ainsi l’« Étude du milieu Kosovo » divisée en dix-huit parties synthétiques sur de multiples sujets intéressant le militaire en opération : données physiques (situation, historique, topographie, géologie et géomorphologie, hydrographie, climatologie, pédologie, biogéographie), données humaines (géographie de la population, ethnologie, géographie rurale, géographie urbaine, géographie économique, axes de communication et de transport, structures administratives et politiques) et données militaires.

22 Dans la conception du renseignement terrain, la cartographie militaire occupe une place ancienne et toujours importante au début du XXIe siècle. Depuis 1940, tous les belligérants possèdent des systèmes de projection conformes et reprennent les cartes de l’adversaire ou des alliés en les surchargeant de leur système national. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’Army Map Service et le Coast and Geodetic Survey de l’armée américaine inventent ainsi le système géodésique européen unifié en établissant la compensation globale de toutes les triangulations européennes. Ce système dit Universal Transverse Mercartor (ou UTM) continue d’être employé par l’OTAN après 1945 en raison de sa cohérence à travers tous les territoires. Il favorise la représentation des fuseaux terrestres continus et, par répétition autour de l’axe des pôles, la représentation de toute la planète. Le développement des cartes thématiques constitue également un progrès d’information notable. Par exemple, le CNRS publie en 1954 la première carte botanique de la France destinée, dans une utilisation civile, à devenir un outil de travail pour l’économie nationale. Elle permet de présenter une vue d’ensemble de la végétation au 1/200000 ou des associations végétales au 1/20000. Pour le militaire, cette carte est une aide précieuse par sa précision sur la diversité et la qualité des terrains. Elle indique leurs possibilités et favorise le mode d’exécution d’une opération tactique. Elle donne des indications sur la topographie, la présence de sous-bois, la nature des épineux, dense ou lâche, les futaies et leurs couloirs pour constituer leurs lignes d’arrêt, les lieux d’atterrissage possibles pour les hélicoptères ou les parachutages. Son apport d’information peut encore s’étendre à d’autres domaines. La nature des sols, imperméables ou perméables, durs ou meubles, renseigne sur l’emploi des chars, ceux rocheux ou non pour l’aménagement de tranchées et le mode de tir d’artillerie. La nature de la végétation indiquée renseigne sur la qualité du champ de tir, la possibilité du camouflage, les cheminements favorables aux chars, sur le degré d’inflammabilité des végétaux, les facilités d’installation des bivouacs. Cette carte thématique informe du compartimentage du terrain, utile pour le commandement, et les possibilités d’opérations aéroportées, de guérilla ou les points de parachutage.

23 Aujourd’hui, la carte topographique demeure toujours une source d’information préalable à l’opération. En France, plusieurs établissements contribuent à sa réalisation : le Service hydrographique et océanographique de la marine pour la carte marine, l’Institut géographique national pour la carte des séries militaires, les services géographiques militaires interarmes et de l’armée de terre pour tout type de carte. Les hautes technologies actuelles ne tendent pas à la faire disparaître, mais plutôt à changer le processus de sa fabrication avec le numérique. Des possibilités nouvelles apparaissent ainsi, appliquées à des thématiques concrètes comme la réalisation des cartes urbaines. En 2000, les cartographes militaires du 28e groupe géographique réalisent ainsi la carte des quartiers ethniques de Mitrovica au Kosovo, ce qui facilite l’opération d’interposition entre Serbes et Musulmans.

Le renseignement géographique, une aide à la décision pour le militaire

24 De manière générale, le renseignement géographique est considéré comme une aide à la décision et un appui aux forces sur le théâtre d’opérations. Cette forme de soutien constitue une constante, quelle que soit la situation préparatoire à un engagement de forces pour le commandement. Dans les armées modernes, il est réalisé dans la phase de planification opérationnelle amont pour informer sur l’espace de la manœuvre ; dans la phase de déploiement, pour renseigner en permanence les états-majors sur les conditions du milieu physique et humain ; dans la phase de sortie de crise, au profit des affaires civilo-militaires. En 2000, par exemple, le renseignement géographique permet de produire le plan de Mitrovica au Kosovo, sous la forme d’abord d’une carte topographique, maison par maison, puis de cartes thématiques représentant l’emplacement des organisations non gouvernementales ou la localisation des populations serbes et albanaises.

25 Les principes du renseignement géographique peuvent varier selon les doctrines nationales et selon les armées. Dans les armées disposant de moyens modernes d’information, ils renvoient à trois formes d’appui direct aux forces. La première est l’observation de théâtre qui informe en permanence les unités sur le terrain grâce à l’appui topographique, les moyens de mesure météorologique déployés, les bâtiments hydrographiques. La deuxième est la synthèse en temps quasi réel des différentes sources d’information (cellule cartographique de théâtre, stations météorologiques déployées, cellules météo-océanographiques embarquées). La troisième est l’interprétation opérationnelle de la situation du théâtre d’opérations et l’assistance aux différents niveaux de décision.

26 En France, l’armée de terre adopte ainsi une instruction en septembre 2000 portant sur le « Concept d’emploi de la géographie en opérations ». Cette instruction définit le cadre général et théorique de la fonction de la géographie militaire et les principes fondamentaux de son organisation. Ainsi, en opération, la géographie est destinée à préparer le déploiement des forces, à participer à leur liberté d’action, à préserver la capacité opérationnelle et à les appuyer. Dans une situation de coercition ou de maîtrise de la violence, elle est alors considérée comme une aide à la décision à la conduite des actions, au positionnement grâce à une référence unique géodésique du terrain. En somme, elle est une forme de géolocalisation pour le militaire. Dans ce cadre, certaines informations peuvent être reconnues comme confidentielles et placées dans la catégorie du renseignement.

27 Le renseignement géographique appartient donc à la géographie opérationnelle en étant une forme d’appui direct aux forces. Il exerce une fonction essentielle dans toutes les phases d’une intervention puisque l’une de ses premières fonctions repose sur l’anticipation des besoins lors de la planification grâce à des études sur le milieu physique et humain. L’opération Licorne, menée en Côte d’Ivoire par l’armée française (2500 hommes) depuis 2002, montre toute l’importance du soutien géographique. Les forces engagées ont dû rapidement reconnaître un terrain qui n’était pas cartographié récemment. Les dernières cartes au 1/200 000 de la série Afrique, stockées à la Section géographique militaire de Vincennes, datent des années 1960 pour les plus anciennes. Elles se sont révélées déficientes compte tenu des informations dépassées ou de leur incompatibilité avec une lecture de coordonnées type UTM.

Un renseignement géographique ancré dans la culture militaire grâce aux hautes technologies

La rupture doctrinale de la première guerre du Golfe (1990-1991)

28 L’information géographique aujourd’hui repose sur des principes nouveaux liés à l’emploi des hautes technologies, à l’immédiateté des informations et au contexte de projection de forces multinationales. Ces sources d’information sont actuellement complétées par le renseignement satellitaire. La guerre du Golfe de 1991 révèle toute l’importance de ce type d’information observée et transmise du satellite vers un poste de commandement au sol. La maîtrise de cette technologie par les États-Unis leur donne une suprématie en terme de renseignement par rapport à leurs alliés et à l’adversaire irakien. L’armée française prend conscience, par exemple, qu’elle manque d’une autonomie de renseignement géographique performant. En tirant les leçons de la guerre du Golfe, une Direction du renseignement militaire est créée et comprend, à la fin des années 1990, un service d’analyse géospatiale.

29 Parallèlement, les projets d’association pour développer cette forme de renseignement extrêmement coûteuse se sont multipliés. La Commission européenne et l’Agence spatiale européenne, cherchant à se dégager de la dépendance des États-Unis, lancent le programme Galileo (navigation par satellite) en 1999. À la suite des lancements des deux satellites Giove-A et Giove-B en décembre 2005 et avril 2008, ce programme est toujours en cours d’expérimentation, avec le lancement des quatre premiers satellites en 2011, pour être opérationnel en 2014. Au final, le programme (trente satellites répartis en trois orbites terrestres circulaires à 23616 km d’altitude) doit ainsi concurrencer le système américain GPS (Global Positioning System), ouvert aux civils en 1983 et contrôlé par le Pentagone qui dispose d’une maîtrise totale des informations transmises [4]. Le renseignement géographique connaît ainsi une nouvelle révolution militaire grâce à l’emploi du satellite.

Le recours systématique aux hautes technologies pour les armées modernes

30 La notion américaine de geospatial intelligence tend à s’imposer dans les armées modernes au début du XXIe siècle. Elle met en évidence au moins trois nouvelles aptitudes de l’outil satellitaire pour l’obtention du renseignement géographique : l’observation, la navigation et les communications.

31 La première est l’aptitude de l’espace à l’observation. La profondeur de la zone d’intérêt, au-delà des zones de contact, la permanence du suivi d’une situation de crise et l’exploitation rapide des données en font un instrument de connaissance géographique efficace et inégalé dans un temps très court de quelques heures. Ces conditions d’information peuvent être immédiatement mises à profit grâce à des stations de théâtre de réception des images et des stations d’exploitation décentralisées. « Les systèmes spatiaux d’observation sont des moyens privilégiés pour acquérir des informations à des fins de renseignement, de géographie et d’emploi des forces » précise la doctrine interarmées française en 1999. Ils conduisent à la production de renseignements images (ROIM), sur terre et sur mer, et électromagnétiques. Les forces sur le théâtre d’opérations disposent désormais de cartes topographiques et spécialisées, de plans de grande précision en trois dimensions pour des attaques d’objectifs, des documents dans le domaine du franchissement (caractères des fonds, des berges, etc.) ou celui de la mobilité (types d’itinéraires, itinéraires camouflés aux vues), entre autres cas.

32 Les satellites d’observation et de renseignement fournissent ainsi des informations géographiques convoitées pour les armées en présence. Par exemple, Helios IIA, satellite d’observation et d’imagerie militaire, lancé par la France, en décembre 2004, offre une détection totale lorsque les satellites Helios IA et IB ne le permettent qu’à 80% [5]. Un second est mis en orbite en décembre 2009. Il apporte une capacité jour et nuit grâce aux senseurs infrarouges, une résolution inférieure à 30 centimètres, une capacité de prise de vue multipliée par trois et des délais de transmission divisés par deux. Il offre aussi la capacité d’octroi de données numériques de haute qualité utiles à différents systèmes d’armes comme le Rafale, le Tigre, le Mirage 2000, les missiles Apache, SCALP-EG et aux bombes AASM. Conçu à des fins civiles à l’origine, il peut être exploité pour répondre à des objectifs militaires. Toutes ces sources d’information contribuent à favoriser le renseignement sur le terrain, préalablement à la conduite et pendant le déroulement d’une opération, comme à suivre une situation de crise, par exemple l’afflux de réfugiés dans une région.

33 L’exploitation de cette information géographique se fait au profit non seulement de la connaissance du terrain, mais aussi des systèmes d’armes et de l’emploi des forces. La planification de l’opération et la conduite des missions bénéficient d’une précision et d’une rationalité accrues. La numérisation du champ de bataille, pendant la guerre d’Irak de 2003, montre ainsi les bouleversements sur la conduite de la tactique. Grâce aux nouveaux systèmes, le commandant dirige, depuis le ciel, l’opération sur un espace pouvant couvrir 40000 kmgrâce à des transmissions instantanées et permanentes dans les échelons inférieurs ou égaux au bataillon, s’affranchit des contingences de la topographie, permet d’anticiper les actions. La coordination des unités est facilitée, notamment en zone urbaine, par l’emploi d’une cartographie précise à grande échelle. Les risques de tirs fratricides en sont donc réduits. Lors de la première guerre du Golfe (1991), 24 % des pertes américaines sont le fait de tirs fratricides. Pendant l’offensive américaine de mars-avril 2003, aucun tir de ce type n’est survenu entre les véhicules équipés du système de transmission par satellite (Blue Force Tracking). La numérisation du milieu géographique grâce à des logiciels de cartographie permet de représenter une zone en trois dimensions et d’effectuer le calcul de visibilité, les vérifications de portée ou l’estimation des déplacements. À partir du positionnement électronique permanent, les déplacements sont beaucoup plus sûrs et rapides.

34 Ce dernier élément renvoie à la deuxième aptitude fondamentale qui est celle de la navigation. L’information géographique donnée par le satellite favorise la capacité de navigation, de positionnement et de datation précise non seulement pour les forces dans des espaces souvent non cartographiés, mais aussi pour les systèmes d’armes (chars, missiles, etc.). Enfin, la troisième aptitude est celle des télécommunications et de la guerre électronique. Grâce aux satellites défilants, des mesures de soutien électromagnétiques peuvent être effectuées comme la liaison rapide entre des unités sur le terrain.

35 Outre les études terrain, les expertises de théâtre à l’échelle régionale et les cartes topographiques, l’apport du satellite crée une véritable révolution culturelle en matière de renseignement géographique. Les données obtenues apportent ainsi une nouvelle qualité d’informations dans de multiples domaines comme l’analyse des sols pour le déminage ou la mobilité, l’observation et la modélisation du littoral, des fonds marins, l’impact atmosphérique sur la propagation radar, les conditions atmosphériques pour l’artillerie et l’emploi des drones ou la dissémination des agents chimiques.

Renseignement géographique et reconnaissance doctrinale

36 Le renseignement géographique est resté longtemps une forme du renseignement plus global, au final assez mal connu. Il tend à sortir des milieux spécialisés et à être mieux reconnu dans la culture militaire officielle, laquelle repose d’abord sur la doctrine. Il semble que la doctrine américaine ait été pionnière en ce domaine puisqu’il existe déjà, depuis plusieurs années, plusieurs textes de doctrine faisant référence à la valorisation des données géographiques dans l’engagement des forces.

37 En France, le processus de reconnaissance du renseignement géographique date véritablement des années 2000. Outre l’instruction sur le « Concept d’emploi de la géographie en opération » (2000), le Livre blanc sur la défense et la sécurité (2008) reconnaît pleinement l’apport de ce type de renseignement. Parmi les cinq piliers qui définissent la fonction stratégique des armées, le premier se nomme « connaître et anticiper », suivi de ceux intitulés « prévenir, dissuader, protéger, intervenir ». « Dans un environnement international marqué par de grandes incertitudes et des préavis qui peuvent être très courts, les moyens de la connaissance et de l’anticipation constituent la première ligne de défense d’un pays. » Le recueil de l’information sur le terrain y est clairement valorisé en exploitant le réseau Internet, les sources humaines, les moyens spatiaux, les drones tactiques et de nouvelle génération (système moyenne altitude longue endurance prévu pour 2015), l’écoute électromagnétique (système européen Capacité de renseignement électromagnétique spatiale pour 2015) fixe ou embarqué (navires, avions). De manière générale, tous ces moyens doivent conduire à la connaissance des zones d’opérations sur un plan autant physique que politique et socioculturel, en particulier dans l’arc de crise qui s’étend de l’océan Atlantique à l’océan Indien.

38 En somme, l’apport du renseignement géographique est considéré comme essentiel désormais pour maintenir la France à un rôle de puissance dans les relations internationales, permettre la projection de forces et de puissance. Pour la première fois depuis le premier Livre blanc (1972), il est érigé en principe stratégique fondamental.

39 Le renseignement géographique a toujours occupé une place importante dans les armées. Il n’est pas de batailles gagnées grâce à de bons renseignements terrain ou météorologique, ou perdues à cause de l’absence de renseignements ou d’informations erronées. Les exemples seraient nombreux à citer depuis les origines des guerres. Par contre, la manière de l’obtenir a été longtemps menée avec des moyens empiriques. Il faut attendre le XIXe siècle et les guerres mondiales du XXe siècle pour qu’une méthode d’analyse se rationalise, que des institutions géographiques se spécialisent dans ce type de renseignement. Enfin, plus récemment, le recours aux nouvelles technologies redynamise la notion de renseignement géographique. L’information géographique se fait plus précise grâce à des outils plus complexes et complémentaires. Il en résulte ainsi une reconnaissance, inédite dans l’évolution du renseignement, de l’apport de la géographie aux besoins du militaire et du politique. Jamais le renseignement géographique n’a été aussi précis et précieux pour gérer les crises actuelles.

Notes

  • [1]
    Philippe Boulanger est professeur des universités en géographie, professeur associé aux écoles militaires de Saint-Cyr-Coëtquidan et au Collège interarmées de défense. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles de géographie politique et militaire dont La Géographie militaire française 1871-1939 (Economica, Institut de stratégie comparée, 2002, prix Lucien Wyse-Bonaparte 2003 de la Société de géographie de Paris) et Géographie militaire (Ellipses, 2006). Il prépare une Géographie militaire des conflits dans le monde (2011).
  • [2]
    Pour d’autres pays, sur le même sujet, voir en particulier : « La géographie militaire-1 », Stratégique, n° 81, avril 2003, 184 p., « La géographie militaire-2 », Stratégique, n° 82-83, octobre 2003, 246 p.
  • [3]
    Cette nouvelle organisation pyramidale comprend la région administrative (corps d’armée), la préfecture (zone), l’arrondissement (secteur) et le quartier. Le renseignement est ainsi polarisé à la 10e région militaire sous le commandement du général commandant en chef des forces en Algérie. CDEF, « Vaincre une guérilla ? Le cas français en Algérie », Cahiers de la recherche doctrinale, non daté (vers 2006), 46 p.
  • [4]
    Il offrira quatre types de services de géolocalisation de 4 à 15 mètres pour des usages civils (travaux publics, sauvetage, téléphonie mobile, agriculture, etc.), jusqu’à 45 centimètres pour des localisations à des usages militaires.
  • [5]
    La France, parfois en coopération avec d’autres États de l’Union européenne, a lancé des séries de satellites de télédétection et d’observation baptisés Spot, Helios, Ers, Topex-Poseidon, Jason. Les satellites Spot 1 (1986), 2 (1990), 3 (1993), 4 (1998) et 5 (2002) sont en orbite polaire (828 km alt.), balayent, tous les trois jours, une bande au sol de 950 km de large, permettent de produire de nouvelles données géographiques et cartographiques. Spot 5 permet la création d’une image à 2,5 mètres de résolution à partir de deux images à 5 mètres acquises simultanément. Leur combinaison est réalisée par des techniques de traitement et de restauration d’images avancées. Les satellites militaires d’observation Helios sont développés en coopération avec l’Italie, l’Espagne (Helios I et II) et l’Allemagne. Ils permettent des prises de vue simultanées à résolution métrique et à champ large dans le visible et l’invisible. Les satellites Ers 1 (1991) et 2 (1994) permettent d’obtenir la vision en relief de la surface de la terre et la saisie des données météorologiques dans différentes couches de l’atmosphère.
Français

La géographie pour le militaire comprend, de manière générale, deux éléments complémentaires. Elle se définit d’abord comme une source de géolocalisation pour les unités et les systèmes d’armes. Les informations sont conçues pour un nombre étendu d’acteurs. Parallèlement, la géographie renvoie à des données d’informations confidentielles produites par des services de renseignement. Depuis le XVIIIe siècle, le renseignement géographique s’est imposé dans la culture militaire occidentale, passant d’un stade empirique à une rationalisation des procédés de réalisation.

English

Geographical information and military culture

The geography for the military includes two complementary elements. It is defined primarily as a source of geo-localization for the units and the weapons systems. The information is conceived for a vast number of actors. At the same time, the geography refers to data from confidential information produced by intelligence services. For the XVIIIth century, the geographical information has emerged in the western military culture, from an empirical stage to a rationalization of the processes of realization.

Bibliographie

  • BOULANGER P. (2002), La Géographie militaire française (1871-1939), Economica, coll. « Bibliothèque stratégique », Paris.
  • CDEF (2005), « Des électrons et des hommes, Nouvelles technologies de l’information et conduite des opérations », Cahiers de la recherche doctrinale.
  • CDEF (2006), « Vaincre une guérilla ? Le cas français en Algérie », Cahiers de la recherche doctrinale.
  • Défense et sécurité nationale, Le Livre blanc (2008), La Documentation française/Odile Jacob, Paris.
  • EMBERGER L. (1954), « Une nouvelle carte d’intérêt militaire », Revue de défense nationale.
  • GOLDLEWSKA A. (1993), « La géographie des ingénieurs géographes (1796-1830) », in Paul CLAVAL (dir.), Autour de Vidal de La Blache, la formation de l’École française de géographie, CNRS éditions, Paris, p. 29-36.
  • JULES CÉSAR (1991), Guerre des Gaules, Folio, Gallimard, Paris.
  • MACHIAVEL (1991), L’Art de la guerre, Gallimard Flammarion, Paris.
  • MINISTÈRE DE LA DÉFENSE, ÉTAT-MAJOR DE L’ARMÉE (1999), Doctrine interarmées d’emploi des forces en opérations, instruction 1000.
  • NIQUET V. (1995), « Le sens de l’espace chez les stratèges chinois », Stratégique, n° 58.
  • REGNIER P. (2008), Dictionnaire de géographie militaire, CNRS, Paris.
  • SUN TSE (1993), L’Art de la guerre, Pocket, Paris.
Philippe Boulanger [1]
  • [1]
    Philippe Boulanger est professeur des universités en géographie, professeur associé aux écoles militaires de Saint-Cyr-Coëtquidan et au Collège interarmées de défense. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles de géographie politique et militaire dont La Géographie militaire française 1871-1939 (Economica, Institut de stratégie comparée, 2002, prix Lucien Wyse-Bonaparte 2003 de la Société de géographie de Paris) et Géographie militaire (Ellipses, 2006). Il prépare une Géographie militaire des conflits dans le monde (2011).
Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire
Mis en ligne sur Cairn.info le 14/03/2011
https://doi.org/10.3917/her.140.0047
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