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Histoire, économie & société

2009/4 (28e année)

  • Pages : 128
  • Affiliation : Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

  • ISBN : 9782200925642
  • DOI : 10.3917/hes.094.0069
  • Éditeur : Armand Colin

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L’École des Roches  [1][1]  N. Duval, L’École des Roches, Paris, Belin, coll.... a la réputation d’être une école d’héritiers. Cette réputation est apparue dans l’entre-deux-guerres. En témoigne l’écrivain Lucien Bodard racontant, non sans ironie, comment ses parents prirent la décision de l’y inscrire, dans les années 1920 :

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Il s’est trouvé qu’au Yunnan, une fois, on a reçu des gens de la meilleure société… Des fils des deux cents familles… Ils ont beaucoup vanté l’École des Roches en disant que c’était vraiment parfait (…) à l’imitation des collèges anglais. Or, ma mère, a toujours donné dans le snobisme anglais.

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Son père, qui était alors consul en Chine, lui aurait même dit :

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Tu vas aller dans le meilleur collège de France, le plus cher, où tu auras pour compagnons les enfants dont les familles dirigent la France  [2][2]  La première citation est extraite d’un entretien de....

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Que son image soit valorisée ou dénigrée, il n’en demeure pas moins que l’École des Roches suscite toujours des fantasmes, en particulier chez les journalistes. Dans un numéro de L’Expansion, en septembre 1968, on peut lire que l’École des Roches est « une pépinière de jeunes hommes formés à la vie des affaires ». Les journaux politiques et satiriques contribuent à sa réputation ambivalente. Ainsi La Tribune socialiste, le 16octobre 1969, dénonce-t-elle cette « école de riches » qui, en mai 1968, était « pavoisée de fleurs et non de drapeaux rouges ou noirs » ou encore Charlie Hebdo qui, sans complaisance ni demi-mesure, écrit le 28août 1972 : « Quant aux écoles Duchnoques ou Duconneaud, elles ne sont pas à créer… Elles existent, s’appellent les Oiseaux, Sainte-Geneviève ou les Roches ; et préparent l’élite… ». Plus récemment, en juillet 2008, Le Nouvel Observateur réalise un dossier sur « la France des héritiers » dans lequel il consacre un article aux Roches présentées comme une « fabrique des élites », témoignant ainsi de la persistance de cette image caricaturale d’établissement « select ».

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De fait, sont sorties des Roches des personnalités politiques, économiques, religieuses ou culturelles aussi notables que le ministre giscardien Michel Poniatowski, l’ancien patron des services secrets français Alexandre de Marenches, le créateur du parc zoologique de Thoiry, Paul de La Panouse, l’éditeur parisien Christian Bourgois, des fils de grandes familles industrielles ou commerçantes telles Guerrand-Hermès (maroquinerie, soierie, parfum), Verspieren (porcelaine de Limoges), Guichard (établissements Casino), Michelin, Panhard, Peugeot (automobiles), l’ancien président du Conseil de la Fédération protestante de France, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, l’évêque du Puy-en-Velay, Henri Brincart, ainsi que les acteurs Bruno Cremer, Yves Régnier, Vincent Cassel ou encore François de Witt, journaliste financier, chroniqueur sur France Info.

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Certes, le critère financier est indéniablement sélectif pour entrer aux Roches, mais c’est une école dont la spécificité ne se borne pas au recrutement d’enfants des élites financières ; elle présente aussi l’intérêt de leur apporter un capital éducatif dont le contenu a évolué depuis l’affirmation coloniale de la France à la Belle Époque jusqu’à son inscription dans le contexte actuel de la mondialisation.

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Bref, nous dépasserons l’alternative réductrice de l’École des Roches – école des riches pour apprécier dans quelle mesure les « Rocheux » sont des modèles de réussite. À quelles élites appartiennent-ils ? Le modèle initié par le fondateur Edmond Demolins il y a plus d’un siècle est-il encore porteur d’une dynamique ?

Une inspiration du modèle anglo-saxon : des entrepreneurs plutôt que des fonctionnaires

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À quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons ? joue un rôle décisif dans la vie comme dans la carrière d’Edmond Demolins  [3][3]  Edmond Demolins (1852-1907), intellectuel en sciences... car, lorsque cet intellectuel publie son livre en 1897, jamais il n’aurait deviné que deux ans plus tard il créerait une école. C’est ainsi que sous un titre aux allures pamphlétaires, Demolins défend l’une des clefs du paradigme leplaysien revu et élargi par le groupe de La Science sociale : le « particularisme »  [4][4]  N. Duval, « Éléments pour une biographie d’Edmond.... Soucieux de voir la France rivaliser avec sa voisine d’outre-Manche qui apparaît alors comme la première puissance mondiale, Demolins n’affiche pas pour autant un nationalisme belliqueux mais promeut plutôt une véritable révolution des mentalités à savoir imiter les Anglo-Saxons dans ce qu’ils ont de meilleur : leur mode d’éducation. Car c’est dans leur éducation que réside, selon Demolins, le secret de la supériorité des Anglo-Saxons : la formation d’hommes ayant le sens de l’initiative et le goût pour l’entreprise.

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Demolins se fait fort, a contrario, de prouver l’incapacité du régime scolaire français à former ce type d’hommes. Il mène une attaque en règle contre le système sélectif du mode d’enseignement, un régime apte à former des fonctionnaires mais inapte à préparer des hommes capables de « se créer des situations ». Demolins fait le procès de l’école : en inculquant un mépris pour les activités indépendantes, elle a dégoûté les jeunes d’affronter la vie réelle ; elle inculque la croyance à la supériorité des fonctions publiques ; aussi, les jeunes gens qui échouent aux examens ne sont-ils obligés de s’orienter vers les professions indépendantes que contraints par l’échec. Dans la suite de son ouvrage, Demolins élargit sa critique à la société française dans son ensemble. Il pense établir qu’elle est entrée dans une crise sociale que seules des actions d’orientation « particulariste » permettront de surmonter. Demolins défend ainsi le « particularisme » tout au long de son ouvrage, ce qui l’amène à partager le monde en deux grands types de société : les « sociétés à formation communautaire », caractérisées par « la tendance à s’appuyer non sur soi-même, mais sur la communauté, sur le groupe : famille, tribu, clan, pouvoirs publics, etc. Les populations de l’Orient en sont le type le plus accusé », et les « sociétés à formation particulariste », caractérisées par « la tendance à s’appuyer non sur la communauté, mais sur soi-même. Les populations anglo-saxonnes nous en offrent le spécimen le plus caractérisé ». Or, la France, précise Demolins, comme les autres pays d’Europe latine, relève de la première catégorie. Demolins appelle alors les parents à une véritable révolution des mentalités en leur proposant d’adopter des principes éducatifs relevant de l’éducation qu’il appelle « particulariste », tels qu’il a pu les observer dans deux écoles anglaises qu’il cite comme modèles, Abbotsholme et Bedales, créées en Angleterre, la première en 1889, l’autre en 1893. Elles font partie de la première vague du mouvement pédagogique dit des « écoles nouvelles »  [5][5]  N. Duval, « L’éducation nouvelle dans les sociétés... qui s’amorça en Grande-Bretagne puis sur le continent européen à la fin du XIXe siècle.

Fig. 1 - Page de couverture du livre d’Edmond Demolins, À quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons ?, Paris, Firmin-Didot, 1897.

Une éducation « développante » dans le cadre d’un internat familial

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Demolins ne se contente pas d’une propagande verbale, il agit. Appliquant sa propre doctrine sur le particularisme, il décide d’entreprendre. Il prend l’initiative de créer une école totalement inédite, inspirée des modèles dont il a vanté les mérites  [6][6]  N. Duval, « L’École des Roches, une école nouvelle....

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Ce faisant, cette entreprise se situe d’emblée en dehors de l’État non par esprit d’opposition mais comme une force de proposition de la part de simples particuliers. Le projet est ambitieux car il s’adresse d’abord aux familles et sa réalisation repose sur leur mobilisation, en premier lieu financière. Il lui faut donc rassembler un nombre suffisant de promoteurs, des pères de famille, qui seront aussi les premiers à inscrire leurs enfants dans cet internat exclusivement destiné à des garçons.

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Enfin, c’est une fondation qui ne doit pas passer inaperçue ni rester isolée. Elle affirme sa singularité dans le paysage scolaire français, tant public que privé, tout en se plaçant dans le courant anglophile français contemporain qui s’est développé conjointement aux débats sur la nécessité de réformer l’enseignement destiné aux élites du pays. On doit d’ailleurs remarquer que la création de l’École des Roches a pour toile de fond la vaste enquête parlementaire sur l’enseignement secondaire menée par la commission Ribot. Visionnaire, Demolins souhaite que sa fondation inaugure un mouvement dont le rayonnement s’inscrira dans la durée et l’espace : le vingtième siècle et le monde, ni plus ni moins. Or il se trouve que l’année de la création de l’École des Roches est aussi celle de la création, par Adolphe Ferrière, d’un Bureau International de l’École Nouvelle dont le siège est situé à Genève  [7][7]  Le Bureau International de l’École Nouvelle (BIEN).... Cette concomitance n’est pas une coïncidence. Elle illustre parfaitement la volonté de Demolins de contribuer à la promotion internationale de l’école nouvelle  [8][8]  Nathalie Duval, Antoine Savoye (dir.), « L’École des....

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En effet, en créant l’École des Roches, Demolins introduit l’éducation nouvelle en France. Publiant son livre L’Éducation nouvelle. L’École des Roches, en novembre 1898, il se fait le champion de ce nouveau mode d’éducation importé d’Angleterre en popularisant le concept d’éducation nouvelle et en en définissant le contenu. Il agit et écrit de façon à faire de la fondation de son école un véritable événement médiatique. Exploitant le mouvement d’intérêt qu’a déclenché son livre précédent, il use des médias qui lui sont favorables et dont il a plus que jamais besoin, en l’occurrence la presse, pour présenter son nouvel ouvrage comme un authentique manifeste éducatif. Manifeste dans lequel il prend acte de son engagement personnel en faveur d’une réforme de l’éducation, mobilise des souscripteurs pour mettre à exécution son projet scolaire qui apparaît comme une application illustrative de sa théorie particulariste fondée sur le principe du « self help »  [9][9]  Le « self-help », notion inventée par l’Anglais Samuel.... Le 5 mars 1899, il anime une conférence organisée à la Sorbonne sur « L’Avenir de l’éducation nouvelle ».

Fig. 2 - Page de couverture du livre d’Edmond Demolins, L’Éducation nouvelle. L’École des Roches, Paris, Firmin-Didot, 1898, rééd. 1900.

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Ce faisant, tout son livre consiste à proposer des solutions aux problèmes français qu’il dénonçait dans son ouvrage précédent À quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons ? Transposant dans le cadre français les spécificités du modèle scolaire britannique, il se fait le champion d’une pédagogie nouvelle en mettant en regard, en alternance de ses chapitres, les défaillances de l’école française et les performances de l’école nouvelle. Demolins emploie la notion d’éducation « développante » pour désigner la manière dont est donné l’enseignement dans cette éducation nouvelle et l’esprit qui la caractérise. Il la définit comme une éducation qui « fait des hommes » au contraire du système français qui « prolonge l’enfance et laisse sa trace pendant toute la vie ». Cette éducation est « développante » parce qu’elle fait grandir l’enfant vers l’état d’adulte. Comment ? En le traitant comme un adulte. Demolins exprime les notions de respect, de responsabilisation et de confiance qui caractérisent les relations entre l’adulte et l’enfant. Ces relations s’établissent dans une école qui n’est plus considérée comme un simple cadre mais comme un véritable moyen éducatif confié à ses élèves. Demolins donne une définition de ce que l’on appellera a posteriori l’ « école active »  [10][10]  Cette notion d’ « école active » a été formulée par... : centrée sur l’enfant, elle s’emploie à le rendre acteur de sa propre éducation.

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Le premier de ces outils pédagogiques, sinon le principal, en tous les cas le plus original, correspond à l’institution du capitanat, spécifiquement britannique. Demolins le présente comme « une combinaison très intelligente » ayant l’avantage d’alléger la tâche des professeurs dans la mesure où ceux-ci sont « secondés par les élèves les plus âgés, et les plus anciens, qui assurent le fonctionnement des services les plus divers tels que celui de responsable de chambrée ».

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Le deuxième élément porte sur le rôle joué par les femmes de professeurs. Leur présence permanente donne une impression de vie familiale. Demolins les considère comme des « maîtresses de maison ». Tout comme leur époux, qualifié de « chef de maison », elles sont appelées à vivre du matin au soir avec les élèves et à participer à toutes leurs activités, scolaires et récréatives. Le but est de créer une ambiance familiale dans cet internat permanent où les élèves restent tout un trimestre durant, les seules sorties autorisées correspondant aux vacances de Noël, de Pâques et d’été.

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La troisième proposition réside en la pratique d’activités extra-scolaires dont les bienfaits sont jugés très sains en termes tant de morale que d’hygiène. L’emploi du temps quotidien s’articule entre les matinées réservées aux cours et les après-midi, en alternance un jour sur deux, aux jeux ou sports en plein air et aux travaux pratiques. Les fins de journée ou les week-end sont propices aux activités culturelles, artistiques et religieuses comme le théâtre, la musique, les conférences et l’éducation chrétienne dans une école qui accueille, dans un esprit de tolérance peu commun à cette époque, des élèves catholiques et protestants, encadrés respectivement par un prêtre et un pasteur qui y vivent à demeure.

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Enfin, d’autres innovations pédagogiques visent à entraîner l’enfant à l’autonomie dans l’acquisition de ses connaissances et dans le développement de son « caractère ».

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L’École des Roches s’avère ainsi un établissement très original, né du projet ambitieux d’un intellectuel en sciences sociales qui a voulu créer une école dite « nouvelle » capable de former de nouvelles élites pour le pays dans un contexte d’anglomanie mais aussi de rivalité coloniale avec la Grande-Bretagne au tournant des XIXe et XXe siècles. À la suite de la publication de son ouvrage qui fit sensation, À quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons ?, Demolins passe à l’acte en ouvrant, en 1899, un internat situé en pleine campagne normande  [11][11]  N. Duval, « l’École des Roches : le choix d’un internat..., près de la petite ville de Verneuil-sur-Avre, dans l’Eure. Il baptisa cette école du nom de l’ancien domaine où elle était installée. Elle se présentait comme un laboratoire pédagogique d’avant-garde, indépendante de l’Église et de l’État, puisqu’à la fois laïque et libre. Certes, la transposition du modèle d’éducation britannique ne se fit pas sans difficultés auprès des familles de la bourgeoisie française. Elle nécessita quelques adaptations, mais l’essentiel fut conservé à savoir la culture chez les élèves d’un esprit d’entreprise alors qu’à cette époque l’enseignement secondaire français est vivement critiquécar on lui reproche de préparer essentiellement aux diplômes et aux concours de la fonction publique.

La transposition culturelle difficile d’un modèle éducatif anglo-saxon

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Dans l’entre-deux-guerres, l’École des Roches s’impose, grâce à l’action militante de son directeur Georges Bertier  [12][12]  Georges Bertier (1877-1962), directeur de l’École..., comme un phare de l’éducation nouvelle  [13][13]  N. Duval, « L’École des Roches, phare français au.... Elle répond à la majorité des trente points définis par Adolphe Ferrière, tout en ayant réussi à trouver l’équilibre entre les avancées novatrices de l’éducation active et les exigences de la culture scolaire française attachée aux humanités classiques. L’obtention du baccalauréat reste la condition posée par les parents pour y inscrire leur rejeton. Bien qu’elle soit un lieu de rendez-vous des fils de dynasties bourgeoises et de l’aristocratie, notamment de la Haute Société Protestante, l’école apparaît comme un laboratoire pédagogique dont les méthodes d’éducation, en particulier celles portées par le scoutisme  [14][14]  A. Baubérot et N. Duval, Le Scoutisme entre guerre..., peuvent contribuer à la modernisation de l’Instruction publique. Grâce à son prosélytisme au sein de la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle  [15][15]  La Ligue internationale pour l’éducation nouvelle... et en direction de l’Université française, Georges Bertier passe outre les clivages politiques et idéologiques afin de diffuser le modèle éducatif « rocheux » vers les milieux populaires. Son but : former des élites dans toutes les classes et, dans une optique leplaysienne hostile au marxisme, assurer la paix sociale. D’inspiration particulariste, l’esprit rocheux se teinte de sillonnisme ; il propose une réponse éducative aux questions posées par le christianisme social  [16][16]  N. Duval, « L’adolescence des élites à l’École des....

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Les liens que des acteurs éducatifs de l’École des Roches ont parfois pu tisser avec le gouvernement de Vichy s’expliquent par leur volonté de participer à la création d’un Homme nouveau. Ils croient à la Révolution nationale comme instauration d’une civilisation de l’homme total, esprit, corps et âme étroitement mêlés, dépassant à la fois le marxisme et le fascisme, avec la recherche d’une autre voie ni réactionnaire ni conservatrice, mettant en œuvre une nouvelle politique éducative et la création de mouvements de jeunesse. La confrontation entre utopie et réalité fut particulièrement douloureuse pour Louis Garrone  [17][17]  Louis Garrone (1900-1967) entre aux Roches, en 1925,... qui, de tous, s’est sans doute le plus investi, uniquement durant l’année 1941-1942, dans cette vaste entreprise de changement des mœurs par la jeunesse. Lorsqu’il succède à Georges Bertier aux commandes de l’École des Roches, à la fin de la guerre, en 1944, il ne reprend pas la pratique du scoutisme et il abandonne le vocable d’ « école nouvelle ». Les Roches se replient sur elles-mêmes.

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Dans les années 1960, c’est une école en crise qui refuse de passer sous contrat avec l’État et, en 1970, menace de sombrer dans de graves difficultés financières  [18][18]  N. Duval, « L’École des Roches dans les années 1960 :.... Longtemps réservée aux garçons, elle s’ouvre à la mixité en 1968-1969 et son recrutement s’internationalise  [19][19]  N. Duval, « Le rayonnement international de l’École... fortement à partir des années 1970. Elle évite la faillite en 1990 mais au prix de profonds changements. L’École des Roches est désormais un internat international doté d’une importante section Français-langue étrangère et passé sous contrat avec l’État  [20][20]  Elle affiche depuis la fin des années 1990 une bonne....

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Tous ces éléments contribuent à ce que l’École des Roches demeure un creuset d’élites, même si elle n’est plus un creuset d’éducation nouvelle.

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Les valeurs à l’origine de la formation de « l’esprit rocheux » auquel sont censés s’identifier de façon commune les élèves actuels et les élèves anciens ont bien sûr évolué au gré des générations passées de 1899 à nos jours. Si les valeurs fondamentales demeurent la liberté, l’initiative et la responsabilité, leur interprétation a varié pendant plus d’un siècle, selon les périodes et les directorats. À la Belle Époque, au moment de la fondation par Edmond Demolins, elles sont associées à l’entreprise et à la compétition. Dans l’entre-deux-guerres, sous l’influence de Georges Bertier, prévaut la notion de service incarné par un meneur d’hommes au sein de son entreprise et de sa cité. Durant les « Trente Glorieuses », le directeur Louis Garrone insiste sur le respect de l’autorité, des lois morales et de la discipline intérieure ; il met en garde ses élèves appelés, par leurs origines sociales et familiales, à occuper des postes de direction, contre les dangers du matérialisme. Dans les années 1970 et 1980, l’accent est mis sur l’épanouissement personnel. Depuis le début des années 1990, il est question, pour les élèves, de connaître le bonheur d’apprendre et d’être des citoyens du monde. Cependant, le fait que les promotions successives de Rocheux puissent s’identifier au lieu même de leur école avec ses maisons, à l’institution du capitanat associée aux responsabilités de ceux qui l’ont exercée, enfin à l’internat où ils ont appris à vivre en communauté et où ils ont tissé des liens de confiance avec leurs éducateurs et des liens d’amitié avec leurs camarades de dortoir ou de maison, permet d’expliquer l’expression d’une identité « rocheuse ».

Les « Rocheux » : Sociologie d’un réseau en mutation

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Dans son récit autobiographique, un ancien élève rend hommage à l’École des Roches quelque soixante ans après y avoir passé sa jeunesse :

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Il y a des lignées entières de Rocheux et de Rocheuses un peu partout dans le monde. Car si, à l’origine, l’établissement était réservé aux garçons, il a évolué avec le temps et s’est ouvert à la mixité. À de nombreuses reprises, le nom des Roches m’a servi de sésame, les liens tissés à l’École ont été renoués, les anciens m’ont tendu une main secourable, de même que je leur suis toujours venu en aide quand cela se présentait. Une éducation commune est un lien puissant. Les Roches ont été ma deuxième famille, celle que l’on choisit  [21][21]  A. Reveilhac, Chroniques tribulatoires franco-mexicaines....

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On relèvera les termes de « lignées », « sésame », « liens » et « famille » et l’on reconnaît là l’existence implicite mais bien réelle d’un réseau, notion qui connaît, en histoire comme en sciences sociales, un succès grandissant et qui désigne, de façon générale, l’ensemble des liens qui unissent des personnes entre elles.

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Puisqu’il existe un « réseau rocheux »  [22][22]  N. Duval, « Le réseau des formations scolaires. L’exemple..., il convient de s’interroger sur la nature de ses membres. L’objectif du sociologue et fondateur de l’École, Edmond Demolins, était de former des nouveaux patrons pour la France, des hommes d’initiatives, des meneurs d’hommes capables de lutter sur les terrains de l’impérialisme, dans un contexte de rivalité politique, économique et colonial, avec la Grande-Bretagne, au tournant des XIXe et XXe siècles. Qu’en est-il à l’heure de la mondialisation ? Quels patrons sont les Rocheux ? Comment ont-ils évolué de 1899 aux années 2000 ? Enfin, s’il y a des Rocheux qui peuvent passer pour des modèles de réussite sociale et professionnelle, en quoi leur place est-elle importante parmi les élites françaises ? Le croisement de l’annuaire de l’association des anciens élèves de l’École des Roches  [23][23]  L’annuaire publié par l’AERN, association des anciens... avec le Who’s who in France, complété par le Bottin mondain, permet de répondre à cette question.

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Trois annuaires, en l’occurrence, choisis à des dates clés, serviront de repères : 1937, pour étudier la période de l’entre-deux-guerres ; 1954, pour mesurer ce qu’apporte, pendant les Trente Glorieuses, au réseau des Rocheux, l’intégration des anciens élèves de Maslacq et du Collège de Normandie  [24][24]  Maslacq correspond à l’annexe des Roches qui se réfugia,... ; enfin 2004, pour voir comment, à l’heure de la mondialisation, a évolué le réseau rocheux à la suite de l’arrivée des filles et de l’ouverture internationale.

Un réseau parisien aux ramifications nationales et internationales

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La prédominance des Parisiens sur les provinciaux est très nette entre 1954 et 2004 et le nombre des Rocheux domiciliés à l’étranger et en Outre-mer augmente par rapport aux Français métropolitains : en 2004, ils sont 70 % en France et 2 % dans les DOM-TOM pour 28 % présents de par le monde, soit le triple de ce qu’ils étaient cinquante ans plus tôt.

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Pour ce qui est de la métropole, Paris et l’Île-de-France dominent à plus de 55 %, les beaux quartiers de l’Ouest parisien, entre Trocadéro, Monceau et Neuilly, concentrant plus des 2/3 des Rocheux, ce dont on ne s’étonnera guère. En province, la Normandie domine tandis que les régions qui, dans l’entre-deux-guerres étaient riches en industries textiles, sidérurgiques ou agroalimentaires, n’ont cessé de diminuer, l’Est et le Nord passant, respectivement, d’environ 15 % en 1937 à moins de 4 % en 2004. En revanche, concomitamment à l’augmentation de la part des Rocheux en retraite, on constate, entre 1954 et 2004, un triplement des résidences en Provence et sur la Côte d’Azur.

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C’est hors de métropole que vivent aujourd’hui près d’un tiers des Rocheux, aux quatre coins du monde, dans les métropoles des pays liés aux activités de la finance et du commerce international : 41 % en Europe occidentale (Londres, Genève, Bruxelles, Madrid, Milan et Rome), le reste en Europe centrale et orientale (dont 20 % en Russie), en Amérique (principalement New York, Buenos Aires et Mexico), en Afrique (dont Abidjan et Libreville) et en Asie (dont la moitié en Chine, à Beijing ou à Shanghai, et l’autre moitié majoritairement à Séoul et Tokyo).

L’évolution socio-professionnelle des Rocheux : moins de patrons d’industrie

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La comparaison des listes d’anciens élèves classés par secteurs professionnels entre les années1954 et2004 fait apparaître une tendance apparemment irréversible : le déclin des patrons d’industrie. La figure rocheuse de l’entrepreneur qu’Edmond Demolins avait appelé de ses vœux pour justifier la fondation de « son » École est aujourd’hui en voie de disparition, victime impuissante de l’évolution socio-économique française faite d’un développement des services aux dépens de l’industrie comme de l’agriculture.

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En effet, sur un total de 960 professions déclarées en 1954, 52 % des emplois relèvent du secteur de l’industrie et 7 % de l’agriculture alors qu’en 2004, sur un total de 1 181 professions déclarées, il n’y en a plus que 20 % pour l’industrie, l’agriculture se maintenant à 6,5 % alors que les services, marchands principalement, ont fortement augmenté, passant, par exemple, de 3 à 7 % pour la santé, de 0 à 4 % pour les activités immobilières, de 7 à 13 % pour les activités financières, tandis que le secteur de l’administration reste stable aux alentours de 5-6 %. De fait, si la fonction publique emploie plus du quart des Français actifs, elle reste boudée par 96 % des Rocheux, ce dont Demolins, du fond de sa tombe, peut se satisfaire, lui qui tenait les fonctionnaires pour des parasites. Quant à la proportion d’entrepreneurs rocheux, si elle est en baisse, elle reste cependant relativement importante par rapport à celle de la population active nationale : avec un taux de 20 %, il y a de nos jours trois fois plus de Rocheux entrepreneurs que parmi les actifs français.

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Un rapide coup d’œil dans l’annuaire 2004 montre un nombre important de PME aux côtés de noms de grandes d’entreprises à caractère familial ayant une dimension internationale comme, par exemple, dans le domaine du luxe, la maison de maroquinerie, parfums et haute-couture Guerrand-Hermès dont plusieurs membres sont passés aux Roches ou le cognac Godet dont le P.-D. G. est un Rocheux ou encore le Champagne Moët&Hennessy dont huit membres portant le nom prestigieux de Hennessy sont des anciens des Roches et du Collège de Normandie.

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D’autres grandes familles industrielles françaises affichent quelques représentants passés aux Roches à l’instar de Marc ou Daniel Michelin ou de Gérard Peugeot, élèves dans les années 1920-1930. Ce dernier, cependant, ne fera pas carrière dans l’entreprise familiale mais, au sortir de l’École, dans l’industrie cinématographique comme sous-directeur de Paris-Studio Cinéma à Boulogne-Billancourt. Néanmoins, un nombre important d’anciens Rocheux feront carrière chez Peugeot, 32 au total, des années 1920 aux années 2000, parmi lesquels on peut citer, pour les années 1950, parmi les sept Rocheux employés chez Peugeot : Maurice Jordan, alors vice-président mais qui en deviendra le P.-D. G., de 1964 à 1973, après avoir été le bras droit de Jean-Pierre Peugeot  [25][25]  J.-L. Loubet, Les Automobiles Peugeot : histoire d’une... ; aux côtés de Philippe Daeschner, ancien polytechnicien et responsable des relations syndicales et du personnel, Michel Poutaraud, au service après-vente ou le chef adjoint du personnel, Amaury de Seynes. Leurs liens professionnels autant que rocheux tendent à révéler l’existence d’un réseau qui favorise leur recrutement au sein de l’entreprise Peugeot comme ce peut être aussi le cas, à moindre échelle cependant, chez les entreprises concurrentes Citroën et Renault où ont fait carrière 10 et 8 Rocheux. Citons le cas d’un fils de chef de maison, Robert Valode qui, raconte-t-il dans ses souvenirs, est entré, en 1936, chez Renault « grâce à l’entremise de M. Martinol, directeur des aciéries Louis Renault, à Saint-Michel de Maurienne »  [26][26]  R., J. et R. Valode, Notre sillon, t. 1, p. 122. et père d’un jeune Rocheux, ami de la famille ; son frère René Valode, quant à lui, sera embauché, en 1944, dans une succursale de la maison Nicolas par Pierre Nicolas, lui-même ancien élève des Roches et fils du fondateur de cette célèbre entreprise familiale de vente de vins et liqueurs, ce qui « ne pouvait que faciliter les choses »  [27][27]  Ibid., t. 2, p. 65-66. comme le reconnaîtra l’heureux bénéficiaire de cette cooptation inter-rocheuse.

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Une comparaison entre l’annuaire de 2004 et celui de 1954 montre que les entreprises familiales sont aujourd’hui beaucoup moins nombreuses car elles correspondaient aux secteurs traditionnels qui ont été frappés par la crise comme l’industrie textile avec les familles Barbet-Massin, Haffner ou Hallenstein (Paris), Baumgartner, Laederich ou Witz (Vosges), Japy (Doubs), Jacquel ou Schlumberger (Bas-Rhin), Cousin, Motte ou Roussel (Nord), Deren, Plantrou ou Wagner (Seine-Inférieure), enfin Veaute ou Laval (Tarn), pour finir une liste longue de plus de 80 noms d’entreprises familiales, uniquement dans le textile, aux côtés de dizaines d’autres noms de familles industrielles comme, dans l’automobile, Louis et Robert Glaenzer, fabricants de transmissions à cardan, respectivement père et fils, qui se sont succédé à l’École des Roches, l’un ayant compté parmi les premiers élèves dès 1899, l’autre faisant partie de la promotion de 1940 avant de devenir, au début des années 1990, président de l’association des anciens  [28][28]  Robert Glaenzer, président de l’AERN de 1991 à 1994.....

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Les présidents de l’AERN au cours de ces dix dernières années ont tous été des patrons de PME tel celui d’origine danoise, jeune directeur d’une entreprise informatique. Une étude plus approfondie pourrait situer les patrons rocheux dans le paysage des entreprises françaises, voire européennes et internationales, déterminer leur rôle dans la création d’entreprises et évaluer leur aptitude à évoluer depuis les secteurs traditionnels de l’industrie vers les secteurs de l’innovation liés à l’informatique et l’internet.

Des Rocheux au sein du grand patronat colonial

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Si les Rocheux sont davantage des héritiers d’entreprises familiales que des créateurs, du moins jusque dans les Trente Glorieuses, certains d’entre eux sont néanmoins devenus, comme le souhaitait Demolins, des « colons conquérants ».

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Les carrières coloniales sont bien prises en considération comme débouché professionnel normal pour les Rocheux après leur sortie de l’École. Dans un long article que le Journal de l’École des Roches consacre à « L’orientation professionnelle de la bourgeoisie »  [29][29]  « L’orientation professionnelle de la bourgeoisie »,..., elles sont citées à plusieurs reprises, pour tous les types de métiers, depuis ceux de missionnaires, d’ingénieurs (agricole ou d’agronomie coloniale), d’administrateurs, de magistrat ou de « contrôleur civil du Maroc » à ceux de la banque, de l’industrie, du commerce, de la marine marchande ou de la médecine.

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Preuve en est la liste des professions publiée dans l’annuaire de l’association des anciens élèves des Roches en 1937. Sur un total de 838 membres inscrits, une quarantaine résident dans les colonies et y travaillent ; ils se répartissent entre l’Algérie, l’Afrique équatoriale française, l’Afrique occidentale française, l’Indochine, le Maroc, la Martinique, Tahiti et la Tunisie. Mais presque le double vit dans un pays étranger en outre-mer (73 exactement) ou, bien que résidant en métropole, exerce une profession en rapport avec le monde colonial ou l’outre-mer en général, soit environ 10 % des anciens élèves cités.

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Parmi les nombreuses professions indiquées, citons celle de « colon-agriculteur » au Maroc, en Algérie, en Indochine ou celle d’importateur-exportateur. L’École des Roches compte parmi ses anciens élèves plusieurs représentants de la puissante famille Huyghues-Despointes, propriétaire, en Martinique, d’importantes exploitations de canne à sucre, ou de bananes ainsi que de sucreries-distilleries.

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À ces noms, l’on peut ajouter ceux de Jean de Beaumont, Roland Fraissinet et Maurice Daroussin  [30][30]  Jean de Beaumont (né en 1904), élève de 1916 à 1922 ;..., faisant partie du grand patronat colonial  [31][31]  C. Hodeir, Stratégies d’Empire. Le grand patronat.... Jean de Beaumont est, en effet, emblématique de ce profil : député de Cochinchine de 1936 à 1944, il est Président des Plantations des Terres Rouges en Indochine et accumule les fonctions en tant que président ou administrateur de sociétés et compagnies de caoutchouc, huile et diverses productions agricoles tant en Indochine qu’en Malaisie, au Cameroun ou en Côte d’Ivoire ; en 1951, il est administrateur de la Société industrielle et financière de l’Artois dont il deviendra président en 1955, avant d’être associé puis Président d’Honneur (1975) de la Banque Rivaud dont il avait épousé l’héritière, les années 1970 voyant la consécration d’un itinéraire brillant : il est alors Président du cercle Interallié fondé par son père, vice-président du Comité international olympique, puis président du Comité olympique français. Dans un de ses livres, il raconte avec émotion son passage à l’École des Roches à laquelle il resta attaché toute sa vie. Quant à l’armateur Roland Fraissinet, son pouvoir rayonne depuis Marseille où il s’impose comme administrateur de la Compagnie de navigation Fraissinet et Cyprien Fabre ; il est également gérant du journal quotidien Le Méridional et administrateur des Chantiers de Provence ainsi que de la Société commerciale et industrielle de la Côte d’Afrique et de la Foncière-Transports. En regard, les activités de Maurice Daroussin paraissent réduites, celles-ci étant spécialisées uniquement dans la gestion de la Société des Plantations d’hévéas de Xuan Loc et l’administration de l’Institut français du caoutchouc. Il est intéressant de noter que, né d’un père Gouverneur honoraire des Colonies, il soit venu, avec son frère, faire ses études en Normandie, à l’École des Roches, avant de revenir sur ses terres indochinoises.

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L’École des Roches apparaît donc non seulement comme un foyer d’émission de Français Outre-mer mais aussi, certes pour une minorité d’entre eux, comme un foyer de réception de leurs enfants. En ce sens, elle est un creuset de formation des élites aux carrières d’Outre-mer  [32][32]  N. Duval, « De l’École des Roches à l’Outre-mer :.... Le cas de Pierre Lyautey est ici emblématique : neveu du maréchal Lyautey, il a passé sa scolarité aux Roches  [33][33]  Pierre Lyautey, élève aux Roches de 1905 à 1910. et partagé sa vie d’économiste et de publiciste entre leur château familial de Thorey en Meurthe-et-Moselle et le Maroc, ce pays où le nom de Lyautey s’est inscrit dans l’histoire coloniale française.

Les Rocheux : une dynamique du déclin ? La preuve par le Who’s who et le Bottin mondain

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Lyautey, un nom qui s’inscrit également dans le Who’s who, cet annuaire de prestige qui, depuis sa création en 1953, recense ceux dont les carrières professionnelles reflètent leur réussite personnelle et leur appartenance aux élites du pays  [34][34]  À l’instar de l’historien Cyril Grange qui s’est livré....

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La confrontation entre des éditions de l’annuaire des anciens élèves de l’École des Roches, du Who’s who et du Bottin mondain permet d’apprécier la place des Rocheux dans les élites nationales.

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D’une part, la proportion des Rocheux, dans l’échantillon des Who’s who retenus  [35][35]  Étant donné l’ampleur du corpus, nous avons choisi..., représente un faible pourcentage qui, de plus, est en forte diminution : de 0,9 % à 0,5 %. Au-delà de la baisse qu’il révèle, ce déclin montre un tarissement : les Rocheux tendent à disparaître des élites françaises. Leur présence se contracte sous l’effet du nombre important d’élèves étrangers qui entrent à l’École des Roches depuis les années 1970, tendance qui va en s’accentuant depuis les années 1990. De plus, parmi les institutions qui fournissent des élites, nombreuses sont celles qui concurrencent les élèves sortant des Roches. Une promotion de quelques dizaines d’élèves qui fréquentent les classes terminales de l’École des Roches paraît bien mince, en effectifs, par rapport aux six ou sept classes de terminale, d’une quarantaine d’élèves chacune, d’un grand lycée parisien comme Louis-le-Grand, par exemple.

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On pourra également remarquer, en contre-point de cette étude, que les Rocheux du Who’s who ne sont pas les mêmes que ceux du Bottin Mondain.

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En effet, si l’on compare la liste des Rocheux cités dans un Who’s who récent avec celle d’un Bottin Mondain contemporain, on constate qu’il ne s’agit pas des mêmes personnes : la plupart des Rocheux du Who’s who ne sont pas cités dans le Bottin Mondain et vice-versa. Cette distinction tend à révéler l’existence de deux types d’élites au sein de la population rocheuse : celle de la position sociale liée à la réussite professionnelle de l’individu et celle de l’appartenance à un milieu caractérisé par la transmission intergénérationnelle d’un capital familial ; les Rocheux qui appartiennent aux deux à la fois s’avèrent peu nombreux. Comme s’en explique le Rocheux Jean Mouton de Villaret, depuis toujours présent dans le Bottin Mondain et à jamais absent du Who’s who :

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Il faut distinguer trois critères de sélection pour faire partie des élites : 1) la réussite qui n’appartient à rien, qui n’appartient qu’à la qualité de l’homme et de ses talents ; 2) la réussite favorisée par la position financière et sociale établie par la génération précédente et qui souvent diminue avec la génération suivante ; 3) une notoriété qui n’est pas fondée sur une position ou l’argent, mais qui relève du politique, du religieux ou de l’art. Pour ma part, je suis d’une famille mâtinée de la bourgeoisie et de la noblesse. Je suis un sang mêlé. J’appartiens à un milieu, mais je n’ai rien fait d’exceptionnel. Nous sommes des héritiers du XIXe siècle mais 30 % des enfants de Rocheux n’appartiendront pas à ce milieu d’héritiers  [36][36]  Témoignage de Jean-Philippe Mouton de Villaret, le....

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En conclusion, les Rocheux du Who’s who, c’est l’élite de la réussite et de la richesse alors que les Rocheux du Bottin mondain, c’est l’élite du prestige social par héritage. Derrière une apparente unité liée au nom et/ou à la fortune, les Rocheux reflètent toute la diversité de ce que peut sociologiquement recouvrir la notion d’élites.

Conclusion

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L’on serait tenté d’écrire que les « Rocheux » forment le « petit monde » du « Grand monde ». Par « petit monde » on entend le fait que la population rocheuse correspond à un microcosme social dont les éléments ont pour dénominateur commun d’appartenir aux élites de l’argent puisque le critère fondamental de recrutement passe par la capacité des parents à payer un prix de pension élevé. Or, ces milieux favorisés par l’argent ont évolué de 1899 à nos jours, de sorte que l’expression de « Grand monde » désigne le passage des familles traditionnelles de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie française à ce que nous appellerons les migrants dorés de la mondialisation  [37][37]  Nous nous inspirons directement des recherches d’A.-C.....

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Il y avait un projet fondateur posé par Demolins de former de nouvelles élites pour la France, en une période de forte prospérité économique et financière quand la Grande-Bretagne s’imposait comme un modèle, au tournant des XIXe et XXe siècles. Ces nouvelles élites, autres que celles formées par l’État, avaient pour rôle de contribuer à sa puissance commerciale, industrielle et agricole, dans un contexte de rivalité impérialiste avec sa voisine anglo-saxonne. Il apparaît que ce modèle de fabrication des élites, notamment patronales, s’essouffle, depuis les deux ou trois dernières décennies tout particulièrement. Si le poids des Rocheux tend à s’amenuiser au sein des élites françaises, se distinguent-ils davantage parmi des élites de la mondialisation ? À cette date, il est difficile de répondre par absence d’outils utiles pour pouvoir mesurer ce phénomène sociologique. C’est une ébauche de réponse que nous proposons ici et qui mériterait des travaux plus approfondis.

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Le fait est que l’École des Roches aujourd’hui a parfois la réputation peu flatteuse d’être à la fois une école d’héritiers de vieilles familles françaises souvent fâchés avec les études et une école de nouveaux riches issus de la mondialisation alors que, dans l’entre-deux-guerres et jusqu’à la fin des années 1960, elle avait la réputation d’être un couvoir des élites. L’image de cette école, qui perdure et demeure originale dans le paysage scolaire français, oscille entre fascination et répulsion. Rien de surprenant donc à ce que, dans le numéro récent d’un magazine, elle soit classée devant l’École alsacienne ou le lycée Louis-le-Grand, en tête de liste des écoles qui font rêver  [38][38]  « Les écoles mythiques. À l’ombre des lauriers de....

Notes

[1]

N. Duval, L’École des Roches, Paris, Belin, coll. « Histoire de l’éducation », juin 2009 : publication de la thèse de doctorat en histoire, L’École des Roches, une « école nouvelle » pour les élites (1899-2006), sous la direction du Professeur J.-P. Chaline, soutenue en Sorbonne (Paris IV), le 28 novembre 2006.

[2]

La première citation est extraite d’un entretien de Lucien Bodard paru dans le magazine féminin Marie-Claire, en avril 1974, après avoir remporté le prix Interallié, en décembre 1973, pour son roman Monsieur le Consul. En 1981, il publie chez Grasset un nouveau roman, Anne-Marie, dont le personnage principal est inspiré de sa propre mère. Dans ce roman, durant 70 pages, il se livre à une description métaphorique de l’École des Roches, rebaptisée « l’École des Sources ». La seconde citation est tirée d’une lettre de Philippe Prieur, ancien élève des Roches et président de la Société d’Économie et de science sociales, le 19 février 1976. Lucien Bodard (1914-1998) fut élève aux Roches de 1924 à 1930.

[3]

Edmond Demolins (1852-1907), intellectuel en sciences sociales, est disciple de Frédéric Le Play (1806-1882) dont il dirige la revue La Réforme sociale de 1881 à 1885 avant de fonder, à la suite d’une scission au sein du mouvement leplayisen, une nouvelle revue La Science sociale, grâce au soutien d’un autre disciple leplaysien Henri de Tourville (1842-1903). Voir le site de la Société d’Économie et de Science sociales (SESS) : wwww. science-sociale. org ;A. Savoye et F. Cardoni (dir.), Frédéric Le Play, parcours, audience, Paris, Presses de l’École des Mines, 2007 ; B. Kalaora et A. Savoye, Les Inventeurs oubliés. Le Play et ses continuateurs aux origines des sciences sociales, Seyssel, Champ Vallon, 1989.

[4]

N. Duval, « Éléments pour une biographie d’Edmond Demolins, promoteur du particularisme », Les Études Sociales, n° 147-148, 2008, p. 177-187. Cet article correspond à une communication présentée, le 19 décembre 2007, à la Maison de la Recherche de Paris IV, lors d’une journée d’étude, « Edmond Demolins (1852-1907), un intellectuel polyvalent », organisée par N. Duval et A. Savoye, dans le cadre de la SESS et du Centre de Recherches en Histoire du XIXe siècle (Paris 1-Paris IV).

[5]

N. Duval, « L’éducation nouvelle dans les sociétés européennes à la fin du XIXe siècle », Histoire Économie Société (HES), n° 1, 21e année, 1er trimestre 2002, p. 71-86.

[6]

N. Duval, « L’École des Roches, une école nouvelle sur le modèle anglo-saxon (1899) », dans Diana Cooper-Richet et Michel Rapoport (dir.), L’Entente cordiale. Cent ans de relations culturelles franco-britanniques (1904-2004), Paris, CREAPHIS, 2006, p. 233-243.

[7]

Le Bureau International de l’École Nouvelle (BIEN) est fondé en 1899 par le Genevois Adolphe Ferrière après que celui-ci ait rendu visite à Edmond Demolins qui venait d’ouvrir l’École des Roches et lui a suggéré l’idée de constituer une sorte de centrale d’information entre les chefs d’écoles nouvelles. Ferrière établit ainsi de nombreuses fiches, visite des écoles, rédige des comptes rendus. En 1915, il publie une version définitive d’une grille d’évaluation en 30 points destinée à garantir le label « École nouvelle à la campagne ». Voir D. Hameline, L’Éducation dans le miroir du temps, Lausanne, Loisirs et Pédagogie, 2002.

[8]

Nathalie Duval, Antoine Savoye (dir.), « L’École des Roches, un creuset d’éducation nouvelle », Les Études Sociales, n° 127-128, 1998, 264 p.

[9]

Le « self-help », notion inventée par l’Anglais Samuel Smiles dans son livre Self-help, publié en 1859, faisant l’éloge des efforts personnels, de l’initiative privée et de l’individualisme.

[10]

Cette notion d’ « école active » a été formulée par Pierre Bovet, puis popularisée par Adolphe Ferrière dans son livre L’École active publié en 1922 à Genève.

[11]

N. Duval, « l’École des Roches : le choix d’un internat à la campagne (1899-1914) », dans Arnaud Baubérot et Florence Bourillon (dir.), Urbaphobie. La détestation de la ville aux XIXe et XXe siècles, Bordeaux, Éditions Bière, 2009.

[12]

Georges Bertier (1877-1962), directeur de l’École des Roches, de 1903 à 1944. Entré comme professeur de lettres en 1901, il contribue grâce à son action militante au rayonnement pédagogique de l’École des Roches et à sa reconnaissance dans les milieux éducatifs tant publics et laïques que privés et confessionnels. Voir N. Duval, « Bertier (Georges), 1877-1962 », dans Guy Avanzini et alii (dir.), Dictionnaire de l’éducation chrétienne d’expression française, Éditions Don Bosco, Université catholique de l’Ouest, 2001, p. 59-60.

[13]

N. Duval, « L’École des Roches, phare français au sein de la nébuleuse de l’éducation nouvelle (1899- 1944) », Paedagogica Historica, vol.42, n° 1&2, février 2006, p. 63-75.

[14]

A. Baubérot et N. Duval, Le Scoutisme entre guerre et paix, Paris, L’Harmattan, 2006.

[15]

La Ligue internationale pour l’éducation nouvelle (LIEN) est créée en 1921 ; ses congrès scandent l’entre-deux-guerres et sa revue de langue française Pour l’Ère nouvelle est dirigée par A. Ferrière jusqu’en 1927. Elle est contrôlée par le Groupe français d’éducation nouvelle (GFEN) à partir de 1929 ; G. Bertier, démocrate et libéral, y siège aux côtés des communistes Paul Langevin et Henri Wallon pour contribuer, par-delà les divergences politiques, à la diffusion des thèmes de l’éducation nouvelle en faveur d’une réforme de l’Instruction publique.

[16]

N. Duval, « L’adolescence des élites à l’École des Roches : capitanat, sport et spiritualité (de 1899 à 1965) », dans Jean-Pierre Bardet, Jean-Noël Luc, Isabelle Robin-Romero et Catherine Rollet (dir.), Lorsque l’enfant grandit, entre dépendance et autonomie, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2003, p. 559-572 ; colloque organisé à la Sorbonne, du 21 au 23 septembre 2000.

[17]

Louis Garrone (1900-1967) entre aux Roches, en 1925, comme professeur de lettres et de philosophie ; en 1929, il épouse l’une des filles de Georges Bertier et devient ainsi le gendre de celui auquel il succède, en septembre 1944, à la direction de l’École des Roches, jusqu’à son départ pour raisons de santé en 1965. Il aura été également chef de maison et, avant la guerre, chef scout aux côtés de son épouse Monique. Son passage à Vichy, en tant que Secrétaire d’État à la jeunesse, de février 1941 à février 1942 (date de sa démission, peu de temps avant le retour de Laval au gouvernement) lui sera reproché et explique pourquoi, après la guerre, au contraire de Georges Bertier, Louis Garrone limitera son action à l’échelle de son école qu’il qualifiera non plus de « nouvelle » mais de « différente ».

[18]

N. Duval, « L’École des Roches dans les années 1960 : une institution en crise », L’Éducation nouvelle, histoire, présence et devenir, Berne, Peter Lang 2004, p. 271-295.

[19]

N. Duval, « Le rayonnement international de l’École des Roches, 1899-1999 », Études normandes, n° 4, 1999, p. 35-62.

[20]

Elle affiche depuis la fin des années 1990 une bonne santé, financière autant que scolaire, avec environ 360 élèves allant de la 6e à la Terminale et des dividendes distribués aux actionnaires de sa société anonyme. Son passage sous contrat simple avec l’État a commencé, par niveau de classe, en 1992. L’École des Roches est certes un internat mixte, laïque et international mais elle est également l’enseigne du « Groupe École des Roches » qui correspond à un groupe de séjours et de stages linguistiques au sein duquel elle constitue le pôle de niveau secondaire tandis que la Tournelle dite « Les Petites Roches » est réservé aux enfants de 4 à 11 ans et qu’un centre linguistique situé à Paris, appelé « École PERL » (Paris, École des Roches Langues), accueille des étudiants et adultes étrangers venus apprendre le français. Les Roches s’inscrivent donc dans un groupe scolaire à double orientation, internationale et linguistique, et à localisation tripolaire : Verneuil-sur-Avre (Normandie) pour le collège et le lycée, Septeuil (Yvelines) pour la maternelle et le primaire, Paris (6 rue Spinoza dans le XIe arrondissement) pour le supérieur. Au niveau éducatif, les institutions traditionnelles comme le capitanat et la répartition des élèves par maison, sous la direction d’un chef de maison, sont maintenues tandis qu’ont disparu l’internat trimestriel (aujourd’hui hebdomadaire) et le tiers temps pédagogique autrefois réservé à une pratique intensive des sports, des travaux pratiques et des activités culturelles, maintenant pratiqués le mercredi après-midi ou dans le cadre d’un emploi du temps commun à tout établissement d’enseignement général.

[21]

A. Reveilhac, Chroniques tribulatoires franco-mexicaines 1925-2000, Évreux, Éditions Charles Hérissey, 2001, p. 44. Ce Rocheux, né en 1925, est un ancien du « Vallon », passé de 1936 à 1943.

[22]

N. Duval, « Le réseau des formations scolaires. L’exemple de l’École des Roches », sous la direction de Marc Fumaroli, Gabriel de Broglie, Jean-Pierre Chaline, Élites et sociabilité en France, Paris, Perrin, 2003, p. 185-199.

[23]

L’annuaire publié par l’AERN, association des anciens des Roches-Normandie, est notre principal outil de travail. Le premier est paru en 1910 et le dernier en 2008. Au total nous disposons de 83 numéros dont la parution est assez régulière, de 1 à 5 ans selon les périodes, sauf durant les deux guerres mondiales.

[24]

Maslacq correspond à l’annexe des Roches qui se réfugia, pendant la guerre, dans les Pyrénées, près d’Orthez, de 1940 à 1950. Le Collège de Normandie est une école libre créée en 1902, dans la commune de Clères, près de Rouen ; financièrement indépendante mais pédagogiquement proche par son mode d’éducation d’inspiration anglo-saxonne, elle est devenue une annexe des Roches en 1950, quand l’annexe de Maslacq s’installa dans ses locaux, jusqu’à sa fermeture définitive en 1972. Voir N. Duval et P. Clastres, « Bien armé pour la vie ou Français je suis. Deux modèles scolaires concurrents : L’École des Roches et le Collège de Normandie », Les Études Sociales, n° 137, 1er semestre 2003, p. 21-35.

[25]

J.-L. Loubet, Les Automobiles Peugeot : histoire d’une entreprise, 1945-1973, Lille III, ANRT, 1989.

[26]

R., J. et R. Valode, Notre sillon, t. 1, p. 122.

[27]

Ibid., t. 2, p. 65-66.

[28]

Robert Glaenzer, président de l’AERN de 1991 à 1994. De façon traditionnel, le père et le fils se sont succédé dans la même école mais aussi dans la même maison, le « Vallon » : Louis Glaenzer (Vallon-Pins-Coteau, 1899-1906) et Robert Glaenzer (Vallon, 1935-1940), ce qui n’est cependant pas le cas de son jeune frère Camille (Colline, 1942-1950).

[29]

« L’orientation professionnelle de la bourgeoisie », Journal de l’École des Roches, 1936, p. 29-54.

[30]

Jean de Beaumont (né en 1904), élève de 1916 à 1922 ; Roland Fraissinet (né en 1922), élève de 1933 à 1939 ; Maurice Daroussin (né en 1912), frère d’Yves, élève de 1927 à 1929.

[31]

C. Hodeir, Stratégies d’Empire. Le grand patronat colonial face à la décolonisation, Paris, Belin, 2003. Ces quatre anciens élèves de l’École des Roches cités ci-dessus font partie du corpus de 218 patrons sélectionnés par l’historienne qui estime à 10 % le taux d’anciens élèves des Roches au sein du grand patronat colonial.

[32]

N. Duval, « De l’École des Roches à l’Outre-mer : formation et parcours d’élites françaises (de 1899 aux années 1950) », dans Sarah Mohamed-Gaillard et Marie Romo-Navarrete (dir.), Des Français d’Outremer, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, coll. « Roland Mousnier », 2004.

[33]

Pierre Lyautey, élève aux Roches de 1905 à 1910.

[34]

À l’instar de l’historien Cyril Grange qui s’est livré à une étude pionnière dans Les Gens du Bottin Mondain. 1903-1987. Y être, c’est en être (Fayard, 1996), il nous a fallu mettre au point une méthodologie adaptée à notre population rocheuse dont nombre d’individus figurent dans le Who’s who in France. Nous avons utilisé cet annuaire de la bonne société en le croisant avec l’annuaire des anciens élèves des Roches.

[35]

Étant donné l’ampleur du corpus, nous avons choisi de procéder par sondage, en l’occurrence les listes de noms commençant par les lettres B et C, ce qui représente environ 20 % du corpus total. Afin de dégager une évolution, nous avons comparé les résultats obtenus à partir du dépouillement de deux Who’s who, celui de 1981-1982 et celui paru en 2000. Puis, nous avons croisé les données obtenues avec les listes de promotions d’anciens élèves, passés à l’École des Roches de Verneuil, Maslacq et Clères ainsi qu’au Collège de Normandie. En 1982, on a trouvé 36 Rocheux cités alors qu’ils ne sont plus que 23 en 2000, ce qui, en élargissant à la totalité des lettres de l’alphabet, laisse supposer que le nombre total de Rocheux figurant dans le Who’s who à chacune de ces dates s’élève respectivement à environ 168 et 116 individus.

[36]

Témoignage de Jean-Philippe Mouton de Villaret, le 27 juin 2006. Élève à Clères de 1955 à 1962, président de l’AERN de 1994 à 1997. Ce dirigeant d’entreprise en ressources humaines, né en 1944, est fils de Jean-Félix, neveu de Patrick Houtart, cousin de Jean-Charles Houtart, oncle d’Édouard Monnier, tous passés au Collège de Normandie ou à l’École des Roches alors que lui-même n’y a pas inscrit ses enfants.

[37]

Nous nous inspirons directement des recherches d’A.-C. Wagner, maître de conférence en sociologie, à Paris I-Sorbonne : Les Nouvelles élites de la mondialisation. Une immigration dorée en France (Paris, PUF, 1998).

[38]

« Les écoles mythiques. À l’ombre des lauriers de la renommée », Challenges, n° 48, 21 septembre 2006, p. 74-75. Voir également « Solide comme les Roches », Challenges, n° du 09-15 juillet 2009.

Résumé

Français

Application éducative d’une doctrine sociale reposant sur l’éloge de l’initiative privée, l’École des Roches correspond au projet posé par Edmond Demolins de former de nouvelles élites pour la France quand le modèle anglo-saxon s’imposait au tournant des XIXe et XXe siècles. Ces nouvelles élites, autres que celles formées par l’État, avaient pour rôle de contribuer à sa puissance économique et financière dans un contexte de rivalité impérialiste avec la Grande-Bretagne. Qu’en est-il en ce début du XXIe siècle ? Le modèle initié par le fondateur est-il encore porteur d’une dynamique ?

English

L’École des Roches is an educational application of a social doctrine based on the merit of private initiative which fitted the project of its founder Edmond Demolins to form new elites for France at a period when the Anglo Saxon schools stood out as a model in late 19th Century and early 20th Century. These new elites, different from the state own-shaped elites, were aimed at contributing towards its economic and financial power in a context of imperialist rivalry between France and Great Britain. How have things been evolving at the dawn of the 21th Century ? Is the model initiated by the founder still carrying motive forces ?

Plan de l'article

  1. Une inspiration du modèle anglo-saxon : des entrepreneurs plutôt que des fonctionnaires
    1. Une éducation « développante » dans le cadre d’un internat familial
    2. La transposition culturelle difficile d’un modèle éducatif anglo-saxon
  2. Les « Rocheux » : Sociologie d’un réseau en mutation
    1. Un réseau parisien aux ramifications nationales et internationales
    2. L’évolution socio-professionnelle des Rocheux : moins de patrons d’industrie
    3. Des Rocheux au sein du grand patronat colonial
    4. Les Rocheux : une dynamique du déclin ? La preuve par le Who’s who et le Bottin mondain
  3. Conclusion

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