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1La seconde moitié du viiie siècle, la fin de ce que l’on appelle en Grèce la « période géométrique », marque le début d’un impressionnant essaimage de Grecs venus de la Grèce Continentale (surtout des Eubéens, mais aussi des Corinthiens, Mégariens, Achéens, Lacédémoniens) ou des Cyclades et de la Grèce d’Asie (Milésiens). Cette colonisation est dirigée vers la mer Noire, la Libye, mais surtout vers l’Italie méridionale et la Sicile.

2La grande particularité de ce mouvement colonial dans ses phases les plus anciennes est qu’il survient à une époque où les cités sont en formation sur le plan politique et ne disposent en général pas d’une identité urbaine bien définie. La plupart des cités de la vieille Grèce semblent encore organisées en communautés regroupées en petites agglomérations, en villages, en komai comme nous le dit Thucydide (I, 5 et 9). C’est dire l’importance que revêt le phénomène colonial dans la création de ce que l’on appellera la ville grecque [1]. Après quelques réflexions sur les rites et les récits de fondation, j’étudierai successivement deux cas d’espèce, celui de Mégara Hyblaea, représentatif des vieilles fondations du VIIIe siècle, puis celui de Marseille, beaucoup plus tardif. J’aborderai enfin plus rapidement la question des re-fondations de cités aux Ve -IVe siècle av. J.-C.

Fondation, fondateur, héros fondateur : hommes et dieux aux origines de la cité coloniale

3Dans la tradition littéraire, la fondation d’une ville remonte souvent à un synoecisme. Sunoikizein, c’est fonder ensemble une ville (c’est le mot qu’utilise Thucydide lorsque Mégare de Grèce et Mégara Hyblaea fondent ensemble Sélinonte, dans l’ouest sicilien). Mais c’est d’abord la constitution d’un espace politique commun, le regroupement de divers groupes humains dans une polis. En général, ce regroupement politique s’accompagne d’un regroupement humain, les divers villages (komai) se regroupant dans une entité « urbaine » plus vaste (asty), à l’initiative d’un fondateur (Thésée à Athènes). Mais ces regroupements, tels qu’ils nous sont présentés dans la littérature, sont le plus souvent la réduction à un événement unique d’un processus historique beaucoup plus lent. Dans la Grèce archaïque, des villes comme Athènes et Corinthe sont le résultat d’une lente maturation, l’émergence progressive de la suprématie d’une communauté par rapport aux autres. Il est difficile dans un tel contexte d’isoler vraiment le moment d’une fondation et de dire à quel moment précisément apparaît la ville. Même si les interprétations sont délicates, la situation des fondations coloniales a l’avantage d’être plus simple : c’est donc au monde colonial que nous nous intéresserons par la suite.

4La date de fondation des cités coloniales d’Occident nous est donnée par plusieurs sources littéraires, mais c’est Thucydide (VI, 3) qui fournit le système le plus complet et le plus cohérent : fondation de Naxos vers 735, Syracuse vers 733, Mégara Hyblaea vers 728. En dépit de quelques tentatives d’historiens modernes, et de nombreuses contradictions dans les sources antiques, ce système est aujourd’hui globalement accepté. Mais que signifient les dates de fondation ? Il faut d’abord rappeler que la chronologie des céramiques de cette période (essentiellement les séries corinthiennes géométriques et protocorinthiennes) se fonde sur les vases trouvés dans les cités coloniales et donc sur... les dates de fondation. De toute façon, cette céramique ne permet guère de dater à moins d’un quart de siècle près. Enfin, les niveaux archéologiques contemporains de l’installation des colonies, et singulièrement les nécropoles, sont encore très mal connus. Il est donc extrêmement difficile de dire à quelle phase des sites archéologiques se rapportent les dates littéraires. La date de fondation d’une cité est sans doute une date commémorative d’un des événements particuliers qui marquent le processus de fondation. Mais nous ignorons si ces dates de fondation correspondent à l’arrivée des colons sur le site ou à l’une des phases successives de stabilisation de l’habitat [2].

Figure 1

Les colonies grecques en Méditerranée (H. Tréziny).

Figure 1
Figure 1 : Les colonies grecques en Méditerranée (H. Tréziny).

Les colonies grecques en Méditerranée (H. Tréziny).

5À l’origine de la fondation, les responsables de la colonie vont généralement consulter l’oracle d’Apollon à Delphes. C’est du moins ce que disent les sources, mais la plupart de ces traditions sont sans doute apocryphes, reflet d’une importance que l’oracle de Delphes a prise au cours des âges, mais qu’il ne devait pas avoir à la fin du VIIIe siècle. La grande divinité de la colonisation est Apollon Archégétès[3], qui avait un autel à Naxos de Sicile (Thucydide, VI, 1,3), et dont l’origine paraît plutôt cycladique. Il y avait donc des divinités dans la fondation des cités, comme dans tous les actes de la vie politique. Il est cependant difficile de dire quelle était exactement la part du religieux dans la mise en place des plans urbains. La fondation était précédée de consultation d’oracles, de sacrifices à diverses divinités. Le reste était plutôt l’affaire des hommes, des architectes et des maçons.

6Dans les récits de fondation, un homme (mais ils sont quelquefois plusieurs) joue un rôle fondamental : le fondateur ou oikistes. Chef de l’expédition, c’est lui qui dirige la fondation coloniale. Après sa mort, il devient « héros fondateur » et fait l’objet d’un culte dans un hérôon. Mais le seul tombeau archéologiquement attesté est celui de Battos, fondateur et roi de Cyrène, en Cyrénaïque [4]. Sur l’agora de Poséidonia, fondée vers 600 par des Achéens venus de Sybaris [5], un « tombeau » en forme de maison, recouvert d’un tumulus, contenait des offrandes mais pas de restes humains. On y voit plutôt un cénotaphe, représentation vers la fin du VIe siècle av. J.-C. de la tombe du héros fondateur de Sybaris, après la destruction de cette cité en 510 av. J.-C. Sur le côté nord de l’agora de Sélinonte (colonie de Mégara Hyblaea et de Mégare de Grèce), un groupe de tombes semble appartenir à une nécropole grecque du milieu du VIIe siècle, antérieure à la mise en place du plan urbain. Ces tombes évoquent les monuments funéraires décrits par Pausanias sur l’agora de Mégare. Elles évoquent un processus fréquent, celui de la réinterprétation de tombes anciennes comme des tombes de héros. L’une des tombes de Sélinonte a-t-elle pu devenir dans la tradition locale celle du héros fondateur de la ville, Pamillos ? En l’absence de textes littéraires et d’inscriptions, il est malheureusement difficile de le dire aujourd’hui. Géla est une fondation mixte de Rhodiens et de Crétois, vers la fin du VIIIe siècle. Ses deux fondateurs, Antiphémos et Entimos, semblent avoir fait l’objet d’un culte, mais seul le premier paraît attesté par une dédicace du VIe siècle, preuve sans doute de la suprématie acquise par la composante rhodienne [6].

7De fait, comme le recours à l’oracle de Delphes, la tradition sur les fondateurs est souvent apocryphe [7]. Les premières fondations coloniales sont généralement des habitats mixtes, dans lesquels confluent des groupes d’origines diverses. Avec le temps, certains groupes prennent l’ascendant sur les autres, les colonies se rattachent plus clairement à une métropole et les récits de fondation sont remaniés ou créés. Syracuse, colonie corinthienne fondée par Archias, comprenait sans doute à l’origine des éléments argiens [8]. Marseille, ville phocéenne s’il en est, était peut-être d’abord une colonie ionienne, dans laquelle l’élément phocéen n’acquiert la prépondérance que progressivement, notamment après la chute de Phocée et l’arrivée possible de nouveaux colons vers 545 av. J.-C. Ainsi s’expliquerait, dans la tradition rapportée par Justin (XLIII, 3), la présence de deux chefs (duces classis), Simos et Protis, le second devenant le seul fondateur. Mais cela rendrait compte aussi de l’importance du culte d’Artémis d’É phèse dans les villes massaliètes, ou de la présence d’Apollon Delphinios, divinité poliade de Milet [9]. L’« invention » du seul fondateur (Protis, c’est aussi Protos, le premier) pourrait même être encore plus récente, postérieure à la seconde chute de Phocée en 494 [10].

8Quant aux récits de fondation eux-mêmes, il n’est pas besoin d’insister sur leur caractère très remanié. Mais ils n’en sont pas moins révélateurs de certaines caractéristiques de la colonisation. Je me limiterai ici aux récits de fondation des deux sites dont je traiterai plus longuement : Mégara Hyblaea [11] et Marseille. Nous savons que les Mégariens se sont d’abord installés à Léontinoi, aux côtés des Chalcidiens, puis, chassés de cette ville, dans la presqu’île de Thapsos, une dizaine de kilomètres au nord de Syracuse. Abandonnant Thapsos (sans doute à cause d’une intervention syracusaine, bien que les sources, influencées par l’historiographie syracusaine, n’en disent mot), ils s’installent enfin sur le site de Mégara Hyblaea, après un accord avec le roi sicule Hyblon. Il n’est pas facile de dire si le roi Hyblon a vraiment existé, ni quelle était sa capitale et le nom du peuple sur lequel il régnait. Mais le récit insiste sur les difficultés d’installation des Mégariens, l’hostilité rencontrée auprès des contingents grecs déjà installés, l’appui qu’ils ont trouvé auprès de populations indigènes évidemment traumatisées par les fondations de Syracuse et de Léontinoi. Le récit de la fondation de Marseille [12] est également le reflet d’une situation historique. Le mariage de Protis et de la fille du roi des Ségobriges, Gyptis, symbolise l’alliance des deux populations et le recours aux mariages mixtes, qui dut être fréquent dans les premiers temps de la colonisation.

9Les divinités sont bien sûr associées à tous les actes de la vie publique. Il n’y a pas dans nos sources, pour la fondation des villes grecques, de sulcus primigenius comparable aux rituels de fondation des villes étruscoitaliques, et de Rome en particulier. Mais F. de Polignac a beaucoup insisté sur le rôle des sanctuaires dans l’organisation et la délimitation des territoires des villes grecques et dans la définition de la cité coloniale [13], et si nous avons raison de dater très haut la fortification de Mégara Hyblaea, et de lui attribuer un rôle dans la délimitation de l’espace urbain, il est important de comprendre quelle est la fonction des dieux dans ce processus. Quoique plus récent, le site le plus intéressant à ce propos est celui de Thasos, dans le nord de l’É gée [14]. Au début de l’époque classique, le passage des Théores, qui met en relation l’agora et le secteur de l’Artémision, est décoré de reliefs représentant Apollon et les Charites, et donc placé sous la protection de la divinité. Or il a été montré récemment que ce « passage » est en fait la monumentalisation à l’époque classique d’une porte percée dans le rempart archaïque, porte qui devait être déjà placée sous la protection d’Apollon. Et lors de la construction de la nouvelle enceinte d’époque classique, plusieurs portes sont placées sous le signe de divinités (Zeus et Héra, Hermès, Silène). Même si le cas de Thasos est à ce jour unique, il montre l’importance des divinités dans la délimitation de l’espace urbain, que nous allons étudier plus en détail à présent avec l’exemple de Mégara Hyblaea.

Les colonies du VIIIe siècle : Mégara Hyblaea

10Envisageons à présent le dossier archéologique. Mégara Hyblaea reste encore aujourd’hui le site colonial le mieux connu pour les périodes anciennes et, même s’il ne faut pas en faire un modèle absolu, il doit être assez représentatif de ce qu’était une fondation du haut archaïsme [15]. Le site de Mégara Hyblaea est sans doute désert quand le roi Hyblon l’offre aux Mégariens, en quête d’un terroir. Mais ce vide devait être relatif. Le site est marqué d’abord par l’ancien village néolithique, dont le fossé et le rempart devaient être encore bien visibles, mais il l’est surtout par les cheminements côtiers, la voie préhistorique qui devait relier à l’Âge du bronze les stations de Stentinello, Mégara, Petraro...

11On appelle à Mégara Hyblaea « phase des campements » la période qui sépare l’arrivée des Grecs sur le site et la mise en place du premier plan d’urbanisme. Notion difficile s’il en est, surtout parce que ces premiers temps des cités grecques ne nous sont presque jamais documentés archéologiquement. À Mégara Hyblaea, toutes les maisons retrouvées dans les fouilles autour de l’agora s’insèrent parfaitement dans le lotissement et sont donc postérieures au tracé du plan d’urbanisme. À la « phase des campements » se rattachent peut-être de grands silos en forme de bouteille, mais on ne connaît guère ailleurs de traces de ces établissements primitifs. Certains de ces silos, dans l’angle nord-est de l’agora, semblent rapidement transformés en bothroi (ou puits rituels), dont un est englobé dans un petit édifice (oikos), que nous interprétons comme une « mémoire » de cette phase primitive de l’habitat.

12Il semble que l’habitat soit très largement étendu dès la fin du VIIIe siècle sur l’ensemble de la superficie couverte par la ville archaïque. Il n’existe pas, dans l’état actuel des connaissances, de groupes de tombes qui sépareraient des noyaux d’habitat, ni même d’espaces vides : seuls sont « vides » les téméné des sanctuaires, l’agora, et les zones non fouillées. Le plan de répartition des puits archaïques montre qu’il y en a partout, sauf dans les trois cas précités. Bien qu’il reste beaucoup à fouiller et que la densité de l’occupation ait dû varier considérablement selon les secteurs, il ne nous paraît donc pas probable que le premier habitat soit organisé en villages (ou komai), qui ne se seraient regroupés que progressivement.

Figure 2:

Mégara Hyblaea à l’époque archaïque (H. Tréziny).

Figure 2:
Figure 2: Mégara Hyblaea à l’époque archaïque (H. Tréziny).

Mégara Hyblaea à l’époque archaïque (H. Tréziny).

13Les grands axes de circulation, qui remontent sans doute en grande partie à la « phase des campements », dessinent une trame plutôt irrégulière; les rues est-ouest A et B ne sont ni rectilignes, ni parallèles, les deux grands axes nord-sud du plateau nord (rues C et D) sont convergents au nord en un point où nous situons la « porte Marine », et les mêmes irrégularités se retrouvent dans les autres secteurs de la ville, si bien que le plan urbain se répartit en « quartiers » d’orientations différentes. À partir de ces axes, la mise en place du plan d’urbanisme est d’abord un processus de lotissement. Le long des rues sont construites des files de lots accouplées deux à deux. Les lots que l’on peut observer à Mégara Hyblaea, aussi bien sur le plateau Sud de la ville qu’autour de l’agora, ont des dimensions constantes, entre 120 et 140 m2. Ces variations ne sont pas significatives : plus qu’à la volonté de définir des lots inégaux, elles résultent de la difficulté à construire des lots égaux dans un système qui n’est pas orthogonal. Bref, il ne faut pas y voir une différenciation sociale mais plutôt une difficulté à appliquer concrètement l’isomoiria ou « égalité des lots ». Le lieu de culte appelé « hérôon » dans l’angle Nord-Ouest de l’agora n’est ni une tombe, ni la maison de l’oikistes (Lamis) qui est mort à Thapsos avant l’arrivée des colons à Mégara Hyblaea : tout au plus pourrait-on en faire une sacralisation de l’oikopedon-standard, le « lotétalon » de l’urbanisme mégarien, le symbole du lotissement. Bothroi à l’est, « hérôon » à l’ouest sont donc, sur l’agora, les « lieux de mémoire » des deux moments principaux de la fondation coloniale.

14Que ce premier plan d’urbanisme résulte en fait d’un partage de type agraire, c’est-à-dire qu’il suive sans doute les mêmes règles et procédures que la répartition des champs dans la chora, ne doit pas nous cacher qu’il s’agit bien du plan d’une ville. Du territoire de Mégara Hyblaea, nous ne connaissons malheureusement que les nécropoles, mais celles-ci, dès la première moitié du VIIe siècle, constituent quelques noyaux à proximité des parcours qui reliaient Mégara Hyblaea avec ses voisines Syracuse et Léontinoi; et il ne semble pas qu’il y ait jamais d’interférence entre zones d’habitat et zones funéraires. Par ailleurs, la fortification semble construite dès le milieu du VIIe siècle au plus tard, et peut-être dès la fin du VIIIe siècle. L’espace urbain mégarien était parfaitement défini dès la fin du VIIIe siècle, dans les formes et les contours de la ville des VIIe et VIe siècles.

15L’espace de l’agora est complexe et comporte plusieurs installations cultuelles dont l’importance s’accroît au cours du temps. À Syracuse, une analyse récente du sanctuaire d’Athéna suggère que cet espace a pu être d’abord la première agora d’Ortygie avant de se spécialiser dans des fonctions religieuses, et donc que la distinction entre téménos et agora a pu ne pas être très nette aux débuts des villes coloniales [16]. En somme, si la définition spatiale de ces espaces est très probablement ancienne, contemporaine de la construction du plan d’urbanisme, leur affectation a pu être d’abord très générale, pour ne se préciser qu’avec le temps.

16Mais il faut insister sur la précocité de l’organisation de l’espace. À Mégara Hyblaea toujours, le grand sanctuaire du Nord-Ouest (temples A et B des fouilles de P. Orsi) ne nous semble pas une création récente [17], mais au contraire une implantation précoce, dont la situation au centre de l’espace délimité par le fossé du village néolithique n’est évidemment pas l’effet du hasard [18].

17À l’intérieur même des espaces lotis, affectés en principe à des habitats privés, on trouve souvent des lieux de culte, ou du moins des bâtiments qui ne semblent pas être des habitats banals. Des plates-formes généralement circulaires ont été retrouvées à Mégara Hyblaea, mais aussi à Sélinonte et peut-être à Himère [19]. Généralement en contact avec l’axe médian de l’îlot, elles ne semblent pas devoir s’interpréter comme des structures domestiques, mais plutôt comme des aménagements cultuels, autels, ou plutôt lieux de convivialité où se prenaient des repas rituels (en l’honneur d’ancêtres communs ?). L’interprétation en est très difficile, mais on peut y voir des lieux de culte privés, relatifs non pas à la maison, à l’oikopedon lui-même, mais à un groupe de lots, à un groupe familial à l’intérieur du cadre de la cité. À côté des cultes poliades qui occupent les grands téméné et espaces publics, ces cultes « privés » peuvent expliquer la relative imbrication de l’habitat et des lieux de culte dans l’espace mégarien. Dans certains cas, comme le « temple ZR » du plateau Sud, un véritable temple prend la place de ce qui pouvait être d’abord un simple habitat [20].

18Toute l’histoire de la colonisation archaïque et les observations archéologiques sur les premières maisons, à Mégara Hyblaea comme à Syracuse, suggèrent que l’espace urbain était divisé en lots égaux [21]. Rien ne permet de distinguer dans les premières maisons un habitat des riches et un habitat des pauvres. Pourtant, nous savons que les sociétés archaïques étaient dirigées par des familles aristocratiques, dont nous connaissons les noms dans plusieurs cas : Gamoroi de Syracuse, Hippeis de Léontinoi au VIIe siècle, Pacheis de Mégara Hyblaea au début du Ve siècle. Un réexamen attentif des bâtiments construits en grand appareil autour de l’agora de Mégara Hyblaea suggère toutefois qu’il ne faut peut-être pas les interpréter systématiquement comme des bâtiments publics. Le « bâtiment trapézoïdal » situé au sud de l’agora de Mégara Hyblaea doit être interprété comme la réunion progressive de lots d’habitat dans une ou plusieurs maisons plus grandes et plus monumentales que les autres : sans doute les « grandes maisons » de l’aristocratie mégarienne [22]. L’isomoiria est donc une réalité pour les premières générations de colons : très vite elle laisse la place, dans la structure sociale comme dans l’organisation de l’habitat, à une hiérarchisation, que l’on devine sur tous les sites qui ont été quelque peu explorés.

19Mégara Hyblaea est, on l’a dit, le site colonial le plus exploré à ce jour. Ce que l’on sait d’autres sites contemporains, comme Naxos ou Syracuse, toujours en Sicile, suggère que l’expérience coloniale était variée, et que l’on ne peut pas restituer les autres villes de Sicile sur le strict modèle mégarien. Il est néanmoins probable que les problèmes que les colons avaient à résoudre étaient à peu près les mêmes partout, et il ne semble pas que les solutions adoptées aient pu être radicalement différentes d’un site à l’autre. On considérera donc, avec toute la prudence voulue dans un domaine encore relativement mal connu, que le « modèle mégarien » donne en tout cas une clé de lecture pour les colonies « agraires » des VIIIe et VIIe siècles de la Sicile et de l’Italie méridionale.

Marseille et les villes ioniennes archaïques

20Le cas de Marseille est très différent. Fondée beaucoup plus tard (autour de 600 av. J.-C.) par des Grecs venus d’Ionie, dans une terre jusque-là ignorée par la colonisation grecque, Massalia est avant tout une ville marchande, dont la prospérité se fonde sur le commerce, l’emporia[23]. Cela ne signifie pas qu’elle ne disposait pas d’un territoire; une grande part de sa prospérité, à partir de la fin du VIe siècle, vient de l’exportation de vin, la culture de la vigne joue un grand rôle dans l’économie massaliète. Mais Marseille est d’abord un port, le Lacydon, sans doute le meilleur abri naturel des côtes de Méditerranée Occidentale.

21Le premier habitat fondé par les Grecs sur les rives du Lacydon devait couvrir une vingtaine d’hectares, à cheval sur les buttes Saint-Laurent et des Moulins (fig. 3).

22À vrai dire, seule la butte Saint-Laurent a donné quelques niveaux en place et des structures du premier quart du VIe siècle. La butte des Moulins est moins bien connue, mais l’abondance des céramiques du début du VIe siècle dans les fouilles récentes autour de la Mairie rend très improbable que la butte des Moulins soit restée à l’extérieur de l’espace urbain. Cette première cité était sans doute entourée par un rempart, dont la seule trace pourrait être le « quai » archaïque de la place Villeneuve-Bargemon (Mairie), dans lequel je verrais plus volontiers l’extrémité maritime de la fortification. Au nord de la ville, au-delà de la dépression naturelle occupée aujourd’hui par la rue Four-du-Chapitre, une tombe à incinération pourrait être un vestige de la plus ancienne nécropole de la ville [24]. Outre les nécropoles, les espaces suburbains sont alors occupés par de grandes carrières d’argile, destinées sans doute avant tout à la fabrication des briques d’argile crue (rue Négrel, Bourse, Alcazar). Lors du second quart du VIe siècle, le secteur au nord de la rue Four-du-Chapitre est occupé par un nouveau quartier orthogonal qui a été reconnu par la fouille sous la place des Pistoles, face à la Vieille Charité, et plus récemment, près de la Cathédrale de la Major, dans la fouille du tunnel de la Major. La zone funéraire est abandonnée, et sans doute déplacée. Des zones artisanales pour la production de céramiques fines, puis d’amphores, se mettent en place à la périphérie de la ville, rue Négrel, sur la butte des Carmes, et au nord de la Vieille Charité (rue Leca). Vers la fin du VIe siècle enfin, un nouveau secteur d’habitations couvre la partie est de la ville, jusqu’à la Bourse et à la butte des Carmes. Un nouveau rempart est alors construit à la Bourse. Les anciennes carrières sont abandonnées, de même que certaines installations artisanales intra-muros (rue Négrel). Si les nécropoles archaïques sont si mal connues, c’est peut-être précisément parce que l’extension continue de l’habitat en a oblitéré les traces.

Figure 3

Le développement urbain de Marseille grecque (H. Tréziny; fond de plan M. Bouiron).

Figure 3
Figure 3 : Le développement urbain de Marseille grecque (H. Tréziny; fond de plan M. Bouiron).

Le développement urbain de Marseille grecque (H. Tréziny; fond de plan M. Bouiron).

23Les zones publiques de la cité, agora et sanctuaires, sont encore très mal documentées. L’agora de la ville grecque était peut-être située entre les deux collines primitives, sur l’actuelle place de Lenche. Son développement dans la ville basse est sans doute un phénomène tardif, d’époque romaine. Faute de données archéologiques, les sanctuaires nous sont connus surtout par des sources écrites. On a cependant l’impression que les premiers lieux de culte, sur la butte Saint-Laurent comme à l’emplacement de la cathédrale de la Major, ont une extension assez faible, et que leur agrandissement se fait, dès le VIe siècle, aux dépens de l’habitat qui l’entoure. Le même phénomène a été observé plus nettement dans une autre colonie phocéenne d’Occident, Vélia, fondée en Campanie vers 535 av. J.-C. [25] On est certain ici que le premier habitat du dernier tiers du VIe siècle (le « village en appareil polygonal ») a été détruit vers 480 pour laisser place sur l’acropole à une monumentalisation de l’espace sacré. Ajoutons que le premier habitat était probablement limité à la zone de l’acropole, et que la ville s’étend dans la partie basse dans le courant du Ve siècle seulement. À Vélia comme à Marseille, cette extension des espaces publics aux dépens de l’habitat semble donc coïncider avec l’extension de l’habitat lui-même.

24En dépit des nombreuses incertitudes et d’inévitables schématisations, le dossier marseillais, avec son urbanisme évolutif, nous fait sentir à quel point la fondation d’une cité comme Mégara Hyblaea apparaît « programmée ». Non bien sûr que les Mégariens de la fin du VIIIe siècle aient prévu dans les moindres détails ce que serait la ville du VIe siècle. Mais l’étendue de l’espace urbain est suffisante pour absorber des évolutions prévisibles de la population. Mégara Hyblaea et Marseille sont peut-être deux cas extrêmes, entre lesquels on peut imaginer toute une série de cas intermédiaires. La fondation des villes archaïques, on l’a vu, n’obéit pas à un modèle unique mais reflète, selon les lieux et les époques, la variété des expériences coloniales.

Les re-fondations d’époque classique et hellénistique

25Les re-fondations de villes sont très nombreuses dans l’histoire du monde grec, mais on entend par là des choses très différentes. En Thrace, la re-fondation d’Amphipolis au Ve siècle est un acte purement politique : le nom du fondateur athénien Hagnon, est oublié, le Spartiate Brasidas, enterré à l’entrée de l’agora, est l’objet d’un culte héroïque, sans conséquence sur l’habitat lui-même. Par contre, la fondation de Thourioi sur le site de Sybaris, ou d’Héraclée de Lucanie sur celui de Siris au Ve siècle sont de véritables fondations nouvelles, sur des sites qui ne conservent qu’un vague souvenir des villes archaïques détruites. Entre ces deux cas extrêmes on trouve de multiples variantes. Naxos de Sicile est vidée de ses habitants par Gélon de Syracuse en 476 av. J.-C. Quelques années plus tard, Gélon réinstalle sur le site une nouvelle population de 10 000 mercenaires syracusains et péloponnésiens. Le nouveau plan d’urbanisme, parfaitement orthogonal, n’a rien à voir avec le précédent [26]. L’ancien cadastre est évidemment abandonné, un nouveau parcellaire est mis en place, plusieurs tailles de lots sont définies, selon un système probablement censitaire. Seuls subsistent de la ville archaïque le nom, Naxos, et sans doute l’emplacement du port et de l’agora, au nord de la ville, du sanctuaire (d’Aphrodite ou d’Héra ?) au sud. La même situation se retrouve un siècle plus tard à Kaulonia (Calabre), détruite par Denys de Syracuse en 387, refondée dans la seconde moitié du IVe siècle : là aussi, on passe d’un plan hétérogène en plusieurs quartiers à un plan orthogonal parfaitement homogène, ce qui suppose un renouvellement complet du cadastre [27]. Les choses sont sans doute plus complexes dans la sicilienne Camarine [28]. Fondation de Syracuse vers 598 av. J.-C., la ville entre très tôt en conflit avec sa métropole (553 av. J.-C.) et les Camarinéens, vaincus, doivent s’exiler. En 492, Hippocratès de Géla fonde à nouveau la ville, dont il devient l’oikistes, mais Gélon de Syracuse en chasse à nouveau les habitants en 484 (Thucydide, VI, 5), et les Géloens la refondent en 461, procédant à un nouveau lotissement de la chora (Diodore de Sicile, XI, 76, 5). Détruite en 405 par les Carthaginois, la ville est réoccupée dès 396 et se développe à nouveau dans la deuxième moitié du siècle, sous Timoléon, qui y envoie de nouveaux colons (Diodore, XVI, 82,7). On ne connaît évidemment bien que le dernier état du plan d’urbanisme, celui du IVe siècle, si bien qu’il est difficile de dire dans quelle mesure il y a continuité ou s’il faut imaginer des ruptures complètes entre ces diverses re-fondations de la cité. À Himère, en Sicile occidentale, un premier habitat s’implante dans la ville haute vers le milieu du VIIe siècle. Il est remplacé dès le second quart du VIe siècle par un nouveau quartier, parfaitement orthogonal. L’archéologie ne permet d’identifier clairement aucun traumatisme et aucun texte ne nous signale un événement qui pourrait expliquer cette rupture. Il faut pourtant y voir une nouvelle fondation : le nouveau plan cadastral oblitère totalement le précédent [29], les rues se superposent à d’anciennes maisons, les anciennes rues disparaissent sous l’habitat, ce qui suppose une redistribution des propriétés. Seuls subsistent peut-être du premier état les téménos et l’orientation des sanctuaires.

26J’ai commencé ce tour d’horizon par un examen de Mégara Hyblaea à l’époque archaïque. Revenons à Mégara à l’époque hellénistique. On sait que le site, abandonné en 482, était désert lors de l’expédition athénienne vers 414 (Thucydide, VI, 49,4), mais sans doute occupé vers la fin du IVe siècle. L’archéologie montre en effet une réoccupation du site dans la deuxième moitié ou le dernier tiers du IVe siècle [30] mais on croit lire deux phases dans la ville hellénistique. Dans un premier temps, les maisons et les rues paraissent suivre assez fidèlement le plan des quartiers archaïques, ce qui implique un bon état de conservation des vestiges. Dans un second, sans doute sous le règne de Hiéron II, à partir de 270, la ville change de visage, avec la construction de grands édifices publics (temple de Zeus Olympien [31], thermes, nouvelle enceinte), mais aussi de grandes maisons privées qui franchissent les limites d’îlots et modifient le tracé des rues. On a l’impression ici que la réoccupation de la ville est d’abord la revitalisation d’un centre urbain qui n’avait peut-être jamais été totalement abandonné. En tout cas, la réoccupation de Mégara n’a rien à voir avec les réaménagements complets envisagés précédemment. Faute de sources littéraires, les données archéologiques suggèrent ici la réoccupation progressive d’un site qui, sur le plan urbanistique, ne sera véritablement re-fondé qu’au IIIe siècle, dans le sillage du royaume de Syracuse.

Notes

  • [1]
    Dans une bibliographie surabondante, on rappellera quelques ouvrages fondamentaux. Sur l’urbanisme grec en général, R. Martin, L’urbanisme dans la Grèce antique2, Paris 1974; E. Greco et M. Torelli, Storia dell’urbanistica. Il mondo greco, Rome 1983 ; E. Greco (sous la direction de), La città greca antica. Istituzioni, società e forme urbane, Rome, 1999. Sur le monde colonial d’Occident, J. Bérard, La colonisation grecque de l’Italie méridionale et de la Sicile dans l’antiquité. L’histoire et la légende, Paris, 1957 ; J. Boardman, The Greeks Overseas, Londres, 1980; éd. française Les Grecs outre-mer, Naples, 1995; R. Martin, P. Pelagatti, G. Vallet, G. Voza, I.2, Le città greche di Sicilia et I.3. Città greche ed indigene di Sicilia : documenti e storia, dans E. Gabba et G. Vallet (sous la direction de), La Sicilia antica, (= Storia della Sicilia, t. I et II), Palerme, 1980; G. Pugliese Carratelli (sous la direction de), Les Grecs en Occident, catalogue de l’exposition de Venise, 1996, notamment E. Greco et D. Mertens, « L’urbanisme de la Grande Grèce », p. 243-262, et A. Di Vita, « L’urbanisme de la Sicile grecque », ibid., p. 263-308. Pour tous les sites occidentaux, il faut également se reporter à G. Nenci et G. Vallet (sous la direction de), Bibliografia topografica della colonizzazione greca in Italia e nelle isole, Pise-Rome, depuis 1977 (17 vol. parus en 2004).
  • [2]
    I. Malkin, « Exploring the validity of the concept of « Foundation » : a visit to Megara Hyblaea », dans V B. Gorman, E. W. Robinson (sous la direction de), Oikistes. Studies in constitutions, colonies and military power in the ancient world offered in honor of A. J. Graham, Leyde-Boston-Cologne, 2002, p. 195-225.
  • [3]
    N. Valenza Mele, « Hera e Apollo nella colonizzazione euboica d’Occidente », Mélanges d’archéologie et d’histoire de l’É cole Française de Rome. Antiquité (MEFRA), 89/2,1977, p. 493-524; I. Malkin, « Apollo Archegetes and Sicily », Annali SN Pisa, 16,1986, p. 61-74.
  • [4]
    I. Baldassare, « Cirene », dans E. Greco, La città (op. cit. supra n.1 ); sur la fondation de Cyrène, voir aussi C. Calame, Mythe et histoire dans l’antiquité grecque. La création symbolique d’une colonie, Lausanne, 1996.
  • [5]
    E. Greco, D. Theodorescu, Poseidonia-Paestum II, Rome, 1983, p. 74-78.
  • [6]
    La dédicace à Antiphémos a été publiée par P. Orsi, Monumenti Antichi Lincei, 17,1906, p. 558-560; elle provient du secteur de la Piazza del Calvario (Adamesteanu, Notizie Scavi, 1960, p. 87-91) dans laquelle on pourrait voir l’agora de la ville archaïque; sur la topographie de la ville, G. Spagnolo, « Recenti scavi nell’area della vecchia stazione di Gela », Quaderni Ist. Arch. Messina, 6,1991, p. 53-70; R. Panvini, Gelas. Storia e archeologia dell’antica Gela, Turin, 1996.
  • [7]
    D. Viviers, « « Du temps où Phorbas colonisait Eléonte ». Mythologie et propagande cimonienne », La Parola del Passato, 224,1985, p. 338-348.
  • [8]
    R. Van Compernolle, « Syracuse, colonie d’Argos ? », Kokalos, XII, 1966, p. 75-101.
  • [9]
    A.J. Dominguez, « Ephesos and Greek Colonization », dans H. Friesinger, et Fr. Krinzinger (sous la direction de ), 100 Jahre Ö sterreische Forschungen in Ephesos, Akten des Symposions Wien 1995, Vienne, 1999, p. 75-80; Id., « Phocaeans and the Ionians in Western Mediterranean », dans Fr. Krinzinger (sous la direction de), Die Ä gä is und das westliche Mittelmeer. Beziehungen und Wechselwirkungen 8. bis 5. Jh. v. Chr., colloque de Vienne, 1999, Vienne, 2000, p. 507-513 ; H. Tréziny, « Les lieux de culte dans Marseille grecque », dans A. Hermary, H. Tréziny (sous la direction de), Les cultes des cités phocéennes, actes du colloque d’Aix-en-Provence et Marseille, 1999, Aix-en-Provence, 2000, p. 81-99.
  • [10]
    Selon A. Furtwängler, « Massalia im 5. Jh. v. Chr. : Tradition und Neuorientierung. Ein Ü berblick ü ber die städtischen Emissionen im Lichte neuer Funde », dans BLESA, Publication du Parc Archéologique Européen, 1,1993 (= Mélanges Jean Schaub), p. 431-448, les monnaies à tête casquée du Ve siècle pourraient représenter le héros fondateur. Ce n’est pas l’opinion de Cl. Brenot, « Le monnayage de Marseille au Ve siècle av. J.-C. », dans M. Bats et al. (sous la direction de), Marseille grecque et la Gaule, Actes des colloques de Marseille, 1990, Aix-en-Provence, 1992, p. 245-253, notamment p. 248.
  • [11]
    L. Bernabò Brea, « Il crepusculo del re Hyblon. Considerazioni sulla cronologia delle fondazioni di Leontinoi, Megara e Siracusa e sulla topografia della Megaride di Sicilia », La Parola del Passato, 23,1968, p. 161-186; R. Sammartano, « Tradizioni ecistiche e rapporti greco-siculi : le fondazioni di Leontinoi e di Megara Hyblaea », Seia, 11,1994, p. 47-93.
  • [12]
    D. Pralon, « La légende de la fondation de Marseille », dans M. Bats et al. (sous la direction de), Marseille grecque et la Gaule, op. cit., p. 51-56; A. Brugnone, « In margine alle tradizioni ecistiche di Massalia », La Parola del Passato, 50 (280), 1995, p. 46-66; sur le rôle des femmes en général dans la colonisation grecque, A. J. Graham, « Religion, women and Greek colonization », dans Atti CeRDAC, XI, 1980-1981, p. 294-314; R. Van Compernolle, « Femmes indigènes et colonisateur », dans Modes de contacts et processus de transformation dans les sociétés anciennes (Cortona 1981 ), Pise-Rome, 1983, p. 1033-1049.
  • [13]
    F. de Polignac, La naissance de la cité grecque, Paris, 1984,2e édition 1995; « L’installation des dieux et la genèse des cités en Grèce d’Occident, une question résolue ? Retour à Mégara Hyblaea », dans La colonisation grecque en Méditerranée occidentale, Rome, 1999, p. 209-230.
  • [14]
    Sur les fouilles récentes de Thasos, voir F. Blondé, A. Muller, D. Mulliez, « Le passage des Théores à Thasos : une énigme résolue ? », CRAI, 2000/2, p. 885-907 ; Eid., « Evolution urbaine d’une colonie à l’époque archaïque. L’exemple de Thasos », dans Habitat et urbanisme dans le monde grec, actes de la table ronde de Toulouse (9-10 mars 2001 ) = Pallas, 58,2002, p. 251-265 ; Eid., « Thasos, d’Archiloque aux guerres médiques. Questions de topographie et d’urbanisme. Bilan de la journée d’étude de Lille, 20 mars 2000 », Topoi, 10; 1,2000 [2003], p. 9-56.
  • [15]
    G. Vallet, Fr. Villard, P. Auberson, Mégara Hyblaea 1. Le quartier de l’agora archaïque, Rome 1976; Eid., Mégara Hyblaea 3. Guide des fouilles, Rome 1983 ; bilan complet dans M. Gras, H. Tréziny, H. Broise, Mégara Hyblaea 5. La ville archaïque, Rome, 2004 (infra, Mégara 5).
  • [16]
    G. Voza (sous la direction de), Siracusa 1999. Lo scavo archeologico di Piazza Duomo, Palerme-Syracuse, 1999, pl. V. Sur le rapport agora/téménos, B. Bergquist, « The Archaic Temenos in Western Greece : a Survey and two Inquiries », dans A. Shachter (sous la direction de), Le sanctuaire grec, Entretiens sur l’Antiquité classique (Fondation Hardt), no 38, Genève, 1992, p. 109-152.
  • [17]
    Contra F. de Polignac, « L’installation des dieux... », op. cit. supra n. 13, considère que le sanctuaire du nord-ouest, comme l’agora, ne s’organise que dans le courant du VIIe siècle.
  • [18]
    Mégara 5, ch. 5.
  • [19]
    À Mégara Hyblaea, M. Gras et H. Tréziny, « Mégara Hyblaea. Retours sur l’agora », dans E. Greco (sous la direction de), Architettura Urbanistica Società nel mondo antico. Giornata di studi in ricordo di Roland Martin, Paestum, febbraio 1998, Fondazione Paestum – Tekmeria 2, Edizioni Pandemos, Paestum, 2001, p. 51-63 ; Mégara 5, p. 512-519 et 541. À Sélinonte, D. Mertens, « Die Agora von Selinunt », Mitteilungen des Deutschen Archä ologischen Instituts (Rom. Abt.) (MDAI(R)), 110,2003, p. 389-446.
  • [20]
    Mégara 5, p. 57-84.
  • [21]
    Sur l’habitat ancien de Syracuse, P. Pelagatti, « Siracusa : le ultime ricerche in Ortigia », dans Atti del convegno internazionale Grecia, Italia e Sicilia nell’VIII e VII sec. a. C. (Athènes, 1981 ) = Annuario Atene 60 (ns 44), p. 117-163.
  • [22]
    Mégara 5, p. 580-581 ; S. Ferrucci, « Belle case private » e case tutte uguali nell’Atene del V secolo A.C. », dans RFIC, 1996, p. 408-434.
  • [23]
    Citons seulement quelques publications récentes, où l’on trouvera la bibliographie anté-rieure : A. Hermary, A. Hesnard, H. Tréziny (sous la direction de), Marseille grecque. La cité phocéenne (600-49 av. J.-C.), Paris, 1999; M. Bouiron, H. Tréziny et al. (sous la direction de), Marseille. Trames et paysages urbains de Gyptis au roi René, actes du colloque de Marseille, nov. 1999, Aix-en-Provence, 2001 (coll. Etudes massaliètes, 7); H. Tréziny, « L’urbanisme archaïque des villes ioniennes : un point de vue occidental », dans les actes de la table ronde L’Ionie pré-classique. territoire et organisation de l’espace, Bordeaux, 5 mars 2004, à paraître dans RÉ A 2006; le volume « Marseille » de la Carte Archéologique de la Gaule doit paraître en 2005.
  • [24]
    Tunnel de la Major, fouille INRAP, 2000-2001, Document Final de Synthèse 2004.
  • [25]
    Synthèses récentes sur Vélia : G. Greco et Fr. Krinzinger (sous la direction de), Velia. Studi e ricerche, Modène, 1994; Fr. Krinzinger et G. Tocco (sous la direction de), Neue Forschungen in Velia, Akten des Kongresses « La ricerca archeologica a Velia » (Rom, 1-2. Juli 1993), Vienne, 1999.
  • [26]
    M. C. Lentini M.C., « Nuove esplorazioni a Naxos (scavi 1989-1994) », Kokalos, 39-40, II/1, 1993-1994, p. 1001-1026.
  • [27]
    M.T. Iannelli, S. Rizzi, « Kaulonia : indagini ed ipotesi sull’impianto urbano di età ellenistica alla luce delle più recenti campagne di scavo », Rivista Storica Calabrese, N. S. VI, 1985, p. 281-316; H. Tréziny, Kaulonia I. Sondages sur la fortification Nord (1982-1985), Naples, 1989.
  • [28]
    Sur l’histoire de Camarine, voir Storia della Sicilia (cit. supra, n. 1), t. I, 3, p. 509-517.
  • [29]
    Outre les publications classiques A. Adriani et al. (sous la direction de), Himera I, Rome 1970 et N. Allegro (sous la direction de), Himera II, Rome 1976, on consultera aujourd’hui N. Allegro et S. Vassalo, « Himera. Nuove ricerche nella città bassa (1989-1992) », Kokalos, 38, 1992, p. 79-150; N. Allegro, « Le fasi dell’abitato di Himera », dans H.-P. Isler et D. Käch (sous la direction de), Wohnbauforschung in Zentral- und Westsizilien / Sicilia Occidentale e centromeridionale : ricerche archeologiche nell’abitato, Zurich, 1997, p. 65-80; S. Vassallo, « Indagini in un quartiere della città bassa di Himera », ibid., p. 81-90.
  • [30]
    G. Vallet et F. Villard, « Le repeuplement du site de Mégara Hyblaea à l’époque de Timoléon », Kokalos, 4,1958, p. 100-108; Mégara 3 (op. cit. supra n. 15).
  • [31]
    M. Bell III, « Centro e periferia nel regno siracusano di Ierone II », dans La colonisation grecque en Méditerranée occidentale, Rome, 1999, p. 257-277.
Français

La fondation des villes grecques est abordée essentiellement dans le domaine colonial. Après quelques réflexions générales sur les récits et les mythes de fondation, sur les héros fondateurs et le rôle des dieux dans les fondations coloniales, on s’attache à deux cas particuliers, dans lesquels on peut voir deux modèles de développement différents : Mégara Hyblaea (Sicile), exemple de colonie « agraire » de la fin du VIIIe siècle av. J.-C., et Marseille, colonie ionienne du début du VIe siècle. Le dossier est complété par quelques exemples de refondations de villes coloniales, surtout pour l’époque classique et hellénistique.

English

Greek colonies in Western Mediterranean

Greek urban foundations are mainly studied here in the colonial world. After some general thoughts about foundation narratives and mythology, heroic founders and divine intervention in colonial foundations, two cities, illustrative of two different patterns, are analysed: Megara Hyblaea (Sicily), an «agrarian » colony at the end of the VIIIth century B.C., and Massalia, an ionian colony at the beginning of the VIT h century. Some examples of colonial «refoundation », mainly from the classical and hellenistic periods, complete the study.

Henri Tréziny
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/01/2009
https://doi.org/10.3917/rhu.013.0051
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