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2004/2 (n° 630)


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BYZANCE ET SON EVOLUTION éCONOMIQUE DU VIIe AU XVe SIECLE

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Voilà un événement scientifique de portée considérable, à la fois pour la byzantinologie, pour l’Histoire du Moyen Âge [1][1]  À propos de The Economic History of Byzantium from... et pour l’histoire économique en général que la publication de The Economic History of Byzantium from the Seventh through the Fifteenth Century : une véritable somme rassemblant et synthétisant les connaissances des byzantinistes sur le sujet. Soulignons que l’ouvrage, qui comporte abondance d’illustrations, de cartes, de graphiques et une bibliographie abondante pour chaque chapitre, est publié simultanément en anglais à Washington et en grec à Athènes, grâce au concours de la Banque de Grèce et de l’Association des banques grecques. Heureux pays où le mécénat s’intéresse d’aussi près à des grandes entreprises scientifiques !

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Soulignons la conception d’ensemble de l’ouvrage. D’un côté, il rassemble 39 auteurs de 10 nationalités concourant à 51 chapitres. De l’autre, l’éditrice en chef (c’est la fonction que lui assigne l’ouvrage) a pleinement rempli son rôle et assure une très ferme conception d’un ensemble qui ne se borne pas à faire le point des connaissances acquises, mais apporte pour une très large part des matériaux nouveaux et des conceptions neuves. Non seulement Angéliki Laiou a écrit l’introduction, donne les chapitres pour lesquels elle était la plus compétente (l’économie agraire des XIIIe-XVe siècles, échanges et commerce des VIIe-XIIe siècles), mais elle a donné un chapitre très original sur « Les échanges économiques et non économiques » et la partie conclusive qui tire le bilan de tout l’ouvrage sur les traits généraux de l’économie byzantine, pour dégager aussi bien « La pensée et l’idéologie économique » que « L’économie byzantine : une synthèse », chapitre où elle développe une périodisation de l’histoire économique byzantine.

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Le plan, thématique, est en soi classique. Le développement l’est moins, qui appuie judicieusement des synthèses sur des développements ciblés sur un aspect particulier, sur des comparaisons ou sur des études de cas.

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La première partie traite de l’environnement naturel, des ressources, des communications et des techniques de production. La deuxième partie, plus courte, fait du VIe siècle l’arrière-plan du développement ultérieur. En 50 pages, sous la plume de Cécile Morrisson et Jean-Pierre Sodini, elle nous fournit une synthèse magistrale sur l’économie byzantine au siècle de Justinien. À ceci s’ajoute une première étude de cas, Anémorion ; cette cité de la côte sud-orientale de l’Asie Mineure, très mal documentée par les textes, est connue presque uniquement par l’archéologie, en partie grâce à l’abandon du site vers 660.

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Puis l’ouvrage se développe par thèmes. La troisième partie, de loin la plus longue, traite des structures, de l’organisation et du développement de la production, c’est-à-dire les secteurs primaire et secondaire. Elle commence par l’agriculture. Le découpage est ici chronologique : un chapitre dû à Jacques Lefort, l’un des principaux éditeurs des actes de l’Athos qui fournissent une part très importante de la documentation à partir du Xe siècle, traite des VIIe-XIIe siècles ; Angéliki Laiou a écrit le chapitre sur la période suivante, tandis que Pierre Toubert replace Byzance dans la civilisation agraire méditerranéenne. Jacques Lefort dresse le tableau de campagnes où l’essentiel des terres appartient de plus en plus à de grands propriétaires tout en étant cultivées par de petits paysans économiquement indépendants, cela s’avérant plus important que les éventuels liens de dépendance, avant tout économiques, avec le propriétaire. L’agriculture est plus diversifiée et productive qu’on ne l’avait estimé auparavant, ce qui permet à des tenures de 4 à 5 ha d’être la forme dominante de mise en valeur, avec un équipement limité à un bœuf ; encore que, sur ce point, il n’explique pas concrètement comment le paysan tire son araire avec un seul animal, mode de traction que ne montre aucune illustration. L’auteur montre une expansion économique continue depuis le IXe siècle, qui se traduit par la mise en culture de nouvelles étendues de terre. Il dresse un tableau convaincant de l’équilibre économique d’une tenure paysanne de propriétaire ou de locataire de 8 ha (donc d’un tenancier ayant une paire de bœufs !) et d’un grand domaine de 400 ha dont la rentabilité serait de 3 %. Enfin il expose le développement de l’artisanat rural. A. Laiou montre que l’expansion rurale, population et production, continue jusqu’au milieu du XIVe siècle, mais la paysannerie s’appauvrit au profit des grands propriétaires ; à partir du milieu du XIVe siècle, la production décroît et la propriété se concentre entre les mains des plus puissants. P. Toubert montre comment les campagnes byzantines s’insèrent dans l’histoire agraire méditerranéenne, mais aussi comment le développement des grands domaines byzantins lui semble beaucoup plus complexe et sophistiqué qu’en Occident et entraîner une vraie culture de gestion.

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Si l’histoire de l’économie rurale byzantine, ainsi heureusement mise au jour, répond à une tradition plus que séculaire, le développement de l’étude des productions urbaines est beaucoup plus récent ; par ailleurs, si cette histoire s’appuie sur un nombre limité de documents écrits, elle reçoit le secours de l’étude matérielle de ses productions et de celle des sites archéologiques explorés. Au reste, cette partie contient l’étude du cas de huit villes (Sardes, Pergame, Thèbes, Athènes, Corinthe, avec une étude spécifique de la circulation monétaire de 976 à 1204, Cherson, Preslav et Turnovo) ; pour certaines, il s’agit avant tout d’une mise au point fondée sur les recherches antérieures, d’autres apportent un matériel nouveau. L’étude de ces cités provinciales a le grand intérêt de contrebalancer le naturel centrage sur Constantinople de la plupart des études sur la ville byzantine, pour des raisons qui tiennent à la documentation écrite ; un seul chapitre est d’ailleurs consacré au développement urbain de la capitale, sur lequel les études continuent d’ailleurs à un rythme soutenu. D’ailleurs, le chapitre consacré aux « aspects de la ville » écarte délibérément Constantinople de son champ d’investigation ; l’état de la documentation archéologique conduit l’auteur (Ch. Bouras) à avancer modestement qu’il se contentera d’indications méthodologiques pour une étude future, mais il livre en fait une typologie des villes byzantines et une esquisse de périodisation de leur développement. Il présente leur extension sur la base des murailles et conclut que les villes byzantines étaient petites, puis il estime leur population, esquisse le schéma suivant lequel la topographie interne des cités évolue. Il s’étend ensuite sur les activités, leur implantation dans la ville et leurs installations : marchés et foires, boutiques et ateliers et même le phénomène du maintien de terres cultivées à l’intérieur de l’espace urbain. Ensuite, il s’intéresse aux différents types de bâtiment et de qui ils relevaient. Même si, en l’état actuel de notre documentation, il ne s’agit que d’une esquisse, celle-ci s’avère fort intéressante.

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Il n’était évidemment pas possible de s’intéresser à chacune des familles de métiers qui prospèrent dans les villes byzantines. L’ouvrage a choisi de se concentrer sur quatre d’entre elles : les métiers de la construction, les industries de l’art (les mosaïques, les peintures murales, les icônes et leur environnement, le travail du métal, les émaux, la sculpture sur ivoire, l’enluminure des manuscrits), ceux du livre, ceux de la poterie et du verre. À cela s’ajoute un court chapitre sur les poids.

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Cette partie s’ouvre sur deux longs chapitres consacrés à l’économie urbaine en général ; le premier, dû à Gilbert Dagron, porte sur les VIIe-XIIe siècles ; le second, dû à Klaus-Peter Matschke, porte sur les trois derniers siècles. La synthèse que donne G. Dagron, particulièrement complète, s’appuie avant tout sur l’exemple constantinopolitain, ce que les sources disponibles rendent inévitable à l’heure actuelle. L’A. commence par s’interroger sur la définition même de la ville, en dehors de Constantinople. Puis il définit deux points d’inflexion : la coupure du VIIe siècle et le tournant du XIe siècle, dont il concède qu’il n’est pas admis par tous. Le chapitre se déroule ensuite en deux temps : la structure sociale de production et de vente ; les métiers. Le point de départ, c’est la présentation du système des corps de métiers, connu dès l’Antiquité et mis en lumière par le Livre de l’Éparque, avec ses limites tant dans le spectre des métiers couverts que dans l’espace hors Constantinople. L’analyse de la société urbaine se poursuit avec les travailleurs et les esclaves, pose la question de savoir qui possédait les boutiques-ateliers et met en lumière les systèmes de production parallèles entretenus par les maisons aristocratiques, les institutions ecclésiastiques et, dans une moindre mesure, les ateliers impériaux. Viennent ensuite les métiers, notamment ceux de la soie et, plus original, de l’approvisionnement.

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Sans doute G. Dagron, comme K.-P. Matschke, a-t-il dû limiter son propos pour tenir compte de la quatrième partie, « Échanges, commerce et marché », dont la perspective sous forme de synthèse est particulièrement nouvelle. À commencer par le chapitre écrit par A. Laiou « Échanges économiques et non économiques » : elle s’interroge ainsi sur le degré de monétarisation de l’économie, le rôle de l’État et la place qu’il laisse aux échanges monétaires à côté des espèces qu’il draine et dépense, notamment sous forme de tributs et cadeaux versés à des puissances étrangères – c’est l’essentiel des échanges non économiques –, sur le rôle du troc. Cette réflexion conditionne naturellement tout ce qui sera dit ultérieurement sur le rôle de la monnaie et du marché dans le commerce tel qu’il se pratique dans le monde byzantin ; une partie des échanges sont non économiques, tandis que d’autres relèvent du commerce, les uns et les autres influant sur l’économie. Viennent ensuite deux chapitres sur les échanges et le commerce, suivant la périodisation des parties précédentes. S’agissant des VIIe-XIIe siècles, à l’issue d’une étude très détaillée qui expose soigneusement les différents facteurs, comme les grands produits commercés, les formes et les agents du commerce, les routes et circuits commerciaux, l’organisation des marchés et des foires, les mécanismes de crédit et les formes d’association, le rôle de l’intervention de l’État et la place des différents groupes sociaux, A. Laiou conclut que, malgré les obstacles, le volume des transactions augmente, que les marchands byzantins jouent un rôle croissant et que l’économie d’échanges est fort active. Dans la période suivante, K.-P. Matschke montre que le rôle de l’État diminue, que la classe dirigeante est davantage impliquée dans le commerce, donnant naissance à un entrepreneuriat aristocratique, moins lié à la terre et davantage aux marchands occidentaux, dont il ne peut cependant atteindre le niveau.

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À cela vient s’ajouter une véritable somme : reprenant et complétant leurs travaux précédents, Cécile Morrisson et Jean-Claude Cheynet présentent de façon aussi complète qu’il est possible actuellement « Prix et salaires dans le monde byzantin », développement appuyé sur 20 tableaux. On aura ainsi de façon raisonnée toutes les données disponibles sur les prix de la terre labourable, des céréales, des vignes, du vin, des oliviers, de l’huile, du bétail, des productions animales, de la rançon d’un aristocrate et d’un homme du commun, des esclaves, des produits de luxe et autres biens meubles, ainsi que le montant des salaires connus pour les officiers comme pour les travailleurs, des revenus des ecclésiastiques, enfin les rations fournies aux personnes entretenues. Cela permet aux auteurs de tirer quelques conclusions sur le niveau de vie des habitants des villes (pour les campagnes, on se reportera aux tableaux de J. Lefort) : en dehors des marginaux, les travailleurs non qualifiés gagnaient environ l’équivalent au maximum de 1 nomisma par mois ; un travailleur qualifié pouvait gagner de 3 à 10 fois plus ; les dignitaires civils, ecclésiastiques et militaires (les mieux payés), comme les plus riches commerçants et banquiers pouvaient atteindre 150 fois ce montant. S’agissant de tendance, et en mettant de côté les marginaux, jusque vers 1350, le niveau de vie des catégories moyennes et inférieures s’est constamment accru. Comme pour les campagnes, cela plaide pour une croissance économique relativement continue que démontre l’ensemble de l’ouvrage.

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Cette partie se clôt par deux exemples : l’étude d’une cité commerçante du Péloponnèse du VIIe au XVe siècle, Monemvasie ; une étude sur les épaves de navire.

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La cinquième partie traite d’un point qui fait la particularité de l’Histoire byzantine : « Les institutions économiques et l’État ». Dans cette perspective, la monnaie constitue l’un des instruments les plus pérennes à Byzance de l’intervention de l’État et Cécile Morrisson donne une autre brillante synthèse, appuyée sur deux cartes, huit tableaux et dix-neuf graphiques auxquels s’ajoute la reproduction photographique des principaux types monétaires. Après une revue exhaustive de la production monétaire et de ses variations face à un approvisionnement monétaire inélastique, l’a. traite de la demande en monnaie et de la circulation de celle-ci. Elle calcule finement le taux de monétarisation de l’économie et conclut, compte tenu de la vitesse de rotation de la monnaie, que celui-ci se situait aux alentours de 45 % et que la monnaie était omniprésente dans l’économie byzantine. Elle propose ensuite une périodisation : un repli aux VIIe et VIIIe siècles jusque vers 820, un rétablissement et une expansion jusqu’en 1204, puis une période qui marque la fin de l’hégémonie monétaire byzantine, accompagnée de la pénétration des monnaies étrangères. Le regretté Nicolas Oikonomidès a ensuite donné un chapitre sur « Le rôle de l’État byzantin dans l’économie » : la centralisation de l’État, même affaiblie dans les derniers siècles, lui permet de jouer un rôle dans l’économie, non pas de la diriger, car l’économie byzantine fonctionne sur la base de la liberté des transactions, mais d’intervenir pour empêcher les excès qui pouvaient avoir un impact politique ; l’État édicte des règles qu’il est, pour l’essentiel capable de faire appliquer. Le découpage chronologique est proche du chapitre précédent.

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La sous-partie suivante traite des aspects réglementaires (on préférera traduire legal aspects par aspects réglementaires, la distinction moderne entre lois et décrets rendant « législatifs » trop étroit) de l’économie à travers cinq exemples : la réglementation et la pratique en matière de propriété ecclésiastique, le droit de préemption, la réglementation byzantine concernant l’activité économique relative aux classes sociales, la réglementation byzantine sur les intérêts, les aspects réglementaires du financement du commerce. La lecture du dernier sera particulièrement utile à l’historien de l’Occident médiéval. Tout juste peut-on regretter pour l’ensemble de ces articles que la confrontation avec les (rares, il est vrai) actes de la pratique conservés soit insuffisante, parfois sans datation de ces actes (cf. par exemple p. 117, n. 57, et p. 1119, n. 61).

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Enfin, la coordinatrice assure elle-même la conclusion, « caractères généraux de l’économie byzantine ». Avant de terminer par une vision d’ensemble de l’économie byzantine, elle consacre un chapitre à la pensée et l’idéologie byzantines en matière d’économie, un sujet tout à fait nouveau, du moins à ce degré de synthèse ; ces dernières, mis à part les développements de Pléthon au XVe siècle, dérivent presque entièrement d’Aristote. Quant à la conclusion, elle résume avec une grande fermeté le propos d’ensemble. D’abord, elle synthétise la périodisation que l’on a rencontrée dans les divers chapitres : repli et réorganisation du VIIe au début du IXe siècle, puis expansion jusqu’à la fin du XIIe siècle, avec un véritable « décollage » aux XIe-XIIe siècles, impact de l’inclusion plus grande dans l’économie méditerranéenne, de 1204 aux années 1340, et la crise finale. Au passage, dans un tableau magistral, elle estime que, au XIIe siècle, le poids du prélèvement public est de 21,25 % de la production nationale, que l’agriculture pèse 81 % de cette production et que les taxes représentent 52,6 % de la partie monétarisée de la production agricole. Elle termine sur une dernière question : pourquoi l’économie byzantine n’est pas devenue capitaliste ? Sans doute parce que, dans le cadre des limites imposées par les conditions générales du monde médiéval, l’économie byzantine a connu, telle qu’elle était, un succès prolongé, alliant croissance et stabilité, une conclusion que l’ensemble de l’ouvrage permet assurément.

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Certes, une œuvre aussi gigantesque recèle inévitablement quelques faiblesses. Certains sujets sont ainsi abordés dans plusieurs chapitres différents, ce qui présente d’ailleurs l’avantage de nous offrir le point de vue de plusieurs savants sur le même problème, au risque de la contradiction. Malgré la vigueur de la direction d’ensemble, si certains auteurs ont pu tenir compte de ce qu’écrivaient certains de leurs collègues et en tirent un mutuel profit, ce n’est pas toujours le cas. Le manque de référence à certains ouvrages récents tient à la longueur inévitable dans le rassemblement des matériaux qui peut dater certaines contributions. Pour autant, on reste surpris que tel auteur cite, d’ailleurs un peu hors de propos, puisque, s’agissant de techniques de construction, l’édification du monastère athonite de Lavra n’est pas précisément urbaine, La Vie d’Athanase dans une édition de 1906 (p. 544) alors que l’édition du Corpus Christianorum date de 1982. Un autre cite le Livre de l’Éparque dans l’édition princeps de J. Nicole de 1893, réimprimée en 1970, et non celle de J. Koder de 1991 (p. 612). Il peut arriver d’étranges erreurs : comment le bien connu Michel Attaliate peut-il s’appeler Constantin dans la citation d’un livre de P. Lemerle (p. 521) ?

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Mais cela demeure vétilles : la plupart des chapitres auraient mérité d’être exposés en détail pour être éventuellement discutés. Cette somme d’une qualité exceptionnelle, qui fournit systématiquement une bibliographie très détaillée à jour jusqu’en 1997, que deux index, notamment un index thématique, permettent d’exploiter facilement, constitue une acquisition indispensable pour toutes les Bibliothèques de recherches en histoire du Moyen Âge et en histoire économique. Les études byzantines rattrapent ainsi une partie de leur retard sur la médiévistique occidentale. Compte tenu de la place centrale occupée par Byzance dans l’économie médiévale, dont le symbole est le nomisma ou besant, ces ouvrages sont indispensables à tous ceux qui étudient l’économie sur la longue durée et à tous les médiévistes dont les recherches touchent de près ou de loin à l’économie, ou qui ont simplement besoin de comprendre l’économie médiévale pour lire leurs sources.

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Michel KAPLAN.

BYZANCE ET SA MONNAIE : DE L’OUVERTURE AU DéCLIN (XIIe-XIIIe SIèCLES) [2][2]  Ce texte rend compte des deux catalogues de Dumbarton...

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Au XIIe siècle Byzance a surmonté la crise politique, militaire et financière qui l’avait frappée dans les trois décennies de la fin du siècle précédent et avait déclenché une dévaluation catastrophique aux réactions en chaîne. La pureté de l’or du célèbre « besant » des sources occidentales était tombée entre 1071 et 1081 de quelque 70 % à 35 % puis, entre 1081 et les années 1090, à 10 % seulement contre 73 % d’argent et 17 % de cuivre. La monnaie d’argent avait quasiment disparu, elle-même altérée et mise au creuset pour altérer la monnaie d’or. La monnaie de cuivre elle-même, en partie été fondue dans la monnaie d’argent avait fait place provisoirement vers 1092 à de petites pièces de plomb. Mais la crise n’avait pas affecté durablement l’économie et le rétablissement progressif d’une relative sécurité sous Alexis Ier Comnène après sa victoire sur les Petchénègues permit à l’empereur de réformer le système monétaire en restaurant la monnaie d’or à un titre de 20 carats 1/2 [3][3]  Le choix de ce curieux étalon s’explique par les contraintes.... Le (nomisma) hyperpyron (purifié sur le feu) – le hyperperum, perpero ou perpre des sources occidentales dont nous avons tiré le terme d’hyperpère – resta une monnaie du grand commerce médiéval pendant tout le XIIe siècle. Après 1204, il jette un dernier éclat sous l’empire de Nicée mais connaît un déclin inexorable sous les Paléologues, conséquence de l’aggravation de la situation politique et militaire de Byzance et de la réduction des ressources de l’État, accentué par le mouvement méditerranéen des métaux précieux et le retour à l’or en Occident. Il cesse d’être frappé en 1353 : Byzance passe alors à un système où l’argent domine et, paradoxalement déconnecté de l’état déplorable des finances impériales, conserve une pureté relativement élevée (au-dessus de 90 %) jusqu’à la chute de Constantinople. Les analyses ont en effet montré que les monnaies de Constantin XI, le « dernier empereur » – que plusieurs textes (Léonard de Chio, Barbaro, Doukas) disaient avoir été frappées pendant le siège à partir des objets liturgiques mais qui étaient restées inconnues jusqu’à la découverte de deux ex. en 1974 et surtout celle vers 1990 d’un trésor qui en contenait 90 [4][4]  S. Bendall, Un trésor de monnaies de Constantin XI,... –, titrent encore près de 93 % [5][5]  C. Morrisson, J.-N. Barrandon et V. Ivaniševi8, Late....

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Ces quelques lignes ne donnent qu’une faible idée du « maquis » d’un monnayage d’une rare complexité, très difficile à identifier et à classer vu la médiocrité de sa frappe à partir du XIIIe siècle, l’absence de toute marque d’atelier et le petit nombre de trésors tardifs bien localisés, maquis dont les deux derniers volumes du DOC offrent un panorama et une interprétation décisifs. Ce domaine négligé de la numismatique tardive, des Paléologues en particulier, avait commencé d’être défriché par Tommaso Bertelè à partir de la fin des années 1920. Le savant italien avait patiemment assemblé une collection comprenant un grand nombre de ces monnaies méprisées à cette époque à cause de leur frappe et leur conservation déplorables. Il en fit connaître des séries nouvelles et de nombreux inédits [6][6]  Pierre Lemerle, préface à T. Bertelè, Numismatique.... Sa collection de 6 000 monnaies est entrée à Dumbarton Oaks et fournit une bonne partie des 2 000 exemplaires du volume 4 et l’essentiel (1 500 ex.) des 1 789 ex. de la période 1261-1453 couverte par le volume 5. Il s’était aussi efforcé de comprendre le système monétaire, en associant étude des documents grecs et occidentaux et analyse des pièces, livrant au chimiste totalité ou partie de certaines monnaies de sa collection – à une époque où l’on ne connaissait pas encore les méthodes non destructives d’activation qui ont tant apporté depuis [7][7]  Appliquées notamment par J.-N. Barrandon et le Centre.... Il avait pu élucider les rapports et les dénominations des différentes monnaies byzantines des XIVe et XVe siècles [8][8]  T. Bertelè, L’iperpero bizantino, RIN, 50, 1959, p. 70-89 ;..., en associant les résultats de ses analyses aux données de la Pratica de Pegolotti, des comptes de l’expédition d’Amédée VI de Savoie (1366-1367) et du Libro dei Conti du marchand vénitien Badoer (1436-1440) – un document inédit qu’il fit transcrire pour son usage personnel avant d’en donner une monumentale édition diplomatique en 1957 et d’en préparer l’index [9][9]  T. Bertelè, U. Dorini (éd.), Il Libro dei Conti di....

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La numismatique byzantine tardive s’enrichit aussi de façon décisive grâce à Simon Bendall qui depuis 1974, n’a cessé de faire connaître des séries ou des types inconnus, des trésors importants dispersés sur le marché, ou de proposer de nouvelles attributions. Ses recueils, illustrés de dessins par P. Donald (The Billon Trachea of Michael VIII Palaeologus 1258-1282, Londres, 1974, et The Later Palaeologan Coinage 1282-1453, Londres 1979) et le catalogue de sa propre collection (A Private Collection of Palaeologan Coins, Wolverhampton, 1988) étaient, avant la parution de DOC 4 et 5 les seuls guides dont on disposait pour identifier ce monnayage extraordinairement varié et qui ne cesse de s’accroître chaque année de types nouveaux. On verra d’ailleurs que l’achèvement du DOC ne dispense pas le numismate ou l’archéologue de compléter son information par la consultation des travaux de Bendall [10][10]  Cf. Cécile Morrisson, NC, 1995, p. 403-404. L’a. prévoit....

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Une étape décisive de la recherche avait été franchie lorsque Michael Hendy publia en 1967 dans les Dumbarton Oaks Studies sa grande étude sur le monnayage de l’Empire byzantin de 1081 à 1261 [11][11]  Michael F. Hendy, Coinage and money in the Byzantine.... Le volume 4 du DOC qui en est issu a connu une gestation longue et irrégulière à la faveur des séjours saisonniers de l’auteur à Washington longtemps consacrés à la rédaction de ses monumentales Studies complétées par un recueil d’articles, en partie inédits [12][12]  Michael F. Hendy, Studies in the Byzantine Monetary.... Le travail, interrompu une dizaine d’années, reprit en 1993 et la rédaction, achevée en 1994, fut livrée à l’impression en 1998 seulement. L’illustration avait en revanche été préparée dès 1983 et pour cette raison la reproduction des types non représentés dans la collection, selon le principe du volume précédent, ne concerne que le matériel antérieur à 1980. On trouvera par exemple pl. XXV la série complète des émissions de la famille des Gabrades à Trébizonde au XIIe siècle identifiées par Bendall en 1977, dont D. O. ne possède que la moitié des types. Mais très peu des types nouveaux de la période 1081-1261, publiés après 1980, nombreux surtout pour le XIIIe siècle, ont été mentionnés. Les numismates regretteront cette imparfaite représentativité [13][13]  H.-U. Geiger, compte rendu de DOC 4 et 5, in Rev..... Cet inconvénient affecte moins l’historien qui trouvera une large information dans les centaines de pages d’introduction générale et de commentaires des différents règnes, un bilan approfondi et original de l’histoire monétaire de la période étudiant le contexte historique, le système monétaire, l’organisation des ateliers, le costume et les insignes impériaux [14][14]  Un très beau chapitre qui dépasse de beaucoup en amont.... DOC 4 complète et met à jour Coinage and Money mais ne dispense pas d’y recourir pour le détail de plusieurs démonstrations.

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Dans son ouvrage pionnier, Hendy était parvenu à élucider de façon remarquable la numismatique et l’histoire monétaire byzantines des XIIe et XIIIe siècles. La complexité des dénominations et la variabilité de leur couleur avaient jusque-là conduit à supposer que la dévaluation de la monnaie d’or byzantine entamée au XIe se poursuivait sous les Comnènes et au-delà. Hendy mit en lumière deux points fondamentaux. D’une part, le rétablissement en 1092 d’une monnaie d’or de bon titre, stable jusqu’en 1204 [15][15]  Les données sommaires qu’il avait obtenues en 1969... et la cohérence d’une hiérarchie de fractions : l’une en alliage d’or et d’argent, ce tiers d’hyperpère que les textes appellent nomisma aspron trachy ou nomisma trikephalon, puis une espèce à l’origine en billon (cuivre argenté), valant alors 1/48e d’hyperpère, appelée également nomisma aspron trachy (ou stamenon) – devenu cette cuprea moneta qu’Eudes de Deuil appelle staminum en 1147 –, et enfin une petite pièce de cuivre (ou de cuivre argenté) valant 1/6e ou 1/18e de la précédente, le tétartèron, ce tartaro que, selon Foucher de Chartres, Alexis Ier avait fait distribuer en grand nombre « aux pauvres de l’ost » [16][16]  L’exposé et les tableaux de Hendy in DOC 5, p. 2-58.... Un système monétaire aussi hiérarchisé était lié aux besoins de l’économie byzantine sous les Comnènes, dont la vitalité avait été soulignée par M. H. dans plusieurs études [17][17]  Michael F. Hendy, The Economy (cité supra, n. 12),..., une économie puissante et diversifiée que la pénétration italienne en Méditerranée orientale et les privilèges reçus de l’Empire n’avaient pas encore affaiblie autant qu’on le croyait jusqu’ici comme de nombreux travaux plus récents l’ont amplement démontré [18][18]  Voir aussi maintenant Angéliki Laiou, Exchange and....

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Les byzantinistes ne disposent pas de documents de l’administration centrale [19][19]  Les pillages de la ville par les Latins, puis par... comparables à la masse de ceux qui ont permis à A. Stahl de décrire et d’analyser récemment le fonctionnement de l’atelier monétaire de Venise, un véritable établissement industriel [20][20]  A. Stahl Zecca. The Mint of Venice in the Middle Ages,.... Mais M. H. met en lumière par une analyse numismatique méticuleuse l’organisation interne de la monnaie de Constantinople et l’importance de sa production qui devait être au XIIe siècle tout à fait comparable à celle de Venise au XIVe siècle. On suit ainsi le cycle indictionnel des émissions distinguées par les minuties du dessin du costume et des insignes impériaux, l’apogée de la production sous Manuel Ier (1143-1180), la réduction du nombre des officines pour la frappe de l’or à la fin de son règne et sous son successeur Andronic Ier. Au contraire l’augmentation de ce nombre pour la frappe de la monnaie divisionnaire en alliage d’or et d’argent révèle un glissement de la production vers les espèces mineures (altérées toutes les deux pendant que l’hyperpère garde une pureté supérieure à 19 carats). Le retour à deux officines pour l’or et quatre pour le billon sous Isaac II (1185-1195) est associé aux dépenses militaires qui conduisent à la dévaluation de ces dénominations. D’autres arguments conduisent M. H. à distinguer à Constantinople avant 1204 un atelier impérial (moneta publica), situé dans le Grand Palais, et un atelier de « change », sur le Forum de Constantin auquel les marchands pouvaient apporter leurs monnaies étrangères ou leurs monnaies de valeur pour les transformer en monnaies locales, très certainement les seules autorisées à circuler comme en témoignent les difficultés de change rencontrées par les armées croisées au XIIe siècle et l’importance qui leur est accordée par ex. dans le traité signé par Frédéric Barberousse et Isaac II en 1190 [21][21]  V. en dernier lieu A. Laiou, Byzantine trade with.... Les archives occidentales conservent bien d’autres attestations, inédites ou non, du rapport entre le « besant » et les deniers ou les marcs occidentaux, qui ne figurent pas dans le Handbook of Medieval Exchange de P. Spufford (Londres, 1986) par ailleurs fondamental. Ce sujet n’a pas intéressé non plus l’a. ici le catalogue étant centré naturellement sur l’histoire « intérieure » de la monnaie byzantine.

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Une autre avancée a consisté à identifier les monnaies d’imitation de cuivre émises dans la première moitié du XIIIe siècle et à les distinguer des monnaies des Comnènes avec lesquelles elles étaient autrefois confondues. On s’étonnait autrefois de l’absence de « monnaie des empereurs latins de Constantinople » car on connaissait leurs bulles d’or et leurs sceaux de plomb mêlant iconographie occidentale sur une face (souverain chevauchant ou en majesté) et byzantine sur l’autre (costume des basileis, inscriptions grecques) depuis le XVIIIe siècle [22][22]  Voir, en dernier lieu, J. Durand (éd.), Le trésor... et on savait que Nicétas Choniates mentionne à plusieurs reprises dans son De Signis la fonte des statues antiques par les croisés pour en faire des « statères » et de la petite monnaie (kermata) [23][23]  Nicetae Choniatae Historia, éd. van Dieten, CFHB 11.... Les numismates de la première moitié du XIXe siècle avaient cherché à combler ce vide en leur attribuant des folles anonymes, qui dataient en fait du XIe siècle comme Schlumberger l’avait démontré dès 1878 [24][24]  Alan M. Stahl, Coinage and money in the Latin Empire....

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On ne saura probablement jamais déterminer précisément au sein de ces séries variées portant ou non les noms plus ou moins altérés des Comnènes ou des Anges, lesquelles sont l’œuvre des empereurs latins ou des Vénitiens à Constantinople, ou du royaume de Thessalonique. On discute encore beaucoup des différentes attributions proposées par Hendy. L’étude des trésors lui avait en effet permis de classer et de dater ces émissions de la période 1195-1215 en y distinguant les imitations qu’il attribue au Second Empire bulgare, des imitations qu’il donne à l’Empire latin de Constantinople ou au royaume latin de Thessalonique. Il offrait aussi, après le catalogue du British Museum remontant à 1911, la première classification systématique des émissions des différents États grecs revendiquant la succession de Byzance (Lascarides à Nicée, Comnène-Doukas en Épire puis à Thessalonique). Les découvertes des dernières décennies ont enrichi le matériel de nouveaux types, le foisonnement d’émissions étant dû au principe de changements annuels (pour raisons fiscales ?) suivi par tous les États de la région à partir des années 1220. Ces découvertes n’ont pas modifié le classement proposé en 1969 et n’ont pas toutes été insérées dans le catalogue malheureusement. Mais elles ont amené M. H. à affiner sa chronologie et l’insérer dans le contexte historique. Il défend de façon argumentée son attribution des « imitations bulgares » qui apparaissent dans les trésors après 1195 seulement, et sont abondamment représentées en Bulgarie, d’où leur attribution au début du second Empire bulgare, envers les critiques et les hypothèses contraires émises respectivement par D. M. Metcalf (qui y voit un monnayage « d’austérité » émis précisément pour alimenter en numéraire les opérations militaires menées par Alexis III entre 1186 et 1194 contre les révoltés bulgares) [25][25]  D. M. Metcalf, compte rendu de DOC 4 dans Byz. Ztsch.,... et J. Touratsoglou (pour qui ces « imitations fidèles » auraient été émises par les Latins à partir de 1204) [26][26]  I. Touratsoglou, La monnaie byzantine aux XIIe-XIIIe siècles.... Les formules à l’emporte-pièce de M. H. et ses condamnations tranchantes (voire méprisantes) ont donné à ce débat un ton polémique d’une âpreté inhabituelle de nos jours. Quoi qu’il en soit, la classification de DOC 4 n’en demeure pas moins le point de départ et la référence obligée de toute étude de l’abondant matériel archéologique de cette période.

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L’historien en retiendra surtout que les différents États non byzantins, latins compris, de la région se sont vus contraints tout au moins dans les premières décennies après la IVe Croisade, en raison de la forte monétarisation byzantine du XIIe siècle et des besoins des échanges [27][27]  Voir Angéliki Laiou, Exchange and Trade..., op. cit.,..., de poursuivre sa tradition pour que leurs émissions pussent être acceptées dans la circulation. Ainsi s’explique par exemple que les empereurs de Constantinople, tout en scellant leurs documents de bulles d’or ou de plomb avec leur titulature complète, n’aient jamais frappé monnaie à leur nom et seulement ces petits bronzes concaves de type grec (trachéa ou staména). Peut-être ont-ils émis aussi des hyperpères imitant les monnaies de Jean II Comnène, de la même façon que le royaume de Jérusalem produisait des « besants sarracénats » copiant les dinars fatimides. Les perperi latini à 16 1/2 carats qui, selon Pegolotti, se reconnaissent à certaines marques figurant à gauche du trône du Christ ont reçu diverses identifications de la part des numismates [28][28]  Cécile Morrisson, in L’or monnayé (cité n. 3) ; Id..... Leur titre inférieur à celui des hyperpères de l’empire de Nicée est en tout cas caractéristique du procédé répandu qui consiste à tirer bénéfice d’une légère différence par rapport à un prototype plus prestigieux.

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L’empire de Nicée est le seul des États prétendant à la succession byzantine après 1204 qui ait frappé monnaie d’or à partir de 1227 à l’imitation, quoique à un titre inférieur, des hyperpères de Jean II Comnène, Jean III Vatatzès abusant de l’homonymie pour se qualifier de « porphyrogénète ». Ces hyperpères sont relativement abondants et diffusés dans une large zone égéenne et balkanique mais Hendy ne commente ni n’interprète ce fait dans le catalogue. Il faut se reporter au livre de 1969 (p. 320) pour trouver quelques lignes sur la place éminente du monnayage nicéen en général dans la circulation de toute la région comparée au rôle réduit et à la diffusion purement locale des monnaies d’argent et de cuivre de l’empire de Thessalonique [29][29]  Cf., en dernier lieu, Cécile Morrisson, The Emperor,... ou de l’Empire bulgare. Il attribuait alors à juste titre cette place aux ressources économiques du domaine des Lascarides qui sont encore mal étudiées malgré leur intérêt [30][30]  On dispose maintenant sur l’une des régions prospères....

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Avec le volume 5, Grierson aborde une des périodes les plus complexes de la numismatique et de l’histoire monétaire byzantines, celle de la dynastie des Paléologues, depuis l’arrivée au pouvoir de Michel VIII (régent de l’empire de Nicée à partir de 1258, empereur en 1259, couronné à nouveau en 1261 à Constantinople reconquise par surprise sur les Latins), jusqu’à la prise de la capitale par les Turcs et à la mort sur les remparts du dernier empereur, Constantin XI, en 1453. Le territoire de l’Empire est alors réduit aux deux petits îlots grecs du XVe siècle : Constantinople et la Morée. Les vicissitudes politiques, notamment les nombreuses usurpations et guerres civiles des XIVe-XVe siècles, avec leurs appels à l’appui des Occidentaux, Génois ou Vénitiens, ou à l’intervention des Turcs, sont bien résumées dans les introductions respectives aux différents règnes, la table généalogique p. 4 et la carte (toutefois trop schématique) permettant au non-spécialiste de s’orienter dans le temps et dans l’espace. Ces introductions historiques sont d’autant plus utiles que les querelles dynastiques ont souvent une traduction numismatique et que leur chronologie permet de dater les émissions : par exemple celles du règne conjoint de Jean V Paléologue et Jean VI Cantacuzène (1347-1353) puis, après l’éviction provisoire de l’héritier légitime, les rares émissions de Jean VI Cantacuzène seul ou de son fils Mathieu (1353-1354), ou de même les émissions d’Anne de Savoie, impératrice douairière, dans son apanage de Thessalonique (1352-1365).

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À partir du milieu du XIIIe siècle la prégnance du modèle monétaire byzantin s’effrite rapidement (dévaluation de l’hyperpère liée aux difficultés financières croissantes sous Michel VIII, certes revenu à Constantinople mais en butte à l’expansion turque et aux menées des Angevins) tandis que l’Occident adapte la structure simpliste antérieure (denier, obole) à des échanges en expansion avec la création du gros d’argent (à Venise vers 1194) ou du gillat/carlin de Naples-Provence en 1278 et de diverses monnaies d’or (genovino en 1252, ducat et florin en 1283). La révolution commerciale se double d’un renversement monétaire évident mais dont les causes complexes restent débattues [31][31]  A. M. Watson, Back to gold – and silver, Economic.... Elles ne sont pas évoquées dans DOC 5 qui reste dans une perspective numismatique et se contente de décrire le phénomène du côté byzantin. Au retour à l’or en Occident fait pendant un « retour à l’argent » à Byzance (frappe du basilikon en 1307, puis, à partir de 1367, de trois monnaies d’argent représentant les valeurs de 1/2, 1/4 et 1/16 de l’ancien hyperpère d’or devenu une monnaie de compte. Ce renversement s’accompagne d’emprunts métrologiques, iconographiques ou terminologiques concernant près du tiers des dénominations de cette dernière période et qui reflètent la position dominante de l’Occident en matière monétaire et économique. Témoins l’imitation du ducat d’argent (ou gros) de Venise par le basilikon ou la création de l’ « hyperpère d’argent » dit stavraton en 1367 sans doute sur le modèle d’un double gillat (carlin) de Provence connu par les textes mais qui ne nous est pas parvenu [32][32]  Cette hypothèse ingénieuse est proposée de façon convaincante.... Inversement cependant l’influence byzantine subsiste en quelque sorte fossilisée dans la large zone méditerranéenne où l’on utilise divers hyperpères de compte et où la monnaie de cuivre garde parfois le nom de follaro.

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La numismatique des Paléologues est d’une complexité redoutable – inversement proportionnelle à l’importance économique déclinante de l’empire – mais l’expérience d’occidentaliste de Grierson lui permet de l’affronter avec talent [33][33]  Compte rendu détaillé de Cécile Morrisson et S. Bendall,.... L’ouvrage offre, outre les introductions historiques déjà mentionnées, de longues analyses numismatiques, stylistiques et métrologiques permettant de distinguer les émissions variées et souvent confondues des multiples empereurs homonymes (Andronic II ou Andronic III et surtout Jean V [1367-1376 et 1379-1391] ou Jean VII [1399-1403] et Jean VIII [1425-1448]) et surtout un excellent chapitre sur les monnayages contemporains en Méditerranée orientale et en mer Noire [34][34]  Voir aussi le bilan dressé par Michel Balard, Marchés.... Ce chapitre est suivi d’un appendice utile sur l’histoire du terme d’aspre qui, d’adjectif désignant au XIIe siècle les monnaies concaves d’électrum et de billon par allusion à leur couleur blanchâtre, devint un nom donné ensuite aux monnaies d’argent des Seljouks de Roum puis à celles de Trébizonde, de Caffa et enfin des Ottomans [35][35]  En dernier lieu, cf. l’excellent ouvrage de l’historien..., mais qui s’appliquait aussi au 1/8 de stavraton que Badoer et d’autres textes qualifient de « petit ducat » (duchatelli /doukatopoulon).

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Avant de conclure il peut être utile de rappeler aux lecteurs non spécialistes l’origine de l’entreprise qui est arrivée à son terme en 1999 avec la publication des tomes 4 (1081-1261) et 5 (1258-1453) du DOC et la situer au sein des instruments de travail existant dans le domaine. Il aura fallu 33 années pour achever cet ouvrage de référence monumental totalisant en 9 volumes près de 4 000 pages et 378 planches qui recensent les quelque 12 000 pièces de la collection de Washington et de la collection Whittemore du Sackler Museum, soit à peu près le double de celles conservées à la Bibliothèque nationale de France [36][36]  Voir Philip Grierson, The Dumbarton Oaks Coin Collection,.... L’entreprise a pour origine la donation faite en 1940 par Mildred et Robert Woods Bliss à l’Université Harvard de leur propriété de Georgetown (Washington DC), ses jardins et leurs collections avec mission d’en faire un Centre d’études byzantines et médiévales, toujours financé de nos jours par leur legs considérable et connu dans le monde entier. Les monnaies y prirent peu à peu une place grandissante avec l’acquisition en 1948 des 4 000 exemplaires de la collection de Hayford Peirce (l’auteur avec Royall Tyler de L’Art byzantin, Paris, 1932). En 1950 le legs à Harvard (Fogg Art Museum, Cambridge, Mass.) [37][37]  Une partie des monnaies et les sceaux sont actuellement... de la collection de monnaies et de sceaux de l’archéologue et historien d’art Thomas Whittemore (1871-1950) célèbre pour son rôle dans le dégagement et la restauration des mosaïques de Sainte-Sophie de Constantinople incita Dumbarton Oaks à prendre avis d’Alfred Bellinger, un archéologue et numismate américain connu et de Philip Grierson, sur le traitement scientifique approprié de l’ensemble de ce matériel. Sur leur conseil, il fut décidé en 1954 de publier conjointement les deux collections, ce qu’indique le titre complet du catalogue.

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L’accroissement décisif fut l’œuvre de Grierson qui acheta de 1954 à 1998 d’importantes collections en bloc puis des monnaies sur le marché. Il joua un rôle essentiel dans la publication de ces séries entre 1966 et 1999 puisqu’on lui doit 6 des 9 volumes du DOC plus un septième couvrant les monnaies du Ve siècle. Leur conception a évolué depuis le volume 1 (Anastasius I to Maurice, 491-602, 1966), dans lequel Alfred Bellinger se limitait à de sommaires rappels des événements de chaque règne et, en notes, à de brefs renvois aux conclusions de la bibliographie numismatique. Dans le volume 2 (Phocas to Theodosius III, 602-717, 2 vol., 1968) Grierson établit la formule qui fonda l’utilité scientifique et fit le succès du DOC : elle consiste à accompagner le catalogue, abondamment illustré, d’une introduction générale historique et numismatique fouillée et d’une analyse détaillée du monnayage de chaque règne. Dès 1973 Grierson publie selon les mêmes lignes le tome 3 (Leo III to Nicephorus III, 717-1081, 2 vol., 1973). Le DOC devient alors un véritable manuel de numismatique byzantine, sans équivalent dans la littérature de l’époque, même si pour la période protobyzantine et pré-iconoclaste (491-717) le Systemwerk de Wolfgang Hahn [38][38]  W. Hahn, Moneta Imperii Byzantini (I. Von Anastasius I.... s’est imposé auprès des numismates comme référence pour son classement, ses datations plus précises et sa couverture plus complète du matériel.

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Les numismates ont depuis longtemps comparé les mérites respectifs de ces différentes formes de publication : catalogue raisonné d’une collection – nécessairement incomplet même lorsqu’il s’agit d’un fonds aussi riche que celui de D. O., reconstitution de l’ensemble des émissions connues (le Systemwerk de l’École de Vienne) ou corpus (qui avait la préférence de Theodor Mommsen [39][39]  Th. Mommsen, Zur wissenschaftlichen Edition Antiker... sur le modèle du CIL dont il fut l’initiateur) et enfin syllogè, où description et illustration d’un ensemble déterminé se font face. C’est cette dernière que Grierson a choisie pour sa série du Medieval European Coinage (MEC) [40][40]  Philip Grierson, M. Blackburn, MEC, I. The Early Middle... puis adoptée en 1992 pour sa publication des monnaies du Ve siècle de D. O. [41][41]  Philip Grierson et M. Mays, Late Roman Empire Coinage.... C’est aussi celle qu’il choisit pour DOC 5, interrompant ainsi la tradition encore suivie par M. Hendy dans DOC 4. Elle présente l’avantage d’une numérotation continue des pièces avec description détaillée mais condensée de celles-ci, face aux planches. Elle est d’une consultation infiniment plus aisée que celle du DOC 4 qui a gardé une numérotation par règnes, par métal et par types plus qu’incommode et une mise en pages fastueuse et trop lâche où le lecteur, même averti, peine à se retrouver. DOC 4 et 5 s’opposent aussi par le style même de l’exposé, l’un souvent excessivement complexe et recherché, l’autre plus soucieux de clarté pour le lecteur [42][42]  L’un et l’autre souffrent toutefois d’être séparés.... Mais ces regrets n’entament pas l’admiration pour l’œuvre accomplie.

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Des instruments de travail de cette qualité resteront la référence incontournable pour de longues années et il faut féliciter les auteurs et l’institution éditrice pour cette réalisation. Conçus aussi à l’usage des historiens et pas seulement des spécialistes ou des collectionneurs, ces catalogues couvrent aujourd’hui la totalité des émissions monétaires de l’Empire byzantin. Les volumes 4 et 5 dressent un bilan approfondi et novateur d’une période de bouleversements complexes et d’interdépendance croissante de l’Orient et de l’Occident. Ils inciteront, on l’espère, les Occidentalistes à s’intéresser plus à un champ d’études devenu moins « exotique ». Le médiéviste pourra ainsi intégrer à sa réflexion les acquis et les progrès d’une discipline qui n’a rien d’auxiliaire ou d’ésotérique mais est bien une science à part entière et apporte en bien des cas une documentation originale.

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Cécile MORRISSON.

Notes

[1]

À propos de The Economic History of Byzantium from the Seventh through the Fifteenth Century, Angéliki Laiou (dir.), Washington, 2002 (Dumbarton Oaks Studies, 39), 3 vol., 1 205 p.

[2]

Ce texte rend compte des deux catalogues de Dumbarton Oaks : Michael F. Hendy, Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection, vol. 4 : Alexius I to Michael VIII, 1081-1261, 2 vol., Washington DC, Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1999, 21,5×29 cm, 736 p. dont 54 pl., ISBN 0-88402-233-1, 240 USd ; Philip Grierson, Catalogue of the Byzantine Coins in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection, vol. 5 : Michael VIII to Constantine XI, 1258-1453, 2 vol., Washington DC, Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1999, 21,5×29 cm, 611 p. dont 87 pl., ISBN 0-88402-261-7, 210 USd (désormais cités ci-dessous, selon l’usage numismatique, DOC 4 et DOC 5). Il s’efforce de situer les résultats de ces publications et de la recherche récente dans une perspective historiographique.

[3]

Le choix de ce curieux étalon s’explique par les contraintes du « recyclage » des espèces dévaluées du XIe siècle plutôt que par le taux, au demeurant variable, de l’or de paiola. Sur les procédés d’altération de la monnaie d’or byzantine et son évolution dans le contexte historique, Cécile Morrisson, J.-N. Barrandon et al., L’or monnayé, I : Purification et altérations. De Rome à Byzance, Cahiers Ernest-Babelon 2, Paris, CNRS, 1985, avec la bibliographie antérieure, complétée par Cécile Morrisson, J.-N. Barrandon et S. Bendall, Proton activation and XRay Fluorescence Analysis : An application to the study of the alloy of Nicaean and Palaeologan Hyperpyra, Metallurgy in Numismatics 2, W. A. Oddy et M. Archibald (éd.) (Royal Numismatic Society, Special Publications), Londres, 1988, p. 23-39 [= C. Morrisson, Monnaie et finances à Byzance : analyses, techniques, Aldershot, Variorum, 1994, art. XI]. Ces derniers résultats sont repris dans l’appendice 1, DOC 5, p. 241-243.

[4]

S. Bendall, Un trésor de monnaies de Constantin XI, RN, 147, 1991, p. 134-142.

[5]

C. Morrisson, J.-N. Barrandon et V. Ivaniševi8, Late Byzantine Silver, Metallurgy in Numismatics, 4, A. Oddy, M. Cowell (éd.), Londres, 1998, p. 52-70. Résultats repris in DOC 5, appendice 2, p. 247-251.

[6]

Pierre Lemerle, préface à T. Bertelè, Numismatique byzantine (ci-dessous, n. 7), p. 5-7 ; bibliographie de l’a., p. 9-10.

[7]

Appliquées notamment par J.-N. Barrandon et le Centre Ernest-Babelon (CNRS, Orléans).

[8]

T. Bertelè, L’iperpero bizantino, RIN, 50, 1959, p. 70-89 ; Lineamenti principali della numismatica bizantina, Rivista Italiana di Numismatica, 66, 1964, p. 33-118 [augmenté et mis à jour dans l’édition française Numismatique byzantine, Wetteren, 1978] et Moneta veneziana e moneta bizantina, Florence, 1973.

[9]

T. Bertelè, U. Dorini (éd.), Il Libro dei Conti di Giacomo Badoer, Rome, 1956 ; G. Bertelè (ed.), Il Libro dei Conti di Giacomo Badoer (Costantinopoli 1436-1440). Complemento e indici [Numismatica Patavina 2], Padoa, 2002 (index et glossaire, le complément indispensable de l’édition du texte).

[10]

Cf. Cécile Morrisson, NC, 1995, p. 403-404. L’a. prévoit un recueil de Variorum.

[11]

Michael F. Hendy, Coinage and money in the Byzantine Empire (1081-1204) (Dumbarton Oaks Studies), Washington DC, 1967. Compte rendu développé dans Numismatic Chronicle, 7th ser., 11, 1971, p. 356-366.

[12]

Michael F. Hendy, Studies in the Byzantine Monetary Economy ca 300-1450, Cambridge University Press, 1985, et The Economy, Fiscal Administration and Coinage of Byzantium, Variorum, 1989. Voir mes comptes rendus développés dans Revue numismatique, 6e sér., 29, 1987, p. 245-256 et 33, 1991, p. 307-310.

[13]

H.-U. Geiger, compte rendu de DOC 4 et 5, in Rev. suisse de num., 51, 2002, p. 177-183.

[14]

Un très beau chapitre qui dépasse de beaucoup en amont comme en aval la période 1081-1261 et met à contribution aussi bien Constantin Porphyrogénète que Robert de Clari (pour sa description des insignes byzantins utilisés lors du couronnement de Baudouin Ier en 1204). Le sujet est également traité dans la première partie du livre de M. Parani, Reconstructing the Reality of Images : Byzantine Material Culture and Religious Iconography, 11th-15th centuries, Leyde, Brill, 2003.

[15]

Les données sommaires qu’il avait obtenues en 1969 sur l’évolution du titre par mesure du poids spécifique ont été complétées et nuancées depuis par activation protonique. L’activation protonique, non destructive elle aussi, informe de façon très précise sur les éléments majeurs de l’alliage (Au, Ag, Cu) et les éléments traces. Elle permet d’étudier les procédés d’altération utilisés et les rapports entre les métaux recyclés (cf. J.-N. Barrandon, in L’or monnayé, cité supra, n. 2, p. 17-38, et Metallurgy in Numismatics, 4, A. Oddy, M. Cowell (éd.), Londres, 1999, p. 15-34). Pour un exposé général sur l’histoire de la monnaie byzantine, v. Cécile Morrisson, Byzantine money, its production and circulation, Economic History of Byzantium (cité supra, n. 1), vol. 3, p. 909-966.

[16]

L’exposé et les tableaux de Hendy in DOC 5, p. 2-58 modifient sur certains points ceux de Coinage (cité n. 10) mais ne dispensent pas d’y recourir pour nombre de détails de la démonstration et de références. On regrettera que le catalogue n’ait pas fait le choix d’adopter les appellations médiévales les moins ambiguës : triképhalon et staménon auraient été plus clairs que l’unique appellation de aspron trachy nomisma qui recouvre à la fois l’ « electrum trachy » et le « billon trachy » du livre de 1969. Mais ces dénominations sont devenues si classiques et répandues dans la littérature qu’il sera bien difficile de s’en défaire.

[17]

Michael F. Hendy, The Economy (cité supra, n. 12), articles II (1970) et III (1989).

[18]

Voir aussi maintenant Angéliki Laiou, Exchange and trade, seventh-twelfth centuries, in Angéliki Laiou (éd.) (et al.), The Economic History of Byzantium (cit. n. 1), p. 681-753 [téléchargeable sur hhttp:// www. doaks. org/ EHB/ html]. Voir ci-dessus le compte rendu de Michel Kaplan et la présentation de Angéliki Laiou dans les CRAI, 2003, sous presse.

[19]

Les pillages de la ville par les Latins, puis par les Ottomans n’ont rien laissé subsister des archives impériales. Seuls sont parvenus jusqu’à nous une partie des sceaux de plomb qui en authentifiaient les documents et ont été à plusieurs reprises retrouvés dans les déblais des travaux de construction du XIXe ou du XXe siècle entrepris sur le site du Grand Palais et rejetés à la mer. Telle est la source d’une partie de la collection Schlumberger (Sigillographie de l’Empire byzantin, 1884) et de la collection Zacos (G. Zacos et A. Veglery, Byzantine Lead Seals, I, 1972 ; G. Zacos et J. Nesbitt, vol. II, Athènes, Bâle, 1984). V. aussi S. Heidemann et Cl. Sode, Metallsiegel in der islamischen Welt, ihre Forschungsgeschichte und orientalische Bleisiegel aus einem Siegelfund in Konstantinopel, Sceaux d’Orient et leur emploi, Res orientales, 10, 1997, p. 41-60.

[20]

A. Stahl Zecca. The Mint of Venice in the Middle Ages, Baltimore-London - New York, 2000.

[21]

V. en dernier lieu A. Laiou, Byzantine trade with Christians and Muslims and the crusades, The Crusades from the Perspective of Byzantium and the Muslim World, Angéliki Laiou, R. P. Mottahedeh (éd.), Washington, 2001, p. 156-196.

[22]

Voir, en dernier lieu, J. Durand (éd.), Le trésor de la Sainte-Chapelle, cat. d’exposition, Paris, RMN, 2001, no 13 [C. M.] avec les références au chanoine Morand, 1790 et à la littérature récente. Les sceaux sont publiés notamment par G. Zacos et A. Veglery, Byzantine Lead Seals, I, 1, Bâle, 1972, p. 102-105, nos 112-114.

[23]

Nicetae Choniatae Historia, éd. van Dieten, CFHB 11 . 1, Berlin, 1975, p. 648, l. 39 [la statue d’Héra sur le forum de Constantin] « fut monnayée en statères et envoyée à la fonte » (???????? ??? ???????????? ; ????B?????????????) ; p. 649, l. 79-81 [la statue équestre du Forum Tauri et les statues de l’Hippodrome même] « ces barbares haïssant le beau... les monnayèrent (?????????????????????) » ; p. 650, l. 16-20. [Même la louve qui avait allaité Romus et Romulus] « pour quelques statères et encore de bronze, ils la livrèrent au creuset ».

[24]

Alan M. Stahl, Coinage and money in the Latin Empire of Constantinople, Dumbarton Oaks Papers, 2001, 55, p. 197-206.

[25]

D. M. Metcalf, compte rendu de DOC 4 dans Byz. Ztsch., 2000, p. 619-623, et dans Num. Chron., 160, 2000, p. 396-401.

[26]

I. Touratsoglou, La monnaie byzantine aux XIIe-XIIIe siècles et le témoignage des trouvailles de Grèce : à propos d’un ouvrage récent, Rev. Num., 158, 2002, p. 385-404, avec les références.

[27]

Voir Angéliki Laiou, Exchange and Trade..., op. cit., n. 17, et le « modèle » proposé de l’économie byzantine du XIIe siècle, Angéliki Laiou, The Byzantine economy : An overview, Economic History (cité n. 17), 3, p. 1145-1164 aux p. 1154-1155.

[28]

Cécile Morrisson, in L’or monnayé (cité n. 3) ; Id. in Monnaie et finances (cité n. 3), art. XI, p. 26 ; Ernest Oberländer-Târnoveanu, Les hyperpères de type Jean III Vatatzès – classification, chronologie et évolution du titre à la lumière du trésor d’Uzunbaïr, dép. de Tulcea, Istro-Pontica, Muzeul Tulcean la a 50-a aniversare 1950-2000, M. Jacob et al. (éd.), Tulcea, 2000, p. 499-561.

[29]

Cf., en dernier lieu, Cécile Morrisson, The Emperor, the Saint and the City : Coinage and money in Thessalonica (thirteenth-fifteenth centuries), Dumbarton Oaks Papers, 57, 2003, p. 173-204 avec carte et liste des trouvailles.

[30]

On dispose maintenant sur l’une des régions prospères de l’empire de Nicée des résultats de l’enquête archéologique et historique dirigée par Jacques Lefort, La Bithynie au Moyen Âge (Réalités byzantines, 8), Jacques Lefort et B. Geyer (éd.), Paris, Lethielleux, 2003.

[31]

A. M. Watson, Back to gold – and silver, Economic History Review, 20, 1967, p. 1-21 avait le premier étudié les différences de rapport or : argent entre les zones qui entraînaient les marchands à arbitrer entre les métaux, qu’ils transportaient dans les deux directions pour tirer profit de leurs prix opposés. P. Spufford, sans méconnaître ce phénomène bien attesté dont il donne maint exemple, insiste sur l’importance des fluctuations de l’exploitation minière, comme cause première de la différence des ratios. V. aussi John Day, A note on monetary mechanisms, East and West, Economic History... (op. cit., n. 1), 3, p. 967-972.

[32]

Cette hypothèse ingénieuse est proposée de façon convaincante par Grierson, DOC 5, p. 28-31 (auparavant dans Bull. Soc. fr. de Num., 50, 1995, p. 60-63). Le nom de stavraton serait dérivé de la croix ornée qui formait le revers du gillat, puis de son multiple.

[33]

Compte rendu détaillé de Cécile Morrisson et S. Bendall, Monnaies de la fin de l’Empire byzantin à Dumbarton Oaks : un catalogue de référence, Rev. Num., 157, 2001, p. 471-493.

[34]

Voir aussi le bilan dressé par Michel Balard, Marchés et circulation monétaire en Méditerranée orientale (XIIIe-XVe s.). AA.VV. Moneda y monedas en la Europa medieval (Siglos XII-XV) [XXVI Semana de Estudios Medievales. Estella-Lizarra 19-23 julio 1999], Pampelune, Gobierno de Navarra, 2000, p. 257-275 (malheureusement sans avoir pu consulter DOC 4 ni DOC 5) et Cécile Morrisson, Coin Usage and Exchange Rates in Badoer’s Libro dei Conti, Dumbarton Oaks Papers, 55 (2001), p. 217-244.

[35]

En dernier lieu, cf. l’excellent ouvrage de l’historien économiste S. Pamuk, A Monetary History of the Ottoman Empire, Cambridge, 2000, et sa recension détaillée par John Munro, « Review of Sevket Pamuk A Monetary History of the Ottoman Empire », Economic History Services, Nov. 1, 2002, URL : http:// www. eh. net/ bookreviews/ library/ 0555. shtml.

[36]

Voir Philip Grierson, The Dumbarton Oaks Coin Collection, Compte rendu (CIN), 40, 1993, p. 55-60. Version abrégée et mise à jour dans la brochure de Philip Grierson, Byzantine Coinage, Washington, 1999, p. 61-65. Le texte de cette brochure peut être téléchargé sur le site de l’institution http://www.doaks.org à la rubrique « Electronic Publications ».

[37]

Une partie des monnaies et les sceaux sont actuellement conservés au Sackler Museum, dépendant également de Harvard.

[38]

W. Hahn, Moneta Imperii Byzantini (I. Von Anastasius I. bis Justinianus I. (491-565), Vienne, Akademie d. Wiss., 1973. ; II. Von Justinus II. bis Phocas (565-610), 1975 ; III, Von Heraclius bis Leo III. / Alleinregierung (610-720), 1981). Une édition anglaise mise à jour est en cours. Le volume 1 vient de paraître au printemps 2000 : W. Hahn (et M. Metlich), Money of the Incipient Byzantine Empire, I. Anastasius to Justinian (491-565), Vienne.

[39]

Th. Mommsen, Zur wissenschaftlichen Edition Antiker Münzen, Gutachten aus dem Jahre 1886, hsg. v. H.-M. von Kaenel, Rev. suisse de numismatique, 81, 2002, p. 7-20 avec références aux nombreux travaux parus sur le concept mommsénien de Corpus Nummorum source du projet de Griechisches Münzwerk toujours en cours sous les auspices de l’Académie des sciences de Berlin-Brandenbourg.

[40]

Philip Grierson, M. Blackburn, MEC, I. The Early Middle Ages, Cambridge University Press, 1986.

[41]

Philip Grierson et M. Mays, Late Roman Empire Coinage in the Dumbarton Oaks Collection and in the Whittemore Collection, Washington, 1992.

[42]

L’un et l’autre souffrent toutefois d’être séparés chacun en deux volumes ce qui oblige le lecteur à d’incessants va-et-vient.

Plan de l'article

  1. BYZANCE ET SON EVOLUTION éCONOMIQUE DU VIIe AU XVe SIECLE
  2. BYZANCE ET SA MONNAIE : DE L’OUVERTURE AU DéCLIN (XIIe-XIIIe SIèCLES)

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