CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Dans le cadre de son travail portant sur le monde méditerranéen, Fernand Braudel a consacré une partie de sa réflexion à la question de la circulation des nouvelles. Il a montré les voies par lesquelles chemine l’information depuis la Méditerranée orientale jusqu’à Venise, puis, de là, comment elle se diffuse dans le reste de l’Europe. En insistant sur la contrainte que constituent les longues distances à parcourir pour les entreprises humaines, cette étude rappelle à l’historien travaillant à une grande échelle la nécessité de tenir compte de « l’épaisseur de l’espace ». Elle pèse sur la vitesse de circulation des nouvelles qui ne connaît pas de changement significatif entre le XVIe et le XVIIIe siècle, faute de véritable évolution des techniques de transport [1]. Les délais sont importants, il faut plus de deux semaines pour faire parvenir une nouvelle de Venise à Paris. Le négoce international n’est pas la seule activité nécessitant l’acquisition de nouvelles lointaines fiables. Les gouvernements sont également confrontés au besoin d’obtenir des informations de l’étranger pour élaborer leur politique étrangère.

2Le processus de décision en ce domaine repose sur deux piliers : le diplomate sur place qui rend compte, le gouvernement central qui collecte les informations pour coordonner l’ensemble de l’action extérieure. L’obtention et la transmission de l’information est au cœur même du travail des agents du roi de France à l’étranger. L’ambassadeur est un « honorable espion », dont « l’une des principales occupations est de découvrir les secrets des cours où il se trouve... », écrit le diplomate Callières au début du XVIIIe siècle [2]. La structure française d’acquisition de l’information en Europe occidentale et les modalités de sa circulation à la fin du règne de Louis XIV sont désormais biens connues [3]. Dans des espaces proches, comme les Pays-Bas ou l’Empire, l’activité traditionnelle de la diplomatie française permet de mettre en place, même en période de guerre, des réseaux de collecte du renseignement efficaces qui utilisent des voies éprouvées pour le faire parvenir jusqu’à Versailles. En revanche, en ce qui concerne les régions lointaines, l’aire baltique ou la Russie, l’obtention et la transmission des nouvelles se heurtent à la contrainte des distances et donc à la pesanteur de l’espace. En temps ordinaire, les délais importants et les inévitables lacunes de l’information venue de la périphérie de l’Europe n’ont pas de réelle signification pour le gouvernement français qui n’a pas d’enjeu immédiat dans ces régions. Mais, au début du XVIIIe siècle, le contexte politique général de l’Europe impose d’être informé rapidement et précisément de la situation dans le nord et l’est du continent.

3Bien que la conduite de la guerre de Succession d’Espagne (1702-1713/1714) soit la priorité de Louis XIV et de ses ministres, ils ne négligent pas pour autant les événements se déroulant dans la périphérie nordique et orientale du continent. En effet, en 1700 commence la Grande Guerre du Nord opposant la Suède aux autres pays riverains de la Baltique. Le conflit, qui dure jusqu’en 1721, connaît une succession de théâtres d’opérations situés pour la plupart à la marge de l’Europe, à des milliers de kilomètres de la France. Pour le gouvernement de Louis XIV, la configuration de la guerre du Nord pose le problème de l’aptitude à être informé de faits lointains. Il en ressort une double interrogation : d’abord, quels sont les délais nécessaires pour connaître les événements survenus en Europe du nord et de l’est ? Ensuite, quels sont les vecteurs et les modalités de circulation de l’information depuis ces régions ? Pour répondre à ces questions, nous avons choisi de nous concentrer sur les événements les plus significatifs de la guerre du Nord, car, leur date précise étant connue, et leur écho important, ils sont repérables dans les archives et permettent d’étudier les délais et les voies de transmission des nouvelles.

4Lors des premières années de la guerre du Nord, la localisation des grandes phases du conflit dépend de la marche de l’armée suédoise commandée par le roi Charles XII. Après avoir vaincu le Danemark en 1700, elle passe par les provinces baltes, qui sont alors possessions suédoises, avant de rentrer sur le territoire polonais en 1701. Avec la lente agonie de Charles II d’Espagne et la guerre qui s’annonce entre la France et la Grande Alliance, les choix du roi de Suède peuvent se révéler d’une grande importance. Parmi ses ennemis se trouve le roi de Pologne, Auguste II, qui est également électeur de Saxe et allié de l’empereur. Louis XIV espère que Charles XII ira poursuivre son ennemi sur ses terres électorales et ainsi porter la guerre en Allemagne, pour activer une diversion sur le flanc oriental de l’Empire.

5À la fin du mois d’août 1706, l’armée suédoise entre en Saxe. Elle s’établit près du village d’Altranstädt, non loin de Leipzig. Charles XII, disposant de 35 000 hommes invaincus, fait alors figure, selon l’expression consacrée, d’ « arbitre de l’Europe ». Depuis Varsovie où il réside, le marquis de Bonnac, ambassadeur en titre auprès du roi de Suède, concède à Louis XIV : « Je n’ose me flatter d’être, comme je le souhaiterais, en état de donner des nouvelles à Votre Majesté de ce qui s’y passera [à Altranstädt]. Quand il m’en viendra des lettres elles seront au moins depuis huit à dix jours en chemin, en sorte que Votre Majesté saura par la voie d’Hollande aussitôt que moi une partie des choses qu’on m’écrira. » [4] Pourtant, Altranstädt est plus proche d’environ 220 km de Varsovie que de Versailles, ce qui montre que la vitesse de circulation des nouvelles n’est pas la même vers l’ouest ou l’est du continent européen. Par ailleurs, cette réflexion de Bonnac met en lumière l’une des limites des réseaux de renseignements diplomatiques. En raison de la sédentarisation des cours pendant le XVIIe siècle, les diplomates organisent des structures de collecte et d’expédition de l’information destinées à glaner des renseignements à partir de pôles décisionnels fixes que sont les gouvernements étrangers. En revanche, comme c’est le cas avec la guerre du Nord, lorsque l’objet de l’attention est itinérant, l’entreprise de l’information devient beaucoup plus difficile. Les déplacements incessants de l’armée suédoise nécessitent de mettre en place une structure assez souple pour être renseigné rapidement des évolutions des troupes de Charles XII et des intentions du jeune souverain. Dans ce but, Bonnac est parvenu à faire intégrer un de ses hommes au sein de l’armée suédoise. Philippe Groffey, qui sert officiellement comme volontaire depuis 1702, est le premier agent de renseignement français à arriver à Altranstädt. Dans les mois suivants, un autre agent, du nom de Maron, s’y trouve également, probablement dans l’entourage des alliés polonais du roi de Suède. Il semble qu’il soit resté dans l’ombre, à la différence d’Augustin Borelly, secrétaire du marquis de Bonnac qui réside à Altranstädt, au grand jour [5]. Les trois agents doivent transmettre des renseignements destinés à préparer la mission d’un envoyé extraordinaire, le baron Jean-Victor Besenval, qui sera officiellement chargé des négociations avec les Suédois [6]. En trois mois, Bonnac a réussi à organiser un réseau de collecte de l’information devant permettre de connaître les agissements et les projets des Suédois. De notre point de vue, l’épisode d’Altranstädt illustre une des pratiques courantes des diplomates qui consiste à créer des filières de drainage des nouvelles. Elles sont organisées autour de la personne de l’ambassadeur qui se sert de liens personnels. Les informations lui sont d’abord transmises avant d’être renvoyées à Versailles. En l’occurrence, il y a un détour par Varsovie qui se traduit par un décalage de plusieurs jours à l’arrivée ; en revanche, le réseau des gazettes de Hollande permet de faire parvenir les nouvelles en droiture à Amsterdam ou La Haye, et donc de devancer la correspondance des diplomates.

6La collecte de l’information se révèle plus ardue à partir de l’automne 1707 lorsque l’armée suédoise quitte Altranstädt pour se diriger vers l’est. Le roi de Suède entame une offensive qui doit le conduire en Russie pour vaincre Pierre Ier, son dernier ennemi en lice. Le glissement de la guerre du Nord depuis l’Empire vers la périphérie européenne met à l’épreuve la capacité du gouvernement français à obtenir des nouvelles de régions pour lesquelles il n’y a pas de structure diplomatique, en l’absence d’ambassadeur français à Moscou. Il faut donc mettre en place de nouvelles modalités d’acquisition de l’information. Puisque Charles XII refuse d’avoir à sa suite des ambassadeurs étrangers, Louis XIV demande au baron de Besenval, officiellement envoyé auprès du roi de Suède, de se défaire de sa condition de diplomate pour s’engager dans l’armée suédoise comme volontaire [7]. Besenval, visiblement peu enthousiasmé par la perspective de prendre part à la campagne de Russie, multiplie ses efforts pour faire accepter la présence de Groffey. Ce dernier, désormais employé en qualité de secrétaire du comte Sapieha, grand trésorier de Lituanie et allié de Charles XII, a pu quitter la Saxe et traverser la Pologne au milieu des troupes du roi de Suède. Mais Sapieha s’arrête en Lituanie et renonce à accompagner les Suédois en Russie. Si bien que, en juin 1708, Groffey, privé de protecteur, n’est plus autorisé à suivre l’armée. Il est fort possible qu’il ait été écarté des rangs suédois après avoir été découvert par les ennemis de la France [8].

7Il n’y a donc aucun agent de Louis XIV qui participe à la campagne de Russie. Les nouvelles ne pourront pas davantage parvenir par l’intermédiaire de contacts suédois. Il n’y en a pas dans l’entourage de Charles XII, puisque Olof Hermelin, l’un des deux secrétaires d’État suédois, qui avait été gagné par l’argent français à Altranstädt, a finalement été acheté par les Anglais [9]. Privé de contacts directs au sein de l’état-major suédois, Besenval, replié à Danzig, en est réduit à l’impuissance : « Il m’est difficile de rendre un compte bien exact des sentiments de ce prince [Charles XII] vu son éloignement et l’interruption du commerce avec ses ministres par rapport aux affaires. » [10] Le diplomate français cherche alors à s’assurer de personnages qui occupent des positions clés dans la transmission des nouvelles entre l’armée suédoise et Stockholm. Il entretient les bonnes grâces d’Aegidius Mariendorf, responsable de la poste suédoise, déjà gagné à Altranstädt [11]. Des efforts importants portent également sur Cupercrona, résident suédois à Danzig, l’un des seuls à « pouvoir donner dans la conjoncture actuelle les nouvelles les plus certaines de l’armée suédoise » [12]. À titre de comparaison, le gouvernement anglais dispose d’un meilleur accès à l’information. Il peut compter d’abord sur Charles Whitworth, ambassadeur à Moscou de 1704 à 1711, qui répercute les nouvelles de Russie. Il y a ensuite le capitaine James Jefferyes qui sert dans l’armée suédoise. Il y bénéficie de nombreuses amitiés, puisque son père et son frère aîné avaient eux-mêmes servi dans les rangs suédois. Il envoie régulièrement des dépêches à Londres sur l’évolution de l’offensive suédoise en Russie [13].

8Nous trouvons en cette occasion une illustration de la qualité du réseau de renseignement anglais en Europe du nord-est. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les Anglais ont développé leurs relations commerciales et politiques avec l’espace baltique [14]. Londres dispose dans cette région d’un ensemble de diplomates, de consuls et de négociants qui sont autant d’informateurs [15]. L’activité marchande est un support essentiel de la transmission des nouvelles. La morphologie des réseaux de renseignements reflète tant l’amplitude de l’activité commerciale que le champ d’intérêt politique d’une puissance. En revanche, Louis XIV, dont la priorité dans l’aire baltique est de s’assurer que la Suède puisse, en cas de besoin, faire diversion en Allemagne, et dont les sujets sont peu impliqués dans le commerce nordique, ne dispose pas d’un véritable réseau de renseignements dans la région. En l’absence d’informateurs résidant plus à l’Est, il revient aux diplomates français en Pologne, Bonnac à Varsovie et Besenval à Danzig, d’être les relais des nouvelles de la campagne de Charles XII en Russie. À mesure de la progression suédoise, il devient de plus en plus difficile d’obtenir des informations sur l’évolution de l’offensive. L’épicentre de la guerre du Nord s’éloigne du champ couvert par le réseau des informateurs français. Après avoir traversé la Pologne puis la Lituanie, Charles XII et son armée arrivent sur la frontière russe au début du mois de septembre 1708. Privé de ravitaillement et devant faire face à une résistance de plus en plus acharnée des soldats du tsar, Charles XII quitte la route de Moscou et décide de marcher vers le sud [16]. Il se dirige vers l’Ukraine où l’hetman cosaque Ivan Mazepa, entré en révolte contre le tsar, lui a assuré qu’il trouvera des vivres pour son armée. Les nouvelles venues d’Ukraine parvenant en Pologne sont transmises par des voyageurs qui transportent des dépêches ou apportent leurs témoignages. C’est ainsi que, à la fin du mois de février 1709, Besenval écrit qu’un gentilhomme « connu et digne de foi » venu des frontières de l’Ukraine affirme que le roi de Suède a remporté un succès face aux troupes du tsar [17]. Le gouvernement français reçoit la nouvelle le 12 mars, mais reste circonspect faute de confirmation par la Hollande ou depuis la Suède [18]. L’information est pourtant authentique, puisque, dans les premiers jours de janvier 1709, l’armée suédoise s’empare de la ville de Veprik au prix d’un assaut particulièrement meurtrier [19].

9Au fil des mois les nouvelles du roi de Suède deviennent de plus en plus rares et incertaines. Le tsar s’applique à couper les lignes de communication entre l’armée suédoise et la Pologne, d’où Charles XII est susceptible de recevoir des renforts [20]. En outre, une épidémie de peste sévissant en Russie centrale durant l’année 1709 contraint à prendre des mesures prophylactiques, dont la première est de restreindre les échanges, notamment ceux des caravanes de marchands, avec les régions contaminées par la maladie. Au printemps 1709, alors même que Besenval assure ne pas avoir la moindre nouvelle d’Ukraine, c’est le marquis de Torcy, ministre des Affaires étrangères, qui lui écrit depuis Versailles recevoir « de plus en plus d’avis de différents endroits qui rapportent un prochain accommodement entre le roi de Suède et les Moscovites » [21]. La lettre parvient à Besenval alors même que le dernier acte de la campagne de Russie s’est ouvert. L’armée suédoise a entrepris le siège de la ville de Poltava dans l’espoir de contraindre son ennemi à livrer une bataille rangée et pour s’emparer des vivres et du matériel que le tsar y a fait entreposer. L’affrontement a lieu le 8 juillet 1709 et se solde par l’anéantissement de l’armée suédoise. La victoire russe est sans appel. Cet événement, qui change le cours de la guerre du Nord, a une portée européenne, puisqu’il marque la fin de la puissance suédoise et fait éclater au grand jour celle de la Russie. La diffusion de cette nouvelle majeure offre un cas d’étude concret pour approcher les modalités de circulation d’une information depuis la lointaine périphérie orientale de l’Europe jusqu’aux cours occidentales.

10Nous avons étudié plus particulièrement les dépêches adressées à Louis XIV ou à Torcy durant l’été 1709 par les agents français se trouvant en Pologne, qui sont les premiers à recevoir les nouvelles de l’offensive suédoise, en particulier Besenval [22]. Il en ressort qu’elles relatent des faits anciens d’au moins un mois et demi. Par exemple, alors que les Suédois s’établissent devant Poltava à la fin du mois d’avril 1709 pour commencer le siège le 1er mai [23], la dépêche de Besenval annonçant l’arrivée de Charles XII devant la ville ukrainienne est datée de Danzig le 1er juin 1709, elle est reçue à Versailles le 18 [24]. Cependant, Besenval est conscient du degré d’incertitude des informations qu’il transmet, puisque, près d’un mois et demi après, le 12 juillet, le diplomate précise que le siège de Poltava lui paraît « vraisemblable », mais qu’il n’est pas en mesure de donner plus de détails sur l’état de l’armée suédoise faute de renseignements fiables [25].

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11La nouvelle de la victoire remportée par l’armée russe le 8 juillet se diffuse dans toute l’Europe selon une chronologie que nous avons cherché à reconstituer. Nous nous sommes appuyé sur les dates de dépêches diplomatiques ou de gazettes qui mentionnent l’événement. Elles permettent d’avoir une idée de l’arrivée de la nouvelle en un lieu à un jour près, puisqu’il n’est pas sûr que les lettres des diplomates soient rédigées le jour même de la réception de l’information. La première capitale à avoir connaissance de la victoire est naturellement Moscou, puisque le succès du tsar est évoqué pour la première fois dans deux dépêches de Whitworth en date du 17 juillet [26]. Le même jour, l’agent français Maron, qui se trouve à Leopold (actuelle Lv’iv, Ukraine), rapporte qu’est arrivée une lettre selon laquelle « il y a eu sous Poltava une action générale entre l’armée du roi de Suède et celle du tsar au grand avantage de celle-ci » [27]. Besenval, à Danzig, ne parle de la victoire russe que dans une dépêche du 2 août ; Groffey, qui est alors en route pour le port de la Vistule, l’évoque quatre jours plus tard [28]. À peu près au même moment, la nouvelle est reçue en Allemagne, notamment à Dresde le 3 août [29], puis le 5 à Vienne [30] et le 6 à Stockholm [31], et La Gazette d’Amsterdam, qui n’en parle pas le 9 août, l’évoque dans son numéro du 13 août ; on peut donc supposer qu’elle est arrivée le 11, peut-être le 12, en tenant compte du délai d’impression, vraisemblablement deux jours avant Londres et Versailles.

12La localisation de l’événement dans des régions qui ne sont pas couvertes par des réseaux d’informateurs des gouvernements occidentaux, la distance et le faible volume global d’informations venant de l’Ukraine augmentent le coefficient d’incertitude sur l’issue de la bataille de Poltava et expliquent les doutes du gouvernement français. Dans trois dépêches datées du 15 août 1709, Torcy demande aux agents à Hambourg, Stockholm et Danzig de plus amples informations sur « une nouvelle funeste qui se répand depuis quelques jours d’une prétendue défaite [souligné par nous] du roi de Suède » [32]. Lorsque les premiers bruits de la défaite suédoise arrivent, c’est d’abord la perplexité qui règne. Pourtant, la semaine suivante, Louis XIV comme son ministre Torcy [33], mais aussi à l’étranger le grand pensionnaire des Provinces-Unies Anthoine Heinsius et le duc de Marlborough à Londres [34], semblent tous convaincus de la défaite suédoise. Malgré tout, une série de rumeurs émanant des Suédois continuent à circuler. Elles affirment que Poltava a été un succès de Charles XII [35] !

13La diffusion de la victoire russe de Poltava permet de se pencher sur la vitesse de circulation de l’information dans l’Europe du début du XVIIIe siècle. D’ordinaire, il faut entre sept semaines et trois mois pour que les informations du sud de la Russie et l’Ukraine parviennent jusqu’en France. Le trajet de l’information jusqu’à Louis XIV se décompose en deux temps : il faut d’abord l’acheminer jusqu’à Danzig où se trouve Besenval, qui ensuite la transmet à Versailles. La première étape est la plus longue, toujours supérieure à un mois, car la progression méridionale de Charles XII lors de sa campagne de Russie éloigne le port de la Vistule du centre des opérations militaires. La seconde étape du renseignement le conduit de Danzig à Versailles. Les dépêches de Besenval les plus rapides parviennent à Louis XIV en quatorze jours, mais les plus lentes, en vingt-neuf, la moyenne pour l’été 1709 s’établissant à vingt jours. En ce qui concerne la nouvelle du succès de Poltava, les délais ordinaires sont raccourcis, puisqu’il ne s’écoule que cinq semaines entre l’événement et sa diffusion à Versailles. L’examen du rythme de propagation de cette information tel qu’il ressort des lignes isochrones permet de constater des variations importantes. La nouvelle circule d’abord très rapidement dans les sept premiers jours. Maron, depuis Leopold, à plus de 850 km de Poltava, s’étonne de connaître le succès de Pierre le Grand par une lettre « qui n’a été que huit jours en chemin » [36]. Il faut voir dans cette rapidité l’effet de la diligence du tsar à faire connaître le succès qu’il vient de remporter en dépêchant des messagers. Mais pendant les deuxième et troisième semaines qui suivent la bataille, la diffusion de la nouvelle est moins rapide. Il n’y a alors plus d’express, elle circule par les moyens locaux ordinaires, marchands, voyageurs et voies postales. Une fois que l’information atteint la partie centrale de la Pologne, la vitesse s’accélère pour atteindre Versailles et Londres en une petite quinzaine de jours, alors qu’à vol d’oiseau il reste un peu moins des deux tiers de la distance à parcourir. Le poids des contraintes spatiales n’est donc pas le même entre la périphérie du continent européen et sa partie occidentale.

14À partir de la Pologne, l’information emprunte des circuits éprouvés. Danzig, grande place commerciale, est un centre postal important relié deux fois par semaine à Hambourg, puis aux réseaux de poste de l’Allemagne et, au-delà, aux Provinces-Unies dont les marchands fréquentent régulièrement le port depuis la fin du XVIe siècle [37]. C’est la voie de la Hollande qui permet d’abord au gouvernement français de connaître le succès russe, et non les dépêches des diplomates. Les premières, celle de Besenval datée du 2 août et celle de Campredon, qui se trouve à Stockholm, rédigée le 7, arrivent à Versailles respectivement les 21 et 24 août, soit une dizaine de jours après que la nouvelle a commencé à se diffuser. Le décalage n’est pas propre à la structure diplomatique française, puisque dans sa dépêche du 17 juillet par laquelle il annonce au gouvernement anglais la victoire du tsar à Poltava, Whitworth concède « the news will certainly come to your hands before this letter » [38].

15Le décalage entre la vitesse de circulation des nouvelles de Russie par voie de gazette ou par celle des diplomates n’est pas sans conséquence sur l’appréhension et la réflexion gouvernementale sur ces réalités lointaines. Les insuffisances du réseau diplomatique de collecte du renseignement ressortent lorsqu’il s’agit d’espaces périphériques. En ce qui concerne Poltava, à la fin du mois d’août, alors que les nouvelles de Hollande confirment la défaite de Charles XII, les dépêches des ambassadeurs en Europe du nord-est, datées du début du mois, ne font qu’arriver à leur gouvernement. Elles ne parlent pas de la défaite, ou l’évoquent encore comme une simple rumeur, entretenant les doutes. C’est ainsi que le gouvernement français est, un temps, maintenu dans son incertitude par une lettre du 20 juillet de Bonnac qui n’évoque pas la bataille [39]. Au moment de la rédaction, le diplomate, en poste à Varsovie, ne disposait pas encore de l’information. Le 7 septembre, arrive à Versailles une dépêche envoyée de Stockholm par Campredon contenant deux relations de la bataille de Poltava. La première, rédigée par Alexandre Gordon, un colonel écossais servant dans l’armée russe, confirme la victoire du tsar ; la seconde, traduite du polonais, est attribuée à un capitaine des dragons de l’armée russe dont le nom n’est pas précisé. Elle livre tout au contraire un récit circonstancié, avec indication du nombre de morts et des différentes phases du combat, qui met en scène un succès de Charles XII [40]. Il peut aussi arriver que, fortuitement, le délai d’acheminement de la nouvelle fasse d’une rumeur une vérité. Le 19 août, le gouvernement anglais reçoit une dépêche dans laquelle Whitworth rapporte, à son gouvernement : « There are murmurs of a sharp battle wich some say has been to the advantage of the Muscovites. But the courrier being come two days ago and no particulars yet know it has not the air of success. » [41] Elle a été rédigée le 3 juillet, soit cinq jours avant la bataille de Poltava. Whitworth rend compte d’un bruit auquel il n’accorde que fort peu de crédit, mais sa lettre est reçue alors que la nouvelle de la victoire russe est connue. Les doutes de l’ambassadeur sur un événement qui n’est pas arrivé ébranlent les certitudes de son gouvernement sur un événement qui s’est réellement produit.

16L’étude de la circulation de l’information depuis la périphérie orientale de l’Europe jusqu’aux gouvernements occidentaux permet de mettre en évidence le rôle des gazettes de Hollande. Elles sont l’un des principaux vecteurs de transmission des nouvelles internationales. Une part importante de ce qui concerne l’étranger contenu dans les journaux anglais est traduit des gazettes hollandaises, réputées pour leur ouverture européenne et pour la qualité de leurs informations [42]. Michel Morineau a montré leur fiabilité par rapport à leurs équivalents d’autres pays [43]. L’activité mercantile des Provinces-Unies au cours du XVIIe siècle a permis d’organiser une structure de drainage de l’information qui met en relation directe Amsterdam avec les grandes cités commerçantes du reste de l’Europe. Les gazettes disposent de correspondants qui sont des marchands ou des diplomates établis dans des lieux ouverts vers lesquels convergent naturellement les nouvelles [44]. Les périodiques hollandais font circuler rapidement l’information, leurs équivalents français accusent par rapport à eux un retard de quatre à onze jours [45]. La rapidité avec laquelle les nouvelles arrivent en Hollande confère aux gazettes qui y sont imprimées une place de choix dans l’information des gouvernements européens et fait ressortir les imperfections de la correspondance diplomatique. Le gouvernement de Louis XIV, dont la politique est pourtant vivement critiquée dans les périodiques hollandais, les utilise pour compléter sa connaissance des affaires européennes [46]. À La Haye, une partie du travail de William Harrison, secrétaire de l’ambassade anglaise, consiste à lire les principales gazettes pour en extraire l’essentiel qui est ensuite envoyé aux différentes ambassades anglaises en Europe [47]. La qualité des journaux hollandais ne concerne pas uniquement les délais, elle porte aussi sur l’information. À la fin du mois d’août 1709, alors que le gouvernement français reçoit les premières dépêches de ses diplomates confirmant la victoire de Pierre le Grand à Poltava, La Gazette d’Amsterdam, dans son numéro du 23 août, publie le texte de la capitulation de l’armée suédoise qui a suivi la bataille et donne le décompte précis des prisonniers suédois.

17Pourtant, on peut supposer que les lettres, qu’elles émanent d’un diplomate, d’un marchand ou d’un quelconque correspondant, doivent toutes circuler à la même vitesse. En réalité, le décalage à l’arrivée n’est pas lié à la vitesse de circulation à proprement parler, mais davantage à la célérité avec laquelle celui qui reçoit l’information la répercute à son destinataire. Le correspondant d’une gazette prend connaissance d’une nouvelle puis la renvoie ; c’est pourquoi elles sont imprimées sous forme de renseignements « secs » ou assortis d’un commentaire restreint. Dans le même exercice, le diplomate, lui, a des contraintes particulières liées à sa fonction et à la structure de collecte du renseignement lui permettant d’être informé. Les réseaux d’information des diplomates sont moins étendus que ceux des gazettes. Pour remplir sa tâche, chaque représentant du roi se doit d’avoir des relations et des connaissances qu’il rétribue en échange d’informations. Pour ces informateurs de toute nature le destinataire n’est pas le gouvernement français, mais le diplomate. La nouvelle ne va pas directement à Versailles, elle est destinée le plus souvent à un ambassadeur qui se fait donc d’abord récepteur de l’information. Il la vérifie, l’analyse, la complète et la commente avant de la renvoyer vers son gouvernement. Ce traitement des nouvelles par les diplomates implique une « rupture de charge » prenant un certain temps qui, inévitablement, se répercute à l’arrivée.

18La correspondance diplomatique subit une seconde contrainte spécifique, celle de l’espionnage. C’est une pratique courante qui implique une rétention temporaire de l’information et retarde donc la dépêche. L’Allemagne du nord est un lieu de convergence des flux postaux, puisque s’y croisent les dépêches en provenance et à destination de l’ensemble du nord-est européen, la Suède, la Pologne et, au-delà, la Russie. On y trouve donc de grands centres d’espionnage postal, comme Celle, dans le duché de Brunswick-Lunebourg [48]. Les archives révèlent de nombreuses plaintes des représentants français en Pologne concernant des lettres qui n’arrivent pas ou qui leur sont remises ouvertes, plus particulièrement pour le courrier passant par Hambourg. Le résident français sur place, Jean-Baptiste Poussin, est persuadé que les lettres qu’il reçoit sont ouvertes dans la ville même [49]. Pour soustraire la dépêche aux regards indélicats, l’une des solutions est d’utiliser des voies détournées. Il existe par exemple trois routes alternatives, permettant de contourner l’espionnage danois, pour faire passer le courrier entre la Suède et la France : une première, par Göteborg et la Hollande ; une seconde, par Ystad et Lübeck ; enfin, une troisième passe par Danzig ou Königsberg avant d’arriver à Hambourg. Il en résulte des délais d’acheminement allongés et un surcoût que supportent avec peine des diplomates généralement impécunieux.

19Une fois l’issue de la bataille de Poltava connue avec certitude, l’interrogation principale porte sur le sort du roi de Suède. Les bruits les plus divers courent alors. Campredon rend compte que, à Stockholm, « quelques relations le disent mort, d’autres qu’il est en Volhynie avec deux cents chevaux, et les troisièmes en Transylvanie... » [50]. Ce n’est qu’à la fin de la première semaine du mois de septembre 1709, soit deux mois après la bataille, que le gouvernement français est assuré que Charles XII est sauf et réfugié dans l’Empire ottoman [51]. Il est à Bender (actuelle Tighina, Moldavie), sur l’une des routes menant en Pologne, à plus de 800 km d’Istanbul où se trouve l’ambassade française. Les nouvelles de Charles XII parviennent alors à Versailles par deux voies principales : il y a d’abord les dépêches des diplomates qui sont transportées par des bâtiments français venus de la Méditerranée orientale ; ensuite, la « filière grecque » passant souvent par Venise et qui diffuse un ensemble de rumeurs et de conjectures transmises par les marchands qui font le commerce du Levant [52]. L’information, souvent imprécise, circule lentement alors qu’il peut arriver qu’un événement impose à Versailles d’être informé rapidement et précisément. C’est le cas à la suite des événements dits de la kalabalik des 31 janvier et 1er février 1713. Les autorités ottomanes, voulant se débarrasser du roi de Suède, cherchent à s’emparer de sa personne pour le mettre de force sur un navire qui fera voile vers son pays. Charles XII, entouré d’une cinquantaine d’hommes et retranché dans une maison fortifiée, résiste à plus de 10 000 soldats ottomans. La nouvelle de l’incident arrive en France au milieu du mois de mai par la voie de Venise qui assure que le souverain suédois est mort dans le combat. L’information fait, selon l’ambassadeur suédois à Versailles Erik Sparre, « dresser les cheveux de plus d’une tête » à Paris [53]. Pour le gouvernement français, il est nécessaire de lever au plus vite l’incertitude pesant sur la vie du roi de Suède. Trois mois et demi après l’événement, les dépêches de l’ambassadeur auprès de Charles XII, des Alleurs, n’ont toujours rien confirmé. Louis XIV lui demande de redoubler d’attention : « Vous jugerez aisément combien il importe dans cette conjoncture que je sois exactement instruit et aussi promptement qu’il est possible de ce qui se passe à l’égard de ce prince, les bruits publics étant toujours incertains par la diversité des intérêts de ceux qui écrivent et ne permettant pas de prendre une résolution solide sur une matière aussi importante. Vous devez redoubler vos soins pour faire passer vos lettres par différentes voies en sorte que je puisse les recevoir avec moins de retardement que je ne l’ai fait depuis quelque temps, puisque je ne puis douter que vous m’avez écrit sur ce qui s’est passé en dernier lieu pour me rendre compte d’un événement aussi considérable et des suites qu’il aura eues. » [54] L’impatience du roi de France face à des nouvelles qui ne viennent pas montre les incertitudes de la circulation des hommes et des informations dans le monde méditerranéen. Fernand Braudel a écrit qu’il fallait deux à trois mois pour traverser la Méditerranée d’est en ouest, mais que la durée du voyage peut varier de « un à deux, trois, quatre et même sept ou dix », l’ampleur de l’irrégularité augmentant en fonction de la distance à parcourir. Les itinéraires maritimes, s’ils peuvent être rapides, pèchent par leur manque de régularité face aux postes qui se développent au XVIIe siècle. L’aléa climatique, en particulier, fait inexorablement s’effondrer la vitesse moyenne sur mer, si bien que les liaisons terrestres sont généralement privilégiées [55].

20La politique française dans la périphérie européenne doit composer avec des délais d’information importants qui l’inscrivent dans un rapport au temps contraignant. Cependant, toutes les régions évoquées précédemment ne doivent pas être confondues. À travers l’étude des dépêches diplomatiques des années 1708-1710, nous avons cherché à distinguer les régions concernées par la guerre du Nord en nous attachant au rapport entre la distance géographique et le délai de circulation de l’information. Ce dernier est déterminé pour les courriers reçus à Versailles par la date de réception inscrite sur chacune des lettres. Les régions périphériques de l’Europe peuvent être classées en deux catégories : d’une part, la périphérie qu’on pourrait appeler proche, qui comprend les lieux se trouvant, dans le meilleur des cas, à environ un mois de Paris, Stockholm (délai moyen de 18,5 jours), Danzig (délai moyen de 20 jours), enfin la Pologne intérieure (délai moyen de 32,7 jours) ; d’autre part, une périphérie lointaine pour laquelle il faut compter au minimum deux mois, c’est le cas pour les nouvelles d’Ukraine, et entre trois et quatre mois pour les dépêches de Moscou.

21Ces délais ont une élasticité qui augmente avec la distance, et la proportion de trajet à accomplir sur mer. Les impondérables pouvant retarder les lettres ne sont que rarement évoqués dans les archives ; ils sont de tous ordres : ce peut être des vents contraires, des erreurs humaines ou encore un blocage volontaire du courrier. Pour Stockholm, la dépêche la plus rapide que nous avons trouvée arrive à Versailles en quatorze jours [56], alors qu’il faut huit semaines pour que la lettre du baron Sparre annonçant la mort de Louis XIV parvienne jusqu’à la capitale suédoise [57]. De manière générale, la vitesse de transmission de l’information dépend principalement de la situation du lieu d’émission par rapport aux grands axes d’échanges. La diffusion de la nouvelle de la mort de Charles XII peut l’illustrer. Le roi de Suède est tué dans la nuit du 11 au 12 décembre 1718 lors du siège de la forteresse norvégienne de Fredrikshald qui garde le fjord de Christiania (actuelle Oslo). La nouvelle de l’incident fatal est connue à Copenhague le 31 décembre [58], à Paris et à Londres le 5 janvier 1719, sans doute par les nouvelles de Hollande [59]. C’est quatre jours avant l’arrivée de la dépêche de l’ambassadeur français, le comte de La Marck, qui se trouve au plus près de l’événement, à Strömstad, et apprend la mort du roi dès le lendemain, 13 décembre [60]. Son courrier arrive le 9 janvier, le même jour que la lettre de Poussin relatant la disparition de Charles XII, partie de Hambourg le 30 décembre, plus de deux semaines plus tard [61]. Ce délai s’explique par la localisation de La Marck par rapport aux itinéraires de poste. Hambourg est intégré au grand réseau postal de l’Empire, alors que Strömstad, sur la frontière suédo-norvégienne, est excentrée. Les mêmes observations pourraient être faites pour Varsovie, puisque la nouvelle de la mort de Charles XII y arrive le 8 janvier [62], trois jours après Paris et Londres, alors que la distance est, à vol d’oiseau, deux fois moins importante pour la capitale polonaise. Cette observation rejoint celle faite précédemment pour la diffusion de la bataille de Poltava. La supériorité du réseau d’acheminement des nouvelles vers l’ouest par rapport à l’est est patent.

22Dans les régions occidentales à forte densité de population avec une urbanisation importante, les échanges sont plus nombreux, mieux organisés et donc plus rapides. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, en France, le réseau de communications constitué de routes, de cours d’eau et de canaux, gagne en cohérence, alors qu’une véritable structure postale se met en place. Des ordinaires de poste partant à date fixe assurent avec une plus grande régularité le transport des lettres [63]. En temps normal, il faut aux gazettes hollandaises trois à quatre semaines pour acheminer une nouvelle depuis Séville ou Cadix jusqu’à Amsterdam, distantes de 2 250 km [64]. Alors qu’il faut par exemple entre trois et quatre mois pour qu’une lettre parcoure les 2 500 km séparant les lieux de résidence successifs de Charles XII dans l’Empire ottoman, Bender et Demotica (actuelle Didymoteicho, Thrace grecque), depuis Versailles [65] ; autant que pour les 2 800 km entre Moscou et Paris [66]. Dans la périphérie orientale de l’Europe, le climat plus rigoureux, la faiblesse relative des densités de populations, de l’armature urbaine et des échanges en général, ainsi que le rôle très important dévolu aux cours d’eau rendent la circulation plus aléatoire, surtout au printemps avec la débâcle et la raspoutitsa [67]. La durée du trajet des nouvelles ne dépend pas seulement de la seule distance kilométrique, mais aussi de l’organisation et de la fréquence des courriers. En Europe orientale, le réseau routier est moins dense, et les postes, mal organisées, manquent de régularité. L’espace est moins maîtrisé qu’à l’ouest, les échanges y sont moins fluides, plus sensibles aux aléas, et par conséquent les vitesses moyennes de circulation des nouvelles diminuent à mesure que l’on progresse vers l’est. En Europe du nord-est, un facteur important pour la vitesse d’acheminement des dépêches est la proximité par rapport à l’itinéraire postal Riga-Danzig-Hambourg qui a deux postes par semaine. Plus on s’éloigne de cet axe, plus le nombre de kilomètres moyen parcouru par jour par les lettres diminue. Alors que la distance Versailles-Lv’iv est supérieure de 20,5 % à celle séparant Versailles de Danzig, le délai moyen de circulation des courriers diplomatiques est, dans le premier cas, de trente jours contre vingt dans le second, soit 50 % de plus ; la vitesse journalière depuis Lv’iv est de 64 km par jour, contre 79 depuis Danzig. Ces chiffres montrent que la contrainte de l’espace n’est pas une donnée absolue, mais qu’elle doit être considérée à l’aune de l’organisation des transports.

23« Toute activité bute contre la résistance de l’espace, y trouve ses contraintes et ses accommodements », a écrit Fernand Braudel à propos de l’économie méditerranéenne au XVIe siècle [68]. Cette observation de portée générale peut s’appliquer à la politique étrangère qui, dans son essence même, repose sur un échange entre un pôle décisionnel, le gouvernement central, et un théâtre plus ou moins éloigné. L’étude d’une politique étrangère portant sur des espaces lointains doit prendre en compte la contrainte spatiale. Le décalage important entre le moment auquel se produit l’événement et celui où il est connu par le gouvernement met en jeu la pertinence des choix politiques, d’autant plus qu’il faut compter avec le temps de prendre la décision, puis de la renvoyer au diplomate. Les délais s’accumulant peuvent rendre les ordres caducs. Le décalage existant entre la réception de l’information et la réalité diplomatique est particulièrement préjudiciable lorsqu’il s’agit de mener des négociations, même en Suède, pourtant située dans la périphérie dite proche. En 1718, Philippe d’Orléans, régent de France, déplore que « les nouvelles qui viennent [de Suède] par les lettres arrivent si longtemps après que les choses peuvent être changées » [69]. C’est pourquoi en 1721, lorsque l’envoyé Jacques de Campredon se rend à Saint-Pétersbourg pour exercer la médiation de la France pour la paix entre la Suède et la Russie, il est pourvu de larges pouvoirs qu’il devra utiliser à bon escient en se fiant à son propre jugement : « Pour ne pas remettre au hasard des délais trop longs (...) Son Altesse Royale m’ordonne de vous envoyer un pouvoir sous le scel secret qui vous permet d’agir et de statuer au nom du Roi, tant sur ce qui a rapport à la médiation entre le roi de Suède et le Czar que sur ce qui regarde la promesse de la garantie de Sa Majesté des conditions qui seront statuées entre les deux puissances. » [70] Le problème posé est celui du rythme de la politique étrangère par rapport à une réalité lointaine. En effet, comment faire figure de médiateur valable si la capacité de réaction ralentit les négociations ?

24Il faut donc se demander si, lorsqu’on parle de politique européenne, il existe un horizon d’efficacité de l’action diplomatique permettant aux gouvernements de conserver les moyens d’une activité extérieure pertinente compte tenu des délais d’information. La limite dépendrait du degré de développement des techniques de transport qui conditionne l’intensité et la rapidité des échanges. Lorsqu’il faut connaître une information précise pour agir en conséquence, l’espace devient une véritable contrainte et impose une limite physique. Les pesanteurs spatiales et les délais d’acheminement des nouvelles entre l’est et l’ouest du continent amènent à s’interroger sur les mutations de l’Europe comme aire de l’information. Ses limites pourraient être considérées comme celles d’un espace dans lequel la nouvelle est opérante grâce à des délais d’acheminement et une fiabilité lui permettant de conserver toute sa pertinence, et donnant aux acteurs les moyens de prendre des mesures opportunes. La transmission rapide de l’information est une condition nécessaire à la connaissance et à la compréhension de réalités lointaines précédant le développement de tous échanges et activités politiques, commerciales ou culturelles. Cela nous conduit à réfléchir à la notion du désenclavement de l’espace européen et à nous questionner sur son identité comme territoire, c’est-à-dire comme produit social défini, délimité et constitué par les relations de tout type que les hommes y entretiennent, à la source desquelles se trouve nécessairement l’information.

Notes

  • [1]
    Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, vol. 1, Paris, Armand Colin, 2e éd., 1966, p. 331-337.
  • [2]
    François de Callières, De la manière de négocier avec les souverains, Genève, Droz, 2002, p. 82.
  • [3]
    Lucien Bély, Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV, Paris, Fayard, 1990, p. 51-286, et Camille-Georges Picavet, La diplomatie française au temps de Louis XIV (1661-1715), Paris, Félix Alcan, 1930, p. 181-209.
  • [4]
    Archives des Affaires étrangères, Paris [AAE], Correspondance politique [CP], Suède, vol. 106, fol. 286, Bonnac à Louis XIV, 22 septembre 1706.
  • [5]
    Bonnac prévient le ministre suédois Piper que Borelly aura pour mission de « donner des informations plus sincères que celles que vous pourrez avoir par les Alliés sur l’état des affaires du roi mon maître » (Riksarkivet, Stockholm, Diplomatica, Gallica, vol. 528, Bonnac à Piper, 18 octobre 1706).
  • [6]
    Ses instructions se trouvent dans Auguste Geffroy, Recueil des instructions aux ambassadeurs, Suède, Paris, Félix Alcan, 1885, p. 218-246.
  • [7]
    « Vous me servirez plus utilement en le suivant en qualité de volontaire qu’en conservant celle de mon employé auprès de lui [Charles XII] » (AAE, CP, Pologne, vol. 119, fol. 34, Louis XIV à Besenval, 14 avril 1707).
  • [8]
    Le Pensionnaire des Provinces-Unies Heinsius évoque « un homme nommé Groffey qui, sous le nom de secrétaire de Sapieha, est dans l’armée suédoise et y fait les affaires de la France » (Heinsius à Marlborough, 7 février 1708, in Bert Van’T Hoff (éd.), The Correspondance of John Churchill and Anthoine Heinsius (1701-1711), Utrecht, Kemink & Zoon, 1951, p. 368).
  • [9]
    Sven Olsson, Olof Hermelin. En karolinsk kulturpersonlighet och statsman, Lund, Geerupska Universitet Bokhandeln, 1953, p. 464.
  • [10]
    AAE, CP, Suède, vol. 117, fol. 52, Besenval à Louis XIV, 11 août 1708.
  • [11]
    AAE, CP, Pologne, vol. 118, fol. 53, Bonnac à Besenval, 26 mars 1707.
  • [12]
    AAE, CP, Suède, vol. 117, fol. 56-57, Besenval à Torcy, 11 août 1708, et CP, Pologne, vol. 119, fol. 203, Louis XIV à Besenval, 30 août 1708.
  • [13]
    La correspondance de Jefferyes relative à la campagne de Russie a été publiée par Ragnhild Hatton, Captain James Jefferyes Letters from the Swedish Army, 1707-1709, Historiska Handlingar, 35, 1, Stockholm, 1954.
  • [14]
    Sven-Erik Åström, The English navigation laws and the Baltic trade, 1660-1700, Scandinavian Economic History Review, no 1, 1960, p. 3-18, et Stewart Oakley, Trade, peace and the balance of power. Britain and the Baltic, 1603-1802, in Göran Rystad, Klaus Böhme et Wilhelm Carlgren (ed), In Quest of Trade and Security : The Baltic in Power Politics, 1500-1990, Lund, Lund University Press, 1994, p. 228-235.
  • [15]
    Peter Fraser, The Intelligence of the Secretaries of State & their Monopoly of Licensed News, 1660-1688, Cambridge, Cambridge University Press, 1956, p. 64.
  • [16]
    Bengt Liljegren, Karl XII. En biografi, Lund, Historiska Media, 2000, p. 159-160.
  • [17]
    AAE, CP, Suède, vol. 121, fol. 79, Besenval à Torcy, 23 février 1709.
  • [18]
    AAE, CP, Suède, vol. 121, fol. 82, Louis XIV à Besenval, 14 mars 1709.
  • [19]
    L’attaque cause la mort ou l’invalidité de plus de 3 000 hommes, selon le journal d’un soldat de l’armée suédoise ; voir Peter Englund (éd.) Minnet av Poltava. Ögonvittnesskildringar från Karl XII:s ryska fälttåg, Stockholm, Atlantis, 1998, p. 228-229.
  • [20]
    « Nous n’avons pas un mot de nouvelle de l’armée suédoise en Ukraine ; (...) il est presque impossible de savoir ce qu’il se passe par le soin que prennent les Moscovites de fermer tous les passages par où il pouvait en arriver » (AAE, CP, Suède, vol. 121, fol. 178, Besenval à Torcy, 18 mai 1709).
  • [21]
    AAE, CP, Suède, vol. 121, fol. 225, Torcy à Besenval, 18 juillet 1709.
  • [22]
    Ces dépêches se trouvent dans AAE, CP, Suède, vol. 120 et 121.
  • [23]
    Peter Englund, Poltava, Paris, Esprit ouvert, 1999, p. 56.
  • [24]
    AAE, CP, Suède, vol. 121, fol. 198, Besenval à Torcy, 1er juin 1709.
  • [25]
    AAE, CP, Suède, vol. 121, fol. 236, Besenval à Torcy, 12 juillet 1709.
  • [26]
    Public Record Office [Londres], State Papers, 91/6, 17 juillet 1709, Whitworth à Tilson, fol. 168-171, et Whitworth à Boyle, fol. 172-175.
  • [27]
    AAE, CP, Suède, vol. 120, fol. 152, Maron à Torcy, 17 juillet 1709, et CP, Pologne, vol. 121, fol. 270, Maron à Besenval, même date.
  • [28]
    AAE, CP, Suède, vol. 121, fol. 260, Besenval à Louis XIV, 2 août 1709, et BN, Manuscrits français, vol. 10677, Groffey à Bonnac, 6 août 1709.
  • [29]
    Stig Bonnesen, Studier över August II:s Utrikespolitik, 1712-1715, I, Lund, 1918. L’auteur donne la date du 23 juillet en calendrier julien, ce qui correspond au 3 août dans le calendrier grégorien.
  • [30]
    Une lettre datée de Vienne du l7 août, reproduite dans La Gazette d’Amsterdam du mardi 20 août 1709, assure que l’ambassadeur du tsar, le baron Urbich, a reçu une relation de la bataille de Poltava deux jours avant.
  • [31]
    AAE, CP, Suède, vol. 115, fol. 275-276, Campredon à Torcy, 7 août 1709.
  • [32]
    AAE, CP, Danemark, vol. 73, fol. 151, Torcy à Poussin ; CP, Suède, vol. 115, fol. 266, Torcy à Campredon ; CP, Pologne, vol. 119, fol. 287, Torcy à Besenval.
  • [33]
    AAE, CP, Suède, vol. 120, fol. 165, Louis XIV à Bonnac, 22 août 1709, et CP, Danemark, vol. 73, fol. 152, Torcy à Poussin, même date.
  • [34]
    Heinsius à Marlborough, 24 août 1709, p. 459, et Marlborough à Heinsius, 26 août 1709, p. 459, in Bert Van’T Hoff (ed.), The Correspondance of John Churchill..., op. cit., p. 459.
  • [35]
    AAE, CP, Suède, vol. 115, fol. 279, Torcy à Campredon, 29 août 1709, et fol. 281, Campredon à Torcy, 10 août 1709.
  • [36]
    AAE, CP, Suède, vol. 120, fol. 152, Maron à Torcy, 17 juillet 1709, et CP, Pologne, vol. 121, fol. 270, Maron à Besenval, même date.
  • [37]
    John Israel, Dutch Primacy in the World Trade, 1585-1740, Oxford, Clarendon Press, 1989, p. 48-52.
  • [38]
    Public Record Office, State Papers, 91/6, fol. 168, Whitworth à Boyle, 17 juillet 1709.
  • [39]
    AAE, CP, Suède, vol. 120, fol. 165, Louis XIV à Bonnac, 22 août 1709.
  • [40]
    AAE, CP, Suède, vol. 115, fol. 296-297, envoyé avec la lettre de Campredon à Torcy du 24 août 1709.
  • [41]
    Public Record Office, State Papers, 91/6, fol. 152, Whitworth à Boyle, 3 juillet 1709.
  • [42]
    Esmond de Beer, The English Newspapers from 1695 to 1702, Ragnhild Hatton et John Bromley, William III and Louis XIV. Essays, 1680-1720, Liverpool, Liverpool University Press, 1968, p. 124 et 128.
  • [43]
    Michel Morineau, Incroyables gazettes et fabuleux métaux. Les retours des trésors américains d’après les gazettes hollandaises (XVIe-XVIIIe siècle), Cambridge, Cambridge University Press, 1985, p. 48-49.
  • [44]
    Hans Bots, Les Provinces-Unies centre de l’information européenne au XVIIe siècle, L’informazione in Francia nel Seicento, Jean Adhemar, Bari-Paris, Adriata-Nizet, 1983, p. 284-285.
  • [45]
    François Souchet, Gazettes et journaux face à l’actualité, in Henri Duranton (dir.), Les gazettes européennes de langue française, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 1992, p. 207. Voir également Stéphane Haffemayer, Gazette, Nouveau Journal universel et relations véritables : les réseaux de l’information périodique de France, Pays-Bas et Provinces-Unies en 1689, Pierre-Yves Beaurepaire (éd.), La Plume et la Toile. Pouvoirs et réseaux de correspondance dans l’Europe des Lumières, Artois Presses Université, 2002, p. 193-208.
  • [46]
    Hans Bots, Les Provinces-Unies centre de l’information..., art. cité, p. 292.
  • [47]
    Lucien Bély, Espions et ambassadeurs, op. cit., p. 236 et 342.
  • [48]
    Stewart Oakley, The Interception of Posts in Celle (1694-1700), in Ragnhild Hatton et John S. Bromley, William III and Louis XIV, op. cit., p. 95-116.
  • [49]
    AAE, CP, Hambourg, vol. 32, fol. 78, Poussin à Torcy, 28 février 1713.
  • [50]
    AAE, CP, Suède, vol. 302, fol. 302, Campredon à Torcy, 31 août 1709.
  • [51]
    « Il paraît certain qu’il est passé chez les Turcs... » (AAE, CP, Suède, vol. 115, fol. 298, Torcy à Campredon, 11 septembre 1709).
  • [52]
    Lucien Bély, Espions et ambassadeurs, op. cit., p. 253-254.
  • [53]
    Riksarkivet, Diplomatica, Gallica, vol. 220, Sparre à Charles XII, 13 juin 1713.
  • [54]
    AAE, CP, Turquie, vol. 52, fol. 34, Louis XIV à Des Alleurs, 18 mai 1713.
  • [55]
    Fernand Braudel, La Méditerranée..., op. cit., p. 300, 331-332.
  • [56]
    AAE, CP, Suède, vol. 115, fol. 287, Campredon à Torcy, le 17 août 1709, reçue le 31.
  • [57]
    Riksarkivet, Diplomatica, Gallica, vol. 222, Sparre à Charles XII, 2 septembre 1715, reçue le 25 octobre.
  • [58]
    AAE, CP, Danemark, vol. 77, fol. 253, Rochefort, en charge de la correspondance consulaire à Copenhague, à Dubois, 31 décembre 1718.
  • [59]
    D’après le marquis de Dangeau, le Régent diffuse la nouvelle de la mort de Charles XII le 5 janvier 1719, Dangeau, Journal, t. 17, Paris, 1859, p. 454, 5 janvier 1719. Voir également la dépêche de Chammorel, secrétaire de l’ambassade française à Londres, à Dubois, datée du 5 janvier 1719, dans AAE, CP, Angleterre, vol. 322, fol. 25.
  • [60]
    AAE, CP, Suède, vol. 141, fol. 373, La Marck à Dubois, 13 décembre 1718.
  • [61]
    AAE, CP, Hambourg, vol. 46, fol. 234, Poussin à Dubois, 30 décembre 1718.
  • [62]
    AAE, CP, Pologne, vol. 164, fol. 219, Besenval à Dubois, 13 janvier 1719.
  • [63]
    À Hambourg, par exemple, la poste de France est desservie par un ordinaire partant deux fois par semaine, AAE, CP, Hambourg, vol. 51, fol. 160, Poussin à Dubois, 16 avril 1723.
  • [64]
    Michel Morineau, Incroyables gazettes..., op. cit., p. 50.
  • [65]
    Sparre, qui se trouve à Paris, dit avoir reçu une lettre envoyée de Demotica quatre mois auparavant ; Riksarkivet, Diplomatica, Gallica, vol. 220, Sparre à Müllern, 26 septembre 1713.
  • [66]
    Estimation établie d’après les dépêches de Jean-Casimir Baluze, envoyé à Moscou en 1703-1704 et en 1711, AAE, CP, Russie, vol. 4 et 5.
  • [67]
    Georges Livet, Histoire des routes et des transports en Europe, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2003, p. 180, 261 et 262.
  • [68]
    Fernand Braudel, La Méditerranée..., op. cit., p. 344.
  • [69]
    AAE, CP, Suède, vol. 141, fol. 146, Louis XV à La Marck, 19 août 1718.
  • [70]
    AAE, CP, Suède, vol. 147, fol. 417, Dubois à Campredon, 6 janvier 1721.
Français

RÉSUMÉ

La politique étrangère subit le poids des contraintes spatiales, surtout lorsqu’il s’agit de prendre connaissance d’événements se déroulant à plusieurs milliers de kilomètres. Au début du XVIIIe siècle, le gouvernement français suit avec attention la campagne du roi de Suède Charles XII en Russie, mais éprouve des difficultés à être informé précisément. En l’absence de réseaux diplomatiques français dans la région, les nouvelles sont rares et incertaines. Il faut près de deux mois pour que Versailles soit assuré de la défaite suédoise de Poltava (8 juillet 1709) et du sort du roi de Suède. La vitesse de circulation des nouvelles dans l’espace européen est fort élastique, elle dépend principalement de l’organisation des réseaux postaux qui est meilleure dans la partie occidentale du continent. La correspondance diplomatique n’est que rarement la première à informer le gouvernement français, car elle doit supporter des contraintes particulières qui retardent la transmission des nouvelles. Généralement, Louis XIV et ses ministres sont d’abord renseignés par les gazettes de Hollande, réputées pour leur capacité à transmettre rapidement les informations et pour la qualité de leur contenu. Par le biais de l’étude des conditions de la circulation des nouvelles, cet article pose la question de l’efficacité de l’action diplomatique française dans la périphérie européenne.

Mots cles

  • Mots clés : XVIIIe siècle
  • Europe du nord et de l’est
  • diplomatie
  • correspondance
  • guerre
  • gazettes
Éric Schnakenbourg
Agrégé d’histoire, a soutenu une thèse de doctorat devant l’Université de Paris VII intitulée : Pars Septentrionalis : la place du Nord dans la politique étrangère de la France au début du XVIIIe SIeCLe (1700-1721). Ses recherches portent sur l’histoire de l’Europe au XVIIe et au XVIIIe siècle. Il étudie plus particulièrement les relations internationales, en se concentrant sur les rapports politiques, économiques et culturels entre la France et les pays du nord-est de l’Europe. Il s’intéresse à l’histoire de l’espace baltique à travers l’étude des évolutions de son équilibre politique et des rapports des royaumes scandinaves, la Suède principalement, avec le reste du continent.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/12/2007
https://doi.org/10.3917/rhis.062.0291
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