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1Des travaux récents ont montré comment la malédiction, la pénitence publique, l’amende honorable ont été des armes de l’Église dans ses conflits avec les puissances temporelles, princes et villes [2]. En lien avec ces modes de résolution des conflits, l’excommunication des « malfaiteurs », qui s’attaquent aux « libertés de l’Église », est récurrente dans les textes conciliaires, des statuts synodaux jusqu’aux conciles généraux [3]. Elle est également expressément citée dans les quelques formules d’anathèmes conservées dans les pontificaux [4]. Elle est utilisée avec une fréquence particulière envers les institutions urbaines au XIIIe siècle, quand se heurtent de plein fouet les aspirations politiques des « bourgeois », citoyens des villes désirant obtenir ou défendre un pouvoir décisionnel et judiciaire, et celles des puissances ecclésiastiques, évêques et chapitres, défendant leurs droits temporels et l’indépendance de l’Église. Le cas célèbre de Beauvais, au cours duquel l’intervention du jeune roi Louis IX provoque une vive réaction des évêques de la province et la succession de plusieurs conciles entre 1232 et 1248, atteste la violence que peuvent atteindre ces querelles [5]. Plusieurs autres villes – dont l’inventaire reste à établir – sont le théâtre de conflits du même type. La présente réflexion, centrée sur les affaires agitant Laon et Reims dans la première moitié du XIIIe siècle, tente de mesurer la place qu’y ont prise les censures canoniques, et particulièrement l’excommunication [6]. De cette arme spirituelle par excellence, on a souvent écrit qu’elle était utilisée avec une légèreté qui était le signe du désarroi du clergé et la cause de l’inefficacité de la sanction [7]. Pourtant, cet « abus » ne peut être simplement considéré comme tel ; l’excommunication comme l’interdit sont des peines au sens précis, dont l’usage est fortement réglementé et dont la portée est défendue par l’Église. Le droit d’excommunier est d’ailleurs un objet de litiges entre puissances ecclésiastiques ; à Reims, il oppose fréquemment l’archevêque à son chapitre, tandis qu’à Laon le chapitre défend pied à pied le privilège, qui lui a été accordé par Calixte II, de pouvoir prononcer, sans en référer à l’évêque, l’excommunication de ceux qui s’en prendraient à ses biens. Dans le même temps, les années centrales du XIIIe siècle voient la censure mieux définie – avec notamment la distinction entre l’excommunication et l’anathème –, et la papauté s’efforce d’en préciser les conditions. Arme face aux puissances temporelles, l’excommunication est un enjeu pour les puissances spirituelles.

AU CœUR DE CRISES POLITIQUES

2Les querelles entre les autorités ecclésiastiques et les autorités laïques sont récurrentes tout au long du XIIIe siècle, aux différentes échelles du pouvoir. Elles n’obéissent cependant pas systématiquement aux mêmes logiques ; elles impliquent plusieurs acteurs, l’évêque de la cité, son chapitre, les bourgeois, maire, jurés, échevins selon la situation juridique acquise au XIIe siècle.

3Le maire et les jurés de Laon, chargés depuis la Paix accordée par le roi en 1128 de défendre l’ordre public à Laon et dans ses alentours, subissent au moins vingt-quatre excommunications au cours du XIIIe siècle [8]. Trois crises, bien documentées dans le cartulaire du chapitre ainsi que dans le fonds épiscopal, en 1214-1215, 1232 et 1236-1243, ont retenu l’attention ici, trois épisodes ayant le même point de départ – à savoir, un ou des emprisonnements jugés abusifs par les autorités ecclésiastiques de la ville. En 1214, c’est au sujet d’un certain Gastellus que s’élève la querelle : « homme de l’Église », dépendant du chapitre de Notre-Dame de Laon, il a été arrêté par les jurés de la commune, pour une raison non citée dans les textes, tous d’origine capitulaire. En cours d’affaire, un autre personnage, Herbert, qui a subi les mêmes avanies, est également cité. En 1232, ce sont cette fois des serviteurs de l’évêque Anselme de Mauny qui ont été « pris et mis dans les prisons » de la ville. En 1236, ce sont de nouveau des hommes dépendant du chapitre [9]. L’enjeu est donc juridictionnel ; le chapitre et l’évêque défendent leurs droits de justice sur leur familia et leurs serviteurs, sur les « hommes de corps » installés sur leur temporel, alors que le maire et les jurés défendent leur propre interprétation du texte de 1128, considérant que toute atteinte à la Paix leur revient. La mosaïque seigneuriale qu’est Laon favorise sans doute ce type de querelles ; face à un pouvoir seigneurial éclaté, la commune aspire à garantir l’ordre public sur l’ensemble de l’espace urbain et périurbain. Il faut noter qu’ici ce sont bien leurs droits temporels que défendent le chapitre et l’évêque de Laon. Cet usage de l’excommunication est prévu dans certains textes normatifs ; si l’on n’en a pas conservé d’exemple pour Laon, on sait, par des statuts certes postérieurs mais qui se placent sans doute dans la continuité d’une législation perdue, que l’évêque de Cambrai fulmine en 1260 une excommunication générale contre tous ceux qui entravent sa juridiction et ses droits féodaux [10].

4Le conflit rémois semble assez différent, du moins dans ses origines – au demeurant assez complexes. L’archevêque et le chapitre ont tous deux une puissance seigneuriale sur la ville ; le ban archiépiscopal est de loin le plus important, mais les chanoines défendent leur juridiction propre, notamment sur leurs « francs-sergents ». L’échevinage, reconnu officiellement par la charte de Guillaume aux Blanches Mains en 1182, ne concerne que le ban archiépiscopal et reste très contrôlé par l’archevêque. Le conflit des années 1234-1240 n’oppose donc pas directement deux puissances judiciaires, comme à Laon, mais trois acteurs de la vie politique rémoise. À l’automne 1234, des bourgeois du ban de l’archevêque et du ban du chapitre, craignant de subir une enquête sur des pratiques usuraires, se sont unis contre le chapitre et l’ont vitupéré et menacé, le poussant à quitter la ville. L’archidiacre, qui a une autorité spirituelle sur toute la ville de Reims, concurremment avec l’archevêque, prononce l’excommunication des coupables de violences, de voies de fait, sur les personnes des clercs, des chanoines [11]. Si le rôle initial de l’archevêque semble limité, l’émotion des bourgeois est bien née d’une décision archiépiscopale. Henri de Braine a, en effet, prononcé une interdiction de vendre des rentes à vie, à charge pour les curés de Reims de proclamer en chaire cette monition qui menace d’excommunication ipso facto ceux qui l’enfreindraient [12]. Or les échevins de Reims se sont d’ores et déjà rendus coupables de ce « crime » ainsi défini, en passant un contrat de ce type, au nom de la ville, auprès de prêteurs arrageois [13]. Le conflit ne se place donc pas sur le même plan qu’à Laon ; ce que reproche l’archevêque aux bourgeois, c’est, d’une part, d’avoir agi comme une commune, qui en droit n’existe pas, d’autre part, de ne pas respecter les prescriptions morales de l’Église, l’interdiction de pratiquer l’usure ayant été rappelée, sous peine d’excommunication, par le concile provincial de Saint-Quentin de 1231 [14]. Ce n’est cependant pas le contrat passé avec les Arrageois qui provoque l’excommunication, mais les violences commises d’abord contre les chanoines, ensuite contre les biens et les hommes de l’archevêque, quelques mois plus tard [15]. Seul le chroniqueur de Saint-Nicaise lie la crainte d’une enquête sur l’usure et l’agression contre les chanoines [16] ; le lien reste cependant assez obscur. Dom Marlot, historien de Reims au XVIIe siècle, affirme que le chapitre, « pour espauler l’archevêque, soutenoit que les habitants n’avoient aucun droit de communauté », ce qui aurait suscité la colère des échevins [17]. L’avis de l’historiographe rémois doit être nuancé ; le chapitre se plaint amèrement, en effet, que la charte willelmine ait été accordée sans le consulter et en demande purement et simplement la suppression : il ne s’agit donc pas uniquement, loin s’en faut, de soutenir l’archevêque, « mur d’airain pour la maison de Dieu », toujours selon Marlot. Les tensions entre l’archevêque et son chapitre ont pu, au contraire, nourrir la rancœur des échevins, craignant que le chapitre ne cherche à réduire encore des prérogatives jugées déjà insuffisantes. Le fait d’avoir outrepassé leurs droits en agissant en tant que commune ne suffit pas à provoquer la censure canonique – ou, tout du moins, il est nécessaire de développer un autre argumentaire pour la justifier. La deuxième excommunication, lancée par l’archevêque, résulte clairement de violences commises par les bourgeois de Reims contre son château et ses officiers, en particulier son maréchal, tué dans l’émeute. L’origine de l’émeute, en revanche, reste obscure : l’archevêque a tenté de lancer une enquête sur le conflit avec le chapitre, sans résultats devant le silence obstiné des Rémois. Est-ce cette enquête et la manière dont elle est menée qui provoquent l’émeute, la mise en place de barricades, la mort du maréchal ? L’épisode témoignerait alors des difficultés à imposer la procédure d’enquête en matière judiciaire, perçue comme une intolérable nouveauté [18]. Quoi qu’il en soit, c’est de nouveau la violence des laïcs sur les clercs et/ou les droits de l’Église locale qui provoque la censure canonique.

5En 1238, le conflit tourne plus clairement autour de querelles de juridiction : les échevins et les bourgeois du ban archiépiscopal s’en sont pris au bailli et aux sergents de l’archevêque [19]. L’excommunication est subie pour ces « graves injures » envers leur seigneur. Les violences sont en fait la conséquence de l’affaire précédente : elles éclatent lors du paiement de la troisième tranche de l’amende fixée au moment de la levée de l’excommunication de 1234-1235. L’excommunication de 1238 viendrait alors défendre le droit de l’archevêque de prononcer des peines, y compris pécuniaires ; c’est son pouvoir de seigneur sur la ville que défend ici Henri de Braine – pouvoir qu’il exprime également par l’exercice de la force militaire, en entrant dans Reims avec des hommes d’armes, et par l’usage de peines temporelles, dont le bannissement.

6Dans toutes ces affaires, les autorités ecclésiastiques utilisent l’excommunication pour défendre leur place politique et affirmer leurs droits temporels. Elles mettent en œuvre des procédures canoniques qui impliquent des rites spécifiques.

BANNIR DE L’ÉGLISE : RITES ET PROCEDURES

7Quelle censure subissent les échevins de Reims, le maire et les jurés de Laon ? Cette question n’est pas anodine. Au cours du XIIIe siècle, les différents types d’excommunication sont précisés : excommunication mineure, qui prive des sacrements et de la sépulture chrétienne mais ne prive pas de relations sociales ; excommunication majeure, qui fait de l’excommunié un « banni de l’Église » à éviter de tous les chrétiens sous peine d’excommunication mineure ; anathème, solennisé par un rite mis en œuvre par l’évêque et par une formule textuelle associant excommunication et malédiction ; enfin, « excommunication aggravée », dont le contenu exact pose problème et qui est éclairée par ces conflits urbains [20].

8Le terme récurrent est le terme générique d’ « excommunication », qui suppose que celle-ci soit majeure. Le droit canonique souligne en effet que l’excommunication majeure est le droit commun, et que l’expression illum excommunico sans précision renvoie à une excommunication au sens plein [21]. De plus, pendant le conflit entre le chapitre et la commune de Laon de 1214-1215, les commissaires pontificaux précisent que l’excommunication doit être publiée pour que les coupables soient évités par tous, conséquence d’une excommunication majeure et non d’une excommunication mineure [22]. Enfin, aucun texte canonique ne prévoit d’excommunication mineure pour des conflits comme ceux-ci.

9Excommunication majeure, donc, mais sous quelles formes rituelles ? Le IVe concile de Latran précise uniquement que la sentence doit être mise par écrit et prononcée seulement après trois monitions [23]. Si les textes rémois ne s’en préoccupent pas, les sources laonnoises insistent sur cette question de procédure : lors du conflit de 1214-1215, les jurés affirment n’avoir jamais reçu de monition, alors que les chanoines certifient avoir agi selon les règles [24] ; en 1232, l’évêque précise qu’il a correctement averti les coupables avant de fulminer l’excommunication [25]. Le fait que le conflit rémois débute dans la violence et n’est pas une simple querelle de juridiction explique sans doute que cette question ne soit pas mise en avant. En effet, la violence contre les clercs est unanimement reconnue comme une cause d’excommunication latae sententiae : les bourgeois de Reims se sont, au regard du droit canonique, excommuniés eux-mêmes. La promulgation de la sentence est cependant indispensable pour son application, ce qui explique l’intervention de l’archidiacre d’abord, de l’archevêque ensuite. Faut-il en conclure que le rôle des détenteurs du « pouvoir des clefs » se limite alors à informer d’une situation de fait ? Manifestement non. La première excommunication, prononcée par l’archidiacre, l’est au titre de la juridiction qu’il a sur les bourgeois de Reims ; la sentence est bien proférée par l’archidiacre, il s’agit donc bien d’une censure ferendae sententiae et non d’une excommunication ipso facto – dont il n’est jamais fait mention [26]. La seconde excommunication, prononcée par Henri de Braine, est plus ambiguë. Si, d’après le chroniqueur de Saint-Nicaise, l’archevêque a excommunié tous les bourgeois de son ban, les lettres de Grégoire IX utilisent le verbe promulgare, qui renvoie bien au fait de « rendre public ». Cependant, Henri de Braine lui-même considère qu’il est l’auteur de la sentence, puisque, dans la lettre où il décrit l’accord obtenu entre le chapitre et les bourgeois, il utilise le verbe ponere [27]. De même, la troisième excommunication a bien été infligée par le pape [28]. Trois sentences sont donc prononcées – l’absolution d’une des censures ne signifiant pas celle des autres –, la gravité des crimes commis expliquant qu’il ne soit pas nécessaire de préciser que les monitions préalables ont été correctement publiées. On retrouve dans cette affaire l’ambiguïté des excommunications latae sententiae, encourues du fait même de l’acte commis, mais qui ne peuvent avoir d’efficience que si l’autorité ecclésiastique s’en fait le relais. Que les bourgeois de Reims aient ou non conscience de subir une excommunication ipso facto importe peu au bout du compte ; c’est bien la sentence prononcée par un juge d’Église qui exprime la volonté ecclésiastique de contraindre les coupables à amender leurs crimes.

10Cela posé, que dire du rituel utilisé ? Et, tout d’abord, y a-t-il mise en œuvre d’un rituel, d’une liturgie de l’excommunication, dans ces affaires ? En effet, le rite d’excommunication, connu depuis le haut Moyen Âge, entre en concurrence à cette date avec un mode de promulgation moins solennel, la sentence écrite et transmise à l’intéressé. A-t-on vu, à Reims et à Laon, l’évêque entouré de douze prêtres, tenant tous un cierge allumé, prononcer une longue formule bannissant les échevins, le maire, les jurés, du « giron de l’Église » et les vouant à l’obscurité éternelle s’ils ne venaient pas implorer leur pardon, puis jeter les cierges à terre pour les éteindre en les foulant aux pieds ? A-t-on mis en scène cette censure devant une assemblée des fidèles invités alors à éviter soigneusement ces hommes et à méditer sur le sort qui les attend s’ils envisagent de reprendre à leur compte les prétentions des coupables [29] ? Aux dates des événements, le fait que le terme « excommunication » soit le plus utilisé ne suffit pas à dire qu’il n’y a pas eu excommunication solennelle. En effet, il faut attendre la fin du siècle, et notamment le pontifical de Guillaume Durand appelé au succès que l’on sait, pour que l’excommunication solennelle, ritualisée, ne soit clairement désignée par le vocable « anathème » [30]. Les pontificaux du XIIIe siècle décrivent encore cette excommunication solennelle sous la rubrique excommunicatio [31]. Il est d’ailleurs probable que l’archevêque a utilisé le rituel spectaculaire jetant l’infamie sur les coupables, même si cela n’est pas expressément formulé. Une expression semble aller en ce sens : lorsque Grégoire IX demande à ses commissaires de diffuser l’information concernant l’excommunication subie par l’échevinage rémois, il précise que la sentence doit être publiée « solennellement chaque dimanche et jours de fêtes, les cloches sonnant et les chandelles allumées » [32]. Il ne s’agit donc pas simplement de citer les coupables dans la liste des excommuniés rappelée au prône chaque dimanche, mais de renouveler symboliquement la sentence, en utilisant les cloches et les cierges, symboles de la communauté chrétienne dont sont exclus les « malfaiteurs ». Les cierges jouent un rôle important dans le rituel d’excommunication, symbolisant la lumière du Christ dont sont privés les excommuniés [33]. Les cloches, absentes du rituel d’anathème, sont en revanche présentes dans la clamor monastique, par laquelle les moines supplient Dieu de les aider contre ceux qui les agressent [34]. Comme pour la clameur sans doute, les cloches doivent sonner lentement, solennellement : elles informent également les absents d’un événement grave. Les cloches symboles de la communauté vécue, les cierges symboles de la communion ecclésiale, sont utilisées pour signifier à tous l’exclusion de certains. Cette précision sur les modes de diffusion de l’information renvoie très certainement à une sentence promulguée selon le rite solennel, au moins pour celle promulguée par l’archevêque. Il faut ajouter que cette excommunication-ci, contrairement à celle fulminée par l’archidiacre, l’est contre les fauteurs de troubles et contre ceux qui sont en relation (participantes) avec eux ; il faut manifestement entendre par cette expression que ces derniers subiraient non une excommunication mineure, selon la règle canonique qu’il ne serait pas nécessaire de préciser, mais eux aussi une excommunication majeure. C’est le cas à Laon, en 1231, quand un certain Gobert subit une excommunication majeure à la suite d’une promulgation du même type [35]. Cette procédure serait une des formes possibles de l’excommunication aggravée (excommunicatio aggravata) ; il n’est en revanche pas certain que ce soit une conséquence de l’anathème proprement dit, même si dans le cas présent les deux sont liés. L’anathème concerne le coupable directement, l’aggravation de la censure élargit ses conséquences à tous ses proches. Il faut noter à cet égard qu’en 1239, lorsque Grégoire IX confirme l’excommunication des échevins rémois, il précise que leur famille subit un interdit personnel [36]. Or la familia d’un excommunié ne subit plus d’excommunication systématique, même mineure, depuis la constitution Quoniam multos du concile romain de 1078 : il s’agit ici manifestement d’une forme d’excommunication aggravée afin de « faire pression » sur les coupables.

11Les trois conflits laonnois considérés soulèvent le même type de questions et éclairent certains points. Tout d’abord, la manière dont sont prononcées par le chapitre les deux excommunications de 1214 et 1236 reste problématique. Là encore, aucune description du rite n’existe pour ces deux affaires. Cependant, si le privilège octroyé par Calixte II en 1123 n’évoque que des « sentences ecclésiastiques » [37], une bulle d’Alexandre III de 1180 jette expressément l’anathème sur les « brigands » qui ont ravagé les biens de l’église de Laon [38]. En note marginale dans le cartulaire, on lit une petite glose à son sujet : l’anathème étant jeté sur ceux qui ont commis (commississe) ces actes, la bulle ne peut être utilisée pour des affaires futures et n’a pas valeur de privilège général. Néanmoins, elle permettra d’appuyer les requêtes du chapitre pour en obtenir une similaire dans des affaires de même type. Mais les crimes décrits dans cette bulle – homicide, incendie, destruction des vignes – ne correspondent pas aux conflits qui nous intéressent. On sait que l’excommunication de 1214 est proclamée devant l’assemblée des fidèles en pleine procession – ce qui, là encore, ne correspond pas à un rite d’anathème. Plus intéressant, les commissaires pontificaux, dans la lettre qu’ils envoient à l’archevêque de Reims pour faire appliquer la sentence, évoquent un anathème jeté par eux sur les coupables résistant à l’excommunication lancée par le chapitre [39]. La hiérarchie entre les deux censures est ici visible. La sentence d’excommunication de 1237 comprend la formule d’excommunication la plus simple, qui renvoie, semble-t-il, à la procédure écrite d’excommunication, mais se distingue du rituel d’anathème, où aux gestes expressifs s’ajoute un texte bien plus long qui évoque une possible malédiction en cas de persistance dans la faute [40]. On peut donc supposer que le chapitre, s’il a obtenu le droit d’excommunier, ne peut pas mettre en œuvre ce rite solennel de l’anathème, qui reste réservé à l’évêque ou aux représentants du pape.

12La querelle de 1232, qui oppose directement l’évêque à la commune, donne plusieurs éléments intéressants sur la succession des censures et sur les rites mis en œuvre. La lettre de l’évêque Anselme de Mauny à son chapitre est particulièrement éclairante [41]. L’évêque a d’abord averti les coupables, puis son official a promulgué une excommunication et l’interdit sur le ressort de la « paix de Laon ». L’évêque a ensuite aggravé cette excommunication en l’étendant aux participantes, avant de demander aux chanoines de réduire au strict minimum le service liturgique de la cathédrale et de procéder au rite d’humiliation du crucifix. Il n’est donc toujours pas fait mention d’un anathème. Deux éléments laissent penser que celui-ci a cependant bien été fulminé. Tout d’abord, la mention de l’aggravation est précisée par un autre document, dans lequel Nicolas de Rumigny demande au pape l’autorisation pour ses hommes d’accéder au marché de Laon sans encourir l’excommunication prévue par l’aggravation de la censure initialement prononcée [42]. Il décrit au pape la manière dont l’aggravation est promulguée dans le diocèse : les prêtres de paroisse doivent, chandelles éteintes et cloches sonnantes, proclamer solennellement que le maire et les jurés sont excommuniés, avant de réciter une véritable litanie des circonstances dans lesquelles quiconque communiquant avec les coupables serait à son tour excommunié [43]. Comme à Reims, la diffusion de l’excommunication renvoie à un rite parent de l’anathème. Si la première censure, prononcée par l’official, ne l’a pas été selon le rite solennel, il est fort possible que l’évêque l’ait mis en œuvre pour accentuer la gravité de la sentence. Cela est encore accrédité par le dernier rite employé, l’humiliation du crucifix, placé à terre entre des épines jusqu’à ce que les coupables demandent leur pardon et réparent leur faute. On reconnaît ici une forme du rite d’humiliation des saints étudié par Patrick Geary [44]. Ce rite, que seul le chapitre peut concrètement mettre en œuvre, manifeste l’union des puissances ecclésiastiques, si souvent en conflit, dans la défense des « libertés de l’Église ». On en connaît d’autres exemples, comme à Chartres en 1210 [45]. Or, en ce cas, l’humiliation du crucifix a suivi une « grande excommunication », qu’on peut sans doute assimiler à l’anathème. Il est donc légitime de croire que l’évêque de Laon, comme l’archevêque de Reims, comme l’évêque de Chartres, a mis en œuvre le rite d’anathème dans toute sa solennité – et comme à Reims, le lien entre l’anathème, supposé, et l’aggravation de l’excommunication, attestée, doit être souligné. Il est frappant dans tous les cas que le rite est développé au fur et à mesure des conflits. Il solennise et renforce une sentence prononcée d’abord par une autorité moindre – official, chapitre, archidiacre – et accompagne l’extension des peines spirituelles, extension qui lui donne une force plus grande. Peines canoniques et rituels dessinent ainsi une hiérarchie entre les détenteurs du pouvoir des clefs. Évêques, papes et chapitres doivent cependant justifier leurs décisions judiciaires menant à la mise en œuvre de ces rituels.

RHETORIQUE DE LA CENSURE

13Un véritable discours sur l’excommunication se développe dans la correspondance qui circule pendant ces crises intra-urbaines. Il semble nécessaire de justifier l’excommunication, de développer un argumentaire spécifique, qui stigmatise les coupables et les place hors du giron de l’Église avant même que la sentence ne soit prononcée.

14En 1214-1215, les affaires laonnoises coïncident avec la réflexion sur la notion d’excommunication « raisonnable », prononcée raisonnablement, sur laquelle le IVe concile de Latran prend des décisions. Les fidèles se plaignant que l’Église use abusivement de l’excommunication, trop fréquemment et pour des raisons mineures, le concile, dans sa constitution 47, précise « [que le juge ecclésiastique] veille aussi avec soin à ne procéder à l’excommunication de personne sans motif manifeste et raisonnable ; s’il en venait à agir ainsi et que, humblement requis, il ne prenne pas soin de révoquer une telle sentence sans imposer de peine, celui qui a été ainsi chargé déposera auprès du juge supérieur une plainte pour excommunication injustifiée » [46].

15C’est ce que tentent les jurés de Laon et qui est refusé par Innocent III. En face et a contrario, le chapitre insiste sur le droit d’excommunier qui lui a été dévolu par Calixte II en 1123 ; c’est ce même pape qui, en 1119, prononce au concile de Reims une excommunication contre ceux qui violaient la trêve de Dieu. Le privilège qu’il accorda au chapitre de Laon est un élément de cette entreprise de limitation de la violence nobiliaire contre les biens d’Église. Il est confirmé plusieurs fois par les évêques de Laon et par les papes successifs. En 1239, une charte de l’évêque Garnier – qui, dans l’ensemble, agit en accord avec le chapitre – rappelle ce privilège et ses différentes confirmations [47]. L’usage de l’excommunication est justifié par deux notions : en 1214-1215, on insiste sur la contumace des coupables, qui ont refusé de répondre aux monitions dûment lancées – ainsi les chanoines s’affirment-ils en totale adéquation avec les prescriptions canoniques – et sur le fait que l’offense commise est manifeste et la peine raisonnable [48]. Les deux éléments « manifeste » et « raisonnable » sont d’ailleurs liés : le chapitre affirme que l’offense, étant manifeste, n’a pas à être plus amplement prouvée, ce qui réfute en soi l’argument selon lequel la censure a été prononcée irrationabiliter. Cet élément est récurrent également à Reims : la dimension publique des « injures » est mise en avant, attestant que la sentence n’est pas prononcée à la légère, mais pour répondre à une attaque. Cette « attaque » est la deuxième idée mise en avant par les chanoines de Laon : les jurés sont pervasores des biens de l’Église de Laon, usurpateurs, dévastateurs. L’insistance sur le privilège pontifical atteste qu’ici l’excommunication est un fort moyen d’affirmation au sein des pouvoirs ecclésiastiques locaux. Le chapitre défend certes son autonomie face à la commune, mais aussi face à l’évêque. Les relations du chapitre avec Anselme de Mauny, pourtant issu de son sein, sont assez mauvaises : la querelle de 1214-1215 est donc aussi pour lui l’occasion de rappeler qu’il n’a pas besoin de l’évêque pour s’imposer à la ville. Il prononce lui-même la censure canonique et bénéficie directement du soutien pontifical. Le rapport de force est d’abord interne à l’Église.

16L’argumentaire en faveur de l’excommunication développé dans les affaires rémoises est plus ample. Les violences exercées sont décrites à travers une grille de lecture spécifique. Les lettres de Grégoire IX concernant l’affaire de 1235, tout en reprenant les thématiques précédemment évoquées à Laon, mettent en œuvre un vocabulaire varié, en dehors de la traditionnelle défense des « libertés de l’Église » [49]. Celle du 4 avril appelant à l’intervention royale est particulièrement éloquente [50]. Les Rémois ont hué les chanoines « comme après des chiens ou encore plus comme après des loups » : on est ici dans la description de l’émeute, mouvement insupportable, contraire à l’ordre voulu par Dieu. Mais ensuite, la lettre prend un tour à la fois plus religieux dans les formules employées et plus juridique dans l’argumentation déployée. Les échevins ont méprisé la majesté divine, qu’ils devaient révérer avec humilité. Ce crime de « lèse-majesté divine » est l’hérésie, textuellement mentionnée plus loin dans la même lettre, selon l’assimilation effectuée par Innocent III dans la bulle Vergentis in senium de 1199 [51]. Grégoire IX utilise ici une thématique récente, importante dans cet effort de définition canonique. Or la violence subie par des ecclésiastiques n’est pas assimilée, en droit canonique, à l’hérésie ; Grégoire IX pose donc une comparaison très forte, qui place les bourgeois de Reims hors de l’Église par leurs actes mêmes. En cela, l’affaire rémoise et son traitement par le pape font écho à la réflexion canonique en cours sur les atteintes à Dieu et leur « criminalisation ». Une décrétale de Grégoire IX de 1234 place ainsi le blasphème parmi les crimes, devant être jugé au for externe par l’ordinaire du lieu, qui doit excommunier le coupable si celui-ci refuse de faire pénitence ; il souligne les liens potentiels du blasphème avec l’hérésie [52]. Dans le contexte de développement de la procédure d’enquête, le discours sur le crime prend une ampleur et une importance particulière. La lutte contre l’hérésie a été un théâtre privilégié de ces constructions discursives [53] ; les lettres pontificales relatives au conflit entre les Rémois et leur archevêque et seigneur fabriquent à leur tour des figures d’opposition au pouvoir ecclésiastique contre lesquelles la coercition est non seulement justifiée mais nécessaire.

17Mettant en cause les rapports de pouvoir institués, ces violences des bourgeois menacent l’ensemble de la société chrétienne. Les Rémois sont également comparés à des païens, puis aux publicains, en référence directe au texte fondateur de l’excommunication : « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul (...) Et s’il refuse d’écouter même la communauté, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain. » [54] Une formule d’anathème, copiée dans un pontifical troyen dont on sait qu’il est toujours utilisé au moins au XIIe siècle, comprend cette référence, ainsi que l’apostasie de ceux qui n’hésitent pas à attaquer les biens d’Église et oppriment les « pauvres du Christ », thème utilisé par le pape dans sa lettre du 15 septembre [55]. L’assimilation est poursuivie par Grégoire IX, évoquant des « fils de Satan » [56], ou encore l’action des échevins « par l’œuvre du diable » [57] ; là encore, il y a un écho des formules rituelles d’anathème, qui remettent les excommuniés à Satan et à ses anges. Un autre motif récurrent est celui de la rupture des relations filiales que les Rémois devraient entretenir avec leur « mère », l’Église locale, et leur « père », l’archevêque [58]. La désobéissance à l’Église comme forme de transgression du Ve commandement ( « tu honoreras ton père et ta mère » ) se retrouve dans des textes d’autres types [59]. De plus, les archives des officialités révèlent que les violences effectivement commises contre les parents sont passibles d’excommunication [60]. Celle-ci répond ici à une rupture de l’ordre fondamental de la société et des rapports au sein de l’Église. Le pape met en avant les éléments d’ordre spirituel ; les coupables commettent plusieurs sacrilèges [61], en bousculant un prêtre portant la communion à un malade [62], en occupant le couvent des Franciscains [63], en utilisant non seulement les pavés comme projectiles, mais aussi les pierres tombales et les pierres entreposées pour la construction de la cathédrale [64]. Bref, ils détruisent concrètement l’Église rémoise, violentée dans ses hommes comme dans ses murs. Véritables « vipères », les coupables ne sont pas seulement hors du giron de l’Église par leurs actes mêmes, mais ils frôlent dangereusement le registre animal – et on sait que la vipère fait partie du « bestiaire diabolique », des animaux dont le diable est susceptible de prendre la forme [65]. Ils mettent en péril leur âme, certes, mais aussi celle des autres habitants de la ville, en empêchant l’accès au viatique, en détournant une maison religieuse de sa fonction de lieu de paix. L’excommunication ne vient pas défendre les intérêts de l’Église, dans cette rhétorique ; elle est la conclusion logique d’une mise à l’écart volontaire de la part des coupables. Ceux-ci ont d’ailleurs eux-mêmes rompu la communauté chrétienne, en interdisant qu’on commerce avec les marchands qui resteraient dans l’obédience capitulaire [66]. Ils se sont unis par serment, formant une « conjuration » – fréquemment interdite dans les statuts synodaux [67]. La lettre de Grégoire IX du 11 juin 1239 insiste sur cette dimension, en rappelant que ce serment entre les « rebelles » vient trahir le serment qu’ils ont précédemment prêté à l’archevêque [68]. Le parjure étant rarement, en lui-même, cause d’excommunication, l’accusation vient ici nourrir l’argumentaire général. Ces hommes, soumis au diable, n’hésitent pas à verser le sang, ne respectent pas la sacralité des lieux et des personnes, et prennent ainsi dans ces textes l’apparence d’une véritable « secte hérétique » qui menace l’ensemble de la société [69].

18Pourtant, l’excommunication ne joue pas ici le rôle de peine, mais celui de moyen de contrainte. Henri de Braine, contrairement au chapitre et à l’évêque de Laon, peut utiliser contre ses bourgeois des peines temporelles, puisqu’il détient le pouvoir de ban. De fait, en 1238, il bannit les coupables, en sus de l’excommunication [70]. Les deux peines sont proches ; elles privent toutes deux de relations sociales, isolent, éloignent de la communauté le danger qui la menace. La lettre de Grégoire IX laisse entendre que c’est l’inefficacité des sentences de bannissement – les bourgeois, bafouant l’autorité temporelle de l’archevêque, n’en ayant cure [71] – qui provoque l’excommunication, qui serait donc considérée comme « supérieure » au bannissement ; on note ici également une tentative de l’archevêque de contraindre les bourgeois par d’autres moyens que la censure canonique, en vain en l’occurrence. L’excommunication, faisant peser un danger spécifique sur l’âme du coupable, privé des sacrements et des suffrages communs de l’Église, cherche en fait à obtenir de celui-ci qu’il s’amende de ses fautes. Les affaires de Reims et de Laon révèlent alors la difficulté de faire respecter la censure canonique et posent la difficile question de son efficacité.

L’EXCOMMUNICATION, UNE CONTRAINTE VAINE ?

19Dans sa lettre au chapitre lui demandant de pratiquer le rite d’humiliation du crucifix, l’évêque de Laon, Anselme de Mauny, le justifie par la résistance des jurés excommuniés [72]. Ils « persistent dans leur malice, refusant de revenir à l’unité de l’Église » ; ils sont contumaces, et leur contumace croît, justifiant que la peine soit aggravée. Ils ne sont sensibles « ni à l’amour de Dieu ni à la crainte de la géhenne ». L’excommunication a donc échoué et il est nécessaire de passer à d’autres formes rituelles de contrainte, qui sollicitent l’intervention directe de Dieu offensé. De manière générale, une seule excommunication ne suffit pas à faire céder les « agresseurs ». Aucune des crises étudiées ici ne se règle si rapidement. En 1214-1215, d’une part, le maire et les jurés de Laon font jouer la procédure, en affirmant que l’excommunication est « irraisonnable » ; d’autre part, ils contournent simplement la sentence capitulaire. Les commissaires pontificaux dans cette affaire, en effet, doivent demander à l’archevêque de Reims et à tous ses suffragants de promulguer la sentence d’excommunication afin qu’elle soit pleinement appliquée et que les officiers de la commune de Laon ne puissent assister à la messe et communier auprès d’un prêtre ignorant de leur état [73]. Le principe de la « publicité » est au cœur de l’excommunication dans les textes normatifs. Il est prévu dans certains pontificaux – et la mesure sera reprise par Guillaume Durand à la fin du siècle – que, après la promulgation d’une excommunication, l’évêque envoie des lettres aux prêtres de paroisse afin qu’ils évitent les excommuniés et invitent leurs ouailles à en faire de même [74]. Ici, la publication dépasse l’échelle diocésaine pour atteindre l’ensemble de la province. Il est vrai que Laon est à l’extrémité sud du diocèse, à proximité immédiate des diocèses de Noyon et Senlis notamment, ce qui a sans doute facilité l’accès à d’autres paroisses. Cependant, l’affaire qui débute en 1236 témoigne qu’il n’est pas toujours nécessaire de quitter ville et diocèse pour échapper au poids de la censure ; en effet, le maire et les jurés, de nouveau excommuniés par le chapitre, ont continué à participer au service divin, « au péril de leurs âmes et au scandale de plusieurs », écrit Grégoire IX à ses commissaires [75]. De manière, semble-t-il, assez massive, les curés des paroisses de Laon refusent de proclamer les excommunications et de les appliquer [76]. L’affaire prend donc une ampleur nouvelle ; sans la participation active du clergé, l’excommunication perd naturellement ses effets les plus concrets [77]. L’affaire est mentionnée dans le cartulaire du chapitre, en marge de la copie du privilège de Calixte III, puis dans différents actes [78]. Les prêtres ont en effet produit un faux privilège pontifical, attribué à Innocent III, qui leur permettrait de passer outre une censure canonique prononcée par le chapitre. Ils sont déboutés et doivent amender leur faute. Le plus tenace dans sa résistance est le curé de Saint-Michel, qui appartient aux Prémontrés ; il est excommunié pour avoir refusé d’obéir au mandat capitulaire [79]. Comment comprendre cette vive résistance des prêtres laonnois ? Plutôt qu’une simple lassitude devant des censures fréquentes, s’exprime sans doute une forme de résistance au pouvoir du chapitre dans la ville. Le fait que le principal opposant soit un chanoine régulier doit être souligné. Ce prémontré défend ici, d’une certaine manière, l’indépendance de son ordre, en refusant de se soumettre à une décision du chapitre cathédral. De même, les prêtres semblent défendre leur rôle de « pères spirituels » des fidèles, en tant que chargés d’âmes. C’est donc aussi la répartition des rôles au sein de l’Église locale qui est en jeu. Le chapitre réussit cependant à imposer sa décision, soutenu par les commissaires pontificaux. Faire respecter l’interdiction de liens sociaux semble encore plus difficile ; c’est pourquoi les censures sont systématiquement aggravées. Il s’agit alors de ritualiser l’isolement de l’excommunié, de provoquer une forme de « contagion » de l’excommunication qui risque à terme d’englober toute la communauté si elle persiste dans son soutien aux coupables. L’efficacité en est manifestement douteuse. En 1238, un des jurés est absous sur son lit de mort, en promettant de verser 9 livres au chapitre, somme pour laquelle son frère se porte garant [80]. Mais, en dehors de ce moment terrible qu’est l’agonie, la privation des sacrements semble peu tourmenter jurés laonnois et échevins rémois. Cette inefficacité de l’excommunication explique l’intervention systématique de différents acteurs avant la résolution de la crise. Le soutien pontifical est indispensable ; l’élargissement de la proclamation de la censure au moins à l’échelle de la province semble nécessaire. La province ecclésiastique de Reims prend d’ailleurs une certaine consistance à la faveur de ces censures, les évêques qui la composent se soutiennent mutuellement. Ce soutien a cependant une limite, celle de l’opposition au pouvoir royal. En effet, les différents conciles provinciaux réunis au cours de l’année 1235, où ont été évoquées les affaires de Reims et de Beauvais, en ont appelé au roi, lui demandant notamment de soutenir sans condition et surtout sans enquête complémentaire l’archevêque de Reims. Devant le refus de Louis IX, Henri de Braine exige de ses suffragants que les terres royales de la province subissent un interdit local. Les évêques de Laon, Noyon, Senlis, Amiens, Arras refusent de prononcer cette mesure dans leurs diocèses et sont à leur tour excommuniés par l’archevêque [81]. Le rapport de forces est de nouveau interne à l’Église : c’est l’autorité de l’archevêque auprès de ses suffragants qui est ici en jeu.

20Les différentes étapes des excommunications aboutissent cependant à un accord, dont il faut souligner qu’il est systématiquement, dans les cas étudiés ici, favorable à la partie ecclésiastique. À chaque fois se définit un certain rapport entre les forces mises en jeu pendant la crise.

LA FORCE DE L’ABSOLUTION

21L’étape indispensable pour obtenir son absolution est de reconnaître ses torts et de les amender. Les formules rituelles d’excommunication le rappellent : la censure n’est pas vouée à durer perpétuellement, mais à être absoute quand les coupables auront « fait satisfaction » envers l’Église. Plus précisément, l’excommunication vise à contraindre le pécheur à faire pénitence ; son but est la paix entre l’offenseur et l’offensé [82].

22Le cartulaire de l’évêché de Laon comprend la copie des trois actes par lesquels un certain nombre de témoins, tous dignitaires ecclésiastiques, attestent que le maire et les jurés ont bien libéré les hommes de l’évêque qui avaient été emprisonnés, et ce sans leur infliger quelque peine que ce soit [83]. Il est précisé que, s’ils ont subi une peine auparavant, celle-ci est réputée ne pas avoir existé : le maire et les jurés rétablissent pleinement les hommes de l’évêque dans leur fama en même temps qu’ils leur rendent leur liberté. Cela semble, dans le cas présent, suffire à ce que l’absolution soit prononcée – et ce alors même que la querelle a été suffisamment longue et tendue pour provoquer excommunication, aggravation, anathème, humiliation du crucifix. En 1215, en revanche, les commissaires pontificaux qui sont intervenus imposent une pénitence publique aux officiers de la commune, qui doivent cheminer pieds nus du lieu où Gastellus, l’homme du chapitre objet de la querelle, a été emprisonné, jusqu’au « lieu du chapitre », où ils doivent s’agenouiller pour humblement demander pardon [84]. Ce rite est prévu pour obtenir l’absolution de l’excommunication prononcée par le chapitre ; les commissaires pontificaux donnent ici totalement raison au chapitre et demandent plus qu’une simple libération. Très clairement, il s’agit d’obtenir des maire et jurés de reconnaître publiquement qu’ils ont outrepassé leurs droits. Le refus de la commune de se plier à ce rite provoque une nouvelle excommunication, qualifiée d’anathème, et sa proclamation dans toute la province ecclésiastique en janvier 1215 [85] ; c’est seulement en mai que le maire et les jurés « font satisfaction », en se pliant au rite initialement demandé – qui n’a pas été alourdi par leur refus initial. Le cartulaire du chapitre comprend deux témoignages à ce sujet, qui lient directement l’absolution à l’accomplissement de la pénitence publique. Or excommunication et pénitence publique, quoique apparentées, ne se confondent ni ne sont systématiquement associées, comme en témoigne la fin de la crise de 1232. Dans le cas présent, il est possible que le rite d’expiation soit la réponse à l’accusation portée contre les chanoines devant le pape plus qu’à la première cause de conflit. À une attaque portant sur l’intégrité des chanoines, répond un rite d’humiliation qui vient en contrepoint restaurer les chanoines dans leur honneur et affirmer la validité du privilège qui leur fut précédemment octroyé et que les commissaires pontificaux ont confirmé par leur décision. La pénitence publique infligée aux maire et jurés prend cependant des formes assez modestes ; elle renvoie au rite traditionnel de réintégration des excommuniés – en grande partie similaire à celui des pénitents publics du carême, au point que certains pontificaux, comme celui de Reims du XIe siècle, ou plus tard celui de Guillaume Durand, assimilent les deux [86]. Le coupable doit se tenir devant l’entrée de l’église, demander pardon à celui qui a prononcé l’excommunication et à celui qui a subi l’injure – ici sont présents le doyen du chapitre et un des commissaires pontificaux –, et s’engager à ne pas la renouveler. L’absolution est ensuite solennellement prononcée et le fidèle introduit dans l’église. Les témoignages sur l’absolution du maire et des jurés précisent qu’elle est prononcée par un chanoine et par l’envoyé du pape : manifestement, les deux excommunications successives sont en fait levées en même temps, puisqu’il faut que chaque censure soit absoute.

23L’accumulation des censures peut en effet poser des problèmes difficiles, que le conflit rémois permet de discerner. On ignore totalement ce qu’il advient de l’excommunication promulguée par l’archidiacre après les violences contre les chanoines. Une fois l’affaire prise en mains par l’archevêque et le pape, il n’intervient plus. En revanche, les deux excommunications, archiépiscopale et pontificale, nécessitent un règlement différent. C’est une intervention royale qui provoque l’absolution donnée par l’archevêque [87]. Là encore, l’excommunication en elle-même échoue, n’ayant pas suffi à faire céder les bourgeois. Le roi, de plus, impose à l’archevêque qu’il absolve les bourgeois avant que l’arbitrage royal ne soit prononcé (janvier 1236). La lettre de Louis IX précise que les bourgeois doivent être absous in forma ecclesie, ce qui reprend le rite évoqué ci-dessus, sans la procession pénitentielle du lieu de la faute au lieu de l’absolution. C’est, cependant, seulement après cette absolution que les échevins doivent accepter les conditions imposées par les arbitres – en l’occurrence, une lourde amende pécuniaire (dont le paiement provoque la crise postérieure de 1238), la réparation des dégâts matériels, et des processions « pour l’honneur de l’Église ». Cependant, l’absolution est antérieure et inconditionnelle ; le roi a exigé d’ailleurs de Henri de Braine qu’il promette de ne pas garder rancune aux bourgeois et a chargé ses commissaires de vérifier que tous les excommuniés l’ont bien été à juste titre – enquête que refusaient précisément les conciles de l’année précédente. L’amende pour les faits commis est ici dissociée d’une pénitence publique pour relever de l’excommunication : les commissaires royaux mettent ainsi les affaires rémoises dans l’orbite royale et battent de fait en brèche les prétentions de Henri de Braine à condamner spirituellement ceux qui s’en prennent à sa puissance temporelle. Aucun rituel qui consisterait proprement en une humiliation des coupables n’est prévu. Une lettre de Grégoire IX se plaint d’ailleurs des difficultés mises par le roi à l’exécution des sentences d’excommunication [88] ; l’inversion du rapport entre absolution et gestes réparateurs participe de ce rapport de forces. L’intervention royale ne résout cependant que partiellement le problème, l’affaire ayant été portée devant le pape. Déjà intervenu pour soutenir Henri de Braine, Grégoire IX accepte que les chanoines poursuivent leur lutte devant la cour pontificale. Dès mai 1235, l’archidiacre et le doyen de Chalons, commissaires pontificaux à cet effet, sont chargés de convoquer les échevins et bourgeois de Reims en cour de Rome [89]. L’accord de janvier 1236 ne préjuge pas de la décision de la cour romaine ; en conséquence, lorsque les bourgeois, considérant que la paix est faite, refusent de faire litiscontestation à Rome, ils sont de nouveau excommuniés au nom du pape, pour contumace, selon la procédure classique [90]. La ville subit alors un nouvel interdit, qui vient « doubler » celui initialement prononcé par le chapitre à l’automne 1234. La question de l’interdit local mériterait elle aussi d’être étudiée : en dehors même de la question de sa réalité factuelle – cela ferait plus d’un an que la ville de Reims le supporterait –, se pose celle de son lien avec l’excommunication des détenteurs d’un pouvoir temporel. Henri de Braine n’a pas utilisé l’interdit dans cette affaire, tout du moins pas sur sa ville ni contre ses bourgeois. Lancé par le pape, prend-il une force particulière ? Permet-il au pape de s’imposer à l’archevêque ? Quoi qu’il en soit, le conflit semble perdurer, ce dont profite Henri de Braine pour se placer comme arbitre entre ses bourgeois et son chapitre, et imposer un accord dix mois plus tard, au début de janvier 1237. Le cartulaire de l’échevinage comprend une copie de la lettre de l’archevêque, attestant qu’il y a eu accord, mais non la description de l’accord, au contraire bien présente dans le cartulaire du chapitre [91]. En effet, les échevins doivent amender leurs crimes publiquement, se prêtant à un rite qui relève davantage de l’amende honorable que de la pénitence publique, puisqu’il n’est pas suivi d’absolution proprement dite. Soixante d’entre eux doivent accueillir le chapitre lors de sa rentrée solennelle dans la ville, en braies et chemises, nu-pieds, et s’amender « pour l’honneur de l’Église, l’amour et le bien de paix », au nom des présents et de tous ceux qui sont coupables, des injures et dommages pour lesquels ils ont été excommuniés. Puis des excuses sont présentées par groupe à différents personnages ou au trésorier pour différentes causes ; dix doivent accepter de quitter les terres du chapitre, où ils s’étaient réinstallés malgré l’interdiction, jusqu’à ce que l’archevêque les autorise à revenir ; vingt doivent se rendre en procession dans chaque cathédrale de la province, les dimanches, avant la Pentecôte ; cent dix doivent se rendre également en procession, dix par dix, dans les églises que l’archevêque leur indiquera ; cette dernière mesure est garantie par une menace de bannissement et d’excommunication. Cette cérémonie d’humiliation publique – ou plutôt cet ensemble de cérémonies, puisque l’amende honorable se poursuivra sur plusieurs semaines et dans plusieurs lieux – vise à restaurer l’honneur des victimes en même temps qu’à permettre la réintégration des coupables et le retour à une forme d’équilibre des forces. L’amende honorable et l’excommunication sont dissociées. En effet, à cette date, les échevins ont déjà été absous par l’archevêque et celui-ci n’a évidemment pas compétence pour absoudre l’excommunication pontificale. Le texte précise que l’accord ne prétend pas résoudre le conflit en cours à Rome ; cependant, les chanoines s’engagent à ne pas demander plus que le rituel décrit, et surtout à intercéder devant la Curie pour que le pape lève les censures qui pèsent sur Reims et son échevinage. La procédure est donc respectée, les droits des uns ne prétendent pas empiéter sur ceux des autres. Le conflit se termine enfin en mars, lorsque le pape, cédant à la demande des chanoines, demande aux dignitaires châlonnais, ses commissaires, de rendre publiques dans toute la province l’absolution des Rémois et la levée de l’interdit sur la ville [92]. La lettre précise que l’Église ne peut refuser leur réintégration en son sein à ceux qui la lui demandent humblement et souligne que les échevins de Reims ont supplié le pape en ce sens. La rhétorique est ici classique, définissant par là même ce qu’est l’excommunication, le moyen de contraindre des pécheurs impénitents à se repentir. La paix étant rétablie, la censure n’a plus lieu d’être. L’excommunication a été le moyen de défendre la paix en écartant de la communauté ceux qui la menaçaient et en les poussant à vouloir la paix. Le jeu complexe qui a agité la ville pendant trois ans et demi a rétabli une forme d’équilibre, en grande partie au bénéfice de l’archevêque, alors même que l’excommunication qu’il a lui-même prononcée n’avait pas permis de faire basculer totalement le rapport de forces en sa faveur.

24Cette « paix » dure cependant peu de temps ; Henri de Braine prononce de nouveau l’excommunication des bourgeois ainsi, cette fois-ci, que l’interdit sur la ville, à une date inconnue pendant l’automne ou l’hiver 1238. L’intervention pontificale ne résout pas les tensions et, à la mort de l’archevêque le 6 juillet 1240, la situation semble bloquée. Les Rémois profitent alors des rapports de force entre l’archevêque et le chapitre, la juridiction archiépiscopale revenant au chapitre pendant la vacance du siège [93]. En juin 1240, l’archevêque a obtenu des chanoines qu’ils lui renouvellent leur soutien en respectant l’interdit jeté sur la ville [94]. Il a dû produire à cette occasion un acte écrit attestant que c’était bien de la volonté du chapitre et non de la sienne propre. Cet exemple donne une idée des difficiles rapports entre les puissances ecclésiastiques, dans lesquels la question de l’application des censures canoniques est un enjeu récurrent. De plus, le chapitre de Reims n’a le droit d’excommunier que les hommes qui dépendent directement de lui et non, comme son homologue laonnois, tous ceux qui s’en prennent à ses biens. Le décès de l’archevêque fournit aux chanoines l’occasion d’exprimer une forme de puissance spirituelle qu’ils ne détiennent pas en temps ordinaire : ils acceptent d’absoudre les échevins et les bourgeois. Deux actes nous décrivent l’événement, datés des 11 et 12 août 1240 [95]. Les échevins sont venus en personne devant le chapitre, demander humblement d’être absous des sentences d’excommunication et d’interdit prononcées par l’archevêque. Le chapitre a répondu qu’il était prêt à prononcer cette absolution in forma ecclesie. S’en est suivi un débat sur ce qu’il fallait entendre par cette formule. Cette précision atteste que le rituel permettant et/ou réalisant l’absolution n’est pas uniforme, mais qu’il est le fruit d’un accord entre les parties. Le déroulement évoqué à Laon ou dans les pontificaux peut donc trouver d’infinies variantes. Ici, on s’accorde d’abord sur les arbitres – en l’occurrence, un dignitaire extérieur, l’évêque de Senlis, l’archidiacre de Reims sans doute trop heureux de pouvoir intervenir, et un chanoine, l’écolâtre Godefroy, chargés de définir la forme de la « satisfaction » demandée aux coupables. Ceux-ci relatent le 12 août la procédure qu’ils ont suivie, mise en œuvre la veille, dimanche. Le simple fait que ce soit un dimanche, jour de réconciliation par excellence, participe de la cérémonie.

25En présence d’une « grande multitude du peuple rémois », dans le pré devant le chapitre, l’accord ayant été lu publiquement, onze échevins et trente bourgeois du ban de l’archevêque ont amendé les crimes pour lesquels les sentences ont été prononcées contre eux et ceux qui entreraient en relation avec eux. Ils ont juré, sous peine de 1 000 marcs d’argent, de respecter ce que le chapitre leur demandera pour cette cause. Le peuple est alors interrogé par les arbitres et, d’un consentement unanime, demande l’absolution des coupables, prononcée solennellement par un des chanoines. Les prêtres des paroisses ont charge d’absoudre, par délégation et en présence d’un envoyé du chapitre, tous les autres bourgeois excommuniés directement, et même en l’absence des envoyés du chapitre, ceux qui seraient excommuniés par les relations qu’ils ont entretenues avec les coupables, sans leur imposer de peine supplémentaire. Des bourgeois sont envoyés dans chaque diocèse de la province pour reconnaître les torts des conjurés. Enfin, soixante-dix bourgeois doivent se rendre à la cathédrale pour la procession de l’Ascension, se tenir prêts dans le cloître ou le pré du chapitre, en chemises et braies, nu-pieds, des verges à la main, puis suivre les chanoines pendant la procession, et au moment où le chapitre rentre dans le chœur ils doivent s’agenouiller et se faire frapper de leurs verges. L’ensemble de ce cérémonial est donc assez complexe. L’absolution est donnée suite à la demande de pardon et avec le consentement de tous les présents. Jean-Marie Moeglin, dans son étude de l’amende honorable imposée aux bourgeois de Calais, cite le pseudo-Augustin qui, vers 1100, insistait sur le rôle de l’assemblée des fidèles dans l’absolution [96]. La communauté chrétienne, brisée par les coupables qui s’en sont eux-mêmes écartés par leurs crimes, agit conformément aux prescriptions christiques en pardonnant à celui qui montre un repentir sincère de sa faute. À la proclamation devant tous de l’excommunication, répond l’unité restaurée dans la demande de réintégration des membres de la communauté. Le nombre d’excommuniés, manifestement très important – mais impossible à évaluer –, justifie la délégation du pouvoir d’absoudre l’excommunication aux curés, en présence cependant d’un envoyé du chapitre, ce qui atteste qu’il s’agit bien de restaurer la dignité de l’Église, représentée ici par les chanoines tenant le rôle de l’archevêque. Réticents manifestement à appliquer strictement les censures prononcées par Henri de Braine, soucieux d’exprimer leur autorité sur l’ensemble de la ville dans cette période de vacance épiscopale, les chanoines sont à la fois les détenteurs du pouvoir des clefs et ceux qui préfèrent le pardon à l’exclusion. De même, l’absolution par les curés de ceux qui avaient subi un interdit personnel, ramené dans les faits à une excommunication mineure, permet de renouveler l’unité spirituelle de la ville.

26L’envoi de bourgeois dans les diocèses voisins ne s’explique pas seulement par le fait que l’excommunication a été promulguée solennellement dans ces diocèses. Il manifeste aussi la prééminence de l’Église de Reims : les offenses qu’elle a subies ont rejailli sur l’ensemble de la province, il faut les réparer à l’échelle de la province. Par ailleurs, un argument pour défendre la promulgation de sentences d’excommunication est qu’il ne faut pas laisser de tels crimes impunis, afin d’éviter qu’ils ne se propagent. L’élargissement de la réparation à l’échelle de la province de Reims consiste donc à convaincre les bourgeois des autres cités de respecter les prérogatives épiscopales. Elle est une arme politique.

27Enfin, la cérémonie de pénitence publique, avec flagellation dans la cathédrale, vient parachever la réintégration des coupables. Cette cérémonie est mentionnée dans d’autres circonstances, ainsi à Chartres en 1210, à Rouen en 1249 [97]. Cette étape du rituel est strictement pénitentielle et mise en œuvre par des hommes qui sont pleinement réintégrés dans le giron de l’Église, comme l’attestent leur présence dans la cathédrale et leur participation à la procession derrière les chanoines. L’accomplissement de cette pénitence, qui n’a pas lieu hors de la cathédrale comme lors du rite de réintégration des excommuniés, n’est possible que si l’absolution a déjà été prononcée. La pénitence publique reprend ici sa dimension sacramentelle, venant absoudre non plus la censure canonique, mais la faute commise. « Fils de Satan » cinq ans auparavant, les échevins rémois sont désormais corrigés paternellement par les dignitaires de leur mère l’Église. La boucle est bouclée – et le chapitre molesté initialement, poussé à la paix par l’archevêque, affirme sa propre puissance en défendant l’unité de l’Église de Reims, dignitaires et fidèles réconciliés.

28L’usage de l’excommunication n’est pas anodin ; il s’impose quand certaines circonstances mettent en cause les « libertés de l’Église », mais il permet surtout de stigmatiser les « coupables » par toute une rhétorique qui tend en elle-même à les écarter de la communauté des fidèles. Il sert enfin à définir les rapports internes à l’Église : les chanoines de Laon en conflit récurrent avec leur évêque rappellent à chaque occasion qu’ils peuvent excommunier sans son accord, ceux de Reims s’empressent d’absoudre une censure fulminée par l’archevêque qui leur a imposé leur propre réconciliation avec les échevins, et la province entière est mise à contribution pour défendre l’honneur de ses membres et particulièrement de sa métropole. L’excommunication joue un rôle spécifique dans les rapports de force entre les différentes autorités urbaines, et singulièrement entre autorités ecclésiastiques, pour lesquelles l’exercice du « pouvoir des clefs » est source de prestige et d’autorité. L’excommunication semble avoir une efficacité immédiate limitée, mais s’avère à terme un moyen de contrainte que les bourgeois ne peuvent totalement négliger et qu’évêques et chapitres utilisent afin de rappeler que les injures faites à l’Église sont crimes et péchés conjointement. La censure canonique vient manifester la rupture de l’unité ; elle ne peut être levée que lorsque cette dernière est rétablie, par un accord toujours, par un rite souvent – rite qui vient redéfinir les rapports de force mis en jeu lors du conflit.

Notes

  • [1]
    Je remercie vivement tous ceux qui ont manifesté leur intérêt pour cette recherche, et particulièrement Julie Mayade-Claustre et Julien Briand qui ont relu et amendé le texte initial.
  • [2]
    Lester K. Little, Benedictine Maledictions. Liturgical Cursing in Romanesque France, Ithaca-London, Cornell University Press, 1993 ; M. C. Mansfield, The Humiliation of Sinners. Public Penance in Thirteenth-Century France, Ithaca-London, Cornell University Press, 1995 ; Jean-Marie Moeglin, Les bourgeois de Calais. Essai sur un mythe historique, Paris, Albin Michel, 2002.
  • [3]
    Véronique Beaulande, Le malheur d’être exclu ? Excommunication, réconciliation et société à la fin du Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, 2006, spécialement p. 23-37.En ligne
  • [4]
    Par exemple dans le pontifical de Cambrai du milieu du XIIIe siècle ; ibid., p. 271.En ligne
  • [5]
    Odette Pontal, Le différend entre Louis IX et les évêques de Beauvais, Bibliothèque de l’École des Chartes, 123, 1965, p. 5-34.En ligne
  • [6]
    Pour le déroulement des faits, voir Pierre Desportes, Reims et les Rémois, XIIIe-XIVe siècles, Paris, Picard, 1979 ; Alain Saint-Denis, Apogée d’une cité. Laon et le Laonnois aux XIIe et XIIIe siècles, Nancy, PUN, 1994.
  • [7]
    C’est ainsi que l’évoquent aussi bien Pierre Desportes pour Reims, qui parle d’ « usage abusif des armes spirituelles par les clercs », qu’Alain Saint-Denis pour Laon, pour qui « le recours en toutes occasions à l’excommunication témoigne du désarroi d’un clergé qui aurait pu user de bien d’autres arguments » (Pierre Desportes, Histoire de Reims, Toulouse, Privat, 1983, p. 116, et Alain Saint-Denis, Les excès des moines de l’abbaye de Saint-Jean de Laon au XIIIe siècle, dans Le clergé délinquant, Benoît Garnot (dir.), Dijon, EUd, 1995, p. 129).
  • [8]
    Alain Saint-Denis, Apogée d’une cité..., op. cit. (n. 6), p. 601.
  • [9]
    Ad Aisne, G 1850 (cartulaire du chapitre), fol. 43 v, 103-103 v, 140 v, 220 v - 221.
  • [10]
    Statuts synodaux de Cambrai, 1260, c. 34 : Joseph Avril (éd.), Les statuts synodaux français du XIIIe siècle, t. IV : Les statuts synodaux de l’ancienne province de Reims, Paris, CTHS, 1995, p. 79.
  • [11]
    Lettre de Grégoire IX du 4 avril 1235 : Pierre Varin (éd.), Archives administratives de la ville de Reims, Paris, 1839-1848, t. 1, p. 579-582.
  • [12]
    Ibid., p. 577-578.
  • [13]
    Pierre Desportes, Reims et les Rémois..., op. cit. (n. 6), p. 159.
  • [14]
    Thomas Gousset (éd.), Actes de la province ecclésiastique de Reims, Reims, 1842-1844, t. 2, p. 357-358.
  • [15]
    Pierre Varin (éd.), Archives administratives..., op. cit. (n. 11), p. 579-582 et 601-603.
  • [16]
    Ibid., p. 566-567.
  • [17]
    Guillaume Marlot, Histoire de la ville, cité et université de Reims, Reims, 1846, t. III, p. 582-583.
  • [18]
    Sur l’évolution de la procédure judiciaire, voir Adhémar Esmein, Histoire de la procédure criminelle en France depuis le XIIIe siècle jusqu’à nos jours, Paris, 1882, et les remarques synthétiques de Jean-Marie Carbasse dans Histoire du droit pénal et de la justice criminelle, Paris, PUF, 2000, p. 155-168. Sur la procédure rémoise et ses spécificités, voir Anne Descamps-Lacour, La procédure judiciaire de l’archevêque de Reims à la fin du Moyen Âge, Annales de l’Est, no 2, 1998, p. 325-351.
  • [19]
    Pierre Varin (éd.), Archives administratives..., op. cit. (n. 11), p. 566-567 ; Lucien Auvray, Registres de Grégoire IX, BEFAR, 1890-1955, t. III, p. 62-64 (4880).
  • [20]
    Véronique Beaulande, Le malheur d’être exclu ?..., op. cit. (n. 3), p. 23-37.En ligne
  • [21]
    C’est le sens d’une décrétale de Grégoire IX, X 5, 39, 59.
  • [22]
    Ad Aisne, G 1850, fol. 43 v - 44.
  • [23]
    Latran IV, c. 47 ; Giuseppe Alberigo (éd.), Les conciles œcuméniques, t. 2, vol. 1 : Les décrets, de Nicée à Latran V, Paris, Le Cerf, 1994, p. 5. Ce texte est repris dans les Décrétales de Grégoire IX, X 5, 39, 48.
  • [24]
    Ad Aisne, G 1850, fol. 19-20 v.
  • [25]
    Ibid., fol. 140 v.
  • [26]
    Pierre Varin (éd.), Archives administratives..., op. cit. (n. 11), p. 581.
  • [27]
    Ibid., p. 566-567, 589-590 et 623-624.
  • [28]
    Ibid., p. 611-612.
  • [29]
    Sur ce rite, voir Véronique Beaulande, Le malheur d’être exclu ?..., op. cit. (n. 3), p. 31-37.En ligne
  • [30]
    Michel Andrieu (éd.), Le pontifical romain au Moyen Âge, Vatican, 1938-1940, vol. 3, p. 612.
  • [31]
    Voir, par exemple, la formule d’excommunication copiée dans un pontifical de Cambrai : Véronique Beaulande, Le malheur d’être exclu ?..., op. cit. (n. 3), p. 271.En ligne
  • [32]
    Pierre Varin (éd.), Archives administratives..., op. cit. (n. 11), p. 601-603.
  • [33]
    Catherine Vincent, « Fiat lux ». Lumière et luminaires dans la vie religieuse du XIIIe au XVIe siècle, Paris, Le Cerf, 2004, p. 345-350.
  • [34]
    Lester K. Little, Benedictine Maledictions..., op. cit. (n. 2), p. 20.
  • [35]
    AM Laon, FF1, 1.
  • [36]
    Lucien Auvray (éd.), Registres de Grégoire IX, op. cit. (n. 19), p. 62-64. L’interdit personnel a les mêmes conséquences que l’excommunication mineure – à savoir, privation des sacrements et de la sépulture chrétienne mais non des relations sociales –, mais est prononcé par un juge et non subi de facto après une faute spécifique.
  • [37]
    Ad Aisne, G 1850, fol. 123 v.
  • [38]
    Ibid., fol. 11 v.
  • [39]
    Ibid., fol. 43 v - 44.
  • [40]
    Ibid., fol. 221.
  • [41]
    Ibid., fol. 140 v.
  • [42]
    AM Laon, FF1, 2.
  • [43]
    La plupart des autres documents écrivent « chandelles allumées » : il faut sans doute comprendre que les chandelles en question sont allumées au début de la proclamation et éteintes à la fin, comme dans le rite d’anathème.
  • [44]
    Patrick Geary, L’humiliation des saints, AESC, vol. 34-1, 1971, p. 27-42.
  • [45]
    Cité par Jean-Marie Moeglin, Les bourgeois de Calais..., op. cit. (n. 2), p. 355-356.
  • [46]
    Traduction dans Giuseppe Alberigo (éd.), Les conciles œcuméniques, op. cit. (n. 23), p. 255.
  • [47]
    Ad Aisne, G 118.
  • [48]
    Ad Aisne, G 1850, fol. 19-20 v.
  • [49]
    Lettre du 15 septembre 1235 aux suffragants de l’archevêque ; Pierre Varin (éd.), Archives administratives..., op. cit. (n. 11), p. 589-590.
  • [50]
    Ibid., p. 579-582.
  • [51]
    Voir notamment Julien Théry, Fama », enormia. L’enquête sur les crimes de l’évêque d’Albi Bernard de Castanet (1307-1308), thèse de doctorat sous la dir. de J. Chiffoleau, Université de Lyon II, 2003, p. 178.
  • [52]
    Corinne Leveleux, La parole interdite. Le blasphème dans la France médiévale (XIIIe-XVIe siècle) : du péché au crime, Paris, de Boccard, 2001, p. 78-82. Thomas d’Aquin affirme que le blasphème appartient au genre de l’infidélité, même s’il ne se confond pas avec elle ; ibid., p. 116-118.
  • [53]
    Voir notamment les contributions réunies par Monique Zerner dans Inventer l’hérésie ? Discours polémiques et pouvoirs avant l’inquisition, Nice, Centre d’études médiévales, 1998, ainsi que les travaux de Julien Théry, particulièrement sa thèse de doctorat, Fama, enormia »..., op. cit. (n. 51), p. 172-180.
  • [54]
    Mt 18, 15-17.
  • [55]
    Médiathèque de l’agglomération troyenne, ms. 2141, fol. 112 v - 115. Selon la lettre de Grégoire IX, les échevins ont rejeté leur foi ; Pierre Varin (éd.), Archives administratives..., op. cit. (n. 11),p. 589.
  • [56]
    Lettre du 4 avril 1235 ; voir n. 50.
  • [57]
    Lettre du 11 octobre 1235 ; Pierre Varin, Archives administratives..., op. cit. (n. 11), p. 602. Lettre du 11 juin 1239 ; Lucien Auvray (éd.), Registres de Grégoire IX..., op. cit. (n. 19), p. 62-64.
  • [58]
    Lettre du 15 septembre 1235 ; voir n. 49. Lettre du 11 juin 1239 ; voir n. 54.
  • [59]
    On trouve cette assimilation chez Gerson, par exemple dans « Le miroir de l’âme », Œuvres complètes, Palémon Glorieux (éd.), Paris-Tournai-Rome-New York, Desclée, 1960-1971, vol. 8, p. 198.
  • [60]
    Véronique Beaulande, Le malheur d’être exclu ?..., op. cit. (n. 3), p. 92-94.En ligne
  • [61]
    La lettre du 4 avril parle de « leurs mains sacrilèges ».
  • [62]
    Lors de la première émeute, contre les chanoines ; lettre du 4 avril 1235, voir n. 50.
  • [63]
    Lors de la deuxième émeute, contre l’archevêque ; lettre du 11 octobre 1235, voir n. 54.
  • [64]
    Ibid.En ligne
  • [65]
    Lettre du 15 septembre 1235, voir n. 49. Michel Pastoureau, L’animal, dans Le Moyen Âge en lumière, Jacques Dalarun (dir.), Paris, Arthème Fayard, 2002, p. 98-102. On peut également se demander dans quelle mesure, en affirmant que les échevins ont crié après les chanoines « comme après des loups », le pape ne les rapproche pas eux-mêmes de cet autre animal proche du démon qu’est le loup.
  • [66]
    Lettre du 4 avril 1235, voir n. 50 : De mercatoribus etiam terre capituli, auctoritate vel potius temeritate propria, in suis conventiculis que frequenter congregant, statuere praesumpserunt, ut nullus eorum merces ad nundinas deffere audeat vel referre, eosque, quantum in ipsis est, a communione fidelium expellentes, inhibuerunt districtius ne quis de suis, quandiu dicti mercatores sub dominio capituli fuerint, in cohabitatione vel contractu seu commercio aliquo eis in nundinis vel alibi communicare presumat.
  • [67]
    Par exemple, statuts de Cambrai par Guiard de Laon, c. 181 ; Joseph Avril (éd.), Les statuts synodaux..., op. cit. (n. 10), p. 62.
  • [68]
    Voir n. 54 : Preterea, contra fidelitatis juramentum ab ipsis prestitum, de honore, vita, membris et juribus ejusdem archiepiscopi et balivorum suorum servandis illesis, temere venientes, de non obediendo sibi et balivis ejus et minuendis suis juribus conspiratione facta, sese ad invicem fidei vinculo vel potius perjurio colligarunt.
  • [69]
    Dom Marlot, dans son Histoire de la ville, cité et université de Reims, reliait déjà les événements rémois à deux mouvements hérétiques, l’un daté de 1233 en Westphalie, l’autre de 1239 à Montcornet dans les Ardennes ; op. cit. (n. 17), p. 580-581.
  • [70]
    Chronique de Saint-Nicaise, citée dans Pierre Varin, Archives administratives..., op. cit. (n. 11), p. 566.
  • [71]
    Lettre du 11 octobre 1239, voir n. 54. Il faut surtout noter que l’enchevêtrement des bans dans la ville de Reims permet d’échapper facilement à l’isolement induit en théorie par le bannissement, en se réfugiant temporairement dans un lieu dépendant d’un autre seigneur que l’archevêque.
  • [72]
    Ad Aisne, G 1850, fol. 140 v.
  • [73]
    Ibid., fol. 43 v - 44.
  • [74]
    C’est le cas dans le pontifical troyen cité précédemment, voir n. 51.
  • [75]
    Ad Aisne, G 1850, fol. 37.
  • [76]
    Sur cette affaire, voir Alain Saint-Denis, Apogée d’une cité..., op. cit. (n. 6), p. 601-603.
  • [77]
    Même si l’excommunié, en théorie, reste privé des « suffrages communs de l’Église » et des effets des sacrements : dans quelle mesure cette précision canonique a-t-elle une consistance pour les intéressés ?
  • [78]
    Ad Aisne, G 1850, fol. 123 v.
  • [79]
    Ibid., fol. 51 v - 52 v, 173 v - 174, 221-221 v.
  • [80]
    Ibid., fol. 237 v - 238.
  • [81]
    Pierre Varin, Archives administratives..., op. cit. (n. 11), p. 584, 585-587 et 604-605.
  • [82]
    Le Ier concile de Lyon l’affirme dans sa constitution 19 : « L’excommunication visant à porter un remède et non la mort, une correction et non une destruction... » ; Giuseppe Alberigo (éd.), Les conciles œcuméniques..., op. cit. (n. 23), p. 612-613. Mary Mansfield et Jean-Marie Moeglin, dans leurs ouvrages cités (n. 1), ont démontré comment l’excommunication est une étape vers la pénitence publique et le rétablissement de la paix dans les communautés urbaines déchirées.
  • [83]
    Ad Aisne, G 2, fol. 47 v - 48 v.
  • [84]
    Ad Aisne, G 1850, fol. 43 v.
  • [85]
    Ibid., fol. 43 v - 44, 103-103 v.
  • [86]
    BM Reims, ms. 351, fol. 5 v - 7 v ; Michel Andrieu, Le pontifical romain..., op. cit. (n. 30), p. 610-611.
  • [87]
    Pierre Varin (éd.), Archives administratives..., op. cit. (n. 11), p. 608-610 et 617-619.
  • [88]
    Lettre du 15 février 1236 ; ibid., p. 612-616.
  • [89]
    Lettre du 18 mai 1235 ; ibid., p. 583.
  • [90]
    Lettre de Grégoire IX à ses commissaires, 6 février 1236 ; ibid., p. 611.
  • [91]
    AM Reims, FA R7, fol. 231-232 ; édité partiellement par Pierre Varin, ibid., p. 623-624 ; Ad Marne, 2 G 1652, fol. 57-59 ; édité partiellement par Pierre Varin, ibid., p. 624-627. Les bourgeois doivent prononcer la phrase suivante : Capitulum conquerebatur de nobis et aliis qui sunt de banno domini archiepiscopi, quod injurias ipsis et suis, et dampno intuleramus, quorum occasione archiepiscopus sententias intulerat in nos et alios de banno suo ; nos pro honore remensis ecclesie et amore et bono pacis, quomodocumque sit, ista capitulo emendamus pro nobis qui hic sumus, et aliis qui de hiis sunt culpabiles...
  • [92]
    Lettre du 10 mars 1237 ; ibid., p. 627.
  • [93]
    La charte de l’archevêque Ivellus reconnaissant ce droit capitulaire date de 1250, mais elle confirme une situation de fait. Le cartulaire du chapitre comprend une copie de cette charte ainsi qu’une copie de celle décrivant l’absolution des bourgeois par le chapitre (Ad Marne, 2 G 1652, fol. 33-33 v et fol. 40-42).
  • [94]
    Pierre Varin (éd.), Archives administratives..., op. cit. (n. 11), p. 638-639.
  • [95]
    Ibid., p. 639-642.
  • [96]
    Jean-Marie Moeglin, Les bourgeois de Calais..., op. cit. (n. 2), p. 335-336.
  • [97]
    Ibid., p. 356 et 350-351.
Français

RESUME

Les villes de Reims et Laon ont connu au cours du XIIIe siècle plusieurs crises politiques opposant les bourgeois aux autorités ecclésiastiques – évêque, archevêque, chapitre. Dans ces conflits, l’excommunication a été une arme de l’Église pour s’imposer aux bourgeois, mais aussi l’expression d’un pouvoir au sein même de l’Église, à l’échelle de la ville, de la province, voire de la chrétienté. Les multiples écrits produits à l’occasion révèlent une véritable rhétorique de la censure canonique, qui définit les rapports de pouvoir entre chaque intervenant. La promulgation de l’excommunication, son annonce, la publicité nécessaire à son application, enfin les rites entourant son absolution, sont autant d’éléments par lesquels s’exprime l’autorité ecclésiale sur la ville.

Mots cles

  • XIIIe siècle
  • France du Nord
  • villes
  • excommunication
  • pouvoir
Véronique Beaulande
Véronique Beaulande, agrégée d’histoire, docteur en histoire, est maître de conférences en histoire médiévale à l’Université de Reims-Champagne-Ardenne, membre du CERHIC-EA2616 (Reims) et membre associée au LAMOP (Paris I). Ses travaux portent sur la justice ecclésiastique à la fin du Moyen Âge (peines canoniques, officialités). Elle a notamment publié Le malheur d’être exclu ? Excommunication, réconciliation et société à la fin du Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, 2006.
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 12/09/2008
https://doi.org/10.3917/rhis.082.0251
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