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Hypothèses

1998/1 (1)


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Dans l’éventail de sources qui s’offre à l’historien, l’étude des rituels constitue une des voies d’accès à l’observation et à la compréhension d’une société.

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En anthropologie, la participation du chercheur au rituel est un passage important. Il lui est souvent impossible d’être uniquement spectateur. Les offrandes, les transformations physiques (peintures sur le corps), l’obligation de se purifier sont autant d’actes qui l’impliquent dans le cérémonial. Il est aussi acteur dans le rite, et il se doit d’être averti et respectueux. Certaines séances ou actions ne lui sont pas accessibles et il serait malvenu d’enfreindre les limites qui lui sont imposées. L’emploi des moyens audiovisuels est indispensable, mais difficile. Il s’agit de ne pas choquer les gens par des prises de vue impertinentes, ou des positions incongrues. Mais assister au rite est une expérience intense, et représente un apport considérable.

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Notre étude portera sur les royautés sakalava, du nom des populations de l’ouest de Madagascar. Née dans le sud-ouest de l’île, la dynastie des Maroserana assure son assise en suivant un tracé migratoire du sud au nord de la côte ouest malgache, ceci, du XVIIe à la première moitié du XIXe siècle. Ce sont des royautés que l’on peut qualifier de sacrées. Le roi est au centre de la construction politique, et, du coup, il est le médiateur principal entre le cosmos et le monde terrestre. D’ascendance divine, il règne par le biais des reliques [1][1] Il s’agit des restes du corps du roi, extraits à la... de ses ancêtres, lesquelles, deviennent le symbole et le garant du pouvoir monarchique. Les reliques, représentation du personnage royal, jouent un rôle primordial dans l’exercice du pouvoir, et le rituel principal des royautés sakalava est centré sur leur manipulation. Il s’agit du bain des reliques royales que l’on retrouve du sud au nord de la côte ouest [2][2] Dans le sud-ouest et plus au centre de la côte, dans....

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Nous nous attacherons principalement ici à la région du Boina (nord de la côte ouest de l’île). Les réceptacles du pouvoir que sont les reliques des rois sakalava et leur rôle dans le fanompoa feront l’objet de la première partie de notre exposé. Le second point sera consacré à l’enjeu socio-politique que représente la possession de ces reliques et le contrôle du grand rituel. En particulier, lors des transformations politiques importantes connues par la monarchie sakalava du Boina jusqu’à nos jours. Entre permanences et ruptures, le rite et l’objet perdurent.

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Cette approche plurielle, mêlant anthropologie et histoire, nous est apparue indispensable tant au niveau de la compréhension des comportements sociaux locaux que de la vision globale d’une société. En cela, nous rejoindrons les interventions précédentes sur un certain nombre de points, tout en tentant de dégager la spécificité de l’histoire africaine et malgache.

L’objet du rite et l’objet dans le rite

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Il s’agit pour nous de montrer le rôle des reliques dans l’exercice du pouvoir. À la fois support sacré et garantie de la royauté, de quelles façons existent-elles ? Dans cette perspective, quel est leur rôle dans le rituel ? Nous entrons ici dans le cadre plus global des insignes qui marquent le pouvoir et du rôle socio-politique qu’ils peuvent jouer.

L’objet comme représentation et gage du pouvoir

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Le concept des deux corps du roi, selon la définition d’Ernst Kantorowicz [3][3] Nous nous appuyons ici sur l’ouvrage d’E. Kantorowicz,..., suggère la question de la continuité et de la perpétuité de la royauté. Notre intention n’est pas de développer ici cette théorie, mais de retenir l’idée que le corps politique et symbolique de la royauté est, en général, séparé du corps physique du roi et ne lui appartient pas.

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Ce Corps royal unique et indivisible, transmis de souverain en souverain, symbolise la permanence de l’institution monarchique. En Occident, la perpétuité de la Couronne immatérielle et invisible est liée à celle d’une monarchie héréditaire, à la continuité dynastique sans faille, et pour ainsi dire, sans changement de personne, en dépit d’un changement des individus mortels régnants [4][4] E. Kantorowicz, op. cit., 1957, p. 244.. La fonction royale représente ainsi une entité plus forte que le personnage royal, et nous percevons le caractère purement symbolique et abstrait de la royauté. Comme si les rois n’avaient pas créé la monarchie, mais qu’elle s’était emparée d’eux [5][5] Dans le cadre des monarchies des grands lacs africains,....

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Ce corps, qui se transmet d’individu en individu, s’exprime par le rituel (sacre, intronisation, funérailles), mais aussi par les objets (regalia). [6][6] Voir l’article de J. Le Goff, sur le rôle des regalia... Quels sont alors ces objets qui consacrent l’individu comme roi ? Arbitrairement, nous définirons les regalia comme des objets qui font ou défont le roi, par rapport à d’autres insignes qui ont une fonction plus symbolique, plus emblématique.

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L’ambiguïté et la spécificité des reliques corporelles du roi, dans le cadre de la royauté sakalava, méritent notre attention puisque elles représentent et font le roi (fonction symbolique et "faiseuse"). Mais également, elles sont le roi lui-même dans la mesure où il s’agit des restes corporels des souverains défunts, conservés dans des reliquaires, et qui jouent un rôle déterminant dans l’accession au pouvoir. Cette "chosification" du personnage royal est essentielle dans la constitution et la création de la structure et de l’acteur politiques. Si le souverain ne possède par les reliques de ses ancêtres, il ne peut prétendre régner. [7][7] Vers 1870, A. Grandidier qui a traversé une partie...

Célébration du rite : exhibition des traces matérielles du corps du roi

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"Le pouvoir dispose d’une possibilité régulière de « se mettre à l’épreuve » et de montrer sa verdeur, à l’occasion de l’accomplissement des grands rituels périodiques" [8][8] G. Balandier, Le pouvoir sur scènes, Paris, 1992, .... Ainsi en-est-il du fanompoa de Majunga dans le Boeni, où les reliques des ancêtres-rois sont "nettoyées" avec une mixture composée d’eau et de miel.

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Le cycle cérémoniel dure six mois, au cours desquels plusieurs rites auront lieu : en février et Mars, deux groupes sont chargés de recueillir le miel qui servira à oindre les reliques au moment du fanompoa. En avril, le doany, lieu où sont conservées les reliques et où se déroulera le grand rituel, est nettoyé. C’est le signe du renouveau. En avril et mai, les deux groupes porteurs de miel viennent à Majunga amener leur dû. En juin, le miel est cuit. Cette phase préparatoire se clôture avec le bain consacré à l’ancêtre-roi, mettant en scène les reliques. Chacun de ces moments fonctionne sur le même mode que le fanompoa. Auparavant, les fidèles et sujets sont informés de la date de la cérémonie. Tous les groupes sociaux constitutifs de la royauté sakalava du Boina sont représentés et hiérarchisés.

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Le grand rituel, en lui-même, dure environ huit jours. Les trois premiers sont consacrés à l’accueil des invités, et à la remise des offrandes. Tout au long, auront lieu des chants, des danses, des sacrifices de zébus [9][9] Le sacrifice a une fonction sociale, dans le sens où..., et des scènes de tromba[10][10] La possession royale dans les royautés sakalava, le.... La veille du grand jour, a lieu le tsimandrimandry, qui est une cérémonie nocturne par laquelle on réveille les esprits au son des tambours et des chants, et qui est également un rituel d’inversion, de licence sexuelle et de réjouissances. Les Sakalava revivent les temps symboliques de l’état d’inorganisation de la société, et le grand fanompoa, qui a lieu le lendemain, consacre le retour de l’ordre.

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Au cours de la cérémonie, les gens sont rassemblés autour du doany. Les femmes sont séparées des hommes. Les lignages proches du roi, chargés d’accomplir les rites, entrent dans la maison où sont conservées les reliques, et accompagnés du roi et des princes les "baignent". Ces lignages ont joué un rôle fondamental dans la constitution de la royauté (dons de femmes, aide à la conquête) d’où ces tâches rituelles qui leur incombent. Le roi ne touche pas aux reliques, de même qu’il n’assiste jamais aux funérailles royales.

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Ce rite a lieu à huis clos, le commun des mortels ne peut voir les reliques. Après avoir terminé, les serviteurs royaux sortent de cette maison portant les regalia recouverts d’un tissu sur le dos, et font le tour de l’enceinte sacrée. L’ensemble des fidèles du culte et des sujets reçoit ainsi la bénédiction des ancêtres-rois. C’est un moment crucial, dont l’effet est amplifié par les chants, cris et coups de fusils donnés pour l’occasion. [11][11] Cf. l’intervention de Nicolas Offenstadt sur le rôle... Quand le soleil est couché vers 17-18 heures, la cérémonie est close et la foule se retire. Il y a donc une multiplicité de rites dans le rituel.

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Le culte rendu aux ancêtres royaux sakalava, véhiculé par le rituel du bain des reliques, est une cérémonie religieuse qui exprime deux aspects fondamentaux du pouvoir monarchique : tout d’abord, c’est un culte de la vie et de la prospérité. La continuation de ces bienfaits passe par la manipulation des restes des rois dont le pouvoir émane d’un Dieu créateur lointain. L’eau et le miel sont les deux vecteurs essentiels de ce rite. C’est aussi un rapport d’allégeance de la population à son roi. Chaque groupe, chaque individu a une fonction et une place à tenir dans le cadre de la cérémonie. L’histoire des clans s’exprime à travers le fanompoa. Ce rituel annuel permet au souverain de réactualiser son pouvoir sacré mais surtout de légitimer son autorité. Dans cette théâtralisation de la tradition, le souverain est fondamentalement au cœur de la représentation par le biais des reliques de ses ancêtres.

L’enjeu de l’objet et du rite dans les moments de mutations politiques. La dimension historique

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Si tout pouvoir nouveau est rendu légitime par l’attribution des reliques, inversement la perte des reliques entraîne celle du pouvoir.

Le pouvoir légitimé par les reliques

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Le culte des reliques est un système ancien, pratiqué par les habitants de l’ouest avant la formation des dynasties, et érigé en culte royal au fur et à mesure de la constitution des royautés sakalava. Les souverains ont mis en place un modèle de culte dynastique profondément inspiré des héritages lignagers considérés par eux comme trop importants dans l’édification et la vie des royaumes pour être négligés ou éliminés. Le rituel du bain des reliques devient l’apanage de la royauté qui l’instaure comme religion officielle. D’autant plus que l’objet-relique est déterminant dans la prise de pouvoir. D’où la récupération par un pouvoir grandissant ou conquérant d’un rite ancien qui sera source de légitimation.

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Les royautés sakalava du Boina ont eu à subir plusieurs agressions au cours de leur histoire. Vers 1820, la monarchie merina, alors localisée sur les plateaux de l’île, tente, avec l’aide des Anglais, une grande politique de conquête de territoire qui aboutit sur la côte ouest à l’installation d’officiers chargés de maintenir une domination fragile sur les populations sakalava. Le rituel du bain, qui devait se faire antérieurement en bordure de mer, se déroule désormais sous le contrôle des officiers merina à huis clos dans le fort de Majunga où les reliques, elles-mêmes, sont conservées en gage de soumission. Cela dit, le fanompoa n’est pas interdit. D’où le double jeu consistant à conserver les reliques garantissant une paix précaire aux dominants merina, tout en tolérant les rites des anciens rois sakalava et en y participant. Les conquérants français ne feront pas autrement.

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Au début de la colonisation, en 1902, les reliques qui ont été transférées dans la capitale, à Tananarive, par les officiers merina, en fuite, sont ramenées à Majunga par les autorités françaises en "gage d’obéissance et de soumission" [12][12] Extrait du Journal Officiel de Madagascar et Dépendances,..., et confiées aux descendants des lignages royaux du Boina. Cette restitution aura lieu de façon très officielle et très ritualisée, symbolisant la perpétuation et la permanence de l’héritage royal dans le sillage du nouveau pouvoir colonial. L’enjeu de la possession des reliques et du contrôle du rituel les concernant, sera déterminant dans chaque crise politique grave que connaîtra la royauté sakalava du Boina jusqu’à nos jours.

Le tournant du XXe siècle

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La symbolique monarchique sakalava est une question importante à gérer pour l’administration française.

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Dans le Menabe, plus au sud, le rituel du bain des reliques, le fitampoha, est interdit jusqu’en 1948, où il est rétabli avec l’aval et la participation de l’administration. Celle-ci oscille entre tentative de contrôle et désir d’interdiction du fanompoa de Majunga, mais sans jamais trancher. Autoriser librement la cérémonie représente trop de risques. Les premiers mouvements nationalistes tenteront de s’immiscer dans les milieux royaux afin de diffuser la propagande anti-française. Ce qui provoquera des troubles importants, et des tensions très fortes au sein même des branches dynastiques. Le rapport au sacré reste un enjeu essentiel.

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À l’Indépendance, l’aristocratie sakalava qui avait été évincée du pouvoir politique effectif au temps de la colonisation, représente une autorité politique affaiblie, mais que l’on ne peut négliger, à cause de l’importance de la symbolique royale et du culte rendu aux ancêtres royaux, mobilisant une bonne partie de la population dans la région. Dans un contexte de décolonisation, autant du côté malgache que français, il s’agit de conquérir ce public.

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Les politiciens de l’Indépendance ne pourront détruire les cultes ancestraux comme n’a pu le faire l’administration coloniale obligée de composer avec la symbolique royale. En 1960, ces rituels ont perdu leur sens originel de légitimation du souverain régnant, sans perdre pour autant leur fonction légitimante. La mutation s’est réalisée au profit de forces socio-politiques nouvelles, soit au bénéfice de groupes de dépendants ou de lignages inférieurs au niveau local, soit à l’échelle nationale, dans l’intérêt de l’État. Et la recrudescence de cultes liés au fanompoa, comme les cultes tromba, dans les années 1970, exprime la volonté des Sakalava de se réapproprier leur identité spirituelle, et de contester la récupération des grands rituels royaux par les instances dirigeantes nouvelles.

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Actuellement, la folklorisation relative des grands rituels [13][13] Aujourd’hui, les grands rituels sakalava sont en partie... ne signifie pas qu’ils n’ont plus de sens pour la population. En 1994, j’ai été amenée à assister au fanompoa de Majunga, et au fitampoha de Belo. Les interdits sont encore respectés, et les gens s’aspergent de l’eau sanctifiée immédiatement après le bain des reliques afin de jouir de leur essence bénéfique [14][14] Dans le Menabe, le bain des reliques s’effectue dans.... Le sentiment religieux est profondément ancré dans l’esprit des populations de l’ouest, malgré une désaffection certaine à l’égard de ces grandes cérémonies, et l’introduction de facteurs modernes dûe entre autre à l’ingérence de l’État.

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Faire le "fitampoha sans frontières" correspond bien à une volonté de contrôler et de récupérer à l’échelle nationale ces particularismes et pratiques ancestrales régionales. D’autant plus que, comme le souligne F. Raison, la Première République malgache n’a pu rassembler la population autour des figures symboliques du nationalisme ou de la monarchie, et créer ainsi un véritable cérémonial national [15][15] F. Raison, "Introduction", in Les souverains de Madagascar,.... Les royautés de l’ouest se sont accomplies en absorbant les systèmes lignagers sur le plan symbolique. Les gouvernants actuels participent à cette même logique et reproduisent le schéma de construction étatique des précurseurs des dynasties de l’ouest.

Conclusion

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Le rituel du bain des reliques s’est transformé au fur et à mesure des mutations politiques importantes (conquêtes merina et françaises, indépendance). L’imbrication du sacré et du politique lui confère un caractère indispensable et stratégique. Essentiellement dynamique et conjoncturel, le rite n’est ni figé, ni immuable.

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Dans son organisation et dans la perception que l’on peut avoir de lui, le fanompoa représente un support des transformations sociales et politiques, une mise en scène des rapports sociaux. Nous faisons nôtre, pour conclure, la position de G. Balandier estimant que tout pouvoir politique obtient finalement la subordination par le moyen de la théâtralité [16][16] G. Balandier, op. cit., p. 21.. Reste à savoir, aujourd’hui, ce qu’il adviendra de ce grand rituel monarchique et quel sera le nouveau rapport populaire aux ancêtres royaux.

Notes

[*]

Prépare une thèse sous la direction de Françoise Raison sur Pouvoir et religion : les reliques des rois sakalava (côte ouest de Madagascar) XVIIIe-XXe siècles.

[1]

Il s’agit des restes du corps du roi, extraits à la mort de celui-ci (des cheveux, une dent, un ongle, un fragment du frontal, la première vertèbre cervicale) conservés dans un petit reliquaire jouant un rôle fondamental dans l’exercice du pouvoir. La conservation de restes royaux n’est pas spécifique aux royautés de la côte occidentale de Madagascar. Dans les monarchies des grands lacs africains (Bunyoro et Baya), on boucanait le corps du roi et on effectuait l’ablation de la mâchoire du défunt. Au Cameroun, dans le royaume Bamoum, quelque temps après l’inhumation on procédait à la décollation de la tête du souverain défunt. Un étranger au groupe qui se serait emparé des crânes, aurait eu la possibilité d’accomplir les sacrifices destinés à faire bénéficier le souverain de la force des ancêtres. C. Tardits, Le royaume Bamoum, EDISEM, 1980.

[2]

Dans le sud-ouest et plus au centre de la côte, dans le Menabe, ce grand rituel est appelé respectivement tampoke et fitampoha. Dans le Boina, plus au nord, il s’agit du fanompoa. Voir l’article de E. Nerine-Botokeky, "Le Fitampoha en royaume Menabe. Bain des reliques royales.", in Les souverains de Madagascar : l’histoire royale et ses résurgences contemporaines, F. Raison-Jourde éd., Karthala, 1983, p. 211-222.

[3]

Nous nous appuyons ici sur l’ouvrage d’E. Kantorowicz, qui a travaillé sur la fonction mystique des "Deux corps du Roi", qu’il définit dans son premier chapitre. Les "Rapports de Plowden" auxquels il se réfère, ont été écrits sous Elisabeth Ière (1533-1603), et repris par Maitland au début du XXe siècle (1901). E. Kantorowicz, Les deux corps du roi, Paris, 1957, p. 20-34. La théorie des deux Corps est directement empruntée à la doctrine de la théologie et du droit canon qui enseigne que l’Église et la société chrétienne en général sont un Corps mystique, dont la tête est le Christ. Le roi, à la tête d’un corps double, est à l’image du Christ. Sur le pouvoir sacré en Afrique, voir l’article de C. Tardits, "Le pouvoir sacré en Afrique : que disent les textes ?", Systèmes de pensée en Afrique noire, 10 (1990), p. 35-48.

[4]

E. Kantorowicz, op. cit., 1957, p. 244.

[5]

Dans le cadre des monarchies des grands lacs africains, le pouvoir et le surnaturel ne sont pas vécus non plus comme des entités séparées. "La fonction royale représente une entité, une sorte de figure du pouvoir qui dépassait de loin l’individu qui en était le détenteur temporaire." : J. P. Chrétien, "Pouvoir d’État et autorité mystique. L’infrastructure religieuse dans les monarchies des grand lacs", Revue Française d’histoire d’Outre-Mer, n° 250-253 (1981), p. 120. La revue Annales ESC a consacré le n° 6 de novembre-décembre 1985 sur le thème "L’Afrique : un autre espace historique". Voir en ce qui nous concerne l’article de J.-P. Chrétien "L’empire imaginaire des Bacwezi. La construction d’un imaginaire politique.", p. 1335-1377.

[6]

Voir l’article de J. Le Goff, sur le rôle des regalia dans le sacre et le couronnement des rois de France : J. Le Goff, "Reims, ville de sacre.", in P. Nora éd, Les Lieux de Mémoire, vol. 2. La Nation, t. 1, Paris, 1986, p. 89-189.

[7]

Vers 1870, A. Grandidier qui a traversé une partie de la côte écrit : "La possession des ces reliques constitue le droit à la succession. Un héritier légitime qui en disposerait, serait reconnu incontestablement comme souverain". A. Grandidier, "Sakalava customs with regard to deceased king", Antananarivo Annual., n° 13 (1889), (Part I of vol. IV), p. 6.

[8]

G. Balandier, Le pouvoir sur scènes, Paris, 1992, p. 83.

[9]

Le sacrifice a une fonction sociale, dans le sens où il contribue à définir l’organisation socio-politique et ses fondements symboliques. Le partage de l’animal, lors du sacrifice, se fait selon la hiérarchie des rangs. "Tout individu convié connaît à l’avance la part qui doit lui être attribuée" : G. Gonnin, "Une lecture de l’histoire à travers les manifestations religieuses Tura", in Sources orales de l’histoire de l’Afrique, C. H. Perrot éd., Paris, 1989. Voir aussi le premier chapitre de l’ouvrage de L. De Heusch, Le sacrifice dans les religions africaines, 1986, p. 13-49, consacré à la notion de sacrifice et intitulé "Lectures préliminaires (de Hubert et Mauss à Evans-Pritchard)".

[10]

La possession royale dans les royautés sakalava, le tromba, par laquelle la communication passe avec les ancêtres, a une fonction politique et idéologique évidente. Institutionnalisée par les rois, elle soutient l’appareil politique et l’autorité des princes qui, même morts, peuvent continuer à exercer le pouvoir par l’intermédiaire d’une personne en état de transe, elle-même accréditée par les grands dignitaires royaux. Elle est aussi un moyen d’expression sociale, et peut avoir un rôle de contestation.

[11]

Cf. l’intervention de Nicolas Offenstadt sur le rôle des bruits dans les rituels de paix pendant la guerre de Cent ans.

[12]

Extrait du Journal Officiel de Madagascar et Dépendances, 1902, p. 7183.

[13]

Aujourd’hui, les grands rituels sakalava sont en partie financés et sponsorisés par le Ministère de la Culture et/ou les Universités de Madagascar. Pour marquer le caractère unitaire et populaire de ces cérémonies, le fitampoha de Belo dans le Menabe, devient en 1994 le "Fitampoha sans Frontières".

[14]

Dans le Menabe, le bain des reliques s’effectue dans la rivière.

[15]

F. Raison, "Introduction", in Les souverains de Madagascar, op. cit., p. 53. Voir aussi dans le même ouvrage l’article de S. Chazan-Gillig, "Le Fitampoha de 1968 ou l’efficacité du mythe de la royauté sakalava dans l’actualité politique et économique malgache", p. 451-476. Sur l’évolution actuelle de la cérémonie du bain des reliques royales dans la région du Menabe.

[16]

G. Balandier, op. cit., p. 21.

Plan de l'article

  1. L’objet du rite et l’objet dans le rite
    1. L’objet comme représentation et gage du pouvoir
    2. Célébration du rite : exhibition des traces matérielles du corps du roi
  2. L’enjeu de l’objet et du rite dans les moments de mutations politiques. La dimension historique
    1. Le pouvoir légitimé par les reliques
    2. Le tournant du XXe siècle
  3. Conclusion

Pour citer cet article

Ballarin Marie-Pierre, « L'objet dans le rite : l'exemple des reliques des rois sakalava (Côte Ouest de Madagascar) », Hypothèses, 1/1998 (1), p. 41-49.

URL : http://www.cairn.info/revue-hypotheses-1998-1-page-41.htm


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