CAIRN.INFO : Matières à réflexion
« Mon métier ? Je ne saurais pas comment le définir : recherchiste... documentaliste... C’est entre les deux sûrement, tantôt historien, tantôt journaliste. Un document s’inscrit soit dans une histoire, soit dans des histoires. C’est un métier protéiforme. »
(Alexandre Dolgorouki, documentaliste-recherchiste).
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Éric Nosal

1Quel professionnel de l’information n’a pas été confronté à une recherche pour illustrer un produit multimédia ? Quel élève en sciences de la documentation n’a pas été attiré par les charmes de l’indépendance ? Parler de son métier, c’est faire une série de recommandations pour y réussir, bien orienter les candidats potentiels, conseiller de jeunes diplômés et donner ainsi une visibilité à un métier qui mérite d’être mieux connu.

Un documentaliste « qui écrit avec des images »

2Alors que le documentaliste est couramment associé à la science de la collecte, du stockage et de la diffusion des documents et de l’information, le métier de recherchiste est associé à l’investigation. Y aurait-il ainsi d’un côté ceux qui indexent et cataloguent les documents et, de l’autre, ceux qui les repèrent et les acquièrent. Au-delà de la dualité qui prévaut entre ces deux notions, celle de la conservation et celle de la recherche, ces métiers partagent des fonctions et des tâches communes.

3Si l’on conçoit que l’appartenance à un métier reste liée à la maîtrise et à la reconnaissance d’une spécialité acquise en formation initiale, avec son langage, ses signes et ses marques distinctives [1], alors la profession de recherchiste, au croisement de métiers voisins mais distincts qui évoluent dans la sphère analogue des médias, détonne.

4Le recherchiste partage avec les journalistes la même abnégation pour l’investigation, avec les documentalistes la même rigueur dans le traitement de l’information, avec les iconographes le même souci de répondre aux impératifs d’une rédaction. Tous ces métiers qui se particularisent par leur dénomination et leurs attributions spécifiques se rejoignent cependant par leur action autour des arts visuels. Dans les faits, on devient recherchiste plus qu’on n’apprend à l’être. C’est un métier, riche en rebondissements, qui mène souvent bien plus loin que le sujet de départ, qui demande de mettre toute son expérience à profit. Il n’est pas étonnant de trouver, parmi les recherchistes, des profils aux horizons variés (histoire de l’art, cinéma, architecture, etc.), généralement complétés par une formation en sciences de l’information et de la documentation.

5Aujourd’hui, des licences professionnelles comme celle du Cnam ou de l’INA, des cursus universitaires comme celui de l’université Paris 8 Saint-Denis, ou même des cours en ligne (e-learning), proposent de se former à ce métier. Mais, il y a peu de temps encore, aucune formation n’existait, et les pionniers étaient de véritables autodidactes passionnés par la recherche et les archives. Je souhaite témoigner mon admiration pour ces éclaireurs qui ont ouvert la voie, traçant le contour d’un métier qui n’existait pas encore en France et qui ont su lui donner une notoriété.

6De plus en plus spécialisée et spécifique, la profession nécessite un niveau d’études supérieures correspondant au moins à un bac+2 bien que près de la moitié de la profession ait un niveau plus élevé : 52 % ont un niveau supérieur à un bac+3 [2]. Les recherchistes ou documentalistes audiovisuels exercent soit au sein d’une rédaction ou d’une société se production, soit dans une des sociétés de recherchistes, soit en indépendant (freelance).

Chercher partout sur tout…

7L’origine première du terme « recherchiste » est québécoise, anglicisme traduit directement de l’anglais « researcher ». Au Canada, il désigne tout documentaliste qui fait de la recherche dans le cadre de la préparation d’une émission de télévision. En France, la fonction apparaît au milieu des années quatre-vingt, officialisée par les chaînes de télévision [3]. C’est donc un métier jeune qui n’a pas cessé d’évoluer. Aujourd’hui, le documentaliste-recherchiste s’occupe de rechercher, d’acquérir, de sélectionner et de préparer les données et les documents audiovisuels (archives sonores, films, vidéos) ou iconographiques (photos, affiches, estampes, etc.) nécessaires à une production artistique, médiatique ou audiovisuelle (émission de radio ou de télévision, film, exposition, pièce de théâtre, livre, produit multimédia, etc.). Il intervient sur tous types de support d’information et/ou de communication et cela implique une grande adaptabilité et une acculturation rapide.

8Les recherchistes gèrent la chaîne de recherche selon ces étapes : recueil du besoin, détection et choix des sources, consultation et présélection des documents, identification des ayants droit, négociation, suivi de la duplication et livraison des éléments définitifs, déclaration et retour des documents. Leur travail peut comprendre parfois la retouche des images, des opérations de montage et de conformation où les images en basse définition sont remplacées par les éléments définitifs avant l’étalonnage et le mixage. L’une des caractéristiques du métier est donc son interdisciplinarité. L’expertise du recherchiste s’applique à toutes ces phases mais il arrive que son travail de consultant ne lui demande de prendre en charge qu’une seule de ces étapes, visant à satisfaire au mieux la demande d’un commanditaire.

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Des associations professionnelles

Professionnels des images d’archives francophones (PIAF)
rassemble les professionnels des images d’archives, qu’ils soient sources ou chercheurs, utilisateurs ou producteurs.
www.piafimages.org
L’Association nationale des iconographes (ANI)
réunit les professionnels qui travaillent autour de l’image fixe. Elle les fédère autour de la pratique de leur métier (iconographes, appelés également rédacteurs ou éditeurs photo, documentalistes, etc.) et suit les mutations du secteur et l’évolution de la profession
www.ani-asso.fr
Focal international
regroupe des centres d’archives audiovisuelles et leurs utilisateurs, essentiellement des documentalistes-recherchistes, ainsi que les producteurs et les acteurs des métiers de l’audiovisuel
www.focalint.org

Jongler avec diverses contraintes

9Intermédiaire privilégié entre tous les acteurs de la chaîne documentaire, le recherchiste endosse un rôle clé de médiateur. Sa fonction s’effectue en interrelation avec, d’une part, le(s) commanditaire(s) des documents et, d’autre part, les lieux sources visités. Il jongle entre les demandes des premiers et les conditions des sources prospectées (accès, mode de consultation, communication des images). Ressentant souvent un certain isolement inhérent au travail en solitaire ou au sein d’une équipe réduite, le recherchiste tend à développer des réseaux professionnels.

10Le chercheur d’images doit s’accommoder de différentes contraintes d’ordre technique, juridique et commercial. Rechercher les images ne suffit pas, il faut savoir les « faire venir ». Recherchiste, c’est surtout savoir trouver des solutions efficaces dans un délai record. Une autre qualité requise est la capacité d’anticipation et de réaction face à des difficultés inattendues.

11L’image tend à devenir un bien économique dont le coût de production, de conservation et de reproduction a un impact sur le budget nécessaire à son exploitation. Il ne s’agit pas seulement de trouver des images, mais bien de savoir les négocier au meilleur tarif, tout comme ses honoraires. L’achat d’art est un prolongement de la recherche. Parce qu’il acquiert une bonne connaissance de l’état du marché, le recherchiste saura juger le montant proposé. La crise économique accentuée par la baisse des recettes publicitaires a considérablement amoindri les budgets. Le professionnel apporte son expertise dans l’optimisation des recettes allouées au poste d’achat d’archives.

12Véritable corollaire à la recherche, l’analyse des droits prend une part prégnante dans notre activité. L’identification des ayants droit (droits d’auteur, droits voisins, droits de propriété), la recherche d’antériorité de droit d’auteur, le droit à l’image, etc. sont des domaines qu’il doit connaître et maîtriser. La jurisprudence étant en perpétuelle évolution, il est fondamental de suivre la législation dans ce domaine.

S’adapter aux évolutions

13Le recherchiste évolue dans un environnement mouvant : poids de la technologie et des médias, apparition de nouveaux supports et genres audiovisuels (docu-fiction, petite œuvre multimédia (POM), web doc, télévision connectée, etc.), nouvelles organisations de travail, changement de statuts juridiques, nouvelles formes de communication, etc. Voici autant de facteurs dont il lui faudra maîtriser tous les aspects. Il est également fréquent que les recherchistes soient amenés à diversifier leurs activités en vue de s’adapter à ces évolutions.

14Au final, les domaines d’intervention du recherchiste s’étendent bien au-delà de la prospection de sources souvent inédites ; il devient alors un véritable gestionnaire : gestion des équipes, gestion administrative, gestion budgétaire, gestion des droits et, bien sûr, gestion de son temps.

Notes

  • [1]
    Claude DUBAR. « Le sens du travail. Les quatre formes d’appartenance professionnelle », Sciences humaines, mars 1994, n°37
  • [2]
    Convention collective de la production et de la communication audiovisuelle signée en mars 1984 entre l’Association des employeurs de l’audiovisuel public et les organisations syndicales.
  • [3]
    Enquêtes menées en 2006 par Piaf et en 2013 par l’ANI www.ani-asso.fr/wp-content/uploads/2013/10/resultats_enquete.pdf
Français

[éclairage] Ce retour d’expérience sur le métier de recherchiste permet de découvrir divers aspects de la recherche d’images, avec ses contraintes juridiques et matérielles, et diverses informations et réflexions sur ce métier.

Fabrice Héron
Iconographe
www.docpix.fr
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 03/04/2015
https://doi.org/10.3917/i2d.151.0004
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