Accueil Revues Revue Numéro Article

Idées économiques et sociales

2016/3 (N° 185)


ALERTES EMAIL - REVUE Idées économiques et sociales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 79 - 79
1

En déclarant il y a quelques mois que l’Hexagone abriterait « une centaine de Molenbeek », en référence à la commune de Bruxelles où vivaient plusieurs des commanditaires des attentats de Paris et Bruxelles, le ministre de la Ville, Patrick Kanner, a déclenché une vive polémique, illustrant au passage combien la concentration de certaines populations – sous-entendu pauvres et « d’origine étrangère » – figurait toujours bel et bien au sommet de l’agenda des problèmes publics, plus de trois décennies après les premières émeutes urbaines dans les quartiers sensibles et leurs réponses, regroupées sous l’appellation générique de « politique de la Ville ». Pour autant, l’épouvantail du « communautarisme », ainsi qu’on le désigne en France, et les reportages sensationnalistes qui alimentent les fantasmes associés [1][1] Pour une analyse sociologique fine des modes de production... obstruent une véritable analyse sur le sujet. C’est ce que montrent les deux auteurs, sociologues à l’Observatoire sociologique du changement et spécialistes reconnus de la question, dans cet ouvrage de synthèse.

2

Après avoir justifié en préambule pourquoi ils avaient choisi de conserver le terme de « ségrégation », en dépit des connotations que celui-ci charrie, pour désigner la « plus ou moins grande séparation entre catégories sociales dans l’espace de la ville », ils reviennent dans le premier chapitre sur les différentes manières d’appréhender ce phénomène, en insistant tout particulièrement sur la nécessité de dépasser les études de cas pour se porter sur le terrain des statistiques – indiquant au passage les différentes sources disponibles pour ces analyses. Or, l’exploitation de ces données révèle justement que les quartiers « moyens mélangés » où se côtoient membres des classes moyennes et des classes populaires, souvent oubliés des analyses sur la question, représentaient pourtant les cas les plus fréquents dans nombre de métropoles comme Paris [2][2] Voir par exemple E. Préteceille, « La ségrégation sociale... . Même aux États-Unis où la ségrégation raciale est particulièrement forte, « seuls » 15 % des Noirs résident dans des quartiers où les autres groupes ethniques sont pratiquement absents.

3

Une fois ce cadrage posé, les auteurs passent en revue les facteurs mis en avant par les différents travaux portant sur la question, distinguant notamment les logiques économiques (marché foncier et immobilier et logiques de production du logement), institutionnelles (politiques ségrégatives ou antisé-grégatives par exemple) et décisions « individuelles » (recherche de l’entre-soi ou mise à distance de populations jugées indésirables), en rappelant, contre les adeptes des explications monocausales, qu’aucune ne jouait de manière exclusive. Ils analysent enfin, toujours à l’aide de la littérature portant sur la question, les effets de ce phénomène pour les populations concernées, curieusement rarement exposées dans le débat public lorsque la ségrégation est, elle, vivement critiquée au nom des principes républicains. La ségrégation territoriale entraîne ainsi diverses inégalités en termes d’accès aux ressources collectives (école, emploi, etc.) et de discriminations importantes, mais les « effets de quartier » peuvent également s’avérer positifs en termes de cohésion des habitants des quartiers concernés, comme l’ont montré notamment les travaux de Robert Sampson [3][3] Voir, entre autres, son texte dans l’ouvrage récemment... .

4

Au final, les différentes recherches qui portent sur cette question convergent à montrer qu’il s’agit là d’un phénomène qui renvoie à des configurations sociales et spatiales très différentes d’un espace à l’autre et implique d’être étudié avec minutie, en articulant notamment les facteurs « objectifs » de sa production avec les aspects subjectifs et relationnels qui y sont afférents. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre, « la ségrégation sociale n’explique pas tout », et « ses effets sont largement conditionnés par des facteurs tels que l’accès à l’emploi et les perspectives de promotion sociale, pour soi et ses enfants, la générosité et l’équité des politiques publiques, et la qualité du rapport aux institutions. Sans action positive sur ces facteurs, la réduction de la ségrégation urbaine risque de n’avoir que des effets de dilution spatiale de difficultés sociales non résolues », concluent ainsi les auteurs. À bon entendeur…

Notes

[1]

Pour une analyse sociologique fine des modes de production journalistiques des clichés sur les « quartiers », voir notamment Jérôme Berthaut, La Banlieue du « 20-heures », Marseille, Agone, 2013.

[2]

Voir par exemple E. Préteceille, « La ségrégation sociale a-t-elle augmenté ? La métropole parisienne entre polarisation et mixité »,Sociétés contemporaines, no 62, 2006, p. 69-93.

[3]

Voir, entre autres, son texte dans l’ouvrage récemment dirigé par Marie-Hélène Bacqué et Éric Charmes, Mixité sociale et après ?, Paris, PUF, 2016, qui propose une critique intéressante du mot d’ordre de mixité sociale.

Pour citer cet article

Note de lecture rédigée par Martinache Igor, « La Ségrégation urbaine. Marco Oberti, Edmond Préteceille Paris, La Découverte, 2016, coll. « Repères », 124 p. ISBN : 978-2-7071-6425-4 », Idées économiques et sociales, 3/2016 (N° 185), p. 79-79.

URL : http://www.cairn.info/revue-idees-economiques-et-sociales-2016-3-page-79.htm
DOI : 10.3917/idee.185.0079


Article précédent Pages 79 - 79
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback