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Informations sociales

2012/4 (n° 172)


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Le nombre, la diversité et le poids social et économique des associations œuvrant dans le secteur sanitaire et social sont généralement peu connus. Elles sont un sixième des associations françaises mais concentrent, avec leur million de salariés, plus de la moitié de l’emploi associatif et 5 % de l’emploi privé – sans compter près de trois millions de bénévoles. Si la crise n’a pas entamé leur dynamisme, la concurrence du secteur lucratif s’accroît et leurs dirigeants se disent moyennement confiants pour l’avenir.

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Quels sont la place, la diversité et le poids des associations au sein du social dans son sens le plus large, y compris dans sa dimension sanitaire et sociale?? Cet article propose un panorama des associations œuvrant dans le secteur sanitaire et social qui montre leur importance. Il repose sur les données du Journal officiel et couvre l’ensemble de l’emploi associatif (régime général et régime agricole).

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La dynamique de création dans le secteur sanitaire et social est bien réelle. Depuis quatre ans, chaque année en moyenne se créent?: 4?600 associations nouvelles dans le domaine de l’action socioculturelle ; 1?600 dans celui des interventions sociales ; 3?800 dans l’action caritative ou l’aide au développement ;?près de 3?000 dans le domaine de la santé ; plus de 1?000 proposent de nouveaux services familiaux ou d’aide aux personnes âgées ; enfin, environ 500 offrent de nouveaux services associatifs ou établissements médico-sociaux.

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Ensemble, ce secteur accueille environ 12?% de toutes les associations qui voient le jour chaque année en France. C’est beaucoup, voire peut-être parfois un peu trop, avec un certain risque d’encombrement et de concurrence. Pourtant, c’est moins que dans des secteurs comme la culture ou les loisirs, dans la mesure où les associations sanitaires et sociales sont plus stables et plus pérennes [1][1] Pour en savoir plus?: La France associative en mouvement,.... Les régions qui comptent la proportion la plus élevée de créations dans ce secteur sont l’Île-de-France, la Haute-Normandie, les Pays de la Loire et l’Outre-Mer.

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Le nombre total d’associations aujourd’hui actives en France est estimé à 1 300?000, un chiffre à prendre avec prudence car si la date de leur naissance est connue avec certitude, on ne peut presque jamais connaître celle de leur fin ou de leur mise en sommeil. Avec prudence toujours, on retiendra que le nombre des associations actives dans le champ social se situe entre 200?000 et 220?000 sur l’ensemble du territoire. Parmi celles-ci, on connaît en revanche avec une grande précision le nombre des associations employeurs?: elles étaient, au bilan de l’année 2010, 3?300 dans le secteur de la santé, 9?030 dans le secteur de l’hébergement médico-social et 20?300 dans l’action sociale sans hébergement. Ensemble, ces établissements, dont le nombre avoisine donc 33?000, emploient près de 980?000 salariés, pour une masse salariale de l’ordre de 19 milliards d’euros en 2010.

Recherches & Solidarités

Association sans but lucratif, Recherches & Solidarités se donne pour objectif d’apporter aux acteurs et aux décideurs du secteur associatif et de l’économie sociale les informations les plus récentes sur toutes les formes de solidarités au bénéfice des personnes concernées, avec une préoccupation de bonne complémentarité par rapport aux travaux qui sont menés et publiés par ailleurs. L’association s’appuie sur des données provenant d’organismes officiels et sur ses enquêtes annuelles pour produire des publications nationales, régionales et départementales qui sont en libre accès sur son site www.recherches-solidarites.org.

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On retiendra qu’avec près d’un million de salariés, le secteur associatif du champ social représente environ 55?% du total des emplois associatifs et un peu plus de 5 % du nombre total des salariés du secteur privé en France.

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Si l’on fait masse du budget de l’ensemble des associations œuvrant dans le secteur sanitaire et social, en cumulant les budgets des associations employeurs (environ 20 milliards d’euros) et ceux des associations non employeurs (entre 2,5 et 3 milliards d’euros), on parvient à un total significatif de l’ordre de 22 à 23 milliards d’euros annuels. Ces données ne sont pas encore assez connues, notamment par les acteurs concernés et les décideurs, au plan national comme dans les régions. Pour illustrer le propos, éclairons la situation d’une région importante, Rhône-Alpes, avec quelques chiffres clefs. On y observe la création de 1?000 associations nouvelles chaque année dans ce domaine sanitaire et social, et on estime à 20?000 environ le nombre de celles qui sont actives dans les huit départements de la région. Parmi elles, 3?700 emploient environ 100?000 salariés, soit 5,5?% du nombre total des salariés privés de Rhône-Alpes [2][2] Ces monographies régionales sont disponibles sur www.recherches-solidarités.org,....

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Pour terminer cette entrée en matière, on n’oubliera pas qu’au plan national, aux côtés du million de salariés évoqué plus haut, plus de 2?800 000 bénévoles sont actifs dans un rôle de dirigeant, d’animateur ou dans une fonction administrative dans ces plus de 200?000 associations du champ social [3][3] Il y a aujourd’hui entre onze et douze millions de.... Celles-ci jouent ainsi, outre le rôle social que l’on connaît et apprécie, un rôle économique fort important. On ajoutera que ces associations remplissent aussi une fonction incontournable dans l’animation et le développement du territoire dans lequel elles agissent.

Près d’un million d’emplois en 2010

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Parmi les données qui traduisent le mieux le poids du secteur associatif dans le champ social, le nombre d’emplois figure assurément en bonne place. Il est donc intéressant de montrer comment les emplois se répartissent dans les différents secteurs de ce champ ainsi que le poids relatif qu’ils représentent respectivement face au secteur lucratif.

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Le tableau 1?présente, en données arrondies, le nombre des salariés du secteur associatif dans chacun des domaines ainsi que le pourcentage qu’il représente dans l’ensemble du secteur privé. Étant bien entendu qu’en qualité de personnes morales, les associations font partie du secteur privé, par différence avec les établissements publics.

Tableau 1 - Répartition des salariés associatifs dans le secteur sanitaire et social en 2010(1),(2)Tableau 1

(1) Il s’agit bien ici des seuls salariés et non des professions libérales qui sont au nombre de 350 700. Sont en revanche comptabilisés les salariés des 50 669 professions libérales employeurs.

(2) Il s’agit des salariés appartenant à des employeurs dont le classement n’a pu être précisé par les services de l’Insee.

Source : Acoss - Urssaf - MSA. Traitement des données par Recherches & Solidarités.
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Si l’on excepte le secteur de la santé, qui présente des caractéristiques particulières compte tenu de la présence des professions libérales, on note que dans le secteur social privé proposant un hébergement médico-social, les associations emploient 75?% des salariés tandis que dans celui des établissements sans hébergement, elles en regroupent une proportion nettement plus forte, 89?%.

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Au sein du secteur médico-social comportant un hébergement, les actions en direction de l’enfance et des personnes handicapées sont principalement prises en charge par des associations, qui emploient plus de 90?% des salariés actifs dans ces domaines. L’hébergement pour personnes âgées se répartit pour sa part d’une manière à peu près équivalente entre le secteur associatif et le secteur lucratif. Enfin, le cas particulier des structures d’accueil des toxicomanes mérite d’être souligné : la part relative du secteur associatif, 65?% des salariés, ne signifie pas une attirance particulière du secteur lucratif mais la présence forte de fondations œuvrant en la matière. Celles-ci emploient ainsi plus de 30?% des salariés du domaine contre moins de 2?% pour le secteur lucratif.

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Pour ce qui concerne le secteur social sans hébergement, des différences fortes apparaissent entre, d’un côté, la plupart des domaines qui restent l’apanage du secteur associatif et, de l’autre, certains domaines dans lesquels le secteur lucratif s’est implanté, comme l’aide à domicile et l’accueil des jeunes enfants (crèches).

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Il convient de signaler que le secteur privé, outre les associations et les établissements de droit commun ayant une activité lucrative, compte d’autres composantes de ce que l’on nomme l’économie sociale?: les fondations, les mutuelles et les coopératives. Au sein du champ sanitaire et social, les fondations, déjà évoquées plus haut, sont un peu plus de 700 et emploient environ 53?000 salariés, principalement dans la santé, l’hébergement pour personnes âgées et pour enfants en difficulté, l’aide par le travail et l’accueil d’enfants handicapés. De leur côté, les mutuelles sont environ 1?100 à intervenir dans ce champ, employant plus de 3?000 salariés. Elles agissent principalement dans le domaine de la santé, en faveur des personnes âgées et dans l’aide à domicile. On dénombre aussi 76 coopératives actives dans le champ social, représentant environ un millier de salariés, dont la moitié dans la seule activité d’aide à domicile.

Progression du secteur lucratif dans certains domaines

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Entre 2000 et 2010, le secteur associatif sanitaire et social a gagné 4?200 employeurs et plus de 250?000 emplois. Cette augmentation de l’emploi d’un peu plus de 30?% en dix ans est nettement plus élevée que pour l’ensemble du secteur privé en France. C’est donc un secteur très dynamique dans son ensemble qui a toutefois été mis en concurrence avec les établissements lucratifs, notamment à partir du Plan Borloo. Dans trois domaines particuliers, une part de marché non négligeable a peu à peu été prise par des initiatives à but lucratif?: il s’agit de l’accueil des jeunes enfants, de l’aide aux personnes âgées et de l’aide à domicile. Pour estimer les parts de marché respectives, il convient de prendre en compte la masse salariale distribuée, dans la mesure où elle correspond avec précision au temps d’intervention et nous met à l’abri de la difficulté représentée par les emplois à temps partiel, assez nombreux dans ces secteurs.

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En 2001, l’accueil des jeunes enfants était assuré dans une proportion de 95?% par le secteur associatif. Cette proportion est restée sensiblement la même jusqu’en 2005, puis une première et légère inflexion a été perceptible en 2006 et 2007. Au cours des années suivantes, la part du secteur associatif a faibli plus fortement, pour arriver à 77?% en 2010.

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L’hébergement des personnes âgées, pour sa part, a toujours été partagé entre le secteur associatif et le secteur lucratif. En 2001, l’hébergement médicalisé associatif représentait 56?% de la masse salariale totale. Il a faiblement baissé, jusqu’à 49?% en 2010. De son côté, l’hébergement social associatif est passé de 52?% en 2001 à 42?% en 2010, une très légère remontée de cette proportion s’observant entre 2009 et 2010.

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Le secteur de l’aide à domicile, enfin, se répartit entre un secteur public tout particulièrement représenté par des Centres communaux d’action sociale (CCAS), un secteur associatif comportant 4?400 établissements, un secteur lucratif présentant environ 2?000 établissements et enfin les particuliers employeurs, dont le nombre dépassait deux millions en 2010. Si l’on fait masse de l’ensemble des établissements privés, associatifs et lucratifs, on observe une nette évolution de leur part respective. En 2000, les associations comptaient pour 93?% des établissements privés de l’aide à domicile et des proportions équivalentes en termes de salariés et de masse salariale. En 2010, elles ne représentent plus que 67?% des établissements, 81?% des salariés et 84?% de la masse salariale.

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Au plan territorial, on note une présence exclusive du secteur associatif dans certains départements ruraux (Gers, Creuse) et minoritaire dans d’autres (Paris, Yvelines, Côte-d’Or, Hauts-de-Seine).

Premiers signes de fragilité de l’emploi à partir de la fin 2010

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Après de nombreuses années de croissance de l’emploi, le secteur associatif a enregistré un retrait inédit à partir du quatrième trimestre 2010, précisément celui de la rentrée associative. Après avoir mobilisé leurs ressources propres et attendu la fin de l’année 2009-2010, les dirigeants ont dû tenir compte de la baisse de leurs moyens financiers, tant de la part de l’État que des collectivités territoriales. Cette baisse a du reste été concomitante avec une diminution du nombre des adhérents, liée à la crise économique.

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Cette réduction de l’emploi s’est poursuivie au cours de trois trimestres consécutifs, comme le montre le tableau 2. Celui-ci distingue l’évolution, en termes d’emplois, de chacun des trois secteurs du champ sanitaire et social et montre en comparaison l’évolution des autres secteurs associatifs.

Tableau 2 - Évolution de l’emploi associatif en glissement trimestriel, corrigé des variations saisonnières (en %)Tableau 2

Lecture : dans le secteur de l’enseignement, l’emploi associatif a augmenté de 0,5 % au 1er trimestre 2010 par rapport au 4e trimestre 2009. Il a baissé de 0,1 % au 2e trimestre 2010 par rapport au 1er trimestre 2010, etc.

Source : Acoss - Urssaf. Traitement des données par Recherches & Solidarités.
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Le bilan des trois trimestres de baisse (entre octobre 2010 et juin 2011, soit la totalité de l’année associative 2010-2011), fait apparaître que le secteur associatif a perdu environ 26?000 emplois. Le secteur médico-social et le secteur de la santé ont, pour leur part, été peu touchés, même si la croissance de l’emploi a été réduite. En revanche, au cours de la période considérée (du premier trimestre 2010 au deuxième trimestre 2011), le secteur social sans hébergement a souffert, notamment dans le cadre de l’aide à domicile qui a perdu 4?350 emplois, d’une manière inégale selon les régions?: le Languedoc-Roussillon (– 1?000 emplois) et Midi-Pyrénées (–?1?380 emplois) ont été particulièrement touchés, avec six trimestres de baisse consécutifs. Au regard de leurs effectifs, les régions Haute-Normandie (– 410 emplois), Centre (– 440 emplois) et Poitou-Charentes (– 260 emplois) ont également enregistré une baisse sensible. Inversement, l’Alsace (+ 600 emplois), l’Auvergne (+ 280) et la Picardie (+ 240) présentent un bilan nettement positif.

L’inquiétude des dirigeants

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Depuis de nombreuses années, la parole est donnée aux responsables associatifs pour qu’ils s’expriment sur leurs projets, sur leurs satisfactions mais aussi leurs attentes et leurs inquiétudes. Nous avons considéré que la période actuelle nécessite de les écouter plus encore et d’une manière régulière, deux fois par an. En décembre 2011, nous les avons ainsi invités à donner leur opinion sur la période écoulée et leurs pronostics pour le premier semestre 2012.

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Parmi les répondants à notre consultation, nous avons isolé les responsables du secteur social, généralement à la tête d’associations employant des salariés. Pour 38?% d’entre eux, la situation générale de leur association est jugée difficile au regard des missions et des projets. Ils sont 40?% à juger la situation financière délicate, dont 16?% la trouvent très délicate. Si l’on rapporte ce pourcentage au total des associations du champ sanitaire et social, on parvient au nombre de 22?000 associations en grande difficulté.

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Plus grande encore est la part des responsables insatisfaits à propos du bénévolat (effectifs, disponibilité et savoir-faire) : avec 53?%, ils sont majoritaires. Et il ne faut pas croire que les choses vont pouvoir s’arranger rapidement, dans la mesure où la proportion de bénévoles dans les associations est sensiblement la même depuis dix ans, rapportée à la population française (entre 22?% et 23?%). Ceci est à mettre en relation avec la forte augmentation du nombre d’associations, de l’ordre de 20?%, qui doivent ainsi partager une ressource humaine évoluant peu. Pour le premier semestre 2012, les responsables du secteur social sont 55?% à imaginer un avenir favorable pour leurs associations. Mais lorsqu’ils dirigent une association qui emploie des salariés, ils ne sont que 40?% à se dire confiants. Ces derniers sont du reste partagés?: bien peu, 7?%, estiment qu’ils pourront augmenter leurs effectifs, 60?% espèrent qu’ils pourront les conserver et 33?% craignent de devoir les réduire. Ces données doivent d’autant plus préoccuper les pouvoirs publics que le nombre de personnes en situation difficile, auxquelles s’adressent ces associations, augmente en période de crise.

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Pour terminer malgré tout sur une note d’espoir, précisons que les responsables associatifs, à titre personnel, demeurent optimistes dans une proportion de 64?% et déterminés dans une proportion de 85?% (81?% en moyenne). N’oublions pas toutefois les 8?% qui se disent résignés, généralement pour des raisons liées au manque de ressources humaines, ou encore les 6?% qui se disent révoltés, essentiellement à cause de difficultés financières.

Notes

[1]

Pour en savoir plus?: La France associative en mouvement, 9e édition, octobre 2011, disponible sur www.recherches-solidarites.org, rubrique «?Études thématiques?», page «?Vie associative?» et fiches Cnar Social sur la page «?Associations du secteur sanitaire et social?».

[2]

Ces monographies régionales sont disponibles sur www.recherches-solidarités.org, rubrique «?Dans les territoires?», page «?Panoramas régionaux?».

[3]

Il y a aujourd’hui entre onze et douze millions de Français bénévoles engagés dans les associations, selon des enquêtes nationales sérieuses et concordantes (Insee, Ifop, BVA), sensiblement moins que les quatorze ou quinze millions que l’on annonce trop souvent.

Résumé

Français

Le secteur associatif occupe une place majeure dans le paysage sanitaire et social en France. Si l’on écarte le secteur public pour observer le seul secteur privé dont font partie les associations, elles représentent jusqu’à 89 % des emplois dans l’action sociale sans hébergement. Si le secteur associatif reste largement majoritaire, et parfois même omniprésent (exemple du handicap), le secteur lucratif a gagné du terrain dans des activités comme l’aide à domicile, la petite enfance ou l’aide aux personnes âgées, notamment sous l’influence du plan Borloo. C’est aussi un secteur touché par le recul de l’emploi depuis ces derniers mois, et particulièrement l’aide à domicile. Le moral des responsables associatifs interrogés en décembre 2011 s’en trouve affecté.

Plan de l'article

  1. Près d’un million d’emplois en 2010
  2. Progression du secteur lucratif dans certains domaines
  3. Premiers signes de fragilité de l’emploi à partir de la fin 2010
  4. L’inquiétude des dirigeants

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