CAIRN.INFO : Matières à réflexion

La question des inégalités à l’accès dans l’enseignement supérieur n’est pas une question nouvelle (Bourdieu, 1970, 1985 ; Duru-Bellat, 2002 ; Van Zanten, 2009, 2010). Car la formation des élites françaises s’inscrit au bout d’une longue chaîne d’inégalités successives. De nombreux rapports, études, travaux de recherches ont confirmé encore récemment ce phénomène dû en partie à la massification de la scolarisation et au mode de reproduction des élites en France. Selon l’économiste Thomas Piketty, le niveau de ségrégation atteint parfois des niveaux inacceptables, certains collèges ne comptant quasiment aucun élève défavorisé (moins de 1 %) quand d’autres en accueillent plus de 60 % (Piketty, 2016).
Dans un rapport paru en septembre 2016, le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO), présidé par Nathalie Mons, a dressé un réquisitoire sévère sur la fabrique des inégalités en ces termes : « Les élèves de milieux défavorisés n’ont pas accès aux mêmes méthodes pédagogiques que ceux de milieux favorisés. » En effet, alors que dans les collèges de zone prioritaire (ZEP), les enseignants disent consacrer 21 % du temps de classe à l’instauration et au maintien d’un climat favorable, ils ne sont plus que 16 % hors de l’éducation prioritaire et 12 % dans le privé (CNESCO, 2016). En outre, selon un rapport d’observations provisoires de la Cour des comptes, l’Etat dépenserait 47 % de plus pour former un élève parisien que pour former un élève des banlieues (Baumard, 2012)…

Français

La question des inégalités à l’accès dans l’enseignement supérieur n’est pas une question nouvelle en France. Car la formation des élites françaises s’inscrit au bout d’une longue chaîne d’inégalités successives. Depuis quelques années, certaines institutions supérieures ont toutefois voulu répondre à cette question en développant de nouveaux dispositifs pour améliorer l’accessibilité des jeunes venant de milieux modestes et de zones socialement défavorisées. C’est de ce phénomène social dont nous allons rendre compte dans cet article. Cette réflexion, en s’appuyant sur un certain nombre de données existantes et d’études de cas recueillies en France, au cours des dernières années, cherche à enrichir le débat qui a cours autour de la question de l’accessibilité de l’enseignement supérieur dans l’Hexagone et de sa démocratisation. A partir de plusieurs types de données, nous chercherons à montrer tout particulièrement comment cette réflexion s’est développée au sein d’une école de journalisme, IPJ Paris-Dauphine, lors d’un processus de labellisation, au prisme d’une double responsabilité, celle de l’accès à la formation au journalisme pour les étudiants, et celle de la spécificité d’une école qui forme à la fabrication de l’information et à ses représentations. Nous verrons comment ce cas illustre bien la dynamique propre à la gestion de la diversité dans une institution française d’enseignement supérieur.

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Pascale Colisson
Pascale COLISSON est responsable pédagogique des Master 1 à l’Institut Pratique du Journalisme de Paris-Dauphine | PSL, en charge de la mission Egalité des chances et diversité. Chercheure associée à la Chaire « Management, Diversités et Cohésion Sociale » de l’université Paris-Dauphine, elle est également membre de l’Observatoire de la Diversité du CSA. Au sein d’IPJ-Dauphine, elle a mené un travail de recherche et d’audit, qui a conduit à la mise en place de processus garantissant l’égalité des chances et la lutte contre les discriminations au sein de l’école. En mai 2014, IPJ Paris-Dauphine a ainsi obtenu le label Diversité délivré par l’AFNOR. Ses travaux et actions sur le changement des organisations au regard de ces thèmes la conduisent à participer régulièrement à des tables rondes et conférences. Elle intervient également dans le cadre de groupes de travail comme ceux mis en place par l’AFMD. Elle mène actuellement un travail de recherche sur les jeunes journalistes au regard des questions de discriminations dans le cadre d’un EDPA (Executive Doctorate in Public Affaires) au sein de Paris-Dauphine.
Jean-François Chanlat
Jean-François CHANLAT est professeur émérite en Sciences de Gestion à l’Université Paris-Dauphine-P.S.L. et membre de DRM-UMR CNRS 7088. Spécialiste international d’anthropologie des organisations et du management, il est codirecteur scientifique de la chaire « Management, diversité, égalité des chances et cohésion sociale », et codirecteur de la collection « Sciences de l’administration » des Presses de l’université Laval. Il a publié récemment deux ouvrages collectifs qu’il a coordonnés avec Mustafa Özbilgin aux Presses de l’université Laval en coédition avec Hermann, Paris, Management et diversité. Tome I. Comparaisons internationales (2018) ; et Management et diversité. Tome II. Approches thématiques et défis sociopolitiques (2019), et un ouvrage avec Philippe Pierre, Le management interculturel. Evolution, tendances et critiques, Editions Management et Sociétés (2018).
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Mis en ligne sur Cairn.info le 17/02/2021
https://doi.org/10.3917/rips1.066.0023
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