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Revue internationale et stratégique

2004/3 (n° 55)


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PASCAL BONIFACE — L’Union pour un mouvement populaire (UMP), dont vous avez la charge des Relations internationales, se veut un parti rassemblant plusieurs familles politiques du centre droit et de droite. Dans ce contexte où se côtoient différentes approches de la politique étrangère, quelle est la philosophie internationale de l’UMP ?

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PASCAL DROUHAUD — Il existe au sein de l’UMP une volonté de promouvoir et de défendre des valeurs humanistes favorisant la mise en place d’un cadre mondial garantissant la liberté de parole, l’État de droit et le développement économique et social. être à l’écoute du monde : tel est l’esprit qui nous anime. Depuis deux ans, nous cherchons à créer un mouvement politique à l’écoute de l’actualité internationale, sensibilisé aux courants de pensée, aux débats et transformations sociales qui marquent les évolutions sur les différents continents. L’étape politique qui a marqué la fin des années 1980 et la fin des années 1990, à savoir la volonté de favoriser la démocratisation dans le monde – en Afrique par exemple à la suite du discours de La Baule ou sur le continent latinoaméricain –, est aujourd’hui en partie entrée dans une dimension historique, mettant fin à une phase politique qui est inscrite dans notre conscience collective mondiale. Aujourd’hui, cette démocratisation doit profiter d’un développement économique et social, et l’UMP entend s’inscrire dans cette démarche.

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Est-ce que l’on retrouve au sein de l’UMP l’armature gaulliste de la philosophie des relations internationales, ou bien assiste-t-on à une configuration mêlant plusieurs courants de pensée ?

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PASCAL DROUHAUD — L’UMP se caractérise par une unité de valeurs dans la diversité d’origines de chacun. En effet, il s’agit d’un mouvement politique qui rassemble aussi bien des sensibilités centristes, que gaullistes ou libérales. Cette volonté de vivre ensemble est assurée par un partage de valeurs – rappelée d’ailleurs dans les statuts de l’UMP – mais également par la variété des sensibilités. La diversité, ce sont des sensibilités qui sont favorables à une ouverture économique au niveau international ou au renforcement d’un développement économique rattaché à un certain libéralisme, idées qui se concilient également avec la volonté d’autres écoles de pensée visant à mettre l’accent sur le développement social. Néanmoins, l’UMP est mue par un objectif commun qui vise à promouvoir les valeurs démocratiques qui fondent notre République.

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En quoi ces objectifs particuliers se différencient-ils de ceux de l’Union pour la démocratie française (UDF), du Parti socialiste ou d’autres formations politiques extérieures à l’UMP ?

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PASCAL DROUHAUD — Nous n’établissons pas nos postures en fonction de celles des autres partis politiques. Nous cherchons à promouvoir l’ancrage de l’État de droit, et à concilier la place de la France dans le monde avec une mondialisation qui doit être porteuse de valeurs, plaçant au cœur de son déploiement l’Homme et la démocratie.

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Comment fonctionne la Direction des relations internationales ? Y a-t-il différents responsables qui y participent, avez-vous des débats pour élaborer des positions sur les grands sujets internationaux ? De quelle manière sont établies les positions de l’UMP ?

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PASCAL DROUHAUD — La clé de voûte de l’UMP est le dialogue interne. Aussi l’action internationale de l’UMP – fixée par sa Commission exécutive – couvre-t-elle plusieurs volets. Tout d’abord, l’UMP est un mouvement politique ouvert sur le monde, tel que cela avait été rappelé par Alain Juppé, lors du congrès fondateur du mouvement en novembre 2002. De cette ouverture découle un état d’esprit particulier. Les valeurs de liberté, de responsabilité, de solidarité et de justice sont au cœur de notre projet. Dès lors, nous nous organisons de telle sorte que leur promotion aille de pair avec les priorités d’ordres politique et géographique. La première d’entre elles consiste en effet à rappeler que l’UMP est un grand mouvement politique européen. Après sa fondation, l’UMP a adhéré au Parti populaire européen (PPE). L’Union européenne (UE) fait partie de notre environnement quotidien et nous souhaitons participer au débat européen. Les 17 députés européens de l’UMP vont contribuer grandement à l’ancrage d’un projet européen qui vise à faire de l’UE un pôle d’influence dans le monde. Cela signifie, d’une part, se donner les moyens d’instituer une Europe politique possédant une architecture constitutionnelle, mais également de délimiter, à terme, des frontières géographiques clairement identifiées et de participer à la définition des intérêts vitaux européens. Il s’agit également de donner à l’UE les instruments qui lui permettront d’exercer son influence dans le monde – à savoir une Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) forte, une politique industrielle ambitieuse, ainsi qu’une Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) solide. Par ailleurs, à travers la PESD notamment, l’UE doit mettre sur pied une véritable politique européenne en matière de recherche et développement de technologies de pointe. À cet égard, lorsque l’on constate l’écart qui sépare l’UE des États-Unis au niveau des investissements en la matière, il est clair que l’Europe a encore beaucoup à faire.

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Au-delà du seul champ européen et pour des raisons évidentes de géographie, l’UMP mène à bien une action favorisant la coopération politique avec les pays du pourtour méditerranéen, ainsi qu’avec les pays du continent africain. Les relations transatlantiques sont quant à elles au cœur d’une vision du monde qui recherche l’équilibre et le partenariat avec tous les pôles d’influence qui se renforcent, notamment en Asie – pensez à la croissance soutenue de la Chine et de l’Inde, par exemple. Cette approche est mise au service du développement et de la paix. Ces priorités sont établies par la Commission exécutive de l’UMP, une large part étant laissée au dialogue dans le cadre du Forum des débats dirigés par Alain Madelin. Il est en effet extrêmement important d’entretenir les échanges entre les différentes sensibilités qui font la richesse de ce mouvement politique.

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Enfin, un Conseil d’orientation de la politique étrangère (COPE) de l’UMP a été constitué au début de l’année 2004, dont Brice Hortefeux, député européen, assure le secrétariat général. Le COPE a pour objet d’analyser le contexte général d’une problématique particulière et d’établir une présence politique auprès de nos interlocuteurs étrangers. À cet effet, nous procédons à des auditions de personnalités issues du monde politique, économique ou culturel afin d’enrichir notre regard sur les thèmes d’actualité. Le COPE constitue ainsi un formidable instrument qui nous permet de démultiplier notre présence et notre action, en complémentarité avec le Parlement car la grande majorité de ses membres sont issus de l’Assemblée nationale ou du Sénat.

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Est-il facile d’être un parti gouvernemental ? En effet, au regard du poids de l’exécutif en France en matière de relations internationales, un parti politique majoritaire peut-il exercer son action à l’international sans être forcément inconditionnel au gouvernement ? Quelle est la place d’un parti qui soutient le gouvernement, mais qui pour autant doit prendre des positions éventuellement différentes de celles du gouvernement ?

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PASCAL DROUHAUD — L’action internationale d’un parti politique de gouvernement est claire : il s’agit d’assurer la complémentarité de l’action diplomatique française. Cette complémentarité est présente tout d’abord dans la réflexion que nous menons sur les grands enjeux internationaux. L’UMP est engagée dans une véritable réflexion, aussi bien auprès des militants que de la présidence ou de la direction nationale, concernant des sujets de fond : nos objectifs en matière de développement, le type de mondialisation que l’on souhaite instaurer, le projet européen que l’on souhaite promouvoir et défendre auprès de nos partenaires européens au sein du PPE, ou les relations transatlantiques. En effet, s’ériger en mouvement politique de gouvernement n’empêche pas la réflexion, loin s’en faut, car cette dernière favorise les débats.

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La légitimité de l’action internationale d’un parti politique se situe également au niveau des échanges avec les différentes forces politiques présentes dans le monde, ce qui constitue une action véritablement complémentaire du travail que mène à bien la diplomatie française sous l’autorité du chef de l’État. À travers ces échanges d’expériences entre forces politiques, et par la coopération qu’ils impliquent, l’UMP contribue également à l’ancrage de l’État de droit, étant convaincue que la mise en place de la démocratie passe aussi par le dialogue entre différentes forces politiques. Ainsi, l’UMP participe véritablement à la complémentarité de l’action française sur la scène internationale.

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Quels sont les principaux partenaires internationaux de l’UMP ? Privilégiez- vous des partenariats avec des zones en particulier ou avez-vous des partenaires sur l’ensemble des continents ?

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PASCAL DROUHAUD — Nous n’avons pas une approche mécanique des relations internationales. Rien ne remplace le contact entre les hommes. C’est pourquoi nos partenaires politiques sont nombreux et variés. Cependant, il faut toujours tenir compte de la réalité géographique car c’est elle qui conditionne les priorités. Dans ce contexte, il existe des régions avec lesquelles les relations peuvent être favorisées dans un cadre purement bilatéral, d’autres favorisant le multilatéral.

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Au niveau européen, le PPE que préside Wilfried Martens offre un cadre naturel qui permet un échange fluide avec les forces politiques européennes du centre droit ou de droite. Cela n’interdit pas pour autant le dialogue bilatéral, qui est renforcé dans cette démarche lorsque les différents partenaires se retrouvent pour adopter des textes communs ou pour discuter de différents sujets abordés en amont du Conseil européen. Ainsi, tirant parti de l’existence d’un cadre multilatéral de dialogue, l’UMP travaille au quotidien, par exemple avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et l’Union chrétienne-sociale (CSU) allemandes, avec le Parti populaire espagnol (PP) ou le Parti social-démocrate (PSD) portugais, la Nea Demokratia grecque, Forza Italia ou le Fidesz hongrois. En revanche, ce cadre étant toujours en construction dans d’autres continents, nous faisons appel aux échanges bilatéraux avec les pays du Bassin méditerranéen ou d’Afrique subsaharienne, qu’ils soient anglophones ou francophones, même s’il est certain que la relation avec les pays francophones – également inscrite dans la conscience collective française – facilite les échanges quotidiens. Les forces politiques avec lesquelles l’UMP est en relation dans le continent africain sont très nombreuses, et ce type de rapports existe dans la plupart des pays. Nos liens avec le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal, le Gabon, le Cameroun, le Congo, le Bénin, le Togo, la Mauritanie, le Niger, le Tchad, Madagascar, l’Afrique du Sud ou les Comores sont très aisés, fondés sur la confiance, le respect mutuel et le dialogue. Ils sont sur la bonne voie avec le Ghana, le Soudan, le Mozambique et São Tomé et Principe. Autant d’États divers démontrant la richesse de ces échanges.

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Ce cas de figure se reproduit avec le continent américain puisque l’UMP est membre de l’Union des partis latino- américains (UPLA) qui rassemble les forces politiques de centre droit et de droite de tout le continent. Pour ce qui est de l’Asie, les relations s’inscrivent davantage dans une démarche de relations avec des États : l’UMP est, par exemple, en relation avec le Parti communiste chinois, s’agissant d’un parti-État. Nous le sommes tout autant avec le Funcinpec ou le Parti de Sam Rainsy (PSR) au Cambodge, ou avec le Parti libéral démocrate (PLD) japonais. Par ailleurs, nous participons à l’Union démocratique internationale (UDI) présidée par le Premier ministre australien, John Howard, qui rassemble toutes les forces politiques de droite, de la droite libérale, du centre droit et conservatrices, établissant ainsi des relations avec des forces politiques du monde entier.

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Ces liens nous confèrent une force en termes de présence, pesant sur la portée de notre message. Elles permettent d’affiner notre regard porté sur les sujets de société – en matière de politique intérieure et de politique étrangère – afin de tenter de répondre au plus près, non seulement des valeurs que porte la France, mais également de l’attente que génère la diplomatie française sur la scène internationale.

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Aux États-Unis, êtes-vous plus proches du Parti républicain ou du Parti démocrate ?

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PASCAL DROUHAUD — Nous entretenons des relations aussi bien avec le Parti démocrate qu’avec le Parti républicain. D’ailleurs, l’UMP a participé à la Convention du Parti démocrate à Boston à la fin du mois de juillet 2004, ainsi qu’à la Convention du Parti républicain au mois de septembre 2004 à New York.

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L’UMP est probablement la seule formation politique à agir de la sorte car il me semble que les autres formations politiques françaises assisteront uniquement à l’une ou l’autre des Conventions.

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PASCAL DROUHAUD — Effectivement, et il faut s’en féliciter. Cela montre d’une part, la largesse d’esprit qui règne à l’UMP, mais également que les rapports que nous entretenons avec les États-Unis ne se situent pas dans le cadre de la seule relation partisane : ils se placent dans le cadre durable et viable d’une alliance qui touche à tous les domaines. Comme l’a rappelé le président Jacques Chirac lors de la commémoration du Débarquement, le 6 juin 2004, ou encore lors du dernier sommet du G 8 qui s’est tenu à Sea Island peu après, les échanges avec les États-Unis s’inscrivent dans une amitié qui a deux cents ans d’âge et dans une proximité culturelle et de valeurs. Cette relation comporte une dimension structurelle et étatique, qui touche non seulement à notre conscience collective, mais aussi à l’idée que nous nous faisons de la démocratie et de la promotion de la liberté individuelle, dépassant par là même le seul cadre partisan.

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Au cours des débats qui ont précédé la guerre d’Irak et pendant le conflit, on a parfois eu le sentiment que l’action du président J. Chirac était plus contestée au sein de sa propre majorité que dans l’opposition qui était unanime pour la soutenir. La question de l’opposition ou du soutien aux États-Unis a-t-elle suscité des débats au sein de l’UMP ?

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PASCAL DROUHAUD — Comme je l’ai précisé auparavant, le fondement de l’UMP est l’unité dans la diversité. Aussi est-il tout à fait normal, avant d’établir une position officielle, qu’il y ait un dialogue interne avec les représentants des différentes sensibilités qui ont fait valoir leur appréciation sur la relation transatlantique, mais également sur la position de la France concernant l’Irak. Simplement, il y a un temps pour le dialogue, l’analyse et la synthèse et un temps pour la prise de position officielle. À partir du moment où une décision est adoptée, elle est assumée et défendue de façon responsable par tous les membres du parti.

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Pour l’UMP, quels sont les défis auxquels la France doit faire face de façon prioritaire au niveau international afin de préserver le monde de catastrophes durables ?

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PASCAL DROUHAUD — Au niveau européen, le défi consiste à défendre véritablement l’idée d’une Europe faisant figure de pôle d’influence sur la scène internationale, offrant un cadre de développement économique aux citoyens des 25 États membres de l’UE, mais également un visage politique tangible pour une Europe qui est attendue sur la scène internationale. Une seconde priorité consiste à promouvoir le caractère humain de la mondialisation. Ce sujet est extrêmement important, comme l’a rappelé le président J. Chirac, et constitue un souci de tous les jours à l’UMP, car nous ne pouvons pas nous satisfaire de l’état actuel du développement dans le monde. N’oublions pas qu’un quart de la population mondiale vit avec moins de 1 E par jour ; 1 milliard d’habitants n’ont pas accès à l’eau potable ; 45 millions de personnes meurent toujours et encore, chaque année, de faim dans le monde ; et 5 millions décèdent victimes du sida. Dans ce contexte, l’accès aux médicaments génériques et leur production par les pays les plus atteints est une question de fond. Elle illustre bien la problématique d’une partie de la population mondiale qui se sent exclue – et l’est dans les faits – de la mondialisation économique, commerciale et culturelle caractéristique de notre époque.

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Ces exemples révèlent, tel que cela a été rappelé lors du dernier sommet du G 8, qu’il est nécessaire de répondre au plus vite à ces défis du système international, car le mal développement et la distribution inéquitable des richesses dans le monde offrent un terreau formidable à la haine, au terrorisme et à tous ceux qui s’attaquent aux valeurs que nous défendons. Dominique de Villepin n’avait eu de cesse, au Quai d’Orsay, d’alerter la communauté internationale sur cette urgence. Sans doute constitue-t-elle la « nouvelle frontière » de ce nouveau siècle. Aussi considérons-nous de notre devoir de veiller à combattre ces ferments de haine, mais aussi de convaincre les acteurs de la scène internationale de l’urgence d’affronter résolument et de manière responsable ces problèmes de développement.

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Enfin, au-delà des questions de développement, nous devons faire face aux problèmes environnementaux de la planète : les questions de l’eau ou du changement climatique, portent en effet les germes du conflit. N’oublions pas que la pénurie d’eau douce affecte 70 % de l’humanité. Puisque nous souhaitons promouvoir la paix, la stabilité et le développement économique et social, il est nécessaire de s’attaquer à tous les phénomènes qui alimentent la haine, l’incompréhension et les frustrations.

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Pensez-vous que la France ait toujours un message à transmettre au monde et, si c’est le cas, quel est ce message ?

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PASCAL DROUHAUD — Il me semble que la France a effectivement un message à transmettre, et cela est particulièrement perceptible lors des déplacements que l’on peut effectuer à l’étranger. La France est un pays qui est attendu sur la scène internationale car elle a une image particulière : celle d’un pays de liberté. Il s’agit également de la vision d’une certaine pratique de cette liberté, impliquant un sens de la responsabilité qui ne peut être accompli que si l’on assume pleinement ses devoirs et si l’on respecte en premier lieu les droits des citoyens français. Bien qu’elle ne soit pas toujours entendue, la France est donc attendue sur la scène internationale.

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Ainsi, son message est-il un message de mémoire, de vigilance et de fidélité. Et c’est en cela qu’elle rejoint le fondement même de ce qui fait aujourd’hui la valeur de la diplomatie française : la France a le courage de vouloir porter plusieurs messages de par le monde. Un devoir de mémoire tout d’abord, parce que les valeurs humanistes qui fondent notre République se sont forgées dans les épreuves, dans le sang et la douleur. Aussi, bien que la France soit tournée vers l’avenir, elle n’en oublie pas moins les épreuves qui ont façonné son message universel. Il s’agit également d’un devoir de vigilance, car la défense de la liberté exige de nous d’agir afin que le ferment de haine qu’est le mal développement ne vienne troubler ou fragiliser les valeurs que la France, avec d’autres pays, portent dans le monde. Évoquons enfin le devoir de fidélité, afin que la mondialisation, formidable aliment d’espoir, ne soit pas trahie par l’échec de la démocratisation dans le monde. Je tiens à souligner à ce titre que le président J. Chirac et le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin sont engagés dans cette voie, cherchant à convaincre la communauté internationale du bien-fondé de ces arguments.

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Prenons l’exemple de l’aide publique au développement (APD). Le président de la République s’est engagé à augmenter, entre 2002 et 2007, l’APD de la France de 50 %. Si l’on conserve l’évolution actuelle, le taux d’APD atteindrait 0,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2007. Il était de 0,32 % en 2002. L’objectif est de parvenir à un taux d’APD de 0,7 % du PIB en 2012. Des membres du gouvernement français aux responsabilités aussi importantes que celles exercées, par exemple, par Michel Barnier ou Nicolas Sarkozy ne cessent d’œuvrer dans ce sens. Par ailleurs, il faut signaler que la France soutient avec force les objectifs de développement de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour le millénaire qui avaient été définis en septembre 2000, et qui entendent s’attaquer à la racine du sous-développement. En Afrique, où ce problème est persistant, la France se félicite de la détermination et de l’engagement que représente le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), lancé par le Sénégal, l’Algérie, l’Afrique du Sud et le Nigeria. Il vise à ouvrir les économies nationales africaines et à faire en sorte que les bénéfices de cette libéralisation contrôlée profitent aux populations.

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Quelle est la position de l’UMP par rapport au débat sur le droit d’ingérence ? En effet, alors que d’aucuns le considèrent comme une nouvelle forme de colonialisme, d’autres pensent qu’il s’agit d’une politique d’ouverture et de générosité. Quels seraient, selon vous, les avantages et les limites de l’ingérence ?

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PASCAL DROUHAUD — Le principe d’ingérence est aujourd’hui inscrit dans l’esprit de l’ONU, et la France s’est d’ailleurs située à la pointe de ce combat. La problématique à cet endroit consiste à réussir à concilier les principes de la diplomatie française avec le droit d’ingérence. Ces principes sont au nombre de quatre : le respect de la légitimité des pouvoirs, la défense de la souveraineté des États et de l’intégrité des territoires, le souci de la cohésion et de la cohérence régionale sur les différents continents, et l’aide aux efforts des ensembles régionaux afin de mettre en place des politiques au service du développement social. Dès lors, l’ingérence ne peut constituer un devoir pour la communauté internationale que lorsque des populations sont menacées et que des principes essentiels et reconnus par tous sont visiblement et durablement bafoués. L’ingérence ainsi conçue constitue un devoir dont la France s’est toujours acquittée. Il existe des normes qui régissent le comportement des États sur la scène internationale et notre pays entend les respecter et les faire respecter.

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êtes-vous optimiste quant à la construction de la PESC ou pensez-vous que la guerre d’Irak est venue mettre un terme à ce projet ?

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PASCAL DROUHAUD — Il me semble tout d’abord que c’est là un travail de longue haleine. Ce type d’épreuves constitue pour l’UE autant de pierres d’achoppement sur une route qui s’annonce longue, mais qui peut mettre en exergue aussi bien les forces que les faiblesses de l’Europe. Quoi qu’il en soit, ces événements révèlent que l’Europe doit en effet se donner les moyens d’établir une PESC forte, cohérente et disposant des moyens d’une action soutenue. À cet égard, il y a au sein des pays membres de l’UE une prise de conscience générale sur cette question, et la France entend défendre cette position pour tenter de pallier certaines faiblesses. Si l’Europe souhaite se donner des moyens d’exister en matière de défense, il va falloir investir dans ce domaine. N’oublions pas que le budget des États-Unis en matière de défense est deux fois et demi supérieur à celui de l’ensemble des budgets de défense des Vingt-cinq. De même, afin d’exister en termes de matériel de défense et de capacité de projection de ses forces, il sera nécessaire d’investir et de se donner les moyens d’une politique de recherche européenne forte. Lorsque l’on sait que les dépenses en matière de recherche de l’UE s’élèvent à 9 milliards d’euros, alors qu’elles sont de l’ordre de 34 milliards aux États-Unis, que l’Europe a investi 27 milliards d’euros pour de nouveaux matériels militaires, alors que les États-Unis leur en consacrent 52, les événements passés ne font que renforcer la motivation des Européens à cet égard. La ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, attache une importance toute particulière à ces éléments essentiels pour notre avenir.

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Au-delà de la PESC ou de la PESD, la question qui se pose à nous tous en tant qu’Européens est de savoir quel est le projet que nous souhaitons mettre en œuvre. Quelle Europe voulons-nous ? Quelle est l’Europe politique que nous souhaitons voir se développer et dans laquelle nous souhaitons vivre ? La PESC et la PESD sont les instruments de la volonté politique de peser sur la scène internationale afin d’offrir à chaque citoyen européen un cadre politique qui lui permette de vivre en sécurité. Ces deux instruments, qui constituent le fondement d’un projet commun, font émerger un débat sur le schéma politique que l’on souhaite donner à l’Europe. Ce débat est constant en Europe et fait suite à celui dirigé par Valéry Giscard d’Estaing dans le cadre de la Convention pour l’avenir de l’Europe, qui constitue le premier pas dans la recherche d’une identité européenne : elle nous permet d’entamer la phase politique de la construction européenne. Il s’agit néanmoins d’un travail de longue haleine maintenant que l’Europe s’est élargie à 25 membres, réunissant des histoires différentes unies par un passé commun. Désormais, le ciment de notre avenir sera une identité européenne conciliant notre identité nationale et la construction d’un bien commun en devenir. Travaillons donc sur cette identité européenne qui sera peut-être le parachèvement de cette phase politique dans laquelle est entrée l’Europe.

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Dans ce cadre-là, comment définir ou redéfinir la relation avec les États-Unis ?

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PASCAL DROUHAUD — La relation avec les États-Unis est inscrite dans notre conscience collective. Nous sommes des alliés dont l’amitié a été mise à l’épreuve des balles au cours de la guerre d’Indépendance américaine et des deux Guerres mondiales, mais également sur d’autres théâtres d’opération. N’oublions pas que la France travaille aux côtés des États-Unis en Afghanistan, au Kosovo, en Bosnie, en Afrique et sur d’autres continents. Nous savons et nous voulons travailler ensemble, et la forte coopération en termes de renseignement ainsi que les échanges quotidiens en matière de lutte contre le terrorisme sont là pour le démontrer. L’amitié existe parce qu’elle se pratique au quotidien ; la relation est donc naturelle.

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En revanche, il est nécessaire de continuer à mener un travail de pédagogie vis-à-vis des États-Unis concernant la place de l’Europe dans le monde. La France défend cette Europe qui se constitue en pôle d’influence sur la scène internationale. Cela signifie une Europe partenaire – c’était déjà un débat dans les années 1960, alors que le partnership était l’un des grands sujets du président John F. Kennedy et du général de Gaulle – au sein d’une relation bâtie dans la confiance mutuelle. La France doit contribuer à cette pédagogie européenne pour rappeler que nous sommes des partenaires des États-Unis et que nous avons des intérêts en commun parce que nos valeurs sont les mêmes.

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Cependant, la géographie est là pour nous indiquer qu’il existe également des intérêts renforcés pour l’Europe dans certaines régions du monde. L’Europe est une puissance de la Méditerranée, ce qui n’est pas géographiquement le cas des États-Unis, bien que cela puisse se vérifier au niveau commercial, compte tenu du renforcement de leur présence en Algérie ou en Égypte. L’Europe doit donc être en mesure de promouvoir et de défendre certains intérêts qui n’apparaissent pas aussi évidents aux yeux des États-Unis, tout comme l’UE comprend parfaitement la volonté prioritaire qu’ont les États-Unis à construire un espace de libre-échange au niveau du continent américain. Cependant, nous sommes unis parce que nous avons des valeurs communes, des valeurs qui sont les fondements mêmes de notre identité. Nous sommes les uns et les autres disposés à promouvoir la liberté et les bases de la démocratie, mais nous avons une approche différente de ce combat, parce que les sensibilités ne sont pas forcément les mêmes de part et d’autre de l’Atlantique.


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