CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Pourquoi s’intéresser à 1973 en 2013 ? En 2003, il n’était guère question de jeter un regard rétrospectif sur cette « date anniversaire ». La guerre en Irak faisait questionner l’avenir davantage que le passé, et l’administration Bush semblait fermer la parenthèse de l’« entre-deux-guerres » – entre la guerre froide et la Global War On Terror[1]. Dix ans plus tard, il est plus aisé de faire certains parallèles. Les pays occidentaux sont en crise économique, et l’on s’interroge pour savoir si les politiques pour sortir de la crise des années 1970 n’ont pas provoqué une nouvelle crise à partir de 2007-2008. Les États-Unis, après des engagements extérieurs liés à la fois à la perception de menaces et à leur confiance – excessives ? – en leurs moyens et en leur modèle, apparaissent affaiblis, concentrés sur leurs problèmes internes et prêts à discuter avec leurs concurrents – voire leurs ennemis. Un « syndrome irako-afghan » prendrait la place du « syndrome vietnamien ». De nouveau, il est question de la montée en puissance des pays du Sud et de leur contestation des normes édictées par les puissances occidentales. L’argent des pétromonarchies du Golfe est à la fois source de craintes et d’opportunités. De nouveau, les libéraux américains, comme dans chaque débat sur le déclin des États-Unis, affirment que ceux-ci sont la seule puissance complète, qu’ils ont les moyens de rebondir, qu’ils dominent les relations transnationales et possèdent une puissance structurelle, etc. Joseph Nye trouvait les ressources de puissance dans le transnationalisme (début des années 1970), dans le soft power (début des années 1990), et désormais dans le smart power (fin des années 2000). Mais de nouveau, on s’interroge sur la nécessité pour les États-Unis, en fin de cycle hégémonique, de coopérer et d’agir au sein des institutions internationales, bref de jouer le jeu du multilatéralisme.

2À partir de quelques exemples tirés de l’année 1973, et des années 1970, qui sont considérées désormais moins comme la crise de l’ordre d’après-guerre et davantage comme les prémices de la mondialisation post-guerre froide [2], j’identifierai quelques usages des « tournants » historiques, sans pour autant que l’histoire n’apparaisse, à force de « tournants », comme un circuit de rallye. Le « tournant » sera ensuite déplacé en 1979 et, à partir de trois dates « charnières » (1914, le 11 septembre 2001 et 1989), seront esquissées quelques réflexions sur d’autres manières de traiter ces « tournants » historiques.

Ce que peut vouloir dire « tournant » de 1973

Des « tournants », mais pas si évidents

3Dans le « tournant » des années 1970, 1973 peut apparaître comme une année neutre, voire allant en sens contraire. Prenons deux exemples. D’une part, le rapprochement entre les États-Unis et la Chine aurait révolutionné les relations internationales. D’autre part, la transition dans le golfe Arabo-Persique a connu bien des aléas.

4Le rapprochement sino-américain, symbolisé par la rencontre entre Richard Nixon et Mao Zedong, fut un long processus. Il s’est construit difficilement à partir de 1969 [3] et s’est étalé sur toutes les années 1970. Il aurait pu ne pas se poursuivre à cause des terribles jeux de pouvoir à la cour d’un Mao vieillissant qui voulait encore tirer les ficelles. La victoire des « pragmatiques », notamment de Deng Xiaoping au cours des luttes de l’année 1975, n’était pas prédéterminée, pas plus que l’issue des luttes de pouvoir à la mort de Mao [4]. La normalisation sino-américaine intervient réellement en 1978. Les tensions sino-soviétiques restent très fortes durant toute la période, entre les incidents directs de 1969, la « punition », par Pékin, en 1979, du Viêtnam, allié de l’Union soviétique, et la condamnation de l’invasion de l’Afghanistan. Le journal de l’année 1973 d’Anatoli Tcherniaev, alors haut fonctionnaire au département international du Comité central, montre à quel point, à Moscou, beaucoup jugeaient très probable, voire inévitable, une guerre contre la Chine, et que cette perspective était l’une des motivations de la détente [5]. En 1970, le dissident Andrei Amalrik prédisait cette guerre dans L’Union soviétique survivra-t-elle jusqu’en 1984 ? ; il avait d’abord choisi la date de 1980, puis opté pour une date plus « orwellienne ».

5Dans le Golfe, les Britanniques lâchent leur rôle de gardien, faute de moyens financiers et malgré le soutien américain, entre 1967 et 1971 ; les archives britanniques montrent toutefois qu’il ne s’agit pas d’un abandon, la présence économique et financière reste importante, ainsi que le soutien à la sécurité des jeunes émirats. Les Américains ne prennent pas vraiment le relais. Ils misent sur l’Iran, allié tacite d’Israël, qui peut contenir l’Union soviétique au Nord et l’Irak à l’Ouest. À partir de 1972, Téhéran a carte blanche pour acheter des armements aux États-Unis. En 1974-1975, l’augmentation du prix du pétrole est, pour les États-Unis, acceptable afin de renforcer l’Iran et ses ambitions de plus en plus incontrôlables [6]. Finalement, face à leurs difficultés économiques internes, les Américains conspirent avec l’Arabie saoudite pour faire baisser le prix du pétrole – voire miner l’Organisation des pays exportateurs de pétrole –, au prix de la stabilité du pilier iranien. Avec la révolution iranienne, ils doivent miser plus encore sur l’Arabie saoudite. Ils jouent, enfin, la carte irakienne durant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Après l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique, la « doctrine Carter », en 1980, fait du Golfe un intérêt vital des États-Unis ; mais il faut attendre la guerre de 1990-1991 pour qu’ils s’engagent directement et établissent une imposante présence militaire.

Des « tournants » en définitive avortés ?

6Dans la seconde moitié des années 1970, il fut davantage question des rapports Nord-Sud que des relations Est-Ouest. En 1973, le sommet des non-alignés à Alger voit la victoire des radicaux. La question du « nouvel ordre économique international » est clairement posée. Le choc pétrolier de 1973 s’insère dans un processus, débuté bien auparavant, de nationalisation de leurs richesses naturelles par les pays du Sud afin de changer les institutions économiques internationales [7]. La victoire du Viêtnam contre le colosse américain s’est appuyée sur la mobilisation de l’opinion mondiale et encourage tous ceux qui prônent l’efficacité des insurrections – par exemple l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) [8]. Même si après le Viêtnam il a beaucoup été question, pour l’armée américaine, d’« oublier » la stratégie de la contre-insurrection, les États-Unis ont bien aidé les régimes alliés dans la contre-insurrection, notamment en Amérique latine, même si la collaboration entre ces régimes s’organisait également de manière autonome [9]. La politique de Ronald Reagan peut également être interprétée comme une politique de contrerévolution, pour combattre ces insurrections qui n’ont plus le vent en poupe, si ce n’est en Afrique australe, et pour faire reculer les prétentions des pays du Sud, étranglés par la crise de la dette et le contre-choc pétrolier. Les sommets des non-alignés de 1986 et de 1989 n’ont plus rien à voir avec ceux des années 1970. Toutefois, les revendications du Sud ont conduit à un redéploiement important des structures et des thématiques des organisations internationales.

Des « tournants » qui apparaissent a posteriori

7L’agenda international pousse les historiens à mettre en perspective les questionnements conjoncturels. Nous pourrions traiter des questions environnementales, émergentes au début des années 1970, des revendications identitaristes, formulées avec un vocabulaire américain issu des luttes des années 1960 contre les discriminations ou sur la question « indigène », et qui ont relancé le « droit des minorités », ou bien de l’apparition de sommets internationaux réguliers, en particulier le Conseil européen et le G7 en 1974-1975 [10]. Deux exemples seront choisis : la lutte contre le terrorisme et la question des droits de l’homme.

8La prise d’otages et le massacre d’athlètes israéliens durant les Jeux olympiques de Munich, en 1972, a vraiment mis le terrorisme international sous les feux de l’actualité. En 1974, les Américains créent le Cabinet Committee to Combat Terrorism. L’Allemagne connaît ses pires heures d’après-guerre face au terrorisme d’extrême-gauche entre 1971 et 1977. Toutefois, les négociations aux Nations unies s’enlisent, car pour les pays du Sud, le terrorisme est une arme légitime des mouvements de libération nationale, tandis que le « terrorisme d’État » doit être inclus dans la définition du terrorisme. Il faut attendre la fin des années 1970 pour que les premières conventions internationales soient signées, lorsque nombre d’États du Sud sont confrontés au terrorisme de groupes contestataires ou de minorités « ethniques » [11]. Au milieu des années 1980, R. Reagan commence à parler de « guerre contre le terrorisme » [12].

9L’historiographie des droits de l’homme a explosé ces dernières années. L’une des questions majeures est de savoir s’ils se sont imposés dès les années 1940 ou 1970 [13]. S’il s’agit des droits individuels, face à l’État, le phénomène date plutôt en effet des années 1970 [14]. La première « cause » mobilisatrice a été le régime des colonels en Grèce et son usage de la torture [15]. Toutefois, l’affirmation des organisations spécialisées et l’accroissement des mobilisations transnationales ont lieu à propos du Chili après le coup d’État d’Augusto Pinochet en septembre 1973 [16]. Les droits de l’homme deviennent centraux dans le débat intérieur américain, à la fois dans les luttes partisanes, et entre le Congrès et l’exécutif. L’un des objectifs, aux deux bords politiques, est alors de redresser l’image des États-Unis et de créer un leadership moral. Mais pour les « liberals », les attaques contre la guerre du Viêtnam et la realpolitik kissingerienne, avec l’appui de médias plus critiques et intrusifs, surtout après le Watergate, sont des moyens de critiquer les dérives de l’État américain à l’intérieur et à l’extérieur ; on en trouve un écho aujourd’hui avec les critiques à l’égard des pratiques de surveillance et des dénis de l’administration [17]. Les mobilisations ne sont pas uniquement le fait des mouvements occidentaux, mais aussi de solidarités transnationales « par en bas », localisées et régionalisées, par exemple en Amérique latine face aux dictatures [18]. Pourtant, les droits de l’homme ne semblent pas encore une arme efficace face au bloc communiste. La fameuse « troisième corbeille » d’Helsinki ne semble pas peser lourd face aux « concessions » qui lui sont octroyées, notamment la reconnaissance de la carte de l’Europe issue de la Seconde Guerre mondiale. Avec la fin de la guerre froide, on commence à considérer que les droits de l’homme ont mis « le ver dans le fruit » communiste et ont été un facteur majeur de sa chute [19]. Enfin, depuis une quinzaine d’années, la droite israélienne et ses soutiens aux États-Unis et en Europe s’en prennent aux campagnes de délégitimation dont l’État hébreu serait victime. Or le coup d’envoi, annonçant la conférence de Durban contre le racisme de 2001, aurait eu lieu, avec des prémices dès 1965, lors des efforts à l’Assemblée générale des Nations unies au début des années 1970, pour associer sionisme et racisme [20].

Quelques réflexions sur les dates de référence

1973 ou 1979 ?

10La Cambridge History of the Cold War ne fait pas une coupure chronologique en 1973, mais en 1975, qui sépare les volumes II et III [21]. Ce choix n’est pas vraiment explicité, et les analyses portant sur l’ensemble de la période sont distribuées entre les trois volumes. L’Oxford Handbook of the Cold War prétend réinterpréter la guerre froide en l’intégrant dans l’histoire du xxe siècle : les chapitres sont thématiques et géographiques, si ce n’est un chapitre isolé portant sur sa fin [22]. Il n’y aurait donc plus de coupure chronologique pertinente, tout dépendrait des lieux ou des questions.

11L’année 1979 – au sens large – n’est-elle pas une date charnière plus pertinente que 1973 [23] ? Les États-Unis commencent à durcir leurs positions face à l’Union soviétique. R. Reagan est élu en 1980. Le néoconservatisme connaît sa première heure de gloire. Ce sont souvent les mêmes hommes qui ont mené la politique reaganienne agressive en Amérique centrale et la politique de démocratisation musclée de George W. Bush : ainsi de John Negroponte, ambassadeur au Honduras sous R. Reagan, puis aux Nations unies après le 11 septembre 2001 et en Irak en 2004. En 1979, la Réserve fédérale fait bondir les taux d’intérêt et casse l’inflation. Les pays du Sud et de l’Est sont pris à la gorge à cause de leur endettement. Les rêves de nouvel ordre économique international s’envolent, tandis que la tenue du sommet des non-alignés à La Havane montre que le mouvement, divisé par les affrontements régionaux, risque d’être récupéré par une Union soviétique qui perd pourtant du crédit après l’invasion de l’Afghanistan. L’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher au Royaume-Uni donne une impulsion majeure aux pratiques néolibérales, tandis que le Chili d’A. Pinochet est présenté comme un modèle.

12La Chine de Deng Xiaoping se lance dans une ouverture et des réformes économiques certes prudentes, mais qui, rétrospectivement, semblent avoir été irréversibles. Les Américains peuvent prétendre avoir lutté pour la bonne cause, puisque le Viêtnam a attaqué le Cambodge, même si les Khmers rouges avaient massacré plus d’un quart de la population du pays. Les premiers succès des nouveaux pays industrialisés auraient été permis par l’effort américain pour bloquer l’expansion du communisme. Enfin, ont lieu, en 1978-1979, les derniers affrontements importants en Asie, après près d’un siècle de guerres. La « paix asiatique » depuis 1979 est désormais un sujet de réflexion [24].

13L’année 1979 est aussi celle du « grand ébranlement » au Moyen-Orient, celle qui a créé des réalités qui durent encore [25]. En 1973, la guerre du Kippour / guerre d’octobre marque la fin des guerres israélo-arabes. La paix israélo-égyptienne, en 1978-1979, lève l’hypothèque d’une coalition arabe mais marginalise l’Égypte, dont le rôle était central depuis les années 1950, lançant les rivalités pour le leadership du monde arabe. Les États-Unis, depuis 1973, semblent les seuls à pouvoir peser sur Israël pour obtenir la paix, tandis que Moscou s’empêtre dans des alliances avec des acteurs rivaux – Syrie, Irak, OLP notamment. La révolution iranienne, au-delà de ses dimensions tiers-mondistes, semble le coup d’envoi du « réveil de l’Islam », même si depuis la guerre des Six Jours, certains annonçaient que l’Islam prendrait le relais d’un arabisme mal en point. Les événements des années 1979-1980 creusent un fossé entre les États-Unis et l’Iran, qui semble bien difficile à combler encore aujourd’hui. Enfin, l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique fait entrer le pays dans un cycle de guerres sans fin ; nombre de ses acteurs actuels, notamment les réseaux pakistanais et leurs – difficiles – alliés « islamistes » en Afghanistan, étaient déjà actifs dans la seconde moitié des années 1970, après la prise de pouvoir en 1973 par l’ancien Premier ministre Mohammad Daoud.

De quelques manières de penser les dates de référence

14Les commémorations du centenaire de 1914 auront sans doute une dimension avant tout politique. Malgré des dizaines de colloques et d’ouvrages, il y a peu de chances qu’elles bouleversent les interprétations consacrées, qui font de la Première Guerre mondiale un drame quasi-inévitable, l’attentat de Sarajevo étant la « mèche » faisant exploser un « baril de poudre ». Au-delà des responsabilités particulières de chaque État, la question est de savoir quelles sont les « causes profondes » de la guerre. Les études récentes montrent que l’ambiance était plutôt à la détente en 1913 et début 1914. Si l’attentat ne fut pas « un coup de tonnerre dans un ciel serein », ce ne fut pas, sans doute, « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » [26].

15À l’inverse, tout paraît commencer le 11 septembre 2001, qui a semblé un événement ahistorique. Ainsi, Robert Armitage, numéro deux du département d’État, déclara-t-il à ses interlocuteurs pakistanais qui essayaient de lui expliquer les relations de leur pays avec les talibans : « l’histoire commence aujourd’hui » [27]. La tentation est permanente de considérer que le xxie siècle débute le 11 septembre 2001, occultant ce qui s’est passé auparavant. De surcroît, les « stars » de la philosophie « postmoderne » (Jean Baudrillard, Fredric Jameson, Slavoj Zizek, etc.) ont affirmé, non sans excès parfois, que le spectacle provoqué par le passage en boucle des images des tours jumelles frappées par des avions avait deshistoricisé l’événement. Cette approche est contestée à gauche, autour des notions de « blowback », à savoir de « retour de bâton » ou d’« effet boomerang » : les Américains, « arroseurs arrosés », ne seraient que des « pompiers pyromanes », se présentant en victimes alors qu’ils sont les oppresseurs. Le 11-septembre ne pouvait se comprendre qu’en fonction des politiques menées par les Américains dans le monde. Leur impérialisme, leur arrogance, leur soutien à Israël, leur présence militaire dans le Golfe près des lieux saints auraient été autant de provocations appelant réactions. Leur soutien aux combattants islamistes arabes venus bouter les Soviétiques hors d’Afghanistan dans les années 1980 aurait créé un « effet monstre de Frankenstein ». Le président afghan Hamid Karzaï a établi un lien direct entre l’abandon de son pays par les États-Unis après le retrait soviétique en 1989, l’arrivée au pouvoir des talibans et le 11-septembre [28]. Mais les critiques de l’impérialisme américain ne sont pas les seuls à « historiciser » le 11-septembre. Beaucoup ont considéré que les États-Unis ont été frappés parce qu’ils avaient baissé la garde. La déclaration de djihad contre les États-Unis, effectuée par Oussama Ben Laden en 1996, n’a pas été prise assez au sérieux. Les États-Unis n’ont pas assez réagi lors des attentats précédents d’Al-Qaïda contre leurs intérêts. O. Ben Laden s’efforçait, par des actions violentes et spectaculaires, de gagner une popularité qui devait compenser le manque d’implantation sociale de l’islamisme extrémiste, et d’entraîner les États-Unis dans une guerre totale contre l’umma qui réveillerait et souderait les musulmans du monde entier. La confrontation aurait lieu sur le terrain afghan, où les Américains subiraient la même défaite que l’Armée rouge. L’adversaire n’aurait pas les tripes pour mener cette guerre, puisque les Américains avaient évacué Beyrouth, en 1983, et Mogadiscio, en 1993, après leurs premiers morts [29].

16Enfin, pour 1989, les commémorations de 2009 ont montré que les yeux restaient braqués sur la chute du mur, avec quelques appendices sur les événements dans les démocraties populaires et la répression place Tiananmen. Or, il est possible d’intégrer 1989 dans une séquence historique plus large, à l’échelle du monde [30]. C’est ce à quoi invite l’histoire des relations internationales en tenant compte des réflexions sur l’histoire globale en train d’émerger. Paradoxalement, cela replace le processus de décision au centre des réflexions, puisqu’il faut imaginer les chefs d’État, leurs conseillers et différents acteurs de la diplomatie jonglant dans l’urgence et l’incertitude avec des informations et des choix qui s’enchevêtrent. Le saucissonnage par dossier – thèmes ou régions – des études historiques empêche de saisir cette globalité, l’interdépendance des sujets et l’importance de l’« ambiance », si mouvante.

Notes

  • [1]
    Pour quelques questionnements de l’époque, voir Pierre Grosser, « L’année 2003 dans l’Histoire : “tournant”, “rupture” ou “continuité” ? », Politique étrangère, n° 3/4, IFRI, 2003 (l’ensemble du numéro est consacré à l’année 2003).
  • [2]
    Voir Niall Ferguson, Charles S. Maier, Erez Manela et Daniel J. Sargent (dir.), The Shock of the Global. The 1970s in Perspective, Cambridge, The Belknap Press, 2010.
  • [3]
    Voir Chris Tudda, A Cold War Turning Point. Nixon and China, 1969-1972, Baton Rouge, Louisiana State University Press, 2012.
  • [4]
    Voir Jean-Luc Domenach, Mao, sa cour et ses comptes. Derrière les Murs rouges, Paris, Fayard, 2012, chap. 13 ; Alessandro Russo, « How Did the Cultural Revolution End? The Last Dispute between Mao Zedong and Deng Xiaoping in 1975 », Modern China, vol. 39, n° 3, 2012 ; et Ezra F. Vogel, Deng Xiaoping and the Transformation of China, New York, The Belknap Press, 2011, chap. 4 à 6.
  • [5]
    Svetlana Savranska (dir.), The Diary of Anatoly S. Chernayev. 1973, Washington, The National Security Archive, 2013.
  • [6]
    Voir Roham Alvandi, « Nixon, Kissinger and the Shah: The Origins of the Iranian Primacy in the Gulf », Diplomatic History, vol. 36, n° 2, avril 2012, pp. 337-372.En ligne
  • [7]
    Voir Giuliano Garavini, « Completing Decolonization: The 1973 “Oil Shock” and the Struggle for Economic Rights », The International History Review, vol. 33, n° 3, Routledge, septembre 2011, pp. 473-487.
  • [8]
    Voir Lien-Hang T. Nguyen, Hanoi’s War. An International History of the War for Peace in Vietnam, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 2012 ; et Paul Thomas Chamberlin, The Global Offensive. The United States, the Palestinian Organisation, and the Making of the Post-Cold War Order, New York, Oxford University Press, 2012.
  • [9]
    Voir Michael D. Gambone, Small Wars. Low-Intensity Threats and the American Response since Vietnam, Knoxville, The University of Tennesse Press, 2012 ; et Tanya Harmer, Allende’s Chile and the Inter-American Cold War, Chapel Hill, University of Carolina Press, 2011.En ligne
  • [10]
    Voir Emmanuel Mourlon-Druol, « Managing from the Top: Globalization and the Rise of Regular Summitry, Mid-1970s-early 1980s », Diplomacy & Statecraft, vol. 23, n° 4, Routledge, décembre 2012, pp. 679-703.
  • [11]
    Voir Bernhard Blumenau, « The United Nations and West Germany’s efforts against international terrorism in the 1970s », in Jussi M. Hanhimäki et Bernhard Blumenau (dir.), An International History of Terrorism. Western and non-Western experiences, New York, Routledge, 2013, pp. 66-85.
  • [12]
    Voir Mattia Toaldo, The Origins of the US War on Terror. Lebanon, Libya and American Intervention in the Middle East, Londres, Routledge, 2013.
  • [13]
    Voir Stefan-Ludwig Hoffann (dir.), Human Rights in the Twentieth Century, Cambridge, Cambridge University Press, 2011 ; et Akira Iriye, Petra Goedde et William I. Hitchcock (dir.), The Human Rights Revolution. An International History, New York, Oxford University Press, 2012.
  • [14]
    C’est la thèse – très discutée – de Samuel Moyn, The Last Utopia. Human Rights in History, Cambridge, Harvard University Press, 2010 ; aussi, Aryeh Neier, The International Human Rights Movement, Princeton, Princeton University Press, 2012.
  • [15]
    Kathryn Sikkink, The Justice Cascade. How Human Rights Prosecutions are Changing World Politics, New York, Norton, 2011, p. 36.
  • [16]
    Voir Patrick William Kelly, « The 1973 Chilean Coup and the origins of transnational human rights activism », Journal of Global History, vol. 8, n° 1, London School of Economics and Political Science – Cambridge University Press, mars 2013, pp. 165-186.
  • [17]
    Sur cette comparaison à partir des événements de 1973-1975, voir le livre à paraître de John Prados, The Family Jewels. The CIA, Secrecy, and Presidential Power, Lawrence, University of Texas Press, 2013.
  • [18]
    Voir Jessica Stites Mor (dir.), Human Rights and Transnational Solidarity in Cold War Latin America, Madison, University of Wisconsin Press, 2013.
  • [19]
    Voir Daniel C. Thomas, The Helsinki Effect. International Norms, Human Rights, and the Demise of Communism, Princeton, Princeton University Press, 2001 ; Jacques Andreani, Le Piège. Helsinki et la chute du communisme, Paris, Odile Jacob, 2005 ; Frédéric Bozo et al. (dir.), Europe and the End of the Cold War. A Reappraisal, Londres, Routledge, 2008 ; Sarah Snyder, Human Rights Activism and the End of the Cold War. A Transnational History of the Helsinki Network, Cambridge, Cambridge University Press, 2011 ; et Christian Philipp Peterson, « “Confronting” Moscow: The Reagan Administration, Human Rights, and the Final Act », The Historian, vol. 74, n° 1, Wiley-Blackwell, printemps 2012, pp. 57-86.
  • [20]
    Voir Gil Troy, Moynihan’s Moment. America’s Fight against Zionism as Racism, Oxford, Oxford University Press, 2013.
  • [21]
    Melvyn P. Leffler et Odd Arne Westad (dir.), The Cambridge History of the Cold War, Cambridge, Cambridge University Press, 2010.
  • [22]
    Richard Immerman et Peter Goedde (dir.), The Oxford Handbook of the Cold War, Oxford, Oxford University Press, 2013. Aussi, Robert J. McMahon (dir.), The Cold War in the Third World, New York, Oxford University Press, 2013.
  • [23]
    Voir Christian Caryl, Strange Rebels. 1979 and the Birth of the 21st Century, New York, Basic Books, 2013.
  • [24]
    Voir Stein Tønnesson, « What Is It that Best Explains the East Asian Peace Since 1979 ? A Call for a Research Agenda », Asian Perspective, 2009, vol. 33, n° 1 ; et Tima Kivimäki, « Democracy and War in East Asia », Pacific Focus, décembre 2012.
  • [25]
    Voir Hamit Bozarslan, Une histoire de la violence au Moyen-Orient. De la fin de l’empire ottoman à Al-Qaida, Paris, La Découverte, 2008, chap. 6 ; et David W. Lesch, 1979. The Year that Shaped the Modern Middle East, Boulder, Westview Press, 2001.
  • [26]
    Voir Holger Afflerbach et David Stevenson (dir.), An Improbable War? The Outbreak of World War One and European Culture before 1914, Londres, Berghahn Books, 2007 ; William Mulligan, The Origins of the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2010 ; et Christopher Clark, The Sleepwalkers. How Europe Went to War in 1914, Londres, Allen Lane, 2013.
  • [27]
    Cité par James Mann, Rise of the Vulcans. The History of Bush’s War Cabinet, New York, Penguin, 2004, p. 299.
  • [28]
    Discours du 9 juin 2013 lors du 10e forum entre les États-Unis et le monde musulman à Doha.
  • [29]
    Voir Jean-Pierre Filiu, Les neuf vies d’Al-Qaida, Paris, Fayard, 2009, chap. 4 ; et Fawaz A. Gerges, The Rise and Fall of Al-Qaeda, New York, Oxford University Press, 2011, chap. 1 à 3.
  • [30]
    Voir Pierre Grosser, 1989. L’année où le monde a basculé, Paris, Perrin, 2009 ; et « 1989 : le débat continue », Communisme, n° 99-101, 2011.
Pierre Grosser
Professeur agrégé à Sciences Po Paris, chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po (CHSP).
À paraître : Traiter avec le diable. Les défis de la diplomatie, Paris, Odile Jacob, 2013.
Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire
Mis en ligne sur Cairn.info le 28/10/2013
https://doi.org/10.3917/ris.091.0071
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